La Rue, 1894 : L’homme volé.
France, 1907 : Volé. Tout contribuable, en effet, se dit volé par le fisc.
Contribuable
La Rue, 1894 : L’homme volé.
France, 1907 : Volé. Tout contribuable, en effet, se dit volé par le fisc.
Guignol
Fustier, 1889 : Gendarme. Argot des voleurs.
Survient-il dans une foire quelque figure rébarbative, le teneur flaire un gaff (un gardien de la paix en bourgeois), ou un guignol (un gendarme en civil)…
(Petit Journal, mai 1886)
France, 1907 : Homme sans consistance, sans caractère et sans parole, qui n’est bon qu’à amuser les autres et sur lequel on ne peut compter. Faire le guignol, c’est faire de grands gestes, se remuer à tort et à travers.
On a donné le nom de guignol à tous les farceurs politiques et littéraires. Henry Bauer a publié une série d’études critiques sous le titre : Les Grands Guignols.
Parfois, dans mes rares éclaircies d’obnubilation politique, il me passe comme un sentiment confus de ce qu’ils veulent dire par : le jeu des portefeuilles. J’y entrevois une sorte de conséquence farce et logique du parlementarisme où nous pataugeons, et, — vous l’avouerai-je ? — la comédie la plus burlesque de son grand guignol national. Mais ce n’est qu’un éclair dans ma nuit de contribuable.
(Émile Bergerat)
France, 1907 : Théâtre de marionnettes en plein vent, appelé ainsi de son principal personnage.
D’après Joanny Augier qui a décrit le canut dans les Français peints par eux-mêmes, Guignol aurait Lyon pour origine : « Il fréquente, dit-il en parlant du canut, un petit spectacle de marionnettes, tout à fait local, dont le principal personnage, assez semblable au Pulcinella des Italiens, au Punch des Anglais, est un nommé Guignol, type du canut lui-même, dont les lazzis moqueurs et dérisoires à son encontre font pourtant ses délices et son plus parfait amusement »
Guignol est une marionnette d’origine lyonnaise, et date de la fin du premier empire. Vers 1812 un entrepreneur de marionnettes, ruiné à la suite des guerres, se vit réduit à vendre aux enchères ses décors et ses pantins. Un seul acquéreur se présenta, un nommé Mourguet, connu depuis vingt ans dans Lyon où il vendait des chansons sur les places publiques, tandis que sa femme l’accompagnait en jouant de l’orgue de Barbarie. Il eut les marionnettes à très bon compte. Il loua alors dans un quartier pauvre de la ville, celui de Saint-Paul, une vieille salle qui pouvait contenir cent personnes, y installa, outre la scène, une galerie et un parterre. On payait de quatre à douze sous. On y joua d’abord les Jocrisse, qui étaient fort à la mode. Mais un directeur d’un des grands théâtres de la ville défendit, en vertu de son privilège, qu’on représentât les Jocrisse ailleurs que chez lui. Mourguet alors changea les types de ses personnes et appela Jocrisse Guignolant.
« Le nouveau Jocrisse était méconnaissable, dit Tony Révillon qui raconte l’anecdote dans le Drapeau noir. Son nez était aplati ; un petit serre-tête noir terminé par une queue ou salsifis en demi-cercle couvrait sa perruque rousse ; le justaucorps rouge des valets avait disparu pour faire place à la veste marron à boutons blancs de l’ouvrier lyonnais. L’accent s’était modifié comme le costume. Mourguet parlait canut. Il avait les ô et les â circonflexes de la Croix-Rousse, l’accent traînard et doux de Saint-Just.
Le succès fut immense.
Pendant six mois, on s’abordait par ces mots : « Avez-vous vu Guignol ? »
Le public, trouvant Guignolant trop long, avait baptisé lui-même le héros du théâtre lyonnais.
Mais en dépit du costume et de l’accent, Guignol rappelait trop Jocrisse. Son créateur le modifia.
Désormais il sera lui-même. Ouvrier, il représentera les misères, les tiraillements, les menues joies du peuple des tisseurs ; héros de théâtre, il incarnera la justice, protégera les faibles, se soustraira à la tyrannie par la ruse et châtiera la méchanceté par les coups. Gai comme tous les comiques, sa gouaillerie aura parfois la dent cruelle, mais la bonne humeur et la verve l’emporteront. Cette verve et le bâton de Polichinelle (le picarlat) sont italiens. Tout le reste est lyonnais, et surtout l’ami, le confident du héros, Benoit, qui plus tard deviendra Gnafron, mais qui aura laissé pour trace de son passage deux locutions : Dis donc, Benoit ! et Va donc, Benoit ! populaires aujourd’hui dans le département un Rhône. »
Un gendre de Mourguet, Josseraud, introduisit Guignol à Paris.
Loufoquerie
France, 1907 : Folie, absurdité, bizarrerie.
Comme loufoquerie conservatrice, la religion du Christ était complète.
Je sais bien que Tolstoï, un chouette écrivain russe, qui n’a pas le militarisme à la bonne, prétend en tirer des conséquences révolutionnaires ; et voici son raisonnement :
« Le Christ a défendu de tuer ; il a défendu de rendre le mal pour le mal ; dès lors, s’il n’y avait que de vrais disciples du Christ, il n’y aurait plus de soldats, plus de guerres, plus d’autorité : autrement dit, si tous les hommes seraient doux comme des moutons, il n’y aurait plus de loups. »
En théorie, c’est peut-être vrai, mais dans la pratique ça change, et l’on voit an contraire que plus le contribuable et le prolo se laissent faire, plus on les tond, plus on les opprime et plus on les égorge.
(Le Père Peinard)
Loup (tuer le)
France, 1907 : Faire ripaille sans bourse délier. L’origine de cette expression méridionale mérite d’être citée. Elle montre qu’autrefois comme aujourd’hui Messieurs des municipalités savaient dauber les bons contribuables : « Les jurats, les conseillers municipaux d’Ossau ne se réunissaient jamais, pour traiter des affaires communales, sans se livrer, avant, pendant ou après la session, à quelque réjouissante inter pocula. La frairie était d’autant plus copieuse qu’aucun d’eux n’avait à se préoccuper de ce que lui coûterait son écot. Tout se payait sur les fonds de la communauté. Mais ces dépenses n’étant pas au nombre de celles qui pussent être autorisées par les règlements et les lois, on les consignait au budget sous la rubrique fallacieuse « d’indemnités accordées pour la destruction des loups ». Selon que la ripaille avait été plus ou moins forte, on inscrivait que l’indemnité avait été « accordée pour la destruction d’un loup, d’un ours ou d’une ourse ». De là les expressions graduées tuer le loup, faire ripaille ; tuer l’ours, faire grande ripaille ; tuer l’ourse, faire une ripaille pantagruélique. »
(V. Lespy et P. Raymond)
Moulin à café
Delvau, 1866 : s. m. Orgue de Barbarie, qui semble en effet moudre des airs. Argot du peuple.
Rigaud, 1881 : « De temps à autre, on fait une rafle des malheureuses créatures inscrites sur le livre de la police dite des mœurs, on en fait une cargaison qu’on expédie dans une colonie. Les femmes ainsi dépaysées sont ce qu’on appelle, en terme de police, passées au moulin à café. »
(Procès de la Lanterne, 27 janv. 1879, plaidoirie de Me Delattre)
Rigaud, 1881 : Mitrailleuse, — dans le jargon des soldats. (L. Larchey)
Merlin, 1888 : Mitrailleuse.
Virmaître, 1894 : Le tribunal correctionnel. Allusion à la vitesse avec laquelle les juges expédient les affaires. Les prévenus sont condamnés à la vapeur (Argot du palais). N.
France, 1907 : Mitrailleuse : passage à tabac.
Quiconque n’a pas assisté à la brutalité de certaines charges, à l’iniquité de certaines arrestations ; quiconque n’a point pénétré un peu les mystères du poste, et n’a pas, surtout, assisté à une séance du moulin à café, ne peut s’imaginer quels ferments de haine germent au cœur des contribuables contre ceux qu’ils paient pour assurer leur sécurité.
(Séverine)
Protectionnisme
France, 1907 : Acte de protéger une certaine catégorie de citoyens au détriment des autres. Néologisme.
On pourrait définir le protectionnisme « une coalition d’intérêts qui se liguent entre eux pour s’enrichir aux dépens du public ». M. Brousse, ennemi des voies détournées, l’a proclamé avec beaucoup de franchise, et il semble trouver tout naturel que, par une série de combinaisons ingénieuses, on prenne, dans nos poches. de quoi remplir le bas de laine et les coffres-forts. À ses yeux, le consommateur et le contribuable soit d’excellentes vaches à lait qu’on a le droit de traire jusqu’à complet dessèchement des mamelles.
(Demange, Journal des Débats)
Qui fit Normand fit truand
France, 1907 : Il faut, pour se rendre compte de ce dicton injurieux pour les Normands, savoir que le mot trus signifiait tribut, péage, impôt, de sorte que quand, ce qui arrivait souvent, des gens étaient écrasés, ruinés par les impôts et réduits à la mendicité, ou les appelait des victimes du trus, des truands. Or, de toutes les provinces de France, la Normandie fut la plus accablée d’impôts précisément à cause de sa fertilité.
Si bonne n’estoit Normandie,
Saint Michel n’y serait mie,
dit un proverbe du XVIIe siècle.
Les Normands devinrent donc les imposables par excellence, les contribuables sur lesquels le roi où les seigneurs tiraient à pleines mains, les truands enfin.
Cependant l’épithète est restée comme injure et la malice de nos pères s’est exercée largement contre les descendants de ces descendants de conquérants venus du Nord : « Si le Normand n’exerce la piraterie en mer, il l’exerce en terre », ont-ils dit avec bien d’autres dictons malsonnants. En voici quelques-uns :
Gars normand, fille champenoise,
Dans la maison toujours noise.
Le Normand trait l’orient et l’occident.
Roux François, noir Anglais, et Normands de toute taille, ne t’y fie si tu es sage.
Saucisse municipale
Delvau, 1866 : s. f. Viande empoisonnée que l’on jette dans les rues pour détruire les chiens errants non muselés.
Rigaud, 1881 : Boulettes empoisonnées que la municipalité faisait jeter dans les rues de Paris pendant les grandes chaleurs pour détruire les chiens errants. Les boulettes municipales ont disparu du jour où est né l’impôt sur les chiens. Aujourd’hui ces intéressants quadrupèdes sont, en raison de leur qualité de contribuables, bien mieux vus que beaucoup de gens qui ne payent aucune espèce de contributions.
Toc
Vidocq, 1837 : s. m. — Cuivre, mauvais bijoux.
un détenu, 1846 : Méchant.
Larchey, 1865 : Cuivre, bijou faux. — Onomatopée. — Allusion à la différence de sonorité qui existe entre une pièce de cuivre et une pièce d’or.
Bagues, boutons de manchette et croix de ma mère en toc, 6 fr. 50.
(Les Cocottes, 1864)
Delvau, 1866 : adj. et s. Laid ; mauvais — en parlant des gens et des choses. Argot des petites dames et des bohèmes. C’est toc. Ce n’est pas spirituel. Femme toc. Qui n’est pas belle.
Delvau, 1866 : s. m. Cuivre, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi Bijoux faux.
La Rue, 1894 : Cuivre. Bijoux faux. Laid, mauvais. Signifie aussi amusant et absurde.
Virmaître, 1894 : Bijoux de mauvais aloi. Personnage contrefait ; se dit de tout ce qui n’est ni bien ni correct (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Vilain, faux. Quelque chose de vilain est toc. Un objet en faux est en toc.
Hayard, 1907 : Laid, de peu de valeur.
France, 1907 : Absurde, bête, stupide.
La petite Sabinette raconte à sa digne mère que tous les soirs, lorsqu’elle revient de son magasin, un monsieur la suit.
— Et qu’est-ce qu’il te dit, ma fille ?
— Il ne m’a jamais adressé la parole…
— Alors il est rien toc !
(Zadig)
C’est fini ! qué qu’vous voulez faire
D’un gouvernement assez toc
Pour déranger des hommes d’affaire
Et pas mêm’ leur offrir un bock ?
(Écho de Paris)
France, 1907 : Faux ; trompe-l’œil ; argot populaire.
De cette production considérable que reste-t-il aujourd’hui ? Toutes les pièces d’Alexandre Dumas ont disparu l’une après l’autre, en nous laissant l’impression d’un art ridicule et grossier. À la dernière reprise de Henri III à la Comédie-Française, un critique fin et indépendant, M. Jules Lemaître, a fait entendre sur la pièce un mot terrible : C’est du toc, a-t-il dit.
(Henri Becque, Le Théâtre au dix-neuvième siècle)
Il faut que tous les empiriques,
Faux savants, mauvais politiques,
Pantins faits de bric et de broc,
Faiseurs de pilules en toc,
Que le contribuable dore
Sans rien voir — stupide pécore ! —
Comme les autres de là-bas,
À déguerpir ne tardent pas !
Il faut enfin que disparaisse
Tout ce monde de la paresse
Que le public depuis longtemps
Paie à jolis deniers comptants !
Plus de charlatans !
(É. Blédort)
France, 1907 : Laid, affreux.
Je la pris donc, l’autre semaine,
Pour la conduire à l’Opéra,
En disant : — La folie humaine,
Ô mignonne, te distraira —
Mais elle a trouvé fort banales
Nos danses : Tour ça, c’est mastoc,
A-t-elle fait : vos bacchanales
En habit noir, vrai, c’est rien toc.
(Jean Richepin, Les Blasphèmes)
France, 1907 : Ridicule, grotesque.
Il est joliment toc, va ! Quand il la fait à la dignité et qu’il est en chemise.
(Edgar Monteil, Le Monde officiel)
anon., 1907 : Faux, vilain.
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