d’Hautel, 1808 : Que le bon Dieu te bénisse ! Phrase interjective, qui marque la surprise, l’improbation, le mécontentement.
Dieu vous bénisse ! Salut, souhait que l’on fait à quelqu’un qui éternue. On se sert aussi de cette locution pour se débarrasser honnêtement d’un pauvre qui demande l’aumône, et auquel on ne veut rien donner.
Il dépenseroit autant de bien qu’un évêque en béniroit. Voyez Autant.
Eau bénite de cour. Fausses carresses, vaines protestations d’amitié.
C’est pain bénit que d’attraper un rusé, un avare. Pour dire que c’est un mal dont chacun rit.
Ventre bénit. Nom que l’on donne aux bedeaux de paroisses, parce qu’ils vivent le plus souvent du pain bénit qu’on les charge de distribuer aux fidèles.
Changement de corbillon, appétit de pain bénit. Vieux proverbe qui signifie que la diversité et la variété plaisent en toutes choses. Voyez Appétit.
Il est réduit à la chandelle bénite. Se dit d’un moribond qui approche de sa dernière heure.
Bénir
Changement
d’Hautel, 1808 : Changement de corbillon fait trouver le vin bon. Signifie qu’il suffit souvent de changer une chose de lieu ou de forme, pour la faire trouver meilleure.
On dit aussi, Changement de corbillon, appétit de pain bénit. Pour dire que la nouveauté et la variété plaisent en toute chose.
Cher comme poivre
France, 1907 : Ce dicton n’est plus guère usité, et a perdu toute signification. Napoléon Landais en donne une explication singulière : « Il ne peut se comprendre, dit-il, que pour signifier que le poivre est peu de chose en lui-même, et vaut toujours trop cher. » Si l’auteur du Dictionnaire des Dictionnaires eût consulté Voltaire, il eût trouvé une raison plus satisfaisante : « Cet ancien proverbe est trop bien fondé sur ce qu’en effet une livre de poivre valait au moins deux marcs d’argent avant les voyages des Portugais. »
Cette épice était donc autrefois d’une extrême cherté. Les seigneurs, et principalement les seigneurs ecclésiastiques, qui en faisaient une grande consommation, l’avaient compris dans l’un des tributs imposés à leurs vassaux.
Geoffroy, prieur du Vigeois, voulant exulter la magnificence de Guillaume, comte de Limoges, raconte qu’il en avait chez lui des tas énormes amoncelés comme si c’eût été du gland pour les porcs !
Les juifs de Provence étaient obligés d’en payer deux livres par an et par tête à l’archevêque d’Aix ! Quand Clotaire III fonda le monastère de Corbie, il imposa ses domaines de trente livres de poivre aux religieux. C’était déjà une véritable passion pour le clergé, et de là est venu le surnom donné depuis au poivre : avoine de curé, poudre qui excite à l’amour ceux et celles qui en font usage.
Cheval de corbillard (faire son)
Fustier, 1889 : Faire le malin, poser.
France, 1907 : Prendre des airs, faire des manières. Allusion aux chevaux attelés aux chars funèbres, et qui sont, suivant l’importance du mort qu’ils charrient, et la vanité des héritiers, grotesquement affublés de plumets.
Chouia
Merlin, 1888 : Doucement — de l’arabe.
France, 1907 : Doucement. Mot arabe, rapporté par les soldats d’Afrique.
— À votre santé, militaire ! Vous me plaisez beaucoup.
— À la tienne ! Toi aussi tu sais, tu es chouia, chouia, comme disait Corbineau, et si tu veux m’offrir ce soir une hospitalité écossaise…
(Gil Blas)
Corbillard
Virmaître, 1894 : On écrivait autrefois corbeillard, parce que ce mot désignait le coche d’eau qui faisait le service entre Paris et Corbeil. On a écrit également corbillas et corbillat. Gouffé a chanté la lugubre voilure :
Que j’aime à voir un corbillard ;
Ce goùt-là vous étonne ?
Mais il faut partir tôt ou tard,
Le sort ainsi l’ordonne
Et loin de craindre l’avenir,
Moi de cette aventure
Je n’aperçois que le plaisir
D’aller en voiture.
L’expression de corbillard date de 1793, époque de la création de ces voitures (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Pupitre double où s’assoient les clercs de notaire, d’avoué, etc.
L’étude était une étude comme toutes les autres, ornée de cartons étiquetés et tapissée de liasses poussiéreuses, humide et obscure. On y respirait une atmosphère moisie, à laquelle semblaient habitués les cinq ou six clercs attablés au grand pupitre double, peint en noir, que dans ces officines on appelle un corbillard.
(Gustave Graux, Les Amours d’un jésuite)
Corbillard à deux roues
Rigaud, 1881 : Personne triste.
Dis donc, ma fille, quitte donc ce corbillard à deux roues et viens avec nous, qui sommes de francs loupeurs !
(Philibert Audebrand)
Corbillard à nœuds
Rigaud, 1881 : Prostituée ignoble et malsaine, — dans le jargon des voyous.
France, 1907 : Prostituée de bas étage. Jeu de mots trop expressif pour qu’il ait besoin d’explication.
Corbillard de loucherbem
Fustier, 1889 : « Et voici, pour corser tous ces parfums et leur donner la note aiguë, voici passer au galop le corbillard de loucherbem, l’immonde voiture qui vient ramasser dans les boucheries la viande gâtée. »
(Richepin)
France, 1907 : Voiture qui ramasse, dans les boucheries, la viande gâtée. Loucherbem signifie, en largonji, boucher. Cet argot consiste à substituer la lettre l à la première consonne qu’on transporte à la fin du mot suivi de la désinence em.
Corbillon
d’Hautel, 1808 : Petite corbeille.
Changement de corbillon fait trouver le vin bon. Pour dire que le plus petit changement fait souvent trouver les choses meilleures.
Delvau, 1864 : Employé dans un sens obscène pour désigner la nature de la femme.
Là, près de la jeune Thémire.
À l’œil vif, au teint vermillon,
Qui rougît, et qui n’ose dire
Ce qu’il faut dans son corbillon.
(É. Debraux)
Crevé (petit)
France, 1907 : Petit jeune homme dont la principale occupation est le souci de sa personne. Jeune fainéant que balaiera du trottoir la prochaine révolution sociale. On dit aussi simplement : crevé.
Peut-être apprendrons-nous aussi que les dames de la cour et les crevés du macadam ont dansé, comme à l’exécution des quatre sergents de la Rochelle, autour de quelques pieds carrés où seront couchés les cadavres encore chauds de Ferré ou de Rossel.
(Camille Barrère, Qui-vive !)
Hier, sur les boulevards, un corbillard vide passe à toute vitesse.
Un jeune gommeux, frais et rose, qui traversait la chaussée, est presque renversé par la voiture noire.
— Dites donc, cocher, vous ne pourriez pas faire attention, vous avez failli m’écraser, j’ai pas encore envie d’aller dans votre voiture.
— Hé ! va donc, sale crevé, j’en ai porté au cimetière qui avaient encore meilleure mine que toi.
(Ange Pitou)
I’s sont comm’ ça des tas d’crevés,
Des outils, des fiott’s, des jacquettes,
Des mal foutus, des énervés
Montés su’ des flût’ en cliquettes…
(Aristide Bruant)
Faire son cheval de corbillard
Fustier, 1889 : Faire le malin. Poser.
France, 1907 : Faire ses embarras. Allusion aux panaches dont la vanité des vivants orne les chevaux qui portent les morts en terre.
Garno
Rigaud, 1881 : Garni, par antiphrase, sans doute. — Misérable chambre, misérable cabinet dégarni de meubles ; un lit, une chaise et, quelquefois, une commode, voilà l’ameublement du garno.
Rigaud, 1881 : Hôtel garni. Les garnos de dernier ordre fréquentés par la crapule de Paris ont reçu des noms typiques ; en voici quelques-uns : le Pou volant, le Grand Collecteur, le Chien mort, la Gouape, la Retape, la Carne, la Camarde, la Boîte à Domange, la Débine, le Corbillard, la Loupe, la Gadoue, l’Auberge des Claque-Dents, la Charmante, la Punaise enragée, la Ruine, l’Abattoir, la Pégrotte, la Bérésina, le Choléra, le Grand-Pré, tous noms qui présentent une signification sui generis, qui dégagent une odeur de crime et de vermine.
Rossignol, 1901 : Hôtel garni.
Giverneur de refroidis
Rigaud, 1881 : Cocher de corbillard, — dans le jargon des voleurs.
Lacorbine
Rigaud, 1881 : Surnom que se donnent entre eux les Éphestions de trottoir ; nom sous lequel les désignent généralement les inspecteurs du service des mœurs. C’est une déformation du mot « la courbée ».
Latakieh
France, 1907 : Tabac d’Orient.
Le petit nègre d’Éthiopie souleva la portière de brocart à franges d’or ; il était vêtu d’un tablier blanc, pas plus grand que la main, et portait des tchiboucks à bouquins d’ambre, ronds et laiteux ; d’un sachet brodé de perles, il tira le latakieh dont les brins sont fins comme les cheveux, et roux comme les poils du veau.
— J’aime autant le caporal, dit le maréchal des logis Corbineau, en se tortillant négligemment la moustache.
(A. Glatigny, Joyeusetés galantes)
Mannequin
d’Hautel, 1808 : C’est un vrai mannequin. Pour dire, un homme sans caractère, qui n’agit que d’après la volonté des autres, ou dont on se rend absolument maître.
Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, homme de paille, — dans l’argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. m. Voiture quelconque, et spécialement Tape-cul, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Cabriolet, voiture à deux roues. — Hotte de chiffonnier. — Mannequin à machabées, corbillard, ou encore mannequin du trimballeur de dégelés, de refroidis, de machabées.
Rigaud, 1881 : Demoiselle de magasin sur le dos de laquelle on essaie les confections, devant les acheteurs, — dans le jargon des marchands de nouveautés.
La Rue, 1894 : Imbécile. Voiture.
France, 1907 : Homme méprisable, sans valeur.
France, 1907 : Hotte de chiffonnier.
France, 1907 : Imbécile toujours habillé à la dernière mode.
Mannequin de machabées
Virmaître, 1894 : Corbillard. Allusion au panier dans lequel est jeté le condamné après l’exécution (Argot des voleurs). V. Omnibus de coni.
France, 1907 : Corbillard, cercueil.
Mannequin du trimballeur des refroidis
Halbert, 1849 : Corbillard.
Delvau, 1866 : s. m. Corbillard, — dans l’argot des voleurs.
Mitan
Delvau, 1866 : s. m. Milieu, — dans l’argot du peuple.
Hayard, 1907 : Milieu.
France, 1907 : Milieu, moitié. Provincialisme ; du latin medietas, moitié. Au mitan, au milieu, dans l’Est et la plupart des provinces. En tudesque, on écrit mittau ; en bas breton, mittain. La mer du mitan, la Méditerranée.
Le boufon qui vist cela dit : Et moi je voudrois estre au beau mitan.
(Brantôme)
Ai fai tremblai les quatre quarres
Et le mitan de l’univers.
(Noël bourguignons)
Jadis on disait mer du mitan, pour mer Méditerranée.
D’autre part, il voyait monter de la Bretagne
Grand nombre de vaisseaux sur l’ondeuse campagne,
Aux armes des François, et la mer du mitan
Ses galères conduire ès eaux de l’Océan.
(Jacques Corbin, La Sainte Franciade)
Omnibus
Larchey, 1865 : Prostituée, femme se donnant à tous.
On y remarque aussi quelques femmes jeunes encore, pauvres beautés omnibus.
(La Maison du Lapin blanc, typ. Appert)
Omnibus de coni : Corbillard (Vidocq). — Mot à mot : voiture de mort. — Omnibus rappelle que tous doivent faire un jour le voyage.
Delvau, 1866 : s. m. Femme banale, — dans l’argot du peuple, pour qui cette Dona Sol au ruisseau lucet omnibus.
Delvau, 1866 : s. m. Garçon supplémentaire pour les jours de fête, — dans l’argot des garçons de café.
Delvau, 1866 : s. m. Résidu des liquides répandus sur le comptoir d’un marchand de vin, et servi par ce dernier aux pratiques peu difficiles, amies des arlequins.
Delvau, 1866 : s. m. Verre de vin de la contenance d’un demi-setier, la mesure ordinaire de tout buveur.
Rigaud, 1881 : Batteurs de pavé.
C’est-à-dire des gens que l’on rencontre sur tous les points de Paris comme les véhicules dont ils portent le nom, mais qui diffèrent de ceux-ci en ce qu’ils n’ont ni couleur, ni enseigne, ni lanterne pour indiquer où ils vont et d’où ils viennent.
(Paul Mahalin)
Rigaud, 1881 : Femme qui a autant et plus de droit à ce sobriquet que les voitures de ce nom.
Rigaud, 1881 : Garçon d’extra, dans un restaurant, dans un café.
Rigaud, 1881 : Loges d’avant-scène au théâtre de l’Opéra.
Excepté la loge de l’Empereur et la loge voisine réservée pour le service de Sa Majesté, excepté les deux loges qui sont en face et les deux avant-scènes du rez-de-chaussée, au côté droit, toutes les loges d’avant-scène jusqu’au troisième rang non compris, sont occupées par des hommes et organisées en omnibus ainsi qu’on dit à l’Opéra et à Londres.
(N. Roqueplan)
Rigaud, 1881 : Verre de vin, verre d’eau-de-vie, de la capacité d’un demi-setier. On lit encore à la devanture de quelques débits de vin, extra-muros : « Ici l’on prend l’omnibus. » Rinçures de verres, résidu de vin répandu sur le comptoir et débité aux consommateurs assez ivres pour ne plus y regarder de près.
Fustier, 1889 : Les employés des télégraphes à Paris appellent ainsi les cartes-télégrammes fermées qui sont expédiées par les tubes.
Le temps qu’ils (les télégraphistes) distribuent les courses aux facteurs, les cartes et les omnibus à tuber attendent aussi.
(Cri du Peuple, août 1885)
Ces cartes-télégrammes sont aussi nommées petit-bleu à cause de la couleur du papier sur lequel elles sont rédigées.
La Rue, 1894 : Verre de vin ordinaire. Garçon d’extra. Gouttures du comptoir d’un marchand de vin. Prostituée.
Virmaître, 1894 : Femme à tous. On dit aussi : wagons et omnibusardes. Fréquemment, ces omnibus là donnent une correspondance pour l’hôpital du Midi (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Garçon de café payé par les autres garçons pour les aider dans les moments de presse.
Rossignol, 1901 : Lorsque l’omnibus d’une fille publique est embourbé, elle ne peut travailler.
Hayard, 1907 : Prostituée.
France, 1907 : Batteur de pavé : individu qui erre par les rues, sans moyen apparent d’existence.
Omnibus, des gens que l’on rencontre sur tous les points de Paris, comme les véhicules dont ils portent le nom, mais qui différent de ceux-ci en ce qu’ils n’ont ni couleur, ni enseigne, ni lanterne pour indiquer où ils vont et d’où ils viennent.
(Paul Mahalin)
France, 1907 : Garçon d’extra que prennent les cafetiers, cabaretiers, restaurateurs aux jours de fête.
France, 1907 : Prostituée.
France, 1907 : Superflu de liquides tombé sur le comptoir de zinc d’un marchand de vin recueilli dans un récipient et revendu aux clients.
France, 1907 : Verre de la capacité d’un demi-setier.
Omnibus à Crôni
Hayard, 1907 : Corbillard.
Omnibus de coni
Vidocq, 1837 : s. m. — Corbillard.
Delvau, 1866 : s. m. Corbillard, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Corbillard, c’est-à-dire omnibus de la mort.
La Rue, 1894 : Corbillard. La mort.
France, 1907 : Corbillard.
Plumule
France, 1907 : Petite plume.
Les panaches altiers d’un attelage de corbillard y dardaient d’un fouillis de frisures, d’une forêt de plumules que l’air ridiculement agitait. Un large rebord, sous un flot de rubans noirs, noirs comme tout l’échafaudage de cette tiare dérisoire, me cachait le visage que cimait l’outrageant chapeau.
(Camille Lemonnier)
Quantum
Larchey, 1865 : Caisse somme d’argent. — Latinisme.
Encore cent mille francs ! il est allé faire une saignée nouvelle à son quantum.
(Ricard)
Delvau, 1866 : s. m. Argent, somme quelconque, caisse.
France, 1907 : Quantité déterminée. Latinisme ; littéralement, combien, d’où quantum, argent.
De très vieille souche, ayant eu un aïeul méchamment empalé par les musulmans au temps des croisades, très imbu et jusqu’aux moelles de gentilhommerie provinciale, portant en son aristocratique personne le stigmate glorieux de la race, avec son visage effilé conne un couteau, son grand nez en bec de corbin, son menton légèrement galochard, sa taille haute, ses jambes sans fin et, sur un ensemble grotesque, un quantum de distinction native qui ne permettait pas d’en rire.
(Armand Silvestre)
Refroidi
Vidocq, 1837 : s. f. — Mort.
Halbert, 1849 : Mort.
Delvau, 1866 : s. m. Noyé, pendu ; cadavre, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Mort. — Assassiné.
La Rue, 1894 : Mort. Assassiné.
Rossignol, 1901 : Être mort.
France, 1907 : Cadavre. Parc à refroidis, cimetière. Roulante à refroidis, corbillard.
Tous les matins, avant midi,
Dans une immense fosse,
On apport’ra les refroidis
Qu’on empil’ra par grosse.
(Aristide Bruant, Dans la Rue)
Trimbaleur de machabées
Rigaud, 1881 : Cocher de corbillard. Désigné encore sous les noms de : Trimbaleur de conis, trimbaleur de refroidis, trimbaleur de carne pour la sèche.
Trimbaleur de refroidis
France, 1907 : Cocher de corbillard ; argot faubourien.
Trimballeur de conis
Vidocq, 1837 : s. m. — Cocher de corbillard, croque-morts.
Trimballeur de refroidis
Virmaître, 1894 : Le cocher qui conduit les corbillards.
— Ce qui m’emmerde, quand je serai refroidi, c’est d’être trimballé par l’omnibus à coni (Argot des voleurs).
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