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Argotier

Vidocq, 1837 : s. m. — Celui qui parle argot, sujet du grand Coësré. (Voir ce mot.)

Delvau, 1866 : s. m. Voleur, — dont l’argot est la langue naturelle.

France, 1907 : L’antiquité nous apprend, et les docteurs de l’argot nous enseignent qu’un roi de France ayant établi des foires à Niort, Fontenay et autres lieux du Poitou, plusieurs personnes se voulurent mêler de la mercerie ; pour remédier à cela, les vieux mercies s’assemblèrent, et ordonnèrent que ceux qui voudraient, à l’avenir, être merciers, se feraient recevoir par les anciens, nommant et appelant les petits marcelots, pêchons, les autres melotiers-hure. Puis ordonnèrent un certain langage entre eux, avec quelques cérémonies pour être tenues par les professeurs de la mercerie. Il arriva que plusieurs merciers mangèrent leurs balles ; néanmoins ils ne laissèrent pas d’aller aux susdites foires, où ils trouvèrent grande quantité de pauvres gueux et de gens sans aveu, desquels ils s’accostèrent, et leur apprirent leur langage et cérémonies. Des gueux, réciproquement, leur enseignèrent charitablement à mendier. Voilà d’où sont sortis tant de braves et fameux Argotiers, qui établirent l’ordre qui suit :
Premièrement, ordonnèrent et établirent un chef ou général qu’ils nommèrent Grand-Coëre ; quelques-uns le nommèrent roi des Tunes, qui est une erreur : c’est qu’il y a eu un homme qui a été Grand-Coëre trois ans, qu’on appelait roi de Tunes, qui se faisait trainer par deux grands chiens dans une petite charrette, lequel a été exécuté dans Bordeaux pour ses méfaits. Et après ordonnèrent dans chaque province un lieutenant qu’ils nommèrent Cagou, les Archisuppôts de l’Argot, les Narquois, les Orphelins, les Milliards, les Marcandiers, les Riffodes, les Malingreux, les Capons, les Piètres, les Polissons, les Francs-Migoux, les Callots, les Sabuleux, les Hubins, les Coquillards, les Courtaux de Boutanches et les Convertis, tous sujets du Grand-Coëre, excepté les Narquois, qui ont secoué le joug de l’obéissance.

J’aime un argotier au mufle de fauve,
Aux yeux de vieil or, aux reins embrasés,
Qui seul fait craquer mon lit dans l’alcôve
Et mon petit corps sous ses grands baisers.

(Jean Richepin)

Arguche

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Argot. Jaspiner arguche, parler argot.

Vidocq, 1837 : s. m. abst. — Argot. Jargon des voleurs et des filous, qui n’est compris que par eux seuls ; telle est du moins la définition du Dictionnaire de l’Académie. Cette définition ne me paraît pas exacte ; argot, maintenant, est plutôt un terme générique destiné à exprimer tout jargon enté sur la langue nationale, qui est propre à une corporation, à une profession quelconque, à une certaine classe d’individus ; quel autre mot, en effet, employer pour exprimer sa pensée, si l’on veut désigner le langage exceptionnel de tels ou tels hommes : on dira bien, il est vrai, le jargon des petits-maîtres, des coquettes, etc., etc., parce que leur manière de parler n’a rien de fixe, d’arrêté, parce qu’elle est soumise aux caprices de la mode ; mais on dira l’argot des soldats, des marins, des voleurs, parce que, dans le langage de ces derniers, les choses sont exprimées par des mots et non par une inflexion de voix, par une manière différente de les dire ; parce qu’il faut des mots nouveaux pour exprimer des choses nouvelles.
Toutes les corporations, toutes les professions ont un jargon (je me sers de ce mot pour me conformer à l’usage général), qui sert aux hommes qui composent chacune d’elles à s’entendre entre eux ; langage animé, pittoresque, énergique comme tout ce qui est l’œuvre des masses, auquel très-souvent la langue nationale a fait des emprunts importans. Que sont les mots propres à chaque science, à chaque métier, à chaque profession, qui n’ont point de racines grecques ou latines, si ce ne sont des mots d’argot ? Ce qu’on est convenu d’appeler la langue du palais, n’est vraiment pas autre chose qu’un langage argotique.
Plus que tous les autres, les voleurs, les escrocs, les filous, continuellement en guerre avec la société, devaient éprouver le besoin d’un langage qui leur donnât la faculté de converser librement sans être compris ; aussi, dès qu’il y eut des corporations de voleurs, elles eurent un langage à elles, langage perdu comme tant d’autres choses.
Il n’existe peut-être pas une langue qui ait un point de départ connu ; le propre des langues est d’être imparfaites d’abord, de se modifier, de s’améliorer avec le temps et la civilisation ; on peut bien dire telle langue est composée, dérive de telles ou telles autres ; telle langue est plus ancienne que telle autre ; mais je crois qu’il serait difficile de remonter à la langue primitive, à la mère de toutes ; il serait difficile aussi de faire pour un jargon ce qu’on ne peut faire pour une langue ; je ne puis donc assigner une date précise à la naissance du langage argotique, mais je puis du moins constater ces diverses époques, c’est l’objet des quelques lignes qui suivent.
Le langage argotique n’est pas de création nouvelle ; il était aux quatorzième, quinzième et seizième siècles celui des mendians et gens de mauvaise vie, qui, à ces diverses époques, infestaient la bonne ville de Paris, et trouvaient dans les ruelles sombres et étroites, alors nommées Cour des Miracles, un asile assuré. Il n’est cependant pas possible d’en rien découvrir avant l’année 1427, époque de la première apparition des Bohémiens à Paris, ainsi l’on pourrait conclure de là que les premiers élémens de ce jargon ont été apportés en France par ces enfans de la basse Égypte, si des assertions d’une certaine valeur ne venaient pas détruire cette conclusion.
Sauval (Antiquités de Paris, t. 1er) assure que des écoliers et des prêtres débauchés ont jeté les premiers germes du langage argotique. (Voir Cagoux ou Archi-suppôt de l’argot.)
L’auteur inconnu du dictionnaire argotique dont il est parlé ci-dessus, (voir Abbaye ruffante), et celui de la lettre adressée à M. D***, insérée dans l’édition des poésies de Villon, 1722, exemplaire de la Bibliothèque Royale, pensent tous deux que le langage argotique est le même que celui dont convinrent entre eux les premiers merciers et marchands porte-balles qui se rendirent aux foires de Niort, de Fontenay et des autres villes du Poitou. Le docteur Fourette (Livre de la Vie des Gueux) est du même avis ; mais il ajoute que le langage argotique a été enrichi et perfectionné par les Cagoux ou Archi-Suppôts de l’Argot, et qu’il tient son nom du premier Coësré qui le mit en usage ; Coësré, qui se nommait Ragot, dont, par corruption, on aurait fait argot. L’opinion du docteur Fourette est en quelque sorte confirmée par Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans, qui écrivait sous les règnes de François Ier et de Henri II, qui assure que de son temps le roi ou le chef d’une association de gueux qu’il nomme Belistres, s’appelait Ragot. (Voir Dialogues de Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans. À Rouen, chez Martin Lemesgissier, près l’église Saint-Lô, 1589, exemplaire de la Bibliothèque Royale, no 1208.)
La version du docteur Fourette est, il me semble, la plus vraisemblable ; quoi qu’il en soit, je n’ai pu, malgré beaucoup de recherches, me procurer sur le langage argotique des renseignemens plus positifs que ceux qui précèdent. Quoique son origine ne soit pas parfaitement constatée, il est cependant prouvé que primitivement ce jargon était plutôt celui des mendians que celui des voleurs. Ces derniers, selon toute apparence, ne s’en emparèrent que vers le milieu du dix-septième siècle, lorsqu’une police mieux faite et une civilisation plus avancée eurent chassé de Paris les derniers sujets du dernier roi des argotiers.
La langue gagna beaucoup entre les mains de ces nouveaux grammairiens ; ils avaient d’autres besoins à exprimer ; il fallut qu’ils créassent des mots nouveaux, suivant toujours une échelle ascendante ; elle semble aujourd’hui être arrivée à son apogée ; elle n’est plus seulement celle des tavernes et des mauvais lieux, elle est aussi celle des théâtres ; encore quelques pas et l’entrée des salons lui sera permise.
Les synonymes ne manquent pas dans le langage argotique, aussi on trouvera souvent dans ce dictionnaire plusieurs mots pour exprimer le même objet, (et cela ne doit pas étonner, les voleurs étant dispersés sur toute l’étendue de la France, les mots, peuvent avoir été créés simultanément). J’ai indiqué, toutes les fois que je l’ai pu, à quelle classe appartenait l’individu qui nommait un objet de telle ou telle manière, et quelle était la contrée qu’il habitait ordinairement ; un travail semblable n’a pas encore été fait.
Quoique la syntaxe et toutes les désinences du langage argotique soient entièrement françaises, on y trouve cependant des étymologies italiennes, allemandes, espagnoles, provençales, basques et bretonnes ; je laisse le soin de les indiquer à un philologue plus instruit que moi.
Le poète Villon a écrit plusieurs ballades en langage argotique, mais elles sont à-peu-près inintelligibles ; voici, au reste, ce qu’en dit le célèbre Clément Marot, un de ses premiers éditeurs  : « Touchant le jargon, je le laisse exposer et corriger aux successeurs de Villon en l’art de la pince et du croc. »
Le lecteur trouvera marqué d’un double astérisque les mots extraits de ces ballades dont la signification m’était connue.

Delvau, 1866 : s. m. Argot. Arguche, arguce, argutie. Nous sommes bien près de l’étymologie véritable de ce mot tant controversé : nous brûlons, comme disent les enfants.

Rigaud, 1881 : Argot, avec changement de la dernière syllabe.

Rigaud, 1881 : Niais, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Argot du vieux mot argu, ruse, finesse, dont on a fait argutie.

Cagou

Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Voleur solitaire.

Delvau, 1866 : s. m. Voleur solitaire, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Chef de voleurs. Voleur se portant caution pour un nouveau venu.

France, 1907 : Professeur de vol, initiateur de jeunes filous. Le mot est vieux et exprimait un grade dans la hiérarchie des argotiers.

Les cagous sont interrogés, s’ils ont été soigneux de faire observer l’honneur dû au Grand-Coësre ; s’ils ont montré charitablement à leur sujets les tours du métier ; s’ils ont dévalisé les argotiers qui ne voulaient reconnaître le Grand-Coësre, et combien ils leur ont été…

(Le Jargon de l’argot)

Cagou, cagoux

Rigaud, 1881 : Dignitaire à la cour du grand Coësre ; dignité disparue, dignitaire éclipsé aujourd’hui. Dans le royaume argotique, les cagoux étaient des professeurs d’argot au double point de vue de la théorie et de la pratique. Ils portaient le titre d’archi-suppôts. D’après Graudval, le cagou était un voleur qui opérait seul : misanthropie et escamotage.

Cagoux, archi-suppôt de l’argot

Vidocq, 1837 : S’il faut croire les historiens du temps, et particulièrement Sauval, le royaume argotique était mieux organisé que beaucoup d’autres, car le grand Coësré n’accordait les dignités de l’empire qu’à ceux de ses sujets qui s’en étaient montrés dignes, soit par leurs capacités, soit par les services qu’ils avaient rendus ; aussi n’était-ce que très-difficilement que les argotiers obtenaient le titre de Cagoux, ou Archi-Suppôt de l’Argot.
Les Cagoux étaient, pour la plupart, des écoliers chassés des divers collèges de Paris, des moines qui avaient jeté le froc aux orties, et des prêtres débauchés. Le nom de Cagoux vient probablement de la cagoule, espèce de capuchon adapté à leur juste-au-corps, et dont ils avaient l’habitude de se couvrir la tête lorsqu’ils ne voulaient pas être connus.
Les Cagoux se faisaient passer pour des personnes de condition ruinées par quelque malheur imprévu, et leur éloquence leur donnait les moyens d’extorquer aux bonnes âmes des aumônes quelquefois considérables.
Les Cagoux étaient chargés, par le grand Coësré, de la conduite des novices, auxquels ils devaient apprendre le langage argotique et les diverses ruses du métier d’argotier.
Ce n’était qu’après un noviciat de quelques semaines, durant lesquelles il était rudement battu, afin que son corps se fit aux coups, que le novice était admis à fournir aux argotiers réunis sous la présidence de leur monarque, le premier des deux chefs-d’œuvre qui devaient lui valoir l’accolade fraternelle ; à cet effet, une longue corde, à laquelle étaient attachées une bourse et une multitude de petites clochettes, descendait du plafond d’une vaste salle ; le novice, les yeux bandés, et se tenant seulement sur une jambe, devait tourner autour de la corde et couper la bourse, sans que les clochettes tintassent ; s’il réussissait, il était admis à faire le second chef-d’œuvre ; dans le cas contraire, il était roué de coups et remis aux Cagoux jusqu’à ce qu’il fût devenu plus adroit.
Le lendemain les Cagoux accompagnaient dans un lieu de réunion publique celui qui était sorti victorieux de la première épreuve, et lorsqu’ils avaient avisé un bourgeois portant, suivant la coutume du temps, sa bourse suspendue à sa ceinture, ils lui ordonnaient d’aller la couper ; puis, s’adressant à ceux qui se trouvaient là  : Voilà, disaient-ils, un homme qui va voler la bourse de ce bourgeois, ce qui avait lieu en effet. Le pauvre novice alors était encore battu, non-seulement par les spectateurs désintéressés, mais encore par ses compagnons, qui, cependant, trouvaient le moyen de protéger sa fuite lorsqu’à la faveur du tumulte qu’ils avaient fait naître, ils avaient fait une ample moisson dans les poches des bons habitans de Paris. (Voir le premier volume de l’excellent roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris.)

Callots

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Teigneux.

Vidocq, 1837 : s. m. — Sujets du grand Coësré, qui allaient mendiant par les rues de l’ancien Paris ; ils feignaient d’être récemment guéris de la teigne, et de venir de Sainte-Reine. « Sainte-Chapelle où toutes les années il s’opérait, dit Félibien, un grand nombre de guérisons vraiment miraculeuses. »

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Taigneux.

France, 1907 : Variété de vagabonds.

Les callots sont teigneux, véritables contrefaits.

(Le Jargon de l’argot)

Coesre

Halbert, 1849 : Roi de l’argot.

Coësré

Vidocq, 1837 : s.m. — À chaque pas que l’on faisait dans l’ancien Paris, on rencontrait des ruelles sales et obscures qui servaient de retraite à tout ce que la capitale renfermait de vagabonds, gens sans aveu, mendians et voleurs. Les habitans nommaient ces réduits Cours des Miracles, parce que ceux des mendians qui en sortaient le matin pâles et estropiés, pour aller par la ville solliciter la charité des bonnes âmes, se trouvaient frais et dispos lorsque le soir ils y rentraient.
Le premier de ces asiles, ou Cours des Miracles, qui soit cité par les auteurs qui ont écrit l’histoire et la monographie de la capitale, est la rue du Sablon, dont aujourd’hui il ne reste plus rien ; cette rue, qui était située près l’Hôtel-Dieu, fut fermée en 1511 à la requête des administrateurs de l’hôpital, « pour qu’elle ne servit plus de retraite aux vagabonds et voleurs qui y menaient une vie honteuse et dissolue. »
Cette rue, dès l’an 1227, servait de retraite à ces sortes de gens. Étienne, doyen de Notre-Dame, et le chapitre de Paris, ne voulurent consentir à l’agrandissement de l’hôpital, qu’à la condition expresse qu’il ne serait point fait de porte à la rue du Sablon, du côté du Petit Pont : « De peur que les voleurs qui s’y réfugiaient ne se sauvassent, par cette rue, chargés de leur butin, et que la maison de Dieu ne servit d’asile à leurs vols et à leurs crimes. »
La rue de la Grande Truanderie, fut, après celle du Sablon, la plus ancienne Cour des Miracles ; son nom lui vient des gueux et fripons, qu’à cette époque on nommait truands, qui l’ont habitée primitivement ; la troisième fut établie, vers l’année 1350, dans la rue des Francs-Bourgeois, au Marais. Ce n’est que lorsque la population des gueux eut pris un certain accroissement, qu’ils se répandirent dans les cours : du roi François, près la rue du Ponceau ; Sainte-Catherine, rue de la Mortellerie ; Brisset, Gentien, Saint-Guillaume, puis enfin, Cour des Miracles. Sauval rapporte que de son temps, les rues Montmartre, de la Jussienne, et circonvoisines, étaient encore habitées par des individus mal famés et de mauvaises mœurs. « La Cour des Miracles, dit-il ailleurs, était encore habitée par plus de cinq cents misérables familles ; on voulut, ajoute-t-il, détruire ce cloaque, mais les maçons qui commençaient leurs travaux furent battus et chassés par les gueux, et l’on ne put rien y faire. »
On est étonné, sans doute, de voir dans une ville comme Paris, une aussi formidable assemblée de fripons, cependant rien n’est plus concevable. La police, à cette époque, n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, et s’il faut croire ce que rapporte Louis Vervin, avocat à Paris, dans son ouvrage publié en 1622, intitulé : l’Enfer des Chicaneurs, elle se faisait d’une singulière manière : « Les sergens, dit-il, courent partout pour trouver des coupables, mais s’ils prennent des voleurs, ils les relâchent aussitôt que ceux-ci leur donnent de l’argent. » Ce n’était pas seulement l’incurie de l’administration qui avait donné naissance à la formidable corporation dont le grand Coësré était le chef, le mal avait pris naissance dans l’organisation même de l’État, et dans les événemens du temps. Jusqu’au règne de Louis XI, il n’y eut pas en France d’armée nationale ; le roi avait les archers de sa garde et ses gentilshommes : c’était là tout ; seulement, lorsque la guerre était déclarée, les vassaux de la couronne conduisaient leur contingent au secours du roi, et la campagne terminée, chacun s’en retournait dans ses foyers ; mais les serfs, ou gens de mainmorte, qui avaient acquis dans les camps une certaine expérience, ne se souciaient pas toujours de retourner sur les terres de leurs seigneurs, où ils étaient taillables et corvéables ; ils se débandaient, abandonnaient la bannière, et ceux qui n’allaient pas se joindre aux compagnies franches, qui, à tout prendre, n’étaient en temps de paix que des compagnies de brigands organisés, venaient chercher un asile dans les grandes villes, et principalement dans Paris, où ils se réunissaient aux bohémiens qui y étaient venus en 1427, aux mauvais sujets des universités, aux vagabonds, aux filous, qu’ils ne tardaient pas à imiter. La corporation, par la suite, devint si formidable, qu’elle eut pendant un laps de temps assez long, ses franchises et ses privilèges ; on pouvait bien, lorsqu’on l’avait attrapé, pendre un truand ou un mauvais garçon, mais un archer du guet, à pied ou à cheval, ne se serait pas avisé d’aller le chercher dans une Cour des Miracles, ces lieux étaient des asiles interdits aux profanes, et dont les habitans avaient une organisation pour ainsi dire sanctionnée par la police du temps. Le roi des Argotiers ou de l’Argot, le chef suprême des Courtauds de boutanche, Malingreux, Capons, Narquois, etc., avait une part d’autorité pour le moins aussi belle que celle du prévôt de Paris, part d’autorité que ce dernier avait été, pour ainsi dire, obligé de céder à la force.

Coquillards

anon., 1827 : Pèlerins.

Vidocq, 1837 : s. — Sujets du grand Coësré, qui mendiaient dans les rues de Paris ; ils revenaient, disaient-ils, de Saint-Jacques de Galice ou de la terre sainte, et vendaient très-cher aux bonnes femmes et aux dévots du temps, les coquilles qui étaient attachées au premier collet de leur robe ; de là le proverbe : ne pas donner ses coquilles.

Merlin, 1888 : Cuirassiers.

Courtauds de boutanche

Vidocq, 1837 : s. m. — Sujets du grand Coësré, qui ne mendiaient que l’hiver.

Grand coësre

La Rue, 1894 : Chef de bande.

Grand-coesre

France, 1907 : Chef de bande ; c’était autrefois le roi des mendiants.

Hubins

Vidocq, 1837 : s. m. — Anciens sujets du grand Coësré, qui mendiaient avec des certificats qui attestaient qu’ils avaient été guéris de la rage, et qu’ils allaient en pélerinage à Saint-Hubert.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Malingreux

anon., 1827 : Ceux qui ont de fausses plaies.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Malade.

Bras-de-Fer, 1829 : Qui a de fausses plaies.

Vidocq, 1837 : s. — Ancien sujet du grand Coësré. Il y en avait de deux espèces. Les premiers avaient le ventre dur et gonflé comme des hydropiques ; les seconds montraient aux passans un membre rongé d’ulcères. Les uns et les autres demandaient l’aumône dans les églises ; ils allaient, disaient-ils, en pélerinage à Saint-Merry.

Halbert, 1849 : Ceux qui ont de fausses plaies.

Delvau, 1866 : s. et adj. Souffreteux, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Anciens sujets de la Cour des Miracles, chargés d’exhiber de fausses plaies.

France, 1907 : Faible, chétif. C’était autrefois une variété de mendiants qui simulaient des maladies ou se faisaient des plaies factices.

Malingreux sont ceux qui ont des maux ou plaies dont la plupart ne sont qu’en apparence.

(Le Jargon de l’argot)

Marcandier

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Marchand.

Bras-de-Fer, 1829 : Celui qui a été volé.

Bras-de-Fer, 1829 : Marchand.

Vidocq, 1837 : s. m. — Sujet du grand Coësré. Les Marcandiers étaient, dit Sauval, de grands pendards qui marchaient d’ordinaire avec un bon pourpoint et de mauvaises chausses, criant qu’ils étaient de bons marchands ruinés par la guerre, le feu, ou d’autres accidens imprévus.

Clémens, 1840 / Halbert, 1849 : Marchand.

Larchey, 1865 : Marchand. — On trouve dans Roquefort mercadier. V. Solir, Farre.

Delvau, 1866 : s. m. Marchand, — dans l’argot des voleurs, qui emploient là une expression de la vieille langue des honnêtes gens.

La Rue, 1894 : Marchand.

Virmaître, 1894 : Cette expression désigne les marchands, quel que soit leur commerce (Argot des voleurs).

Marpaut

anon., 1827 : Maître, homme.

Bras-de-Fer, 1829 : Homme, maître.

Vidocq, 1837 : s. m. — Mendiant de l’ancien Paris qui ne voulait pas se soumettre à l’autorité du grand Coësré.

Halbert, 1849 : Maître, homme.

Millard

Vidocq, 1837 : s. m. — Mendiant de l’ancien Paris, qui ne reconnaissait pas l’autorité du grand Coësré.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

France, 1907 : Variété de mendiants qui portent une besace sur leurs épaules et opèrent plus spécialement dans les campagnes.

Millards sont ceux qui trollent sur leur andosse de gros gueulards ; ils truchent plus aux champs qu’aux vergnes, et sont haïs des autres argotiers, parce qu’ils morflent ce qu’ils ont tout seul.

(Le Jargon de l’argot)

Narquois

d’Hautel, 1808 : Pour, fin, subtil, rusé, adroit, trompeur.
Parler narquois. Parler un langage qui n’est compris que de ceux qui sont d’intelligence ensemble pour tromper quelqu’un.

anon., 1827 : Soldat mendiant.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Mauvais soldat.

Bras-de-Fer, 1829 : Soldat mendiant.

Vidocq, 1837 : s. m., ou Homme de la petite flambe — Sujet du grand Coësré qui contrefaisait les soldats estropiés, et mendiait l’épée au côté.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Soldat.

Rigaud, 1881 : Mendiants, voleurs, anciens soldats adonnés à la mendicité, à l’époque de la Cour des Miracles. — Les narquois ont beaucoup contribué à la formation de l’argot. Parler narquois, c’était parler argot, parler la langue des gueux.

France, 1907 : Soldat vagabond ; vieil argot. Dans le vieux patois bourguignon, narquois signifie trompeur, filou. C’est aussi la signification qu’on lui donnait en français ; de là on appelait le langage des gueux, c’est-à-dire l’argot, le narquois.

Drilles ou narquois sont des soldats qui touchent la flamme sous le bras, et battent en ruine les entiffes et tous les creux des vergues. Ils ont fait banqueroute au grand couëre et ne veulent pas être ses sujets ni le reconnaître.

Orphelins

anon., 1827 : Ceux qui vont de compagnie.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Bande de voleurs.

Bras-de-Fer, 1829 : Ceux qui vont de compagnie.

Vidocq, 1837 : s. m. — Sujets du grand Coësré qui mendiaient trois ou quatre de compagnie en tremblottant par les rues de l’ancien Paris.

Halbert, 1849 : Gens sans aveu, ceux qui vont de compagnie.

Delvau, 1866 : s. m. pl. Bande de camarades, ou plutôt de complices, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Bande, association de malfaiteurs.

La Rue, 1894 : Bande de voleurs.

Piètres

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Estropiés.

Vidocq, 1837 : s. m. — Anciens sujets du grand Coësré. Ils ne marchaient qu’avec des potences.

Polissons

anon., 1827 : Ceux qui tout presque nus.

Bras-de-Fer, 1829 : Ceux qui vont presque nus.

Vidocq, 1837 : s. m. — Sujets du grand Coësré. Les Polissons mendiaient quatre par quatre, vêtus seulement d’un mauvais pourpoint, d’un chapeau sans fond, la besace et la bouteille au côté, et dépourvus de chemise.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Ceux qui vont presque nus pour spéculer sur la bienfaisance.

Sabouleux

anon., 1827 : Ceux qui tombent du haut-mal.

Bras-de-Fer, 1829 : Ceux qui tombent du haut mal.

Vidocq, 1837 : Ancien sujet du grand Coësré, qui se mettait un morceau de savon dans la bouche pour simuler celui qui est attaqué d’épilepsie ; on les nomme aujourd’hui Batteurs de dig-dig.

Halbert, 1849 : Ceux qui tombent du mal caduc.

France, 1907 : Faux épileptique ; du vieux provençal sabo, savon, à cause du morceau de savon que ces mendiants imposteurs se mettent dans la bouche pour simuler l’écume de l’épilepsie, Le mot date du XVIIe siècle.

Truc

Vidocq, 1837 : s. f. — Une des diverses manières de voler, profession d’un voleur.

un détenu, 1846 : Tout faire. Homme à truc : métier.

Halbert, 1849 : Industrie quelconque.

Larchey, 1865 : Manière de voler (Vidocq). — Du vieux mot truche (V. Roquefort). — La truche était l’art d’exploiter la pitié des gens charitables.

Grand Coësre, dabusche des argotiers et des trucheurs le grand maître, vivent les enfants de la truche ! vivent les enfants de l’argot !

(Vidocq)

Cette juxtaposition de truche et de argot confirme notre pensée sur l’origine de ce dernier mot… Argot n’est qu’une forme d’argue : ruse, subtilité. — Au moyen âge, les mots truffe, trulle et trut avaient le même sens de finesse et d’imposture. Ce dernier, qui ne diffère pas beaucoup de truc, se trouve, dès le quatorzième siècle, dans une chronique rimée du duc de Bretagne, Jean IV (Lobineau, t. II, col.730) :

François prenoient trop divers noms Pour faire paour aux Bretons, Mais ils avoient plus de viel Trut Que vueille truie qui est en rut.

V. Roustir, Lem. Notre société a adapté le mot truc, au théâtre c’est la machine destinée à produire un changement à vue, les féeries sont des pièces à trucs, pour un auteur dramatique, le truc est la science des détails. On dit d’un écrivain qui file la scène avec difficulté, qu’il manque de truc.

Delvau, 1866 : s. m. Ficelle, secret du métier, — dans l’argot des saltimbanques. Débiner le truc. Révéler le secret d’un tour.

Delvau, 1866 : s. m. Machine destinée à produire un changement à vue, — dans l’argot des coulisses. Signifie aussi Entente des détails et de la mise en scène.

Delvau, 1866 : s. m. Tromperie ; malice, — dans l’argot du peuple. Avoir du truc. Avoir un caractère ingénieux. Connaître le truc. Connaître le secret d’une chose.
Le truc était, au commencement du XVIIIe siècle, un billard particulier, plus long que les autres, et pour y jouer proprement il fallait en connaître le secret.

Rigaud, 1881 : Commerce infime en plein air, petit trafic de toute sorte d’objets sans valeur.

Le gamin de Paris fait tous les petits commerces qu’on désigne sous l’appellation de trucs. C’est sa qualité native.

(Ménetier, Les Binettes des cafés-concerts)

Rigaud, 1881 : Machine servant à produire un changement à vue au théâtre. — Le changement à vue lui-même. Les féeries sont des pièces à truc.

Rigaud, 1881 : Métier, — dans l’argot des voleurs. — À la Cour des Miracles le truc était un genre de vol qui consistait à dépouiller celui dont on implorait la charité.

Rigaud, 1881 : Ruse, mensonge ingénieux.

Est-ce que je ne connais pas toutes les couleurs ? J’ai le truc de chaque commerce.

(Balzac, L’Illustre Gaudissart)

Son chef-d’œuvre est l’invention du truc à l’amour.

(Mémoires de Thérésa)

Ce farceur de Mes-Bottes avait eu le truc d’épouser une dame très décatie.

(É. Zola)

Boutmy, 1883 : s. m. Façon d’agir, bonne ou mauvaise ; plus souvent synonyme de ruse, de tromperie : Tu sais, mon vieux, je n’aime pas ces trucs-là. Usité aussi dans d’autres argots. Piger le truc, découvrir la ficelle, la ruse. Rebiffer au truc, recommencer une chose déjà faite, à manger et à boire, par exemple.

La Rue, 1894 : Métier. Ruse, tromperie. Secret d’un métier, d’un tour. Petit commerce. Racolage.

Virmaître, 1894 : Connaître le truc, être malin. Avoir du truc, avoir les moyens de réussir. Truc : machine de théâtre employée dans les féeries pour un changement de décors à vue. Truc : moyen secret que possède un individu de faire quelque chose (Argot des camelots et des saltimbanques).

Hayard, 1907 : Signifie n’importe quoi, comme fourbi.

France, 1907 : Tromperie, ficelle, ruse, secret de métier. On appelait autrefois truc une sorte de billard qu’il fallait étudier et dont il était nécessaire de connaitre le secret pour pouvoir y jouer avec avantage.

— Si jamais Monsieur avait besoin de moi… et de mon associé, nous serions bons, là, pour n’importe quelle besogne… — et nous avons pas mal de trucs dans notre sac… et des fameux… — Il ne s’agit que d’y mettre le prix. — Monsieur nous trouverait à ses ordres.

(Xavier de Montépin, Le Mariage de Léone)

Lorsqu’un de ses protecteurs lui fait une scène et parle de la lâcher, la petite Simonne de L…, qui n’est pas une sotte, a trouvé un bon truc.
Elle se couche, absolument nue, devant la porte de son boudoir, en s’écriant d’une voix dramatique :
— Avant de sortir d’ici, Monsieur, vous me passerez sur le corps.
Ça lui a toujours réussi.

(Le Diable amoureux)

Truche

Delvau, 1866 : s. f. Manière de voler, — dans l’argot des prisons.

Virmaître, 1894 : Est une manière spéciale de voler. Le voleur qui la pratique est un trucheur (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Aumône.

France, 1907 : Mendicité. Le faire à la truche, mendier.

Je suis ce fameux argotier,
Le grand Coesre de ces mions,
J’entrerve truche et doubler
Dedans les boules et fremions.

(Chanson des argotiers)

Enfants de la truche, mendiants.

Vive les enfants de la truche,
Vive les enfants de l’argot.

(Même chanson)

Trucheux

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Gueux.

France, 1907 : Mendiant.

Qui veut rouscailler,
D’un appelé du grand Coesre,
Dabusche des argotiers,
Et des trucheux le grand maître ?

(Chanson des argotiers)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique