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Accident

d’Hautel, 1808 : C’est un malheur causé par un accident. Phrase burlesque et facétieuse, usitée en parlant d’un léger accident, d’une chose que l’on peut aisément réparer.

Delvau, 1864 : Manque d’haleine dans le discours amoureux ; hasard malencontreux qui fait tomber (accidere, ad cadere) le membre viril au moment même où il devrait relever le plus orgueilleusement sa tête chauve.

La malheureuse Hortense
Vient de perdre, à Paphos,
Un procès d’importance
Qu’on jugeait à huis-clos ;
Son avocat, dit-elle,
Resta court en plaidant :
Voilà ce qui s’appelle
Un accident.

(Collé)

France, 1907 : Pêché ou crime, suivant le point de vue où l’on se place ou la position sociale de celui qui l’a commis. Ainsi, le petit baron de X a fait un faux, c’est un accident de jeunesse ; le ministre Y a barbotté dans les deniers publics, c’est un accident de l’âge mûr ; l’évêque Z a violé sa nièce, c’est un accident de vieillesse. Qui n’a pas eu peu ou prou dans sa vie quelque petit accident ?

Pauvre Paterne ! Il est tout aussi intéressant que les autres de la pléiade, peut-être même l’est-il davantage. Pourquoi le chef de l’école décadente — il y a une école décadente, oui, monsieur, — si plein d’indulgence pour ce qu’il appelle les « accidents » de Verlaine, est-il si implacable pour le tourneur de rondels, son collaborateur, qui n’a commis d’autre crime que de déménager une amie à la cloche de bois ?

(« Germinal », Mot d’Ordre)

Aides (aller à la cour des)

Rigaud, 1881 : Une femme va à la cour des aides, lorsqu’elle donne un ou plusieurs collaborateurs à son mari. L’expression date du dix-huitième siècle.

Canne

un détenu, 1846 : Surveillance Imposée par un jugement ; casser la canne : rompre la surveillance ou son ban.

Delvau, 1866 : s. f. Congé, renvoi plus ou moins poli, — dans l’argot des gens de lettres, dont quelques-uns ont une assez jolie collection de ces rotins. Offrir une canne. Prier un collaborateur de ne plus collaborer ; l’appeler à d’autres fonctions, toutes celles qu’il voudra — mais ailleurs.

Delvau, 1866 : s. f. Surveillance de la haute police, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Démission donnée à un rédacteur de journal. Mot à mot : lui offrir sa canne pour le voir partir.

Rigaud, 1881 : Surveillance de la haute police.

Il y a la canne majeure et la canne mineure.

(L. Larchey)

Être en canne, résider dans une localité désignée ; se dit d’un libéré.

France, 1907 : Surveillance de la haute police et, par la suite, individu sous ladite surveillance ; récidiviste.

— Mais à propos, quels gens appelez vous vieilles cannes ?
— Les repris de justice.
— Et bâtons rompus ?
— Les surveillés de la haute police, en rupture de ban.

(Louis Barron)

Être en canne, c’est, pour un libéré, habiter une localité que l’autorité lui désigne. S’il quitte cette localité sans autorisation, s’il rompt son ban, il casse sa canne.
Congé : flanquer sa canne à quelqu’un, c’est le renvoyer. On dit aussi : offrir une canne.

Ciseaux (rédacteur aux)

Rigaud, 1881 : Journaliste chargé du découpage des journaux. C’est celui qui prend aux autres feuilles, en les citant ou ne les citant pas, ce qu’il y trouve de plus saillant, de plus en rapport avec la nuance de son journal.

Messieurs, disait un rédacteur en chef à ses collaborateurs, vous êtes tous les mêmes, vous ne lisez du journal que ce que vous faites. — Pas toujours, répondit un des interpellés, quand nous coupons, nous ne lisons jamais.

Collabo

France, 1907 : Collaborateur.

X… vient de faire jouer, en collaboration avec Z…, une pièce qui n’a obtenu qu’un demi-succès.
— Quelle a été, dans cette pièce, la part de votre collaborateur ? demande-t-on à X…
— Nous avons eu part égale, répond X… Moi, j’ai été le collabo, et Z…, le rateur.

 

Rabier et Jacquemart,
Deux bons parlementaires,
Sont de notre canard
Collabos ordinaires.
L’docteur Avold, ici,
Vous tir’ sa révérence.
Sans omettre Hector France
Qui vous salue aussi.

(Henri Buguet, La Nation)

Enflaqué (être)

Virmaître, 1894 : Enfermé, emprisonné (Argot des voleurs).

France, 1907 : Ennuyé. Être dans une mauvaise affaire. Être emprisonné ou condamné.

Le lendemain, suivant un usage immémorial parmi les voleurs lorsqu’un de leurs collaborateurs est enflaqué, Vidocq lui envoya une miche ronde de quatre livres, un jambonneau, et un petit écu.

(Marc Mario et Louis Launay)

Faire de la toile

Rigaud, 1881 : Perdre la mémoire, oublier le texte et improviser, en attendant le secours du souffleur, — dans le jargon des coulisses. Frédérick Lemaître faisait souvent de la toile, et il faut avouer que, presque toujours, sa version était préférable à celle de l’auteur. Un jour, à la répétition générale d’une pièce de Barrière, comme il faisait de la toile : « Faites attention, lui dit le collaborateur de madame de Prébois, vous marchez dans ma prose. » Frédérick s’arrête, le toise, et avec cette ampleur de geste qui le caractérisait : « On prétend, répond-il, que ça porte bonheur. »

Gagatisme

France, 1907 : État du gaga.

Le roman tend à devenir charcotique ; tout écrivain, avide de succès immédiat, de plus d’argent que de gloire, choisit pour collaborateur le médecin spécialiste : ça s’appelle le roman scientifique. C’est en général plus mortellement ennuyeux que les aventures de La Calprenède et c’est aussi dégoûtant que les planches d’anatomie. C’est le gagatisme littéraire.

(Caribert, Paris)

Gogo

d’Hautel, 1808 : Avoir de tout à gogo. Pour avoir abondamment tout ce que l’on peut désirer ; être très à son aise ; être à même de se procurer les jouissances de la vie.

Larchey, 1865 : Dupe, homme crédule, facile à duper. — Abréviation du vieux mot gogoyé : raillé, plaisanté. V. Roquefort. — Villon paraît déjà connaître ce mot dans la ballade où il chante les charmes de la grosse Margot qui…Riant, m’assit le point sur le sommet, Gogo me dit, et me lâche un gros pet.

C’est en encore ces gogos-là qui seront les dindons de la farce.

(E. Sue)

Avec le monde des agioteurs, il allèche le gogo par l’espoir du dividende.

(F. Deriège)

Delvau, 1866 : s. m. Homme crédule, destiné à prendre des actions dans toutes les entreprises industrielles, même et surtout dans les plus véreuses, — chemins de fer de Paris à la lune, mines de café au lait, de charbon de bois, de cassonnade, enfin de toutes les créations les plus fantastiques sorties du cerveau de Mercadet ou de Robert Macaire. À propos de ce mot encore, les étymologistes bien intentionnés sont partis à fond de train vers le passé et se sont égarés en route, — parce qu’ils tournaient le dos au poteau indicateur de la bonne voie. L’un veut que gogo vienne de gogue, expression du moyen âge qui signifie raillerie : l’autre trouve gogo dans François Villon et n’hésite pas un seul instant à lui donner le sens qu’il a aujourd’hui. Pourquoi, au lieu d’aller si loin si inutilement, ne se sont-ils pas baissés pour ramasser une expression qui traîne depuis longtemps dans la langue du peuple, et qui leur eût expliqué à merveille la crédulité des gens à qui l’on promet qu’ils auront tout à gogo ? Ce mot « du moyen âge » date de 1830-1835.

Rigaud, 1881 : Niais, nigaud ; abréviation et redoublement de la dernière syllabe de nigaud. Gogo pour gaudgaud. — Quelques écrivains l’ont, par raillerie, employé comme synonyme d’actionnaire. C’est le nom d’un actionnaire récalcitrant dans la pièce de Robert-Macaire.

La Rue, 1894 : Niais, dupe.

France, 1907 : Homme crédule, dupe, proie des gens d’affaires et des lanceurs d’affaires ; du vieux français gogaille, sottise, simplicité, « Paris est peuplée de gogos. » M. Gogo est un personnage de Robert Macaire et passa dans la circulation à l’époque de la grande vogue de cette pièce, c’est-à-dire de 1830 à 1835, mais le mot existait déjà depuis longtemps, puisqu’on le trouve dans une ballade de François Villon, où, raconte-t-il, la grosse Margot,

Riant, m’assit le poing sur le sommet,
Gogo me dit, et me lâche un gros pet.

En 1844, Paul de Kock donna un roman sous le titre : La Famille Gogo, et sous le même titre, en 1859, un vaudeville en cinq actes.

Avez-vous vu jouer Robert Macaire ? ou avez-vous lu ? Car il y a, sous des titres divers, Robert Macaire, pièce, et Robert Macaire, roman. Avant même que l’inventeur de cette extraordinaire et féroce bouffonnerie, inventeur resté mystérieux, — je ne m’en tiens pas aux auteurs qu’affirmait l’affiche ou la couverture, et, en tout cas, ils ont eu pour collaborateur quelqu’un qui avait plus de génie que Benjamin Entier et même que Frédérick-Lemaître. M. Tout-le-Monde ! — avant même que cette atroce farce eût popularisé Gogo, le type, sous d’autres noms, en était banal au théâtre ; car la bêtise crédule est une des formes éternelles de l’humanité. Les dieux le savent bien, et les financiers aussi.

(Catulle Mendès)

Vers minuit, la partie commençait à devenir sérieuse ; à peine si la rumeur du boulevard produisait une légère émotion parmi les membres présents, pour la plupart desquels le mot de patrie n’existe pas, car la patrie pour eux, c’était le pays où l’on peut, le plus impunément, détrousser le gogo d’une façon quelconque.

(Théodore Cahu, Vendus à l’ennemi)

Attaquer une diligence,
En ce temps de chemins de fer,
Impossible. On met, c’est moins cher
Monsieur Gege dans l’indigence,
On pousse d’infectes valeurs,
Des métaux on annonce l’ère…
C’est bien mesquin. Tout dégénère
Aujourd’hui, — même les voleurs.

(Don Caprice, Gil Blas)

Les aventures d’Arton, aussi bien dans le monde de la finance que dans le monde galant, sont banales, et mille Parisiens les ont vécues. Seulement, lui les a vécues toutes ensemble. Il brassait les affaires comme il embrassait ses maîtresses, vingt-deux à la fois. Ce fut un type. Il a sombré — tandis que plusieurs de ses collègues en escroquerie, plusieurs de ceux qui, dans cette gigantesque odyssée du Panama, se sont enrichis avec la bonne galette des gogos, tiennent aujourd’hui le haut du pavé, font de la poussière, commanditent celui-ci, asservissent celui-là, bavardent avec les ministres et consentent à ce que certains députés et certains journalistes ramassent les miettes de leur table.

(Pédrille, L’intransigeant)

Panamitard

France, 1907 : Panamiste.

Un de nos collaborateurs racontait de quelle façon, en Chine, on puni les concussionnaires. Le châtiment infligé aux panamitards de l’Empire du Milieu est bien fait pour dégoûter à jamais ces tripoteurs de toute compromission véreuse.
Cent bons coups de trique sous la plante des pieds, il n’y a encore rien de tel pour rendre délicats les plus éhontés coquins.
La pente du vice est rapide, disent les moralistes, et les chutes sont fréquentes ; d’accord ! Mais lorsqu’on songe qu’au bas de ladite pente se tient un grand Kalmouk armé d’un imposant bambou bien sec et bien solide, on regarde à deux fois avant de se lasser choir.

(Mot d’Ordre)

Et tous les panamitards de l’aquarium de battre les nageoires en signe d’approbation aux paroles du grand dispensateur des fonds secrets.

(La Révolte)

Pressier

France, 1907 : Imprimeur.

Il y a des ignorants qui confondent le compositeur avec l’imprimeur. Gardez-vous-en bien !… L’imprimeur proprement dit, le pressier, est un être brut, grossier, un ours, ainsi que le nomment (ou plutôt le nommaient) les compositeurs. Entre les deux espèces, la démarcation est vive et tranchée… La blouse et le bonnet de papier ont souvent maille à partir ensemble, et pourtant ils ne peuvent exister l’un sans l’autre ; le compositeur est la cause, l’imprimeur l’effet. La blouse professe un mépris injurieux pour ce collaborateur obligé qu’elle foule sous ses pieds ; car les imprimeurs, avec leurs lourdes presses, sont relégués à l’étage inférieur.

(Jules Ladimir)

Le pressier a maintenant disparu de presque toutes les imprimeries, où il est remplacé par le conducteur de machines.

Quart d’auteur

Delvau, 1866 : s. m. Collaborateur pour un quart dans une pièce de théâtre. Argot des coulisses.

Rigaud, 1881 : Collaborateur de naissance, celui qui n’a jamais fait une pièce à lui seul. Collaborateur qui fait… les courses, et ce n’est pas le moins utile quelquefois, ni celui qui a le moins d’esprit.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique