Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Air (se donner ou se pousser de l’)

France, 1907 : Figures pour partir, se sauver.
Jouer la fille de l’air a la même signification : c’est une réminiscence d’une ancienne pièce du boulevard du Temple, La Fille de l’air. A. Barrère, dans son Argot et Slang, a réuni les différentes expressions du même acte. Elles sont aussi nombreuses que pittoresques :

Faire le patatrot, le lézard, le jat-jat, la paire, crie, gilles ; jouer la fille de l’air, se déguiser en cerf, s’évanouir, se cramper, tirer sa crampe, se lâcher du ballon, se la couler, se donner de l’air, se pousser du zeph, se sylphider, se la trotter, se la courir, se faire la débinette, jouer des fourchettes, se la donner, se la briser, ramasser un bidon, se la casser, se la tirer, tirer ses grinches, valser, se tirer les pincettes, se tirer des pieds, se tirer les baladoires, les pattes, les trimoires ou les flûtes ; jouer des guibes ou des quilles, se carapater, se barrer, baudrouiller, se cavaler, faire une cavale, jouer des paturons, happer le taillis, flasquer du poivre, décaniller, décarrer, gagner les gigoteaux, se faire une paire de mains courantes à la mode, fendre l’ergot, filer son nœud, se défiler, s’écarbouiller, esbalonner, filer son câble par le bout, faire chibis, déraper, fouiner, se la fracturer, jouer des gambettes, s’esbigner, ramoner ses tuyaux, foutre le camp, tirer le chausson, se vanner, ambier, chier du poivre, se débiner, caleter, attacher une gamelle, décamper.

Bourgeois

d’Hautel, 1808 : Il se promène la canne à la main comme un bourgeois de Paris. Se dit d’un marchand qui a fait fortune et qui est retiré du commerce. On se sert aussi de cette locution et dans un sens ironique en parlant d’un ouvrier sans emploi, sans ouvrage et qui bat le pavé toute la journée.
Cela est bien bourgeois. Pour dire vulgaire, sot, simple et bas : manière de parler, usitée parmi les gens de qualité, à dessein de rabaisser ce qui vient d’une condition au-dessous de la leur.
Mon Bourgeois. Nom que les ouvriers donnent au maître qui les emploie.

Halbert, 1849 : Bourg.

Larchey, 1865 : Le bourgeois du cocher de fiacre, c’est tout individu qui entre dans sa voiture.

Chez les artistes, le mot Bourgeois est une injure, et la plus grossière que puisse renfermer le vocabulaire de l’atelier.

 

Le Bourgeois du troupier, c’est tout ce qui ne porte pas l’uniforme.

(H. Monnier)

Delvau, 1866 : s. m. Expression de mépris que croyaient avoir inventée les Romantiques pour désigner un homme vulgaire, sans esprit, sans délicatesse et sans goût, et qui se trouve tout au long dans l’Histoire comique de Francion : « Alors lui et ses compagnons ouvrirent la bouche quasi tous ensemble pour m’appeler bourgeois, car c’est l’injure que ceste canaille donne à ceux qu’elle estime niais. »

Delvau, 1866 : s. m. Patron, — dans l’argot des ouvriers ; Maître, — dans l’argot des domestiques. On dit dans le même sens, au féminin : Bourgeoise.

Delvau, 1866 : s. m. Toute personne qui monte dans une voiture de place ou de remise, — à quelque classe de la société qu’elle appartienne. Le cocher ne connaît que deux catégories de citoyens ; les cochers et ceux oui les payent, — et ceux qui les payent ne peuvent être que des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Anti-artistique, — dans le jargon des artistes. Ameublement bourgeois.

Rigaud, 1881 : Imbécile, homme sans goût, — dans le jargon des peintres qui sont restés des rapins, — Voyageur, — dans le jargon des cochers. — Individu dans la maison duquel un ouvrier travaille. — Maître de la maison dans laquelle est placé un domestique.

France, 1907 : Terme de mépris pour désigner un homme vulgaire, sans délicatesse, sans goût, sans connaissances artistiques ou littéraires. Certains fabricants de romans ou de tableaux ont souvent des idées plus bourgeoises que beaucoup d’épiciers. Mener une vie bourgeoise, c’est couler une existence tranquille, monotone, sans incidents. Le mot n’est pas neuf, Alfred Delvau l’a relevé dans l’Histoire comique de Francion : « Alors, lui et ses compagnons ouvrirent la bouche quasi tous ensemble pour m’appeler bourgeois, car c’est l’injure que ceste canaille donne à ceux qu’elle estime niais. »
Ce nom, depuis si longtemps en discrédit chez les amis de l’art pour l’art, a reçu une très bonne définition de Théophile Gautier : « Bourgeois, dit-il, ne veut nullement dire un citoyen ayant droit de bourgeoisie. Un duc peut être bourgeois dans le sens détourné où s’accepte ce vocable. Bourgeois, en France, a la même valeur ou à peu près que philistin en Allemagne, et désigne tout être, quelle que soit sa position, qui n’est pas initié aux arts, ou ne les comprend pas. Celui qui passe devant Raphaël et se mire aux casseroles de Drolling, est un bourgeois. Vous préférez Paul de Kock à lord Byron ; bourgeois ; les flonflons du Vaudeville aux symphonies de Beethoven : bourgeois. Vous décorez votre cheminée de chiens de verre filé : bourgeois. Jadis même, lorsque les rapins échevelés et barbus, coiffés d’un feutre à la Diavolo et vêtus d’un paletot de velours, se rendaient par bandes aux grandes représentations romantiques, il suffisait d’avoir le teint fleuri, le poil rasé, un col de chemise en équerre et un chapeau tuyau de poêle pour être apostrophé de cette qualification injurieuse par les Mistigris et les Holophernes d’atelier. Quelquefois le bourgeois se pique de poésie et s’en va dans la banlieue entendre pépier le moineau sur les arbres gris de poussière, et il s’étonne de voir comment tout cela brille romantiquement au soleil.
Maintenant il est bien entendu que le bourgeois peut posséder toutes les vertus possibles, toutes, les qualités imaginables, et même avoir beaucoup de talent dans sa partie : on lui fait cette concession ; mais, pour Dieu, qu’il n’aille pas prendre, en face d’un portrait, l’ombre portée du nez pour une tache de tabac, il serait poursuivi des moqueries les plus impitoyables, des sarcasmes les plus incisifs, on lui refuserait presque le titre d’homme ! »

