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Accent

Ansiaume, 1821 : Avertissement.

S’il faut décarrer, tu me recoqueras l’accent.

Larchey, 1865 : Voir arçon.

France, 1907 : Crachat ayant pour but d’avertir un camarade qu’il se tienne sur ses gardes ; argot des voleurs. — Voir Arçon.

Altèque

Vidocq, 1837 : adj. — Beau, bon, excellent, (Altar), d’où dérive le mot altier, changé en altèque.

Larchey, 1865 : Beau, bon, excellent (Vidocq). — Du vieux mot alt (grand, fort, élevé) accompagné d’une désinence arbitraire, comme dans féodec. V. Roquefort. — Frangine d’Altèque : Bonne sœur. — Frime d’altèque : Charmante figure. V. Coquer.

Delvau, 1866 : adj. Beau, brave, excellent, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot (altus) à Virgile.

Rigaud, 1881 : Beau, excellent. D’altar, d’où dérivent les mots altier, altitude.

La Rue, 1894 : Beau, bon, excellent.

Virmaître, 1894 : Beau, plus que beau (Argot des voleurs).

Aquiger

anon., 1827 : Faire.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Faire. Il aquige le riflard : il fait le bourgeois.

Vidocq, 1837 : v. a. — Battre, blesser. On aquige aussi les cartes pour les reconnaître au passage, et les filer au besoin.

M.D., 1844 : Battre.

Halbert, 1849 : Prendre.

Larchey, 1865 : Palpiter. V. Coquer. Aquiger : Blesser, battre. — Aquiger les brèmes : Biseauter les cartes.

Delvau, 1866 : v. a. Battre, blesser, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : v. a. Faire, — dans le même argot [des voleurs]. Aquiger les brimes. Faire une marque aux cartes à jouer, pour les reconnaître et les filer au besoin.

Delvau, 1866 : v. a. Prendre, — dans l’argot des faubouriens. Cependant ils disent plus volontiers quiger, et quelquefois ils étendent le sens de ce verbe selon la nécessité de leur conversation.

La Rue, 1894 : Prendre, dérober. Faire. Blesser. Battre. Endommager.

Virmaître, 1894 : Battre, blesser. On dit par corruption de celui qui est battu : il est attigé (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Prendre. Aquiger n’est pas le vrai mot, c’est quiger (Argot des voleurs).

France, 1907 : Prendre, dans l’argot des faubourgs et voler, dans celui des voleurs.

Arguche

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Argot. Jaspiner arguche, parler argot.

Vidocq, 1837 : s. m. abst. — Argot. Jargon des voleurs et des filous, qui n’est compris que par eux seuls ; telle est du moins la définition du Dictionnaire de l’Académie. Cette définition ne me paraît pas exacte ; argot, maintenant, est plutôt un terme générique destiné à exprimer tout jargon enté sur la langue nationale, qui est propre à une corporation, à une profession quelconque, à une certaine classe d’individus ; quel autre mot, en effet, employer pour exprimer sa pensée, si l’on veut désigner le langage exceptionnel de tels ou tels hommes : on dira bien, il est vrai, le jargon des petits-maîtres, des coquettes, etc., etc., parce que leur manière de parler n’a rien de fixe, d’arrêté, parce qu’elle est soumise aux caprices de la mode ; mais on dira l’argot des soldats, des marins, des voleurs, parce que, dans le langage de ces derniers, les choses sont exprimées par des mots et non par une inflexion de voix, par une manière différente de les dire ; parce qu’il faut des mots nouveaux pour exprimer des choses nouvelles.
Toutes les corporations, toutes les professions ont un jargon (je me sers de ce mot pour me conformer à l’usage général), qui sert aux hommes qui composent chacune d’elles à s’entendre entre eux ; langage animé, pittoresque, énergique comme tout ce qui est l’œuvre des masses, auquel très-souvent la langue nationale a fait des emprunts importans. Que sont les mots propres à chaque science, à chaque métier, à chaque profession, qui n’ont point de racines grecques ou latines, si ce ne sont des mots d’argot ? Ce qu’on est convenu d’appeler la langue du palais, n’est vraiment pas autre chose qu’un langage argotique.
Plus que tous les autres, les voleurs, les escrocs, les filous, continuellement en guerre avec la société, devaient éprouver le besoin d’un langage qui leur donnât la faculté de converser librement sans être compris ; aussi, dès qu’il y eut des corporations de voleurs, elles eurent un langage à elles, langage perdu comme tant d’autres choses.
Il n’existe peut-être pas une langue qui ait un point de départ connu ; le propre des langues est d’être imparfaites d’abord, de se modifier, de s’améliorer avec le temps et la civilisation ; on peut bien dire telle langue est composée, dérive de telles ou telles autres ; telle langue est plus ancienne que telle autre ; mais je crois qu’il serait difficile de remonter à la langue primitive, à la mère de toutes ; il serait difficile aussi de faire pour un jargon ce qu’on ne peut faire pour une langue ; je ne puis donc assigner une date précise à la naissance du langage argotique, mais je puis du moins constater ces diverses époques, c’est l’objet des quelques lignes qui suivent.
Le langage argotique n’est pas de création nouvelle ; il était aux quatorzième, quinzième et seizième siècles celui des mendians et gens de mauvaise vie, qui, à ces diverses époques, infestaient la bonne ville de Paris, et trouvaient dans les ruelles sombres et étroites, alors nommées Cour des Miracles, un asile assuré. Il n’est cependant pas possible d’en rien découvrir avant l’année 1427, époque de la première apparition des Bohémiens à Paris, ainsi l’on pourrait conclure de là que les premiers élémens de ce jargon ont été apportés en France par ces enfans de la basse Égypte, si des assertions d’une certaine valeur ne venaient pas détruire cette conclusion.
Sauval (Antiquités de Paris, t. 1er) assure que des écoliers et des prêtres débauchés ont jeté les premiers germes du langage argotique. (Voir Cagoux ou Archi-suppôt de l’argot.)
L’auteur inconnu du dictionnaire argotique dont il est parlé ci-dessus, (voir Abbaye ruffante), et celui de la lettre adressée à M. D***, insérée dans l’édition des poésies de Villon, 1722, exemplaire de la Bibliothèque Royale, pensent tous deux que le langage argotique est le même que celui dont convinrent entre eux les premiers merciers et marchands porte-balles qui se rendirent aux foires de Niort, de Fontenay et des autres villes du Poitou. Le docteur Fourette (Livre de la Vie des Gueux) est du même avis ; mais il ajoute que le langage argotique a été enrichi et perfectionné par les Cagoux ou Archi-Suppôts de l’Argot, et qu’il tient son nom du premier Coësré qui le mit en usage ; Coësré, qui se nommait Ragot, dont, par corruption, on aurait fait argot. L’opinion du docteur Fourette est en quelque sorte confirmée par Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans, qui écrivait sous les règnes de François Ier et de Henri II, qui assure que de son temps le roi ou le chef d’une association de gueux qu’il nomme Belistres, s’appelait Ragot. (Voir Dialogues de Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans. À Rouen, chez Martin Lemesgissier, près l’église Saint-Lô, 1589, exemplaire de la Bibliothèque Royale, no 1208.)
La version du docteur Fourette est, il me semble, la plus vraisemblable ; quoi qu’il en soit, je n’ai pu, malgré beaucoup de recherches, me procurer sur le langage argotique des renseignemens plus positifs que ceux qui précèdent. Quoique son origine ne soit pas parfaitement constatée, il est cependant prouvé que primitivement ce jargon était plutôt celui des mendians que celui des voleurs. Ces derniers, selon toute apparence, ne s’en emparèrent que vers le milieu du dix-septième siècle, lorsqu’une police mieux faite et une civilisation plus avancée eurent chassé de Paris les derniers sujets du dernier roi des argotiers.
La langue gagna beaucoup entre les mains de ces nouveaux grammairiens ; ils avaient d’autres besoins à exprimer ; il fallut qu’ils créassent des mots nouveaux, suivant toujours une échelle ascendante ; elle semble aujourd’hui être arrivée à son apogée ; elle n’est plus seulement celle des tavernes et des mauvais lieux, elle est aussi celle des théâtres ; encore quelques pas et l’entrée des salons lui sera permise.
Les synonymes ne manquent pas dans le langage argotique, aussi on trouvera souvent dans ce dictionnaire plusieurs mots pour exprimer le même objet, (et cela ne doit pas étonner, les voleurs étant dispersés sur toute l’étendue de la France, les mots, peuvent avoir été créés simultanément). J’ai indiqué, toutes les fois que je l’ai pu, à quelle classe appartenait l’individu qui nommait un objet de telle ou telle manière, et quelle était la contrée qu’il habitait ordinairement ; un travail semblable n’a pas encore été fait.
Quoique la syntaxe et toutes les désinences du langage argotique soient entièrement françaises, on y trouve cependant des étymologies italiennes, allemandes, espagnoles, provençales, basques et bretonnes ; je laisse le soin de les indiquer à un philologue plus instruit que moi.
Le poète Villon a écrit plusieurs ballades en langage argotique, mais elles sont à-peu-près inintelligibles ; voici, au reste, ce qu’en dit le célèbre Clément Marot, un de ses premiers éditeurs  : « Touchant le jargon, je le laisse exposer et corriger aux successeurs de Villon en l’art de la pince et du croc. »
Le lecteur trouvera marqué d’un double astérisque les mots extraits de ces ballades dont la signification m’était connue.

Delvau, 1866 : s. m. Argot. Arguche, arguce, argutie. Nous sommes bien près de l’étymologie véritable de ce mot tant controversé : nous brûlons, comme disent les enfants.

Rigaud, 1881 : Argot, avec changement de la dernière syllabe.

Rigaud, 1881 : Niais, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Argot du vieux mot argu, ruse, finesse, dont on a fait argutie.

Astiquer

Delvau, 1864 : Faire l’amour, — dans l’argot des filles et des maquereaux, l’astic pour eux étant une épée, et l’épée piquant.

Larchey, 1865 : Nettoyer.

Quand son fusil et sa giberne sont bien astiqués.

(1833, Vidal)

Un troupier dira de bourgeois élégants : Ce sont des civils bien astiqués. La marine donne à ce mot de nombreux synonymes :

Peste ! maître Margat, vous avez l’air d’un Dom Juan… — Un peu, que je dis ! on a paré la coque… On s’a pavoisé dans le grand genre ! On est suifé et astiqué proprement.

(Capendu)

Astiquer : Battre.

Sinon je t’astique, je te tombe sur la bosse.

(Paillet)

Du vieux mot estiquer : frapper d’estoc ou de la pointe. V. Du Cange. — Nous croyons cette étymologie commune à l’autre sens. L’homme qui frappe droit exécute le même mouvement qu’un fourbisseur en exercice.

Fustier, 1889 : Fourbir, nettoyer, se pomponner.

C’est qu’on est un peu beau, mon vieux,
Quand on s’astique.

(Le Caïd, opéra-bouffon, act. I, sc. X)

Avoir mare

France, 1907 : Être fatigué de quelqu’un ou d’une chose, en avoir des nausées ; argot des escarpes.

J’en ai mare de ce mec-là, tu sais, Coque ! Veille à ce qu’y ne me pue pas trop au nez à force d’entendre tes chansons !

(Charles-Henry Hirsch)

Avoir un œil à la coque

Rossignol, 1901 : Paupière noire par suite d’un coup.

Bas de buffet

Delvau, 1866 : s. m. Homme ou chose de peu d’importance. Argot du peuple. Vieux bas de buffet. Vieille femme, vieille coquette ridicule qui a encore des prétentions à l’attention galante des hommes.

Virmaître, 1894 : Injure à l’adresse des vieilles femmes prétentieuses qui se maquillent outrageusement. Pour accentuer on dit : vieux bas de buffet (Argot du peuple).

France, 1907 : Vieille coquette prétentieuse et ridicule.

Bâti de boue et de crachat

Rigaud, 1881 : Bâti à la hâte, sans solidité, en parlant d’une maison, d’une bicoque, d’un ouvrage de maçonnerie. On devrait bien étendre l’expression jusqu’à certains personnages politiques.

Battant

d’Hautel, 1808 : Un habit tout battant neuf. Pour dire un habit nouvellement fait, nouvellement acheté.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Estomac. Faire trimer le battant, ne rien manger, jeûner.

Vidocq, 1837 : s. m. — Cœur.

Larchey, 1865 : Cœur (Vidocq). — Mot imagé. C’est le cœur à son état ordinaire. Il ne mérite pas encore le nom de palpitant.

Delvau, 1866 : s. m. Le cœur, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Cœur. — Estomac.

Rigaud, 1881 : Neuf, luisant de propreté. La langue régulière a le mot « battant neuf. »

La Rue, 1894 : Cœur. Langue. Neuf : tout battant neuf.

Virmaître, 1894 : L’estomac.
— J’ai le ventre creux, rien à me coller dans le battant (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Le cœur (Argot des voleurs). V. Grand ressort.

Rossignol, 1901 : Le cœur ; on dit aussi le palpitant.

France, 1907 : Le cœur ; argot des voleurs. Lorsqu’il bat fort, ils l’appellent palpitant, Se pousser dans le battant, boire ; faire trimer le battant, manger ; n’avoir rien dans le battant, être à jeun. Battant se dit aussi pour neuf ; on a conservé l’expression battant neuf.

Hier, sur le coup de deux heures de l’après-midi, le nouveau ministère, tout battant neuf, reluisant, tiré à quatre épingles, frais, coquet, est entré à la Chambre ; — moins de trois heures après il en est ressorti, l’oreille basse, le pan de l’habit déchiré, un œil au beurre noir, trébuchant, lamentable, avec toute l’apparence d’un lutteur qui, peut-être, est sorti victorieux d’une lutte à main plate, mais qui, assurément, a reçu, au cours de l’engagement, de sérieux horions.

(Victor Meunier, Le Rappel)

Bichonner

Delvau, 1866 : v. a. Arranger avec coquetterie : friser comme un bichon. Argot des bourgeois. Se bichonner. S’adoniser.

Rossignol, 1901 : Celui qui à soin de sa personne aime à se bichonner. Bichonner veut aussi dire cajoler ; on bichonne sa femme, son chien, ceux que l’on aime.

Bichonner (se)

Virmaître, 1894 : Homme qui a grand soin de lui-même et qui se bichonne comme une petite maîtresse (Argot du peuple). V. Pommadin.

France, 1907 : S’arranger les cheveux avec coquetterie.

Bicoque

d’Hautel, 1808 : Vieille maison, masure. Au figuré, terme de mépris, maison dont l’intérieur est mal dirigé ; ou les domestiques font maigre chère ; atelier peu lucratif aux ouvriers qui s’y emploient.

Blard de 4/4

Ansiaume, 1821 : Schall de femme.

Si elle planque son blard, je lui pésille de rif et te le recoque.

Boucanade

Vidocq, 1837 : s. f. — Corruption. L’action de corrompre avec de l’argent une personne qui connaît un fait que l’on ne veut pas laisser divulguer ; ainsi l’on pourra dire  : J’ai coqué la boucanade, lorsque l’on aura acheté le silence d’un témoin, l’indulgence d’un juge.

Larchey, 1865 : Corruption à prix d’argent d’un juge ou d’un témoin. — Coquer la boucanade : Corrompre. Mot à mot : donner pour boire. En Espagne, la boucanade est une gorgée du vin renfermé, selon l’usage, dans une peau de bouc.

Delvau, 1866 : s. f. Corruption d’un témoin, — dans l’argot des voleurs, qui redoutent le boucan de l’audience. Coquer la boucanade. Suborner un témoin.

Rigaud, 1881 : Faux témoignage. Action de corrompre, d’acheter un témoin. — Coquer la boucanade, corrompre un témoin, acheter un témoignage.

France, 1907 : Corruption d’un témoin ; pot-de-vin donné à un juge. Une boucanade, en Espagne, est une libation prise à l’embouchure d’une peau de bouc, récipient du vin.

Boudiné

Fustier, 1889 : Une des dernières incarnations du gommeux. Le mot est de Richepin.

Voici que les ex-lions, les anciens dandys, les feus crevés, les ci-devant gommeux prétendent au nom élégant de boudinés. Ce vocable leur parait rendre d’une façon imagée l’étroitesse de leur costume ; il répond… à cet ensemble de tenue qui leur donne l’air de boudins montés sur pattes.

(Siècle, 1883)

Encore un mot qui n’a eu qu’une existence bien éphémère.

La Rue, 1894 : Voir Copurchic.

France, 1907 : Petit jeune homme ridiculement étriqué dans ses vêtements.

Un de ces êtres singuliers dont le nom générique varie de jour en jour et qu’on nomme encore, à l’heure qu’il est (allons, bon, ma montre est arrêtée !), des boudinés, je crois, descendait, au grand trot d’un pur sang douteux, l’avenue des Champs-Élysées.

(J. A. Magin)

Voici que les ex-lions, les anciens dandys, les feus crevés, les ci-devant gommeux prétendent au nom élégant de boudinés. Ce vocable leur parait rendre d’une façon imagée l’étroitesse de leur costume ; il répond… à cet ensemble de tenue qui leur donne l’air de boudins montés sur pattes.

(Richepin)

Le mot date de 1883. Un bon portrait de boudiné est celui qu’en burine, dans Nos plaies, Paul Roinard :

Soudain, la porte s’ouvre : il entre un boudiné,
Monsieur de Vergenel, un joli comte né
Pour dévorer gaiment cent mille francs de rente
Trouvés sous l’oreiller de sa mère mourante.
Monsieur le comte est un adorable mondain,
Coquet comme une fille, affectant le dédain
Le plus impertinent pour tout ce qui travaille,
Sans but, sans foi, sans frein, ne faisant rien qui vaille,
Passant le temps au cercle, au Bois ou dans les bras
D’amantes de hasard, salissant tous les draps
Et brisant tous les cœurs ; ayant une maîtresse
Parce que cela pose ; évitant la tendresse
Parce que cela nuit ; jouant, soupant, dansant,
Mettant tout son amour dans le trot d’un pur sang ;
Renvoyant une femme, en vaniteux sceptique,
Comme il fouette son chien ou chasse un domestique.

Bride

d’Hautel, 1808 : Mener quelqu’un par la bride. Signifie posséder la confiance de quelqu’un au point de lui faire faire tout ce que l’on désire.
Secouer la bride. S’esquiver de la dépendance de quelqu’un.
Brides à veaux. Vains argumens dont on persuade les gens pusillanimes et d’un esprit borné.
Tenir la bride haute. Pour tenir quelqu’un en respect, ne lui permettre aucune familiarité. On dit dans le sens contraire :
Tenir la bride lâche. Pour abandonner quelqu’un à ses volontés.
Avoir la bride sur le cou. Expression contradictoire, qui signifie à-la-fois, être en liberté, et travailler paisiblement.

Ansiaume, 1821 : Chaîne de montre.

Pour trois brides de bogues le fourga m’a recoqué 6 balles.

Bras-de-Fer, 1829 : Chaîne.

Vidocq, 1837 : s. f. — Chaîne de forçat.

un détenu, 1846 : Chaîne.

Halbert, 1849 : Chaîne de montre.

Delvau, 1866 : s. f. Chaîne de montre, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Chaîne de montre, — dans le jargon des voyous. — Si j’avais seulement une bride pour attacher mon oignon.

La Rue, 1894 : Chaîne de montre. Menotte. Homme de rebut.

Virmaître, 1894 : Chaîne de montre. Elle bride le gilet (Argot des voleurs). V. Cordelettes.

Rossignol, 1901 : Chaine de montre. Lorsqu’elle est en or c’est du jonc ; en argent, du platre ; en faux, du toc.

France, 1907 : Chaîne ; se dit aussi pour menottes. Vieille bride, homme de rien ; bride d’Orient, chaîne d’or.

Cadet

d’Hautel, 1808 : Un cadet hupé. Le coq du village ; campagnard qui a du foin dans ses bottes ; garçon jeune, robuste et vigoureux.
Le cadet. Pour dire le derrière.
C’est un torche cadet ; ce n’est bon qu’à torcher cadet. Se dit d’un papier inutile, ou pour marquer le mépris que l’on fait d’un mauvais ouvrage.
Cadet de haut appétit. Voy. Appétit.

Ansiaume, 1821 : Pince pour voler.

Il faut un fameux cadet pour débrider la lourde de l’antonne.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Pince en fer (Voyez Monseigneur).

Vidocq, 1837 : s. m. — Pince de voleur.

M.D., 1844 : Instrument avec lequel on casse une porte.

un détenu, 1846 : Principal outil pour casser les portes.

Halbert, 1849 : Outil pour forcer les portes.

Larchey, 1865 : Derrière.

Sur un banc elle se met. C’est trop haut pour son cadet.

(Vadé)

Larchey, 1865 : Individu. — Pris souvent en mauvaise part.

Le cadet près de ma particulière s’asseoit sur l’ banc.

(Le Casse-Gueule, chanson, 1841)

Larchey, 1865 : Pince de voleur (Vidocq). — Cadet a ici le sens d’aide, de servant. On sait que le nom de cadet est donné aux apprentis maçons. V. Caroubleur.

Delvau, 1866 : s. m. Les parties basses de l’homme, « la cible aux coups de pied ». Argot du peuple. Baiser Cadet. Faire des actions viles, mesquines, plates. Faubouriens et commères disent fréquemment, pour témoigner leur mépris à quelqu’un ou pour clore une discussion qui leur déplaît : « Tiens, baise Cadet ! »

Delvau, 1866 : s. m. Outil pour forcer les portes. Même argot [des voleurs].

Delvau, 1866 : s. m. Synonyme de Quidam ou de Particulier. Tu es un beau cadet ! Phrase ironique qu’on adresse à celui qui vient de faire preuve de maladresse ou de bêtise.

Rigaud, 1881 : Apprenti maçon.

Rigaud, 1881 : Derrière. — Baiser cadet, se conduire ignoblement. — Baise cadet, apostrophe injurieuse à l’adresse d’un importun, d’un ennuyeux personnage ; locution autrefois très répandue dans le grand monde des halles où, pour un rien, Cadet était sur le tapis et quelquefois à l’air.

Rigaud, 1881 : Pince à l’usage des voleurs, petite pince.

La Rue, 1894 : Petite pince de voleur. Le postérieur. Paquet d’objets votés ; fargué au cadet, chargé du vol.

Virmaître, 1894 : Le postérieur.
— Viens ici, bibi, que je torche ton petit cadet.
— Tu as une figure qui ressemble à mon cadet (Argot du peuple).

France, 1907 : Individu quelconque ; apostrophe adressée à quelqu’un qui vient de faire une bêtise : Vous êtes un fameux cadet. Se dit aussi pour un paquet d’objets volés. Cadet de mes soucis, chose qui n’importe pas et dont je ne m’inquiète nullement.

Les femmes veulent qu’on obéisse, non à ce qu’elles disent, mais à ce qu’elles pensent. Avec elles, il faut sentir et non pas raisonner. Aussi bien la logique est-elle le cadet de leurs soucis. Un jour, une de mes bonnes amies m’a donné là-dessus une leçon dont j’ai fait mon profit. Je veux que vous en ayez votre part.

(Hugues Le Roux)

France, 1907 : Le derrière.

— Monsieur Coquelin cadet ?
Et, debout devant son armoire à glace, en manches de chemise, un bonnet de coton rouge sur la tête, la figure navrée, j’aperçus Cadet !
J’éclatai de rire.
— Pourquoi ce bonnet ? vous êtes malade ?
— J’ai un clou.
— Sur le crâne ?
— Non, plus bas… Ici. Mais ne le dites pas.
— Pourquoi cela ?
— Parce qu’il ne serait pas content… mon homonyme, sur lequel je ne puis plus m’asseoir.

(Lucien Puech, Gil Blas)

Bon pour Cadet, chose de nulle valeur. Baiser Cadet, faire des actions basses, se mettre à plat ventre devant un chef, ce que les faubouriens appellent lécher le cul.

France, 1907 : Pince de voleurs ; paquet d’objets volés.

Cage

d’Hautel, 1808 : Mettre en cage. Signifie mettre en prison ; priver quelqu’un de sa liberté. On dit d’une petite maison, d’une bicoque, que c’est une Cage.

Delvau, 1866 : s. f. Atelier de composition, — dans l’argot des typographes. Ils disent aussi Galerie.

Delvau, 1866 : s. f. Prison, — dans l’argot du peuple, qui a voulu constater ainsi que l’on tenait à empêcher l’homme qui vole de s’envoler. Cage à chapons. Couvent d’hommes. Cage à jacasses. Couvent de femmes. Cage à poulets. Chambre sale, étroite, impossible à habiter.

Rigaud, 1881 : Atelier de composition des ouvriers typographes.

Rigaud, 1881 : Prison. — Oiseau en cage, prisonnier. — Mettre en cage, mettre en prison.

Ce fut peut-être le maréchal de Matignon qui mit Philippe de Commes en cage.

(Du Puy, Thuana, 1669)

Fustier, 1889 : Tête. Ne plus avoir de mouron sur la cage, être chauve.

France, 1907 : Prison ; atelier recouvert de vitres.

Il déteste l’argot d’atelier, gourmande l’apprenti sur son manque de décorum, sans espérer le corriger, et saisit le premier prétexte venu pour débaucher l’ouvrier qui nomme sa casse une boîte, l’imprimerie une cage.

(Décembre-Alonnier, Typographes et Gens de lettres)

France, 1907 : Tête.

Calicot

Larchey, 1865 : Commis marchand. Mot à mot : vendeur de calicot.

Triple escadron ! le calicot s’insurrectionne.

(P. Borel, 1833)

Delvau, 1866 : s. m. Commis d’un magasin de nouveautés, — dans l’argot du peuple. Le mot date de la Restauration, de l’époque où les messieurs de l’aune et du rayon portaient des éperons partout, aux talons, au menton et dans les yeux, et où ils étaient si ridicules enfin avec leurs allures militaires, qu’on éprouva le besoin de les mettre au théâtre pour les corriger.

France, 1907 : Commis de nouveauté. Cette qualification fut donnée, vers 1816, aux commis marchands de Paris, qui se faisaient remarquer par leur tenue militaire et leurs prétentions. Il parait, en effet, qu’ils portaient des éperons, des bottes à l’écuyère et qu’ils se rendaient de cette façon si ridicules que, dans un vaudeville, Le Combat des montagnes, ils furent mis en scène sous un personnage grotesque, appelé Calicot. Les commis eux-mêmes ont adopté gaiment ce surnom.

Une troupe de calicots
Va pêcher sous le pont d’Asnière ;
Les femmes — robes printanières —
Se parent de coquelicots.
Avec des boîtes d’asticots
Qu’ils portent à leur boutonnières,
Une troupe de calicot
Va pêcher sous le pont d’Asnière.

Eux, poussent des coquericos —
Qu’elles imitent — garçonnières,
Et que répètent, moutonnières,
Des voix répondant en échos…
Une troupe de calicots
Va pêcher sous le pont d’Asnières.

(Jean Ajalbert)

Camouffelet

Ansiaume, 1821 : Soufflet.

Pour un rien, il recoque des camoufflets à sa larque et à ses mosmes.

Caracot

France, 1907 : Bigorneau, dans l’argot brabançon.

Voici l’heure ou Bruxelles s’allume, où les galeries Saint-Hubert flamboient, où les coquettes marchandes de cigares sont sous les armes derrière leurs comptoirs éblouissants, où, dans les estaminets de la rue des Bouchers, les Bruxellois, fidèles aux vieilles coutumes, boivent le lambick, le faro, et s’éperonnent la soif en gobant des caracots bouillis au sel.

(Paul Arène)

Centre

Vidocq, 1837 : s. m. — Nom propre.

M.D., 1844 : Nom.

Delvau, 1864 : La nature de la femme, qui est en effet l’ombilic du monde ; tout part de là, et tout y est ramené, — On dit aussi, mais c’est une superfétation : Centre de délices.

D’un seul coup, Rose rejeta la couverture ; il ne s’attendait pas à nous voir totalement nues, et nos mains placées au centre de la volupté.

(Rideau levé.)

Celle des deux qui triomphait par ses gestes et sa débauche, voyait tout à coup sa rivale éperdue fondre sur elle, la culbuter, la couvrir de baisers, la manger de caresses, la dévorer — jusqu’au centre la plus secret des plaisirs, se plaçant toujours de manière à recevoir les mêmes attaques.

(Gamiani)

Larchey, 1865 : Nom. — Centre à l’estorgue : faux nom. V. Estorgue. — Coquer son centre : Donner son nom. (Vidocq). — V. Ravignolé.

Delvau, 1866 : s. m. Nom, — dans l’argot des voleurs, qui savent que le nom est en effet le point où convergent les investigations de la police, et qui, à cause de cela, changent volontiers de centre. Centre à l’estorgue. Faux nom, sobriquet. Centre d’altèque. Nom véritable.

Rigaud, 1881 : Nom. — Centre à l’estorgue, faux centre, faux nom, sobriquet, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Nom. Taroquer son centre. Signer son nom. Centre à blanc. Faux nom.

Virmaître, 1894 : Nom. Quant une personne donne un faux nom, c’est un centre à l’estorgue (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Nom. Celui qui est arrêté et qui donne un faux nom a donné un faux centre.

Hayard, 1907 : Nom.

France, 1907 : Nom ; argot des voleurs. Centre à blanc ou à l’estorgue ou sous la neige, faux nom. Centre d’altèque, véritable nom. Coquer son centre, donner son propre nom. C’est aussi l’état civil.

Chasse, chassis

Larchey, 1865 : Œil. — L’œil est pour la vue une sorte de châssis.

Je m’arcboute et lui crève un chassis.

(Vidocq)

V. Coquer, Balancer, Estorgue.

Chassis

Ansiaume, 1821 : Yeux.

À brule pour poing, je lui ai recoqué deux jettées de bayaffe dans les chassis.

Chicard, chicandard, chicocandard, chicancardo

Larchey, 1865 : Très-chic, très remarquable. — V. chocnoso.

On y boit du Vin qu’est chicandard, chicancardo.

(Vacherot, Chanson, 1851)

Une dame très-belle, très-coquette, très-élégante, en un mot très-chicandarde.

(Ed. Lemoine)

Un auteur plus chicocandard.

(Th. Gautier)

Un déjeuner chicocandard.

(Labiche)

Chiffardière

Ansiaume, 1821 : Pipe.

Ah çà, dis-moi, toi, potence, vas-tu me recoquer ma chiffardière ?

Chiffon

d’Hautel, 1808 : Marie chiffon. Sobriquet injurieux ; femme ou fille à qui la coquetterie fait tourner la tête, d’ailleurs peu soigneuse et peu propre.
On donne aussi ce nom à une femme tatillonne et bavarde.

Vidocq, 1837 : s. m. — Mouchoir.

Larchey, 1865 : Mouchoir. — Chiffonnier : Voleur de mouchoirs.

Delvau, 1866 : s. f. Petite fille — et aussi grande fille — à minois ou à vêtements chiffonnés. Voltaire a employé cette expression à propos de la descendante de Corneille.

France, 1907 : Fille mal attifée.

France, 1907 : Mouchoir.

Chrysalide

Delvau, 1866 : s. f. Vieille coquette, dans l’argot des faubouriens, qui ont parfois l’analogie heureuse, quoique impertinente.

France, 1907 : Vieille dame raide et peinte.

Closier

France, 1907 : Métayer ; vieux mot.

Rouge, les yeux brillants, le front ceint de verveines,
Par le chemin qui mène aux granges du closier,
La bien-aimée accourt émue, et les mains pleines
De grands coquelicots et de fleurs de fraisier.

(André Theuriet)

Cocardier

Larchey, 1865 : Homme fanatique de son service, zélé jusqu’à l’exagération de ses devoirs. — Cette dénomination spéciale à l’armée se sent plus qu’elle ne s’explique. Le cocardier croit avoir toujours l’honneur de sa cocarde à soutenir.

Delvau, 1866 : s. m. Homme fanatique de son métier, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : « Le commandant du bataillon était ce que les troupiers appellent un cocardier, c’est-à-dire qu’il mettait une importance extrême à ce que ses hommes brillassent par leur tenue soignée et sévère. » (Louis Noir, Souvenirs d’un zouave.) Le maréchal de Castellane, qui prenait son bain, ayant, sur une chaise à côté de lui, le grand cordon de la légion d’honneur, est resté comme le type le plus réussi du cocardier.

Rossignol, 1901 : Celui qui se tient propre et qui est coquet est un cocardier. Un propre soldat est un cocardier.

France, 1907 : Homme qui pousse à l’exagération l’amour de son métier et l’accomplissement de ses devoirs, ignorant où dédaignant le sage précepte de Talleyrand : « Pas trop de zèle ! pas trop de zèle ! » Ce n’est guère que dans l’armée que l’on rencontre les cocardiers.

Était-ce un de ces hommes brillants, avides de tintamarre et de piaffe, dédaigneux de tout ce qui n’est pas une joie ou une jouissance, qui se morfondent d’ennui dans leurs lointaines garnisons de province et rêvent de Paris comme d’une terre promise et féérique ? Était-ce seulement un obscur, peu à peu arrivé au cinquième galon, un brisquard de fortune qui ne connait que la consigne, que ses vieilles manies de cocardier, et que les sous-lieutenants redoutent comme la peste ?

(Mora, Gil Blas)

Cocodès

Larchey, 1865 : Jeune dandy ridicule. — Diminutif de coco pris en mauvaise part.

Ohé ! ce cocodès a-t-il l’air daim !

(L. de Neuville)

Une physiologie des Cocodès a paru en 1864.

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile riche qui emploie ses loisirs à se ruiner pour des drôlesses qui se moquent de lui.
On pourrait croire ce mot de la même date que cocotte : il n’en est rien, — car voilà une vingtaine d’années que l’acteur Osmont la mis en circulation.

France, 1907 : Dandy ridicule qui dépense sottement la fortune que son père ou ses ancêtres lui ont laissée, ce qui rétablit l’équilibre social, en quoi le cocodès a du bon. Ce fut un acteur du nom d’Osmard qui inventa ce mot et le mit en circulation. Il le tira, sans doute, de coco, homme sans consistance, digne de mépris, dans l’argot bourgeois. Cocodès a pour féminin et digne compagne : cocodette. Ses synonymes sont nombreux : petit crevé, gommeux, poisseux, gâteux, boudiné, grelotteux, etc. ; ils peuvent être confondus sous la désignation générale de crétins.

… Les corodès et les petits crevés de l’époque, successeurs des daims, des lions et des gants jaunes qui représentaient alors la classe des élégants, n’étaient que d’affreux bonshommes étiolés, flétris, barbouillés de fard, parfumés, grasseyant et ridicules, dont le costume, pour épatant qu’il fût aux yeux de ces fantoches, n’en était pas moins laid, burlesque et contraire à tout sentiment de correction.

(Octave Uzanne, La Femme et la Mode)

Le cocodès apparut sur l’asphalte parisien vers 1863. Il portait un faux col droit très haut, englobant parfois le menton. Il semblait être né avec un carreau dans l’œil.
Le petit crevé date de 1869. Son nom qui semblerait si bien provenir de l’état d’épuisement où l’ont mis les excès, paraît cependant venir de la mode de la chemise à petits crevés que portait habituellement un élégant de cette époque. Il portait la raie au milieu et deux petites coques plaquées au cosmétique sur le front.
Le gommeux. On prétend que c’est l’ancien petit crevé, qui obséda tellement ses amis du récit de ses campagnes que ceux-ci le comparèrent à la gomme qui colle et dont on ne peut se dépêtrer. C’est à ce sentiment des désagréments de la gomme et de tout ce qui est gluant qu’on doit une variété de l’espèce des gommeux appelée :
Le poisseux. Il a vécu ce que vivent les roses. Puis, comme, en souvenir de la guerre, il avait conservé la capote militaire, qui sur son dos civil paraissait un vêtement d’hôpital lui donnant l’air infirme et maladif, il devint :
Le gâteux, et son manteau, qui descendait jusqu’à la cheville, fut appelé gâteuse, Le pantalon s’élargissait par le bas et tombait de telle sorte sur la chaussure qu’il donnait au pied toute la grâce du pied de l’éléphant. Cet animal avait par sa coiffure une supériorité incontestable sur le gâteux, dont les chapeaux minuscules atteignaient le comble du ridicule sur un corps grossi démesurément par les vêtements. Tout à coup la chrysalide sort de son cocon gâteux, et apparait :
Le boudiné, emprisonné dans des vêtements trop étroits, trop courts et atteignant les dernières limites du collant. Vrai boudin ambulant, menaçant sans cesse de faire craquer son enveloppe. Une variété de boudin, peut-être de seconde qualité, reçoit un nom particulier :
Le petit gras, auquel succéda le vibrion, qui s’effaça à son tour devant :
Le grelotteux. Cet être grelottait sous la bise, grâce aux vêtements étriqués du boudiné.

(Courrier de Vaugelas)

Cocotterie

Delvau, 1864 : Monde galant, — côté des cocottes. Ce mot fait pendant au mot : Bicherie.

V. Sardou engageait amicalement une dame à surveiller les toilettes de la jeune fille de la Famille Benoiton, plus excentrique qu’il ne convient à une honnête bourgeoise.
— Bast ! elle est si jeune et si innocente, ce n’est pas même de la coquetterie.
— Non, répliqua Sardou, mais c’est presque de la cocotterie.

(Figaro, no 1123)

Delvau, 1866 : s. f. Le monde galant, la basse-cour élégante où gloussent les cocottes.

France, 1907 : Monde galant.

Cœur (joli)

France, 1907 : Bellâtre, coqueluche des dames : l’amant d’Amanda. C’est aussi un mot d’amitié dont se servent les travailleuses de nuit :

— Dites donc, joli cœur, vous ne montez pas… je serai bien gentille.

Ils n’y manquaient pas, les jolis cœurs, vous savez, les commis de magasin, les miroirs à farceuses, qui logent le diable dans leur porte-monnaie et ont, quand même, une cravate fraîche.

(François Coppée, Le Journal)

Faire le joli cœur, prendre des mines, rouler des yeux pâmés, débiter des sornettes pour séduire de naïves jouvencelles. Faire la bouche en cœur, sourire amoureusement.

Dans ce qu’on appelle le beau monde, les femmes qui se détestent le plus ne s’abordent jamais qu’en se faisant la bouche en cœur.

Coque

d’Hautel, 1808 : Marie la Coque. Terme injurieux ; femme indiscrète et de mauvaises mœurs ; babillarde, causeuse qui néglige les affaires de son ménage.
Ce sont des contes à Marie la Coque. C’est-à dire des bavardages qui ne méritent aucune confiance.
À peine est-il sorti de la coque. Se dit par reproche à un jeune homme qui prend des airs qui ne lui conviennent pas, pour l’avertir qu’il n’est encore qu’un enfant.
Avoir un œil à la coque. Pour dire avoir l’œil meurtri, poché.

Coqué (être)

M.D., 1844 : Être dénoncé.

Coquebain

France, 1907 : L’équivalent masculin de pucelle, celui dont le poète a dit :

Le cœur d’un homme vierge est un vase profond ;
Lorsque la première eau qu’on y verse est impure,
La mer passerait sans laver la souillure,
Car l’abîme est immense et la tache est au fond.

(Alfred de Musset)

— Thérèse, je t’amène un ami, un joli garçon, de mon âge et de ma taille, et, de plus, un coquebain. Il commence : Je lui décerne les honneurs.

(Dubut de Laforest)

Coquecigrue

d’Hautel, 1808 : Baliverne, objet chimérique, discours saugrenus.
Qu’avez-vous ? Ce sont des coquecigrues. Réponse que l’on fait à quelqu’un qui se permet une demande indiscrète.
C’est un plaisant coquecigrue. Pour, un plaisant original, un sot être.
Elle arrivera à la venue des coquecigrues. C’est-à-dire, jamais.

Coqueluche

d’Hautel, 1808 : Faire la coqueluche de quelqu’un. Signifie posséder momentanément l’affection d’une personne capricieuse.
Elle en fait sa coqueluche ; c’est sa coqueluche. Pour dire, c’est actuellement l’objet de toutes ses bienveillances.

Coquemart

Fustier, 1889 : Chaudron. (Richepin)

France, 1907 : Chaudron.

Coquer

Vidocq, 1837 : v. a. — Dénoncer.

un détenu, 1846 : Donner, être révêlé, enseigner, indiquer.

Halbert, 1849 : Embrasser.

Larchey, 1865 : Dénoncer. — Mot à mot : cuisiner, apporter tout préparé. — Du vieux mot coc : cuisinier (coquus). V. Raynouard. — On retrouve la même allusion dans les mots cuisinier et casserole.

En province, il avait coqué quelqu’un de leur bande.

(E. Sue)

Delvau, 1866 : v. a. Dénoncer, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté à l’argot lyonnais ce mot qui signifie embrasser, comme fit Judas Iscariote pour Jésus.

Delvau, 1866 : v. a. Donner, — dans le même argot [des voleurs]. Coquer la camouffle. Présenter la chandelle. Coquer la loffitude. Donner l’absolution. Coquer le poivre. Empoisonner. Coquer le taf. Faire peur.

Rigaud, 1881 : Dénoncer. C’est le mot croquer moins l’R. En argot manger le morceau aie même sens.

Rigaud, 1881 : Donner. Coquer le poivre, donner du poison.

Rigaud, 1881 : Mettre. Coquer le rifle, mettre le feu.

La Rue, 1894 : Dénoncer. Donner. Mettre. Embrasser. Coquer son centre, donner, son nom. Coquez ! Enlevez ! Volez ! Il est temps.

Virmaître, 1894 : Dénoncer (Argot des voleurs). V. Mouton.

Rossignol, 1901 : Dénoncer quelqu’un.

Hayard, 1907 : Vendre, dénoncer.

France, 1907 : Dénoncer ; du mot coq, cuisinier, qui, en argot, signifie dénonciateur.

Quand on en aura refroidi quatre ou cinq dans les préaux, les autres tourneront leur langue deux fois avant de coquer la pègre.

(Eugène Sue, Les Mystères de Paris)

France, 1907 : Donner. Coquer son centre, donner son nom. Coquer la loffitude, donner l’absolution.

France, 1907 : Embrasser.

— Tandis que, très allumé, j’étais en train de coquer la grosse cantinière en lui fourrageant l’arrière-train, v’là que rapplique le cornard de mari.

(Les Joyeusetés du régiment)

Coquer de rifle

Virmaître, 1894 : Allumer une femme. S’enflammer en la regardant (Argot des voleurs).

Coquer la loffitude

Vidocq, 1837 : v. a. — Donner l’absolution.

Virmaître, 1894 : Prêtre qui donne l’absolution.
— J’ai été à comberge et le ratichon m’a coqué la loffitude (Argot des voleurs).

Coquer le poivre

Vidocq, 1837 : v. a. — Empoisonner.

Larchey, 1865 : Empoisonner. — Coquer le rifle : Mettre le feu.

Girofle largue, depuis le reluit où j’ai gambillé avec tezigue et remouché tes chasses et ta frime d’altèque, le dardant a coqué le rifle dans mon palpitant qui n’aquige plus que pour tezigue.

(Vidocq)

Coquer : Donner. V. Ravignolé.

France, 1907 : Empoisonner.

Coquer le rifle

France, 1907 : Incendier.

Coquer le taf ou le taffe

France, 1907 : Faire peur.

Un jour, vers la brune, vêtu en ouvrier des ports, Vidocq était assis sur le parapet du quai de Gesvres, lorsqu’il vit venir à lui un individu qu’il reconnut pour être un des habitués de la Petite Chaise et du Bon Puits, deux cabarets fort renommés parmi les voleurs.
— Ah ! bonsoir, Jean-Louis, dit cet individu en l’accostant.
— Bonsoir, mon garçon.
— Que diable fais-tu là ? t’as l’air triste à coquer le taffe.

(Marc Mario et Louis Lansay, Vidocq)

Coquet

d’Hautel, 1808 : C’est tout-à-fait coquet. Signifie, dans un sens ironique, c’est fort amusant, c’est tout-à-fait aimable ; et pour faire connoître à quel qu’un le déplaisir, le mécontentement que l’on éprouve de sa façon d’agir.

Coqueur

Vidocq, 1837 : Celui qui donne des affaires à la police.

Clémens, 1840 : Mouchard non salarié.

M.D., 1844 : Celui qui, quoique voleur, en fait arrêter d’autres.

un détenu, 1846 : Révélateur.

Larchey, 1865 : « Le coqueur vient dénoncer les projets de vol à la police de sûreté. Le coqueur est libre ou détenu. Ce dernier est coqueur mouton ou musicien. Le mouton est en prison et capte ses codétenus. Le musicien ne révèle que ses complices. — Ce métier de dénonciateur s’appelle coquage. La musique est une réunion de coqueurs (musiciens). » — Canler.

Delvau, 1866 : s. m. Dénonciateur.

Rigaud, 1881 : Dénonciateur qui, à chaque dénonciation, touche une prime à la préfecture de police. — Le coqueur qui est compagnon de prison d’un accusé s’appelle mouton ou musicien. Son rôle consiste à capter la confiance des accusés dont la justice attend des révélations. Les variantes sont : Coq et coquin.

La Rue, 1894 : Dénonciateur. On dit aussi mouton. Coquage, dénonciation.

France, 1907 : Dénonciateur, individu vendu à la police. Il peut être en liberté ou en prison ; dans ce dernier cas, où l’appelle mouton ou musicien.

Le coqueur, ou compère de voleur, est un être méprisable, mais utile à la police pour prévenir le crime ou saisir les malfaiteurs en flagrant délit. Il se recruté habituellement : 1o parmi les repris de justice auxquels la réclusion a donné à réfléchir ; 2o dans les vagabonds ou gens sans aveu, chez qui la paresse, régnant en souveraine, rejette bien loin toute idée de travail, et surtout le labeur assidu du véritable ouvrier ; 3o parmi les êtres ignobles qui, dépouillant toute dignité personnelle, vivent aux dépens de la prostitution des filles publiques ; 4o parmi les bohémiens qui, sur les places et aux barrières, exercent le métier de banquistes et de saltimbanques.

(Mémoires de Canler)

Coqueur de bille

Vidocq, 1837 : s. m. — Bailleur de fonds.

Larchey, 1865 : Bailleur de fonds.

Delvau, 1866 : s. m. Bailleur de fonds.

Coqueur de billes

Rigaud, 1881 : Banquier, changeur, bailleur de fonds. Et la variante : Coqueur de braise.

France, 1907 : Bailleur de fonds.

Coqueuse

France, 1907 : Dénonciatrice ; variété femelle du coqueur.

Coquez !

France, 1907 : Enlevez. C’est l’avis que donne le complice du voleur, lorsque le moment est venu de faire main basse sur l’objet convoité.

Coquin

Halbert, 1849 : Dénonciateur qui vend à la police. On dit aussi coqueur.

France, 1907 : Dénonciateur ; altération de coqueur.

Cuisine

d’Hautel, 1808 : Se ruer en cuisine. Manger à ventre déboutonné ; faire beaucoup de dépense pour sa cuisine.
On dit aussi d’une personne grasse, vermeille, et rubiconde, qu’elle est chargée de cuisine.

Vidocq, 1837 : s. f. — Préfecture de police.

Larchey, 1865 : Préfecture de police. — Cuisinier : Agent de police (Vidocq).Cuisinier : Dénonciateur, espion. V. coqueur.

Lui qui avait servi plusieurs fois de cuisinier à la police.

(Canler)

Mauvais signe ! un sanglier ! comment s’en trouve-t-il un ici ? — C’est un de leurs trucs, un cuisinier d’un nouveau genre.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. f. La préfecture de police, — dans l’argot des voleurs, qui y sont amenés sur les dénonciations des cuisiniers ou coqueurs.

Delvau, 1866 : s. f. Tout ce oui concerne l’ordonnance matérielle d’un journal, — dans l’argot des gens de lettres. Connaître la cuisine d’un journal. Savoir comment il se fait, par qui il est rédigé et quels en sont les bailleurs de fonds réels. Faire la cuisine d’un journal. Être chargé de sa composition, c’est-à-dire de la distribution des matières qui doivent entrer dedans, en surveiller la mise en page, la correction des épreuves, etc.

Rigaud, 1881 : Préfecture de police. — Vesto de la cuisine, agent de la sûreté, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Préfecture de police.

France, 1907 : Préfecture de police

Cuisinier

d’Hautel, 1808 : Un cuisinier Jacques. Un gâte-sauce, un gargot. Sobriquet que l’on donne à un mauvais ouvrier en cuisine, soit traiteur ou pâtissier.
Le bon appétit fait le bon cuisinier. Signifie qu’avec un bon appétit, les mets les plus grossiers semblent agréables et succulens.
Un cuisinier de malheur. Un cuisinier du diable. Pour dire un cuisinier détestable.

Vidocq, 1837 : s. m. — Employé de la préfecture de police.

Halbert, 1849 : Avocat.

Delvau, 1866 : s. m. Avocat, — dans l’argot des voleurs, qui ont eu de fréquentes occasions de constater l’habileté avec laquelle leurs défenseurs savent arranger leur vie avariée, de façon à la rendre présentable à leurs juges.

Delvau, 1866 : s. m. Dénonciateur, — dans l’argot des prisons. (V. Coqueur et Mouton.) Signifie aussi Agent de police.

Rigaud, 1881 : Espion, agent de la police secrète. — Rédacteur chargé de la cuisine d’un journal.

Hayard, 1907 / France, 1907 : Avocat.

France, 1907 : Journaliste chargé de couper et de classer les faits divers, les entrefilets, etc.

C’était là que les cuisiniers du journal, ces bons garçons qui démontent, morcellent, assaisonnent, et servent toute chaude au public la gibelotte dans laquelle le beau premier Paris ou la sémillante chronique ne représentent guère que le lapin tout cru, — c’était là que les cuisiniers assoiffés, cramoisis, descendaient, en bras de chemise, siffler un bock, debout, pour retourner ensuite, tout courants, à leur ingrate tâche.

(Séverine, Le Journal)

France, 1907 : Mouchard.

— À propos de railles, vous n’êtes pas sans avoir entendu parler d’un fameux coquin qui s’est fait cuisinier, Vidocq ; le connaissez-vous, vous autres ?

(Marc Mario et Louis Lansay)

Dardant

anon., 1827 : L’Amour.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Amour.

Bras-de-Fer, 1829 : L’amour.

Vidocq, 1837 : s. m. — Amour.

Halbert, 1849 : L’amour.

Larchey, 1865 : L’amour. — C’est l’archerot de nos anciens poètes, c’est Cupidon dardant son trait. — V. Coquer.

Icicaille est le théâtre Du petit Dardant ; Fonçons à ce mion folâtre Notre palpitant.

(Grandval, 1723)

Delvau, 1866 : s. m. L’amour, — dans l’argot des voleurs, qui aiment la femme avec excès.

La Rue, 1894 : L’amour. Liaison amoureuse.

Rossignol, 1901 : Soleil.

France, 1907 : L’Amour.

Ici-caille est le théâtre
Du petit dardant ;
onçons à ce mien folâtre
Notre palpitant.

(Grandval, 1725)

Le mot s’emploie aussi au pluriel dans le sens de « mes amours ».

L’on vient, l’on me ligotte,
Adieu ma cambriole,
Mon beau pieu, mes dardants !

(Winter, forçat, 1829)

Débardeur

Delvau, 1866 : s. m. Type du carnaval parisien, inventé il y a une trentaine d’années, et dont il ne reste plus rien aujourd’hui que ce léger fusain :

Qu’est-ce qu’un débardeur ? Un jeune front qu’incline
Sous un chapeau coquet l’allure masculine,
Un corset dans un pantalon.
Un masque de velours aux prunelles ardentes,
Sous des plis transparents des formes irritantes,
Un ange doublé d’un démon.

Rigaud, 1881 : Personnage carnavalesque à la mode en 1840. Le costume du débardeur mâle, comme celui du débardeur femelle, consistait en un large pantalon de toile ou de velours, serré à la taille par une ceinture, chemise bouffante, perruque et chapeau gris haute forme. Le débardeur femelle remplaçait le chapeau par le bonnet de police, et naturellement la chemise était aussi échancrée que le permettait l’indécence.

France, 1907 : Personnage de carnaval dont le costume n’a pourtant rien de commun avec celui des débardeurs des quais. On trouve dans Barthet cette flatteuse définition du débardeur femelle :

Qu’est-ce qu’un débardeur ?… Un jeune front
…qu’incline,
Sous un chapeau coquet, l’allure masculine,
Un corset dans un pantalon,
Un masque de velours aux prunelles ardentes,
Sous des plis transparents des formes irritantes,
Un ange doublé d’un démon.

Débourrer (se)

France, 1907 : Se décharger Le ventre ou, encore, s’émanciper.

En vain, nous, sexe fort,
Pour nous débourrer vite,
Nous avons encore tort.
Pour le beau sexe on fait
Des chalets de toilette,
Où la dame coquette
Fait… tout ce qui lui plaît.

(Henry Buguet)

Délicoquentieusement

Larchey, 1865 : Délicieusement. — V. Supercoquelicantieux.

Pour y retrouver un Arthur delicoquentieusement séducteur.

(Ed. Lemoine)

Delvau, 1866 : adv. Merveilleusement, — dans l’argot des coulisses.

France, 1907 : Mot inventé par quelque imbécile ou quelque fat de lettres pour dire délicieusement et qui a été adopté aussitôt par les moutons de Panurge qui composent le public.

Déralinguer

Larchey, 1865 : Mourir. — Terme de marine.

Delvau, 1866 : v. n. Mourir, — dans l’argot des marins d’eau salée et d’eau douce.

France, 1907 : Mourir ; argot des marins.

Au temps des coquelicots d’État, il n’y en a que pour leurs boutonnières (les peintres). Et tout ça, parce qu’au moment précis ils ont su donner le banquet voulu à un Maître. Pendant ce temps, nous autres, épars et déralingués, nous nous courons les uns après les autres, et nous f… le camp devant le Scandinave.

(Émile Bergerat)

Détourneur, -euse

Vidocq, 1837 : s. m. — Voleurs dans l’intérieur des boutiques. On ne saurait, dans le commerce, prendre de trop minutieuses précautions, l’on objecterait en vain que la méfiance est un vice, pour ma part je suis de l’avis du proverbe qui dit que la méfiance est la mère de la sûreté ; il est encore une considération qui doit, si je ne me trompe, lever les scrupules des ames timorées qui croiraient, en se tenant continuellement sur leurs gardes, blesser la susceptibilité des individus avec lesquels elles peuvent se trouver en relation, cette considération peut être formulée en peu de mots : la loi punit le crime, mais elle ne le prévient pas ; le législateur a voulu, sans doute, laisser ce soin aux particuliers. Combien, à l’heure qu’il est, y a-t-il, dans les bagnes et dans les prisons, de malheureux qui jamais n’auraient succombé, si l’incurie et la négligence n’avaient pas pris le soin d’écarter tous les obstacles qui pouvaient les embarrasser.
Ces réflexions devaient naturellement trouver place ici ; mais, pour être conséquent, il faut de suite pouvoir indiquer le remède propre à combattre le mal que l’on signale ; voici, au reste, les précautions qu’il faut prendre pour éviter les vols que tous les jours encore les Détourneurs et Détourneuses commettent dans l’intérieur des magasins.
Lorsqu’il se présente une femme, il faut examiner avec soin si, immédiatement après elle, et au même comptoir, il n’en vient pas une ou deux autres pour faire diversion ; s’il en est ainsi, la première entrée demande toujours des marchandises placées dans des rayons élevés ; elle examine et pousse de côté la pièce destinée à sa compagne, qui marchande de son côté, observe et saisit le moment propice pour escamoter une pièce et la faire adroitement passer par l’ouverture d’une robe à laquelle sont jointes, sur le devant, des poches dont la capacité peut facilement contenir deux pièces de taffetas ou de toute autre étoffe du même genre, de 25 à 30 aunes ; ces robes, on le pense bien, sont presque toujours très-amples ; ainsi l’ampleur excessive d’une robe à poches est un diagnostic qui trompe rarement.
L’hiver le manteau de ces femmes leur sert à exécuter la même manœuvre.
D’autres femmes ne volent que des dentelles ou malines, et quelque difficile qu’elle paraisse, voilà cependant leur manière de procéder : tout en marchandant, elles laissent, ou plutôt font tomber une ou deux pièces de dentelles qu’elles ramassent avec le pied et savent cacher dans leur soulier qui est un peu grand et sans cordons autour de la jambe, le bout du bas est coupé, ce qui forme une sorte de mitaine. Ces femmes se servent du pied avec une dextérité vraiment étonnante ; la première qui imagina ce genre de vol, que l’on nomme grinchir à la mitaine, la grande Dumiez, était douée d’une adresse extraordinaire.
Quoique ces femmes soient ordinairement vêtues avec une certaine élégance, avec de l’attention et la clé de leur individualité, il n’est pas difficile de les reconnaître ; elles prononcent souvent ces mots dans la conversation, coquez ou servez (prenez). Quelquefois aussi, si l’une d’elles remarque de l’attention de la part du commis qui la sert ou de quelqu’autre, elle prononce celui-ci : rengraciez (ne faites-rien, on regarde) ; ou bien elle affecte une sorte de crachement, cherchant à imiter celle qui aurait de la peine à expectorer.
D’autres voleuses de dentelles, voiles, foulards, etc., procèdent de la manière suivante. L’une d’elles arrive seule, et tandis qu’elle marchande, une femme d’une mise propre, mais quelque peu commune, arrive, tenant un enfant entre ses bras ; au même instant la première arrivée laisse tomber devant elle l’objet destiné à l’arrivante, celle-ci se baisse pour poser son enfant à terre, ramasse l’objet et le cache sous les jupes de l’enfant, qu’elle pince instantanément ; il crie, elle le relève avec une phrase ad hoc, et sort après avoir montré un échantillon qu’on ne peut lui assortir. Ainsi, si, contre toute attente, on venait à s’aperçevoir du vol qui vient d’être commis, celle qui reste n’a rien à craindre.
D’autres Détourneuses se servent d’un carton à double fond, qu’elles posent sur l’objet qu’elles convoitent, quoique ce carton paraisse toujours très-bien fermé, il peut néanmoins s’ouvrir très-facilement.
Les hommes qui exercent le métier de Détourneurs sont beaucoup plus faciles à reconnaître que les femmes, quoiqu’ils agissent d’une manière à-peu-près semblable. Beaucoup disent qu’ils viennent acheter pour une dame très-difficile, mais très-souvent ils travaillent de complicité avec une femme. Bon nombre de voleurs sont vêtus à la mode des gens de province, ou en marchands forains. Les Détourneuses les plus adroites sont évidemment celles qui ont été surnommées Enquilleuses, elles savent placer à nu entre leurs cuisses une pièce d’étoffe de vingt à vingt-cinq aunes, et marcher sans la laisser tomber et sans paraitre embarrassées, si ce n’est pour monter ou descendre un escalier.
Il faut être bien convaincu que les voleurs que je viens de faire connaître ont continuellement les yeux attachés sur la proie qu’ils convoitent, et qu’ils ne laissent pas échapper l’occasion lorsqu’elle se présente ou qu’ils l’ont fait naître ; on ne saurait donc exercer sur tous ceux qui se présentent dans un magasin, une trop grande surveillance. Il ne faut pas non plus se laisser éblouir par une mise recherchée, voire même par un équipage : les voleurs savent se procurer tous les moyens d’exécution qui leur paraissent nécessaires ; un excellent ton n’indique pas toujours un homme comme il faut, donc examinez comme les autres, et peut-être plus que les autres, celui qui se ferait remarquer par l’excellence de ses manières.
Lorsqu’ils auront conçu quelques soupçons sur un acheteur, le maître de la maison et l’inspecteur devront dire assez haut pour être entendus : Donnez-la sur les largues, ou bien : Allumez la Daronne et le Momacque, si ce sont des femmes du genre de celles qui ont été signalées.
Remouchez le Rupin et la Rupine, si ce sont des hommes ou des femmes vêtus avec élégance.
Débridez les chasses sur les Cambrousiers, si ceux que l’on soupçonne ressemblent à des marchands forains ou gens de la campagne.
On peut même, lorsque l’on soupçonne les personnes qui sont à un comptoir, venir dire au commis chargé de les servir : Monsieur, avez-vous fait les factures de M. Détourneur et de Mme l’Enquilleuse, cela suffira ; et si les soupçons étaient fondés, les voleurs se retireront presque toujours après avoir acheté. La mise en pratique de ces conseils, qui sont dictés par une vieille expérience, ne peut manquer de prouver leur sagesse.
Il y a parmi les Détourneurs de nombreuses variétés, entre lesquelles il faut distinguer ceux qui ont été surnommés les Avale tout cru ; ces voleurs sont presque toujours vêtus avec élégance, ils portent des lunettes a verres de couleur, du plus bas numéro possible, afin de passer pour myopes.
Ils se présentent chez un marchand de diamans et de perles fines, et demandent à voir de petits diamans ou de petites perles. Ces pierres sont ordinairement conservées sur papier ; le marchand leur présente ce qu’ils demandent ; comme ils sont myopes ils examinent la carte de très-près et savent, avec leur langue, enlever une certaine quantité de perles ou de diamans qu’ils conservent dans la bouche sans paraître gênés : ces voleurs sont rarement pris, et gagnent beaucoup.
Après les Avale tout cru, viennent les Aumôniers, ces derniers, comme ceux dont je viens de parler, sont toujours vêtus avec élégance ; ils entrent dans la boutique d’un joaillier, et demandent des bijoux que le marchand s’empresse de leur présenter ; tandis qu’ils les examinent, un mendiant ouvre la porte du magasin, et demande la caristade d’une voix lamentable, l’Aumônier, généreux comme un grand seigneur, jette une pièce de monnaie, le mendiant se baisse, et avec elle il ramasse soit une bague, soit une épingle de prix que l’Aumônier a fait tomber à terre. L’Aumônier se retire après avoir acheté quelque bagatelle ; mais si avant son départ le marchand s’est aperçu du vol qui a été commis à son préjudice, il insiste pour être fouillé, et ne sort que lorsque le marchand croit avoir acquis les preuves de son innocence.

Dévisser son billard

Delvau, 1866 : v. a. Mourir, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Mourir, — dans le jargon des piliers de café. Et par abréviation : dévisser. — Que devient, Machin ? Il a dévissé.

Virmaître, 1894 : Mourir. Quand le billard est dévissé, adieu la partie. Un à peu près dit qu’il n’y a plus Moyaux de faire une partie de Billoir quand on joue Troppmann (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Mourir.

France, 1907 : Mourir.

— Faut pas en dire du mal, car c’était une femme de bonne volonté, un peu portée sur sa bouche de l’opposée, mais vaillante à la besogne, ripostant bravement de la langue et du reste, et, pour un coup qu’on lui baillait, en rendant volontiers deux. Ah ! mais !… Du reste, elle s’est jamais plainte de moi, et j’ai rien à me reprocher sur cet article, car je lui faisais toujours bonne chère, remplissant comme il faut mon devoir de coquebas ! Pauvre vieille ! Elle a dévissé son billard, comme vous savez, en revenant des foires !

(Les Propos du Commandeur)

Doublure

d’Hautel, 1808 : On dit, en terme de théâtre, d’un acteur, qui prend momentanément le rôle d’un autre, que c’est sa doublure.
Fin contre fin n’est pas bon à faire doublure.
C’est-à-dire que les gens rusés se trompent difficilement entr’eux.

Delvau, 1866 : s. f. Acteur secondaire, chargé de remplacer, de doubler son chef d’emploi malade ou absent. Argot des coulisses.

France, 1907 : Acteur chargé d’en remplacer un autre en cas d’absence ou de maladie. Les principaux rôles ont presque tous leur doublure.

La femme de chambre est généralement plus indulgente : elle imite et ne parodie pas, c’est une doublure, si vous voulez, qui copie servilement, mais avec conscience, les jeunes premières et les grandes coquettes. Elle grasseye, il est vrai, comme le chef d’emploi, marche de même, affectionne les mêmes gestes, les mêmes expressions, les mêmes airs de tête. Comme madame, elle à ses jours d’abattement…

(Auguste de Lacroix, La Femme de chambre)

Douloureuse

Rigaud, 1881 : Dans le « pittoresque argot parisien de bas étage, la douloureuse est tout simplement la carte à payer, autrement dit l’addition. » (X. de Montépin, Le Fiacre no 13)

La Rue, 1894 : La carte à payer.

Rossignol, 1901 : Note à payer.

France, 1907 : Note à payer.

On arrive au bal de l’Opéra, tout frais, tout mignon, tout pimpant, bien brossé, plein d’illusions, et l’on s’en retourne couvert de poussière, harassé, avec sa blanchisseuse ou la fille de sa concierge au bras, supercherie dont on ne s’aperçoit qu’au moment de la douloureuse, et l’on rentre chez soi avec cinq louis de moins dans son porte-monnaie, quelquefois avec un œil au beurre noir, un mal de tête atroce, et, malgré cela, avec l’envie de recommencer le samedi suivant.

(Léon Rossignol, Lettres d’un mauvais jeune homme à sa Nini)

Je vous jure que c’est odieux, attristant au delà de tout de ne pouvoir ainsi jamais s’abandonner aux tentations qui vous assaillent autant qu’un saint Antoine, croire à rien de ce qui vaut la peine de s’emballer, de ce qui sent un peu l’amour, de demeurer sans trêve sur le qui-vive, d’avoir cette perpétuelle arrière-pensée que ces regards alliciants, ces frôlements pervers, cette gentillesse, ces détraquantes coquetteries, ces lèvres qui s’offrent sont une comédie, un long mensonge, qu’on se fiche de l’homme, qu’on lui monte, comme on dit, un bateau, qu’on ne pense qu’à lui tendre un piège, qu’à profiter de sa faiblesse, qu’à acquitter en monnaie de singe une douloureuse dont on est embarrassée et devant laquelle renâcle l’amant peut-être aux abois.

(Champaubert, Le Journal)

Emberlucoquer

d’Hautel, 1808 : Verbe qui ne s’emploie qu’avec le pronom personnel (s’).
Le peuple se sert de ce verbe pour, se coiffer d’une opinion quelconque, s’en préoccuper tellement qu’on en juge aussi mal que si on avoit la berlue. ACAD.

France, 1907 : Embarrasser par des propos. Vieux mot.

Le divin Pantagruéliste trouva le bon monsieur le Pape en esclatante humeur de rire ; mais l’ancien jocqueteur de psaumes en françois point refrenna sa langue… menant un gallant trac de beuverie, s’accompagnant de la panse non moins que de la gueule, mocquant, emberlucoquant et équivocquant, il ne fit rire qu’à rebours cardinaulx et prêtres…

(Variétés bibliographiques)

Emberlucoquer (s’)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’enticher d’une chose ou de quelqu’un, s’attacher à une opinion sans réfléchir, aveuglément, comme si on avait la berlue. L’expression se trouve dans Rabelais sous cette forme. Hauteroche a dit Embrelicoquer, et Chateaubriand Emberloquer.

Fader

Ansiaume, 1821 : Partager.

Il m’a trahi quand il s’est agi de fader.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Partager le butin provenant d’un vol.

Vidocq, 1837 : v. a. — Partager les objets volés.

M.D., 1844 / M.D., 1844 : Partager.

Larchey, 1865 : Partager. — V. Coquer. — De l’ancien verbe fadiar : assigner. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : v. n. et a. Partager des objets volés.

Rossignol, 1901 : Partager.

France, 1907 : Partager un vol ; du vieux mot fadiar.

Si le greco qu’est au milieu
Ne fade pas, jette-le au feu.

(Hogier-Grison, Maximes des tricheurs)

Payer.

Le pante a beau fair’ des largesses
Il ne peut être aimé comm’ nous,
Il a beau fader nos gonzesses,
Il n’sait pas leur foutre des coups.

(Aristide Bruant)

Fiche (va te faire) !

France, 1907 : Expression de désappointement. « Je croyais trouver la même dans sa chambre, mais va te faire fiche ! elle était déjà partie. »

Du pain de son ! des sous de cuivre !
C’est pour nous vivre ;
Mais va te faire fiche !
On nous prend pour des merlifiches !

(Jean Richepin)

… As-tu regardé, quelquefois, du fumier ?.…. C’est d’un mystère… d’une beauté déconcertante… Figure-toi un tas d’ordures, d’abord… Et puis, quand on cligne de l’œil, voilà que le tas s’anime, grandit, se soulève, grouille, devient vivant… et de combien de vies ?… Des formes apparaissent, des formes de fleurs, d’êtres féeriques, de surnaturels animaux qui brisent la coque de leur embryon… C’est une folie de germination merveilleuse, une magie de flores, de faunes, de chevelures, un éclatement de vie splendide… Oui, mais comment rendre ça dans ce sentiment ? J’ai essayé… Mais, va te faire fiche !…

(Octave Mirabeau)

On dit aussi dans le même sens : je t’en fiche, ou je t’en fous.

Qu’a caus’ quand alle a rien à faire
Ou dans l’jour, quand on est couché,
Mais l’soir, qu’a soye à son affaire
Et qu’a caus’ qu’avec le miché,
Mais j’t’en fous, faut qu’madam’ babille,
C’est des cancans, c’est des potins,
C’est La femme à Jules qu’est eun’ vrille,
Les sœurs à Pierr’ qu’est des putains…

(Aristide Bruant)

Fille

d’Hautel, 1808 : Une fille de joie. Fille de mauvaise vie, d’un commerce débauché ; coureuse, gourgandine.
C’est la fille au vilain, qui en donnera le plus l’aura. Se dit d’une fille que l’on veut marier à celui qui aura plus de fortune ; d’une chose que l’on met à l’enchère.

Delvau, 1864 : Mot injurieux pour désigner une femme qui fait métier et marchandise de l’amour.

Le mot fille signifie, ad libitum, ce qu’il y a de plus pur, ce qu’il y a de plus doux, ce qu’il y a de plus bas, ce qu’il y a de plus vil dans le sexe féminin. — Il est sage et timide comme une fille. — Il aime tendrement sa fille. — En quittant l’auberge, il a donné quelque chose à la fille. — Il a eu l’imprudence de se montrer au spectacle avec une fille.

(E. Jouy)

Prenez les intérêts des filles de Cypris,
Et ne permettez pas qu’on en fasse mépris.

(La France galante)

Le ramage des filles est cent fois préférable à l’argot des boursiers.

(A. Delvau)

Nos ingénues à sentiments,
En fait d’amants,
Ruin’nt plus d’jeun’s gens
En quinze jours,
Qu’une fille en douze ans.

(É. Debraux)

Delvau, 1866 : s. f. Femme folle de son corps, — dans l’argot du peuple. Fille d’amour. Femme qui exerce par goût et qui n’appartient pas à la maison où elle exerce. Fille en carte. Femme qui, par l’autorisation de la préfecture de police, exerce chez elle ou dans une maison. Fille à parties. Variété de précédente. Fille soumise. Fille en carte. Fille insoumise. Femme qui exerce en fraude, sans s’assujettir aux règlements et aux obligations de police, — une contrebandière galante.

Delvau, 1866 : s. f. Femme qui vit maritalement avec un homme, — dans l’argot des bourgeoises, implacables pour les fautes qu’elles n’ont pas le droit de commettre.

Delvau, 1866 : s. f. Servante, — dans l’argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Dans le jargon des joueurs de rams, ce sont les cartes du talon qui restent sur le tapis à la disposition du premier en cartes. — Quand un ramseur échange son jeu contre celui qui est sur le tapis, il a coutume de dire :

Voyons le cul de la fille ou voyons le derrière de la fille.

La Rue, 1894 : Bouteille. Fillette, demi-bouteille.

France, 1907 : Bouteille. La demi-bouteille est la fillette.

France, 1907 : Paquet de cartes.

Je connais un monsieur qui joue aux cartes tous les soirs. Il y a sur la table une fille, c’est-à-dire un jeu secret, avec lequel on peut changer le sien si l’on en est mécontent. À tout moment, j’entends mon monsieur crier : « Je prends encore la fille une fois, mais, si elle ne me réussit pas, ce sera la dernière. » Cela ne lui réussit pas, ce qui n’empêche qu’un quart d’heure après, il la prend de nouveau, en répétant : « Je prends encore la fille une fois, mais, si elle ne me réussit pas, ce sera la dernière. »

(Henry Maret, Le Radical)

France, 1907 : Prostituée. Dans l’argot bourgeois, ce mot a remplacé garce, qui lui-même veut dire jeune fille (féminin de gars).

— Nous ne sommes pas des pieds-de-mufles. Je laisse nos sœurs en dehors. Beaux bijoux d’amour, gentilles biquettes, les sœurs à nous, les filles à maman ! Non, je parle des autres, du tas. Sérieusement, qu’est-ce que vous pouvez trouver d’amusant à ces faux mammifères ? C’est gauche, et laid.
— Il y en a de ravissantes !
— Non. C’est pas formé, ça court encore après la gorge et ses hanches, et, au moral, de deux choses l’une : c’est bête comme un lapin de choux ou effronté comme une guenou. Quand ça ne fait pas la petite fille, ça fait la fille. Pas de milieu.

(Henri Lavedan)

Et c’est coquet, et ça vous dévisage un homme
Du haut en bas, avec un regard polisson.
Ah ! ces gamines… c’est tout de suite grand comme
La botte, et c’est déjà — fille — comme chausson.

(André Gill, La Muse à Bibi)

Fils d’archevêque

Fustier, 1889 : Argot des élèves des écoles spéciales qui nomment ainsi ceux de leurs camarades qui sont les fils de leur père, c’est-à-dire dont la famille est haut placée et pour lesquels protection et passe-droits ne font pas défaut.

Une promotion (à l’École navale) aussi forte que celle qui était annoncée ne se justifiait… que par le nécessité de faire une position à quelque fils d’archevêque.

(Mot d’ordre, 1887.)

France, 1907 : Fils de gros fonctionnaire, de ministre ou de grand seigneur qui, grâce aux protections, fait son chemin dans de monde. Même sens que fils à papa.

La marine compte des officiers instruits, courageux, distingués, qui arrivent laborieusement à conquérir leurs grades en payant de leur personne à la mer ou aux colonies. À côté de cette vaillante phalange de marins qui doivent tout à leur mérite, il y a les fils d’achevêques, autrement dit les officiers bien apparentés. Ceux-là ne quittent guère les bureaux de la rue Royale ou les postes d’agrément, plus habiles à diriger un cotillon qu’une manœuvre, ils sont la coqueluche de nos salons ministériels et réactionnaires.

(L’Intransigeant)

Fin de siècle

France, 1907 : Qualificatif imbécile employé à toutes sauces, désignant généralement le nec plus ultra, l’outrance, la décadence artistique, morale. Le fin de siècle, c’est le plus idiot boudiné, la fille la plus excentrique, la femme la plus dénuée de préjugés, l’enfant le plus insolent et le plus mal élevé. J’ai dit ce qualificatif imbécile, puisque les siècles sont une division arbitraire du temps qui n’a ni commencement ni fin.

Notre pauvre humanité a mal à la vie, et malheureusement ce ne sont ni les boulevards, ni les squares, ni l’éclairage à l’électricité, ni les trains-éclairs, ni les maisons chauffées au calorifère, ni le téléphone, et tous les et cætera dont le progrès l’a dotée, qui peuvent la guérir de ce mal-là. Aussi, allons patiner au Bois, pendant que les lacs sont gelés, et occupons-nous d’être bel et dûment fin de siècle.

(Gil Blas)

Il dépassait le but, devenant fringant et coquet, abusant outrageusement des cosmétiques et des coups de fer au chapeau et à la moustache, innovant cravates inouïes, bouleversant l’armoire aux chemises et s’instituant boudiné et fin de siècle.

(Marc Anfosse)

Pour moi, j’ai beau ne m’être jamais aventurée sur l’ombre d’un vélocipède, je n’en suis pas moins une jeune fille fin de siècle, détestablement élevée.

(Fernand Berolaud)

C’était une petite fin de siècle, curieuse et détraquée, désirant connaître, avant vingt ans tous les mystères de la passion ; une de ces femmes que le danger fascine, qui convoitent le fruit défendu, comme la seule joie tentatrice et digne de leurs cerveaux raffinés.

(Sapho, La Lanterne)

Fion

d’Hautel, 1808 : Mot vulgaire dont le sens est fort borné, et qui équivaut à-peu-près à poli, retouche, le dernier soin que l’on donne à un ouvrage, afin de le perfectionner.
Il faut lui donner encore un petit fion. Pour il faut encore ajouter à cet ouvrage, quelqu’ornement, quelqu’embellissement pour qu’il soit parfait ; il faut y mettre la dernière main.

Larchey, 1865 : Élégance.

Un François enseignoit à des mains royales à faire des boutons, quand le bouton étoit fait, l’artiste disoit : À présent, Sire, il faut lui donner le fion. À quelques mois de là, ce mot revint dans la tête du roi ; il se mit à compulser tous les Dictionnaires françois, Richelet, Trévoux, Furetière, l’Académie françoise, et il n’y trouva pas le mot dont il cherchoit l’explication. Il appela un Neuchatelois qui était alors à sa cour, et lui dit : Dites-moi ce que c’est que le fion dans la langue françoise ? — Sire, reprit le Neuchatelois, le fion c’est la bonne grâce… Graves auteurs, graves penseurs, naturalistes, politiques. historiens, vous n’êtes pas dispensés de donner le fion à vos livres ; sans le fion vous ne serez pas lus. Le fion peut s’imprimer dans une page de métaphysique, comme dans un madrigal à Glycère. Académiciens qui parlez de goût, étudiez le fion, et placez ce mot dans votre Dictionnaire qui ne s’achève point.

(Mercier, 1783)

Delvau, 1866 : s. m. Dernière main mise à un ouvrage, — dans l’argot des ouvriers et des artistes. Coup de fion. Soins de propreté, et même de coquetterie.

Rigaud, 1881 : Élégance. — Coup de fion, dernier coup de main donné à un ouvrage.

Hayard, 1907 : Postérieur.

France, 1907 : Dernière main mise à un ouvrage. Donner le coup de fion, achever, parachever une œuvre.

C’est là qu’on se donne le coup de fion. On ressangle les chevaux, on arrange les paquetages et les turbans, on époussette ses bottes, on retrousse ses moustaches et on drape majestueusement les plis du burnous. Il s’agit de bien paraître et de faire noblement son entrée.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Fionner

Larchey, 1865 : Faire du fion.

Ça s’fionne, ça se pavane et ça se carre.

(Bourget)

Delvau, 1866 : v. a. et n. Donner le dernier coup de lime ou de rabot ; mettre la dernière main à une chose ; avoir du fion.

Rigaud, 1881 : Faire le fat ; être coquet, — dans le jargon du collège.

Depuis qu’Ernest a une paire de bottes, regarde un peu comme il fïonne !

(Albanès, Mystères du collège, 1845)

France, 1907 : Terminer, retoucher, embellir.

Fleurette

France, 1907 : Doux propos avec lesquels on enjôle les filles naïves qui aspirent au déniaisement. Voir conter fleurette.

Ce n’est pas d’une coquette
À qui l’on conte fleurette,
D’une dame de Paris
Que mon cœur se sent épris,
Quand tu connaîtras Colette,
Ami, tu m’auras compris.

(Albert Carré)

Fleurettes

Delvau, 1864 : Petites fleurs du langage amoureux, douceurs que les galants débitent aux jeunes personnes qui y prêtent volontiers l’oreille, — faute de prêter autre chose à quelque chose de mieux. On dit aussi : Conter fleurettes, pour : parler d’amour.

Je ne cessais de me retracer mon gentil Belval, allant au fait, et commençant par où les autres me semblaient ne devoir finir d’un siècle. Aussi, leurs fleurettes n’étaient-elles honorées d’aucune attention.

(Félicia)

Des abbés coquets sont venus ;
Ils m’offraient pour me plaire
Des fleurettes au lieu d’écus,
Je les envoyai faire… vois-tu…

(Gallet)

Delvau, 1866 : s. m. pl. Galanteries, — dans l’argot des bourgeois. Conter fleurettes. Faire la cour à une femme. Conteur de fleurettes. Libertin.

Flirt

France, 1907 : Action de flirter, de coqueter, de badiner avec le sexe différent. Vieux mot revenu dans notre langue après avoir passé par l’anglais.

Qu’est-ce donc que le flirt ? — Un mot, un simple mot si freluquet d’apparence, si inoffensif d’allure, qu’on ne songeait pas même à s’en méfier… Aussi a-t-il fait son chemin dans le monde et aujourd’hui, établi dans notre vocabulaire, installé dans nos boudoirs, blotti dans nos canapés, il règne en maître dans nos salons après en avoir chassé l’amour, son concurrent et son rival, dont il est la contrefaçon : le flirt n’est ni aveugle, ni meurtrier, un monocle a remplacé le classique bandeau de Cupidon et un jeu d’épingles le carquois aux flèches traîtresses. Comme de caporal on devient général, le flirt de substantif est passé verbe et désormais on le conjugue à tous les temps et à toutes les personnes.

(Le Journal)

— Mais ce n’était pas de l’amour, Laurette, il ne manquerait plus que ce fût de l’amour, je n’aurais aujourd’hui qu’à prendre le deuil… Un flirt, un simple flirt qui m’occupait, qui me plaisait, qui durant… Vous ne comprenez pas très bien cela, vous autres, vous n’avancez pas suffisamment ou vous vous lancez trop loin…

(René Maizeroy, Âmes tendres)

Je me souviens qu’entre douze et quatorze ans, j’eus un fort béguin pour la grand’mère d’un de mes petits amis.
Afin d’effacer tout de suite ce que cet aveu pourrait avoir de scabreux, j’ajouterai qu’à l’époque de notre flirt, l’excellente dame était morte depuis dix ans.

(Fernand Vandérem)

— Je vous disais donc que depuis deux mois que vous flirtez avec moi, vous devez juger dans quel état d’âme je suis.
— Je l’ai deviné, votre état d’âme… il était assez visible.
— Il faut pourtant que ça finisse, que je sache à quoi m’en tenir.
— Vous êtes trop impatient… il faut toujours commencer par le flirt. Le flirt est la leçon que prend une femme avec des fleurets mouchetés avant d’aller sur le terrain avec des épées véritables.
— Oui, mais si elle va sur le terrain avec un autre… sans compter que c’est la plupart du temps ce qui arrive !

(Maurice Donnay)

— Et j’ai bien senti, en ce long après-midi d’attente et d’angoisse, que ce flirt tournait à l’amour et au sentiment, que je me mentais à moi-même, que je suis pris et bien pris.

(Champaubert)

Foncer

d’Hautel, 1808 : Il est foncé. Pour dire, il a beaucoup d’argent, il est fortune ; il peut faire face à cette entreprise.

Bras-de-Fer, 1829 / M.D., 1844 : Donner.

Larchey, 1865 : Se précipiter. — Abrév. d’enfoncer.

Trois coquins de railles sur mesigue ont foncé.

(Vidocq)

Foncer, foncer à l’appointement : Payer. — Foncer : Donner. V. Dardant. — Foncer un babillard : Adresser une pétition. V. Babillard.

Delvau, 1866 : v. n. Courir, s’abattre, se précipiter, — dans l’argot des écoliers.

Delvau, 1866 : v. n. Donner de l’argent, fournir des fonds.

S’il plaist, s’il est beau, il suffit.
S’il est prodigue de ses biens,
Que pour le plaisir et déduit
Il fonce et qu’il n’espargne rien.

trouve-t-on dans G. Coquillard, poète du XVe siècle. Les bourgeois disent, eux : Foncer à l’appointement.

Rigaud, 1881 : Payer, compter. On disait autrefois pour exprimer la même idée : Foncer à l’appointement.

C’est une coutume fort établie à Paris, où la plupart des femmes coquettes font foncer leurs maris vieux et goutteux à l’appointement, pour entretenir de jeunes godelureaux qui leur repassent le bufle.

(Le Roux, Dict. comique, 1750.)

La Rue, 1894 : Payer. Donner.

France, 1907 : Courir, se précipiter, secouer.

Et si tezig tient à sa boule,
Fonce ta largue et qu’elle aboule…

(Jean Richepin)

France, 1907 : Donner de l’argent, payer. Foncer à l’appointement est une vieille expression signifiant fournir aux dépenses de quelqu’un, subvenir à ses besoins, à son entretien. « C’est une coutume fort établie à Paris, dit Pierre J. Leroux, où la plupart des femmes coquettes font foncer leurs maris vieux et goutteux à l’appointement, pour entretenir de jeunes godelureaux qui leur repassent le buffle ; une maîtresse en fait souvent autant de son amant, qui quelquefois achète de petites faveurs fort cher. Aimez-vous une personne de quelque rang qu’elle puisse être, si vous ne foncez à l’appointement pour acheter des robes à la mode ou des bijoux, votre maîtresse vous casse net comme un verre. »
Je crois qu’il en est encore aujourd’hui comme au temps dont parle le bon Leroux.

Frérot de la coque

France, 1907 : Filou.

Frime

d’Hautel, 1808 : C’est pour la frime. Pour dire c’est par feinte, par façon, par plaisanterie, par manière d’acquit.

Clémens, 1840 / un détenu, 1846 : Figure.

Larchey, 1865 : Visage. V. Coquer, Altèque.Tomber en frime : Tomber en face de. V. Gouêpeur.

Delvau, 1866 : s. f. Apocope de Frimousse, — dans l’argot des voyous et des voleurs. Tomber en frime. Se rencontrer nez à nez avec quelqu’un.

Sans paffs, sans lime et plein de crotte
Aussi rupin qu’un plongeur,
Un jour un gouapeur en ribote
Tombe en frime avec un voleur.

(National de 1835.)

Delvau, 1866 : s. f. Mensonge, hypocrisie, fausse alerte, — dans l’argot des faubouriens. C’est pour la frime. C’est pour rire. Le mot a quelques siècles de bouteille :

Renart qui scet de toutes frumes
Luy esracha quatre des plumes !

dit le Roman du Renard.

La Rue, 1894 : Physionomie. Mensonge, hypocrisie. Fausse alerte. Frimer, regarder.

Virmaître, 1894 : La figure. Tomber en frime, se rencontrer face à face avec quelqu’un (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Visage.

France, 1907 : Tromperie, mensonge ; du vieux français frume. On trouve dans le Roman du Renard :

Renart qui scait de toutes frumes
Luy esracha quatre des plumes.

— Moi, je vous ai pris au mot. J’ai cru à tout ce que vous m’avez donné à croire, et plus je vais, plus j’y crois. Aujourd’hui, vous avez beau venir me dire : Dieu, la Vierge, les vertus chrétiennes, la prière, l’espoir d’une vie future… tout ça, mon petit chou, c’était bon seulement pour t’amorcer quand tu étais haute comme ça, pour te faire avoir des bons points et que tu sois souvent sur le tableau d’honneur. Mais à présent que te voilà grande, et femme, nous aimons mieux ne plus te le cacher, c’est de la frime et ça ne signifie rien.

(Henri Lavedan)

Et lui qui n’avait pas quarante ans, qui gagnait plus de soixante mille francs par an, qui, charmant, spirituel, bien élevé, en vedette, n’aurait eu qu’à choisir parmi les plus jolies femmes de notre monde, s’il avait voulu avoir une maîtresse, un jour d’absolue déraison, épousa son modèle et pas pour la frime, à Gretna-Green ou ailleurs, mais avec tous les sacrements du maire et du curé…

(René Maizeroy)

France, 1907 : Visage.
Tomber en frime, se rencontrer nez à nez.

Frusquin

d’Hautel, 1808 : Patrimoine, bagage, trousseau ; tout ce que l’on a de vaillant.
Il a emporté tout son saint frusquin. Pour dire tout ce qu’il possédoit, tout son petit bagage.

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Habit.

Vidocq, 1837 : s. m. — Habillement commun.

Halbert, 1849 : Coquetterie.

Galopeuse

France, 1907 : Ville coquette qui galope après les hommes.

Adonc, je conviens volontiers qu’il est singulièrement pénible si l’on va, au théâtre, en compagnie d’une mère ou d’une sœur, de voir sa mère ou sa sœur placée à côté de quelque vielle galopeuse qui pue comme une boutique de parfumerie, parle haut et salue un tas de petits messieurs de petits gestes de petite gamine.

(Albert Dubrujeaud, Écho de Paris)

Gambiller

d’Hautel, 1808 : Remuer les jambes ; se démener, se trémousser.

Ansiaume, 1821 : Danser.

Les voilà tous à gambiller, il n’y a même pas de lubins à la turne.

Vidocq, 1837 : v. a. — Danser.

M.D., 1844 : Danser.

Larchey, 1865 : Danser. — Mot de langue romane. V. Roquefort. — Tout récemment une danseuse du Casino portait le sobriquet de Gambilmuche. V. Coquer. — Gambille : Jambe. Diminutif du vieux mot gambe.

Delvau, 1866 : v. n. Danser, remuer les jambes. Il est tout simple qu’on dise gambiller, la première forme de jambe ayant été gambe.

Si souslevas ton train
Et ton peliçon ermin,
Ta cemisse de blan lin,
Tant que ta gambete vitz.

dit le roman d’Aucassin et Nicolette.

Rigaud, 1881 : Danser ; sauter. — Gambilleur, gambilleuse, danseur, danseuse. — Gambilleur, gambilleuse de tourtouse, danseur, danseuse de corde.

Virmaître, 1894 : Danser. Mot à mot : faire marcher ses gambettes (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Danser.

France, 1907 : Danser, courir ; jouer des jambes ; du vieux français gambille, diminutif de gambe, latin gamba.

Le vertige noir les invite
À gambiller sur le chemin.
Les fous vont vite, vite, vite !…
Sait-on qui sera fou demain ?

(Émile Bergerat)

Houp ! la Mort au nez ridicule
Les fait sauter comme des chats ;
Tout ça gambille, gesticule,
Dans de suprêmes entrechats.

(Jean Richepin)

Aussitôt Phrasie et Dédèle, qui, entre deux contredanses au bastringue, étaient venues se faire régaler de grenadine par leurs amants, deux clampins plus jeunes qu’elles, se mirent à gambiller sous la table.ve :

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Garçonnière

d’Hautel, 1808 : Terme de mépris. Fille qui a des mœurs irrégulières, et qui aime à fréquenter les garçons.

Delvau, 1866 : adj. et s. Fille qui oublie son sexe en jouant avec des garçons qui profitent de cet oubli.

France, 1907 : Appartement de garçon où les femmes sont généralement bien reçues.

Aline maintenant allait trois ou quatre fois la semaine faire visite au commis-voyageur, dans la garçonnière qu’il occupait à un cinquième étage du quai des Grands-Augustins. Il avait là deux gentilles pièces très claires, très gaies, coquettement meublées, l’une en chambre à coucher, l’autre on salle à manger, salon et fumoir.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

L’épouse qui, prise en l’ornière
Des vertus, arrive dernière
Aux fêtes de la garçonnière.

(Catulle Mendès)

Et quand les sèves printanières
Mettent des baisers dans les nids,
On pleure au fond des garçonnières :
Les hivers d’amour sont finis !

(Jacques Rédelsperger)

Madame est comme une mégère,
Car elle songe avec ennui
Que la petite garçonnière
Ne la verra pas aujourd’hui.

France, 1907 : Fille qui se plaît dans la compagnie des garçons. « Toute fille est plus ou moins garçonnière. »

Girofle

Vidocq, 1837 : s. m. — Homme ou femme aimable.

Larchey, 1865 : Jolie, aimable, bonne.

Montron drogue à sa largue : Bonnis-moi donc, girofle.

(Vidocq)

V. Coquer. — Giroflerie : Amabilité. — De girolle : très-bien.

Rigaud, 1881 : Beau, belle, joli, aimable. — Largue girofle, belle femme, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Beau, belle, aimable.

France, 1907 : Jolie, aimable.

Grisette

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et de mépris. Petite ouvrière à mise simple et bourgeoise. Fille de moyenne vertu, qui prête l’oreille aux discours des garçons.

Virmaître, 1894 : Jeune fille, ouvrière plumassière, fleuriste, modiste ou polisseuse qui fit la joie de nos pères et le désespoir des leurs. Depuis qu’elle a passé les ponts, ce n’est plus qu’une vulgaire cocotte.

Type charmant, grisette sémillante,
Au frais minois, sous un piquant bonnet
Où donc es-tu, gentille étudiante
Reine sans fard de nos bals sans apprêts.

Ainsi s’exprime la chanson en vogue autrefois au quartier latin (Argot du peuple).

France, 1907 : Fauvette grise, appelée aussi syriot, et, en Provence, passerine.

France, 1907 : Jeune ouvrière galante, appelée ainsi de la petite étoffe légère de ce nom que portaient les jeunes filles du peuple.
Le mot est vieux de près de trois siècles. On le rencontre souvent dans La Fontaine :

Sous les cotillons des grisettes
Peut loger autant de beauté
Que sous les jupes des coquettes,
D’ailleurs, il n’y faut point faire tant de façons.

(Joconde)

Une grisette est un trésor ;
Car sans se donner de la peine,
Et sans qu’aux bals on la promène,
On en vient aisément à bout ;
On lui dit ce qu’on veut, bien souvent rien du tout.

(Ibid.)

Ce type charmant et essentiellement parisien, célébré dans les romans de Paul de Kock et qui est maintenant complétement disparu, à été magistralement décrit par Jules Janin :

De tous les produits parisiens, le produit le plus parisien sans contredit, est la grisette. Voyagez tant que vous voudrez dans les pays lointains, vous rencontrerez des arcs de triomphe, des jardins royaux, des musées, des cathédrales, des églises plus ou moins gothiques ; comme aussi, chemin faisant, partout où vous conduira votre humeur vagabonde, vous coudoierez des bourgeois et des altesses, des prélats, et des capitaines, des manants et des grands seigneurs ; mais nulle part, ni à Londres, ni à Saint-Pétersbourg, ni à Berlin, ni à Philadelphie, vous ne rencontrerez ce quelque chose si jeune, si gai, si frais, si fluet, si fin, si leste, si content de peu, qu’on appelle la grisette. Que dis-je, en Europe ? vous parcourriez toute la France que vous ne rencontreriez pas dans toute sa vérité, dans tout son abandon, dans toute son imprévoyance, dans tout son esprit sémillant et goguenard, la grisette de Paris.
Les savants (foin des savants !), qui expliquent toute chose, qui trouvent nécessairement une étymologie à toute chose, se sont donné bien de la peine pour imaginer l’étymologie de ce mot-là : la grisette. Ils nous ont dit, les insensés ! qu’ainsi se nommait une mince étoile de bure à l’usage des filles du peuple, et ils en ont tiré cette conclusion : « Dis-moi l’habit que tu portes, et je te dirai qui tu es ! »…
Pour se vêtir, pour se nourrir, pour se loger, pour cultiver le parterre qui est devant sa fenêtre, pour le mouron de l’oiseau qui chante dans sa cage, pour le bouquet de violettes qu’elle achète chaque matin, pour cette chaussure si luisante et si bien tenue, pour cette élégance soutenue des pieds à la tête, dont serait fière plus d’une reine de préfecture, la grisette parisienne gagne à peine de quoi fournir chaque jour au déjeuner d’un surnuméraire du ministère de l’intérieur. Et cependant avec si peu, si peu que rien, elle est bien plus que riche, elle est gaie, elle est heureuse ; elle ne demande en son chemin qu’un peu de bienveillance, un peu d’amour.

 

Il est ainsi des œuvres — les seules vraiment populaires — assez banales et veules pour se prostituer aux lubies du lecteur. Celle de Murger s’affirma complaisante jusqu’à l’invraisemblance. Rien de plus étrange que la déformation de sa Mimi. Le livre la montre avide et coquette, infidèle et cruelle, torturant Rodolphe, exposant le vicomte Paul. De tendresse, pas un témoignage ; de charme, de poésie, nul indice. Si elle s’attendrit enfin, c’est sur elle-même, lorsque, dévorée par la phtisie elle agonise sur un lit d’hôpital. Eh bien ! de cette créature odieuse et lamentable, de cette fille banale entre toutes, le publie à fait la grisette, — sa grisette, la femme en qui il met toutes ses complaisances, maîtresse idéale de l’étudiant et du calicot, compagne élue des cœurs secs de la vingtième année. Rire et sourire, esprit et joliesse, elle a tous les petits charmes qui attirent sans retenir. Et que d’autres avantages ! Un regard la conquiert, un geste la congédie, un ruban l’habille. Elle s’en va si elle lasse, revient dès qu’on la rappelle, jamais ne coûte ni n’encombre. Et, lorsque sonne pour le jeune homme l’heure grave de l’établissement et du mariage, elle disparaît, pour toujours cette fois, discrète jusqu’au mystère, sans laisser le souci de ce qu’elle va devenir, sa vie avant le frêle et le vague du destin d’un oiseau.

(Joseph Caraguel)

— Et moi ! dit un grave professeur de philosophie, comment n’ai-je pas pleuré sur la dernière lettre que m’a écrite l’unique femme que j’aie adorée. C’était une grisette aussi, que je trahissais pour deux marquises. Je crois que je me souviendrai d’elle à mon dernier jour, et que je la regretterai dans l’autre monde. Cette lettre, que je conserve tendrement, elle se terminait ainsi : « Adieu, Monsieur, vous êtes un cochon. » Et il y avait en prost-scriptum : « Ah ! Gustave, je te croyais le cœur plus sensible. »

(H. de Latouche, Grangeneuve)

Les garçons de ces cafés — de mon temps du moins, hier — étaient des filles, plaisantes quelquefois, avatars de la grisette métamorphosée en tireuse de bocks.
Les grisettes, que sont-elles devenues ? Je sais bien une Parisienne, jolie, fine, essentiellement artiste, qui prétend avoir, à l’occasion, une âme de grisette, sans adresse, oui, si celle y tient, mais si mondanisée et si spirituelle qu’elle semble plutôt une reine de Petit-Trianon. — Que sont devenues les vraies grisettes, celles que les amoureux d’antan serrèrent dans leurs bras ? Où sont les jeunes créatures qui faisaient leur bonheur des feuilles qui leur tremblaient sur la tête, dans les charmilles de Fontenay-aux-Roses, des saladiers où bleuissait le vin des barrières, des rayons de soleil où dansent les papillons, d’un brin de chèvrefeuille arraché à la haie du chemin, et d’un baiser sonore cueilli sur la pourpre de leurs lèvres où sur la printanière fraicheur de leurs joues doucement teintées ?

— Te voilà veuf pendant une semaine,
Lui dit-il ; viens, nous dînerons ce soir
En devisant des heures envolées,
De ce beau temps où nous étions garçons,
Où nous laissions mille folles chansons
Jaillir sans fin de nos lèvres brûlées
Par les baisers de ces démons d’amour
Qu’on appelait, en ces temps, des grisettes,
Viens ! nous ferons au passé des risettes ;
Soyons garçons et libres pour un jour !

(A. Glatigny)

Heure du berger

France, 1907 : Le soir, l’heure propice aux amants. Locution tirée des romans du genre pastoral, où berger et bergère sont synonymes d’amant et de maîtresse.

Berger, berger, ton heure sonne.

(La Fontaine)

Vous, jeunes filles, gardez-vous
De ces galants pleins de fleurette,
Qui ne deviennent point époux
Et qui ne font que des coquettes ;
Quoi qu’ils fassent enfin voulant vous engager,
Esvitez avec eux le moment du berger.

(Chanson populaire du temps de Louis XVI)

Là-bas

Larchey, 1865 : Maison de correction de Saint-Lazare.

Julia à Amandine : Comme ça, cette pauvre Angèle est là-bas ? — Ne m’en parle pas. Elle était au café Coquet a prendre un grog avec Anatole. Voilà un monsieur qui passe, qui avait l’air d’un homme sérieux avec des cheveux blancs et une montre. Il lui offre une voiture, elle accepte, un cocher arrive, et… emballée ! Le monsieur était un inspecteur.

(Les Cocottes, 1864)

Delvau, 1866 : adv. de l. Saint-Lazare, — dans l’argot des filles, qui n’aiment à parler qu’allusivement de ce Paraclet forcé.

Rigaud, 1881 : Prison. — Prison de Saint-Lazare que les filles appellent encore : La campagne. — Revenir de la campagne, revenir de Saint-Lazare.

France, 1907 : Saint-Lazare, dans l’argot des souteneurs et des filles ; la maison de jeu de Monte-Carlo, dans l’argot des joueurs ; le bagne, dans celui des escarpes.

Largue

anon., 1827 : Catin.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Fille de joie.

Bras-de-Fer, 1829 : Femme, catin.

Vidocq, 1837 : s. f. — Femme, généralement parlant.

M.D., 1844 : Fille prostituée.

un détenu, 1846 : Une femme.

Delvau, 1864 : femme, maîtresse, dans l’argot des voleurs, des voyous et des bohèmes.

Toi non plus, ta ne m’as pas l’air d’une largue ordinaire.

(Lemercier de Neuville)

Les largues nous pompent le nœud.

(Dumoulin-Darcy)

Larchey, 1865 : Femme. — V. Coquer, Momir.

Si j’éprouve quelque malheur, je me console avec ma largue.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. f. Femme, maîtresse, — dans l’argot des voleurs et des souteneurs. Larguepé. Femme publique.

Rigaud, 1881 : Femme. — Largue en vidange, femme en couches. (Colombey.) — Largue d’altèque, jeune femme. Largue en panne, femme abandonnée.

La Rue, 1894 : Femme. Larguepé, prostituée.

Virmaître, 1894 : Femme publique. Les voleurs disent larguepé par une adjonction de finale. M. Marcel Schwob dit que largue s’explique par marque (Villon. J. de l’arg.), qu’on a eu lasquemé, puis que la finale est tombée ; de là largue. Halbert d’Angers donne largue ou lasque. C’est largue qui a subsisté (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Femme.

France, 1907 : Femme, maîtresse. À ce sujet, nous trouvons dans Francisque Michel : « Je crains bien qu’une pensée obscène n’ait présidé à la création de ce mot : ce qui me le fait soupconner, c’est que je lis, page 298 du livre d’Antoine Oudin : « Léger au large d’une femme qui a grand… » Or, large se prononçait largue à l’italienne et l’espagnole dès le XIVe siècle. »

Deux mots avaient suffi. Ces deux mots étaient : vos largues et votre aubert, vos femmes et votre argent, le résumé de toutes les affections vraies de l’homme.

(Balzac)

Quand Polyte aperçut enfin la guillotine,
Il la trouva rien piètre — et de par la bottine
De sa largue Zoé, comtesse du trottoir,
Ce n’était même pas digne de l’abattoir.

(Paul Nagour)

Lionne

Larchey, 1865 : « C’étaient de petits êtres féminins, richement mariés, coquets, jolis, qui maniaient parfaitement le pistolet et la cravache, montaient à cheval comme des lanciers, prisaient fort la cigarette, et ne dédaignaient pas le champagne frappé. »

(F. Deriège)

Delvau, 1866 : s. f. Femme à la mode — il y a trente ans. C’était « un petit être coquet, joli, qui maniait parfaitement le pistolet et la cravache, montait à cheval comme un lancier, prisait fort la cigarette et ne dédaignait point le Champagne frappé. » Aujourd’hui, mariée ou non, grande dame ou petite dame, la lionne se confond souvent avec celle qu’on appelle drôlesse.

France, 1907 : Femme, fille, sœur où maîtresse du lion. « C’étaient, dit Deriège, cité par Lorédan Larchey, de petits êtres féminins, richement mariés, coquets, jolis, qui maniaient parfaitement le pistolet et la cravache, montaient à cheval, prisaient la cigarette. » Si le type n’est pas complètement disparu, le mot est dors d’usage.

Lancée par l’hymen dans une carrière brillante, elle fut bientôt citée parmi les divinités de la mode parisienne, et aujourd’hui elle figure avec avantage dans cette élite de merveilleuses que l’on rencontre à toutes les solennités élégantes ; infatigables amazones, dédaignant les paisibles récréations de leur sexe et abdiquant le doux empire des grâces discrètes pour suivre nos dandys à la course et se mêler aux grandes et aux petites manœuvres du Jockey-Club ; reines du monde cavalier, que l’on a surnommées les Lionnes, pour rendre hommage à la force, à l’intrépidité et à l’inépuisable ardeur dont elles donnent chaque jour tant de preuves.

(Eugène Guinot)

Lorette

Delvau, 1864 : Femme entretenue par Monseigneur Tout-le-Monde, et qui habite volontiers dans les environs de l’église de notre dame de Lorette. D’où son nom, qui lui a été donné par Nestor Roqueplan.

Je suis coquette
Je suis lorette
Reine du jour, reine sans feu ni lieu !
Eh bien ! J’espère
Quitter la terre
En mon Hotel… Peut-être en l’Hotel-Dieu

(G. Nadaud)

Larchey, 1865 : « C’est peut-être le plus jeune mot de la langue française ; il a cinq ans à l’heure qu’il est, ni plus ni moins, l’âge des constructions qui s’étendent derrière Notre-Dame-de-Lorette, depuis la rue Saint-Lazare jusqu’à la place Bréda, naguère encore à l’état de terrain vague, maintenant entourée de belles façades en pierres de taille, ornées de sculptures. Ces maisons, à peine achevées, furent louées à bas prix, souvent à la seule condition de garnir les fenêtres de rideaux, pour simuler la population qui manquait encore à ce quartier naissant, à de jeunes filles peu soucieuses de l’humidité des murailles, et comptant, pour les sécher, sur les flammes et les soupirs de galants de tout âge et de toute fortune. ces locataires d’un nouveau genre, calorifères économiques à l’usage des bâtisses, reçurent, dans l’origine, des propriétaires peu reconnaissants, le surnom disgracieux, mais énergique, d’essuyeuses de plâtres. l’appartement assaini, on donnait congé à la pauvre créature, qui peut-être y avait échangé sa fraîcheur contre des fraîcheurs. À force d’entendre répondre « rue Notre-Dame-de-Lorette » à la question « où demeurez-vous, où allons-nous ? » si naturelle à la fin d’un bal public, ou à la sortie d’un petit théâtre, l’idée est sans doute venue à quelque grand philosophe, sans prétention, de transporter, par un hypallage hardi, le nom du quartier à la personne, et le mot Lorette a été trouvé. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il a été lithographié pour la première fois par Gavarni, dans les légendes de ses charmants croquis, et imprimé par Nestor Roqueplan dans ses Nouvelles à la main. Ordinairement fille de portier, la Lorette a eu d’abord pour ambition d’être chanteuse, danseuse ou comédienne ; elle a dans son bas âge tapoté quelque peu de piano, épelé les premières pages de solfège, fait quelques pliés dans une classe de danse, et déclamé une scène de tragédie, avec sa mère, qui lui donnait la réplique, lunettes sur le nez. Quelques-unes ont été plus ou moins choristes, figurantes ou marcheuses à l’Opéra ; elles ont toutes manqué d’être premiers sujets. Cela a tenu, disent-elles, aux manœuvres d’un amant évincé ou rebuté ; mais elles s’en moquent. Pour chanter, il faudrait se priver de fumer des cigares Régalia et de boire du vin de Champagne dans des verres plus grands que nature, et l’on ne pourrait, le soir, faire vis-à-vis a la reine Pomaré au bal Mabile pour une polka, mazurka ou frotteska, si l’on avait fait dans la journée les deux mille battements nécessaires pour se tenir le cou-de-pied frais. La Lorette a souvent équipage, ou tout au moins voiture. — Parfois aussi elle n’a que des bottines suspectes, à semelles feuilletées qui sourient à l’asphalte avec une gaîté intempestive. Un jour elle nourrit son chien de blanc-manger ; l’autre, elle n’a pas de quoi avoir du pain, alors elle achète de la pâte d’amandes. Elle peut se passer du nécessaire, mais non du superflu. Plus capable de caprice que la femme entretenue, moins capable d’amour que la grisette, la Lorette a compris son temps, et l’amuse comme il veut l’être ; son esprit est un composé de l’argot du théâtre, du Jockey Club et de l’atelier. Gavarni lui a prêté beaucoup de mots, mais elle en a dit quelques-uns. Des moralistes, même peu sévères, la trouveraient corrompue, et pourtant, chose étrange ! elle a, si l’on peut s’exprimer ainsi, l’innocence du vice. Sa conduite lui semble la plus naturelle du monde ; elle trouve tout simple d’avoir une collection d’Arthurs et de tromper des protecteurs à crâne beurre frais, à gilet blanc. Elle les regarde comme une espèce faite pour solder les factures imaginaires et les lettres de change fantastiques : c’est ainsi qu’elle vit, insouciante, pleine de foi dans sa beauté, attendant une invasion de boyards, un débarquement de lords, bardés de roubles et de guinées. — Quelques-unes font porter, de temps à autre, par leur cuisinière, cent sous à la caisse d’épargne ; mais cela est traité généralement de petitesse et de précaution injurieuse à la Providence. » — Th. Gautier, 1845.

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme qui ne vit pas pour aimer, mais au contraire, aime pour vivre. Le mot a une vingtaine d’années (1840), et il appartient à Nestor Roqueplan, qui a par un hypallage audacieux, ainsi baptisé ces drôlesses du nom de leur quartier de prédilection, — le quartier Notre-Dame-de-Lorette.

Rigaud, 1881 : Femme galante, femme entretenue. M. Prudhomme l’appelle « la moderne hétaïre ». Le mot a été créé en 1840 par Nestor Roqueplan.

Comme Vénus aphrodite de l’écume des flots, la lorette était née de la buée des plâtres malsains, là-haut, dans les quartiers bâtis en torchis élégants, la petite Pologne des femmes. Roqueplan s’était fait son parrain ; Balzac son historien ; Gavarni sa marchande de mots et de modes.

(Les Mémoires du bal Mabille)

Qu’est-ce que la lorette ? C’est la loi du divorce rétablie et, pour plus d’un mari, je le dis avec tristesse, la patience du mariage… La lorette n’est ni fille, ni femme, à proprement parler. C’est une profession c’est une boutique.

(Eug. Pelletan, La nouvelle Babylone)

Elle a un père à qui elle dit : Adieu papa ; tu viendras frotter chez moi dimanche. — Elle a une mère qui prend son café quotidien sur un poêle en fonte.

(Ed. et J. de Goncourt)

Il y a mille et une manières, en apparence de devenir lorette, mais au fond c’est la même. Une pauvre fille que l’on vend, une pauvre fille que l’on trompe.

(Paris-Lorette)

Une lorette, parlant d’un entreteneur pour lequel elle a du goût, dit : « Mon homme » ; l’entreteneur qu’elle considère et respecte est son monsieur ; quant à l’entreteneur pur et simple, quoi qu’il fasse, et quoi qu’il donne, il n’est jamais qu’un mufle.

(Idem)

Aujourd’hui les lorettes célèbres de 1840 ont vieilli. Elles comptent leur dépense avec leurs cuisinières, prennent l’omnibus quand il pleut, et élèvent des oiseaux. La lorette pure est maintenant un type évanoui, une race disparue.

(Paris à vol de canard.)

France, 1907 : Femme galante d’un certain luxe de tenue. Le mot a été mis à la mode par Nestor Roqueplan, vers 1840, à cause du nombre considérable de ces filles dans le quartier de Notre-Dame-de-Lorette. « L’ensemble des rues de ce quartier, écrivait-il, s’appelle le quartier des Lorettes, et, par extension, toutes ces demoiselles reçoivent dans le langage de la galanterie sans conséquence le nom de lorettes. » Le quartier est à peu près resté le même, mais le mot n’est plus guère employé que par les provinciaux.

Lorette, dit Balzac, est un mot décent inventé pour exprimer l’état d’une fille ou la fille d’un état difficile à nommer et que, dans sa pudeur, l’Académie a négligé de définir, vu l’âge de ses quarante membres. Quand un nom nouveau répond à un cas social qu’on ne pouvait pas dire sans périphrase, la fortune de ce mot est faite. Aussi la lorette passa-t-elle dans toutes les classes de la société, même dans celles où ne passera jamais une lorette.

Les lorettes habitent invariablement rue Notre-Dame-de-Lorette, rue Bréda, rue du Helder, rue Taitbout, rue Neuve-des-Mathurins ou rue Richer. Elles ne traversent jamais la Seine et s’écartent peu de la zone des boulevards. Elles savent Barême par cœur, jouent à la Bourse, roulent équipage, éclaboussent ceux qui vont à pied, et m’admettent dans leur salon que les hommes du meilleur monde… Elles ont les hommes en profond mépris et m’estiment que les coupons de la Banque de France.

(Ces Dames. — Physionomies parisiennes)

L’autre jour, j’ai entendu faire la définition suivante d’une lorette par la petite fille d’une portière de la place Vintimille :
— Une lorette, a-t-elle dit, c’est une dame qu’a une chemise sale, emprunte dix sous à mon papa, porte des jupons bariolés comme des drapeaux, ses bijoux au clou quand elle en a, et des plumes à son chapeau. À quarante ans, elle est ouvreuse aux Délassements-Comiques.
J’ai interrogé l’enfant terrible dans le but de savoir de qui elle tenait des renseignements aussi exacts.
— Monsieur, m’a-t-elle répondu naïvement, je le sais mieux que vous, puisque c’est arrivé à ma sœur.

(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)

Enfin, dans la catégorie des clandestines, c’est-à-dire parmi des filles dont l’insoumission à la police des mœurs est continuelle, toutes, depuis la riche lorette jusqu’à la pierreuse, sont dans la nécessité de se faire protéger. On conçoit alors que la position sociale des souteneurs doit varier autant que celle dans laquelle les filles se sont elles-mêmes placées.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Loufoque

Rigaud, 1881 : Fou, — dans l’argot des voleurs ; en remplaçant, comme dans le jargon des bouchers, la première lettre par un L, et rejetant l’F à la fin avec addition de la désinence oque.

Non, c’est pas le père Duchêne qui est loufoque, c’est vous autres qui êtes des ahuris.

(Le père Duchêne, 1879)

La Rue, 1894 : Fou.

Virmaître, 1894 : Fou (Argot des bouchers).

France, 1907 : Homme fantasque, excentrique, un peu timbré. C’est Le mot fou dénaturé par le procédé loucherbème, en remplaçant la première lettre du mot par l et ajoutant la lettre substituée à la fin du mot suivi de la terminaison oque.

Héliogabale faisant au milieu d’un festin attaquer ses convives par des panthères subitement introduites dans la salle et Guillaume II s’affublant pour fêter son hôte d’un vêtement noir semé de têtes de mort ne font qu’un seul et même aliéné.
C’est l’autorité despotique dont ils jouissent qui pousse ainsi les rois à la démence. Aussi, au lieu de s’en égayer, a-t-on toutes les raisons de trembler pour l’avenir des peuples fatalement destinés à tomber entre les mains de pareils loufoques.

(Rochefort)

Songez donc, ils peuvent imprimer que Louise Michel est folle : c’est si bon quand on est ramolli de pouvoir traiter les autres de loufoques !

(Le Père Peinard)

À forc’ de boire, elle devient loufoque,
Et comme ell’ s’tient à pein’ sur ses fum’rons,
Ses locatair’s lui flanquent des horions ;
Elle a parfois les deux yeux à la coque.

(Héros-Cellarius)

On se hasarde :
« Le beau mollet ! »
Qu’on la regarde
Cela lui plait,
Elle se moque
Et rit tout bas
Du vieux loufoque
Qui suit ses pas.

(Victor Meusy)

Loup (connaître le)

Delvau, 1864 : De vue seulement. Avoir été baisée dans une forêt quelconque, ou sur le bord d’un bois… de lit.

Ignorant le masculin,
La novice, humble nonette,
Destine à l’enfant divin.
Certaine fente coquette,
Or, la sœur Marion qui connut le loup,
Dit : vous vous trompez, mais du tout au tout,
À Jésus, faut une quéquette.

(Al. Flan)

Madame à ses vapeurs

France, 1907 : Les vapeurs sont une maladie imaginaire non seulement des femmes, mais aussi des hommes. Elle fit fureur au XVIIe et au XVIIIe siècle, et il était de bon ton de l’avoir de temps en temps. Nos coquettes en ont conservé l’usage.
« C’est un mal qui attaque beaucoup de gens », disait Molière. Un jour, le célèbre docteur Falconnet fut mandé près d’une dame atteinte de vapeurs : « Ce qu’il y a de plus extraordinaire, dit-elle, c’est que je mange, bois et dors très bien. — Oh ! laissez faire, dit Falconnet, je vous donnerai des médecines qui vous ôteront tout cela. »
Le meilleur remède aujourd’hui pour une dame qui a ses vapeurs ou ses nerfs est de lui jeter un verre d’eau au visage. Elle est radicalement et pour toujours guérie.

Manger sur l’orgue

Vidocq, 1837 : v. a. — Dénoncer quelqu’un.

Halbert, 1849 : Dénoncer ses pratiques ou complices.

Delvau, 1866 : v. n. Dénoncer un complice pour se sauver soi-même ou atténuer son propre crime, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Manger sur quelqu’un.

Virmaître, 1894 : Charger un complice. Mot à mot : lui mettre ses méfaits sur le dos pour essayer de s’en décharger (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Charger un complice.

France, 1907 : Dénoncer. Orgue a ici la signification de personne. Mon orgue, moi. On dit aussi manger sur quelqu’un.

Le coqueur libre est obligé de passer son existence dans les orgies les plus ignobles. En relations constantes avec les voleurs de profession dont il est l’ami, il s’associe à leurs projets. Pour lui tout est bon : vol, escroquerie, incendie, assassinat même ! Qu’est-ce que cela lui fait ? Pourvu qu’il puisse manger sur quelqu’un et qu’il en tire un bénéfice.

(Mémoires de Canler)

Marie

d’Hautel, 1808 : Nom de femme auquel on ajoute souvent une épithète injurieuse.
Marie chiffon. Se dit d’une femme ou d’une fille, qui se mêle de tout ce qui ne la regarde pas ; qui fait des caquets.
Marie grognon. Se dit d’une femme ou d’une fille qui a l’humeur inégale ; qui est toujours à bouder, à grimauder.
Marie quatre langues. Bavarde, caqueteuses, mauvaise langue.
Marie bon bec. Babillarde ; commère hardie et éveillée.
Marie à la coque. Voyez Coque.
Marie mouvette. Petite fille turbulente, d’une pétulance extraordinaire, qui est toujours en mouvement.

Marquisette

France, 1907 : Petite marquise.

En face de la haute cheminée, sur un chevalet, un portrait de marquisette du siècle dernier se prélassait avec cette grâce particulière aux marquisettes de jadis. Le cadre, à simple monture d’or, s’ornait d’un tulle lilas formant ici et là des nœuds frais, à d’autres endroits de coquets bouillons. Et, sur la toile, vivait, presque, Marquisette.

(Félicien Champsaur, Le Mandarin)

Médecine

d’Hautel, 1808 : Avaler la médecine. Pour dire, se résoudre à quelque chose qui répugne ; prendre son parti.
Cela sent la médecine. Se dit des alimens ou des breuvages qui ont une odeur désagréable, qui sentent le goût des drogues.

Vidocq, 1837 : s. m. — Conseil.

Delvau, 1866 : s. f. Conseil. Médecine flambante. Bon conseil, avis salutaire.

Delvau, 1866 : s. f. Personne ennuyeuse, obsédante, dont on avale à contre-cœur les discours. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Plaidoirie.

Rigaud, 1881 : Conseil. — Plaidoyer.

La Rue, 1894 : Plaidoirie. Conseil.

France, 1907 : Conseil d’avocat, défense. Une médecine flambante, un bon avis, une superbe défense.— Collez-moi cinquante balles, et je vous coque une médecine flambante.

(Mémoires de Vidocq)

France, 1907 : Personne fatigante, ennuyeuse. Elle produit au figuré l’effet d’une purge, elle fait aller.

Mêlé

Larchey, 1865 : Mélange d’eau-de-vie et de cassis, ou moins souvent de toute autre liqueur.

Aimez-vous l’eau-de-vie ? Dame ! on vend ytout du mêlé.

(Vadé, 1755)

Coquelin, des verres de mêlé pour ces dames.

(1845, Privat d’Anglemont, le Prado)

Delvau, 1866 : s. m. Mélange d’eau-de-vie et de cassis, ou d’anisette et d’absinthe, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Mélange d’une liqueur forte et d’une liqueur douce. — Mêlé-cass, eau-de-vie et cassis mêlés, le nectar des déesses du cordon.

Mijaurée

d’Hautel, 1808 : Sobriquet injurieux et méprisant que l’on donne à une femme qui s’en fait trop accroire ; à une bégueule, et généralement à ces indolentes, à ces idiotes toujours malades, et qui ne sont bonnes à rien.

Delvau, 1864 : Fille ou femme qui, devant l’homme, affiche des prétentions par des manières affectées et ridicules qui nous font… pisser. — Oh ! la ! la !

Ne va pas avec moi faire la mijaurée.

(Regnard)

Fi des coquettes maniérées !
Fi des bégueules du grand ton !
Je préfère à ces mijaurées
Ma Jeannette, ma Jeanneton.

(Béranger)

Delvau, 1866 : s. f. Femme dédaigneuse et plus bégueule qu’il convient, — dans l’argot des bourgeois. Faire la mijaurée. Faire des manières et des façons pour accepter une chose. On dit aussi Minaudière.

Montée (être bien)

France, 1907 : Posséder certaine qualité qui rendait le célèbre assassin Pranzini la coqueluche des dames.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique