Rigaud, 1881 : Celui qui travaille à la Bourse, depuis le plus gros agent de change jusqu’au plus mince coulissier.
Boursier
Coulissier
Rigaud, 1881 : Courtier spéculateur en vieilles nippes, — dans le jargon du Temple.
France, 1907 : Spéculateur jouant en dehors du parquet des agents de change, c’est-à-dire tripotant dans les coulisses de la Bourse. Comme adjectif, ce mot n’est guère employé qu’au féminin dans ce sens : intrigues coulissières.
Coulissiers
Larchey, 1865 : « Les coulissiers sont des agents de change sans brevet ; ils traitent des opérations pour leur compte et pour celui de leurs clients ; on leur paie moitié courtage, ils ont une chambre organisée comme la chambre syndicale des agents de change ; on en cite de très-honorables et de très-riches, offrant tout autant de garantie que des agents de change. Ils se réunissent à midi sur les boulevarts, ils établissent le cours de la rente qui souvent est accepté par le parquet. À la Bourse, ils se placent à peu de distance des agents de change, à gauche de la corbeille. Les opérations de la coulisse s’élèvent à un chiffre énorme. » — De Mériclet.
Estomac (avoir beaucoup d’)
Fustier, 1889 : Argot des cercles. Jouer gros jeu. — Avoir une grosse fortune ; présenter des garanties sérieuses au point de vue commercial. C’est une variante de : Avoir les reins solides.
Blancheron, un coulissier et un des plus fiers estomacs de la Bourse.
(De Goncourt, La Faustin)
Exécuter quelqu’un
Delvau, 1866 : v. a. Lui interdire l’entrée de la Bourse, parce qu’il est insolvable, — dans l’argot des coulissiers.
Fin courant
France, 1907 : Terme de coulissier.
De temps à autre, quelque pays du globe devient la proie d’un accès d’agiotophobie. Il a la rage du million et le délire de l’or, comme le choléra où l’influenza… Mais c’est à Paris que sévit le plus fréquemment le fléau. Le Mississipi et la rue Quicampoix sont pour la capitale de la France à l’état de tradition périodique. La contagion du jeu gagne alors tous les mondes ; celui où l’on s’amuse devient subitement sérieux, et les conversations frivoles habituelles aux boudoirs font place à des dialogues dans lesquels les mots : prime, report, fin courant dont dix et autres locutions argotiques de la Bourse tiennent la meilleure place. Les salons se transforment en corbeilles d’agents de change, et les clubs en parloirs de coulissiers. Les grandes dames et les petites demoiselles se mêlent de la partie. La cote est en permanence dans leur poche avec le miroir et la boîte à poudre de riz.
(Santillane, Gil Blas)
Lever
d’Hautel, 1808 : Lever les épaules. Manière d’exprimer un mécontentement, un mépris intérieur.
Lever le menton à quelqu’un. Pour, le protéger, l’aider de sa fortune et de son crédit dans ses entreprises.
Lever la crète. Pour, devenir fier, hautain, orgueilleux, quand on est en bonne fortune.
Larchey, 1865 : Capter, empaumer.
Il lève un petit jeune homme. Vous verrez qu’il en fera quelque chose.
(De Goncourt)
Larchey, 1865 : Faire un levage. — V. Flanelle.
Tiens, Xavier qui vient d’être levé par Henriette.
(Monselet)
J’irai ce soir à Bullier, et si je ne lève rien…
(Lynol)
Larchey, 1865 : Voler.
Robert dit : Je suis levé et il nous appelle filous.
(Monselet)
Tiens, dit le voleur, voici un pantre bon à lever.
(Canler)
Delvau, 1866 : v. a. Capter la confiance, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi voler. Se faire lever de tant. Se laisser gagner ou « emprunter une somme de… »
Rigaud, 1881 : Prendre possession d’un titre, d’une valeur cotée à la Bourse, en terme de Bourse. — Lever cent Lyon-Méditerranée. — « Levez-vous, madame ? — Non, monsieur, je préfère que vous me reportiez », dit une dame assise à un coulissier. (La Bourse, dessin par Lefils)
Rigaud, 1881 : Séduire facilement. — Lever une femme. Ce mot, pris dans cette acception galante, remonte au siècle dernier. Nous en trouvons un premier exemple dans les Anecdotes sur la comtesse Dubarry, publiées en 1776, Londres.
Le comte philosophe, (Lauraguais) ne pouvant se passer d’une maîtresse, fut tout simplement lever une fille chez la Gourdan, comme on va lever une pièce d’étoffe chez un marchand.
Rigaud, 1881 : Tromper, mentir pour obtenir un service. — Emprunter. — Lever quelqu’un de dix francs. — Être levé, se faire lever, être trompé, être volé, se faire voler. — Pour une fille, être levée, se faire lever, c’est avoir séduit un homme, se faire suivre par un homme qui paraît animé des meilleures intentions, très animé.
Fustier, 1889 : Trouver.
Il avait appris par un de ces industriels de son monde qui ont la spécialité de lever les chopins (de dénicher des affaires)…
(Humbert, Mon bagne)
Virmaître, 1894 : Lever une affaire, la prendre à un autre. Lever un homme au café ou sur une promenade publique.
— À quelle heure vous levez-vous ?
— Quand on me couche. (Argot des filles).
Rossignol, 1901 : Corrompre. On lève un fonctionnaire en lui faisant un don d’argent ou cadeau. Les députés qui se sont laissé corrompre pour l’affaire du Panama ont été levés.
Rossignol, 1901 : Emmener chez soi ou ailleurs une femme que l’on rencontre est faire un levage ; on a lève.
Hayard, 1907 : Capturer.
France, 1907 : Arrêter.
France, 1907 : Trouver, retenir, engager pour l’œuvre d’amour.
Ces misérables enfants, détournés quelquefois du travail honnête de l’atelier, plus souvent ramassés dans la boue des carrefours et dans l’oisiveté des mauvais lieux, sont lancés chaque soir dans des endroits déserts et bien connus où ils savent lever facilement leur triste proie.
(Ambroise Tardieu, Étude sur les attentats aux mœurs)
Un homme qui lève dans un bal une demoiselle affamée, ayant sa langue bien pendue, c’est une chose qui se voit communément, et qui ne mérite pas d’être racontée.
(Théodore de Banville)
—Y a un poète qui m’a dit que comme ça j’avais l’air d’un fil de la Vierge… Hein, sont-ils chouettes, les poètes ! Y a qu’eux pour trouver de ces machins-là.
Et comme le régisseur revenait :
— Madame, on lève.
— On peut, mon neveu, en y mettant le prix.
(Jean Ajalbert)
Liquid
Larchey, 1865 : « Liquid est mis ici pour liquidation. Le coulissier, facétieux et aussi de belles manières, se plaît à abréger ses formules comme la jeunesse dédorée de l’époque, et elle dit liquid comme on dit d’autor, d’achar, soc ou démoc. » — Mornand. — « Les ventes et achats de chemins de fer se liquident tous les quinze jours et la rente à la fin de chaque mois. Si vous êtes acheteur de 3 000 fr. de rente fin du mois à 72 fr., que la rente baisse a 71 fr., votre perte s’élève à 1,050 fr., courtage compris. Vous pouvez continuer votre opération en vous faisant reporter. On ajoute alors au cours de 71 fr. le prix du report, plus un nouveau courtage. La cherté des reports tempère souvent les dispositions à la hausse. Il est en effet très-onéreux pour un acheteur de rente de passer 70 c. de report, ce qui, sur 3 000 fr. de rente, augmente de 700 fr. le prix d’achat. » — De Mériclet.
Rigaud, 1881 : Liquidation, — en terme de Bourse.
Liquide
Delvau, 1866 : s. f. Apocope de Liquidation, — dans l’argot des coulissiers.
Delvau, 1866 : s. m. Vin, — dans l’argot du peuple, qui fait semblant d’ignorer qu’il existe d’autres corps aqueux. Avoir absorbé trop de liquide. Être ivre.
Rigaud, 1881 : Toutes sortes de boissons, l’eau exceptée, — dans le jargon des ivrognes.
Truc (débiner le)
Rigaud, 1881 : Révéler le secret d’un métier, les ruses d’un métier, la manière d’opérer.
Je vois que vous êtes du métier : ne débinez pas le truc.
(G. Escudier, Les Saltimbanques)
Maquiller le truc, organiser une affaire.
France, 1907 : Dévoiler le secret.
… Vous prenez un de ces vases d’élection et vous y jetez un petit carnet de coulissier bien gras ; puis vous en fermez le couvercle et vous le laissez fermenter dans un coin sans y penser davantage : tous les cinq ans, vous l’ouvrez, et avec une cuillère à pot, vous en ramenez de la représentation nationale, soit une infinité de petits députés députants, de petits sénateurs sénatorisants qui, au moindre rayon de soleil, grandissent en dansant et deviennent des ministres ministrants tels que nous, que dis-je, des candidats à la présidence, pour ensuite se répandre et pulluler dans l’administration, les postes lucratifs, les fonctions honorifiques, les consulats, ambassades et perceptions. Et voilà, Messieurs et Mesdames, tel est le truc du système et le système du truc. Nous avons l’honneur de vous le débiner, afin que vous sachiez par quoi nous avons remplacé les vagues régimes, monarchies ou empires…
(Émile Bergerat)
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