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Bondieusard

Rigaud, 1881 : Marchand d’objets de dévotion. Le quartier St-Sulpice est peuplé de bondieusards. — Enlumineur d’images de sainteté.

Un bondieusard habile pouvait faire ses six douzaines en un jour. Un bondieusard passable, ni trop coloriste ni trop voltairien, pouvait gagner son salut dans l’autre monde et ses quarante sous dans celui-ci.

(J. Vallès, Les Réfractaires)

Le mot a été créé par Gustave Courbet, qui l’employait souvent pour désigner soit un peintre de sujets religieux, soit un de ces peintres qui semblent s’inspirer des enlumineurs d’estampes. Par extension les libres-penseurs donnent du « bondieusard » à quiconque croit en Dieu, à quiconque fait montre de sentiments religieux.

France, 1907 : Marmotteur de prières ; fabricant ou marchand d’objets de sainteté.

Cuir

d’Hautel, 1808 : Se ratisser le cuir. Pour se faire la barbe.
On appelle par ironie un savetier, un orfèvre en cuir.

d’Hautel, 1808 : Faute contre la grammaire et contre Vaugelas.
On dit d’un comédien qui fait des fautes de liaisons en parlant, c’est-à-dire qui prononce en s les mots terminés en t, et en t ceux qui sont terminés en s, qu’il fait des cuirs.

Larchey, 1865 : Peau.

C’était aux nègres qu’il en voulait, à cause du coloris de leur cuir.

(L. Desnoyer)

Tanner le cuir : Battre.

Delvau, 1866 : s. m. Liaison brutale de deux mots, emploi exagéré des t, — dans l’argot des bourgeois, qui se moquent du peuple à cause de cela, sans se douter que cela a fait longtemps partie du langage macaronique.

Delvau, 1866 : s. m. Peau, — dans l’argot du peuple. Tanner le cuir. Battre.

Rigaud, 1881 : Peau. — Se racler, se ratisser le cuir, se raser.

Virmaître, 1894 : Peau (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Peau humaine.

Si tu ne te conduis pas mieux, je me charge de te travailler le cuir.

Faire une faute d’orthographe en parlant, c’est faire un cuir. Le cuir qui se fait le plus fréquemment dans la classe ouvrière est de dire : Tu es-t-un…

Hayard, 1907 : Peau.

France, 1907 : Emploi intempestif de l’s et du t. On cite, comme exemple de cuirs, ce dialogue surpris dans un club révolutionnaire :

— Citoyen président, je demande la parole !
— Tu la z’as, mais si tu en z’abuses, je te la r’ôte.

France, 1907 : Peau. Se tanner le cuir, se battre.

Faire chaud

France, 1907 : Se servir de couleurs brillantes ; peindre d’après le style de Rembrandt et des autres coloristes.

Flou

Larchey, 1865 : Douceur, légèreté (fluidus). — C’est un mot de langue romane. V. Roquefort.

Tu as dans le style on ne saurait dire quel moelleux, quelle grâce, quel flou.

(L. Reybaud)

Pris quelquefois adjectivement.

Delvau, 1866 : s. m. Variété de morbidesse, de douceur de touche, de coloris vaporeux, — dans l’argot des artistes. J’aurais volontiers été tenté de croire ce mot moderne et qu’il n’était qu’une onomatopée de l’œil et de l’oreille, si je n’avais pas lu dans François Villon :

Item je donne à Jean Lelou.
Homme de bien et bon marchant,
Pour ce qu’il est linget et flou,
Un beau petit chiennet couchant.

Flou, c’est flo, et flo, c’est faible.
Faire flou.
Dessiner ou peindre sans arrêter suffisamment les contours, en laissant flotter autour des objets une sorte de brume agréable. Se dit aussi à propos de la sculpture ; car Puget ne craignait pas de faire flou.

La Rue, 1894 : Rien. Faire le flou, ne rien trouver.

France, 1907 : Mou, moelleux, vaporeux ; du latin fluidus, l’u se prononçant en latin ou. Vieux mot qu’on trouve dans le testament de François Villon :

Item je donne à Jean Lelou,
Homme de bien et bon marchant,
Pour ce qu’il est linget et flou,
Un beau petit chiennet couchant.

Faire flou, dans l’argot des peintres et des sculpteurs, c’est faire mollement, avoir des contours flottants ou indécis.

— Cette jambe me revient assez, je n’en ai guère connu que deux d’aussi parfaites ; mais comme c’est flou dans l’ensemble ! Elle doit bien être un peu farceuse, la chaste épouse qui vous a posé ça ?

(Clovis Hugues)

Un peintre, si réaliste qu’il soit et quand même il ne serait pas plus ému devant un visage que devant une carotte, à toujours cependant sa façon particulière, spéciale, personnelle, de voir et de sentir la nature. Sans parler des couleurs, qui, à coup sûr, sont différentes pour les yeux de chacun de nous, la forme, non plus, n’est jamais identiquement la même pour tous. Celui-ci voit sec et dur ; celui-là, « flou » et enveloppé. Ajoutons que la part est grande, chez tous les artistes, de la manière, du parti pris, du procédé, de l’habitude, — et chez quelques-uns, chez les plus grands, chez les meilleurs, — de l’idéal. On pourrait presque dire qu’un artiste, quels que soient sa conscience et son amour de la vérité, ne fait jamais que le portrait de son rêve.

(François Coppée)

France, 1907 : Rien. Faire le flou, chercher vainement.

Vernissage

France, 1907 : Veille de l’ouverture du Salon où le public n’est admis que par invitation.

L’esthétique des gens du monde et j’ai le regret de ne pas en excepter les femmes, est quelque chose de prodigieusement bouffon. Tout d’abord, je dirai volontiers que cet empressement qu’on met à se ruer au Salon le jour du vernissage (ainsi nommé parce qu’on n’y vernit pas) est loin de témoigner d’un goût réel pour la peinture. Quand on aime vraiment les tableaux, on veut les regarder tranquillement et à l’aise, loin des distractions que nous donne le coudoiement de la foule, loin, surtout, des commentaires imbéciles qu’on entend et qui nous agacent… Le Jour du vernissage, c’est comme un rendez-vous dans un bureau d’ommibus ! Les femmes y viennent faire étalage de toilettes et les hommes montre de chic. On y rencontre des demoiselles dont le fard fait concurrence aux portraits des coloristes les plus chauds. Et, à coup sûr, le Salon, au jour du vernissage, est l’endroit de Paris où il se dit le plus de bêtises, — je n’excepte pas les Assemblées parlementaires !

(Colomba, Gil Blas)

Par les matins de vernissage,
Paris prend un air de gala,
Puisque, selon l’antique usage,
C’est de bon ton de venir là.

(Jacques Rédelsperger)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique