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Atout

d’Hautel, 1808 : Terme burlesque ; qui équivaut à mornifle, taloche, horion.
Il a reçu un fameux atout. Pour dire il a été rossé, équipé d’une belle manière.

Vidocq, 1837 : s. m. — Estomac.

un détenu, 1846 : Estomac.

Larchey, 1865 : Coup grave.

Voilà mon dernier atout… Vous m’avez donné le coup de la mort.

(Balzac)

Expression de joueurs de cartes, qui ont appliqué aux accidents de la vie le nom de l’ennemi que craignent leurs combinaisons. Atout : Courage (Vidocq).

Je ne me plains pas. Tu es un cadet qui a de l’atout.

(E. Sue)

Même allusion ; seulement elle est retournée. L’homme a ici l’atout dans le jeu de sa vie au lieu de l’avoir contre lui.
Atouser : Encourager (Vidocq). — C’est-à-dire donner de l’atout.

Delvau, 1866 : s. m. Aplomb, acquis, assurance, — dans l’argot du peuple qui sait par expérience que les gens de cœur marchent volontiers le front haut, comme défiant les lâches.

Delvau, 1866 : s. m. Argent, monnaie, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi capacités, talents.

Delvau, 1866 : s. m. Coup plus ou moins grave que l’on reçoit en jouant — maladroitement — des poings avec quelqu’un.

Delvau, 1866 : s. m. Courage, — parce que souvent au jeu de cartes, l’atout c’est du cœur.

Delvau, 1866 : s. m. Estomac, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Contusion ; coup de poing. Retourner atout, donner une gifle.

Rigaud, 1881 : Courage. — Avoir de l’atout, avoir du courage.

La Rue, 1894 : Courage. Coup. Estomac.

Virmaître, 1894 : Avoir du courage. Avoir des atouts dans son jeu. Un zouave rencontre son capitaine accompagné de sa femme, il leur lance au nez un pet à tout casser en criant : Atout. Le capitaine, se retournant, lui envoie un magistral coup de pied dans le cul en disant : Je coupe. Le soldat répond : Ah ! je ne savais pas que vous aviez la dame seconde ! Recevoir un atout : être sérieusement blessé. C’est sans doute d’atout que, par corruption, on a fait attiger (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Courage, audace, coup.

France, 1907 : Argent ; argot des faubouriens.

France, 1907 : Courage, aplomb, assurance : Quand on a les atouts dans son jeu, on va hardiment.

Tu m’as donné la bonne mesure, tu es un cadet qui a de l’atout.

(Eugène Sue)

Signifie aussi coup : recevoir des atouts, et, dans l’argot des voleurs, estomac.

Binaise

Virmaître, 1894 : Abréviation du mot combinaison. Binaise : tirer un plan pour faire quelque chose.
— Faisons une binaise pour nous offrir un kilo (Argot d’imprimerie). N.

Broquilleur, broquilleuse

Rigaud, 1881 : Celui, celle qui se livre au broquillage. Plus d’une femme du monde est broquilleuse. C’est celle qui, pour satisfaire une passion, la plupart du temps inavouable, vend, à l’insu de son mari, une parure en brillants qu’elle remplace par une parure de stras, exactement semblable. D’autres fois c’est le mari qui procède à cette combinaison, et porte la parure en brillants chez sa maîtresse. — Il y a encore les broquilleurs de tableaux qui substituent des copies aux ori ginaux.

Consolette

France, 1907 : Abréviation de consolation.

Mais la cueillette est meilleure dans les trains de banlieue où les bonneteurs offrent aux victimes du turf la petite partie dite la consolette. Cette escroquerie a été expliquée cent fois, ce qui n’empêche pas les naïfs de s’y laisser perpétuellement prendre. On connaît la combinaison. Étant données trois coquilles de noix dont l’une recouvre un pois, où trois cartes dont l’une est gagnante, le bonneteur mélange avec une feinte gaucherie coquilles ou cartes, et offre à mises égales de deviner la bonne. Un spectateur essaye et réussit à tout coup. C’est un compère, un comte, en argot professionnel. Encouragés par ce résultat, d’autres voyageurs parient et perdent. Ce sont les pantes.

(Guy Tomel, Le Bas du Pavé parisien)

Gambergement

Rossignol, 1901 : Truc. Combinaison qui se trouve dans les jeux de hasard où il n’y a rien a toucher ; le gambergement se fait de lui-même.

Harnaqué

Fustier, 1889 : Même sens que le mot précédent dont il est une déformation.

Il m’a expliqué le fonctionnement de son jeu de courses… qui vient d’être débridé depuis qu’on a constaté l’impossibilité de harnaquer les petits chevaux.

(Temps, avril 1887.)

France, 1907 : Machiné.

Déchu, tombé sans retour, il se vengeait de son abaissement par une multitude d’inventions diaboliques. Les bonneteurs s’approvisionnaient près de lui de tours de cartes, les lutteurs de jeux harnaqués à combinaisons arithmétiques qui volaient le client comme dans un bois.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

K

France, 1907 : Cette lettre qui, en algèbre, représente généralement un nombre élevé et indéterminé, est employée dans l’argot de l’École polytechnique dans un sens algébrique.

Aussi dit-on : « Le basoff a distribué ce matin k consignes », ou bien encore : « J’ai k (ou 2k) visites à faire. » La lettre k se prête à mille combinaisons facétieuses avec diverses lettres de l’alphabet qu’on utilise.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

Macroter

Rigaud, 1881 : Faire le métier de souteneur. Macroter une affaire, être l’intermédiaire dans une affaire louche, malpropre, comme un prêt usuraire, une combinaison financière à l’adresse des gogos.

France, 1907 : Vivre aux dépens d’une femme.

Malot taré

France, 1907 : Carte biseautée.

Il apprenait à fausser le centre de gravité des boules orientales. Il construisait des malots tarés, truquait le plancher des billards, vendait des combinaisons de martingale. Et, depuis des années, il poursuivait la fabrication d’une roulette avec laquelle il comptait s’enrichir, avant que les flics ne la bridassent.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Melonner

France, 1907 : Tromper. Traiter quelqu’un en melon, c’est-à-dire en dupe, en imbécile.

Ce que m’inspirent les prospectus, les réclames, les annonces, les discours d’apparat, les professions de foi, ce n’est pas tant le goût de ceux qui les font, que le mépris de ceux qui les croient. Comment, braves gens ! vous avez été melonnés vingt fois ; vous avez donné dans tous les panneaux ; vous avez perdu votre argent ; vous avez risqué le pain de vos enfants dans une foule de combinaisons soit honnêtes, soit déshonnêtes, et vous n’êtes pas satisfaits ? Vous avez vu

Minerve

Fustier, 1889 : Argot de joueurs. Filouterie qui rappelle celle dite du neuf de campagne. (V. cette expression).

D’ordinaire, le baccara se joue avec deux cartes dont l’assemblage forme le point et, si le banquier veut bien y consentir, une troisième qu’il donne découverte au tableau qui la demande. Quelquefois dans ces trois cartes il n’y a pas de quoi gagner sa vie, au contraire. Les malins en ont ajouté une quatrième, cachée celle-là qu’ils tiennent dans leur main gauche et que, par un travail analogue à celui dont j’ai parlé plus haut, ils arrivent à substituer à l’une de celles qui leur sont données régulièrement. D’habitude, les prestidigitateurs qui font la minerve adoptent un quatre ou un cinq, une carte qui peut s’adapter à toutes les combinaisons pour faire un point très honorable.

(C. des Perrières : Paris qui triche.)

France, 1907 : Carte que substitue le grec à celle que le banquier lui a donnée.

France, 1907 : Petite machine à imprimer que l’on lait mouvoir avec le pied.

Mistoufle

Delvau, 1866 : s. f. Farce ; méchanceté ; trahison, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Mauvais procédé, taquinerie, méchanceté. — Coup de mistoufle, combinaison, coup en dessous, coquinerie.

La Rue, 1894 : Farce. Misère.

Rossignol, 1901 : Causer des ennuis à quelqu’un ou le taquiner est lui faire des mistoufles.

Hayard, 1907 : Misère.

Poker

France, 1907 : Jeu de cartes importé d’Amérique où il est en grande faveur. Jeu de café, on le jouait beaucoup il y a quinze ou vingt ans au café des Variétés puis il eut son heure dans les brasseries de Montmartre. Maintenant on le joue un peu partout.

Après les dés, dont l’origine se perd dans la nuit des temps, et qui ont passionné tout le moyen âge, il y a eu le lansquenet, qui florissait sous Louis XIII et mourut d’un accès de sagesse du bonhomme Colbert ; puis le pharaon, cet égyptien corrigé par les Grecs, qui a l’honneur d’avoir donné naissance au décevant paroli ; puis le baccara, puis le poker. Amusant et passionnant, il fait au hasard la part qu’il faut, mais laisse place à toutes les combinaisons, à toutes les inspirations, à toutes les finesses.
Long à apprendre, difficile à pratiquer, il s’empare du débutant, dès le premier engagement, et je connais des affaiblis du baccara qui s’y sont réveillés pleins d’ardeur, infatigables, passant les nuits comme aux beaux temps, dans les palpitantes ivresses du flush et du straight.

(Montjoyeux)

Politiquer

d’Hautel, 1808 : Raisonner sur les affaires publiques ; résoudre selon sa tête les combinaisons politiques.

Poucette, poussette

France, 1907 : Acte de pousser sa mise, de pousser son enjeu sur le tapis, lorsque l’on est certain de gagner.

Il arrive que les gens du monde aient leurs faiblesses. On en a vu chercher à gagner leur vie par des combinaisons trop ingénieuses ; des doigts qui ne s’étaient pourtant pas corrompus à tenir la plume faisaient la poucette et quelques gentilshommes payaient leurs créanciers avec le revenu de leurs châteaux en Espagne.

(Nestor, Gil Blas)

Girond discipl’ de la poussette,
Dans ta valad’ s’y a tripette,
Sous l’naz du pont y faut marner,
De riff retirer ou pousser,
Que l’caoutchouc sous l’poignet reste,
Manœuvre-le sans faire un geste.

(Hogier-Grison, Pigeons et Vautours)

Il arrive que le grec tient son poing fermé sur le tapis ; il l’ouvre, si le point de son tableau lui paraît bon, et laisse tomber un jeton ou un billet. C’est la poucette du semeur.

Protectionnisme

France, 1907 : Acte de protéger une certaine catégorie de citoyens au détriment des autres. Néologisme.

On pourrait définir le protectionnisme « une coalition d’intérêts qui se liguent entre eux pour s’enrichir aux dépens du public ». M. Brousse, ennemi des voies détournées, l’a proclamé avec beaucoup de franchise, et il semble trouver tout naturel que, par une série de combinaisons ingénieuses, on prenne, dans nos poches. de quoi remplir le bas de laine et les coffres-forts. À ses yeux, le consommateur et le contribuable soit d’excellentes vaches à lait qu’on a le droit de traire jusqu’à complet dessèchement des mamelles.

(Demange, Journal des Débats)

Qui voit ses veines voit ses peines

France, 1907 : Les veines des mains des rudes travail leurs sont plus gonflées et plus noires que celles des oisifs, parce que les tissus du travailleur s’usent davantage et que, obligé de faire des efforts de respiration, il absorbe plus d’oxygène, lequel, par sa combinaison avec l’acide carbonique, donne la couleur noire au sang veineux. Par suite, les veines sont plus visibles. Il en est de même des personnes débilitées, malades, qui voient aisément leurs veines sur leurs mains maigres et transparentes.

Sabreur

d’Hautel, 1808 : Mot injurieux. En terme militaire, un officier à qui la hardiesse, l’audace et l’emportement tiennent lieu des sages combinaisons du génie ; qui bouleverse impitoyablement tout ce qui se rencontre sur son passage. C’est aussi le nom qu’on donnoit, dans les troubles de la révolution, à ces furieux dont les discours et les mesures ne tendoient qu’à frapper, renverser, détruire.

Halbert, 1849 : Auneur.

Delvau, 1866 : s. m. Bousilleur, ouvrier qui travaille trop vite pour travailler avec soin.

Delvau, 1866 : s. m. Matamore, homme qui ne parle que de tuer.

Rigaud, 1881 : Ouvrier qui travaille vite et mal.

France, 1907 : Militaire agressif et fanfaron.

France, 1907 : Ouvrier maladroit.

Saints de glace

France, 1907 : On appelle ainsi saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais dont les fêtes tombent les 11, 12 et 13 mai, jours auxquels il se fait spécialement dans le centre de la France et en Allemagne des froids qui ne sont pas de saison.
Les météorologistes expliquent ainsi les intempéries dans cette période lunaire qui commence en avril et finit en mai :

Chaque année la terre, dans le parcours de son vaste orbite autour du soleil, passe par deux points critiques : les saints de glace et l’été de la Saint-Martin (novembre-décembre et avril-mai).
Lorsque la terre est à l’extrémité de cet axe oblique correspondant à l’été de la Saint-Martin, elle reçoit, comme le ferait un réflecteur, toutes les tiédeurs du rayonnement solaire.
Mais quand elle est à l’autre extrémité, là où demeurent les saints de glace légendaires, par une combinaison céleste spéciale, il se rencontre entre la terre et le soleil un paquet de pulvéries, de nébuleuses, de quelque matière cosmique, d’astéroïdes, peut-être, qui forme écran entre notre planète et notre grand calorifère. Alors ce sont, dès que le ciel est clair, les abaissements de température, les gelées nocturnes, les accidents variés, que redoutent si fort, et à si juste titre, les agriculteurs, et dont on dit, faute de mieux, afin de tâcher d’en prendre son parti : « C’est la lune rousse ! »

Tripotailler

France, 1907 : S’occuper d’affaires louches, de combinaisons financières où l’argent des gogos passe dans la poche du tripotailleur.

L’honneur ?… Bigre ! Je le croyais passé, le temps des romanceros ; et nos mœurs s’accommodent mal de cette farouche austérité. Le mari qui tripotaille à la Bourse, filoute les petites gens, et flatte les autres, me semble en mauvaise posture de chevalier demandant à sa dame d’être sans reproche comme il est sans peur. Les chasses élevées, à qui ce genre de prétexte est ordinairement dévolu, n’y ont vraiment plus droit. Elles ne sont pas à la hauteur — le niveau a baissé !

(Séverine)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique