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Actéoniser

Delvau, 1864 : Tromper son mari.

Une marchande qui dès le lendemain de ses noces a actéonisé son mari.

(Les Caquets de l’accouchée)

France, 1907 : Tromper son mari, à cause des cornes qui poussèrent à Actéon, changer en cerf lorsqu’il surprit Diane au bain. Vieux style.

Une marchande qui, dès le lendemain de ses noces, a actéonisé son mari.

(Les Caquets de l’accouchée)

— Vous me voyez très inquiète, ma chère Mathilde… mon mari a des migraines affreuses… il souffre comme si son front allait éclater…
— Rassurez-vous, j’ai été marée deux fois et je connais cette maladie… c’est le bois qui travaille !

Aigrette conjugale

Delvau, 1864 : Au figuré : ornement de tête de MM. les cocus ; les cornes que leur font porter mesdames leurs épouses.

X… a couché avec madame Z… ? Encore un fleuron à ajouter à l’aigrette conjugale de son mari.

(Diable au corps)

Arlatenque

France, 1907 : Arlésienne.

Il sera bon de se trouver en Arles le dimanche et de s’égarer dès l’aurore dans le frais dédale des rues, courtes, se coupant à angle droit, où les diligentes Arlatenques, coiffées du mouchoir matinal à cornes, donnent un suprême coup de pinceau aux façades basses des maisons dont le rez-de-chaussée, jusqu’au premier étage, reçoit chaque samedi, comme chacun sait, une couche de lait de chaux.

(Paul Arène)

Bataille (chapeau en)

Larchey, 1865 : Chapeau à cornes tombant sur chaque oreille. Mis dans le sens contraire, il est en colonne. Terme de manœuvres militaires.

Les uns portent d’immenses chapeaux en bataille, les autres de petits chapeaux en colonne.

(La Bédollière)

France, 1907 : Se dit du chapeau à deux cornes placé horizontalement sur la tête, comme le portait Napoléon Ier et comme le portent encore les gendarmes : en colonne, c’est verticalement comme les généraux et les officiers d’état-major.

Bélier

Vidocq, 1837 : s. m. — Cocu.

Larchey, 1865 : Cocu (Vidocq). — Allusion aux cornes symboliques du cocuage.

Delvau, 1866 : s. m. Cocu, — dans l’argot des voyous, pour qui les infortunes domestiques n’ont rien de sacré.

Rigaud, 1881 : Mari trompé. Délicate allusion aux cornes du bélier.

France, 1907 : Cocu. Le roi des cocus.

Bête à cornes

Vidocq, 1837 : s. f. — Fourchette.

Rigaud, 1881 : Fourchette, — dans le jargon des voleurs.

Virmaître, 1894 : Fourchette (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Fourchette qui n’avait primitivement que deux dents ; homme marié cocu, archi-cocu.

Bête-à-cornes

Delvau, 1866 : s. f. Fourchette, — dans l’argot des voyous.

La Rue, 1894 : Fourchette.

Bœufs portent cornes et veaux cornettes

France, 1907 : Cette expression, bien que hors d’usage, mérite par son originalité de prendre place ici. L’explication en est donnée par Fleury.

Bœufs est mis là pour gens de robe, avocats et conseillers, ou procureurs, et veaux pour les jeunes docteurs licenciés. On dit que les premiers sont bœufs qui porteront cornes, parce que ceux d’entre eux qui sont vieux et qui ont de belles jeunes femmes, sont sujets à êtres cocus. Les seconds sont appelés veaux à cornettes parce qu’ils sont si enflés d’avoir le bonnet de docteur, qu’à peine font-ils quatre pas sans leur robe et le chaperon qui y est attaché, qu’on nomme cornette.

Boîte à cornes

Delvau, 1866 : s. f. Chapeau, coiffure quelconque, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Chapeau d’homme.

Virmaître, 1894 : Chapeau. Allusion aux cocus qui y cachent leurs cornes (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Chapeau haut de forme ou autres.

Hayard, 1907 : Chapeau.

France, 1907 : Chapeau ou bonnet. Boîte à dominos, bouche, allusion aux dents ; cercueil, allusion aux os ; — à gaz, estomac ; — à surprise, la tête ; — à violon, cercueil ; — à biscuit, pistolet ; — à jaunets, écrin ; — à femmes, brasserie ; — à pastilles, ciboire ; — à pandore, boîte contenant de la cire molle pour prendre l’empreinte des serrures ; — au sel, tête ; — aux cailloux ou aux réflexions, prison ; — aux refroidis, la Morgue ; — d’échantillons, tonneau de vidange ; — au lait, la gorge. Tête à boîte, tête à punitions, figure d’imbécile ou de raisonneur, dans l’argot militaire.

Bouc

d’Hautel, 1808 : Un vieux bouc. Terme de mépris ; vieillard perverti, licencieux et paillard.
Puer comme un bouc. Exhaler une odeur fétide, par allusion à cet animal qui sent très-mauvais.
Avoir une barbe de bouc. C’est n’avoir de la barbe que sous le menton.

Vidocq, 1837 : s. m. — Cocu.

Larchey, 1865 : Cocu. — Vidocq. — Allusion à ses cornes.

Delvau, 1866 : s. m. Cocu, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Barbiche, impériale très fournie, — dans l’argot du régiment. Mot à mot : barbe de bouc.

Rigaud, 1881 : Mari trompé. Allusion aux cornes, emblème des maris malheureux.

France, 1907 : Mari trompé. Barbiche qu’autrefois les voltigeurs et les grenadiers avaient le droit de porter dans les régiments d’infanterie. Dans la cavalerie, sous l’Empire, le bouc était facultatif, mais depuis son port n’était autorisé qu’aux hommes de la classe, c’est-à-dire parvenus à la dernière année de leur période d’activité.

Carme

un détenu, 1846 : Argent monnayé.

Halbert, 1849 : Miche.

Delvau, 1866 : s. m. Argent, — dans l’argot des voleurs. Quelques étymologistes veulent qu’on écrive et prononce carle, — probablement par contraction de carolus.

Delvau, 1866 : s. m. Miche de pain, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Argent. — Carmer, donner de l’argent. — Carme à l’estoque, ou carme à l’estorgue, fausse monnaie.

Virmaître, 1894 : Argent (Argot des souteneurs). V. Aubert.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Argent.

France, 1907 : Argent, miche de pain.

— Minute, la commère, faut pas s’emballer. Vous avez un béguin pour moi, c’est parfait. Nous f’sons des cornes au papa, c’est encore mieux ; mais là, entre nous, vous avez deux fois l’âge de bibi, et dame, faut combler la différence en belle et bonne galette. Quand on n’a plus ses dix-huit printemps, faut abouler du carme. Pas d’argent, pas d’amour.

(Michel Morphy, Les Mystères du crime)

Chapeau en bataille

Delvau, 1866 : s. m. Dont les cornes tombent sur chaque oreille. Argot des officiers d’état-major. Chapeau en colonne. Placé dans le sens contraire, c’est-à-dire dans la ligne du nez.

Coiffer

d’Hautel, 1808 : Il est né coiffé. Se dit d’un homme très-heureux dans ses entreprises, parce qu’on croit communément que ceux qui viennent au monde avec une coiffe ont un destin prospère.
Être coiffé de quelqu’un. En être entiché, infatué ; avoir en lui une confiance aveugle.
Se coiffer le cerveau. Expression bachique ; caresser la bouteille, s’enivrer.

Larchey, 1865 : C’est-à-dire : coiffer de cornes, faire une infidélité conjugale.

Mariez-vous, et par votre compagne, Heureux coiffeur, ne soyez pas coiffé ! ! !

(La Bédollière)

Delvau, 1866 : v. a. Donner un soufflet, une calotte.

Delvau, 1866 : v. a. Trahir son mari, — dans l’argot des bourgeoises.

France, 1907 : Donner un soufflet.

France, 1907 : Trahir son mari, c’est-à-dire le coiffer de cornes.

Coiffer un homme

Delvau, 1864 : Le tromper en faveur d’un autre, moins jeune et plus laid, mais autre, — d’où la coiffure de cornes que l’on connaît.

Moyennant quoi le mari fut coiffé.

(Piron)

Cinq minutes plus tard, le duo de Popoli était coiffé de la façon de tout un régiment de hussards.

(Pigault-Lebrun)

Mariez-vous, et, par votre compagne,
Heureux coiffeur, ne soyez pas coiffé.

(Émile de La Bédollière)

Confrère de la lune

Delvau, 1864 : Cocu, — par allusion aux cornes de la blonde Séléné.

Delvau, 1866 : s. m. Galant homme qui a eu le tort d’épouser une femme galante, — dans l’argot du peuple, trop irrévérencieux envers le croissant de la chaste Diane.

Rigaud, 1881 : Mari trompé avant, pendant et après.

France, 1907 : Mari trompé. Allusion aux cornes du croissant. C’est le sort de presque tous les maris de devenir les confrères de la lune. C’est, du moins, l’avis de Brantôme, grand clerc en la matière, car voici ce qu’il dit dans ses Vies des Dames galantes :

Voilà enfin ce que je diray du subject de ce chapitre, lequel j’eusse pu allonger mille fois plus que je n’ay faict, ayant eu matière si ample et si longue, que si tous les cocus et leurs femmes qui les font se tenoient tous par la main, et qu’il s’en peust faire un cercle, je croy qu’il sera assez bastant pour entourer et circuir la moictié de la terre.
Du temps du roy François fut une vieille chanson, que j’ay ouy conter à une fort honneste et ancienne dame, qui disait :
   Mais quand viendra la saison
   Que les cocus s’assembleront,
   Le mien ira devant, qui portera la bannière,
   Les autres suivront après, le vostre sera au darrière.

Cornante

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Vache.

Vidocq, 1837 : s. f. — Vache.

Larchey, 1865 : Bête à cornes (Vidocq)

Cornard

Delvau, 1864 : Cocu, porteur de cornes.

Ça fait toujours plaisir, lorsque l’on est cornard,
D’avoir des compagnons d’infortune…

(Louis Protat)

Larchey, 1865 : Cocu. — Mot à mot : porte-cornes. — Cornard : À l’École de Saint-Cyr, on ne mange que du pain sec au premier déjeuner et au goûter, et les élèves prennent sur leur dîner de quoi faire un cornard

Faire hommage de votre viande à l’ancien pour son cornard.

(De la Barre)

Delvau, 1866 : s. m. Galant homme qui a épousé une femme galante, — dans l’argot du peuple, impitoyable pour les malheurs ridicules et pour les martyrs grotesques.

Rigaud, 1881 : Mari infortuné qui est coiffé d’une paire de cornes. Pour donner une idée de la hauteur de certaines cornes, on dit de celui qui en est orné : Il ne passerait pas sous la porte Saint-Denis.

Sans pitié, sans regret me ferais-tu cornard ?

(Belle-Isle. Mariage de la reine de Monome)

Cornard fait allusion aux cornes du bouc, animal qui ne se formalise jamais des assiduités d’un autre bouc auprès d’une chèvre commune. Les Grecs désignaient sous le nom de fils de chèvre les enfants illégitimes. Le Videanus corneus es Latins n’était autre que notre cornard.

Virmaître, 1894 : Vient de cornette, de la cornette des femmes. Autrefois, un mari qui se laissait tromper par sa femme était appelé porteur de cornette (Argot du peuple).

France, 1907 : Mari trompé, comparé à une bête à cornes, par conséquent un sot. C’était la signification première du mot qui est vieux, car on le trouve dans une pièce, à la suite du Roman de la Rose :

Est-il cornart et deceu
Qui de tail créance est meu !

demande l’auteur, parlant de ceux qui croient aux conjurations et à la magie noire.

Et il vous daubait sur les pauvres cornards comme s’il eût espéré abattre des noix en leur secouant les cornes.

(Armand Silvestre)

Ceux qui voudront blasmer les femmes aimables
Qui font secrètement leurs bons marys cornards,
Les blasment à grand tort, et ne sont que bavardd ;
Car elles font l’aumosne et sont fort charitables,
En gardant bien la loy à l’aumosne donner,
Ne faut en hypocrit la trompette sonner !

Corne

d’Hautel, 1808 : Elle baiseroit une chèvre entre deux cornes. Manière exagérée de dire qu’une personne est d’une maigreur extrême ; que sa santé est dans un dépérissement affreux.
Entendre corne. Entendre de travers ; se méprendre sur ce que l’on vous adresse.
Faire les cornes à quelqu’un. Faire le signe d’une corne avec les deux doigts de la main, à dessein de se moquer de quelqu’un, de lui causer du dépit.
Montrer les cornes. Montrer de la résistance ; se mettre en état de défense.
Porter des cornes. Avoir pour femme une infidèle, qui se fait un jeu.de, violer les lois sacrées de l’hymen.
Dur comme, de la corne. Se dit d’une viande qui n’est pas assez mortifiée, qui est dure et coriace.
Il n’a pas besoin d’un coup de corne pour avoir de l’appétit. Manière plaisante d’exprimer qu’un homme mange avidement, et avec un grand appétit.
On dit d’un homme mordant et satirique qui a choqué quelqu’un, qu’Il lui a donné un coup de corne.
On prend les hommes par les paroles, et les bêtes par les cornes.
Se dit à ceux qui commettent quelqu’indiscrétion.
Il est aussi étonné que si les cornes lui venoient à la tête. Pour exprimer l’étonnement et la surprise qu’un homme manifeste en apprenant une nouvelle.

Larchey, 1865 : Puanteur. — Corner : Puer (Vidocq). — Vient peut-être de cor : cœur, qui a fait au moyen âge coreux : répugnant, écœurant. V. Roquefort.

France, 1907 : Estomac ; petit pain appelé croissant.

Cornes

Delvau, 1864 : Attributs invisibles du cocu.

C’est bien le meilleur petit homme
Que Vulcain ait dans sa séquelle :
Il rit des cornes qu’on lui met ;
Lui-même il vous fait voir la belle.

(Théophile)

Cousin de Moïse

Delvau, 1866 : s. m. Galant homme qui a épousé une femme galante, — dans l’argot du peuple, qui fait allusion aux deux lignes de feu dont sont ornées les tempes du législateur des Hébreux.

France, 1907 : Cocu. Allusion aux cornes de feu dont les peintres ornent le front du législateur hébraïque.

Diable

d’Hautel, 1808 : Que le diable te ramasse ! Se dit en plaisantant à quelqu’un qui se baisse pour ramasser ce qu’il a laissé tomber.
Quand un homme bat sa femme, le diable s’en rit. Manière plaisante d’excuser les brutalités que certains hommes exercent sur leurs femmes.
On dit vulgairement, lorsqu’il pleut pendant que le soleil luit sur l’horizon, que c’est le diable qui bat sa femme.
Il a le diable au corps.
Se dit d’un homme qui fait des choses extravagantes et nuisibles à ses propres intérêts.
Que le diable m’emporte, si je lui cède ! Espèce de jurement pour affirmer qu’on est résolu de tenir tête à quelqu’un.
Le diable ne sera pas toujours à ma porte. Pour dire que l’on espère n’être pas éternellement malheureux.
Tirer le diable par la queue. Vivre péniblement, et avec une grande économie.
Il n’est pas si diable qu’il est noir. Pour, il, est meilleur qu’il ne le paroit.
On dit de quelqu’un qui n’a aucune succession à attendre, et auquel on ne fait jamais de don, que si le diable mouroit, il n’hériteroit pas même de ses cornes.
Diable ! comme il y’va !
Interjection qui marque la surprise et le mécontentement.
Je crois que le diable s’en mêle. Se dit d’une affaire dans laquelle on éprouve continuellement de nouveaux obstacles.
Se donner à tous les diables. S’impatienter, se dépiter, se dégoûter de quelque chose.
Cela s’en est allé à tous les diables. C’est-à dire, s’est dispersé, sans qu’on sache ce que c’est devenu.
Faire le diable à quatre. Faire du bruit, du tintamare ; mettre tout en désordre ; se déchaîner contre quelqu’un ; lui faire tout le mal possible.
En diable. Il a de l’argent en diable ; des dettes en diable. Pour dire, extraordinairement.
Que le diable t’emporte ! Imprécation que l’on fait contre quelqu’un, dans un mouvement d’humeur.
Qu’il s’en aille au diable ! Qu’il aille où il voudra, pourvu qu’il ne m’importune plus.
C’est un bon diable. Pour, un bon enfant, un bon vivant.
On dit aussi ironiquement, un pauvre diable, pour un misérable ; un homme de néant.
Un méchant diable ; un diable incarné ; un diable d’homme. Pour dire, un homme à craindre, et dont il faut se méfier.
Quand il dort, le diable le berce. Se dit d’un chicaneur, d’un méchant qui se plaît perpétuellement à troubler le repos des autres.
C’est un grand diable. Pour, c’est un homme d’une grande stature ; mal fait, mal bâti.
Un valet du diable. Celui qui fait plus qu’on ne lui commande.
Crever l’œil au diable. Faire le bien pour le mal ; se tirer d’affaire malgré l’envie.
Il est vaillant en diable ; il est savant en diable. Pour, il est très-courageux, très-savant.
Le diable n’y entend rien ; y perd son latin. Pour exprimer qu’une affaire est fort embrouillée ; que l’on ne peut s’y reconnoître.
Le diable étoit beau, quand il étoit jeune. Signifie que les agrémens de la jeunesse donnent des charmes à la laideur même.
Il vaut mieux tuer le diable que le diable ne vous tue. Pour, il vaut mieux tuer son ennemi que de s’en laisser tuer.
Le diable n’est pas toujours à la porte d’un pauvre homme. Pour dire que la mauvaise fortune a ses instans de relâche.
C’est là le diable ! Pour, voilà le point embarrassant ; le difficile de l’affaire.
Un ouvrage fait à la diable. C’est-à-dire à la hâte ; grossièrement ; sans goût ; sans intelligence.

Delvau, 1866 : s. m. Agent provocateur, — dans l’argot des voleurs, qui sont tentes devant lui du péché de colère.

Delvau, 1866 : s. m. L’attelabe, — dans l’argot des enfants, qui ont été frappés de la couleur noire de cet insecte et de ses deux mandibules cornées.

Rigaud, 1881 : Agent provocateur. (Moreau-Christophe.)

La Rue, 1894 : Agent provocateur. Coffre-fort.

Virmaître, 1894 : Agent provocateur. Malgré que ce mot fasse partie du vocabulaire des voleurs, il n’est pas d’usage que les agents de la sûreté provoquent les voleurs à commettre un vol ; ils n’ont pas besoin d’être stimulés pour cela. En politique c’est un fait constant, car, sous l’Empire, jamais il n’y a eu un complot sans que, parmi les pseudo-conspirateurs, il n’y se soient trouvés plusieurs agents de la préfecture de police. Il y en eut même un du service du fameux Lagrange dans l’affaire des bombes d’Orsini. Dans le peuple on dit simplement mouchard (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Agent qui provoque le vol ou l’assassinat.

France, 1907 : Agent provocateur.

France, 1907 : Coffre-fort.

Écorner

Bras-de-Fer, 1829 : Forcer.

Vidocq, 1837 : v. a. — Injurier.

Delvau, 1866 : v. a. Injurier, faire les cornes, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : v. a. Médire de quelqu’un, attaquer sa réputation, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Fracturer. — Écorner un boucard, fracturer une boutique.

Rigaud, 1881 : Injurier ; du vieux mot français escharnier, moquer, railler.

La Rue, 1894 : Fracturer. Injurier.

France, 1907 : Médire, injurier ; fracturer.

En porter (sous-entendu des cornes)

France, 1907 : Être cocu.

Dans un petit café, le patron devise avec quelques clients sur les maris trompés.
— Mais ils le sont tous dans la maison, s’écrie une bonne grosse femme : tous en portent… Je n’en connais qu’un qui n’en porte pas.
La femme du patron, étourdiment : — Tiens ! Qui donc ?

Escargot

d’Hautel, 1808 : C’est un vrai escargot. Expression fort insultante que l’on applique à un homme mal fait, malbâti, à un sot, à un imbécile.

Vidocq, 1837 : s. m. — Vagabond.

Delvau, 1866 : s. m. Homme mal fait, mal habillé, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Vagabond, homme qui se traîne sur les chemins, rampant pour obtenir du pain, et quelquefois montrant les cornes pour obtenir de l’argent.

Rigaud, 1881 : Vagabond. — Lampion, — dans l’ancien argot.

Merlin, 1888 : L’homme et sa tente, en campagne.

La Rue, 1894 : Vagabond, Agent de police.

Virmaître, 1894 : Casquette que portaient les souteneurs avant la david, laquelle fut à son tour détrônée par la casquette à trois ponts (Argot des souteneurs). N.

Virmaître, 1894 : Vagabonds, les habitués des refuges, les gouapeurs des halles, les hirondelles du Pont-Neuf (Argot du peuple). Dans la pièce des Bohémiens de Paris, Colbrun chantait :

Sur mon dos comme un limaçon,
Portant mon bagage,
Mon mobilier et ma maison.

France, 1907 : Lampion que l’on pose le long des plates-bandes des jardins dans les fêtes.

France, 1907 : Lent, paresseux ; rôdeur de grand chemin, vagabond.

Fauvette à tête noire

Rigaud, 1881 : Gendarme, — dans l’argot moderne ; allusion aux tricornes noirs des gendarmes. — Être filé par les fauvettes à tête noire, être conduit par les gendarmes.

Virmaître, 1894 : Gendarme. Allusion au chapeau bicorne (Argot des voleurs). V. Hirondelle de Potence.

France, 1907 : Gendarme.

Fourchu

Vidocq, 1837 : s. m. — Bœuf.

Larchey, 1865 : Bœuf (Vidocq). — Ses cornes font fourche.

Delvau, 1866 : s. m. Bœuf, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Bœuf, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Bœuf.

Frégate (une)

Merlin, 1888 : Chapeau à deux cornes.

Greluchon

d’Hautel, 1808 : Terme de mépris ; nom que l’on donne à un homme qui se laisse entretenir par une femme qui a plusieurs amans.

Delvau, 1864 : Homme qui tient le milieu entre l’amant de cœur et le monsieur, entre celui qui paie et celui qui est payé.

Delvau, 1866 : s. m. Amant de cœur, — dans l’argot des gens de lettres qui ont lu le Colporteur de Chevrier, et connaissent un peu les mœurs parisiennes du XVIIIe siècle.

Rigaud, 1881 : Jeune niais, oisif ne s’occupant que de toilette et de plaisirs (1855).

Ces créatures attirent nécessairement une nuée de jeunes lions, de greluchons aimables, etc.

(Paris-Faublas)

Autrefois greluchon avait le sens de souteneur, jeune souteneur.

France, 1907 : Amant de cœur d’une fille publique ou d’une femme entretenue par un autre. De grelu, pauvre. Les femmes invoquaient jadis un saint Greluchon pour devenir fécondes, et lui brûlaient des cierges.
On dit à tort guerluchon.

Mon aimable moitié m’aimoit très tendrement,
Et me garda deux mois la foi fidèlement,
Ensuite, me planta fort proprement des cornes :
Sitôt que je le sçus, ma fureur fut sans bornes,
Je voulus la tuer, elle et son greluchon ;
Il n’étoit plus, ma foi, de charmante Michon.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

D’une résurrection de plaisir, elle titilla des paupières, la lèvre moins sèche, la langue, hors des dents, retroussée. Mais, à la fois, tant de subtile expérience n’était pas sans lui causer quelque alarme ; il fallait qu’il lui parût bien homme du monde, pour qu’elle ne le soupçonnât point greluchon.

(Catulle Mendès, Gog)

Je ne sommes pas de ces grisettes
Qu’avont quantité d’amourettes,
Ni de ces donzelles à bichons
Qui soutenont des greluchons !

(Vadé, Le Déjeuner de la Râpée)

Là, chaque soir, accourent tout guillerets les Lovelaces de la garnison et les greluchons des casernes, moustache cirée, cœur en croc, képi sur l’oreille, jasmin dans le mouchoir, poing sur la hanche et l’œil en coulisse.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Guilledou

d’Hautel, 1808 : Courir le guilledou. Pour, chercher les aventures ; fréquenter de mauvais lieux.

Delvau, 1864 : Vieux mot hors d’usage signifiant un mauvais lieu.

Je suis bien fait, car j’ai des cornes,
Puisque tu cours le guilledou.

(La Fontaine)

Car Pallas, bien que la déesse
Du bons sens et de la sagesse,
Courait partout le guilledou.

(Chapelle)

Jettature

France, 1907 : Action de jeter des sorts ; de l’italien jettatore, sorcier, littéralement jeteur.

Les bonnes gens qui font les cornes au diable, qui portent sur eux des mains de jettature et qui prennent garde au vol des corbeaux, sont bien plus nombreux qu’on ne croit. Je n’ai pas le courage de leur donner tort.

(Hugues Le Roux)

Joseph

Delvau, 1866 : s. m. Homme par trop chaste, — dans l’argot des petites dames, qui ressemblent par trop à madame Putiphar. Faire son Joseph. Repousser les avances d’une femme, comme le fils de facob celles de la femme de Pharaon.

Fustier, 1889 : Couteau. Argot des malfaiteurs.

Bébé, condamné à mort pour un simple coup de Joseph.

(A. Humbert, Mon bagne)

La Rue, 1894 : Couteau. Mari trompé.

Virmaître, 1894 : Homme trop chaste. A.D. Joseph, dans le peuple, est le patron des cocus. On ne dit pas : tu fais ton Joseph, mais bien : tu es un Joseph, à celui qui a assez de cornes sur la tête pour alimenter de manches une fabrique de couteaux (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Mari trompé, sot en ménage, cocu. Allusion au célèbre époux de la Vierge Marie qui fut père comme on le sait.

Riez si vous voulez, impies !
Pour les corbeaux, je fuis les Pies,
Et repentant, et convaincu,
Je vais, secouant l’hérésie,
Je cours, l’âme toute saisie,
Je vole aux lieux où j’ai vécu,
Criant partout, à perdre haleine :
— « Il a sauvé la Madeleine,
Le bon Joseph, le saint Cocu ! »

(Maurice Montégut)

Le mot s’emploie aussi pour désigner un niais, timide en amour, un jeune nigaud qui laisse échapper les bonnes occasions et qui, par jocrisserie, scrupule, crainte on autre raison, fuit les avances des dames. Ceci est en mémoire de l’autre Joseph, fils de Jacob, qui repoussa les avances de Mme Putiphar.

Lampion

Halbert, 1849 : Sergent de ville.

Larchey, 1865 : Chapeau à cornes.

Je passe le pantalon du cipal et je coiffe le lampion.

(Bourget)

Larchey, 1865 : Œil. — Allusion à la flamme.

Si j’te vois faire l’œil en tirelire à ton perruquier du bon ton, Calypso, j’suis fâché d’te l’dire, Foi d’homme ! j’te crève un lampion.

(Chanson populaire)

Delvau, 1866 : s. m. Chapeau, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Bouteille. — Œil. — Chapeau. — Sergent de ville.

La Rue, 1894 : Chapeau. Œil. Bouteille. Gardien de la paix.

Hayard, 1907 : Verre d’eau-de-vie.

France, 1907 : Bouteille.

France, 1907 : Chapeau, à cause de sa forme.

France, 1907 : Gardien de la paix.

France, 1907 : Œil.

Si j’te vois fair’ l’œil en tir’lire
À ton perruquier du bon ton,
Irma, j’suis fâché de te l’dire,
Foi d’homme, j’te crève un lampion !

(Chanson populaire)

Loger rue du Croissant

Delvau, 1866 : v. n. Avoir pour femme une drôlesse qui donne dans le contrat autant de coups de canif qu’il y a de jours dans l’année.

Virmaître, 1894 : Si tous les maris cocus devaient rester rue du Croissant, il faudrait prolonger cette rue jusqu’à Vincennes (Argot du peuple). V. Joseph. N.

France, 1907 : Cohabiter avec une femme qui s’écrie en voyant les cornes du croissant de la lune ou celles d’un bœuf : « Ciel ! mon mari ! »

Mac

Vidocq, 1837 : s. m. — Amant et souteneur d’une fille publique. Il s’est opéré une telle fusion dans nos mœurs, que plusieurs types se sont effacés sans laisser la moindre trace de leur existence. Bientôt le Mac sera un de ceux-là ; il est déjà fossile, bientôt il sera anté-diluvien. Mais cela ne prouve rien en faveur de nos mœurs ; notre belle jeunesse d’aujourd’hui ne vaut guère mieux que celle d’autrefois ; les dehors sont sans doute moins repoussans, mais l’intérieur est le même, et la seule conclusion qu’il soit possible de tirer de ce qui se passe, c’est que le nombre des êtres vicieux est plus grand. Le métier de Mac, autrefois, n’était guère exercé que par des voleurs ou des mouchards. Ces messieurs étaient jadis les seuls sultans des harems publics ; maintenant les prêtresses de Vénus Callipyge ont pour amans des jeunes gens de famille, ils ne volent personne, ils ne rendent aucun service à la préfecture de police, ils ont même de l’honneur ! Ce qui ne les empêche pas d’envoyer leur femme au vague, et d’avoir conservé toutes les traditions du métier, hormis celles qui pouvaient les compromettre. Que l’on ne croie pas cependant que les filles de joie ont gagné à cet échange ; il y avait autrefois entre elles et leurs amans une certaine conformité de périls et d’infortunes qui rendait la communauté plus douce, communauté qui n’existe plus maintenant. Cependant celui qui s’est fait le despote d’une courtisane, à la charge par lui de la défendre envers et contre tous, s’il n’est ni voleur ni mouchard, est bien prêt de devenir tout cela.
Le monde des Macs était autrefois un monde à part. On voyait ces Messieurs, réunis dans les bouges de la Grève et des environs, prêts, au premier signal, à aller jeter par la fenêtre le malheureux qui, pour son malheur, était entré dans un des mauvais lieux qui, à cette époque, infestaient les rues de la Tannerie, de la Vieille-Lanterne, de la Vieille-Place-aux-Veaux, de la Mortellerie.
Les Macs de l’ancien régime étaient tous costumés de la même manière ; grand chapeau à cornes, cravate d’une ampleur démesurée, veste très-courte, pantalon large, bas à coins de couleur, et chaussure des magasins de la mère Rousselle. Une chique énorme et un bâton long et noueux leur servaient de signes de reconnaissance.
Les filles étaient chargées de pourvoir aux besoins et aux plaisirs de MM. les Macs, et, à cet effet, chacune d’elles avait un compte ouvert chez Dupuis, la mère Bariol, la mère Sans-Refus, taverniers en grande renommée à cette époque. Chaque Mac inscrivait sur une ardoise sa dépense, que sa femme était chargée de payer. L’éponge passée sur une ardoise servait de quittance générale. (Voir Rutière).

Delvau, 1864 : Abréviation de maquereau.

Ça m’ fera peut-être rigoler un brin, de changer d’rôle, et de mac devenir miché.

(Lemercier de Neuville)

Après tout, ce n’est pas si bête
D’avoir fait quatre cents binettes.
D’hommes de lettr’s, de peintr’s et de mac ?

(A. Pothey)

Delvau, 1866 : s. m. Apocope de Maquereau, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Apocope de maquereau, souteneur de filles ; et mecque avec changement de l’a en e. — De maque, marchand ; d’où maquignon.

Virmaître, 1894 : Diminutif de maquereau. Quelques-uns écrivent mec, d’autres mecque. C’est mac qui est le vrai mot (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Individu qui vit du produit d’un labeur vaginal.

Hayard, 1907 : Souteneur.

France, 1907 : Abréviation de maquereau.

Mégalomane

France, 1907 : Individu qui aime les gens titrés, les grands : c’est le snob anglais. Hellénisme formé de mégalon, grand, et de manie.

Mégalomane, il s’imaginait créer une espèce : au lieu de bras, les hommes avaient des ailes, et les femmes, des cornes à la place des yeux ; puis les sexes divers se confondaient, et d’un millier d’êtres jaillissait un seul type avec une poitrine de vierge, une queue de serpent, des pattes de chien et un œil servant de bouche, d’oreilles humaines, de langue et de mains ; — et, le monstre disparu, naquirent des variétés infinies de bêtes épouvantables, toutes les horreurs de l’Apocalypse, tous les rêves obscènes d’un vieillard érotique.

(Dubut de Laforest, Morphine)

Minotauriser un homme

Delvau, 1864 : Le faire cocu, — allusion aux cornes du Minotaure de l’Ile de Crète.

Quand une femme est inconséquente, le mari doit être, selon moi, minotaurisé.

(H. de Balzac)

Moïse

France, 1907 : « Mot satirique, dit Le Roux, qui signifie cocu, homme à qui on a planté des cornes. » C’est à cause des deux rayons de feu dont les peintres bibliques ont coutume d’orner la tête du législateur des Hébreux.

Mouton de Panurge

France, 1907 : Sauter l’un après l’autre comme les moutons de Panurge, faire comme tout le monde, imiter sottement ses voisins.
Cette expression est tirée de Rabelais. « Panurge, retournant du pays de Lanternois, se trouva sur le bateau avec Dindenault, le marchand de moutons. Après de longs débats, il lui en achète un, le paye, choisit de tout le troupeau un beau et grand mouton, et l’emportoit criant et beslant, oyant tous les aultres et ensemblement beslants et regardants quelle part on menoit leur compagnon… Soubdain, je ne sçai comment, Panurge, sans aultre chose dire, jecte en pleine mer son mouton criant et beslant ». Tous les autres moutons criant et bêlant se jettent en mer à la file. « La foule estoit à qui premier y sauteroit après leur compagnon. Possible n’estoit les en garder. Comme vous sçavez estre du mouton le naturel, tousjours suivre le premier, quelque part qu’il aille. Le marchand, tout effrayé de ce que devant ses yeux périr voyoit et noyer ses moutons, s’efforçoit de les empescher et retenir de tout son pouvoir. Mais c’estoit en vain. Tous à la file saultoient dedans la mer et périssoient. Finablement il en print un grand et fort, par la toison sur le tillac, cuidant ainsi le retenir et sauver le reste aussi conséquemment. Le mouton fut si puissant qu’il emporta en mer avec soi le marchand, et fut noyé… Autant en firent les aultres bergers et moutonniers, les prenants uns par les cornes, aultres par les jambes, aultres par la toison. Lesquels tous feurent pareillement en mer portés et noyés misérablement. »

À partir de ce moment, j’eus mes admirateurs. Ils se recrutèrent, d’abord, parmi les fruits secs qui seraient bien aises d’écraser les supériorités réelles sous certaines célébrités excentriques et d’une valeur discutable. L’admiration pour la médiocrité qui se déguise en bizarrerie est une des formes les plus fréquentes de la jalousie littéraire. Puis, vint se mettre à la suite de mes thuriféraires une bonne partie du troupeau des moutons de Panurge. Aujourd’hui, la foule ne veut plus être avec la foule. Bien des gens, pour éviter la banalité, se jettent à corps perdu dans l’océan de l’absurde. Comme, de temps à autre, parmi les insanités que je publie, j’intercale certaines des choses raisonnables que l’on me refusait autrefois, les critiques s’occupent de mes œuvres et me regardent comme un génie égaré qui eût pu monter très haut s’il n’eût été entraîné par les désordres d’une vie anormale et les chimères d’un esprit exalté.

(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)

Palpitant

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Cœur.

Vidocq, 1837 : s. m. — Cœur.

Halbert, 1849 : Cœur.

Larchey, 1865 : Cœur ému. V. Coquer, Battant.

Delvau, 1866 : s. m. Le cœur, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Cœur, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Cœur.

Virmaître, 1894 : Le cœur (Argot des voleurs). V. Grand ressort. N.

France, 1907 : Le cœur.

— Nous l’avons échappé belle. J’en ai encore le palpitant qui bat la générale.

(Mémoires de Vidocq)

Une extase, vague et sans bornes,
Dilate tous les palpitants…
Bien des fronts sont dotés de cornes…
C’est le printemps ! C’est le printemps !

(Grammont)

Passer sous la porte Saint-Denis (ne pouvoir)

France, 1907 : Se dit d’un mari malheureux dont les cornes symboliques atteignent une telle hauteur qu’il ne pourrait passer sous la porte Saint-Denis.

Planter des cornes

Delvau, 1864 : Introduire son membre dans le vagin d’une femme mariée à un autre homme, — ce qui fait pousser des cornes à celui-ci et quelquefois un enfant à celle-là.

Point gamma

Delvau, 1866 : Époque des examens de fin d’année, — dans l’argot des Polytechniciens, pour qui c’est le temps de l’équinoxe c’est-à-dire celui où le travail de nuit est égal à celui du jour.

France, 1907 : Fête carnavalesque qui se célébra à l’École polytechnique, de 1861 jusqu’en 1880, où elle fut supprimée sur l’ordre du ministre de la guerre. On la célébrait à l’équinoxe du printemps, c’est-à-dire au passage du Soleil dans le signe du Bélier ; de là le nom de gamma, lettre grecque qui figure les cornes du bélier.

Mes chers amis, si j’ouvr’ le bec,
C’est afin de chanter avec
L’œil humide et le gosier sec
Toute la splendeur d’un mot grec,
Tradéri déra, vive l’équinoxe !
Pour elle toujours l’amour m’enflamma
Et dans l’instant même il faut que je boxe
Celui qui ne dit : Viv’ le point gamma !

(L’Argot de l’X)

Porter (en)

Larchey, 1865 : Être trompé. — Mot à mot : porter des cornes.

Dis donc, Miroux…, de quoi donc que Mme Miroux te fait porter ?

(Gavarni)

Delvau, 1866 : Être trompe par sa femme, — dans l’argot du peuple, qui fait allusion aux cornes dont la tradition orne depuis si longtemps le front des maris malheureux. En faire porter. Tromper son mari.

Rigaud, 1881 : Être trompé par sa femme ; c’est-à-dire porter des cornes, être coiffé à la manière des maris trompés. — La femme qui trompe son mari, lui en fait porter.

France, 1907 : Être cocu ; le mot cornes est sous-entendu. En faire porter, tromper son mari ; argot populaire.

Avoir un gendre ! Ah ! c’est superbe !
Quand nous irons tous à Meudon,
L’été prochain, dîner sur l’herbe,
Ça s’ra lui qui port’ra l’melon.
Ma femm’, qu’a d’l’esprit quand a’ cause,
Craint qu’Véronique ait fait le vœu
D’y fair’ porter… même autre chose !

(Émile Carré)

Proverbes érotiques

Delvau, 1864 : En voici seulement quelques-uns des plus connus :

Le cas d’une fille est fait de chair de ciron, il démange toujours.

(Brantôme)

Le cas d’une femme est de terre de marais, on y enfonce jusqu’au ventre.

(Brantôme)

Un con bien ménagé, à Paris surtout, vaut mieux que deux métairies.

(Moyen de parvenir)

Un cul de putain
Au soir et au matin
Ne sera sans merde.

(Anciens Fabliaux)

Une femme ira plus pour un coup de vit qu’un âne pour dix coups de bâton.

(Moyen de parvenir)

Les femmes sont anges à l’église, diables en la maison, singes au lit.

(Moyen de parvenir)

Toute belle femme s’étant essayée au jeu d’amour ne le désapprend jamais.

(Brantôme)

Par commun proverbe on dit,
Qu’on connaît femme à la cornette
S’elle aime d’amour le déduet.

(G. Coquillard)

Plus vous couvrirez une femme, plus il y pleuvra.

(Tabarin)

Femme qui fait ses cuisses voir,
Et se montre en sale posture,
À tout homme fait à savoir
Que son con demande pâture.

(Théophile)

La femme a semence de cornes.

(Leroux de Lincy)

Quand femme dit souvent hélas,
Elle demande ailleurs soulas.

(Leroux de Lincy)

Le four est toujours chaud, mais la pâte n’est pas toujours levée.

(Moyen de parvenir)

Il vaut mieux dépuceler une garce que d’avoir les restes d’un roi.

(Brantôme)

Froides mains, chaudes amours.

(Leroux de Lincy)

Mais, belles, sachez qu’un beau manche
Réchauffe aussi bien qu’un manchon.

(Théophile)

L’oisiveté est mère de paillardise.

(Le Synode nocturne des tribades)

L’amour est le chemin du cœur
Et le cœur l’est du reste.

(Mademoiselle de Soudéry)

Et quand on a le cœur
De femme honnête, on a bientôt le reste.

(Voltaire)

Quand on parle du loup, on en voit la queue

France, 1907 : Dicton que les pudibonds anglais, effarouchés par le mot queue, ont rendu par celui-ci : « Quand on parle du diable, on en voit les cornes. » Il faut ajouter que, depuis Édouard le Confesseur, les loups ont été détruits dans la Grande-Bretagne. Cette expression s’emploie lorsqu’une personne arrive juste au moment où l’on parle d’elle. Les Latins disaient dans le même sens : Lupus in fabula, le loup dans la conversation. Certaines personnes, voulant poétiser ce dicton et se montrer aimables vis-à-vis de l’arrivant, disent : Quand on parte du soleil, on en voit les rayons.

Quatre cornes (allumer la chandelle à)

France, 1907 : Faire des réjouissances. Expression usitée en certaines provinces, faisant allusion à l’ancienne coutume d’allumer en signe de joie toutes les mèches d’une grande lampe de famille dont les plus luxueuses avaient quatre cornes ou becs. Cette illumination avait lieu d’ordinaire quand des parents mariaient la dernière de leurs files.

Rouen (aller à)

Vidocq, 1837 : Se ruiner.

Rigaud, 1881 : Être sifflé, — dans le jargon des comédiens. — Courir à sa ruine. — Manquer une vente, — dans le jargon des commis de la nouveauté.

France, 1907 : Se ruiner. Jeu de mot. Faire un Rouen, manquer une vente. Argot des employés de commerce. Ces jeux de mots sont fréquents dans le peuple ; nous en avons donné quelques-uns dans aller à Niort, voici d’autres qui complètent la série :
Avoir été élevé à Asnières, être un ignorant, un âne.
Aller à Cachan,
se cacher.
Voyager en Cornouailles, être trompé par sa femme, jeu de mot sur cornes.
Aller à Dourdan,
être battu, du vieux mot dourder, battre.
Être de Lunel, être lunatique.
Envoyer à Mortaigne, envoyer à la mort, tuer.
Aller à Patras, mourir, jeu de mot sur ad patres.
Envoyer à l’abbaye de Vatan,
congédier.

Signe du bélier

France, 1907 : Constellation qui préside au cocuage. Allusion aux cornes.

Celui que le guignon fit naître
Sous le signe ingrat du bélier,
Se tourmente pour mieux connaître
Ce qu’il ferait bien d’oublier…
Veut-il fuir des chagrins sans bornes ?
Qu’il change ses yeux pour des cornes,
À l’exemple de l’escargot !

(M. Guitard)

Tenir (en)

Larchey, 1865 : Aimer d’amour.

Est-ce de l’amour ? Alors, il faut qu’elle en tienne furieusement, puisqu’elle fait de tels sacrifices.

(Ricard)

Delvau, 1866 : Avoir de l’amour pour quelqu’un, — dans l’argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Être amoureux. — Je crois qu’elle en tient pour lui. — Être trompé par sa femme. Mot à mot : tenir des cornes. — Et vous dites que sa femme l’aurait… Il y a beau jour qu’il en tient.

France, 1907 : Être amoureux.

Sans intention libertine,
Sans calcul coupable et trop clair,
J’en tiens pour Auclert Hubertine…
Ou bien Hubertine Auclert.

(Beausapin)

Tourne-vis

Fustier, 1889 : Gendarme. Argot des malfaiteurs.

Le gendarme est naturellement l’obsession du repris de justice ; il le voit partout et l’a baptisé d’un nom caractéristique ; le tourne-vis.

(Figaro, février 1885)

La Rue, 1894 : Gendarme. Chapeau à cornes.

Virmaître, 1894 : Chapeau à cornes que portent les gendarmes. Ce terme s’est généralisé, il est employé pour tous les chapeaux quelles que soient leurs formes (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : V. Hirondelle de potence.

Tournevis

Rigaud, 1881 : Chapeau à cornes. (L. Larchey)

France, 1907 : Chapeau de gendarme, allusion à la forme, et, par extension, gendarme.

France, 1907 : Soldat d’infanterie. Cette expression n’est plus usitée.

À la santé des gros talons,
Des tournevis et des canons !

(Vieille chanson militaire)

Triangle

Delvau, 1866 : s. m. Chapeau, — dans l’argot des francs-maçons.

Delvau, 1866 : s. m. La bouche, — dans l’argot des rapins, qui se rappellent leurs principes de dessin, s’ils oublient ceux de la bienséance. Clapoter du triangle. Avoir l’haleine homicide.

France, 1907 : Bouche ; argot des artistes. Clapoter du triangle, avoir mauvaise haleine ; synonyme de trouillotter du goulot.

France, 1907 : Chapeau ; argot des francs-maçons. Allusion à l’ancienne forme des chapeaux dits à trois cornes.

Vaquero

France, 1907 : Gardien de troupeaux de taureaux et de chevaux sauvages dans la Camargue.

À vingt pas de la ferme, les vaqueros entouraient une vingtaine de petits taureaux dont les cornes avaient à peine poussé, et ils s’amusaient à les terrasser comme ils eussent fait de jeunes chiens.
Ces petites bêtes étaient déjà rageuses et ne semblaient pas commodes à manier, pourtant.
Noires comme le jais, les jambes sèches et la tête énorme, la queue battant les flancs, elles s’élançaient, rapides comme l’éclair, sur les vaqueros, qui tantôt les franchissaient, tantôt les évitaient par un mouvement aussi prompt que l’idée, tantôt les renversaient d’un coup d’épaule en leur tenant le jarret gauche.

(Fernand Delisle, Souvenirs de chasse en Provence)

Voir la lune à gauche

France, 1907 : Être cocu. Cette locution parait fort ancienne ; elle était déjà usitée au temps de Mme de Sévigné, qui écrit dans une de ses lettres : « Montgobert m’a écrit plaisamment les manœuvres de la belle Iris et les jalousies de M. le comte. Je crois qu’il verra la lune à gauche avec cette belle. » « Voir la lune à gauche, explique Quitard, c’est, au propre, la voir quand elle est dans son décours, phase où elle montre les cornes, et, au figuré, c’est éprouver certaine infortune dont les cornes sont le symbole. » Aussi dit-on que les maris et les amants voient souvent la lune à gauche.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique