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Bibine

Delvau, 1866 : s. m. Cabaret de barrière, — dans l’argot des chiffonniers.

Rigaud, 1881 : Bière, — dans le jargon des voyous.

Rigaud, 1881 : Cabaret. Espèce de taverne où vont manger et boire les pauvres diables qui n’ont que trois ou quatre sous à dépenser par jour. Bibine signifie débine.

On en compte plusieurs sur la rive gauche, aux environs de la place Maubert… Il est des bibines aristocratiques. Rue de Bièvre, à la Taverne anglaise : la canette y coûte 10 centimes.

(Imbert, À travers Paris inconnu)

Rigaud, 1881 : Sœur de charité, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Sœur de charité. Bière de basse qualité. Mauvais petit cabaret.

Virmaître, 1894 : Assommoir de bas étage, où tous les liquides les plus étranges, connue jadis à la bibine du Lapin blanc chez le père Mauras, sont servis aux consommateurs (Argot du peuple). V. Assommoir.

Rossignol, 1901 : Un liquide de mauvaise qualité ou pas frais, c’est de la bibine.

Hayard, 1907 : Assommoir, mauvaise bière.

France, 1907 : Cabaret de bas étage ; du latin bibere, boire, espagnol beber. On trouve dans Un Joli monde, de l’ancien chef de la sûreté, G. Macé, une intéressante description de bibine.

Ces gens-là mangent peu, l’acool les nourrit ; mais quand la fin les talonne par trop, ils vont dans un restaurant à bon marché. Chaque quartier a les siens. L’un des plus curieux est celui de la Moc-aux-beaux, situé rue de Bièvre, à côté de la place Maubert. L’entrée se trouve au bout d’un long couloir, précédant une cour boueuse et sombre. Sur une porte, garnie de petites vitres recouvertes d’un rideau transparent aux couleurs indécises, au tissu rongé par le temps, on lit le mot Bibine. La porte poussée, on se trouve dans l’unique pièce servant de cuisine et de salle à manger. Bien que vaste, cette salle, au plafond bas, a plutôt l’aspect d’une cave, que d’un restaurant. Une quinzaine de tables permettent de recevoir à la fois un assez grand nombre d’affamés.
Outre les ivrognes du quartier, cette gargote est fréquentée par des mendiants, manchots, aveugles, culs-de-jatte, tondeurs de chiens, ramasseurs de bouts de cigares, ouvreur de portières, et les joueurs de serinette aux sons nasillards et sans force qui n’empêcheraient plus Fualdès d’être assassiné.
Là, point de filles de débauche, ni de voleurs ; aussi ne s’y passe-t-il jamais rien d’anormal.
Depuis le potage jusqu’au dessert, tous les mets sont à dix centimes. La nourriture est saine et la boisson potable. Naturellement on paie comptant. Le restaurateur ne s’enrichit pas ; mais il gagne sa vie, et cela lui suffit.

Bibine signifie aussi sœur de charité, ou petite bière dans certains département de l’Est.

Blanchisseur

d’Hautel, 1808 : Le peuple a coutume de dire blanchisseux ; ce qui est un barbarisme.

Delvau, 1866 : s. m. Celui qui révise un manuscrit, qui le polit, — dans l’argot des gens de lettres, par allusion à l’action du menuisier, qui, à coups de rabot, fait d’une planche rugueuse une planche lisse. Signifie aussi Avocat.

La Rue, 1894 : Avocat.

Virmaître, 1894 : Avocat. Ce mot date du procès du fameux empoisonneur Couty de Lapommerais. Dans les couloirs du palais, avant l’audience des assises, on discutait la condamnation ou l’acquittement ; la majorité des avocats étaient d’avis qu’il serait acquitté parce que Lachaud blanchit. Lachaud était le défenseur de Lapommerais. Les voleurs se souviennent du calembour (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Avocat.

France, 1907 : Avocat, qui en effet est chargé de rendre l’accusé blanc comme neige ; homme de lettres qui revoit les manuscrits des débutants littéraires et les rend présentables au public.

Bonjourier

Delvau, 1866 : s. m. Voleur au Bonjour. On dit aussi : Chevalier grimpant, — par allusion aux escaliers que ce malfaiteur doit grimper.

La Rue, 1894 : Voleur dans les chambres d’hôtel.

Virmaître, 1894 : Vol au bonjour. Ce vol se pratique dans les chambres d’hôtels. Le bonjourier monte lestement les escaliers comme s’il allait faire une visite, généralement le matin à l’heure à laquelle les gens dorment encore ; il voit une clé sur la porte, il entre doucement. Si le dormeur s’éveille, il lui souhaite le bonjour et s’excuse de s’être trompé de porte ; au cas contraire, il vole rapidement ce qui lui tombe sous la main et s’esquive. Il y a six mois, on arrêta une bande de bonjouriers qui avaient la spécialité de voler les souliers des locataires. Ils avaient sous le bras une serviette d’avocat gonflée de vieux journaux ; ils les jetaient dans un coin du couloir et les remplaçaient par les bottines et les souliers (Argot des voleurs).

Cancaner

Delvau, 1866 : v. n. Danser le cancan ; — Faire des cancans.

Rigaud, 1881 : Danser le cancan.

France, 1907 : Danser le cancan ou faire des cancans.

C’était là le perpétuel inconvénient, le pire danger de toute la bureaucratie féminine. Elles ne faisaient, ces dames et demoiselles, toutes ou presque toutes, que rôder dans les couloirs, se faufiler auprès des chefs, essayer de flirter avec eux, et, en tout cas, cancaner de leur mieux, médire, avec la plus féline perfidie, de leurs collègues et leurs supérieures, les noircir à plaisir et les déchirer à belles dents.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Chelinguer, schelinguer

Rigaud, 1881 : Puer. — Schelinguer du goulot, schelinguer du couloir, sentir mauvais de la bouche — Schelinguer des arpions, puer des pieds.

Couloir

Delvau, 1866 : s. m. Le gosier, — dans l’argot dos faubouriens, qui en lavent les parois à grands coups de vin et d’eau-de-vie, sans redouter l’humidité. Chelinguer du couloir. Fetidum halitum emittere.

Rigaud, 1881 : Gosier, bouche. — Repousser du couloir, sentir mauvais de la bouche.

France, 1907 : Gosier.

Couloir à airs

Rigaud, 1881 : Chanteuse, — dans le jargon des voyous. — Gosier. — Ferme ton couloir à airs.

Emballage

France, 1907 : Engouement irraisonné pour quelqu’un ou quelque chose.

Après, dans les couloirs, on cherchait, pour expliquer son emballage, le propos à répéter, la formule lapidaire ; et elle était d’ailleurs lien comique cette élite parisienne, — de la médiocrité, presque partout, de la crapule, de la pourriture d’âmes, çà et là — timide, n’osant risquer son avis, avant que soit venu on ne sait d’où le mot d’ordre.

(Félicien Champsaur, Le Mandarin)

Évacuer du couloir

Fustier, 1889 : Sentir mauvais de la bouche.

France, 1907 : Avoir mauvaise haleine.

La petite était brune, gentille, faite au tour et bonne à croquer ; seulement elle avait un diable de défaut, elle évacuait du couloir.

(Les Joyeusetés du régiment)

Gargamelle

Virmaître, 1894 : Le gosier. C’est une très vieille expression qui a été remplacée par celles plus modernes de dalle, sifflet, couloir (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Gosier.

France, 1907 : Gosier : vieux français. Se rincer la gargamelle, boire.

Je vais me rafraîchir un peu la gargamelle.

(Hauteroche)

C’est, dans Rabelais, le nom de la femme de Grandgousier, la mère de Gargantua.

Habeas corpus

France, 1907 : Terme de législation anglaise tiré d’une locution latine signifiant : « reste maître de ton corps. » Cette célèbre loi anglaise, rendue sons le règne de Charles II en mai 1679, permet à toute personne emprisonnée de réclamer sa liberté sous caution ou à tout ami du prisonnier de le faire en sa faveur, à moins de trahison, d’assassinat ou de félonie. C’est en vertu de cette loi que le geôlier est obligé d’amener dans les vingt-quatre heures le prisonnier devant le juge et de certifier par qui et pour quoi il a été mis en prison. Le juge à son tour est obligé de le mettre en liberté on de l’admettre à donner caution, à moins d’un des crimes spécifiés plus haut, et spécialement exprimés dans le mandat d’arrêt. C’est pourquoi en France, où nous n’avons pas l’habeas corpus, on voit tant d’arrestations et de préventions arbitraires.

Rien, en effet, n’est plus redoutable que la magistrature. Nul n’est à l’abri de ses coups, nul n’est certain de ne pas être, à un moment donné, la victime de cet exorbitant pouvoir discrétionnaire duquel elle est armée. Personne ne peut se dire : « Ma vie est droite et nette, ma conscience tranquille ; je n’ai rien à me reprocher ; par conséquent, je n’ai rien à craindre. Je suis sûr que mon domicile ne sera pas violé, qu’aucun mandat ne sera lancé contre moi, et que je coucherai ce soir dans mon lit. » Personne ne peut se dire cela : de trop nombreux exemples ont douloureusement démontré que l’innocence et la vertu sont d’insuffisantes défenses, d’illusoires garanties de sécurité, — la justice n’étant rien moins qu’infaillible… Il faut faire entrer du progrès et de la lumière dans Le temple de la Loi ; en éclairer des couloirs les plus obscurs, les réduits les plus ténébreux. Il faut instaurer chez nous l’habeas corpus anglais ; il faut donner à la liberté individuelle les garanties qui lui manquent ; il faut surtout briser entre les mains du juge la dernière arme qu’il ait gardée du vieil attirail de la torture : le secret de l’instruction.

(Louis de Gramont, L’Éclair)

Leader

France, 1907 : Chef d’un parti ou d’un groupe politique. Anglicisme.

Député leader de l’extrême gauche, il arpentait les couloirs de la Chambre, la salle des séances, avec des allures de bretteur. On avait rappelé Warwick, le faiseur et le détrôneur de rois, à propos de lui. De même que l’Anglais, il démolissait les ministres qui ne lui plaisaient pas ou qui avaient cessé de lui plaire. Il affectait une morale et des principes rigides : c’était la couverture de l’homme. Dans les occasions solennelles, il montait à la tribune, et il y débitait une de ces harangues dont il avait le secret : phrases sèches, incidentes, autoritaires, redoutées de tous en général.

(Félicien Champsaur)

Perdue à l’ombre du plus âgé de ces leaders, très grave sous son waterproof brun et son chapeau de quakeresse, une petite bonne femme d’une vingtaine d’années écoutait sans mot dire, amusante par le contraste de son museau frisé avec la solennité un peu comique de son attitude.
Elle s’était faite l’Antigone et le secrétaire du vieux leader, venant de Neuilly à Paris, tous les jours que Dieu faisait, passer quelques heures à lui confectionner des plats sucrés et à recopier ses chroniques.

(Séverine)

Mascotte

Rigaud, 1881 : Fétiche au jeu. — Porte-chance. — Autant de joueurs, autant de mascottes. Tantôt c’est un sou troué, tantôt un fragment de n’importe quoi, un bouton, une petite épave de l’amour, une boucle de cheveux. — Un joueur donne à un pauvre, mascotte ; celui-ci refuse l’aumône à un malheureux, mascotte ; cet autre se promène jusqu’à ce qu’il ait rencontré un bossu ou un cheval blanc, mascotte ; ainsi à l’infini. — Il y a quelques années, à Monaco, un petit bossu réalisa d’assez beaux bénéfices rien qu’à faire toucher sa bosse aux joueurs superstitieux. Les prix étaient ainsi fixés : Un simple frottement, cinq francs ; frottement prolongé, dix francs ; droit de stationnement sur la bosse, vingt francs. La saison finie, notre homme regagnait Paris et enlevait son monticule… C’était un faux bossu.

France, 1907 : « C’est, depuis 1886, dit Lorédan Larchey, ce qu’on appelait, il y a quatre-vingts ans, un cul de Paris et un polisson ; il y a cinquante ans, une tournure. Seulement cet accessoire a grossi avec le temps (1889). »

Traînes crottées, mascottes trop en arrière et gorges plus en avant qu’il ne faudrait pour marquer bien.

(Paul Verlaine)

France, 1907 : Chapeau de feutre mou dont le fond se plie en soufflet.

France, 1907 : Fétiche de joueur.

France, 1907 : Fille qui a son pucelage.

Mais depuis quelques mois, Clara dédaignait ce genre d’amoureux. On la rencontrait partout avec une élève d’une classe voisine, Jeanne Durel, ingénue de seize ans, à la tête angélique d’un ovale allongé, aux bandeaux plats aux grands yeux bleus, une vierge de Greuze qu’on avait surnommée la Mascotte, et mille bruits honteux couraient parmi les élèves sur l’intimité des deux inséparables.
… Une fois, elle avait répondu par serrement de main à Jeanne Durel qui, furtivement, dans un couloir, l’avait embrassée en pleine bouche, à lèvres humides. L’ingénue à la tête angélique l’avait emmenée chez elle, après la classe, et l’y avait retenue deux heures. Clara était sortie de là honteuse, dégoûtée d’elle-même et n’avait plus jamais voulu, depuis, retourner chez la Mascotte.

(Henry Bauër, La Comédienne)

— Et dire que je mourrai sans avoir le pucelage de quelqu’un ! Ça serait mon rêve de trouver un débutant ! Je le payerais même, si je savais en rencontrer un !
— V’là ton affaire, dit un volontaire, le brigadier… c’est une mascotte !
— C’est vrai ? fit Blondinette en me saisissant par le cou.
— Il est fou ! répondis-je en haussant les épaules, mais je me sentais rougir jusqu’aux yeux.
— Écoute, mascotte ou non, ça ne fait rien, montons !

(Oscar Méténier, Le Brigadier Mascotte)

Odor di femina

France, 1907 : Odeur de la ferme. Italianisme. Henri IV prisait par-dessus tout l’odor di femina, spécialement celle émane des parties secrètes. Tout le monde, ou à peu près, connait l’aventure de cette demi-mondaine qui s’était couverte des plus exquis parfums pour recevoir un riche Anglais :
— « Médème, fit celui-ci indigné, je payai vo très cher pour sentir Le odor di femina et non le odeur qu’on vendait dans les petits bouteilles. » Et prenant son chapeau, il partit.

Il se voit là-bas dans la foule,
Choisissant les couloirs étroits ;
Le satin des dominos coule
Félinement entre ses doigts.
Il vole en zigzag dans les groupes,
Humant l’odor di femina,
Palpant des tailles et des croupes,
Tout ce qu’aux femmes Dieu donna.

(Jacques Rédelsperger)

Pendu

Rigaud, 1881 : Professeur adjoint à l’école de Saint-Cyr, — dans le jargon des Saint-Cyriens.

France, 1907 : Instructeur à l’École spéciale militaire ; argot des saint-cyriens.

France, 1907 : Pièce d’étoffe étendue et suspendue ; argot des drapiers.

Les pièces de drap sont étalées dans de vastes couloirs et suspendues dans toute leur longueur. Ce sont ces pièces de drap que l’on nomme des pendus.

(Macé, Mon premier crime)

France, 1907 : Vêtement accroché à l’étalage d’un brocanteur. « Se payer un pendu », s’habiller chez un marchand de vieux habits. Argot populaire.

Petit papier

France, 1907 : On nomme ainsi les notes, documents recueillis sur certains personnages en vue, pour s’en servir contre eux à un moment donné.

Le petit papier a fait tache d’huile. Il s’est vulgarisé. Il a passé des couloirs de la Chambre, qui ont toujours été des foyers d’intrigue, sur la place publique, que nous autres, vieux républicains, nous nous plaisons toujours à nous figurer accessible seulement aux tourmentes de l’opinion, au soulèvement des passions émancipatrices.

(Germinal)

Renardière

France, 1907 : Cave ou pièce obscure où les compagnons du Devoir enfermaient les renards ou postulants en attendant les épreuves. Nous donnons, à titre de curiosité, un extrait de Hugues Le Roux où sont décrites ces épreuves :

Nous attendions dans la renardière, inquiets dans le fond, quand, tout d’un coup, les compagnons entrèrent dans la cave. Ils étaient à moitié saouls. Ils criaient :
— À genoux, cochons, sales bêtes !
Alors ils nous montèrent sur le dos et, à quatre pattes, à grands coups de talon, ils nous firent galoper autour de la cave. Puis une voix cria :
— Le numéro un, à la Cayenne !
C’était moi. On me banda les yeux et, avec mon compagnon sur le dos, on me poussa au fond d’un couloir, dans une salle.
Ils étaient là une vingtaine qui faisaient un bruit d’enfer. Tout de suite, ils me saisirent par les oreilles, et je sentis qu’on me roulait dans un tonneau. Il cogna le mur, je fus jeté sur la tête tout étourdi. J’allais me relever, quand deux compagnons me saisirent. Ils me tenaient par le collet. Ils me firent courir trois fois en avant, trois fois en arrière, puis on me bascula, et je me retrouvai sur la terre à genoux. Là, un ancien s’approcha. Il me tira par les cheveux et me dit :
— Tu vas recevoir le petit baptême. Ça va te coûter de l’argent. Je te le ferai pour 50 francs.
Mois une autre voix cria :
— Cinquante francs, cochon ! Viens à moi, je te le ferai à bon compte. Tiens, salop, ce sera quinze francs !
Alors la première voix reprit :
— Cent sous, salopiot ! Cent sous, vermine ! Je vais te baptiser pour cent sous ! Ça ne te coûtera pas cher, sale bête !
Tout en parlant, ils me crachaient à la figure et me flanquaient des claques.

Tirer au renard

Rigaud, 1881 : Pour un cheval, c’est lever le nez en l’air, quand on le tient par la bride ou qu’il est attaché au râtelier, — dans le jargon des soldats de cavalerie. — Tirer au vent, c’est quand le cheval portant son cavalier lève la tête. Il n’y a pas moyen d’arrêter un cheval emballé qui tire au vent.

France, 1907 : Esquiver un exercice, une corvée ; argot militaire.

Vienne le temps des grandes manœuvres et vous verrez les fainéants tirer au renard. L’un feindra des coliques ; cet autre se déclarera atteint de rhumatismes…

(Émile Gaboriau, Le 13e hussards)

Adieu le major, la visite,
Où je conviens que, pour ma part,
Les jours de flemme, j’allais vite
Afin de tirer au renard,
Adieu l’infirmier qui vous place
En rang d’oignons dans le couloir ;
V’là que nous sommes de la classe
Et que la classe part ce soir !…

(Griolet)

Violon

Delvau, 1864 : Membre viril, — instrument qui fait danser les femmes et les filles.

Je jouais si vivement
En c’moment,
Qu’fatiguant mon bras,
J’ai pour ses appas,
Tant j’mettais d’action,
Rompu mon vi (ter) olon.

(Laurent)

Larchey, 1865 : « On appelle violon à Paris une prison que chaque section a dans son enceinte pour enfermer ceux qu’on arrête la nuit et qui sont le lendemain transférés dans une maison d’arrêt. »

(Almanach des Prisons, 1795)

Delvau, 1866 : s. m. Partie d’un corps de garde réservée aux gens arrêtés pendant la nuit et destinés à être, soit relâchés le lendemain, soit conduits à la Préfecture de police. L’expression a un siècle de bouteille. Sentir le violon. Être sans argent. Argot des voleurs.

Boutmy, 1883 : s. m. Grande galée en bois ou en métal.

Virmaître, 1894 : Cellule du poste de police. Vieux jeu de mots qui date du temps où c’était l’archer qui vous conduisait au violon (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Les serruriers, pour percer des petits trous, se servent d’un foret emmanché dans une bobine pour l’activer ; ils ont une tige d’acier flexible, garnie d’un fil d’archal, ils appuient le pivot du foret sur une plaque de fer assujétie sur l’estomac ; cette plaque se nomme conscience, la tige d’acier se nomme un archet. Par le va et vient du foret, l’ouvrier joue un air de violon (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Cellule de poste de police.

France, 1907 : Prison provisoire. L’expression est ancienne et date du temps où l’on était conduit en prison par les archers. Jeu de mot sur archer et archet.

La prison, nommée familièrement violon… est le plus abominable lieu de détention qui soit.
À côté de ce réduit fétide, une cellule à Mazas est un boudoir.
C’est sombre, humide, étouffant, et l’on n’y peut ni dormir, ni s’asseoir ; en outre, à de certains jours, on y entasse pêle-mêle les voleurs, les assassins dangereux, les inoffensifs pochards et les personnes arrêtées à la suite d’une discussion où d’une rixe. Le plus honnête homme, l’habitant le plus rangé peut être consigné une nuit dans cette geôle insalubre et subir la promiscuité la plus révoltante.
Cette prison, qui devrait être la plus soigneusement aménagée, est abandonnée à l’incurie des chefs de postes. Les suicides y sont d’ailleurs fréquents et les rixes entre codétenus s’y multiplient.

(Edmond Lepelletier)

Quand le public entre ici, il est pris d’une terreur glaciale. Ces portes aux apparences mystérieuses, ces agents vêtus de noir qui circulent silencieusement, conduisant des prisonniers encore plus silencieux et tristes, que l’on mène dans le fond de ce couloir obscur et fétide où sont les chambres de sûreté surnommées violons et qui rappellent les oubliettes des temps jadis… tout cela donne aux visiteurs un frisson d’épouvante.

(G. Macé, Un Joli monde)

Ylang-ylang

France, 1907 : Parfum japonais ; néologisme.

Arômes de patchoulis
Affadis,
Vieux relents de fleurs fânées,
Brises grasses qui se sont
Tout le long
Des pavés gluants trainées,
Âme des ylangs-ylangs
Moisissants
Sur la peau de beautés blettes,
Souffles ardents de tuyaux,
De murs chauds,
Beurres de vieilles galettes,
Sueurs des lointains couloirs,
Des trottoirs,
Fadeurs de gargote rance,
Tous ces bouquets combinés,
À nos nez
Allongés Paris les lance.

(Pontaillac, Le Journal)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique