Virmaître, 1894 : Voleur qui profite des accidents, et sait au besoin les faire naître pour dévaliser ceux qui en sont les victimes. Le voleur s’empresse autour du blessé, et pendant que lui et un de ses complices le portent chez le pharmacien, ils dévalisent le pauvre diable en route. Ce genre de vol est nouveau (Argot des voleurs).
Accidentier
Affranchir
Ansiaume, 1821 : Gagner quelqu’un, corrompre.
Nous ne craignons plus le lubin, je l’ai affranchi.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Initier.
Vidocq, 1837 : v. a. — Corrompre, apprendre à quelqu’un les ruses du métier de fripon ; ainsi l’on dira : Affranchir un sinve avec de l’auber, corrompre un honnête homme avec de l’argent, l’engager à taire la vérité ; affranchir un sinve pour grinchir, faire un fripon d’un honnête homme.
Larchey, 1865 : Pervertir, c’est-à-dire affranchir des règles sociales.
Affranchir un sinve pour grinchir : pousser un honnête homme à voler.
(Vidocq)
Delvau, 1866 : v. a. Châtrer, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Couper.
Delvau, 1866 : v. a. Initier un homme aux mystères du métier de voleur, faire d’un voyou un grinche.
Rigaud, 1881 : Donner des leçons de vol à un novice. Pousser quelqu’un au vol, corrompre un témoin.
Fustier, 1889 : Terme de joueur : On dit qu’une carte est affranchie lorsqu’elle n’est plus exposée à être prise. J’ai fait prendre mon roi pour affranchir ma dame. — Mettre au courant des ruses des grecs. Il y a des professeurs d’affranchissement.
Virmaître, 1894 : Châtrer, faire ablation des parties génitales à un animal quelconque. Le tondeur de chiens est l’affranchisseur des chats, comme le chanoine Fulbert le fut pour Abélard (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Exciter un individu mâle ou femelle au vice ou au vol. S’affranchir d’une tutelle gênante (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Faire connaître à un complice les êtres d’une maison où l’on veut commettre un vol est l’affranchir.
Hayard, 1907 : Débaucher.
France, 1907 : Initié un adepte. Le débarrasser de ses derniers scrupules. Se dit également pour châtrer. La châtré est en effet affranchi de certaines passions.
Aller à Niort
un détenu, 1846 : Ne rien dire, se taire, garder le silence.
Delvau, 1866 : v. a. Nier, — dans l’argot des voleurs, qui semblent avoir lu les Contes d’Eutrapel.
Virmaître, 1894 : Nier. Recommandation qu’ont soin de faire les voleurs à leurs complices quand ils vont à l’instruction. Ils se souviennent du mot du boucher Avinain qui, la tête sous le couteau, cria : N’avouez jamais (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Faire l’ignorant.
Un voleur qui ne veut rien avouer, s’il fait l’ignorant ou semblant de ne pas comprendre ce qu’on lui dit, va à Niort.
Hayard, 1907 : Nier, ignorer.
France, 1907 : Nier. Suivre le dernier avis d’Avinain : « N’avouez jamais. » Cette expression vient des contes d’Eutrapel et n’est guère plus employée que par les voleurs. On trouve dans Vidocq : « S’il va à Niort, il faut lui riffauder les paturons » (S’il nie il faut lui brûler les pieds).
Aller au refil
Virmaître, 1894 : Dénoncer un complice (Argot des voleurs). V. Mouton N.
Rossignol, 1901 : Rendre, donner.
Il faut aller au refil de ce que tu me dois.
Il y a aussi une autre façon d’aller au refil, c’est lorsqu’un ivrogne ne peut garder le liquide qu’il a dans l’estomac ; alors il va au refil.
Hayard, 1907 : Dénoncer.
Allumer le miston
Delvau, 1866 : Regarder quelqu’un sous le nez.
La Rue, 1894 : Passer à l’exécution d’une affaire convenue entre complices.
Allumeur
Delvau, 1866 : s. m. Compère, homme qui fait de fausses enchères, — dans l’argot des habitués de l’hôtel Drouot.
Rigaud, 1881 : Entraîneur, compère dans les bazars, les ventes publiques, les théâtres forains.
Les allumeurs sont des employés aux gages des saltimbanques, qui entraînent le public à leur suite, en donnant l’exemple.
(G. Escudier, Les Saltimbanques)
Exploiteur du public crédule,
Fripons exerçant leurs talents,
Depuis la fausse somnambule
Jusqu’à l’allumeur de chalands.
(A. Pommier, Paris, 1867)
Rigaud, 1881 : Juge d’instruction, dans le jargon des voleurs. Il éclaire l’affaire, il porte la lumière sur l’affaire.
Fustier, 1889 : Voleur. Les allumeurs ont pour mission de racoler les ouvriers les samedis de paye et de les emmener chez le marchand de vin. Là, ils leur offrent libéralement à boire jusqu’à ce que les malheureux rentrent chez eux complètement ivres. Alors commence le rôle des meneuses et des travailleurs. V. ces mots. — Grec dont les fonctions consistent à mettre une partie en train.
Maintenant les deux allumeurs qui se trouvent mêlés à la partie reçoivent également une subvention.
(Gil Blas, 29 mars 1882)
La Rue, 1894 : Juge d’instruction. Compère des saltimbanques qui entraine le public en donnant l’exemple d’entrer.
Virmaître, 1894 : Agent provocateur chargé d’organiser un complot politique quand le gouvernement a besoin d’effrayer la population pour faire voter une loi réactionnaire. On en trouve un curieux exemple dans les Mémoires de Claude, à propos de l’Internationale et des allumeurs de la rue des Gravilliers. (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Agent provocateur.
France, 1907 : Aiglefin qui pousse à la boisson les ouvriers au jour de paye et, lorsqu’ils sont ivres, les fait voler par ses complices males ou femelles.
Au jour dit, nos trois gaillards sont venus dans un cabinet du restaurant en question et, après le dîner, l’allumeur, qui attend un peu de confiture, propose un écarté, qui est accepté.
(Gil Blas)
Aminche
La Rue, 1894 : Ami. Aminche d’aff, complice.
Virmaître, 1894 : Ami. Quand deux voleurs sont associés ils sont aminches d’aff’. (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Ami, camarade.
Hayard, 1907 / anon., 1907 : Ami.
Aminche, amunche
Rigaud, 1881 : Ami. Les voleurs disent encore avec re-doublement : Aminchemince, aminchemar, quand ils ne sont pas pressés. — Aminche d’aff, complice. Mot à mot, ami d’affaire. Dans le jargon des voleurs, affaire veut dire vol.
France, 1907 : Ami ; argot des voleurs.
Aquigeur
Virmaître, 1894 : Voleur qui cherche querelle à un passant. Pendant qu’il le bat, un complice le dévalise proprement et lestement (Argot des voleurs).
Armure d’Éros
France, 1907 : Ce que nous appelons Capotes anglaises et nos voisins d’outre-Manche Lettres françaises. C’est ainsi que d’un pays à l’autre on se renvoie la balle.
Dame Coignet avoua au président des assises qu’en femme prudente elle avait dans son chiffonnier une provision de ces confections de mode anglaise que débitent à Paris des frères de nom italien, confections que le XVIIIe siècle fragonardesque appelait Armures d’Éros, carquois légers où il conserve ses flèches et que notre siècle, plus terre à terre, appelle les water-proofs de l’amour. L’infortuné Courtial était encore revêtu de cette cuirasse imperméable quand il reçut le coup fatal. Seule avec son cadavre, sa complice s’empressa de lui retirer cette pièce à conviction, qui ne figura pas aux débats.
(Gil Blas)
Arnaque
Halbert, 1849 : Agent de sûreté.
Virmaître, 1894 : Nom d’un jeu qui se joue sur la voie publique et sur les boulevards extérieurs ; il est connu également sous le nom de tourne-vire. Ce jeu consiste en une roue posée à plat sur un pivot, la table est composée de trois planches mobiles, supportées par deux tréteaux ; ces planches sont recouvertes d’une toile cirée ; cette toile est divisée en carrés qui forment cases, ces cases se distinguent par des emblèmes différents, les quatre rois : trèfle, cœur, pique et carreau, une ancre, un cœur, un dé et un soleil. Les joueurs misent sur une case, la roue tourne et celui qui gagne reçoit dix fois sa mise. En évidence, sur la table, il y a des paquets de tabac, des cigares, des pipes et autres objets, mais c’est pour la frime, le tenancier du jeu paie le gagnant en monnaie. Ce jeu est un vol. Autour de la table, il y a toujours deux ou trois engayeurs, ils sont de préférence à chaque bout (la table est un carré long) ; au moment ou la plume va s’arrêter sur une case, par un mouvement imperceptible, un des engayeurs s’appuie sur la planche mobile du milieu, la plume dévie et le tour est joué ; si c’est un engayeur qui gagne, il partage avec ses complices (Argot des camelots). N.
Rossignol, 1901 : Veut dire truc. Les jeux de hasard tels que : La boule Orientale, le billard à cheminée, le billard américain, la jarretière, la ratière, le malo ou mal au ventre, sont arnaqués parce qu’il y a des trucs qui empêchent de gagner.
Attendre l’omnibus
France, 1907 : Lorsqu’un voleur fait le guet à une heure indue et dans quelque endroit isolé, il répond aux agents qui l’ont surpris et lui demandent ce qu’il fait là, qu’il attend l’omnibus. Tout le monde sent la justesse et l’ironie de cette expression. Rien ne rappelle, en effet, l’attitude du voleur qui se tient aux écoutes, pendant que ses complices font leur main, comme celle du bourgeois ou de la bourgeoise qui attend l’omnibus.
Le président. — Vous êtes accusés d’avoir assassiné un invalide qui rentrait à l’hôtel.
Boulard. — De quoi ?… C’est pas vrai… Ah !
Le président. — Que faisiez-vous sur l’esplanade des invalides à une heure du matin ?
Boulard. — De quoi ?… J’attendais l’omnibus… Ah !
(Alph. Karr, Les Guêpes)
Et en attendant l’omnibus, cet honnête coquin tuait l’invalide… pour lui voler son nez d’argent ! Il paya ce nez de sa tête.
Les voleurs ainsi surpris s’excusaient autrefois en disant qu’ils cherchaient leur chien. On les appelait chercheurs de barbet.
(Oudin, Curiositez françoises)
Toute invention nouvelle est la source de quantité d’expressions qui passent bientôt du sens propre dans le sens figuré, et donnent lieu à une foule de métaphores. C’est par là que les langues s’enrichissent, que les idées s’étendent et deviennent plus claires, parce qu’on a plus de mots pour les exprimer. C’est au goût à faire le choix de ces mots et à les appliquer.
(Ch. Nisard)
Attrape-science
Delvau, 1866 : s. m. Apprenti, — dans l’argot des typographes.
Rigaud, 1881 : Apprenti cordonnier. Pour laver la tête à l’apprenti, les ouvriers la lui plongent plus d’une fois dans le baquet de science, le baquet où trempent les cuirs.
Boutmy, 1883 : s. m. Nom ironique par lequel les ouvriers désignent quelquefois un apprenti compositeur. L’attrape-science est l’embryon du typographe ; la métamorphose demande trois à quatre ans pour s’accomplir ; vers seize ou dix-sept ans, la chrysalide est devenue papillon, et le gamin s’est fait ouvrier. À l’atelier, il a une certaine importance : c’est le factotum des compositeurs ; il va chercher le tabac et fait passer clandestinement la chopine ou le litre qui sera bu derrière un rang par quelque compagnon altéré. Il va chez les auteurs porter les épreuves et fait, en général, plus de courses que de pâté. Quand il a le temps, on lui fait ranger les interlignes ou trier quelque vieille fonte ; ou bien encore il est employé à tenir la copie au correcteur en première, besogne pour laquelle il montre d’ordinaire une grande répugnance. Parfois victime des sortes de l’atelier, il en est aussi le complice ou le metteur en œuvre. Il nous revient en mémoire une anecdote dont le héros fut un apprenti. Ses parents habitant dans un faubourg, notre aspirant Gutenberg apportait à l’atelier sa fripe quotidienne, dont faisait souvent partie une belle pomme. Le gaillard, qui était un gourmet, avait soin de la faire cuire en la plaçant sur un coin du poële. Mais plus d’une fois, hélas ! avant d’être cuite, la pomme avait disparu, et notre apprenti faisait retentir les échos de ses plaintes amères : « Ma pomme ! on a chipé ma pomme ! » La chose s’étant renouvelée plus souvent que de raison, l’enfant s’avisa d’un moyen pour découvrir le voleur. Un beau jour, il apporta une maîtresse pomme qu’il mit cuire sur le poêle. Comme le gamin s’y attendait, elle disparut. Au moment où il criait à tue-tête : « On a chipé ma pomme ! » on vit un grand diable cracher avec dégoût ; ses longues moustaches blondes étaient enduites d’un liquide noirâtre et gluant, et il avait la bouche remplie de ce même liquide. C’était le chipeur qui se trouvait pris à une ruse de l’apprenti : celui-ci avait creusé l’intérieur de sa pomme et avait adroitement substitué à la partie enlevée un amalgame de colle de pâte, d’encre d’imprimerie, etc. L’amateur de pommes, devenu la risée de l’atelier, dut abandonner la place, et jamais sans doute il ne s’est frotté depuis à l’attrape-science. Certains apprentis, vrais gamins de Paris, sont pétris de ruses et féconds en ressources. L’un d’eux, pour garder sa banque (car l’attrape-science reçoit une banque qui varie entre 1 franc et 10 francs par quinzaine), employa un moyen très blâmable à coup sûr, mais vraiment audacieux. Il avait eu beau prétendre qu’il ne gagnait rien, inventer chaque semaine de nouveaux trucs, feindre de nouveaux accidents, énumérer les nombreuses espaces fines qu’il avait cassées, les formes qu’il avait mises en pâte, rien n’avait réussi : la mère avait fait la sourde oreille, et refusait de le nourrir plus longtemps s’il ne rapportait son argent à la maison. Comment s’y prendre pour dîner et ne rien donner ? Un jour d’été qu’il passait sur le pont Neuf, une idée lumineuse surgit dans son esprit : il grimpe sur le parapet, puis se laisse choir comme par accident au beau milieu du fleuve, qui se referme sur lui. Les badauds accourent, un bateau se détache de la rive et le gamin est repêché. Comme il ne donne pas signe de vie, on le déshabille, on le frictionne, et, quand il a repris ses sens, on le reconduit chez sa mère, à laquelle il laisse entendre que, de désespoir, il s’est jeté à l’eau. La brave femme ajouta foi au récit de son enfant, et jamais plus ne lui parla de banque. Le drôle avait spéculé sur la tendresse maternelle : il nageait comme un poisson et avait trompé par sa noyade simulée les badauds, ses sauveurs et sa mère. — Nous retrouverons cet attrape-science grandi et moribond à l’article LAPIN. À l’Imprimerie nationale, les apprentis sont désignés sous le nom d’élèves. Il en est de même dans quelques grandes maisons de la ville.
France, 1907 : Apprenti, dans l’argot des typographes.
Banque (être de la)
Rigaud, 1881 : Être de complicité dans un vol ; avoir droit, comme complice, aux dividendes provenant d’une escroquerie.
Banquiste
Halbert, 1849 : Opérateur.
Delvau, 1866 : s. m. Charlatan ; chevalier d’industrie ; faiseur. Argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Saltimbanque. Tout individu dont le commerce n’est établi qu’en vue de faire des dupes est un banquiste. Le grand rendez-vous des banquistes est à la Bourse.
La Rue, 1894 : Saltimbanque. Escroc. Compère, complice.
Virmaître, 1894 : Charlatan. Tous ceux qui fardent la vérité sont des banquistes, à quelque classe de la société qu’ils appartiennent. Tous les banquistes ne sont pas sur des tréteaux (Argot du peuple).
France, 1907 : Charlatan, faiseur, chevalier d’industrie.
Les scandales qui se succèdent dans les assemblées municipales, montrent la légèreté de certains choix populaires. Les suffrages sont escamotés par des banquistes, promettant au peuple plus de beurre que de pain et qui ne songent qu’à faire de leur mandat un instrument d’industries obliques et de spéculations inavouables.
(Henry Bauër, La Ville et le Théâtre)
Bertrand
Larchey, 1865 : Fripon dupé par son complice. — La fable connue de Bertrand et Raton, et le drame de l’Auberge des Adrets, ont mis ce terme à la mode.
Il s’était posé à mon endroit en Robert Macaire, me laissant le rôle désobligeant de Gogo ou de Bertrand.
(E. Sue)
Delvau, 1866 : s. m. Compère de filou ou de faiseur, — dans l’argot du peuple, qui a gardé les souvenir de la légende de Robert-Macaire.
France, 1907 : Fripon, complice et victime d’un filou. Souvenir du drame populaire de l’Auberge des Adrets.
Il s’était posé à mon endroit en Robert-Macaire, me laissant le rôle désobligeant de gogo ou de Bertrand.
(Eugène Sue)
Boucardier
Ansiaume, 1821 : Magasinier.
J’ai picté avec le boucardier, il quimpe à la couleur.
Vidocq, 1837 : s. m. — Voleur de nuit dans les boutiques.
Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui dévalise les boutiques.
Rigaud, 1881 : Marchand. — Boucardier gambilleur, marchand ambulant.
Rigaud, 1881 : Voleur qui exploite les boutiques. Le boucardier opère la nuit avec le concours du pégriot. Le pégriot est un gamin ou un voleur de petite taille qui s’est primitivement introduit dans la boutique, et qui, à l’heure convenue, vient ouvrir au boucardier.
Virmaître, 1894 : Le petit pégriot qui s’introduit dans la boutique pour aider son complice à voler (Argot des voleurs). V. Raton.
Bouquet
d’Hautel, 1808 : On dit d’un vin qui a un goût agréable, qu’il a un joli bouquet.
Vous n’êtes pas encore au bouquet. Se dit par ironie d’une affaire désagréable-dont le résultat doit être pis encore que les commencemens.
Voilà le bouquet. Pour dire la fin, la conclusion.
Elle a le bouquet sur l’oreille. Se dit d’une demoiselle qui est à marier, ou qui montre de bonne heure des dispositions à l’œuvre du mariage.
Faire porter le bouquet. C’est-à-dire, être infidèle à la foi conjugale.
Donner le bouquet à quelqu’un, équivaut à donner le bal. C’est-à-dire, lui faire de vives réprimandes, le tancer vertement.
Ansiaume, 1821 : Don.
Il faut un bouquet au vadoult pour qu’il donne l’affaire.
Delvau, 1866 : s. m. Accident heureux ou malheureux. C’est le bouquet ! Cela complète mon malheur.
Delvau, 1866 : s. m. Boni, prime de 25 pour cent accordée à L’homme de peine qui a voulu s’abstenir ; chopin de la première affaire. Argot des voleurs.
Delvau, 1866 : s. m. Cadeau, — dans l’argot des voyous.
Rigaud, 1881 : Gratification de voleur à voleur.
Rigaud, 1881 : La fin d’un événement important, d’une conversation. — C’est le bouquet, c’est le plus beau, le plus surprenant de l’affaire ; par allusion au bouquet final d’un feu d’artifice.
Virmaître, 1894 : Quand un nourrisseur de poupard a bien préparé une affaire, et que le vol a été fructueux, il reçoit une prime de ses complices, quelquefois quarante pour cent ; cela se nomme recevoir un bouquet (Argot des voleurs).
France, 1907 : Cadavre, à cause sans doute de l’odeur ; argot des faubourgs. « Mince ! il y a cinq bouquets à la Morgue. » Cadeau. C’est le bouquet, c’est le comble, ce qui termine le désastre ou la fête ; allusion au bouquet des feux d’artifices.
Bourriquer ou faire la bourrique
France, 1907 : Dénoncer ses complices ; argot des voleurs. Accomplir l’acte vénérien ; argot des faubourgs.
Broder
Vidocq, 1837 : v. a. — Écrire.
Clémens, 1840 : Écrire.
Larchey, 1865 : Écrire — Allusion au va-et-vient de la plume sur le papier. — Un brodeur est un écrivain. — En revanche, on a dit brodancher pour broder, pris dans son acception ordinaire. V. Ravignolé.
Rossignol, 1901 : Écrire. Dans les prisons, certains détenus pour correspondre avec un complice au dehors se servent du procédé suivant : Dans les interlignes d’une lettre insignifiante écrite à l’encre, ils écrivent à l’aide d’une plume neuve et de salive ce qu’ils veulent recommander ou faire connaître au complice. La salive une fois sèche, ce qui a été écrit avec devient invisible. Le destinataire, qui sait à quoi s’en tenir, jette de l’encre sur toute la lettre et la trempe aussitôt dans l’eau, alors la salive qui s’est imprégnée d’encre devient aussi lisible que le reste.
Capahut (voler à la)
France, 1907 : Assassiner un complice pour s’emparer de sa part de butin. On dit aussi capahuter. Capahut était un assassin qui usait de ce procédé.
Capahuter
Vidocq, 1837 : v. a. — Assassiner son complice pour s’approprier sa part de butin.
Larchey, 1865 : Assassiner son complice pour s’approprier sa part (Vidocq). — Du nom de Capahut, un malfaiteur coutumier du fait.
Delvau, 1866 : v. a. Assassiner un complice pour s’approprier sa part du vol.
Rigaud, 1881 : Assassiner son complice et l’alléger de sa part de butin. C’est, paraît-il, un nommé Capahut qui a mis, autrefois, ce procédé violent à la mode. À part quelques escarpes érudits, qui connaît aujourd’hui Capahut ? La gloire n’est qu’un mot !
Careur, -euse
Vidocq, 1837 : s. — Presque tous les Careurs sont des Bohémiens, des Italiens ou des Juifs. Hommes ou femmes, ils se présentent dans un magasin achalandé, et après avoir acheté ils donnent en paiement une pièce de monnaie dont la valeur excède de beaucoup celle de l’objet dont ils ont fait l’acquisition ; tout en examinant la monnaie qui leur a été rendue, ils remarquent une ou deux pièces qui ne sont pas semblables aux autres, les anciennes pièces de vingt-quatre sous, les écus de six francs à la vache ou au double W, sont celles qu’ils remarquent le plus habituellement, parce que l’on croit assez généralement qu’il y a dans ces pièces de monnaie une certaine quantité d’or, et que cette croyance doit donner à la proposition qu’ils ont l’intention de faire, une certaine valeur : « Si vous aviez beaucoup de pièces semblables à celles-ci, nous vous les prendrions en vous donnant un bénéfice, » disent-ils. Le marchand, séduit par l’appât du gain, se met à chercher dans son comptoir, et quelquefois même dans les sacs de sa réserve, des pièces telles que le Careur en désire, et si pour accélérer la recherche le marchand lui permet l’accès de son comptoir, il peut être assuré qu’il y puisera avec une dextérité vraiment remarquable.
Les Careurs ont dans leur sac plusieurs ruses dont ils se servent alternativement, mais un échange est le fondement de toutes ; au reste il est très-facile de reconnaître les Careurs, tandis qu’on ouvre le comptoir, ils y plongent la main comme pour aider au triage et indiquer les pièces qu’ils désirent, si par hasard le marchand a besoin d’aller dans son arrière boutique pour leur rendre sur une pièce d’or, ils le suivent, et il n’est sorte de ruses qu’ils n’emploient pour parvenir à mettre la main dans le sac.
Que les marchands se persuadent bien que les anciennes pièces de vingt-quatre sous, les écus de six francs à la vache ou au double W, ainsi que les monnaies étrangères n’ont point une valeur exceptionnelle ; qu’ils aient l’œil continuellement ouvert sur les inconnus, hommes, femmes ou enfans, qui viendraient, sous quel prétexte que ce soit, leur proposer un échange, et ils seront à l’abri de la ruse des plus adroits Careurs.
Il y a parmi les Careurs, comme parmi les Cambriolleurs et autres voleurs, des nourrisseurs d’affaires ; ces derniers, pour gagner la confiance de celui qu’ils veulent dépouiller, lui achètent, jusqu’à ce que le moment opportun soit arrivé, des pièces cinq ou six sous au-delà de leur valeur réelle.
Les Romamichels (voit ce mot) citent parmi les célébrités de leur corporation, deux Careuses célèbres, nommées la Duchesse et la mère Caron. Avant d’exercer ce métier ces femmes servaient d’éclaireurs à la bande du fameux Sallambier, chauffeur du Nord, exécuté à Bruges avec trente de ses complices.
Caroubleur, -euse
Vidocq, 1837 : s. — Variété de Cambriolleurs ; ils entretiennent des intelligences avec les domestiques, frotteurs, colleurs de papiers, peintres. Aussi comme ils connaissent parfaitement les endroits qui peuvent leur offrir des ressources, ils vont droit au but ; la plupart du temps ils se servent de fausses clés qu’ils fabriquent eux-mêmes sur les empreintes qui leur sont données par les indicateurs leurs complices.
Casser du sucre
Delvau, 1866 : v. a. Faire des cancans, — dans l’argot des cabotins.
Rigaud, 1881 : Dire du mal. — Casser du sucre à la rousse, dénoncer un complice.
La Rue, 1894 : Médire de quelqu’un. Dénoncer.
Virmaître, 1894 : Dénoncer. Casser du sucre sur quelqu’un : en dire du mal (Argot des voleurs). V. Mouton.
Rossignol, 1901 : Dire du mal de quelqu’un.
Il a cassé du sucre sur mon orgue au patron.
Hayard, 1907 : Dénoncer.
France, 1907 : Avouer un crime. Casser du sucre à la rousse, dénoncer un complice. Casser du sucre sur la tête de quelqu’un, médire de lui en son absence.
Dans l’une de ces brasseries, j’ai entendu chuchoter l’histoire suivante, par un bon petit camarade, sur un autre membre de la société d’admiration mutuelle qui se pique d’être un fort latiniste ; du reste, le conteur est surnommé la machine à casser du sucre.
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
Casser le sucre à la rousse
Delvau, 1866 : Dénoncer un camarade ou plutôt un complice. Argot des voleurs.
Charriage à la mécanique
Larchey, 1865 : Un voleur jette son mouchoir au cou d’un passant et le porte à demi-étranglé sur ses épaules pendant qu’un complice le dévalise.
Virmaître, 1894 : Ce genre de vol est l’enfance de l’art ; un mouchoir suffît. Le voleur le jette au cou d’un passant, il l’étrangle à moitié, le charge sur son épaule pendant qu’un complice le dévalise. C’est exactement le coup du père François, toutefois pour exécuter celui-ci les voleurs se servent d’une courroie flexible ou d’un foulard de soie (Argot des voleurs).
France, 1907 : Ce genre de vol exige deux complices. Le premier jette son mouchoir au cou d’un passant, et, tenant les deux bouts, se retourne vivement de façon à appuyer la victime sur son dos : tandis qu’il la tient soulevée et à moitié étranglée, le second la fouille et la dévalise. On l’appelle aussi le coup du Père François. Il était, il y a quelques années, fort commun à Londres, et les bandits qui le pratiquaient étaient désignés sous le nom d’étrangleurs. Mais, à la suite de nombreux forfaits de ce genre, les magistrats, indépendamment des travaux forcés, condamnèrent les étrangleurs à recevoir un certain nombre de coups d’un fouet appelé « chat à neufs queues », peine si terrible et si redoutée que l’industrie des étrangleurs cessa presque aussitôt les premières applications.
Pour se rendre compte de la cruauté du châtiment, il est bon de savoir que le fouet, instrument du supplice, se compose de neuf lanières de cuir fixées à un manche, une sorte de martinet, enfin. L’exécuteur doit manœuvrer de façon que chaque lanière laisse une trace, c’est-à-dire que chaque coup de fouet fasse neuf coupures sur la peau. Ces coups impriment des stigmates indélébiles, comme le fer avec lequel on marquait autrefois les forçats, et le condamné eu porte toute sa vie les cicatrices.
(Hector France, L’Armée de John Bull)
Charriage au pot
Larchey, 1865 : Il débute de la même façon que le précédent. Seulement l’américain offre à ses deux compagnons d’entrer à ses frais dans une maison de débauche. Par crainte d’un vol, il cache devant eux dans un pot une somme considérable. Plus loin, il se ravise et envoie la dupe reprendre le trésor après lui avoir fait déposer une caution avec laquelle il disparaît, tandis que le malheureux va déterrer un trésor imaginaire.
Virmaître, 1894 : Ne demande pas non plus un grand effort d’imagination : un pot et un imbécile aussi bête que lui suffisent. Deux voleurs abordent un individu à l’air naïf. Après quelques stations dans les cabarets, ils lui offrent de le conduire dans un bocard éloigné. En chemin, ils avisent un terrain vague, l’un des deux voleurs exprime à ses compagnons la crainte d’être volé car il porte sur lui une grosse somme. Devant eux il la cache dans le pot qu’il enterre. Plus loin il se ravise et dit au naïf d’aller déterrer l’argent caché, mais auparavant il lui fait donner ce qu’il a sur lui. Le naïf part, ne trouve que des rouleaux de plomb dans le pot et quand il revient les voleurs sont loin (Argot des voleurs).
France, 1907 : Même procédé que celui « à l’américaine », avec cette différence que l’Américain propose à ses compagnons une partie de lupanar. Craignant d’être volé, il met son or et un paquet de bank-notes, en présence de sa dupe, dans un vase ou une boîte qu’on enfouit en quelque coin ou qu’on cache dans une armoire. Mais, à la porte du lupanar ou dans le lieu même, le charrieur se ravise. Il feint l’ivresse ainsi que son complice et offre de régaler les filles et a besoin de son argent. Il demande à la dupe d’aller le chercher. Mais attention ! hé ! hé ! Il y a là une grosse somme ! En outre, il faut payer le champagne comptant. La dupe laisse sa bourse en gage, court au trésor, le rapporte essoufflé ! Les charrieurs ont levé le siège, et le pot ne contient que des billets de la banque de Sainte-Farce et des jetons.
Chicane (grinchir à la)
Larchey, 1865 : Prendre la bourse ou la montre d’une personne en lui tournant le dos. Ce genre de vol exige une grande dextérité (Vidocq). — De là le mot de chicane qui a le sens de finesse.
Virmaître, 1894 : Variété du vol à la rencontre. Chicaner un individu pour le battre, pendant qu’un complice le dévalise (Argot des voleurs). V. Aquigeurs.
France, 1907 : Voler la bourse ou la montre de quelqu’un en se tenant le dos appuyé coutre la poitrine de la personne. Vol commun dans les foules.
Cireur
Virmaître, 1894 : Vol à la cire. Voleur qui barbotte les couverts dans les rares restaurants où l’on se sert encore d’argenterie. Il s’attable, déjeune tranquillement, puis, profitant du mouvement occasionné par le service, il colle adroitement avec de la cire un couvert sous la table, puis s’en va tranquillement. Quelques instants plus tard un complice vient s’asseoir à la même table et fourre le couvert dans sa poche. Ce vol est sans danger, si on s’aperçoit de la soustraction, le voleur demande que l’on le fouille, comme on ne trouve rien on lui fait des excuses (Argot des voleurs).
France, 1907 : Voleur à la cire.
Cogneur
France, 1907 : Compère du voleur à la tire. Il heurte ou cogne la victime, tandis que son complice fouille ses poches.
Collante (appliquer une)
France, 1907 : Sorte de filouterie au jeu, expliquée ainsi dans le Monde où l’on triche, d’Hogier-Grison :
Méfiez-vous d’un banquier qui, ayant dit : Il y a une « suites » ! se lève et laisse sa poignée de cartes devant lui, face au tapis, sans la remettre contre le « marbre ». Il se peut que ce soit un joueur honnête, mais il se peut que ce soit un complice du joueur qui prend, qui voit la « suite ». Lorsque les jeux sont faits, que les enjeux lui conviennent, il prend la place du banquier, et, prenant les cartes laissées par son devancier, il y applique une douzaine de cartes préparées, dissimulées dans sa main ! Cela se nomme : appliquer une collante.
Comte, contre
La Rue, 1894 : Complice.
Contre
d’Hautel, 1808 : Aller contre vent et marée. S’engager dans une affaire, malgré toutes les contrariétés qui s’opposent à son succès.
Si vous voulez prendre cette peine, je n’ai rien contre. Signifie, je ne m’oppose point à ce que vous preniez cette peine ; j’accède volontiers à votre désir.
Faire contre fortune bon cœur. Voy. Cœur.
Delvau, 1866 : s. m. Consommation personnelle, au café, que l’on joue avec une autre personne contre sa consommation.
France, 1907 : Complice d’un filou.
Le directeur d’un journal de sport a annoncé à ses lecteurs une prime de cinq cents francs pour celui qui donnerait au journal les meilleurs pronostics, c’est-à-dire qui désignerait à l’avance les gagnants d’une journée de courses d’Auteuil, de Longchamps où de tout autre hippodrome.
Or, nous le faisons remarquer aux naïfs, les cinq cents francs seront toujours gagnés par des amis du journal, autrement dit : par des complices ou contres.
(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)
France, 1907 : Consommation jouée au café.
Coqueur
Vidocq, 1837 : Celui qui donne des affaires à la police.
Clémens, 1840 : Mouchard non salarié.
M.D., 1844 : Celui qui, quoique voleur, en fait arrêter d’autres.
un détenu, 1846 : Révélateur.
Larchey, 1865 : « Le coqueur vient dénoncer les projets de vol à la police de sûreté. Le coqueur est libre ou détenu. Ce dernier est coqueur mouton ou musicien. Le mouton est en prison et capte ses codétenus. Le musicien ne révèle que ses complices. — Ce métier de dénonciateur s’appelle coquage. La musique est une réunion de coqueurs (musiciens). » — Canler.
Delvau, 1866 : s. m. Dénonciateur.
Rigaud, 1881 : Dénonciateur qui, à chaque dénonciation, touche une prime à la préfecture de police. — Le coqueur qui est compagnon de prison d’un accusé s’appelle mouton ou musicien. Son rôle consiste à capter la confiance des accusés dont la justice attend des révélations. Les variantes sont : Coq et coquin.
La Rue, 1894 : Dénonciateur. On dit aussi mouton. Coquage, dénonciation.
France, 1907 : Dénonciateur, individu vendu à la police. Il peut être en liberté ou en prison ; dans ce dernier cas, où l’appelle mouton ou musicien.
Le coqueur, ou compère de voleur, est un être méprisable, mais utile à la police pour prévenir le crime ou saisir les malfaiteurs en flagrant délit. Il se recruté habituellement : 1o parmi les repris de justice auxquels la réclusion a donné à réfléchir ; 2o dans les vagabonds ou gens sans aveu, chez qui la paresse, régnant en souveraine, rejette bien loin toute idée de travail, et surtout le labeur assidu du véritable ouvrier ; 3o parmi les êtres ignobles qui, dépouillant toute dignité personnelle, vivent aux dépens de la prostitution des filles publiques ; 4o parmi les bohémiens qui, sur les places et aux barrières, exercent le métier de banquistes et de saltimbanques.
(Mémoires de Canler)
Coquez !
France, 1907 : Enlevez. C’est l’avis que donne le complice du voleur, lorsque le moment est venu de faire main basse sur l’objet convoité.
Défarguer
Clémens, 1840 : Se débarrasser d’objets suspects.
Delvau, 1866 : v. n. Pâlir. — dans l’argot des voleurs, pour qui farguer c’est rougir.
La Rue, 1894 : Pâlir. Céder. Se débarrasser. Défargueur, plaideur. Témoin à décharge.
Virmaître, 1894 : Les joueurs disent cela d’une carte qui les gêne. Au polignac il se défarguent du valet de pique (Argot des voleurs). N.
Virmaître, 1894 : Pâlir.
Le parrain fargue,
Le bêcheur défargue.
dit une vieille chanson (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Décharger quelqu’un d’un fardeau ou de charges qui pèsent contre lui, c’est le défarguer. Le contraire de farguer. Le ministère public fargue et l’avocat défargue son client des faits compromettants. Décharger quelqu’un d’un colis est le défarguer. Celui qui se débarrasse d’objets compromettants se défargue. Un voleur qui reconnaît être seul l’auteur de vols qu’on lui reproche défargue son complice.
France, 1907 : Céder. En terme de joueur, c’est se débarrasser d’une carte qui gêne.
France, 1907 : Pâlir ; être acquitté.
— Vous avez changé, mon pauvre vieux. Je vous trouvé défargué. Vous avez du trimard ? Dégoisez, je suis votre homme.
(Hector France, La Taverne de l’Éventreur)
Défarguer (se)
M.D., 1844 : Déposer les objets dont on est porteur.
Hayard, 1907 : Se décharger au détriment d’un complice.
Dégueuler
d’Hautel, 1808 : Terme bas et ignoble quand on l’applique à un être doué de raison, et qui signifie vomir, dégorger. On dit figurément d’un grossier, d’un butor qui se plait à dire des injures, qu’il ne fait que dégueuler.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Avoir une indigestion, — dans l’argot du peuple.
La Rue, 1894 : Dénoncer ses complices.
France, 1907 : Parler avec abondance, comme si l’on vomissait ses paroles.
Réciter de mémoire une leçon du professeur, tout un chapitre de chimie : parler d’abondance sans s’inquiéter de comprendre ce que l’on dit. Certains « colleurs » prétendent coter l’intelligence de l’élève ; d’autres apprécient uniquement le dégueulage. Le comble de l’astuce est de dégueuler sa réponse, en s’exprimant avec une légère hésitation, afin de laisser croire qu’on a trouvé par réflexion la réponse à la question posée.
(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)
France, 1907 : Vomir.
Françoise, qui toujours est prête
À faire entendre son caquet,
Veut crier plus haut ; un hoquet
Lui coupe soudain la parole,
Il redouble. — Oh ! lui dit Nicole,
Ne nous dégueulez pas au nez…
(J.-J. Vadé, Œuvres poissardes)
Déplanqueur
Virmaître, 1894 : Complice qui déterre les objets volés pendant que son camarade subit sa peine. C’est un usage chez les voleurs d’enterrer pour les soustraire à la justice, les objets volés ; au moins s’ils subissent une peine ils ne font pas du plan de couillé (Argot des voleurs).
France, 1907 : « Complice qui déterre les objets volés pendant que son camarade subit sa peine. C’est un usage chez les voleurs d’enterrer, pour les soustraire à la justice, les objets volés. »
(Ch. Virmaître)
Donner
d’Hautel, 1808 : Se donner du pied au cul. S’émanciper ; faire des siennes ; prendre de grandes libertés.
S’en donner à tire-larigot ; s’en donner à cœur-joie. Se rassasier de plaisir ; en prendre tout son soul.
Donner un pois pour avoir une fève ; un œuf pour avoir un bœuf. Semer pour recueillir ; faire un présent peu considérable dans le dessein d’en retirer un grand profit.
En donner de dures, de belles. Craquer, hâbler, exagérer.
À cheval donné, on ne regarde point à la bride. Voyez Cheval.
Se faire donner sur les doigts. Se faire corriger ; trouver son maître.
S’en donner de garde. Éviter de faire une chose.
On ne donne rien pour rien.
Il n’en donne pas sa part aux chiens. Voyez Chiens.
Se donner à tous les diables. Se dépiter, se dégoûter de quelque chose quand on y trouve de grands obstacles ; se mettre en colère.
Donner de la gabatine. Tenir des propos ambigus ; faire des promesses que l’on ne veut point tenir.
Qui donne au commun ne donne pas à un. Signifie que personne ne vous tient compte de ce que vous donnez au public.
Donner de la tablature. C’est donner de la peine, du fil à retordre à quelqu’un dans une affaire ; mettre de grands obstacles à son succès.
Donner des verges pour se fouetter. Procurer à un ennemi les moyens de vous nuire.
Donner de cul et de tête dans une affaire. Pour dire y employer toute son industrie, tout son savoir.
Se donner du menu. Signifie prendre ses aises ; se divertir ; ne rien ménager à ses plaisirs.
Le peuple dit à l’impératif de ce verbe, donne moi-zen, il faut dire : donne-m’en, ou donne moi de cela.
Il donneroit jusqu’à sa chemise. Se dit d’un homme généreux et libéral à l’excès.
À donner donner ; à vendre vendre. Signifie qu’il ne faut pas faire acheter ce que l’on veut donner, ni user d’une libéralité mal entendue lorsqu’on veut vendre.
Donnant, donnant. Pour dire de la main à la main ; ne livrer la marchandise qu’en en recevant l’argent.
Qui donne tôt, donne deux fois. Proverbe qui signifie que la manière de donner vaut souvent plus que ce que l’on donne.
Il ne faut pas se donner au diable pour deviner cela. Veut dire qu’une chose n’a rien de difficile, qu’on peut aisément la deviner.
Vous nous la donnez belle ! et plus communément encore : vous nous la baillez belle. Voyez Bailler.
Je donnerois ma tête à couper. Serment extravagant pour exprimer que l’on est très-sûr de ce que l’on dit.
Donner du nez en terre. Être ruiné dans ses espérances et dans ses entreprises.
Donner un coup de collier. Voyez Coup.
Delvau, 1866 : v. a. Dénoncer, — dans l’argot des voleurs. Être donné. Être dénoncé.
Rigaud, 1881 : Pour donner dans le piège ; abonder, — dans le jargon des filles.
Vous les retrouverez, si les hommes ne donnent pas, arpentant le terrain jusqu’à deux heures du matin.
(F. d’Urville, Les Ordures de Paris, 1874)
La Rue, 1894 : Dénoncer.
Virmaître, 1894 : Dénoncer. Les nonneurs en dénonçant, mot à mot : donnent (livrent) leurs complices à la justice (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Dénoncer.
Duce (envoyer le)
Rossignol, 1901 : Signe. Le complice d’un escroc au jeu de cartes en voie le duce à son compère, pour lui dire la carte qu’il doit jouer.
Enflacquer
Rigaud, 1881 : Emprisonner.
La Rue, 1894 : Emprisonner. Condamner. Mettre, revêtir. Emm…der. Dénoncer un complice. Empaqueter.
Enflaquer
Bras-de-Fer, 1829 : Faire arrêter.
un détenu, 1846 : Embarrasser.
Halbert, 1849 : Se perdre.
Delvau, 1866 : v. a. Em… nuyer, — dans le même argot [des faubouriens].
Delvau, 1866 : v. a. Mettre, revêtir, endosser, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi : Arrêter, emprisonner.
France, 1907 : Dénoncer un complice, Empaqueter.
Engayeur
Virmaître, 1894 : Complice qui attire le trèpe (la foule) pendant que son complice explore les poches des badauds. L’engayeur est indispensable à tous les camelots ; c’est lui qui le premier achète l’objet mis en vente, pour entraîner les acheteurs. L’engayeur est le complice du bonneteur ; il mise pour engager les pontes à jouer (Argot des camelots).
Rossignol, 1901 : Individu qui par ses plaisanteries arrive à faire mettre quelqu’un en colère. Engayer est synonyme de faire endéver, taquiner.
Esbrouffe (vol à l’)
Rossignol, 1901 : Ce vol consiste à bousculer quelqu’un qui sort d’une banque ou d’ailleurs, et profiter de sa stupéfaction pour qu’un complice lui enlève au moment de la bousculade son portefeuille de la poche intérieure de son vêtement quoique boutonné. Le portefeuille est aussitôt repassé à un troisième complice qui s’esquive. Si le volé s’aperçoit de suite de la soustraction, il fait arrêter les deux individus par qui il a été bousculé ; ils se rendent de bonne grâce chez le commissaire, où, comme on ne trouve rien sur eux, ils sont remis en liberté et reçoivent des excuses.
France, 1907 : Genre de vol, dont l’ancien chef de sûreté G. Macé donne l’explication.
L’Allemand est un excellent tireur à l’esbrouffe, genre de vol très ancien, consistant à bousculer violemment une personne, et à profiter de son ahurissement pour lui enlever son porte-monnaie.
Le pante est, en effet, esbrouffé,
Escarper à la capahut
Halbert, 1849 : Tuer son complice pour lui voler sa part.
Escarper un zigue à la capahut
Virmaître, 1894 : Assassiner un complice pour lui voler sa part de butin. Sur les deux mots il y en a un de trop, capahut comme escarpe voulant dire assassin (Argot des voleurs). N.
Esgard (faire l’)
Vidocq, 1837 : v. p. — Dérober à ses camarades une partie du vol qui vient d’être commis.
Larchey, 1865 : Dérober à ses complices une part de vol (Vidocq). — Mot à mot : garder en dehors (exgarder).
La Rue, 1894 : Dérober une part de vol, frustrer son complice.
France, 1907 : Voler un complice de sa part de butin.
Au flambe ne fais pas d’esgard,
C’est digne d’un capahutard…
(Hogier-Grison)
Esque (faire l’)
France, 1907 : Voler un complice de sa part de butin.
Faire l’égard
Delvau, 1866 : Détourner à son profit partie d’un vol. On disait autrefois Écarter, — ce qui est faire son écart.
Virmaître, 1894 : Garder la part d’un vol qui revient à un complice. Ce devrait être plutôt faire l’écart, à moins que ce ne soit pris dans le sens de manquer d’égard en ne partageant pas (Argot des voleurs).
France, 1907 : Garder pour soi seul le produit d’un vol.
Faire l’esque, l’esgard
Rigaud, 1881 : S’approprier la part de vol d’un complice. C’est manquer de délicatesse entre voleurs.
On disait autrefois escarter, dans le sens de s’approprier le bien d’autrui.
(F. Michel)
Faire le pet
Clémens, 1840 : Donner l’alerte.
Rossignol, 1901 : Faire le guet. Pendant qu’un vol se commet, le complice qui regarde s’il ne voit venir personne fait le pet.
Faire le saint Jean
France, 1907 : Tousser et cracher pour donner un signal convenu. Se dit aussi pour jouer à l’imbécile.
L’invitation acceptée, l’amorceur fait le saint Jean, c’est-à-dire qu’atteint d’une toux subite, il se détourne pour expectorer bruyamment. À ce signal, deux complices se hâtent de se rendre à l’endroit convenu d’avance.
(Pierre Delcourt, Paris voleur)
Faire nonne
Delvau, 1866 : Prêter la main à un vol, — dans l’argot des prisons.
Rigaud, 1881 : Être complice d’un vol, faciliter un vol.
La Rue, 1894 : Être complice d’un vol.
Virmaître, 1894 : Se rendre le complice d’un vol préparé de longue main par le nonneur lui-même (Argot des voleurs).
France, 1907 : Se grouper de façon à faciliter le vol d’un complice.
Farguer
Ansiaume, 1821 : Charger.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Devenir rouge.
Vidocq, 1837 : v. a. — Charger.
un détenu, 1846 : Rougir, rouge qui monte au front.
Halbert, 1849 : Rougir.
Delvau, 1866 : v. a. Charger. Signifie aussi Rougir.
Rigaud, 1881 : Rougir. — Charger devant la justice. Fargueur, témoin à charge.
La Rue, 1894 : Rougir. Charger devant la justice. Avouer.
Virmaître, 1894 : Rougir (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Charger. Un témoin à charge qui dépose contre un voleur le fargue. Un voleur est fargué par son complice lorsque celui-ci l’accuse. Le ministère public fargue un accusé, et l’accusé fargue (rougit) en entendant ce dont en l’accuse.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Rougir.
France, 1907 : Charger.
— Comme tu as l’air effrayé !
— On le serait à moins, je viens de manquer d’être enflaqué sur le boulevard du Temple.
— Enflaqué ! et pourquoi ?
— Pourquoi ? tiens, avance, vois-tu les amis et les baluchons ?
— Tu m’en diras tant ! si vous êtes fargués de camelotte grinchie…
(Marc Mario et Louis Launay)
France, 1907 : Faire des aveux.
Fla
France, 1907 : Coup de poing, pour flac ; onomatopée.
Un dernier fla sur la face, lui brisant deux dents, écrasant son nez de nègre, et faisant gicler le sang en fusée, et l’hercule, assommé, tourna deux fois sur lui-même et s’en fut s’écrouler tout auprès de son excellent ami et complice.
(Georges Pradel, Cadet Bamboche)
France, 1907 : Note du tambour. « Faire des ra et des fla. »
Flotte
Delvau, 1866 : s. f. Argent paternel ou avunculaire, — dans l’argot des étudiants. Recevoir sa flotte. Toucher sa pension.
Delvau, 1866 : s. f. Grande quantité de monde ou de choses, — dans l’argot du peuple, fidèle à l’étymologie (fluctus, flot, chose abondante) et à la tradition :
As noces vint bien atornée,
Et des autres i ot grand flote,
Et Renart lor chante une note.
dit le Roman du Renard.
Être de la flotte. Être de la compagnie.
Rigaud, 1881 : Nombreuse société.
Rigaud, 1881 : Provision d’argent du mois, du semestre, arrérages.
La flotte est arrivée, pour dire qu’on a reçu de l’argent, après avoir attendu quelque temps. Par allusion aux flottes des Indes.
(Le Roux, Dict. comique)
Le mot n’est plus guère usité depuis une vingtaine d’années.
La Rue, 1894 : Argent paternel des étudiants, leur mois. Bain. Réunion d’individus. Grande quantité.
Virmaître, 1894 : Eau. La rivière flotte. On dit d’une personne mince dans des vêtements trop larges :
— Ses membres flottent.
Toute la flotte (l’atelier en entier) a été manger une friture.
Nous étions une flotte pour nous étions un tas (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Eau.
France, 1907 : Argent. Recevoir sa flotte, toucher sa pension. Le mot est ancien ; on le trouve dans le Joueur de Regnard :
La flotte est arrivée avec les galions,
Cela va diablement hausser nos actions,
dit Hector, le valet de Valère, en voyant son maître compter l’or qu’il vient de gagner au jeu.
France, 1907 : Foule assemblée. Être de la flotte, faire partie de la compagnie. Vendre la flotte, dénoncer ses complices.
Four chaud
Vidocq, 1837 : La question. Une des maximes de l’ancienne magistrature était de ne condamner un accusé à la mort que sur ses propres aveux, qui devaient, dans tous les cas, venir corroborer les déclarations des témoins. Mais pour lui arracher ces aveux, qui devaient tranquilliser leur conscience, les juges ne reculaient devant aucuns moyens, et presque toujours la question ordinaire et extraordinaire était appliquée à l’accusé contre lequel s’élevaient quelques présomptions. Louis XVI signala son avènement au trône par plusieurs actes de haute justice dont l’histoire lui tiendra compte, et notamment par l’abolition de cette mesure cruelle.
Il ne fit en cela que céder aux cris de l’indignation publique qui, depuis déjà long-temps, s’était élevé contre cet usage barbare.
L’expérience, au reste, avait démontré l’inefficacité et l’inutilité de la question ; on avait acquis la certitude que des innocens, vaincus par les tourmens, avaient avoué des crimes qu’ils n’avaient pas commis, et que des coupables, au contraire, grâce à la force de leur constitution, avaient été acquittés après avoir supporté la question ordinaire et extraordinaire. Il ne faut, pour acquérir la preuve de ce que j’avance ici, que feuilleter le recueil des Causes Célèbres.
La question était venue remplacer en France les duels judiciaires, qui eux-mêmes avaient été précédés par les épreuves que l’on nommait jugemens de Dieu. Ceux de mes lecteurs qui ne connaissent pas parfaitement les anciens usages de la France, ne seront peut-être pas fâchés de trouver ici quelques détails sur la manière dont se rendait autrefois la justice.
Les ecclésiastiques qui tenaient des fiefs à titres féodaux, et qui, par conséquent, possédaient sur leurs terres, comme tous les tenanciers du roi, le droit de haute et basse justice, mirent les premiers les épreuves en usage. L’accusé qui n’avait pas cessé de protester de son innocence y était soumis sur sa demande. Il y en avait de plusieurs sortes, mais les plus usitées étaient les épreuves de l’eau et du feu. Dans le premier cas, on liait l’accusé de manière à ne point lui laisser la liberté de faire un seul mouvement, et dans cet état il était jeté dans une vaste cuve pleine d’eau, s’il allait au fond il était déclaré coupable, si, au contraire, il surnageait, personne ne songeait à douter de son innocence. Dans le second, il devait, pour donner la preuve de son innocence, tenir entre ses mains, durant un certain temps, et sans en être brûlé, une barre de fer rougie au feu. On conçoit tout ce que ces épreuves avaient d’incertain, aussi elles ne furent pas long-temps en usage et furent remplacées par les duels judiciaires. Celui qui accusait ou qui était accusé pouvait demander à prouver par le combat la vérité de son accusation ou de sa défense. L’histoire fait mention d’un grand nombre de combats de ce genre, parmi lesquels on cite celui de Jarnac contre La Chataigneraye, qui a donné naissance à un proverbe, et celui du chien d’Aubry de Montdidier contre le chevalier Macaire.
Je me suis un peu éloigné du sujet principal de cet article, auquel je me hâte de revenir. J’ai dit que lorsque la question fut abolie, l’expérience avait prouvé depuis long-temps son inutilité et son inefficacité, et que pour acquérir la preuve de ce que j’avançais, il ne fallait que feuilleter le recueil des Causes Célèbres, on y verrait en effet que la question n’arracha pas un aveu à la plupart des grands criminels qui y furent soumis, et que des accidens imprévus amenèrent seuls leur condamnation. Que l’on me permette de citer à l’appui de ce que j’avance, un fait encore récent, et dont j’ai été témoin oculaire et auriculaire.
En l’an V de la république, il y avait au bagne de Brest, salle Saint-Antoine, un Breton surnommé le Rifodé, qui avait été condamné aux travaux forcés à perpétuité par la cour de justice de Nantes ; cet homme avait fait partie d’une troupe de voleurs et d’assassins de grande route, et si ses aveux étaient venus corroborer les charges qui s’élevaient contre lui, il aurait été rompu vif ; mais il avait supporté avec une constance inaltérable la question ordinaire et extraordinaire, de sorte que les magistrats, quoique bien convaincus de sa culpabilité (que du reste il ne cherchait pas à mettre en doute lorsque je le vis, puisqu’il montrait avec une sorte d’orgueil ses membres mutilés et brûlés, et sa poitrine que l’eau, en tombant d’une grande hauteur, avait creusée) n’avaient pu le condamner au supplice de la roue ainsi que ses complices. Le Rifodé assurait que deux personnes compromises dans son affaire, et qui, moins vigoureuses que lui, avaient avoué tout ce qu’on avait voulu pour échapper aux tourmens, avaient subi, quoique très-innocentes du crime dont elles étaient accusées, cet horrible supplice.
Après la promulgation du Code de 1791, et vingt-quatre années de séjour au bagne, le Rifodé recouvra sa liberté, et quitta Brest très-bien portant.
Fourrer dedans
France, 1907 : Mettre en prison.
Nous n’aimons guère la police,
Nous détestons les policiers
Que nous payons de nos deniers ;
Mais, le ministre est leur complice,
Dans nos discours soyons prudents,
De peur d’être fourrés dedans.
(V. Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)
Duper, tromper.
Il n’est guère de députés qui ne fourrent dedans leurs électeurs.
Certes, elle se souvenait bien d’avoir souvent entendu la mère Gardette tonner contre la société et déclarer que, par le temps qui court, il ne fallait, pour arriver à quelque chose, se laisser arrêter par aucun préjugé, le monde étant composé d’exploiteurs qui ne perdaient jamais une occasion de fourrer dedans leurs contemporains.
(Oscar Méténier, Madame La Boule)
Franc
d’Hautel, 1808 : Il est franc comme l’osier. Pour, il est sans détour d’une sincérité à toute épreuve.
Être franc du collier. Être exempt de payer sa part dans un écot. Cela s’entend aussi d’un homme sans malice ; qui va tout à la bonne.
Prendre ses coudées franches. Se mettre à son aise ; ne se gêner en rien.
Franc et le féminin franche, se joignent souvent à une épithète injurieuse pour lui donner plus de force : c’est un franc libertin, une franche bégueule ; pour dire un libertin avéré, une femme décidément bégueule.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Faux. Franc mitou, faux malade.
Clémens, 1840 : Celui qui voit tout, et ne dit rien.
Halbert, 1849 : Bas.
Delvau, 1866 : s. m. Complice, — dans l’argot des voleurs. Franc bourgeois. Escroc du grand monde. Franc de maison. Receleur d’objets volés — et même de voleurs.
Rigaud, 1881 : Complice. — Endroit fréquenté par des voleurs. Tapis franc, cabaret fréquenté par des voleurs. — Franc de campagne, affilié à une bande de voleurs et chargé d’aller aux renseignements, à la découverte des affaires.
Fustier, 1889 : Argot militaire. Bon, agréable. Pas d’exercice, demain ! cest franc ! (Ginisty : Manuel du parfait réserviste)
La Rue, 1894 : Bas, sans préjugé. Complice. Mensonge. Voleur sûr, éprouvé ou affilié à une bande. Tapis-franc, lieu hanté par les affranchis (voleurs). C’est franc, c’est silencieux (ce n’est pas suspect).
France, 1907 : Complice sur qui l’on peut se fier.
Richelot. — C’est Jean-Louis, un bon enfant ; sois tranquille, il est franc.
Le locataire. — Tant mieux ! il y a aujourd’hui tant de railles cuisiniers, qu’il n’y a plus de fiat du tout.
Lapierre. — Calme ! calme ! J’en réponds comme de moi. C’est un ami et un français.
Le locataire. — Puisque c’est comme ça, je m’en rapporte… Là-dessus, buvons la goutte.
(Marc Mario et Louis Launay)
Gaffe
Clémens, 1840 : Celui qui fait le guet.
Delvau, 1866 : s. f. Bouche, langue, — dans l’argot des ouvriers. Se dit aussi pour action, parole maladroite, à contretemps. Coup de gaffe. Criaillerie.
Delvau, 1866 : s. f. Les représentants de l’autorité en général, — dans l’argot des voleurs, qui redoutent probablement leur gaflach (épée, dard). Être en gaffe. Monter une faction ; faire sentinelle ou faire le guet.
Delvau, 1866 : s. m. Gardien de cimetière, — dans l’argot des marbriers.
Delvau, 1866 : s. m. Représentant de l’autorité en particulier. Gaffe à gail. Garde municipal à cheval ; gendarme. Gaffe de sorgue. Gardien de marché ; patrouille grise. On dit aussi Gaffeur.
Rigaud, 1881 : « Cette main est terrible, c’est-à-dire dans l’argot significatif du jeu, une vraie gaffe ! » (A. Cavaillé.) Elle tire tout l’argent des pontes vers le banquier comme ferait une gaffe.
Rigaud, 1881 : Balourdise. Faire gaffe sur gaffe.
Rigaud, 1881 : Patrouille ; gardien, guichetier. — Gaffe des machabées, gardien de cimetière. — Gaffe à gayet, garde municipal à cheval. — Gaffe de sorgue, gardien de nuit dans un marché. — Être en gaffe, être en faction.
La Rue, 1894 : Balourdise. Gardien. Surveillance. Guet. Bouche, langue.
Virmaître, 1894 : Faire le guet pour avertir des complices de l’arrivée de la rousse ou des passants qui pourraient les déranger (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Faire ou dire une maladresse. Prendre la main de son ami, dessous la table, croyant prendre celle de sa femme, c’est faire une gaffe.
Rossignol, 1901 : Gardien de prison.
Hayard, 1907 : Dire ou faire une bêtise.
France, 1907 : Bouche, langue ; corruption du vieux mot gave. Coup de gaffe, criaillierie. Avaler sa gaffe, mourir.
France, 1907 : Grande fille sèche et maigre. Allusion au harpon appelé gaffe.
… Une grande gaffe chaude, à nez de perroquet, qui n’avait pas trouvé à se marier malgré ses folles envies d’homme, et que les lurons s’amusaient à leurrer de promesses, la pinçant au gras des côtes, toute rouge et les paupières battantes.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
France, 1907 : Maladresse, balourdise, bévue. Faire une gaffe, commettre une maladresse.
Mme Ledouillard. — Mon mari… j’adore mon mari ; c’est extraordinaire, mais c’est comme ça. Et puis, quand par hasard j’ai envie de le tromper, je me dis : Mon Dieu ! si ça allait ne pas être meilleur, ou même moins bien, c’est ça qui serait une gaffe !
(Maurice Donnay, Chère Madame)
La gaffe, ou impair, est certainement une source innocente de rire dont la littérature actuelle a tiré l’effet comique le plus nouveau. Alfred de Musset, que Deschanel n’aime point, doit à l’étude de la gaffe un de ses plus jolis ouvrages, ce délicieux proverbe : On ne saurait songer à tout, que la Comédie-Française ne joue jamais, naturellement.
(Émile Bergerat)
Aux uns et aux autres, la réclame offerte par l’interview ne déplait pourtant pas outre mesure ; mais ils sont gênés par la brusquerie de l’interrogatoire. Les prudents craignent de faire une gaffe et les prophètes se méfient de l’improvisation. Car nous n’avons plus que de faux prophètes, sans délire sacré, des sibylles, pas bien solides sur le trépied.
(François Coppée)
À propos, dis donc à ton frère
De ne pas mettre, en m’écrivant,
Eros, le gosse de Cythère,
Avec un h en commençant.
Alors, pour réparer la gaffe,
Il en met un dans le mot cœur !
Je crois qu’au jeu de l’orthographe
Il ne sort pas souvent vainqueur.
(Jacques Rédelsperger)
Homme
d’Hautel, 1808 : C’est un homme d’affût. Se dit en plaisantant et par dérision d’un homme qui s’enorgueillit des plus petites choses, qui rapporte à soi toute la gloire d’une affaire où il n’a eu qu’une très-petite part.
Un homme de paille vaut une fille d’or. Signifie qu’un homme honnête, actif et industrieux a toujours le droit de prétendre à l’alliance d’une fille riche.
Mon homme. Nom que les femmes de basse condition donnent à leur mari.
Bonhomme. Se prend souvent en dérision, et se dit d’un homme simple et bon jusqu’à la foiblesse.
Homme de fer. Pour homme de guerre, homme vigoureux qui résiste à tout.
Un homme tout d’une pièce. C’est-à-dire maladroit, sans finesse, que l’on connoit au premier coup d’œil.
L’homme propose et Dieu dispose. C’est-à dire que quels que soient les projets que forment les hommes, l’exécution en dépend toujours de la providence.
Il doit à Dieu et à diable. Se dit de celui qui doit à tout le monde.
C’est un pauvre homme. Équivaut à c’est un ignorant, un sot, un poltron, qui inspire le mépris et la pitié.
C’est une bonne pâte d’homme. Pour dire un homme sans façon, qui est toujours de l’avis des autres.
Bon homme garde ta vache. Se dit pour se moquer de celui à qui on a attrappé quelque chose.
Face d’homme fait vertu. Pour dire que l’on travaille avec plus d’ardeur, et plus soigneusement quand le maître est lui-même attentif et présent.
Delvau, 1866 : s. m. « Nom que les filles donnent à leur amant de prédilection. » C’est aussi le nom que les femmes du peuple donnent à leur mari.
France, 1907 : Voleur et, à l’occasion, assassin. Gredin à tout faire.
Alors la grande porte de la prison s’ouvrit avec un fracas de ferraille lugubre, et nous aperçûmes, se dressant dans le jour blême, les deux bras de la guillotine.
Je ne connais pas d’impression plus horrible. Les deux condamnés marchaient d’un pas ferme, Rivière le premier. À quatre pas de l’échafaud, il embrassa l’abbé Colon ; mais, au moment où les aides s’emparaient de lui pour le coucher sur la bascule, il s’écria d’une voix forte :
— Vous pouvez dire au père Grévy que c’est un assassin !
Frey, lui, avait, impassible, assisté à l’exécution de son complice. L’abbé Faure voulait lui cacher la guillotine avec son crucifix ; il s’écria, impatienté :
— Laissez-moi donc tranquille, l’abbé, j’ai payé pour voir !
Enfin, comme à son tour on le couchait sur la bascule, il cria très distinctement :
— Au revoir, tous les hommes !
Hommes, en argot, signifie gaillards capables de faire un coup.
(Mémoires de M. Goron)
Jardinier
Delvau, 1866 : s. m. Complice de l’Américain dans le vol au charriage. C’est lui qui est chargé de flairer dans la foule l’homme simple à dépouiller.
Rigaud, 1881 : Compère du voleur à l’américaine.
La Rue, 1894 : Compère du voleur à l’américaine. Racoleur des maisons de jeu.
Virmaître, 1894 : Nom donné au complice des voleurs à l’américaine (Argot des voleurs).
France, 1907 : Voleur chargé par ses complices de chercher une dupe.
Les vols au charriage où plutôt à la mystification, presque tous commis au préjudice des émigrants en passage à Paris, nécessitent le concours de trois compères. Le premier remplit le rôle de leveur, de jardinier, c’est le charrieur. Sa mission consiste à trouver le « pigeon » pourvu d’argent et qu’il croit bon à dévaliser. Il le lève et le jardine.
(G. Macé, Un Joli Monde)
Jaspiner
d’Hautel, 1808 : Jaser, bavarder, etc. Ce verbe du vieux langage est encore en usage parmi le peuple.
Jaspiner bigorne. En terme d’argot, signifie, entendre et parler le langage des filous, des voleurs.
anon., 1827 : Parler.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Parler, bavarder.
Vidocq, 1837 : v. a. — Parler. Terme des voleurs parisiens.
Clémens, 1840 : Parler, dire.
M.D., 1844 : Causer.
un détenu, 1846 : Parler sur quelqu’un, bavarder.
Halbert, 1849 : Parler, raconter.
Larchey, 1865 : Parler, causer. — Diminutif de Jaser.
Ils jaspinaient argot encore mieux que français.
(Grandval, 1723)
Alle voulut jaspiner avec moi.
(Vadé, 1788)
Je lui jaspine en bigorne : « N’as tu rien a morfiller ? »
(Vidocq)
Delvau, 1866 : v. a. et n. Parler, bavarder. Jaspiner bigorne. Entendre et parler l’argot. V. Bigorne. En wallon, Jaspiner c’est gazouiller, faire un petit bruit doux et agréable comme les oiseaux.
La Rue, 1894 : Parler.
Virmaître, 1894 : Signe convenu d’aboyer sur la voie publique pendant que des complices dévalisent les poches des badauds (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Parler, causer.
Hayard, 1907 : Parler.
France, 1907 : Parler, bavarder.
Pas plus tard que la semaine dernière, jaspinant à propos de la journée de huit heures, je disais : Il ne tient qu’aux prolos de réduire la durée de la journée de travail, — qu’ils le veuillent et ça sera fait.
(Le Père Peinard)
Mon fils se faisois grand : dès sa quinzième année
Il fit voir qu’il avoit l’âme noble et bien née ;
Il jaspinoit argot encor mieux que François,
Il voloit joliment, et tuoit quelquesfois ;
Peut-être il me sied mal de tenir ce langage,
Mais à la vérité je dois ce témoignage.
(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)
Jadis, pour être avocat, il ne suffisait point de savoir parler — jaspiner, disaient des clients. Pas plus que, pour être juge, il me suffisait de siéger. De ce que l’un incarnait la justice, de ce que l’autre représentait le droit, il leur était demandé de conformer un peu leur personne à leur mission, leur vie privée à leur vie publique — et le décorum n’était point que le manteau de Japhet, dissimulant les turpitudes humaines.
(Séverine)
Lait à broder
Vidocq, 1837 : s. f. — Encre.
Larchey, 1865 : Encre (id.) — Allusion ironique à la couleur de l’encre. V. Broder.
Rigaud, 1881 : Encre, — dans le jargon des voleurs.
Virmaître, 1894 : Encre. Dans les prisons, quand le lazagneur écrit une lettre pour un camarade, il dit qu’il se sert du lait à brodancher pour attendrir celui à qui on écrit. Brodancher pour broder. Encre est ici une figure, car souvent c’est le lait qui en sert. Dans les prisons on sait que toutes les lettres des détenus adressées à des parents ou à des amis passent par le greffe. Le greffier ou le directeur lit la lettre et si elle ne contient rien de contraire au règlement il la vise par ce signe : V. Le plus grand souci des prisonniers est d’éviter cette formalité gênante surtout si la lettre est adressée à un complice. Alors ils emploient le lait pour écrire entre les lignes écrites à l’encre. Pour cela il faut du lait écrémé et du papier non glacé, parce que l’écriture serait grasse, brillante et la supercherie serait apparente. Pour faire apparaître l’écriture il suffit de frapper fortement la lettre avec un chausson plein de poussière ; la poussière s’attache aux caractères qui deviennent lisibles. Autrefois dans les prisons on se servait d’oignons, mais le truc fut découvert, on n’en vend plus dans les cantines, tandis que l’on y trouve du lait (Argot des voleurs). N.
Larbinier
Virmaître, 1894 : Complice qui se déguise en domestique pendant que le cambrioleur opère. C’est le larbinier qui va préalablement en reconnaissance pour préparer le vol (Argot des voleurs).
France, 1907 : Complice d’un cambrioleur. Il se déguise en domestique et se tient aux aguets pendant que le cambrioleur opère.
Laveur
Virmaître, 1894 : Complice qui vend aux receleurs les effets volés (Argot des voleurs).
Macaron
Vidocq, 1837 : s. m. — Traître, dénonciateur par nature.
Larchey, 1865 : Dénonciation. — Du vieux mot maque : vente. V. Roquefort. — Un dénonciateur vous vend à la police.
Dans le nez toujours tu auras mes macarons et cabestans.
(Vidocq)
Macaroner : Trahir.
Delvau, 1866 : s. m. Huissier, — dans l’argot des voyous. Traître, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Huissier. Allusion aux panonceaux qui figurent à la porte des huissiers. — Dénonciateur.
La Rue, 1894 : Huissier. Dénonciateur.
France, 1907 : Huissier.
Macaron, dans le peuple, veut dire huissier ; dans l’argot des voleurs, il veut dire traître. Il est vrai qu’il n’y a pas grande différence entre les deux. Un voleur est traître en dénonçant ses complices : un huissier est traître vis-à-vis des malheureux.
(Ch. Virmaître)
France, 1907 : Traître, dénonciateur ; argot des voleurs.
Dans le nez toujours tu auras
Macarons et cabestans.
(Commandements des voleurs)
Cet homme qui criait si fort contre ceux que les gens de sa sorte nomment des macarons s’est un des premiers mis à table.
(Mémoires de Vidocq)
Macaroner
Bras-de-Fer, 1829 : Découvrir.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Agir en traître.
Virmaître, 1894 : Vient de macaron. Macaron dans le peuple veut dire huissier ; dans l’argot des voleurs, il veut dire traître. Il est vrai qu’il n’y a pas grande différence entre les deux. Un voleur est traître en dénonçant ses complices ; un huissier est traître vis-à-vis des malheureux (Argot des voleurs). N.
Manger le morceau
Ansiaume, 1821 : Révéler un crime.
S’il mange le morceau, je serai butté.
Bras-de-Fer, 1829 : Dénoncer.
Vidocq, 1837 : v. a. — Révéler un crime ou un délit.
Delvau, 1866 : v. a. Faire des révélations, nommer ses complices, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Casser le morceau.
Delvau, 1866 : v. a. Trahir un secret ; ébruiter trop tôt une affaire, — dans l’argot du peuple.
Virmaître, 1894 : Dénoncer ses complices, ou avouer ses méfaits (Argot des voleurs). V. Mouton.
Rossignol, 1901 : Aveux faits par un voleur qui fait connaître ses complices. Il a mangé le morceau.
Hayard, 1907 : Dénoncer ses complices.
France, 1907 : Dénoncer, faire des révélations ; argot des voleurs.
Le morceau tu ne mangeras
De crainte de tomber au plan.
(Commandements des voleurs)
— Comment ! s’écria la femme, voudras-tu manger le morceau ? Ah ! Joseph, quelle réputation tu vas laisser à nos enfants !
(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)
À la sollicitude dont le Parquet l’entoure, il est bien évident qu’on essaie de la récompenser du service qu’elle lui a rendu en mangeant le morceau.
(Henri Rochefort)
On dit aussi manger du lard.
Manger sur l’orgue
Vidocq, 1837 : v. a. — Dénoncer quelqu’un.
Halbert, 1849 : Dénoncer ses pratiques ou complices.
Delvau, 1866 : v. n. Dénoncer un complice pour se sauver soi-même ou atténuer son propre crime, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Manger sur quelqu’un.
Virmaître, 1894 : Charger un complice. Mot à mot : lui mettre ses méfaits sur le dos pour essayer de s’en décharger (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Charger un complice.
France, 1907 : Dénoncer. Orgue a ici la signification de personne. Mon orgue, moi. On dit aussi manger sur quelqu’un.
Le coqueur libre est obligé de passer son existence dans les orgies les plus ignobles. En relations constantes avec les voleurs de profession dont il est l’ami, il s’associe à leurs projets. Pour lui tout est bon : vol, escroquerie, incendie, assassinat même ! Qu’est-ce que cela lui fait ? Pourvu qu’il puisse manger sur quelqu’un et qu’il en tire un bénéfice.
(Mémoires de Canler)
Manger, manger le morceau, manger sur l’orgue
La Rue, 1894 : Dénoncer un complice, révéler un secret.
Manger, manger le morceau, Manger sur, Manger du lard
Rigaud, 1881 : Dénoncer un complice, révéler un secret. — Manger dans la main, être très familier, ne pas observer les distances sociales. — Manger de la misère, manger de la prison, subir la misère, la prison. — Manger de la vache enragée, être misérable. — Manger de la merde, être dans le dénûment le plus profond, être abreuvé de souffrances physiques et morales. — Manger sur le pouce, manger à la hâte. — Manger du drap, jouer au billard. — Manger du pavé, chercher en vain de l’ouvrage. — Manger la laine sur le dos de quelqu’un, vivre aux dépens de quelqu’un, le ruiner sans le faire crier. — Manger du pain rouge, dépenser l’argent provenant d’un assassinat. — Manger à tous les râteliers, accepter de tous les côtés, sans scrupules. — Manger le Bon Dieu, communier. — Manger du sucre, être applaudi au théâtre. — Manger le poulet, partager un pot de vin, partager un bénéfice illicite. — Manger le gibier, faire sauter l’anse du panier de la prostitution, — dans le jargon des souteneurs qui n’entendent pas la plaisanterie sur ce chapitre. — Manger le pain hardi, être domestique. — Manger son pain blanc le premier, dépenser sans compter avec la misère à venir. — Manger l’herbe par la racine, être mort depuis longtemps. — Manger ses mots, parler vite et d’une manière incompréhensible. — Manger la consigne, oublier un ordre qu’on vous a donné. — Avoir mangé la bouillie avec un sabre, avoir une très, grande bouche. — Se manger, se manger le nez, se disputer vivement de très près, se menacer d’en venir aux mains. — Se manger les sangs, s’inquiéter. — Se manger les pouces, s’impatienter.
Mèche
d’Hautel, 1808 : Découvrir la mèche. Éventer un complot, un dessein, une entreprise, que l’on tenoit secrète.
En terme typographique, lorsque les ouvriers viennent proposer leurs services au prote de l’imprimerie, ils demandent, s’il y a mèche, c’est-à-dire, si on peut les occuper. Les compositeurs demandent s’il y a mèche pour la casse ; et les pressiers, s’il y a mèche pour la presse.
Bras-de-Fer, 1829 : Demi-heure.
Halbert, 1849 : Moitié, demi-heure.
Larchey, 1865 : Moitié. — À six plombes et mèche : À six heures et demie. V. Momir. — Être de mèche : Être de moitié (Vidocq).
Delvau, 1866 : s. f. Intrigue, secret. Découvrir la mèche. Tenir les fils d’une intrigue, connaître à temps un dessein fâcheux.
Delvau, 1866 : s. f. Moitié, demi, — dans l’argot des voleurs. Être de mèche. Partager un butin avec celui qui l’a fait. Signifie aussi Demi-heure. D’où, sans doute, l’expression des faubouriens : Et mèche.
Delvau, 1866 : s. f. Possibilité de faire une chose. Il y a mèche. Il y a moyen. Il n’y a pas mèche. Cela n’est pas possible. On dit aussi elliptiquement : Mèche !
Delvau, 1866 : s. m. Travail, ouvrage à faire, — dans l’argot des typographes. Chercher mèche. Chercher de l’ouvrage.
Rigaud, 1881 : Complicité ; de moitié. Être de mèche, être complice, partager, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Moyen. — Y a-t-il mèche, y a-t-il moyen ? — Il n’y a pas mèche. Beaucoup d’ouvriers, quand ils demandent à un patron s’il a de l’ouvrage à leur donner, disent :
Y a-t-il mèche ?
J’ n’ai plus un rond de c’ que j’avais d’ pécune,
Tu vois, ma fille, n’y a plus mèch’ de lamper.
(Sénéchal, Le Retour de Croquignet, chans.)
Rigaud, 1881 : Plus, davantage. — Combien avez-vous perdu, au moins vingt francs ? — Et mèche. Par allusion à la mèche d’un fouet.
La Rue, 1894 : Plus, davantage. Moyen, possibilité de faire : Y a-t-il mèche ? Intrigue, secret : Découvrir la mèche. Travail : Chercher mèche. Complicité, de moitié : Être de mèche. Signifie aussi un quart d’heure.
Virmaître, 1894 : Les mauvais ouvriers qui voyagent sans cesse demandent mèche dans les ateliers qu’ils rencontrent sur leur route :
— Y a-t-il mèche de travailler ?
Mèche pour moyen (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Moyen, possibilité.
Y a-t-il mèche d’aller au théâtre a l’œil. — Non, il n’y a pas mèche.
Hayard, 1907 : Moyen (pas mèche : pas moyen); de mèche, de connivence.
Hayard, 1907 : Quart, être de moitié.
France, 1907 : Cordage embrasé suspendu au plafond dans un récipient en cuivre, qui sert à allumer les pipes et les cigares ; argot de l’École navale.
France, 1907 : Possibilité de faire une chose. Il y a mèche, c’est possible ; il n’y a pas mèche, c’est impossible.
Toutes les vieilles étiquettes, c’est de la gnolerie : boulangistes, badinguistes, royalistes, républicains… fumisterie que tout ça. Y a qu’une chose, c’est que nous sommes tous des richards et des patrons : conséquemment, nous tenons l’assiette au beurre et nous voulons la garder. Faut être à l’œil pour que le populo ne la casse pas… Donc y a mèche de s’entendre !…
(Le Père Peinard)
Quoi ! j’verrais les mecs d’la finance
S’engraisser avec not’ argent,
Quand y’en a d’aut qu’ont pas d’pitance
Et s’cal’nt des briqu’s de longs mois d’temps !
J’verrais passer dans leurs calèches
Tous ces salauds, ces abrutis,
Quand el’ purotin y a pas mèche
Qu’i’ fass’ boustifailler ses petits…
France, 1907 : Travail. Chercher mèche, chercher de l’ouvrage.
Messaline (Valérie)
Delvau, 1864 : Impératrice romaine, deuxième femme de Claude. Célèbre par son impudicité et ses étonnantes débauches : la plus fameuse putain de son temps. Après avoir souillé la couche impériale, en y recevant des amants de toutes les conditions, elle osa, du vivant de son époux, épouser publiquement Silius, jeune homme qu’elle aimait éperdûment. Claude, à cette nouvelle, la fit mettre à mort avec tous ses complices, l’an 48 de J.-C. Juvénal, dans ses Satires, s’exprime ainsi, au sujet de cette grande impure :
Quand de Claude assoupi la nuit ferme les yeux,
D’un obscur vêtement sa femme enveloppée,
Seule, avec une esclave, et dans l’ombre échappée,
Préfère à ce palais tout plein de ses dieux,
Des plus viles Phrynés le repaire odieux.
Pour y mieux avilir le nom qu’elle profane,
Elle emprunte à dessein un nom de courtisane :
Son nom est Lisisca ; ces exécrables murs,
La lampe suspendue à ces dômes obscurs,
Des plus affreux plaisirs la trace encor récente,
Rien ne peut réprimer l’ardeur qui la tourmente.
Un lit dur et grossier charme plus ses regards
Que l’oreiller de pourpre où dorment les Césars.
Tous ceux que dans cet antre appelle la nuit sombre,
Du regard les invite et n’en craint pas te nombre.
Son sein nu, haletant, qu’attache un réseau d’or,
Les défie, en triomphe, et les défie encor.
C’est là que, dévouée à d’infâmes caresses,
Des muletiers de Rome épuisant les tendresses,
Noble Britannicus, sur un lit effronté,
Elle étale à leurs yeux les flancs qui t’ont porté.
L’aurore enfin paraît, et sa mine adultère
Des faveurs de la nuit réclame le salaire.
Elle quitte à regret ces immondes parvis,
Ses sens sont fatigués et non pas assouvis.
Elle rentre au palais, hideuse, échevelée.
Elle rentre, et l’odeur autour d’elle exhalée
Va, sous le dais sacré du lit des empereurs,
Révéler de la nuit les lubriques fureurs.
Mettre à table (se)
Delvau, 1866 : Être disposé à dénoncer ses complices ; être sur le point de faire des révélations, — dans l’argot des voleurs qui veulent manger le morceau.
Rigaud, 1881 : Trahir, dénoncer, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Dénoncer. Trahir. Mettre à table. Donner une part.
France, 1907 : Commencer à avouer, dénoncer. Voir Moutonner. C’est généralement à table, au dessert, que ce font les coïncidences, les aveux.
Toute l’habileté de l’agent est de se montrer avec le malfaiteur un copain qui comprend très bien la situation et qui est à cent lieues de s’indigner des crimes commis par son convive.
Il n’inspirerait qu’une confiance relative à celui qu’il veut faire avouer, l’homme de police appartenant à l’armée du Salut, qui commencerait par dire :
« Malheureux, le crime que vous avez commis est infâme ! Demandez pardon à Dieu et aux hommes ! »
L’agent, tout au contraire, doit procéder avec un mépris complet de la morale.
— Eh bien, mon vieux, dit-il, pourquoi que tu ne dis pas la vérité ? C’est toi qui as fait le coup ! tout le monde le sait, et puis, tu n’en mourras pas ! Avoue donc, c’est bien plus malin ; il n’y a rien de meilleur pour les circonstances atténuantes. Allons, un peu de courage, mets-toi à table.
(Mémoires de M. Goron)
Mettre sur les fonds de baptême (se)
Virmaître, 1894 : Quand le nourrisseur de poupard a mal renseigné ses complices et qu’ils sont dans une position difficile, pour se sauver et n’être pas paumés marrons :
— Ils sont sur les fonds de baptême (Argot des voleurs).
Mode (concierge à la mode)
France, 1907 : Concierge associé ou complice d’escrocs de la fameuse bande noire.
La bande noire était — et est encore, car le dixième à peine des membres sont arrêtés — une formidable association ayant pour spécialité d’exploiter le commerce des vins de Paris, de la Bourgogne et du Bordelais… Pour chaque affaire, le courtier recevait dix francs. Le concierge, désigné sous le nom bizarre de concierge à la mode, n’était pas moins bien rétribué. Il touchait dix francs également.
(Le Voltaire, 1886)
Monter sur la table
Vidocq, 1837 : v. a. — Lever le masque, ne pas craindre de se faire connaître pour ce que l’on est, accuser son complice en s’accusant soi-même. Lacenaire est monté sur la table.
Larchey, 1865 : Avouer ses crimes et ceux de ses complices (Vidocq). — Il paraît y avoir une certaine relation d’origine entre manger le morceau et monter sur la table.
Delvau, 1866 : v. n. Lever le masque, — dans l’argot des voleurs, qui ne font cela que par bravade, comme Lacenaire s’accusant lui-même d’un crime pour entraîner dans sa chute un complice.
Rigaud, 1881 : Faire des révélations.
France, 1907 : Faire des aveux ; argot des voleurs.
Mouton
d’Hautel, 1808 : Chercher cinq pieds à un mouton. Exiger d’un autre plus qu’il ne doit, ou d’une chose plus qu’elle ne peut produire.
Revenir à ses moutons. Revenir à un discours commencé et interrompu, dans lequel l’intérêt se trouve compromis.
Mouton. Homme aposté dans les prisons par la justice, pour tirer par ruse les secrets d’un prisonnier.
Ansiaume, 1821 : Espion.
Il y a là deux moutons qui m’ont joliment donné le taff.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Mouchard de prison.
Vidocq, 1837 : s. m. — Espion placé par la police près d’un prisonnier dont il doit chercher à acquérir la confiance, afin d’en obtenir des révélations.
M.D., 1844 : Homme de leur société qu’ils supposent y avoir été mis pour s’associer seulement à la conversation et les dénoncer ensuite. Dans les prisons, la police y met beaucoup de ces gens qui, ayant l’air d’être détenus, causent avec les prisonniers, et finissent par donner des indices très précieux à la police qui les transmets ensuite à la justice.
un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Mouchard.
Larchey, 1865 : « En prison, le mouton est un mouchard qui parait être sous le poids d’une méchante affaire et dont l’habileté consiste à se faire prendre pour un ami. » — Balzac. — Allusion ironique à la fausse candeur de ces compères. — Moutonner : Dénoncer. V. Coqueur.
Delvau, 1866 : s. m. Dénonciateur, voleur qui obtient quelque adoucissement à sa peine en trahissant les confidences de ses compagnons de prison.
Delvau, 1866 : s. m. Matelas, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à cause de la laine dont il se compose ordinairement. Mettre son mouton au clou. Porter son matelas au Mont-de-Piété.
Rigaud, 1881 : Homme de compagnie d’un prisonnier, et chargé par la police de devenir l’homme de confiance du même prisonnier.
Rigaud, 1881 : Matelas.
La Rue, 1894 : Matelas. Prisonnier qui espionne et dénonce son compagnon.
Virmaître, 1894 : Dénonciateur qui vend ses complices. Prisonnier qu’on place dans une cellule avec un autre prévenu pour le moutonner. C’est-à-dire le faire avouer dans la conversation (Argot des voleurs).
Virmaître, 1894 : Matelas. Quand il est plus que plat, on dit : galette (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Prisonnier qui dénonce ses co-détenus.
France, 1907 : Ancienne pièce d’or appelée ainsi parce que l’agneau pascal était sculpté sur l’une de ses faces.
France, 1907 : Compère dans le vol à l’américaine. C’est celui qui aborde le naïf qu’on se propose de dévaliser, généralement au paysan ou un provincial.
La bande était au complet, il y avait le mouton, celui qui lie la conversation avec la victime, le « riche étranger », qui échange son portefeuille contre le porte-monnaie du volé, et enfin les « hirondelles » qui voltigent autour du groupe et se chargent de prévenir à coups de sifflet de l’arrivée des agents.
(La Nation)
France, 1907 : Dénonciateur enfermée dans la cellule d’un criminel ou supposé tel, avec la mission de le faire parler et avouer ses forfaits.
Il existe deux sortes de coqueurs détenus : la première, qui prend le nom de moutons, est composée d’individus qui, renfermés dans les prisons, cherchent à captiver la confiance de leurs compagnons de détention pour obtenir l’aveu des crimes qu’ils ont commis, et la connaissance des preuves et pièces de conviction qu’on pourrait produire à leur charge. Lorsque deux de ces individus se trouvent dans la même prison, ils ignorent complètement le rôle qu’ils jouent chacun de son côté, et il n’est pas rare de voir ces deux moutons multiplier les rapports pour se dénoncer mutuellement, croyant rendre de grands services à la police et en être généreusement récompensés.
Les qualités essentielles du coqueur détenu sont, avant tout, l’habileté et la prudence. Il est excessivement difficile et même fort dangereux de jouer un rôle pareil dans une prison, car celui qui est mouton court risque d’être assassiné par ses compagnons s’ils viennent à le savoir. Aussi la police parvient-elle rarement à décider les voleurs à moutonner leurs camarades.
(Mémoires de Canler)
Des confrères à moi ont prétendu naguère que le plus souvent M. Grévy n’était guidé dans ses signatures que par les rapports de la prison même. Un condamné qui est en proie à de violentes angoisses, qui refuse énergiquement de faire le piquet consolateur et traditionnel avec son mouton, qui sanglote, hurle et se frappe la tête contre les murs, était à peu près certain de voir sa peine commuée.
(Albert Dubrujeaud, Écho de Paris)
France, 1907 : Matelas, à cause de la laine.
France, 1907 : Pelite boule dont les bonneteurs se servent dans le jeu appelé calot. Ce jeu, encore plus dangereux pour le naïf que le bonneteau, se compose de trois quilles creuses, sous lesquelles l’artiste voleur fait passer le mouton en changeant les quilles de place, tour à tour à droite, à gauche, au milieu, en les glissant sur la table avec la boulette dessous.
France, 1907 : Sous le chapeau de la guillotine est fixé le glaive, lame d’acier triangulaire emmanchée dans une forte masse de plomb appelé le mouton. Le couteau a trente centimètres de largeur, il est haut de quatre-vingts centimètres y compris le mouton. Il frappe avec une force terrible, car tombant d’une hauteur de deux mètres quatre-vingts centimètres, son poids multiplié par la vitesse de la chute est de 163 kilos en arrivant sur le cou du condamné.
Musicien
Larchey, 1865 : Dénonciateur. — Allusion au bruit de la musique. V. Coqueur.
Delvau, 1866 : s. m. Dictionnaire, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Délateur. — Joueur qui se répand en plaintes contre le sort.
Rigaud, 1881 : Dictionnaire, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Dictionnaire. Délateur. Haricot.
Virmaître, 1894 : V. Mouton.
Rossignol, 1901 : Voir musique.
Hayard, 1907 : Détenu qui vend ses complices.
France, 1907 : Dénonciateur qui vend ses complices. Voir Mouton.
France, 1907 : Ouvrier maladroit, incapable de faire son travail ; argot des typographes.
Musique
d’Hautel, 1808 : Musique enragée ; musique des chiens et des chats. Musique discordante et pitoyable.
Il est réglé comme un papier de musique. Se dit de quelqu’un qui mène une vie uniforme et régulière.
Delvau, 1866 : s. f. Ce qui reste au fond de l’auge, — dans l’argot des maçons. Par extension, Résidu d’un verre, d’un vase quelconque.
Delvau, 1866 : s. f. Lots d’objets achetés à l’Hôtel des Ventes, — dans l’argot des Rémonencqs.
Delvau, 1866 : s. f. Morceaux de drap cousus les uns après les autres. Argot des tailleurs.
Rigaud, 1881 : Culot de l’auge des maçons. — Résidu d’un verre, d’un vase quelconque. (A. Delvau)
Rigaud, 1881 : Dénonciation. — Passer à la musique, être confronté avec un dénonciateur.
Rigaud, 1881 : Grande quantité de corrections indiquées sur la marge des pages, de telle sorte que l’épreuve a quelque analogie d’aspect avec une page de musique. (Boutmy.)
Rigaud, 1881 : Lot de bric-à-brac acheté à l’Hôtel des Ventes. — Petit pain, c’est-à-dire flûte.
Rigaud, 1881 : Plaintes, doléances au jeu. — Faire de la musique, se plaindre d’avoir mauvais jeu, d’avoir perdu.
Bisset payait avec des jurements, des trépignements, des grognements, faisait une musique infernale.
(Vast-Ricouard, Le Tripot)
Petite musique, petit jeu, petite mise au jeu.
Boutmy, 1883 : s. f. Grande quantité de corrections indiquées sur la marge des pages, de telle sorte que l’épreuve a quelque analogie d’aspect avec une page de musique. En un autre sens, groupe de compositeurs qui calent fréquemment par suite de leur incapacité. On dit encore en ce sens la petite musique
Fustier, 1889 : Dénonciateur.
Il est trop musicien !
(Gil Blas, 1882)
Bon enfant au surplus, du sang et pas de musique (incapable d’une dénonciation).
(Humbert, Mon bagne)
La Rue, 1894 : Lot de bric-à-brac. Gouttures des verres que recueille le marchand de vin. Culot de l’auge des maçons. Ruse. Petit pain. Plaintes, doléances. Dénonciation.
Rossignol, 1901 : Dénonciateurs condamnés mis séparément en la prison de la Roquette pour éviter qu’ils se fassent casser les reins.
France, 1907 : Articles de bric-à-brac.
France, 1907 : Assemblage de morceaux de drap ; argot des tailleurs.
France, 1907 : Classe de dénonciateurs.
La classe que les voleurs désignent sous le nom de musique est composée des malfaiteurs qui, après leur arrestation, se mettent à table, c’est-à-dire font des révélations sur les vols qu’ils ont commis, ainsi que sur leurs complices.
Les coqueurs, pendant le cours de l’instruction, quelquefois un an ou deux, sont placés, à la Conciergerie, dans une pièce séparée, et n’ont aucune relation avec les autres prisonniers, qui sans cette précaution, leur feraient un mauvais parti pour se venger de leur trahison.
Recevant toutes les semaines, en récompense des services rendus, une ou deux pièces de cinq francs, suivant l’importance des renseignements qu’ils ont donnés à la police, ils attendent tranquillement le jugement de leur affaire, et, après leur condamnation, restent à la Conciergerie ou sont envoyés à Sainte-Pélagie, dans des salles séparées, pour y subir leur peine.
Là, ils trouvent encore moyen de rendre des services à la police, qui fait passer devant eux tout individu arrêté qu’elle suppose devoir être un repris de justice, un voleur de profession ou un forçat en rupture de ban, dont elle croit ne pas connaitre le véritable nom, et s’il appartient à l’une de ces trois catégories, il est rare qu’il ne soit pas reconnu par l’un des musiciens.
(Mémoires de Canler)
France, 1907 : Récriminations, criailleries.
France, 1907 : Résidu de l’auge ; argot des maçons.
France, 1907 : Ruse.
France, 1907 : Tricherie au jeu.
Nière
un détenu, 1846 : Imbécile, idiot, niais.
Delvau, 1866 : s. m. Individu quelconque, — dans l’argot des voleurs. Bon nière. Bon vivant, bon enfant. Mon nière bobéchon. Moi.
Rigaud, 1881 : Complice, — dans le jargon des voleurs. — Un complice est un autre soi-même. — Manger son nière, dénoncer son complice. — Cromper son nière, sauver son complice. Nière à la manque, complice sur lequel on ne doit pas compter.
Rigaud, 1881 : Maladroit. — Individu, particulier. — Mon nière, moi, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Complice. Un individu quelconque. Maladroit. Nière à l’estorgue, complice peu sûr.
Virmaître, 1894 : Homme quelconque, lui.
— Le gonce a rudement le trac pour son nière.
On dit aussi : mon nière bobéchon pour moi. Bobéchon, ici, fait double emploi (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Moi, lui. Mon nière, moi ; son nière, lui.
Hayard, 1907 : Passant, individu.
France, 1907 : Complice. Manger son nière, dénoncer un complice. Cromper son nière, sauver son complice. Nière à la manque, complice sur lequel on ne peut se fier. Se dit aussi d’un maladroit.
N’affranchis jamais un nière,
Il repasserait ta messière.
(Hogier-Grison, Maximes des tricheurs)
Nique de mèche
Virmaître, 1894 : N’avoir pas de complice.
— J’ai fait mon coup de cogne sans nique de mèche (Argot des voleurs).
Virmaître, 1894 : Refus d’un complice de partager le produit d’un vol.
— Nique de mèche, je ne fade pas le pognon (Argot des voleurs).
France, 1907 : N’avoir nulle part dans un vol.
Noire (bande)
France, 1907 : Voici quelques détails complémentaires à ajouter à ceux déjà donnés au mot Bande noire.
Les membres de cette vaste association d’escrocs se divisaient en quatre catégories : les faisans, les courtiers à la mode, les concierges dans le mouvement et les fusilleurs.
Les faisans, par l’intermédiaire des courtiers et avec la complaisance des concierges, se faisaient envoyer par leurs dupes des pièces de vin, soit en gare, soit à domicile.
Les courtiers à la mode étaient les agents qui, munis de fausses lettres de recommandation, se faisaient agréer comme représentants par des maisons en gros.
Les concierges servaient de complices en recevant et emmagasinant les marchandises ou en donnant de fausses références sur les faisans.
Les fusilleurs achetaient ces pièces de vin à vil prix et les revendaient de leur mieux.
Nonne
Delvau, 1866 : s. f. Encombrement volontaire, — dans l’argot des voleurs. Faire nonne. Simuler à huit ou neuf un petit rassemblement afin d’arrêter les badauds, et, les badauds arrêtés, de fouiller dans leurs poches.
France, 1907 : Attroupement. Faire nonne, c’est faire un attroupement pour aider à un vol. Manger sur les nonnes ou nonneurs, c’est dénoncer ses complices.
Le quart d’œil lui jabotte :
Mange sur tes nonneurs ;
Lui tire une carotte,
Lui montant la couleur.
(Mémoires de Vidocq)
Nonne (faire)
Larchey, 1865 : Faire un attroupement simulé pour aider à un vol (Vidocq). — Mot à mot : faire le neuvième. — Du vieux mot nonne. V. Roquefort.
Virmaître, 1894 : Faire la foule. Rien de plus simple : les nonneurs (complices) se groupent autour de l’un d’eux, qui simule un mal subit, de préférence dans une rue barrée ; les badauds s’amassent, le tireur peut à l’aise explorer les poches, et souvent la moisson est féconde. Quand l’un d’eux est pris et qu’il se met à table, on dit qu’il mange sur ses nonneurs (complices) (Argot des voleurs).
Nonne, nonneur
Rigaud, 1881 : Compère qui assiste le voleur à la tire, soit en bousculant l’individu bon à voler, soit en recevant l’objet volé.
La Rue, 1894 : Compère du voleur à la tire.
France, 1907 : Complice d’un pick-pocket. La nonne mâle ou femelle s’approche de la victime choisie dans une foule et la presse tant qu’elle peut. Pendant ce temps, le pick-pocket opère et passe rapidement le produit du vol à un troisième larron appelé coqueur, de sorte que si le volé accuse ceux qui le pressaient, on ne puisse rien trouver sur eux.
Les voleurs ont appelé main celui qui prend les porte-monnaie. Les aides s’appellent nonnes ; ce sont les élèves, les coassociés, les factotums, les complices. Ils doivent, pendant l’exécution, et cela est capital, se placer entre la main et la foule. C’est une garantie de sécurité. Ils ont pour mission, d’abord, de faire le guet pour reconnaitre les agents, puis de disposer la victime choisie pour la plus grande commodité de la main, soit en la poussant plus ou moins fort, soit en attirant son attention du côté opposé à l’opérateur… S’il est découvert, les nonnes viennent à son secours et cherchent à le dégager avant l’arrivée de la police…
Si la main est saisie par un agent inexpérimenté, elle fait valoir son innocence, et comme les pièces à conviction sont parties avec les nonnes, cela le désoriente. Il craint une erreur qui peut le compromettre, le faire punir ou révoquer.
(G. Macé, Un Joli Monde)
Nonneur
Larchey, 1865 : Compère de voleur à la tire.
Delvau, 1866 : s. m. Compère du tireur (V. ce mot) ; variété de voleur. Manger sur ses nonneurs. Dénoncer ses complices.
Nonneurs
Virmaître, 1894 : Complices de voleurs, plus particulièrement des pick-pockets (Argot des voleurs).
Noueur
France, 1907 : Complice ; argot des voleurs.
Nourisseur de poudards
Virmaître, 1894 : Complice qui prépare les vols à accomplir. Un bon nourrisseur de poupards est très recherché par les voleurs (Argot des voleurs).
Nourrisseur
Larchey, 1865 : « Les nourrisseurs préparent et nourrissent une affaire ; ils savent le moment où le rentier touche sa rente et les jours de rentrée du négociant ; ils étudient la maison et les habitudes des gens qu’ils veulent faire voler. » A. Monnier. — V. Cambriolleur.
Delvau, 1866 : s. m. Restaurateur, cabaretier, — dans l’argot des bohèmes.
Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui indique une affaire, qui la prépare à ses complices.
Rigaud, 1881 : Charpentier en vols et assassinats. Il traite avec les metteurs en scène suivant l’importance et la réussite probable du drame.
Fustier, 1889 : Voleur qui dévalise les appartements dont les maîtres sont en voyage. La banlieue de Paris est pendant l’hiver infestée de nourrisseurs qui déménagent les villas.
La Rue, 1894 : Celui qui prépare, nourrit le vol. Voleur de la banlieue.
France, 1907 : Ce nom, dans l’argot des voleurs, désigne celui qui cherche les mauvais coups à faire. Le nourrisseur indique, moyennant une bonne redevance, soit un endroit à piller, soit quelqu’un à dévaliser. Jamais il ne prend de part à l’action. De cette façon, il touche le produit des vols qu’il organise sans encourir de danger sérieux.
Les nourrisseurs préméditent leurs coups de longue main, et ne se hasardent pas à cueillir la poire avant qu’elle ne soit mûre.
(Mémoires de Vidocq)
Orgue
Clémens, 1840 : Moi.
Delvau, 1866 : Pronom personnel de l’argot des voleurs. Mon orgue, moi. Ton orgue, toi. Son orgue, lui. Leur orgue, eux.
Rigaud, 1881 : Homme, — dans le jargon des voleurs. — Manger sur l’orgue, dénoncer un complice.
La Rue, 1894 : Homme. Mon, ton, son orgue, moi, toi, lui ; leur orgue, eux.
Virmaître, 1894 : Homme. Mon orgue, moi. Ton orgue, toi. Son orgue, lui. Leur orgue, eux. (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Mon orgue, moi ; son orgue, lui.
Hayard, 1907 : Homme. Ce mot est aussi un pronom : Mon orgue : moi ; ton orgue : toi ; son orgue : lui ; etc.
France, 1907 : Homme, dupe ; argot des voleurs. Mon orgue, ton orgue, son orgue, moi, toi, lui.
Orgue (manger sur l’)
France, 1907 : Dénoncer ses complices. On dit aussi jaspiner de l’orgue.
Orphelins
anon., 1827 : Ceux qui vont de compagnie.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Bande de voleurs.
Bras-de-Fer, 1829 : Ceux qui vont de compagnie.
Vidocq, 1837 : s. m. — Sujets du grand Coësré qui mendiaient trois ou quatre de compagnie en tremblottant par les rues de l’ancien Paris.
Halbert, 1849 : Gens sans aveu, ceux qui vont de compagnie.
Delvau, 1866 : s. m. pl. Bande de camarades, ou plutôt de complices, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Bande, association de malfaiteurs.
La Rue, 1894 : Bande de voleurs.
Pacquelin
Vidocq, 1837 : s. m. — Pays.
Rigaud, 1881 : Pays. — Brème de pacquelin, carte de géographie. — Pacquelin du raboin, pays du diable, enfer.
Boutmy, 1883 : s. m. Pays natal. Mot emprunté à l’argot des voleurs.
Un suage est à maquiller la sorgue dans la tolle du ratichon du pacquelin… — Un coup est à faire, la nuit dans la maison du curé du pays…
(Lettre d’un assassin à ses complices)
C’est donc à tort que quelques-uns disent patelin.
La Rue, 1894 : Pays. Ville.
France, 1907 : Pays natal ; argot des voleurs. On dit communément et à tort patelin, puisque pacquelin est une dérivation du latin pagus, village. Brême de pacquelin, carte géographique ; le pacquelin du raboin, le pays du diable, l’enfer.
Page blanche
Delvau, 1866 : s. f. Homme distingué, ouvrier supérieur à son état, — dans l’argot des typographes. Être page blanche en tout. Ne se mêler jamais des affaires des autres ; être bon camarade et bon ouvrier.
Rigaud, 1881 : Innocent. — Ouvrier instruit et travailleur, — dans le jargon des typographes.
France, 1907 : Bon ouvrier ; argot des typographes. Être page blanche, c’est être innocent de ce qui s’est fait. Cette locution, dit Eug. Boutmy, s’emploie le plus souvent avec la négation : « Dans cette affaire, dit le prote, vous n’êtes pas page blanche », c’est-à-dire « vous êtes complice » où « vous y avez participé en quelque chose ».
Page blanche (être)
Boutmy, 1883 : v. Être innocent de ce qui s’est fait. Cette locution s’emploie le plus souvent avec la négation : Dans cette affaire, dit le prote, vous n’êtes pas page blanche, c’est-à-dire vous êtes complice, ou vous y avez participé en quelque chose.
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