Nous, les poètes faméliques
Que bourgeois, crétins et pieds-plats
Lorgnent avec des yeux obliques…

(Paul Roinard, Nos Plaies)

Henri Monnier, en 1840, a expliqué complètement les différentes significations de ce mot : « Les grands seigneurs, si toutefois vous voulez bien en reconnaître, comprennent dans cette qualification de bourgeois toutes les petites gens qui ne sont pas nés. Le bourgeois du campagnard, c’est l’habitant des villes. L’ouvrier qui habite la ville n’en connaît qu’un seul : le bourgeois de l’atelier, son maître, son patron. Le bourgeois du cocher de fiacre, c’est tout individu qui entre dans sa voiture. Chez les artistes, le mot bourgeois est une injure, et la plus grossière que puisse renfermer le vocabulaire de l’atelier. Le bourgeois du troupier, c’est tout ce qui ne porte pas l’uniforme. Quant au bourgeois proprement dit, il se traduit par un homme qui possède trois ou quatre bonnes mille livres de rente. »
Ajoutons qu’à l’heure actuelle, pour certains ouvriers obtus, bourgeois est un terme de mépris ou de haine à l’égard de tout individu qui porte redingote et chapeau et ne vit pas d’un travail manuel, ne se rendant pas compte que nombre de ces prétendus bourgeois, employés de bureaux, commis de magasins, gagnent moins qu’eux, et sont plus à plaindre, ayant à garder un décorum dont l’ouvrier est exempt.
Mon bourgeois, dans l’argot populaire, se dit pour : mon mari. Se mettre en bourgeois se dit d’un militaire qui quitte l’uniforme. Se retirer bourgeois, ambition légitime des ouvriers et paysans, ce qui a fait dire à l’auteur du Prêtre de Némi : « Un bourgeois est un anarchiste repentant. »

Quand un bourgeois est cocu.
Mon cœur, triste d’ordinaire,
Est heureux d’avoir vécu
Et ce fait le régénère.

(A. Glatigny)

Brûler, ou brûler un cierge

Delvau, 1864 : Être très amoureux. Tirer un coup avec une femme, — qui se charge de vous faire couler.

Vénus, à ta charmante loi
Mon cœur n’est point rebelle :
Je me sens presque malgré moi
Brûler pour chaque belle.

(Armand Gouffé)

Chandelier

Delvau, 1864 : La nature de la femme, dans laquelle brûle la chandelle de l’homme.

Delvau, 1866 : s. m. Le nez, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Nez, — dans le jargon des voyous ; un nez qui laisse couler beaucoup de chandelles.

Fustier, 1889 : Souteneur de filles.

Dans l’argot des voleurs, un chandelier signifie un souteneur de filles.

(Figaro, janvier 1886. V. Infra : Relever le chandelier.)

La Rue, 1894 : Souteneur. Nez.

France, 1907 : Le nez.

Cierge

d’Hautel, 1808 : Il est droit comme un cierge. Se dit par exagération et raillerie d’un homme qui a un maintien roide, affecté.

Delvau, 1864 : Le membre viril — qui brûle et se fond sur l’autel de la femme. Fondre est mis là, souvent, pour couler.

Mais cela seulement fut suffisant pour l’en dégoûter, disait qu’elle avait vu la mèche qui était si déliée, qu’il n’y avait guère d’apparence que le cierge fût bien gros.

(D’Ouville)

La femme, quelque putain qu’elle soit, est la sainte à qui l’on doit le plus de cierges.

(Lemercier)

Delvau, 1866 : s. m. Sergent de ville en grande tenue, — dans l’argot des marbriers de cimetière.

Rigaud, 1881 : Sergent de ville en faction dans la rue, — dans le jargon des voyous.

La Rue, 1894 : Espion. Agent.

France, 1907 : Espion ou sergent de ville.

Coulage (avoir du)

Virmaître, 1894 : Ne pas surveiller ses ouvriers. Perdre sur une commande ou sur une vente. Couler le patron : le ruiner petit à petit (Argot du peuple).

Coule (à la)

Larchey, 1865 : Adroit, expert en l’art de se couler entre les obstacles.

Couler

d’Hautel, 1808 : Il est coulé. Se dit d’un marchand, d’un négociant qui a mal fait ses affaires et qui a été obligé de fermer boutique.
Cela coule de source. Pour cela s’entend, c’est naturel.
Couler une chose à fond. La conclure, la terminer.
Je lui ai coulé ce mot. Pour, je lui ai glissé adroitement ce mot sans avoir l’air d’y penser.
On empêcheroit plutôt la rivière de couler, que cet homme de parler. Se dit d’un grand babillard, d’un parleur éternel.
Il nous en a coulé. Pour, il nous a dit des gasconnades, des menteries.

Delvau, 1864 : Avoir une coulante, une gonorrhée gagnée au service de la femme, parce qu’en effet le membre viril, à l’instar du suif qui coule d’une chandelle, filtre alors une chaude-pisse dans la culotte.

Ma pine encore vierge
Coula,
Ni plus ni moins qu’un cierge.
Voilà.

(Eugène Vachette)

La Rue, 1894 : Ruiner. Faire du coulage, faire perdre de l’argent au patron en travaillant mal.

France, 1907 : Faire du coulage, faire perdre de l’argent à ses maîtres ou à ses patrons.

Couler (en)

Delvau, 1866 : En conter aux gens crédules, dans le même argot [du peuple].

France, 1907 : Mentir, en conter.

Couler douce (la ou se la)

France, 1907 : Vivre confortablement sans travail et sans souci.

— Comment donc ! Ah ! ce n’est pas moi qui vous blâmerai, sois-en sûre ! Prenez du bon temps et coulez-vous-la douce, mes petites poulettes, vous ne sauriez rien imaginer de mieux…

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Couler douce (la)

Rigaud, 1881 : Mot à mot : couler la vie doucement, mener une existence heureuse.

Couler douce (se la)

Delvau, 1866 : v. réfl. Vivre sans rien faire, sans souci d’aucune sorte, — dans l’argot du peuple, qui ne serait pas fâché de vivre de cette façon-là, pour changer.

La Rue, 1894 : Mener une vie agréable, ne pas travailler.

Virmaître, 1894 : Faire le moins de travail possible et vivre pour le mieux (Argot du peuple).

Couler en douceur

France, 1907 : Faire entendre à quelqu’un, sans en avoir l’air ou sans se fâcher, des choses désagréables.

— Moi, vois-tu, je suis trop carré, je ne connais pas les ménagements, je lui collerais l’affaire tout net au nez. Tandis que toi, je te connais, tu lui couleras ça en douceur.

(Camille Lemonnier)

Se faire avorter.

— Si elle avait été aussi ficelle que d’autres que nous connaissons, pas vrai, m’sieu Porphvre ? elle se serait fait couler ça en douceur…
— Chez m’ame Tiremôme !

(Albert Cim)

Couler quelqu’un

Rigaud, 1881 : Faire perdre de l’argent à quelqu’un. — Ruiner un commanditaire. — Perdre quelqu’un de réputation.

Virmaître, 1894 : Couler un individu dans l’esprit de quelqu’un en disant de lui pis que pendre ; le perdre dans l’estime d’autrui (Argot du peuple).

France, 1907 : Lui nuire, le vilipender.

Couler un enfant

Virmaître, 1894 : Faire avorter une femme (Argot du peuple).

France, 1907 : Avoir recours à des pratiques abortives. Ou dit aussi couler en douceur.

Couleur

d’Hautel, 1808 : Il en juge comme un aveugle des couleurs. Se dit d’un homme qui décide dans une matière qu’il ne connoît pas.
Cette affaire commence à prendre couleur. Pour, commence à prendre un caractère, une tournure satisfaisante.
Des goûts et des couleurs il ne faut disputer. Signifie qu’on doit se garder de fronder les, goûts et les caprices, les fantaisies particulières, parce chacun a les siens.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Mensonge. Monter des couleurs, dire des mensonges.

Larchey, 1865 : Soufflet. — Il colore la joue.

J’bouscule l’usurpateur, Qui m’applique sur la face, Comm’on dit, une couleur.

(Le Gamin de Paris, chanson, 184…)

Delvau, 1866 : s. f. Menterie, conte en l’air, — dans l’argot du peuple, qui s’est probablement aperçu que, chaque fois que quelqu’un ment, il rougit, à moins qu’il n’ait l’habitude du mensonge. Monter une couleur. Mentir.
Au XVIIe siècle on disait : Sous couleur de, pour Sous prétexte de. Or, tout prétexte étant un mensonge, il est naturel que tout mensonge soit devenu une couleur.

Delvau, 1866 : s. f. Opinion politique. Même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Ruse, mensonge.

Laissez donc, ça fait comme ça la sainte n’y touche, pour s’ faire r’garder ; on connaît ces couleurs-là.

(Mars et Raban, Les Cuisinières)

Être à la couleur, ne pas se laisser tromper ; deviner un mensonge. C’est-à-dire savoir quelle est la couleur qui retourne.

Rigaud, 1881 : Soufflet, coup de poing sur le visage. Appliquer une couleur, donner un soufflet. — Passer à la couleur, se faire administrer des claques.

La Rue, 1894 : Mensonge.

France, 1907 : Mensonge. Du couvre la vérité d’une couleur. Monter une couleur, mentir.

Au XVIIe siècle, on disait : « sous couleur de », pour « sous prétexte de ». Or, tout prétexte étant un mensonge, il est naturel que tout mensonge soit devenu une couler.

(Alfred Delvau)

Commerson t’a refusé dix-sept francs, et il a bien fait. Tu les aurais croqués évidemment avec le cabotin dont je te parlais tout à l’heure. Si le soleil mange les couleurs, ma chère Nini, mon rédacteur en chef les avale difficilement.

(Léon Rossignol, Lettres d’un mauvais jeune homme à sa Nini)

France, 1907 : Opinion politique. « Combien de de fois, dans leur carrière, les politiciens ne changent-ils pas de couleurs ? »

France, 1907 : Soufflet, parce qu’il donne des couleurs aux joues.

Coulisse

d’Hautel, 1808 : Faire les yeux en coulisse. Jeter un regard doux, amoureux et tendre sur quelqu’un, ainsi que le pratiquent ordinairement les femmes galantes, les courtisanes, avec les hommes qu’elles veulent prendre dans leurs filets.
Avoir les yeux en coulisse. Signifie aussi bigler, regarder de côté, de travers.

France, 1907 : Bourse en dehors de la bourse officielle, où des intermédiaires sans mandat légal font des négociations de valeurs cotées seulement en banque et opèrent également sur les valeurs officiellement cotées.

Du reste, l’agent de change, après s’être effacé politiquement, tend à diminuer aussi d’importance, financièrement parlant. Il s’est créé, sous le nom de coulisse, une contrebande qui lui fait un grand tort.

(Frédéric Soulié, L’Agent de change)

France, 1907 : Corruption de coulure, mauvais temps qui fuit couler le fruit après la fleur.

Cyclope

Delvau, 1864 : L’outil qui n’a qu’un œil, ou plutôt l’ouvrier qui forge les enfants : — Le vit.

Chez la Constant, Berthe aux merveilleux charmes,
Beau travail et fermes appas,
De mon Cyclope a fait couler les larmes
Bien souvent, hélas !…

(P. Saunière)

Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Derrière. — Faire trimer, faire travailler le cyclope, aller à la selle. — Se prend aussi pour l’effet, la chose elle-même. Produire son cyclope dans le monde.

La Rue, 1894 : Le postérieur. Chapeau haut de forme.

France, 1907 : Le derrière. Pareil au cyclope, il n’a qu’un œil.

Déboulonner

Rigaud, 1881 : Enlever les plaques de métal qui recouvrent la maçonnerie de certains monuments. — Le peintre Courbet voulait seulement déboulonner la colonne Vendôme. Sa pensée, paraît-il, fut mal interprétée, et la colonne fut renversée.

Rigaud, 1881 : Vendre, écouler, — dans le jargon des libraires. — Déboulonner dix mille exemplaires d’un ouvrage.

Décalotter

Delvau, 1864 : Découvrir le prépuce qui recouvre le gland du phallus, soit en bandant trop fort, soit en jouant avec, pour examiner son état sanitaire. — J’aime cette habitude de politesse du membre viril, ôtant respectueusement sa calotte devant la femme — quelle qu’elle soit. Il est vrai qu’en l’ôtant ainsi sans précaution, il s’expose à s’enrhumer — et à couler : mais il a été poli, mais il a été galant, l’honneur est sauf.

Un vit, sur la place Vendôme,
Gamahuché par l’aquilon,
Décalotte son large dôme
Ayant pour gland… Napoléon !

(Parnasse satyrique)

France, 1907 : « Mettre à jour le gland du pénis en faisant glisser la membrane ou calotte qui le couvre. »

(Dr Michel Villemont, Dictionnaire de l’amour et du mariage)

Dédale

Delvau, 1864 : La nature de la femme, où le membre viril s’égare souvent, lorsqu’elle est trop large ou qu’il est trop petit, — bien qu’il ait la main d’Ariane pour le conduire au bonheur.

Ce beau dédale qu’il contemple
Avec des yeux étincelants,
Fait naître et couler dans ses sens
Une ardeur qui n’a point d’exemple.

(Grécourt)

Dégouliner

Larchey, 1865 : Couler doucement. — Onomatopée.

V’là au moins la vingtième (larme) qui dégouline sur ma joue.

(Ricard)

Delvau, 1866 : v. n. Couler, tomber goutte à goutte des yeux et surtout de la bouche, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Couler doucement goutte à goutte. Les larmes dégoulinent le long des joues. — Dégouliner ce qu’on a sur le cœur, dire sa façon de penser, se soulager par l’aveu d’un secret. Le mot date de la fin du XVIIIe siècle.

Céline baissa la tête, alors l’autre baissa aussi la tête et une grosse larme lui dégoulina des cils.

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

France, 1907 : Couler lentement, goutte à goutte. Dégouliner ce que l’on a sur le cœur, même sens que se déboutonner.

Il avait gardé dans les mâchoires une chique de tabac dont le jus coulait en filets bruns sur les picots de son menton, et de là dégoulinait parmi les ganglions du cou, comme à travers des rigoles.

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

Dégringoler par la gargouille

France, 1907 : Couler dans le gosier ou sur la figure.

Sûr, i’ pleut ! Mêm’ que ça coul’ dru ;
Ça dégringol’ par la gargouille ;
Jusqu’à présent j’ai toujours cru
Qu’quand i’ tombe d’eau ça vous mouille…

(Aristide Bruant)

Donner de la salade

Delvau, 1866 : Battre, secouer quelqu’un, — dans l’argot des faubouriens, qui ne se doutent pas que cette expression est une corruption de Donner la salle, c’est-à-dire fouetter un écolier en public. Ils disent aussi Donner une chicorée.

France, 1907 : Secouer quelqu’un. Allusion à la salade que l’on secoue pour en faire écouler l’eau. On dit aussi dans le même sens : donner une chicorée.

Douce (la couler)

France, 1907 : Passer la vie sans souci et sans fatigue.

Enfant (décrocher un, faire couler un)

Rigaud, 1881 : Déterminer un avortement, — dans le jargon du peuple.

Oui, oui, t’as décroché un enfant à la fruitière.

(É. Zola, l’Assommoir)

Esquinter

Vidocq, 1837 : v. a. — Fracturer, briser.

Larchey, 1865 : Battre.

Ceux qui veulent se faire esquinter peuvent venir me trouver, je m’appelle Bonne-Lame.

(Vidal, 1833)

Larchey, 1865 : Fracturer (Vidocq). — Roquefort donne avec le même sens les trois verbes d’esquatir, esquacher, esquisar.

Larchey, 1865 : Harasser.

Que dirais-tu si, au lieu d’avoir le fouet à la main, tu étais obligé de t’esquinter comme nous a la limonière ?

(Buchon)

Delvau, 1866 : v. a. Éreinter, battre, — dans l’argot du peuple. S’esquinter, v. pron. se fatiguer à travailler, à marcher, à jouer, à — n’importe quoi de fatiguant. On dit aussi S’esquinter le tempérament.

Delvau, 1866 : v. a. Fracturer, briser, perdre, abîmer, tuer. Signifie aussi : Tromper, enfoncer quelqu’un.

Rigaud, 1881 : Harasser. — Abîmer. Enfoncer. Esquinter une lourde, enfoncer une porte. — Battre, donner des coups de bâton. — Esquinter un pante, frapper un particulier. — S’esquinter le tempérament, travailler au-delà de ses forces, se créer des ennuis.

Rossignol, 1901 : Fatigué. On dit aussi d’un individu qui a reçu beaucoup de coups : il a été esquinté.

Hayard, 1907 : Abimer, médire, être affaibli, fatigué.

France, 1907 : Endommager, éreinter, fatiguer. Battre ; tuer ; voler avec effraction.

— Voulez-vous me rendre un service ?
— Pourvu que ça ne soit pas une course… volontiers ! pas pour moi que je dis ça, mais pour Coco qu’est rudement esquinté…

(Jules Lermina, Le Gamin de Paris)

— Oui, reprit-il en se laissant couler à terre et en nouant autour de ses genoux terreux ses mains velues, ne me vendez pas !… Les chiens m’ont dépisté, j’ai quitté mon trou et je m’ensauvais quand vous m’avez mis en joue… J’étais esquinté… Voilà vingt-quatre heures que je n’ai rien mangé.

(André Theuriet)

Faire couler un enfant

Delvau, 1866 : v. a. Prendre un médicament abortif, — dans l’argot des filles.

Faire son fendant

France, 1907 : Faire l’important, le rodomont, le tranche-montagne, toujours prêt à fendre les crânes suivant l’usage des Gascons. Aussi disait-on autrefois fendant de Gascogne.

Sans faire cependant le fendant de Gascogne,
Si j’eusse eu la mia spada di Catalogne,
Je croi qu’ils n’en auroient croqué que d’une dent ;
Mais elle se rompit, ô cruel accident !
Je sentis un frisson se couler dans mes veines.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Fiole

Halbert, 1849 : Figure. On dit aussi fertille.

Larchey, 1865 : Bouteille de vin.

Nous avons presque entièrement vidé nos fioles.

(Frémy)

Fioler, c’est boire avec excès.

(d’Hautel, 1808)

C’est un mot de langue romane. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : s. f. Bouteille de vin, — dans l’argot du peuple, qui ne sait pas être si près de la véritable étymologie : φιάλη, (vase à boire).

Rigaud, 1881 : Tête, figure, — dans le jargon des voleurs. Fiole à cubèbe, à copahu, physionomie malsaine, figure de syphilitique.

Fustier, 1889 : Souper de la fiole de quelqu’un, en être fatigué, importuné.

La Rue, 1894 : Physionomie. Fioler, dévisager.

Rossignol, 1901 : Visage.

Je ne veux plus de toi comme maîtresse, j’ai soupé de ta fiole.

France, 1907 : Bouteille de vin ; du grec phialé, vase à boire.

France, 1907 : Figure, tête.

Sacré boutiquier ! Si t’avais la cervelle moines racornie, tu saisirais que, puisque personne ne crèvera plus de faim, on ne fera pas une exception pour ta fiole. Sache donc qu’une fois tes actions tombées en capilotade, tu auras, grâce à la Sociale, de quoi croûter sur tes vieux jours. M’est avis même que tu te la couleras plus heureuse qu’avec tes revenus.

(Père Peinard)

Oui, je l’sais ben, j’ai-z’une sal’ fiole,
J’ai vraiment pas l’air d’un rupin.
Aussi, bon Dieu, j’fais pas l’mariolle,
Ej’ cranott’ pas comme un youpin.

(Aristide Bruant)

Flauper

Fustier, 1889 / La Rue, 1894 : Battre.

Rossignol, 1901 : Donner des coups.

France, 1907 : Battre, frapper.

Merd’ ! v’là l’hiver ! L’emp’reur de Chine
S’fait flauper par les Japonais !
Merd’ ! v’là l’hiver ! Madam’ Sév’rine
Va rouvrir tous ses robinets !
C’qui ca s’en évader des larmes !
C’qui va en couler d’la pitié !
Plaind’ les pauvr’s, c’est comm’ vendr’ ses charmes,
C’est un vrai commerce, un méquier !

(Jehan Rictus)

Tu dois ben ça à ton p’tit homme
Qu’a p’tê’t’ été méchant pour toi,
Mais qui t’aimais ben, car, en somme,
Si j’te flaupais, tu sais pourquoi.
À présent qu’me v’là dans les planques
Et qu’je n’peux pas t’coller des tas,
Tu n’te figur’s pas c’que tu m’manques,
À Mazas.

(Aristide Bruant)

Fleurs blanches

Delvau, 1864 : Nom que, par corruption, on donne à un écoulement blanchâtre particulier aux femmes blondes, lymphatiques, chlorotiques, mal nourries, — parisiennes, en un mot. Mulierum vulvæ fluores, stillationes morbosæ, d’où, conséquemment, on devrait dire : flueurs blanches, du verbe latin fluere, couler.

La marquise a bien des appas,
Ses traits sont vifs, ses grâces franches,
Et les fleurs naissent sous ses pas ;
Mais, hélas ! ce sont des fleurs blanches.

(Comte De Maurepas)

Delvau, 1866 : s. f. pl. Blennorrhée spéciale aux femmes, — dans le même argot [des bourgeois], qui n’est pas la bonne langue. C’est Flueurs (de fluere, couler) qu’on devrait dire, à ce qu’il me semble du moins, — contrairement à l’opinion de Littré.

France, 1907 : Blennorrhée spéciale aux femmes trop sédentaires ou affligées de vices secrets, à celles aussi qui, comme les Parisiennes, font abus de café au lait ! Du latin fluere, couler.
On connait le quatrain de Maurepas à Mme de Pompadour :

La marquise a bien des appas,
Ses traits sont vifs, ses grâces franches,
Et les fleurs naissent sous ses pas…
Mais, hélas ! ce sont des fleurs blanches.

Flouer

Ansiaume, 1821 : Jouer.

À toute plombe du reluis tu le vois flouer.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Voler au jeu.

Vidocq, 1837 : v. a. — Filouter au jeu.

Clémens, 1840 / M.D., 1844 / Halbert, 1849 : Jouer.

Larchey, 1865 : Flouer n’est pas voler brutalement, c’est plutôt escroquer. On dit Flouer des actionnaires mais on ne dit jamais Flouer un couvert d’argent. — Flouerie : Escroquerie.

Tous les frères flouent plus ou moins leur sœur.

(Balzac)

Du vieux mot fluer (couler) pris dans le sens actif. V. Roquefort. — Flouer : Voler au jeu (Vidocq).Flouerie : Escroquerie. — Floueur : Escroc.

Bien que notre époque ait donné naissance à une effrayante quantité de floueurs de toute espèce.

(A. Dubuisson)

Floueur : Grec (Vidocq).

Delvau, 1866 : v. a. et n. Jouer, — dans le même argot [des voleurs]. Flouer grand flouant. Jouer gros jeu, risquer sa liberté ou sa vie.

Delvau, 1866 : v. a. Tricher au jeu ; voler, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Jouer, en terme de grecs. — Filouter au jeu.

La Rue, 1894 : Jouer. Voler au jeu ou autrement.

Rossignol, 1901 : Voler, tricher au jeu.

France, 1907 : Voler, tromper, ou simplement jouer.

C’est du commerce comme en ferait Robert Macaire, seulement on escamote un navire et sa cargaison, au lieu de travailler dans la société en commandite ; on floue un assureur au lieu de flouer un actionnaire.

(G. de La Landelie)

Il arrive au sommet de la perfection lorsqu’il a lieu de se persuader qu’il a été floué par des courtisanes, qu’il a fait une orgie satanique avec des viveurs, et qu’il pourrait avoir obtenu quelques bonnes fortunes dans la haute.

(Eugène de Valbezen, Le Rhétoricien)

Fontaine

d’Hautel, 1808 : Il ne faut jamais dire fontaine je ne boirai pas de ton eau. Se dit lorsqu’il arrive quelque chose à quoi l’on étoit bien éloigné de s’attendre.

Delvau, 1864 : La nature de la femme, où s’abreuve l’humanité — altérée de jouissance.

Le vin est inventé pour vous :
Il fait rejaillir la fontaine
Qu’on voit tout le long, le long de la bedaine.

(Chanson anonyme moderne)

Nous fûmes aussitôt tous les trois près d’elle lui faire les caresses qu’elle montrait désirer ; à peine avions-nous posé nos mains sur ses fesses, qu’après deux ou trois mouvements de reins, nous l’aperçûmes tourner de l’œil, et nous vîmes couler la fontaine du plaisir.

(Mirabeau)

— On le dit aussi d’une femme qui a des flueurs ou un écoulement vénérien. De là le surnom d’une célèbre habituée de bals, Clara Fontaine :

Coule, coule toujours,
Fontaine des amours.

(G. Nadaud)

Fournaise

Fustier, 1889 : « Ils fabriquaient des pièces de deux francs à l’effigie de la République qu’ils vendaient soixante-quinze centimes à des fournaises ; c’est ainsi qu’on désigne ceux qui écoulent de la fausse monnaie. »

(Figaro, mars 1884)

La Rue, 1894 : Celui qui écoule la fausse monnaie.

Virmaître, 1894 : On sait que les mornifleurs-tarte sont réunis en tierce (par trois). Le mornifleur, le faux monnayeur, le gaffe qui détient la réserve des pièces fausses, et l’émetteur qui écoule les pièces chez les commerçants. L’émetteur se nomme la fournaise. L’allusion est juste, car il est dans le feu, courant à chaque minute le risque d’être pincé. Mot à mot : il est dans la gueule du loup (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Émetteur de fausse monnaie.

France, 1907 : Nature de la femme. Voir Écuellle.

France, 1907 : Voleur chargé d’écouler la fausse monnaie.

Gicler, gigler, giscler, jicler

Rigaud, 1881 : Jaillir, rejaillir, couler en jet. — Le sang giscle d’une blessure. — Les gens qui chiquent gisclent en crachant. — Manière de cracher particulière aux gens qui mâchent du tabac.

Puis, v’lan, par je ne sais quels cribles, Par mille pertuis invisibles, Une eau nous jicle sur les pieds.

(A. Pommier, Paris)

Gicler, giscier

La Rue, 1894 : Jaillir, couler en jet. Cracher en jet.

Gosse (faire couler son)

France, 1907 : Se faire avorter.

— Il n’y a pas d’heure, pas de minute, qu’une fille enceinte ne se débarrasse de son précieux fardeau, ne fasse couler son gosse, qu’une fille-mère ne jette dans les latrines le fruit béni de ses entrailles, après l’avoir consciencieusement dépecé et déchiqueté.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Lance

d’Hautel, 1808 : Baisser sa lance. Rabattre de ses prétentions ; devenir humble et souple, de haut et fier que l’on étoit.
Être à beau pied sans lance. Être démonté, désarmé ; n’avoir plus d’équipages.

Ansiaume, 1821 : Eau.

J’ai bu son picton et rempli sa rouillarde de lance.

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Eau.

Vidocq, 1837 : s. f. — Eau.

Clémens, 1840 : Eau, larme.

un détenu, 1846 : Eau pour boire.

Larchey, 1865 : Eau (Vidocq). — Pour désigner l’eau, on a fait allusion à son extrême fluidité ; on a dit la chose qui se lance. Dans Roquefort, on trouve lancière : endroit par où s’écoule l’eau surabondante d’un moulin. V. Mourir, Trembler.

Delvau, 1866 : s. f. Balai, — dans le même argot [des faubouriens].

Delvau, 1866 : s. f. Pluie, — dans l’argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs. À qui qu’il appartienne, il fait image.

Rigaud, 1881 : Eau. — Balai. Lancier du préfet, balayeur, cantonnier.

Merlin, 1888 : Pluie. — Il tombe des lances, il pleut. Expression empruntée à l’argot parisien.

La Rue, 1894 : Eau. Pluie. Balai. Lanciers du préfet, Balayeurs.

Virmaître, 1894 : Eau, pluie.
— Il tombe de la lance à ne pas mettre un chien dehors.
Le peuple a emprunté ce mot à l’argot des voleurs.

Rossignol, 1901 : Eau.

Hayard, 1907 : Eau, pluie.

France, 1907 : Balai, à cause de son long manche.

France, 1907 : Eau.

— Je l’ai porté placidement sous la fontaine de la Maubert et je lui ai fait couler un petit filet de lance sur la tête, histoire de lui rafraîchir la coloquinte, en lui disant : Tiens, bois un coup de ça, pour te remettre ; mais, au lieu de boire, il a demandé du vin. Regardez-le gesticuler en montrant le poing à la fontaine.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Le richard, qui bourre d’avoine ses canassons quand ils ont quelques kilomètres de plus à faire, se fout comme d’une guigne que ses nègres tirent la langue et s’ingurgitent la lance bourbeuses des mares.

(Le Père Peinard)

Voici comment ils croûtent : le matin, ils bouffent un quignon et sirotent une infusion de chicorée ; à 1 heure, ils s’empiffrent de patates ; le soir, ils s’enfilent de la soupe et graissent leur pain d’un bout de lard gros comme une noisette. Si les pauvres gas ne sont pas trops à la côte, ils s’appuient une fricassée de pommes de terre dans une sauce au saindoux et à l’oignon.
Pour boisson, de la lance qui a passé sur l’infusion de chicorée dénommée café. Très rarement de la bière ou du cidre.

(Le Père Peinard)

Pivois sans lance, vin sans eau.

France, 1907 : Le pénis. Ce mot n’est plus guère employé dans ce sens.

France, 1907 : Pluie.

Profitant de l’expérience acquise par son aîné, le débutant aurait trouvé tout de suite, à la Villette ou à la Chapelle, une jeune personne qui lui aurait fait connaître les ivresses de l’amour, tout en lui permettant de passer des jours tissés de la plus douce fainéantise. Et le soir, au fond de l’assommoir, à l’abri des averses il aurait joué des « champoreaux » et des saladiers de vin chaud au zanzibar, pendant que l’innocente enfant aurait turbiné sous la lance.

(Laerte, Le Radical)

France, 1907 : Urine.

À été aussi ordonné que les argotiers toutime qui bieront demander la tune, soit aux lourdes ou dans les entiffes, ne se départiront qu’ils n’aient été refusés neuf mois, sous peine d’être bouillis en bran, et plongés en lance jusqu’au cou.

(Règlements des états généraux du Grande-Coëre)

Locher

d’Hautel, 1808 : Il y a toujours quelque chose qui loche. Pour dire, qui va mal. On dit plus communément, qui cloche.

Vidocq, 1837 : v. a. — Écouter.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Écouter.

Delvau, 1866 : v. n. Branler, être près de tomber, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : N’être pas d’aplomb, menacer de tomber ; c’est clocher en supprimant le C.

La Rue, 1894 : Écouler. Perdre l’équilibre, menacer de tomber.

Virmaître, 1894 : Branler, tomber.
— Tu branles dans le manche, tu vas être renvoyé de ta place.
Ce à quoi les farceurs répondent :
— Tout ce qui branle ne tombe pas (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Chanceler.

France, 1907 : Écouter.

Mireur

Rigaud, 1881 : Espion, observateur, — dans le jargon des voyous. — Quand ils auront fini de se ballader, tous ces mireurs !

France, 1907 : Employé aux caves des Halles pour y inspecter les provisions.

Deux cents becs de gaz éclairent ces caves gigantesques, où l’on rencontre diverses industries spéciales… Les mireurs qui passent à la chandelle une délicate révision des sujets ; les « préparateurs de fromages » qui font jaunir le chester, pleurer le gruyère, couler le brie, ou piquer le roquefort…

(E. Frébault)

Môme (taper un)

Rigaud, 1881 : Commettre un vol. (L. Larchey)

Rigaud, 1881 : Faciliter une fausse-couche, déterminer un avortement, commettre un infanticide, — dans le jargon des voyous. Les variantes sont : Faire couler un môme, faire couler un enfant.

France, 1907 : Voler.

Moudre

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien.

Et moulait au moulin de la dame toujours très-bien, sans y faire couler l’eau.

(Brantôme)

Et en jouant et passant le temps ensemble commencèrent à moudre fort et ferme.

(P. De Larivet)

Delvau, 1866 : v. a. et n. Jouer de l’orgue de Barbarie ou de la serinette. On dit aussi Moudre un air.

Patatrot (faire le)

France, 1907 : Décamper, se sauver ; corruption de pattes au trot. « Faire un patatrot », poursuivre à grande vitesse.
Les synonymes sont nombreux ; en voici les principaux :

Jouer la fille de l’air, faire le lézard, le jat jat, la paire, cric, gilles ; se déguiser en cerf, s’évanouir, se cramper, tirer sa crampe, se lâcher du ballon, se la couler, se donner de l’air, se pousser du zeph, se sylphider, se la trotter, se la couvrir, se faire la débinette, jouer des fourchettes, se la donner, se la briser, ramasser un bidon, se la casser, se la tirer, tirer ses grinches, valser, se tirer les pincettes, se tirer des pieds, se tirer les baladoires, les pattes, les trimoires ou les flûtes ; jouer des guibes ou des quilles, se carapater, se barrer, bandrouiller, se cavaler, faire une cavale, jouer des paturons, happer le taillis, flasquer du poivre, décaniller, décarer, exhiber son prussien, démurger, désarrer, gagner les gigoteaux, se faire une paire de mains courante à la mode, fendre l’ergot, filer son nœud, se défiler, s’écarbouiller, esballonner, filer son câble par le bout, faire chibis, déraper, fouiner, se la fracturer, jouer des gambettes, s’esbigner, ramoner ses tuyaux, foutre le camp, tirer le chausson, se vanner, ambier, chier du poivre, se débiner, caleter, attacher une gamelle, camper.

Pelletas

France, 1907 : Pauvre diable ; argot populaire.

Pour huit mois de grande pêche
Passé février ;
Laissant là charrue et bêche
Sans se faire prier ;
À bord d’une goélette
Ou d’un grand transport,
Quand fleurit la violette,
Joyeux je quittons le port,
Oui, nous sommes les pell’tas,
Les pell’tas, fils de pell’tas,
Oui, nous sommes les pell’tas
Qui n’ont pas peur de couler en tas.

(Jules Heurtel)

Piano (vendre son)

Rigaud, 1881 : « Le moindre récit pathétique, une phrase sentimentale, un mot touchant, un mouchoir sur les yeux, une larme et la croix de sa mère, tout cela se traduit par : vendre son piano. Depuis le jour où Bouffé, dans Pauvre Jacques, fit couler des ruisseaux de larmes dans une scène où il est forcé de vendre son piano, les verbes s’attendrir, pleurer, s’apitoyer, larmoyer, etc. ont été remplacés par : vendre son piano. » (J. Dullot)

Pisser dans un violon

France, 1907 : Perdre son temps ; se donner du mal pour n’arriver à rien.

— Tu as beau faire l’œil en coulisse, roucouler et manger tous les soirs la botte, elle se fiche de ta fiole… C’est comme si tu pissais dans un violon.

(Les Joyeusetés du régiment)

Plume

d’Hautel, 1808 : Il y a laissé ses plumes. Se dit d’un homme à qui il a coûté beaucoup d’argent pour se tirer d’une affaire.
La belle plume fait le bel oiseau. Pour dire que la parure et les ornemens font ressortir la figure.

Larchey, 1865 : Pince à effraction. V. Caroubleur. — Plume de Beauce : Paille. — On sait combien la Beauce est riche en céréales. On appelle Chartres la ville des pailleux.

Quelle poésie ! la paille est la plume de Beauce.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. f. Monseigneur, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Pelle-racloir dont se servent les maçons pour mêler la chaux, — dans le jargon des maçons.

Rigaud, 1881 : Pince à effraction. — C’est avec cette plume que les voleurs signent leurs noms sur les portes.

La Rue, 1894 : Pince-monseigneur. Cheveu.

France, 1907 : Le mot, dans son sens érotique, est précédé du verbe tailler. Nous nous abstiendrons d’en donner la signification aux innocents.

Je coulerais des jours parfaits
Si j’avais écrit un volume
Aux mendésiaques effets
Sur l’art de tailler une plume.

(Paul Paillette, Tablettes d’un lézard)

France, 1907 : Lit ; argot des voleurs.

— Je ne te tromperai jamais, je te le jure !… Mais, embrasse-moi !… répéta avec une insistance câline la jeune femme tout à fait domptée.
— Allons !… mais finissons les magnes et tirons-nous d’ici !… Nous serons plus chouettes au plume pour causer…

(Edmond Lepelletier)

France, 1907 : Pince-monseigneur ; argot des voleurs.

Porte-bottes

France, 1907 : Cavalier.

Les jours du porte-bottes sont si bien remplis qu’ils semblent s’écouler avec une rapidité dont l’infanterie ne saurait se faire une idée… le cavalier a déjà deux heures de manœuvre dans le ventre que l’homme de pied est encore au lit. Il s’agit de l’été. L’hiver, c’est à l’écurie que le porte-bottes précède de beaucoup le réveil de ses bons voisins les guêtrés.

(C. Dubois de Gennes, Le Troupier à cheval)

Raisiné

d’Hautel, 1808 : Faire du raisiné. Locution burlesque et triviale, pour dire, saigner du nez.
On lui a fait sortir le raisiné. Pour dire, que l’on a frappé quelqu’un au visage ; qu’on l’a fait saigner du nez.

Vidocq, 1837 : s. m. — Sang.

M.D., 1844 : Du sang.

Larchey, 1865 : Sang. — Allusion de couleur. — V. Daviole.

Tu es sans raisiné dans les vermichels.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. m. Sang, — dans le même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Sang, — dans le jargon des voleurs. — Faire du raisiné, avoir un saignement de nez. — Faire couler le sang.

La Rue, 1894 : Sang.

Virmaître, 1894 : Sang.
— J’ai lingré le gonce, il a répandu son raisiné sur le trimard (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 / anon., 1907 : Sang.

Revidage

Delvau, 1866 : s. m. Opération qui consiste à se partager, entre brocanteurs, les lots achetés trop cher à l’hôtel Drouot, mais achetés par eux pour les enlever aux bourgeois.

Rigaud, 1881 : Nouvelles enchères faites entre marchands, d’un objet adjugé à l’un d’eux, à l’hôtel des ventes. Le revidage ou revision tombe sous le coup de la loi.

Virmaître, 1894 : Revision des marchandises achetées par les brocanteurs dans les ventes publiques. La revision consiste en ceci :
— Pour ne pas faire monter les enchères et acheter bon marché, un ou deux de la bande noire pousse les enchères. Les objets en vente sont, par ce système, généralement adjugés à vil prix.
La vente terminée, ils se réunissent dans le cabinet d’un marchand de vin voisin et ils procèdent au revidage, c’est-à-dire à de nouvelles enchères.
Chacun prend alors le lot de marchandises qu’il peut écouler dans sa boutique, et la différence entre le total de la vente publique et l’opération du revidage est partagée également.
Cette opération illicite est défendue, c’est pourquoi elle se pratique au grand jour (Argot des brocanteurs).

France, 1907 : Association de brocanteurs qui, dans les salles de vente, s’entendent d’une part pour empêcher les particuliers d’acheter un objet ou pour le lui faire payer bien au-dessus de sa valeur, d’autre part pour faire adjuger à l’un d’eux un objet de prix bien au-dessous de sa valeur. La vente terminée, ils procèdent au revidage ou revision, c’est-à-dire qu’ils partagent la différence en plus ou en moins.

Roucouler

d’Hautel, 1808 : Pour, chanter, faire des roulades ; se dit par raillerie de quelqu’un qui a la voix rauque et une mauvaise méthode de chant.

Sacoulère

France, 1907 : Femme dont les poches sont toujours bourrées de différents objets.

Se la couler douce

Rossignol, 1901 : Travailler le moins possible ou ne faire que peu de chose est se la couler douce.

Tireur au cul

France, 1907 : Actuellement, le mot fricotteur peut être considéré comme synonyme de tireur au cul, mais on sait qu’il n’est pas de synonymes absolus, et, en effet, entre fricotteur et tireur au cul il y a des nuances.
L’un et l’autre sont des gaillards carottant ou cherchant à carotter le service, mais avec des visées différentes. Le premier, intelligent et dégourdi, levant le coude, levant la jambe, pourvu d’une ou de plusieurs particulières, tâche de toutes façons à s’amuser, à se divertir. Le second est un paresseux dont la préoccupation constante est de ne rien faire ou tout au moins de travailler fort peu. Il est souvent malade, atteint de boiteries singulières et d’écorchures incongrues et ne connaît pas de plus vif plaisir que d’astiquer sa plaque de couche ou de couler des heures de parfait farniente à l’infirmerie ou à l’hôpital. Le tireur au cul, carottier lymphatique, au physique comme au moral, est inférieur au fricotteur.

Tuiler (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’enivrer ; succomber sous l’ivresse comme sous une averse de tuiles, ou boire à en avoir bientôt le visage érubescent, c’est-à-dire couler de tuile neuve.

Rigaud, 1881 : Se soûler à fond ; arborer les tons rouges de la brique.

France, 1907 : S’enivrer ; argot populaire.

Ultra

Larchey, 1865 : Homme voulant au-delà (ultrà) de ce que désire son parti.

Ces royalistes surnommés ultras par l’opposition.

(Balzac)

Je crois qu’il faut user d’indulgence pour les ultras.

(C. Desmoulins, 1790)

Ultrà est souvent une abréviation de Ultra montain et signifie dévoué au parti papal, dont le siège est hors de la France, au-delà des Apennins ultrà montes.

Delvau, 1866 : s. m. Royaliste, — dans l’argot des libéraux. Libéral, — dans l’argot des royalistes. Bonapartiste, — dans l’argot des conservateurs.

France, 1907 : Royaliste.

On se rencontre tous les jours à la Régence au Procope : une demi-tasse, on bavarde. Et nous nous payons une promenade la semaine avec un ultra, manière de la couler plus douce, de barboter dans un peu de sang : le sang, ça se fait de plus en plus rare.

(Georges d’Esparbès)

Vigie

Vidocq, 1837 : Les conducteurs de diligences ou de voitures publiques ne sauraient exercer une trop grande surveillance lorsqu’ils auront sur l’impériale de leur voiture des sacs d’argent et en même temps des voyageurs ; car les individus qui, par goût ou par raison d’économie, veulent toujours y être placés, sont très souvent des voleurs à la Vigie, qui ne laissent pas échapper, si elle se présente, l’occasion de s’emparer des objets ou du numéraire placés près d’eux.
Voici comment procèdent ordinairement les voleurs à la Vigie :
L’un d’eux retient une place sur la voiture qu’il veut débarrasser d’une partie de son chargement, et un complice qui sait à quel endroit et quel moment il exploitera, se rendra à l’avance au lieu convenu, et lorsque la voiture y arrive à son tour, il attend pour se mettre à son poste que la Vigie lui ait fait un signal ; si les voleurs désirent s’emparer d’un sac d’argent, celui d’entre eux qui est placé sur l’impériale de la voiture attache le sac, le laisse couler jusqu’à terre, puis il lâche la corde ; si au contraire ils ont jeté leur dévolu sur des valises ou des petits paquets, il les jette tout simplement sur la route, le complice les ramasse, et tout est dit.
Deux vols à la Vigie viennent d’être commis aux environs de Paris.
Les vols à la Vigie ont été inventés, dit-on, par le nommé Salvador, célèbre voleur du Midi, guillotiné au bagne pour avoir blessé un argousin.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique