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Aller au café

Delvau, 1864 : Gamahucher une femme. On dit aussi : prendre sa demi-tasse au café des Deux-Colonnes.

Bataille (chapeau en)

Larchey, 1865 : Chapeau à cornes tombant sur chaque oreille. Mis dans le sens contraire, il est en colonne. Terme de manœuvres militaires.

Les uns portent d’immenses chapeaux en bataille, les autres de petits chapeaux en colonne.

(La Bédollière)

France, 1907 : Se dit du chapeau à deux cornes placé horizontalement sur la tête, comme le portait Napoléon Ier et comme le portent encore les gendarmes : en colonne, c’est verticalement comme les généraux et les officiers d’état-major.

Café des deux colonnes

Delvau, 1864 : Prendre son café aux deux colonnes, c’est-à-dire gamahucher une femme. Le con sert le café au lait ; les deux jambes sont là, pour la forme, et ne servent que d’enseigne : aux Deux Colonnes.

Camelotage

France, 1907 : Art du camelot.

Il parait que ce procédé de popularité donne des résultats extrêmement variables. Il y a des jours où le camelotage ne va pas. Au Château-d’Eau, par exemple, quoiqu’on eût pris la précaution de louer pour eux de bonnes places, les camelots n’ont pas fait florès. C’était pourtant la fleur du camelotage, le dessus du panier, les têtes de colonne à qui l’on ne payait pas leur journée et qui travaillaient « pour le plaisir ».

(La Lanterne)

Chapeau en bataille

Delvau, 1866 : s. m. Dont les cornes tombent sur chaque oreille. Argot des officiers d’état-major. Chapeau en colonne. Placé dans le sens contraire, c’est-à-dire dans la ligne du nez.

Chapelle (faire petite)

France, 1907 : Mouvement particulier aux femmes qui se trouvent près du feu. Elles troussent leurs jupons, présentant à la flamme leurs jambes, colonnes du tabernacle qui est au fond.

Chapiteau

Delvau, 1866 : s. m. La tête, — sommet de la colonne-homme, Même argot [des faubouriens].

France, 1907 : La tête.

Colonne

Delvau, 1864 : Le membre viril, que nous sommes bien plus fiers de regarder ou de montrer à une femme que d’être Français.

Colonne (avoir chié la)

Rigaud, 1881 : Être très malin, très adroit dans son métier, — jargon des ouvriers du fer. — C’est pas toi qu’a chié la colonne, gros malin. — Non, c’est ta sœur !

Colonne (chapeau en)

France, 1907 : Chapeau militaire dont les pointes se redressent sur le front et sur la nuque. C’est la coiffure des généraux et de l’état-major, le contraire du chapeau eu bataille, comme le portent les gendarmes. On dit aussi frégate.

Colonne (faire sa)

Rigaud, 1881 : Faire le fier, se redresser avec orgueil. Mot à mot : faire sa colonne Vendôme.

T’as pas bientôt fini de faire ta colonne Vendôme !

(P.Mahalin, Les Monstres de Paris)

Colonne (n’avoir pas chié la)

France, 1907 : Être dépourvu de talent. Démolir la colonne, uriner.

Colonne (se polir la)

Rigaud, 1881 : Se livrer au culte d’Onan.

Déboulonner

Rigaud, 1881 : Enlever les plaques de métal qui recouvrent la maçonnerie de certains monuments. — Le peintre Courbet voulait seulement déboulonner la colonne Vendôme. Sa pensée, paraît-il, fut mal interprétée, et la colonne fut renversée.

Rigaud, 1881 : Vendre, écouler, — dans le jargon des libraires. — Déboulonner dix mille exemplaires d’un ouvrage.

Déboulonner sa colonne

Virmaître, 1894 : Mourir. Cette expression n’est employée que depuis 1871, lorsque les communards jetèrent la colonne Vendôme par terre parce qu’elle gênait Courbet (Argot du peuple).

France, 1907 : Mourir. Allusion à la colonne Vendôme que Courbet voulait faire déboulonner et que les communards renversèrent.

Déboulonneur

Rigaud, 1881 : Amateur du déboulonnage, individu qui a pris part au renversement de la Colonne. — Longtemps, sur les murs de Paris, le nom de « Courbet » fut accolé à l’épithète de « déboulonneur. »

Descendre son crayon sur la colonne

Rigaud, 1881 : Administrer une volée de coups de canne, — dans le jargon des voyous.

Détourneur

Rigaud, 1881 : Voleur à la détourne.

Il y a des voleurs à la détourne de trois classes : les aristos, les bourgeois et les voyous. Les premiers ne travaillent qu’en équipage et ne font que la pièce de soie, de velours, ou le cachemire des Indes ; ils ont des laquais avec des galons d’argent et des jambes torses comme les colonnes d’un lit Louis XIII.

(L. Paillet, Voleurs et Volés)

La Rue, 1894 : Voleur à la détourne dans intérieur des magasins.

Virmaître, 1894 : Voleur. Détourner un objet de sa destination (Argot des voleurs).

Faire durer le plaisir

Delvau, 1864 : Branler savamment un homme, et, au moment où l’on devine à ses yeux tournés et à ses spasmes, que le sperme monte dans la colonne et qu’il va se jeter par-dessus le parapet, poser le doigt sur l’ouverture et ne le laisser s’échapper que par petits filets.

Godelureau

Delvau, 1866 : s. m. Jeune homme qui fait l’agréable auprès des « dames » et les réjouit, — dans l’argot des bourgeois qui n’aiment pas les Lovelaces. On écrivait au XVIe siècle gaudelereau, — ce qu’explique l’étymologie gaudere.

France, 1907 : Jeune imbécile aux manières affectées. On fait venir ce mot de voudelu, corruption de voult de Lucques.

C’était il y a une dizaine d’années, en une heureuse époque où une myriade de godelureaux et de petits imbéciles, piaillant, remuant, se poussant, s’entassant sous les colonnes du temple, gagnaient en quelques traits de crayon, sans peine, sans intelligence, les trois cents louis mensuels.

(Henry Bauër)

Les mathurins et les godelureaux
Et les baillis, ma foi, sont tous égaux.

(Voltaire)

Grat

France, 1907 : Endroit d’une basse-cour où les poules ont gratté.

France, 1907 : Petit larcin, grattage. On dit plus communément gratte.

— Oh ! je ne veux pas grever ton budget, n’aie pas peur ! Mais rien ne t’empêcherait de me faire accorder une grat, en sus de mon avancement.

Effectivement, au 1er janvier suivant, M. de Massonge était nommé chevalier de la Légion d’honneur, et celle que la vertueuse Paula Stradelli qualifiait si aimablement de « femme de mauvaise vie » palpait mille balles, non pas de grat, il est vrai, mais d’indemnité, ce qui était tout comme, d’indemnité pour travail supplémentaire. Et quel travail ! Cinq colonnes d’additions, évaluées à raison de deux cents francs la colonne, évaluation tout à fait « raisonnable », comme on voit, besogne ingrate même ; c’était pour rien et donné, autant dire !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Hôtel des quatre colonnes

France, 1907 : Salle du Dépôt de la Préfecture de police, dont quatre colonnes supportent les voûtes.

Hotel des quatre colonnes (l’)

Virmaître, 1894 : Salle commune du Dépôt de la préfecture de police où sont enfermés les prévenus, voleurs, souteneurs et vagabonds. La raison de ce nom est que quatre colonnes supportent les voûtes de cette salle (Argot des voleurs). N.

Impedimenta

France, 1907 : Obstacles, empêchements. Latinisme.

Les malheureux qui ne pouvaient marcher assez vite, soit que ce fussent des vieillards, des blessés ou des malades, étaient frappés à coups de plat de sabre ou piqués avec la pointe. Plusieurs, que leurs camarades avaient été impuissants à traîner, s’étaient laissés tomber sur le pavé. Une balle de revolver avait mis fin à leur souffrance : la colonne se débarrassait ainsi des impedimenta.

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

Jarret (lever le)

Rigaud, 1881 : Marcher en colonne, — en terme de troupier. — Avoir du jarret, être on marcheur.

Landière

Delvau, 1866 : s. f. Boutique de marchand forain.

Rigaud, 1881 : Boutique foraine. En souvenir de la célèbre foire du landit qui se tenait à Saint-Denis.

La Rue, 1894 : Boutique de forain.

Virmaître, 1894 : Boutique de marchand forain. Ce mot est également un souvenir de la célèbre foire du landit où les escholiers de la rue du Fouarre allaient en procession s’approvisionner de papier. Une chronique du temps dit que la tête de la colonne était à la Plaine-Saint-Denis, alors que la queue était encore sur le parvis Notre-Dame (Argot des forains).

Hayard, 1907 : Baraque de forain.

France, 1907 : Boutique de forain.

Marcanti

Rossignol, 1901 : Marchand. On désigne ainsi en Algérie les marchands de denrées et liquides qui suivent les colonnes expéditionnaires.

Membre (le)

Delvau, 1864 : Sous-entendu viril. Le grand outil générateur, que nous faisons travailler comme un cheval et que les femmes adorent comme un dieu.

Jouis-tu, cochon ? Ah ! le beau membre !

(Lemercier de Neuville)

On voit, sous les feuilles de vignes
Que leur impose la pudeur,
S’agiter de gros membres dignes
d’admiration — ou d’horreur.

(Anonyme)

Monseigneur le vit, ou madame la pine — Outre ces deux noms, ce noble personnage, qui veut chaque jour être fêté, possède plus de prénoms qu’il n’en faudrait pour refaire le calendrier… républicain. Je cite les principaux :

L’acteur, l’affaire, les agréments naturels, l’aiguille, l’aiguillon, l’aiguillette, l’andouille, l’arbalète, l’ardillon, l’aspergès, l’asticot, la baguette, le balancier, le bâton à un bout, le bâton de sucre de pomme, le bâton pastoral, le battant de cloche, la béquille du père Barnaba, le berlingot, la bibite, le bidet, le bijou, le bistouri, la bite, le bogue, le bonhomme, le bouchon, le boudin blanc, le bougeoir, la bougie, le bout de viande, le boute-feu, le boutejoie, la boutique, le boyau, la braguette, le bracquemard, le bras, la briche, la broche, le broque, la burette, le canon à pisser, la carotte, le cas, le carafon d’orgeat, le cavesson, cela, ce qu’on porte, la chair, le chalumeau, le champignon, la chandelle, la chanterelle, la charrue, la chenille, la cheville d’Adam, la cheville ouvrière, le chibre, le chiffe, le Chinois, le chose, le cierge, la cigarette, la clé, le clou, la cognée, le cognoir, le coin, la colonne, le compagnon fidèle, la corde sensible, le cordon de saint François, le cornichon, la couenne, la courte, le criquet, le dard, le dardillon, le degré de longitude, le devant, le doigt du milieu, le doigt qui n’a pas d’ongle, dom ou frère Frappart, le dressoir, le drôle, l’écoutillon, l’engin, l’épée, l’étendard d’amour, le fils, le flacon d’eau-de-vie, le flageolet, la flèche, la flûte à un trou, le fourrier de nature, la gogotte, la grosse corde, le goujon, le goupillon, la guigui, la guiguitte, la haire, le hanneton, l’herbe qui croit dans la main, l’histoire, le honteux, Jacques, la jambe, Jean Jeudi, Jean Chouart, la laboureur de nature, la lance, la lancette, le lard, la lavette, la limace, le machin, le Mahomet, le manche du gigot, la marchandise, le mirliton, le mistigouri, le moineau, le moineau, la navette, le nerf, le nœud, l’obélisque, le onzième doigt, l’os à moelle, l’outil, l’ouvrier de nature, le paf, le panais, le pénis, le pondiloche, le perroquet, la petite flûte, le petit frère, le petit voltigeur, la pierre à casser les œufs, la pierre de touche, le pieu, le pignon, le pis, la pissottière, le poinçon, la pointe, le poireau, la potence, le poupignon, Priape, la quéquette, la queue, le robinet de l’âme, Rubis-Cabochon, la sangsue, saint Agathon, saint Pierre, le salsifis, la sentinelle, la seringue, le sifflet, le sous-préfet, le sucre d’orge, le trépignoir, la triquebille, la troisième jambe, le tube, la verge, la viande crue, etc. etc.

Mettre à pied

Delvau, 1866 : v. a. Suspendre un employé de ses fonctions pendant plus ou moins de temps. Argot des bourgeois.

France, 1907 : Suspendre quelqu’un de son emploi, pour un temps déterminé. Cette locution nous vient des Romains, où le censeur retirait son cheval au chevalier qui tenait une conduite indigne de son rang. Cet usage fut conservé au moyen âge, mais il offrait un caractère ignominieux, car le chevalier dégradé ainsi publiquement était censé avoir vécu et l’on récitait sur lui l’office des morts. Dans les régiments de cavalerie, l’on punit en route les cavaliers qui blessent leurs chevaux ou les indisciplinés en les obligeant à suivre à pied la colonne.

Qui met-on à pied aujourd’hui ? Les cochers de fiacre qui ont été insolents, les employés qui sont inexacts, et généralement tous les pauvres diables qui ont trop de promptitude à faire valoir leurs droits et pas assez à remplir leurs devoirs. Cette mise à pied n’est que temporaire ; elle devient définitive en certaines circonstances et c’est alors une destitution.

(Charles Nisard)

Monter à l’arbre

Delvau, 1866 : v. n. Être le jouet innocent de quelques farceurs qui font pour vous, homme, ce que d’autres farceurs font pour Martin, ours, au Jardin des Plantes, — sans réfléchir que, furieux d’être ainsi joué, vous pouvez leur casser les reins d’un coup de griffe. On dit aussi Monter à l’échelle.

France, 1907 : Attendre ce qui ne viendra jamais.

Les gens qui montent à l’arbre, c’est-à-dire les naïfs, les crédules à qui on fait croire que la colonne Vendôme a été élevée par les Romains et que l’obélisque compte retourner bientôt en Égypte.

(Aurélien Scholl)

Ne pas se fier à femme morte

France, 1907 : Cette singulière devise est traduite du latin : Mulieri ne credas, ne mortuæ quidem. « Ne te fie pas aux femmes, même aux mortes », laquelle devise vient du grec. Le grammairien Diogénien l’explique par l’aventure arrivée à un jeune homme qui, étant allé visiter le tombeau de sa marâtre, fut écrasé par la chute d’une colonne élevée sur le monument.
Les Anglais ont le même proverbe irrévérencieux pour le sexe : Seldom lies the devil dead in a woman’s ditch. « Rarement le diable reste enterré dans la fosse d’une femme. »

Nec plus ultra

France, 1907 : « Rien au-delà. » La Fable attribue cette locution à Hercule, qui l’aurait gravée sur les monts Calpé (Gibraltar) et Abyla (Ceuta), appelés les colonnes d’Hercule, qu’il sépara pour unir la Méditerranée à l’Océan et qu’il croyait être les bornes du monde.

J’obtins une lieutenance au commencement de la Révolution. Je n’ai jamais reçu de titre avec autant de plaisir que celui-là. Le comble de mon ambition se bornail alors à une épaulette à bouillons sur chacune de mes épaules. Un colonel d’artillerie me paraissait le nec plus ultra de la grandeur humaine.

(Napoléon, Mémorial de Sainte-Hélène)

Ordures (boîte aux)

France, 1907 : Colonne spéciale dans certains journaux politiques réservé aux citations et aux coupures prises dans les feuilles du parti politique opposé, et dont le sens se trouve le plus souvent dénaturé par une perfide mutilation.

France, 1907 : Pantalon.

Ovale

Halbert, 1849 : Huile.

Delvau, 1864 : Le con, qui en effet a cette forme, — si l’on y met un peu de bonne volonté.

Entre deux colonnes d’un albâtre lisse et arrondies, est situé cet ovale charmant, protégé par une petite éminence et une jolie motte.

(Veillées du couvent)

Dès qu’il passa par un certain ovale,
À l’instant même à sa mère on cria :
Soyez tranquille, allez, c’est bien un mâle :
Dieu ! quelle tête il a !

(É. Debraux)

La grande Jeanne de l’échiquier d’Alençon l’appelait son ovale.

(Noël du Fail)

France, 1907 : Huile. Argot des voleurs ; allusion à la forme de l’olive.

Pièce de bœuf

Larchey, 1865 : « Grand article de pathos sur les choses du moment qui ouvre les colonnes de Paris. On l’appelle aussi la pièce de résistance. Un excellent journal qui ne servirait pas tous les jours à ses abonnés la pièce de bœuf ne serait pas sûr de réussir. » — 1826, Biog. des Journalistes. — On dit aujourd’hui tartine.

Delvau, 1866 : s. f. « Grand article de pathos sur les choses du moment qui ouvre les colonnes de Paris. » Argot des journalistes. On dit aussi Pièce de résistance.

Delvau, 1866 : s. f. Drame, comédie ou vaudeville où l’on a le plus de succès. Argot des coulisses. On dit aussi Rôle de bœuf.

France, 1907 : Pièce de théâtre dont le succès est assuré : argot théâtral. C’est comme la pièce de bœuf qui est le morceau de résistance des dîners.

Pige

Vidocq, 1837 : s. f. — Année.

Larchey, 1865 : Année (Vidocq). — Mot à mot : mesure de temps. V. Piger.

Delvau, 1866 : s. f. Année, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. f. Défi, — dans l’argot des écoliers. Faire la pige. Se défier à jouer, à courir, etc.

Delvau, 1866 : s. f. Le nombre de lignes que tout compositeur de journal doit faire dans une heure. Prendre sa pige. Prendre la longueur d’une page, d’une colonne.

Rigaud, 1881 : Année. — Nombre de lignes qu’un typographe doit composer dans un temps donné.

Boutmy, 1883 : s. f. Tâche que doivent faire, pour être admis à la commandite, les compositeurs de journaux. La pige est de 30, 35, 40 et 42 lignes à l’heure.

La Rue, 1894 : Année. La tâche du typographe.

Virmaître, 1894 : Année. Synonyme de berge (Argot des voleurs).

Virmaître, 1894 : Employé par les enfants quand ils jouent aux billes ; à l’aide d’une paille ou d’un petit morceau de bois, ils mesurent la distance de la bille la plus près du but pour trancher le différend (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Expression employée dans les imprimeries pour constater quel est celui des compositeurs qui lève le plus de lignes à l’heure (Argot des imprimeurs).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Année.

France, 1907 : Année ; argot des voleurs.

France, 1907 : Heure. Dans l’argot des typographes, c’est un certain nombre de lignes que l’on doit composer dans une heure. Prendre sa pige, s’assurer de la longueur d’une page ou d’une colonne.

France, 1907 : Piège. Faire la pige, tromper, attraper.

Voyons, c’est pas la République qui vous effarouche ? Vous savez bien que pour la rosserie elle ne se laissera faire la pige par aucun roi.

(Le Père Peinard)

France, 1907 : Prison ; argot des voleurs. On est pige quand on est en prison.

Pilier de cabaret

Virmaître, 1894 : Soulard qui ne quille pas le mastroquet. C’est, en effet, une des colonnes de la boutique. Les ménagères emploient souvent cette expression quand leur mari rentre par trop imbibé (Argot du peuple).

Pince-cul

Larchey, 1865 : Bal public de dernier ordre. — V. Casse-gueule.

Ce bal inouï que l’argot téméraire de ses habitués avait surnommé le pince…

(P. Féval)

Delvau, 1866 : s. m. Bastringue de la dernière catégorie. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Bastringue, où les amateurs de la liberté de pincer peuvent prendre du plaisir à pleine main.

Une fille qui respecte sa parentelle peut aller danser au Banquet d’Anacréon : ou aux Mille Colonnes, seulement elle ne va pas au bal Grados. C’est une infamie que ce pince-cul-là !

(Huysmans, Les Sœurs Vatard)

La Rue, 1894 : Bal, bastringue de la plus basse catégorie.

Virmaître, 1894 : Bal de bas étage où l’on pelote la marchandise avant de l’emmener bacher (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Bal de bas étage.

France, 1907 : Bastringue, bal de bas étage. C’est le nom donné dans les campagnes du Doubs au jeu de colin-maillard, littéralement pis-cu.

Pincer

d’Hautel, 1808 : On l’a pincé. Pour dire on s’est saisi de sa personne ; on l’a incarcéré.
Pincer sans rire. Piquer, offenser quelqu’un sans avoir l’air d’y penser.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Prendre.

Clémens, 1840 : Arrêter.

Halbert, 1849 : Prendre.

Larchey, 1865 : Arrêter.

Nomme l’coupable, qu’on l’pince

(1813, Désaugiers)

En pincer : Avoir du goût.

Comm’ j’en pince pour le spectacle, j’vas souvent z’à la Gaîté.

(1809, Brazier)

On dit par extension en pincer pour Mme X : Aimer Mme X.

Larchey, 1865 : Exécuter.

En revenant, je pinçais la chansonnette.

(Ricard)

Le professeur nous pinçait une nuance de cancan véritablement inédite.

(L. Reybaud)

Delvau, 1866 : v. a. Exécuter. Pincer le cancan. Le danser. Pincer de la guitare. En jouer. Pincer la chansonnette. Chanter.

Delvau, 1866 : v. a. Prendre sur le fait, arrêter. Pincer au demi-cercle. Arrêter quelqu’un, débiteur ou ennemi, que l’on guettait depuis longtemps.

Delvau, 1866 : v. a. Voler, filouter, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : v. n. Être vif, — dans l’argot du peuple. Cela pince dur. Il fait très froid.

Rigaud, 1881 : Filouter. — Exécuter. — Pincer le cancan, danser le cancan. — Pincer de la guitare, pincer de la harpe, être sous les verrous.

La Rue, 1894 : Filouter. Exécuter. Arrêter sur le fait. Pincer de la harpe. Être en prison. V. Harpe.

France, 1907 : Prendre, attraper.

Elle regrettait presque le mariage, cette vie à deux, toujours à deux, comme un verrou tiré sur les occasions de carrousse et de bombance. Mieux valait encore servir à la ville : on avait les dimanches pour rigoler, et quelquefois, avec un peu d’entregent, on pinçait un bourgeois qui vous collait des rentes.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Vive le mot à double entente !
Grâce au joyeux sous-entendu,
On ne manque jamais la vente
Et l’on pince le prétendu.

(Jacques Rédelsperger)

Pincer en demi-cercle, surprendre, arrêter au passage.

France, 1907 : S’emploie dans le sens de danser en étant suivi du genre de danse auquel on se livre.
Pincer un cancan.

Chaque dimanche nous fréquentions un bastringue hors barrière, où l’on pinçait des cancans à se dévisser la colonne, sans compter les autres pinçages pendant les entr’actes.

(Les Propos du Commandeur)

Pincer un cavalier.

As-tu vu Geneviève ?
Au milieu des filles d’Ève
Elle pince un cavalier ;
Geneviève,
Geneviève est à Bullier !

(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

Pincer de la harpe, être en prison.
Pincer un rigodon.

Lorsqu’on sort avec sa belle
Que l’on empoigne sous l’aile,
On pince un p’tit rigodon
Dans l’bal le plus folichon.

(Griolet)

Piocher

d’Hautel, 1808 : Pour travailler avec ardeur, avec assiduité.

Larchey, 1865 : Battre.

Je te pioche, je te fais danser la malaisée.

(Paillet)

Larchey, 1865 : Travailler assidûment. V. d’Hautel, 1808.

Tu peux piocher douze heures par jour… une colonne de feuilleton par heure.

(L. Reybaud)

Delvau, 1866 : v. a. et n. Étudier avec ardeur, se préparer sérieusement à passer ses examens, — dans l’argot des étudiants. Piocher son examen. Se préparer à le bien passer.

Delvau, 1866 : v. a. Battre, donner des coups à quelqu’un, — dans l’argot des faubouriens. Se piocher. Se battre.

Delvau, 1866 : v. n. Avoir recours au tas, — dans l’argot des joueurs de dominos, dont la main fouille ce tas. On dit aussi Aller à la pioche.

Rigaud, 1881 : Travailler avec ardeur. — Battre. — Voler à la tire.

La Rue, 1894 : Voler à la tire. Battre. Travailler avec ardeur. La pioche, le travail.

Virmaître, 1894 : Travailler dur et ferme.
— Je pioche mon examen.
Piocher est synonyme de fouiller.
Allusion à l’ouvrier qui fouille la terre en la piochant (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Beaucoup travailler.

France, 1907 : Manquer de dominos et aller au tas.

France, 1907 : Travailler avec ardeur. On dit aussi « se mettre à la pioche ». Le temps de pioche est les deux ou trois semaines qui séparent des examens.

France, 1907 : Voler à la tire ; argot des voleurs.

Pomponnette

France, 1907 : Chanson grivoise.

Le second candidat, député sortant, est le docteur Dumuffle, opportuniste ou radical, on ne sait pas au juste — en tout cas, personnage officiel.
Enfant du pays, il s’est, jadis, longtemps attardé au quartier Latin, où personne ne lui damait le pion pour chanter une pomponnette jusqu’à 2 heures du matin, au fond d’une brasserie, devant une pile de ronds de feutre rappelant l’architecture de la colonne Trajane.

(François Coppée)

Poser un factionnaire

France, 1907 : Laisser un souvenir…

En un lieu écarté
Où, pour se mettre à l’aise, ou à la liberté.

À propos de ce genre de factionnaires, le commandant A. Longuet raconte dans ses Méditations de caserne une crânerie entre des milliers que nos soldats firent pendant la guerre d’Espagne. Il s’agit d’un sous-officier du 6e léger. « Ce régiment passait en vue des avant-postes anglais ; un sergent quitte la colonne, et s’avance à portée de pistolet d’une vedette. Il met sac à terre, tourne le dos à l’ennemi, et prend cette position où les genoux sont plus élevés que la partie sur laquelle on s’assoit. L’Anglais, irrité d’un pareil outrage, arrive au galop, croyant avoir bon marché du provocateur. Celui-ci se redresse, toutes voiles déployées, et, sans bouger un pied, fait face en arrière par le haut du corps, ajuste et couche le cavalier ; puis il continue… son factionnaire. »

Poularde

Rigaud, 1881 : Fille, femme ou veuve plus ou moins entretenue.

On les appelle poulardes depuis hier, ce qui est plus joli que belles-petites.

(La Vie moderne, du 12 juin 1880)

Jusqu’à présent, ni l’un ni l’autre de ces deux vocables, nés autour d’une table de rédaction, n’a encore dépassé les colonnes de certains journaux ; ni l’un ni l’autre ne semble avoir beaucoup de chance de vitalité.

France, 1907 : Femme entretenue ; argot populaire.

Rambuteau

Larchey, 1865 : Guérite-urinoir — Du préfet qui en a doté la voie publique.

Delvau, 1866 : s. m. Colonne ad usum lotii des promeneurs, établie le long de nos boulevards sous l’édilité du comte de Rambuteau.

Rigaud, 1881 : Urinoir public en forme de minaret. Gracieuse attention de l’ancien préfet de la Seine, M. de Rambuteau, qui a attaché son nom à ces utiles guérites à dôme, aujourd’hui, en partie, remplacées par les cuirassés.

France, 1907 : Urinoir public, du nom du préfet de la Seine qui en décréta l’installation.

Sonner son fils

Delvau, 1864 : Se branler. — L’expression, très juste comme image, a été trouvée par une dame ; Mme Octave, actrice du Vaudeville. On dit encore : Agacer le sous-préfet, se balancer le Chinois, Crier Vive l’empereur, Se donner une Saragosse, Se polir la colonne, Épouser la veuve Poignet, Se coller une douce.

Taper sur la colonne (se)

France, 1907 : Se livrer à l’onanisme.

Il ne manquait pourtant pas de donzelles, le due d’Angoulême, et il pouvait se payer les plus chouettes de France et de Navarre, mais va te faire fiche, le salaud aimait mieux se taper sur la colonne.

(Les Joyeusetés du régiment)

Tartine

Larchey, 1865 : Elle avait le défaut d’employer de ces immenses phrases lardées de mots emphatiques, si ingénieusement nommées des tartines dans l’argot du journalisme.

(Balzac)

Pardonne-moi la longue tartine que je viens de te faire avaler, et sur laquelle j’étale depuis une heure les confitures de mon éloquence.

(Th. Gautier)

Delvau, 1866 : s. f. Article bon ou mauvais, mais surtout mauvais. Argot des journalistes. Signifie aussi Long discours, homélie ennuyeuse. Débiter des tartines. Parler longtemps.

Rigaud, 1881 : Long couplet de prose ou de vers, — dans le jargon des comédiens. — Long, filandreux et soporifique article politique, — dans le jargon des journalistes. Allusion à la longue tranche de pain enduite de confiture.

Hayard, 1907 : Chaussures.

France, 1907 : Article de journal. « La tartine, dit Edmond Texier, est cette chose en deux ou trois colonnes qu’on nomme le plus communément le premier-Paris. C’est le filet de bœuf à la jardinière du journal. » C’est n’importe quel article long et ennuyeux.

Tatouille

Delvau, 1866 : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Grêle de coups.

France, 1907 : Défaite, pour ratatouille, bouillie.

Figurez-vous que cette tatouille d’Iéna, en 1806, fut déjà elle-même une « revanche ». Il n’y a que cela, des « revanches », dans la vie militaire du roseau pensant. Qui n’est pas vaincu est vainqueur, et ça recommence ! Donc la tatouille d’Iéna (1806) était une réplique du tac au tac à une autre tatouille, intitulée Rosbach, que Le Dieu des armées, toujours distrait, nous avait flanquée en 1757, un 5 novembre, soit quarante-neuf autres années auparavant. À preuve que le grand Napoléon, quand il entra plus tard dans Berlin, sur son cheval blanc, fit démolir une colonne érigée à la commémoration insolente de ladite précédente tatouille.

(Émile Bergerat)

Grêle de coups.

Alors, avec un galbe époilant, sans même se donner la peine de retrousser leurs manches, les deux prolos administrèrent aux poulards une de ces tatouilles qui font époque dans l’existence d’un policier.

(Le Père Peinard)

Théâtre de la nature

Delvau, 1864 : Le con, où le vit a ses entrées comme acteur ou protecteur, en payant soit de son argent, soit de sa bonne mine. Ce théâtre a pour avant-scènes deux colonnes de marbre blanc ; il ne possède qu’un seul décor, lequel représente un buisson avec une fontaine au milieu. Le trou du souffleur est par derrière, ainsi que l’orchestre, composé d’un seul musicien qui exécute avec un instrument à vent une ouverture sur les motifs de : sentir avec ardeur. Quand l’acteur principal entre en scène, il a toujours l’aspect dur et imposant ; il a avec lui deux confidents, deux amis inséparables qui l’attendent dans la coulisse. Quand l’acteur quitte la scène, il est triste et abattu… il pleure. La directrice est libre de donner plusieurs représentations de suite, et, pour peu que l’acteur principal la trouve aimable, et à son gré, plein de verve et d’éloquence, il rentre en scène avec un nouveau transport, — à moins de raisons majeures. — Tous les mois, le théâtre fait relâche. Il l’annonce par une affiche rouge sur laquelle tort applique une bande blanche. Pendant ce temps, l’acteur est libre de donner des représentations en ville, mais, gare à lui… Souvent il se fatigue, revient malade… Alors la directrice se plaint et l’administration coule ! Nota ; La directrice accorde quelquefois des entrées de faveur.

Tornade

France, 1907 : Ouragan, trompe ; terme de marine, du portugais tornado, dérivé de tornar, tourner.

Il y eut sur les hauteurs ce que les marins appellent une tornade, ce que le commun des mortels connait sous le nom de trompe. La neige se forma en colonne qui tournait et se tassait à mesure, avancant de l’est à l’ouest, menaçante, terrible !… C’était simplement l’avalanche qui accomplissait son œuvre. Effet singulier ! Il venait de se former sur les sommets inaccessibles, quelque chose de pareil à une immense boule qui conumençait à descendre sur les fonds et qui ramassait sur son passage toute la neige tombée pendant l’hiver.

(Adolphe d’Ennery, La Grâce de Dieu)

Trois glorieuses (les)

France, 1907 : Les trois journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, où la monarchie constitutionnelle succéda à celle de droit divin. Il était d’usage que chaque année les survivants des combattants se rendissent à la place de la Bastille pour déposer des couronnes sur le socle de la colonne. Le 29 juillet 1897, il ne restait plus que six de ces combattants.

Vendôme (avoir astiqué la colonne à la gourmette)

Merlin, 1888 : Fumisterie de loustic s’adressant à un bleu.

Vieux-aux-trottins

France, 1907 : Vieillard qui suit les fillettes.

Échelonnés par deux, par trois, par quatre à droite et à gauche de la rue bruyante, sous les larges portes cochères, devant les magasins, à côté des kiosques, aux abords de la place où si haute, entourée d’hôtels muets, s’élance la Colonne, telle en l’obscurité qu’une étrange borne phallique dominant les luxures déchainées, les vieux-aux-trottins passent et repassent, attendant celles qui ont tiré l’aiguille tout le jour dans les ateliers empuantis.

(René Maizeroy)

Vulgum pecus

France, 1907 : La foule, littéralement le troupeau vulgaire, ce que Thiers appelait la vie multitude.

Ce qui m’a réussi, c’est que j’ai toujours suivi mon petit bonhomme de chemin, sans m’inquiéter des propos du vulgaire — je dis vulgaire par manière de parler, car n’étant qu’un humble prêtre, je dois passer moi-même aux yeux de mes supérieurs pour un des membres du vulgum pécus, mais tout varie et change d’aspect suivant le point de vue où l’on est placé.

(Hector France, Confession de l’abbé Ledru)

Eh bien ! sais-tu pourquoi les portiques des palais romains souffrent beaucoup plus de cet inconvénient que les masures du Transtévère ?… C’est que le peuple, le vulgum pécus, souille de préférence ce qui est beau, noble, élégant, riche et somptueux. S’il veut rendre à la terre le tribut de ses ondes, entre un coin sordide et obscur et le fût d’une belle colonne de marbre on de porphyre, un maroufle n’hésitera pas. C’est l’œuvre d’art qu’il honorera de ses faveurs malodorantes. En cela, il obéit à ses instincts. C’est ainsi qu’un maçon tout couvert de plâtre, s’il trouve le moyen de gâter, sans risquer les coups de bâton, un pourpoint de velours ou une robe de brocard, n’aura garde d’y manquer. Il se frottera de son mieux à l’homme bien ajusté ou à la dame bien couverte et croira s’être nettoyé en salissant autrui…

(Simon Boubée, La Jeunesse de Tartufe)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique