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Abracadabrant

Rigaud, 1881 : Étonnant, merveilleux, cocasse. D’abracadabra, mot cabalistique auquel on attribuait des vertus magiques pour guérir la fièvre, en le portant au cou écrit d’une certaine manière.

Je n’avais jamais lu ces pièces qui m’avaient tant réjoui à la scène ; je me figurais, comme bien d’autres, qu’elles avaient besoin du jeu abracadabrant de leurs interprètes.

(E. Augier, Préface du théâtre complet de Labiche, 1878)

France, 1907 : Merveilleux, extraordinaire, stupéfiant. Ce mot burlesque vient d’abracadabra, formule magique du moyen âge que l’on écrivait en triangle renversé et qui passait pour guérir les fièvres et prévenir d’autres maladies. Victor Hugo, dans le « Sabbat » des Odes et Ballades, a fait de ce mot un vers :

Satan vous verra,
De vos mains grossières,
Parmi les poussières
Écrivez, sorcières :
Abracadabra.

Allumette ronde (attraper une)

Rigaud, 1881 : Ressentir les premiers effets de l’ivresse ; une des nombreuses métaphores pour désigner la manière d’être d’un homme soûl. À des degrés divers, on dit : Avoir sa cocarde, avoir son plumet, être dans les vignes, dans les brindezingues, avoir son compte, son affaire, sa pointe, un coup de soleil, un coup de jus, un coup de sirop, être tout chose, éméché, parti, lancé, paf, pochard, soûlot, soulard, gavé, poivre, poivrot, raide comme balle, raide comme la justice. Voici, d’après M. Denis Poulot (le Sublime), les marches de l’échelle alcoolique, dans l’argot des ouvriers mécaniciens : 1o Attraper une allumette ronde : il est tout chose ; 2o Avoir son allumette-de marchand de vin : il est bavard et expansif ; 3o Prendre son allumette de campagne, ce bois de chanvre soufré des deux bouts : il envoie des postillons et donne la chanson bachique ; 4o Il a son poteau kilométrique : son aiguille est affolée, mais il retrouvera son chemin ; 5o Enfin le poteau télégraphique, le pinacle : soulographie complète, les roues patinent, pas moyen de démarrer ; le bourdonnement occasionné par le vent dans les faïences est cause du choix.

Auteur

Larchey, 1865 : Père. — Abrév. d’auteur de mes jours.

Il est impossible de voir un auteur (père) plus chicocandard.

(Th. Gautier)

Delvau, 1866 : s. m. Père ou mère, — dans l’argot des faubouriens et des vaudevillistes.

Avoir sa cocarde

Larchey, 1865 : Être ivre, avoir le visage teinté par un excès de boisson.

Vieux ! Avec sept cent mille francs on a bien des cocardes.

(Balzac)

J’y voyais en dedans, Todore ne parlait pas. Robert nous dit : Vous avez votre cocarde.

(Monselet)

Avoir sa pointe, son grain

La Rue, 1894 : Premier degré de l’ivresse. Les autres degrés sont : Être monté, en train, poussé, tancé, en patrouille, attendri, gai, éméché, teinté, allumé, pavois, poivre, pompette. Avoir le net piqué, son plumet, sa cocarde. Être raide, dans les vignes, dans les brouillards, dans les brindezingues, chargé, gavé, plein, complet, rond, pochard, bu. Avoir sa culotte, son casque, son sac, sa cuite, son compte, saoul comme trente-six mille hommes, etc.

Bauge

d’Hautel, 1808 : Avoir de tout à bauge que veux-tu. Avoir de tout en abondance ; être dans un pays de cocagne.

anon., 1827 : Coffre.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Coffre, lit.

Bras-de-Fer, 1829 : Coffre.

Vidocq, 1837 : s. m. — Coffre.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Vidocq, 1837 : s. m. — Ventre.

Halbert, 1849 : Coffre.

Delvau, 1866 : s. f. Coffre, — dans l’argot des voleurs, qui ne craignent pas d’emprunter des termes aux habitudes des sangliers, qui sont aussi les leurs.

Delvau, 1866 : s. f. Ventre, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Ventre.

La Rue, 1894 : Malle. Coffre-fort.

France, 1907 : Bahut ; se dit aussi pour ventre.

Bouchon

d’Hautel, 1808 : Faire sauter le bouchon. Pour dire boire dru et sec, sans se griser.
On appelle un petit cabaret un bouchon ; et l’on dit À bon vin, il ne faut point de bouchon, parce qu’un cabaret, ou tout autre lieu en bonne renommée n’a pas besoin d’enseigne.

Vidocq, 1837 : s. f. — Bourse.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Delvau, 1864 : Le membre viril, que la nature a destiné à fermer hermétiquement le goulot de la femme.

Larchey, 1865 : Qualité, genre. — Allusion aux produits sortant des débits de vins appelés bouchons. On a dit ironiquement : Ceci est d’un bon bouchon, comme : Ceci est d’un bon tonneau, — ou : Ceci est du bon coin.

Delvau, 1866 : s. m. Acabit, genre, — dans l’argot du peuple. Être d’un bon bouchon. Être singulier, plaisant, cocasse.

Delvau, 1866 : s. m. Bourse, — dans l’argot des voleurs, dont les ancêtres prononçaient bourçon.

Delvau, 1866 : s. m. Cabaret. On sait que les cabarets de campagne, et quelques-uns aussi à Paris, sont ornés d’un rameau de verdure, — boscus.

Rigaud, 1881 : Bourse, — dans le jargon des voleurs.

Fustier, 1889 : Bouteille de vin cacheté. (Richepin)

Virmaître, 1894 : Bourse. Allusion à l’argent qu’elle contient, qui sert à boucher des trous. Pour payer une dette, on dit : boucher un trou (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Mauvaise gargote où l’on vend du vin sans raisin. Allusion à l’usage ancien de placer comme enseigne, au-dessus de la porte d’entrée, une branche de sapin ou de houx ; cela se nomme un bouchon (Argot du peuple).

France, 1907 : Bourse, argot des voleurs, corruption de pouchon, pochon, poche. On disait aussi bourçon. — Bouteille de vin cachetée et, par métonymie, cabaret. — S’emploie aussi pour acabit, qualité : Être d’un bon bouchon, être amusant, de bonne humeur, gai compagnon. S’asseoir sur le bouchon, s’entendre condamner à la prison ; argot des voleurs.

Bouillabaisse

Delvau, 1866 : s. f. Confusion de choses ou de gens. Argot des coulisses et des gens de lettres. Faire de la bouillabaisse. Arranger confusément des choses ou des idées.

France, 1907 : Amalgame de choses confuses, mélange disparate d’idées ou de gens. La bouillabaisse est une soupe ou plutôt un plat provençal dans lequel il entre une grande variété de poissons et de crustacés. En voici d’ailleurs la recette donnée par un poète méridional :

Oh ! ne transigez pas, ayez de la rascasse,
Du merlan, du saint-pierre et du rouget, assez
Pour un jeune requin. Parmi les crustacés,
Préférez la langouste à petite carcasse.
L’anguille ? l’oublier serait un trait cocasse !
La sardine s’impose aux mollusques tassés,
La cigale de mer poivre ces testacés !
D’un arôme enragé de piment madécasse.
Or, sans ail, thym, fenouil, quatre épices, lauriers,
Oignons et céleris, jamais vous ne l’auriez !
Un zeste de citron délicat l’enjolive.
Quant au safran, maudit qui le dose !… Raca
Sur l’huile qui n’est pas honnêtement d’olive !
Et quand on l’a mangée, on peut faire caca !

Chicandard

France, 1907 : Mot dérivé de chicard dont il est le superlatif, ayant lui-même pour superlatif chicocandard, « le nec plus ultra » du beau.

Callot et Hoffmann, Hogarth et Breughel, tous les fous célèbres réunis ensemble, des prunelles dévorantes, une force comique incalculable, Sathaniel en habit de masque, un costume ou une furie qui résume les physionomies dansantes de tous les peuples, le Punch des Anglais, le Pulcinella napolitain, le Gracioso espagnol, l’almée des Orientaux, et nous, Français, nous seuls manquions jusqu’à ce jour d’un mérite de ce genre : mais aujourd’hui cette lacune est comblée, Chicard existe, c’est un primitif, c’est une racine, c’est un règne. Chicard a créé chicandard, chicarder, chicander : l’étymologie est complète.

(Taxile Delort)

Chicard

Halbert, 1849 : Pas mal.

Larchey, 1865 : Le héros du carnaval de 1830 a 1850. Son costume, bizarre assemblage d’objets hétéroclites, se composait le plus souvent d’un casque à plumet colossal, d’une blouse de flanelle et de bottes fortes. Ses bras à moitié nus s’enfonçaient dans des gants à manchette de buffle. Tel était le fond de la tenue ; quant aux accessoires, ils variaient à l’infini. Celui qui le premier mit ce costume à la mode était un marchand de cuirs ; son chic le fit nommer Chicard. Il donna des bals et inventa un pas nouveau.

Et puis après est venu Chicard, espèce de Masaniello qui a détrôné l’aristocratie pailletée des marquis, des sultans et a montré le premier un manteau royal en haillons.

(M. Alhoy)

L’homme de génie qui s’est fait appeler Chicard a modifié complètement la chorégraphie française.

(T. Delord)

La sage partie du peuple français a su bon gré à maître Chicard d’avoir institué son règne de mardi-gras.

(J. Janin)

Mais qu’aperçois-je au bal du Vieux Chêne ? Paméla dansant le pas chicard.

(Chauvel)

Delvau, 1866 : adj. et s. Superlatif de Chic. Ce mot a lui-même d’autres superlatifs, qui sont Chicandard et Chicocandard.

Delvau, 1866 : s. m. Type de carnaval, qui a été imaginé par un honorable commerçant en cuirs, M. Levesque, et qui est maintenant dans la circulation générale comme synonyme de Farceur, de Roger-Bontemps, de Mauvais sujet.

Rigaud, 1881 : Costume carnavalesque mis à la mode, pendant la période de 1830 à 1850, par une célébrité chorégraphique qui lui donna son nom ou plutôt son surnom. Les chicards ont révolutionné les bals publics et, pendant vingt ans, ils ont imprimé une grande vogue à la descente de la Courtille. — La danse de Chicard, leur maître, n’a jamais été ni bruyante, ni extravagante. Il procédait à pas serrés, mimant, grimaçant, roulant ses gros yeux en boule de loto. Grande fut sa gloire. On a dit le « pas chicard » pour rappeler sa manière, chicarder, danser comme Chicard. On a créé les vocables chicandar, chicocan-dar, pour désigner quelque chose de très chic comme l’inventeur du fameux pas qui, lui-même, a dû son sobriquet au chic qui le caractérisait. Chicard a passé, son pas n’est plus, seul le mot chic, le radical, a survécu.

France, 1907 : Superlatif de chic.

Vrai, c’en était un’ joli fête :
Y avait du punch et du pomard,
On s’piquait l’nez dans son assiette,
C’était un’ noce un peu chicard !
Vrai, c’était chicard !
Ma bell’ mère était tés aimable,
Parait qu’elle ador’ le bon vin,
C’est p’t’êtr’ ben pour ça qu’à la fin
On l’a retrouvé’ sous la table !

(Aristide Bruant)

On dit aussi chicandard et chicocandard.

France, 1907 : Type de carnaval, inventé vers 1830 par un honnête commerçant de Paris. Le costume se composait d’un casque à plumet, d’une blouse, de bottes de gendarme et de gants de grosse cavalerie. Il est tombé en désuétude, après avoir été fort illustré dans les caricatures de Gavarni. Il y avait le pas chicard, qu’on appelle aussi chicarder.

Chicard était un gringalet passionné, silencieux, et dévoré de la manie de la danse obscène. Sa méthode consistait à se trémousser sur place, avec force gestes indécents et une physionomie immuable. Le pince-sans-rire de la polissonnerie. Il ne parlait à personne : au pied d’un arbre d’un jardin public, se tenait son sérail, composé des plus jolies filles, toutes gloires futures de la Cuisse en l’air et de la Jambe en cerceau. Quand le quadrille préludait, ce Vestris de la braguette désignait une d’elles, et, sans mot dire, se rendait à son ouvrage. C’est alors que froidement, l’œil atone et le visage immobile, le danseur commençait ses petites cochonneries devant un public idolâtre formant galerie et plus tard lui faisant cortège.
Pétit, court de jambes, une tête avec des cheveux blancs coupés ras, il portait un veston, un pantalon flottant, des chaussettes en filoselle et des escarpins. Ce Chicard s’appelait de son vrai nom M. Levêque. Notable commerçant de Paris, marchand en gros de cuir brut, sa signature était cotée premier crédit à la Banque.

(Gil Blas)

Chicard, chicandard, chicocandard, chicancardo

Larchey, 1865 : Très-chic, très remarquable. — V. chocnoso.

On y boit du Vin qu’est chicandard, chicancardo.

(Vacherot, Chanson, 1851)

Une dame très-belle, très-coquette, très-élégante, en un mot très-chicandarde.

(Ed. Lemoine)

Un auteur plus chicocandard.

(Th. Gautier)

Un déjeuner chicocandard.

(Labiche)

Cocagne

d’Hautel, 1808 : On dit d’un pays fertile, d’une maison opulente où l’on a abondamment toutes les commodités de la vie, ou l’on fait chère-lie, que C’est un pays, un lieu de cocagne.

Cocange

France, 1907 : Coquille de noix.

France, 1907 : Jeu que tiennent les filous dans les foires. On dit aussi robignolle.

Cocanges

Delvau, 1866 : s. f. pl. Coquilles de noix avec lesquelles certains fripons font des dupes.

Cocanges ou la robignole

Vidocq, 1837 : Jeu des coquilles de noix. Le jeu des coquilles de noix est un des mille et un trucs employés par les fripons qui courent les campagnes pour duper les malheureux qui sont possédés par la funeste passion du jeu. Les Cocangeurs ou Robignoleurs se réunissent plusieurs sur la place publique d’un village ou d’une petite ville, lorsqu’ils ont obtenu le condé franc, ou dans quelque lieu écarté, lorsqu’ils craignent d’être dérangés ; mais dans l’un et dans l’autre cas ils choisissent de préférence pour exercer, un jour de marché ou de foire, sachant bien que ceux qui se laisseront séduire auront ce jour là les poches mieux garnies que tout autre.
Les objets dont ils se servent sont : 1o. trois coquilles de grosses noix : les cocanges, et une petite boule de liège : la robignole. L’un d’eux, après s’être assis par terre, place son chapeau, entre ses jambes et les cocanges sur le chapeau ; cela fait, il couvre et découvre alternativement la robignole ; après avoir fait quelques instans ce manège, il s’arrête et se détourne comme pour se moucher ou cracher ; un compère alors lève successivement les trois cocanges, et lorsqu’il a découvert la robignole, ; il dit, assez haut pour être entendu de celui qui doit être dupé : « Elle est là. » C’est à ce moment que celui qui tient le jeu propose aux curieux assemblés autour de lui, des paris plus ou moins considérables ; le compère, pendant ce temps, s’est entendu avec la dupe, et ils se mettent alors à jouer de moitié ; celui qui tient le jeu est doué d’une agilité capable de faire honneur au plus habile escamoteur, il a su changer adroitement la robignole de place ; le reste se devine : ce coup se nomme le coup de tronche.
On a va des individus perdre à ce jeu des sommes très-considérables ; ils méritaient sans doute ce qui leur arrivait, car leur intention était bien celle de tromper celui que d’abord ils avaient pris pour un niais, mais jamais l’intention de la dupe n’a justifié les méfaits du dupeur ; que l’on punisse le premier, rien de mieux, mais que l’on ne ménage pas le second, et bientôt, du moins je l’espère, on aura vu disparaître cette foule d’individus qui spéculent sur des passions mauvaises.

Cocangeur

Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui a la spécialité des Cocanges et de la Roubignole.

France, 1907 : Escroc qui pratique le jeu de cocange.

Cocantin

France, 1907 : Agent d’affaires plus ou moins fripon, qui sert d’intermédiaire entre le débiteur et le créancier.

Ne sont-ils pas, pour la majeure partie, des officiers ministériels révoqués, d’anciens notaires ayant eu des malheurs… judiciaires, des avocats rayés du tableau de l’ordre ? Leur finasserie, leur connaissance du droit n’est-elle pas à chaque instant mise à contribution par les avocats ou les avoués eux-mêmes, heureux de faire préparer une affaire par un roué, un malin de la procédure. Nous parlons ici des cocantins de la haute. Ceux-ci s’intitulent « receveurs de rentes », « avocats consultants », « conseils », et ne sont au fond que de vulgaires escrocs.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)

Cocantinage

France, 1907 : Escroquerie qui consiste à recouvrer des créances dont on met la plus grande partie, sinon le tout, dans sa poche.

Le cocantinage est puissant comme la justice elle-même, et ses adeptes, nourris de la lecture du Code, savent manœuvrer et louvoyer au travers de ses articles avec une aisance qui, dans mainte occasion, leur assure une impunité complète.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)

Cocard

Rossignol, 1901 : Œil noir par suite d’un coup.

Cocarde

Delvau, 1864 : Blanche ou rouge… affaire d’opinion. C’est le foutre qu’on lance, ou le sang que l’on fait répandre, au con d’une pucelle.

Heureuse qui mettra la cocarde
Au bonnet de Mimi-Pinson.

(Alfred de Musset)

Larchey, 1865 : Tête. — En prenant la coiffure pour la tête, on a dit taper sur la cocarde ou sur le pompon, pour : frapper sur la tête de quelqu’un.

Delvau, 1866 : s. f. La tête, — dans l’argot du peuple. Taper sur la cocarde. Se dit d’un vin trop généreux qui produit l’ivresse. Avoir sa cocarde. Être en état d’ivresse.

Rigaud, 1881 : Tête. — Excès de boisson. Avoir sa cocarde, être ivre. L’homme qui a sa cocarde en est à la gaieté bachique. Se pousser une cocarde soignée.

France, 1907 : Tête. Taper sur la cocarde de quelqu’un, donner un coup de poing sur la tête. Se dit aussi d’un vin qui grise : « Voila un petit bleu qui tape joliment sur la cocarde. »

Prenant le temps comme il viendra, ils éviteront les grands arbres quand il y aura de l’orage à la clé, ils se tasseront sous les buissons lorsqu’il pleuvra, et se foutront le ventre à l’ombre quand le soleil tapera trop dur sur les cocardes.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Cocarder (se)

Rigaud, 1881 : Se griser.

France, 1907 : Se griser.

Tout se passait très gentiment, on était gai, il ne fallait pas maintenant se cocarder cochonnement, si l’on voulait respecter les dames.

(É. Zola, L’Assommoir)

Cocardier

Larchey, 1865 : Homme fanatique de son service, zélé jusqu’à l’exagération de ses devoirs. — Cette dénomination spéciale à l’armée se sent plus qu’elle ne s’explique. Le cocardier croit avoir toujours l’honneur de sa cocarde à soutenir.

Delvau, 1866 : s. m. Homme fanatique de son métier, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : « Le commandant du bataillon était ce que les troupiers appellent un cocardier, c’est-à-dire qu’il mettait une importance extrême à ce que ses hommes brillassent par leur tenue soignée et sévère. » (Louis Noir, Souvenirs d’un zouave.) Le maréchal de Castellane, qui prenait son bain, ayant, sur une chaise à côté de lui, le grand cordon de la légion d’honneur, est resté comme le type le plus réussi du cocardier.

Rossignol, 1901 : Celui qui se tient propre et qui est coquet est un cocardier. Un propre soldat est un cocardier.

France, 1907 : Homme qui pousse à l’exagération l’amour de son métier et l’accomplissement de ses devoirs, ignorant où dédaignant le sage précepte de Talleyrand : « Pas trop de zèle ! pas trop de zèle ! » Ce n’est guère que dans l’armée que l’on rencontre les cocardiers.

Était-ce un de ces hommes brillants, avides de tintamarre et de piaffe, dédaigneux de tout ce qui n’est pas une joie ou une jouissance, qui se morfondent d’ennui dans leurs lointaines garnisons de province et rêvent de Paris comme d’une terre promise et féérique ? Était-ce seulement un obscur, peu à peu arrivé au cinquième galon, un brisquard de fortune qui ne connait que la consigne, que ses vieilles manies de cocardier, et que les sous-lieutenants redoutent comme la peste ?

(Mora, Gil Blas)

Cocasse

d’Hautel, 1808 : Mot baroque qui signifie drôle, plaisant, risible et, souvent, ridicule.

Vidocq, 1837 : s. m. — Fin.

Fustier, 1889 : Drôle, amusant.

France, 1907 : Dénonciateur, individu qui, pour se sauver, ou craignant d’être dénoncé lui-même, dénonce les autres.

France, 1907 : Ridicule, amusant, drôle.

Cocasserie

Vidocq, 1837 : s. f. — Finosse.

Delvau, 1866 : s. f. Saugrenuïté dite ou écrite, jouée ou peinte, — dans l’argot des artistes et des gens de lettres.

France, 1907 : Scène drôle, grotesque, écrite, dite, peinte ou jouée.

Coquard

Delvau, 1866 : s. m. Œil, — dans l’argot des bouchers.

Delvau, 1866 : s. m. Œuf, — dans l’argot des enfants.

Rigaud, 1881 : Œil ; et les variantes : Cocarde, coquillard. S’en tamponner le coquillard, s’en moquer. Mot à mot : s’en battre l’œil, comme dit encore le peuple.

France, 1907 : Œil. S’en tamponner de coquard, s’en moquer, s’en battre l’œil.

France, 1907 : Œuf.

Couturière ou cocange

La Rue, 1894 : Sorte de bonneteau qui se joue avec trois dés ou coquilles de noix et une petite boulette que l’on place sous l’un d’eux.

Décarrade

Vidocq, 1837 : s. f. — Sortie.

un détenu, 1846 : Sortie de prison.

Delvau, 1866 : s. f. Sortie, départ, fuite, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Fuite précipitée, fuite du voleur qui a la police à ses trousses. — La grande décarrade, la décarrade de la fin, la mort.

France, 1907 : Acquittement, fuite.

Cocantin, qui fait la cautionne,
Méfie-toi qu’un pierrot t’conne,
Assure-t’en, mais pas à crever ;
Puis enguirlande l’cuisinier,
Sur tézigue si l’lav’ton bavarde,
Offre-boi une décarrade.

(Hogier-Grison)

Décrocher la timbale

Virmaître, 1894 : Arriver bon premier, réussir. Allusion au mât de cocagne, où le premier arrivé au sommet décroche le premier prix qui est généralement une timbale. Cette expression est populaire depuis la représentation de la pièce intitulée la Timbale (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Arriver le premier, réussir. Allusion au mât de cocagne, où le premier arrivé choisit le premier prix, qui est ordinairement une timbale d’argent.

Pour décrocher la timbale parlementaire, M. des Muffliers s’est donné un mal de chien, et il a surtout pioché les campagnes, ce qu’on appelle, en style noble, les masses profondes du suffrage universel. L’arrivée de sa charrette anglaise a effaré la volaille dans bien des rues de village. Il a pénétré, en redingote correcte et avec des gants de peau, dans des cours champêtres, où le porc familier venait flairer ses bottes vernies, et il a peloté le paysan tant qu’il a pu.

(François Coppée)

Dumanet

Delvau, 1866 : s. m. Soldat crédule à l’excès, — dans l’argot du peuple, qui a conservé le souvenir de ce type de vaudeville, né le jour de la prise d’Alger.

France, 1907 : Ce nom, qui sert à désigner un soldat naïf et crédule, est un type du même vaudeville des frères Cogniard : La Cocarde tricolore, qui nous a fourni le type de Chauvin. Cette pièce, qui date du mois de mars 1831 et qui est un épisode de la prise d’Alger, eut un succès extraordinaire, et Dumanet comme Chauvin sont passés dans la langue.

Être dedans (dans les vignes)

Larchey, 1865 : Être ivre.

Quand on trinque avec une fille aimable il est permis de se mettre dedans.

(Désaugiers)

Voir en dedans a la même signification, mais non la même racine. Il s’applique aux ivrognes illuminés qui se tiennent eux-mêmes de longues conversations. V. cocarde.

Féroce (être)

France, 1907 : Homme qui ne connait que son devoir, ce qui s’appelle, en argot militaire, cocardier.
Féroce sur l’article, très sévère ; n’être pas féroce, n’être pas capable.

Galure

Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme, par abréviation de galurin, — dans le jargon des ouvriers. — Qui s’est assis sur mon galure ? Qui s’est trouvé mal sur mon galure ?

France, 1907 : Chapeau. Abréviation de galurin.

J’arrive à l’audience bien pomponnée, MM. les avocats sont d’ailleurs très gentils avec moi. Mais, mon Dieu ! qu’ils sont donc cocasses avec leurs manches pagodes et leur galure !

(Gil Blas)

Gaudissart

France, 1907 : Hâbleur, amusant loustic, d’après le célèbre roman de Balzac qui a pour héros un commis-voyageur de ce nom. Dans le vieux français ou trouve gaudisserie, farce, bouffonnerie, folâtrerie, du latin gaudere, s’amuser, se réjouir. Ce type ne se rencontre plus guère qu’au fond de quelque province. « Les hommes de ma génération, dit Jean Richepin, en ont contemplé encore quelques exemplaires vivants ; mais nous serons les derniers à l’avoir ainsi connu en chair et en os, et désormais l’illustre Gaudissart n’existe plus qu’en effigie dans le prodigieux musée ethnologique de la Comédie humaine. Immortel chez Balzac, Gaudissart, partout ailleurs, est mort…
C’est que les commis-voyageurs d’aujourd’hui non seulement se sont transformés, mais ont à cœur qu’on s’aperçoive de leur transformation. Eux-mêmes font en quelque sorte la police de leur dignité et ne souffrent pas qu’un d’entre eux, mauvais plaisant ou imbécile, les déconsidère. Ils sont une corporation qui a sa valeur, qui le sait et qui tient à ce qu’on le sache. Et ils n’ont pas tort. »

Il débita tout cela d’une haleine, non du ton d’un commis-voyageur, d’un Gaudissart qui fait valoir la marque de la maison pour laquelle il travaille, mais du ton important de quelqu’un qui débite des vérités qu’il faut écouter, et qui sont sérieuses, et sans lesquelles le monde s’en irait dans la débâcle.

(Félicien Champsaur)

Ces Gaudissarts, comme disent quelques orléanistes cléricaux et repus, tournent, paraît-il, aux idées socialistes et ne se gênent pas pour blaguer partout les cocasses doctrines économiques du périmé Paul Leroy-Beaulieu.
Comme tous ceux qui voyagent beaucoup, qui voient sans cesse une foule de gens nouveaux et qui comparent, les voyageurs de commerce sont, en général, fort intelligents, et rien n’est plus naturel que de les entendre prôner les idées de justice sociale.

(Alphonse Allais)

Gouape, gouapeur

France, 1907 : Fainéant, ivrogne et un peu escroc. Ce mot ne viendrait-il pas de l’espagnol guapo, beau, vêtu galamment ? — les fainéants ne s’occupant d’ordinaire qu’à se bien vêtir.

Découragés, les trois juges rapprochent leurs crânes beurre rance dans une délibération rapide. Pendant ce temps, Amaryllis, triomphante. se retourne et, du bout de ses doigts appliqués sur sa houche, fait s’envoler vers quelqu’un un doux baiser.
Le quelqu’un, campé au premier rang du public — joli tête de gouape — une cravate rose tendre au col, reçoit béatement les témoignages de tendresse que lui envoie Amaryllis.

(Montfermeil)

L’histoire l’amusait d’autant qu’il était bohème et gouapeur dans l’âme. La petite lui plaisait et l’excitait. Et, en vérité, tout cela était d’un imprévu absolument cocasse. La partie était presque terminée. Il en proposa une à trois. Le maître d’hôtel versa le champagne dans les coupes.

(René Maizeroy)

Oui, c’en est fait, il faut plier bagage
Et dire adieu pour toujours à Paris.
Que faire ici ? J’ai les mœurs d’un autre âge,
Du vieux quartier je suis le seul débris ;
Dernier rameau d’une tige brisée,
La ranimer, je l’essaierais en vain ;
Des vieux gouapeurs la race est épuisée ;
Non, il n’est plus, mon vieux quartier Latin.

(Lepère, député de l’Yonne)

On écrivait autrefois gouépeur :

Un soir, un gouépeur en ribotte
Tombe en frime avec un voleur

(Vidocq)

Mal blanchi

Larchey, 1865 : Nègre.

Va donc ! mal blanchi, avec ta figure de réglisse.

(Bourget)

Delvau, 1866 : s. et adj. Nègre, — dans l’argot des faubouriens.

Virmaître, 1894 : Nègre. Une plaisanterie populaire très usitée consiste à dire à un nègre :
— Si on te conduit chez le commissaire, je ne te vois pas blanc (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Celui qui a la peau noire.

Hayard, 1907 / France, 1907 : Nègre.

France, 1907 : Sobriquet infamant donné aux députés et aux sénateurs compromis dans des affaires véreuses et avant bénéficié d’une ordonnance de non-lieu. Dans les tripotages du Panama, le nombre des mal blanchis fut considérable. On prétendit que, s’il avait fallu poursuivre, les trois quarts des députés et des sénateurs eussent été mis à Mazas.

Ce serait une injustice historique de méconnaître en Grévy un patron, un précurseur. Certes, avant lui, nous avions eu pas mal de députés et sénateurs pris en flagrant délit de vol ; c’est un risque professionnel ; mais il a créé un genre, le genre des non-lieu.
Comme l’honorable M. Schœlcher fut surnommé « le père des nègres », le peu honorable Grévy peut être dit « le père des mal blanchis ».

(Maurice Barrès, La Cocarde)

Mèche (vendre la)

France, 1907 : Trahir. C’est éventer et non vendre qu’il faudrait dire ; mais le populaire n’y regarde pas de si près.

On se chamaillait, entre concurrents groupés autour du même os ; mais on savait bien, au fond, que ce n’était pas « arrivé », qu’il y avait, sous cet étalage de haine, bien moins de différences de doctrines que d’antagonismes de personnalités — et surtout d’intérêts.
Tandis que celui-là, soit rigolo, soit féroce, il va mettre les pieds dans le plat, débiner le truc, vendre la mèche, devant les journalistes « bourgeois » qui écoutent, blagueurs et amusés, en mordillant leur plume, et qui reproduiront tout au long, le lendemain, l’intervention tragique ou cocasse du malavisé.
Aussi les orthodoxes du socialisme ont inventé une arme de guerre contre ces gêneurs. Pour tout bon marxiste, qui dit anarchiste dit mouchard. Et parmi ceux qui l’affirment, il en est qui le croient — à force de l’avoir répété !
Les vieux anarchos s’en moquent ; les novices, moins habitués aux luttes courtoises de la politique, s’emballent et donnent dans le panneau.

(Jacqueline, Gil Blas)

Morphiner (se)

France, 1907 : S’empoisonner à petites doses au moyen de piqûres à la morphine.

Si les pauvres sont en proie à l’alcool, les médecins se sont ingéniés pour infliger aux riches l’amour des stupéfiants. Beaucoup se morphines. D’autres se piquent à la cocaïne, respirent de l’éther, fument de l’opium, mâchent du haschisch, absorbent des pilules mystérieuses qui leur enlèvent l’usage de leurs facultés et les plongent dans une demi-ivresse où ils perdent le sentiment du juste et de l’injuste, de la servitude et de la liberté. Nul n’échappe à ces toxiques, ni les femmes, ni les vieillards, ni même les enfants.

(Léon Daudet, Les Morticoles)

Novembre 33 (un)

Merlin, 1888 : Officier ou sous-officier à cheval sur les règlements militaires, dont la loi fondamentale est celle du 2 novembre 1833, et aussi, en termes de pension, un ragoût qui contient toute espèce de choses, sans doute parce que le règlement de 1833 prévoyait tous les cas du métier militaire.

Fustier, 1889 : Officier à cheval sur tous les règlements militaires dont la loi fondamentale est celle du 2 novembre 1833 ; et aussi, en terme de pension, un ragoût qui contient toute espèce de choses, sans doute parce que le règlement de 1833 prévoyait tous les cas du métier militaire. (Merlin, La langue verte du troupier)

France, 1907 : On appelait ainsi, sous l’ancienne armée, un officier ou un sous-officier à cheval sur les règlements militaires dont la loi fondamentale date du 2 novembre 1833, en d’autres termes un cocardier. C’est aussi une sorte de ragoût de cantine ou de pension où il entre toute espèce de viandes, les détritus de la veille.

Les fanatiques ne savaient, ne comprenaient qu’une chose, la rigoureuse consigne et le règlement du 2 novembre 1833. Ils prenaient pour devise : manœuvrer toujours, sans une minute de repos, malgré le froid, malgré la fatigue.

(René Maizeroy, Souvenirs d’un Saint-Cyrien)

Oignons (aux petits)

France, 1907 : D’une façon excellente. « Je vais vous faire cela aux petits oignons, vous vous en lécherez les babines. »

— Vous savez, elle est cocasse votre chanson et vous l’avez détaillée aux petits oignons !

(Edgar Monteil)

On dit aussi petites oignes :

On ne saurait trop imiter les maîtres, surtout lorsqu’ils vous donnent l’exemple et la manière de cuisiner eux-mêmes la ratatouille de leur gloire et d’en éplucher les pelites oignes. J’ai choisi, d’ailleurs sans fatigue, mes gribouillages les plus récents, soit ceux de la semaine dernière.

(Émile Bergerat, Mon Journal)

Cette expression s’emploie également pour désigner une façon de traiter quelqu’un rudement : « Je vais vous arranger aux petits oignons. »
Marchand d’oignons se connait en ciboules, expression proverbiale signifiant que quand on exerce un métier, on en connaît toutes les parties.

Pays de cocagne

France, 1907 : Pays où tout abonde, où l’on fait grande chère, où l’on vit bien sans travailler.
On n’est pas d’accord sur l’étymologie de ce nom. Le savant évêque Daniel Huet, qui fut adjoint à Bossuet pour l’éducation du Dauphin, prétend que c’est une corruption de gogaille, gogue, goguette. La Monnoye, l’auteur de la célèbre chanson de M. de la Palisse, philologue érudit, le fait venir de Merlin Coccaio, qui, dans sa manière macaronée, décrit une contrée qui serait un paradis pour les gastrolâtres. Mais bien avant le moine Théophile Falengo, caché pendant la première moitié du XVIe siècle sous le pseudonyme de Merlin Coccaie, on trouve le mot cocagne dans les vieux fabliaux. Un d’eux, écrit au XIIIe siècle, a même pour titre : C’est li fabliou de Coquaigne. Il est fort curieux et débute ainsi :

Li païs a nom Coquaigne,
Qui plus y dort, plus y gaaigne ;
Cil qui dort jusqu’a miedi,
Gaaigne cinc sols et demi,
De bars, de saumons et d’aloses
Sont toutes les maisons encloses ;
Li chevrons y sont d’esturgeons,
Les couvertures de bacons (jambons)
Et les lates sont de saucisses…
Par les rues vont rostissant
Les crasses oes (les grasses oies) et tornant
Tout par elles (d’elles-mêmes) et tout ades
Les suit la blanche aillie (sauce à l’ail) après.

C’est ce qui a fait croire à Geruzez et à Littré après lui que cocagne venait de coquina (cuisine) ou de coquere (cuire) en passant par le catalan coca.
Voilà bien de l’érudition et c’est remonter à bien des sources quand l’étymologie se trouvait, c’est le cas de le dire, sous la main.
Cocagne vient de coquaigne, justement comme on le trouve écrit dans de fabliau du recueil de Méon, et coquaigne est un pain de pastel du Languedoc. Comme la vie y était facile, la terre fertile, les fruits en abondance et le climat charmant, on appelait ce pays, pays de Coquaigne, c’est-à-dire où les habitants mangeaient d’excellents petits gâteaux à très bon marché, buvaient de bon vin à peu de frais, enfin ne travaillaient guère.
Legrand, dans le Roi de Cocagne, a donné de ce merveilleux pays un tableau qui est loin de valoir celui du fabliau du XIIIe siècle :

Veut-on manger, les mets sont épars dans les plaines ;
Les vins les plus exquis coulent de nos fontaines ;
Les fruits naissent confits dans toutes les saisons ;
Les chevaux tout sellés entrent dans les maisons ;
Le pigeonneau farci, l’alouette rôtie,
Vous tombent ici-bas du ciel comme la pluie.

Terminons par cette fin de la satire de Boileau :

Paris est pour le riche un pays de Cocagne ;
Sans sortir de la ville, il trouve la campagne ;
Il peut, dans son jardin tout peuplé d’arbres verts,
Recéler le printemps au milieu des hivers ;
Et, foulant le parfum de ses plantes fleuries,
Aller entretenir ses douces rêveries,
Mais moi, grâce au destin, qui n’ai ni feu ni lieu,
Je me loge où je puis, et comme il plaît à Dieu.

Polisseuse de mâts de cocagne en chambre

Rigaud, 1881 : Prostituée de la famille des carnassiers, à peu de chose près. En latin fellatrix.

Pompette

d’Hautel, 1808 : Il est un peu pompette. Pour dire, à demi-gris, il a bu un petit coup ; le vin lui donne de la gaieté, du babil.

Larchey, 1865 : Ivre. Du vieux mot pompette : pompon. — Cette allusion à la tronche rouge des buveurs se retrouve dans plumet et cocarde.

Lupolde, à tout (avec) son rouge nez à pompette, conclud tous ses contes par le vin.

(Contes d’Eutrapel, seizième siècle)

L’amant lui-même a perdu la raison, et Vénus est entièrement pompette.

(Cabarets de Paris)

Delvau, 1866 : adj. Gris, — dans l’argot du peuple. L’expression a des chevrons, car on la trouve dans la première édition du Grand Dictionnaire de Pierre Richelet.

Rigaud, 1881 : Légèrement pris de vin. — Être un peu pompette.

Pompette (être)

France, 1907 : Être dans un état de gaieté occasionné par un commencement d’ivresse ; argot populaire. Cette expression vient du vieux mot pompette, pompon, à cause du nez rouge des buveurs. On trouve dans les Adages françoises du XVIe siècle : « Beau nez à pompette » pour ivrogne.

Il évite dans les familles
Habituell’ment d’en causer,
Surtout devant les jeunes filles :
Ça pourrait les faire jaser.
Mais un soir qu’il était pompette,
Dans un dîner des plus rupins,
Il les a mis’s sur une assiette…

(Répertoire de Gavrochinette)

Les expressions synonymes sont : avoir son plumet, sa cocarde, son casque, une culotte, son jeune homme, son pompon, son poteau, sa cuite, sa pointe, son allumette, sa pistache, son loquet, un grain, un coup de bouteille, de sirop, de soleil, de gaz, de feu, son compte, son plein, sa pente ; être en train, bien lancé, éméché, ému, en ribote, dans les vignes, les brindezingues, les brouillards, la paroisse de Saint-Jean-le-Rond, en patrouille, parti, allumé, pavois, bu, paf, raide comme la justice, poivre, casquette, dans un état voisin, etc., etc.

Pompon

d’Hautel, 1808 : Prétintailles, frivolités, ce qui tourne la tête aux femmes, et fait leurs plus chères délices.

Larchey, 1865 : Tête.

Il vous y envoie des pavés que ça brise les pompons.

(H. Monnier)

V. Cocarde. — Avoir le pompon : Être au premier rang. — Allusion au pompon qui distingue les compagnies d’élite.

À moi le pompon de la fidélité.

(M. Saint-Hilaire)

Delvau, 1866 : s. m. Supériorité, mérite, primauté. À moi le pompon ! À moi la gloire d’avoir fait ce que les autres n’ont pu faire. Avoir le pompon de la fidélité. Être le modèle des maris ou des femmes.

Delvau, 1866 : s. m. Tête, — dans l’argot des faubouriens. Dévisser le pompon à quelqu’un. Lui casser la tête d’un coup de poing ou d’un coup de pied. C’est la même expression que Dévisser le trognon.

Rigaud, 1881 : Soldat adonné à l’ivrognerie. Celui qui pompe, — dans le jargon des troupiers.

Le type du vieux pompon devient rare.

(Fréd. de Reiffenberg, La Vie de garnison, 1863)

Rebiffer (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Regimber, protester plus ou moins énergiquement, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : v. réfl. Se présenter avec avantage, — dans l’argot des troupiers, tous plus ou moins cocardiers.

Rigaud, 1881 : Affecter des airs hautains, redresser la tête avec affectation.

Merlin, 1888 : Répondre, se raidir, s’emporter.

France, 1907 : Se défendre, se révolter, regimber ; argot populaire.

— On a des remords… Voyons… est-on honnête au moins ?
À ce mot-là, tu penses si Sylvie s’est rebiffée, elle qui se laisserait crever de faim plutôt que de dégringoler le dernier des pantes.
— J’ai jamais été arrêtée, qu’elle lui dit, et regardez si je suis consciencieuse !
Et elle lui tend la brême toute poinçonnée. Jamais elle n’avait manqué une visite ! Ah ! ça, ça l’a touché, le vieux.

(Oscar Méténier, Le Mirliton)

Robignole

Virmaître, 1894 : Mot employé comme superlatif d’admiration pour une chose extraordinaire « qui dépasse l’imagination. »
— Une évasion audacieuse, c’est robignol.
— La môme est robignol, elle gouale sans cesse.
Robignol, en ce cas, est pour joyeux et joyeuse (Argot des voleurs).

France, 1907 : Petite boule de liège dont on se sert pour le jeu de cocanges.

Robignole ou cocange

Vidocq, 1837 : (Voir Cocange.)

Robignoleur

France, 1907 : Exploiteur de gogos au jeu de cocanges ou de robignolle.

Roubignole

Delvau, 1866 : s. f. Petite boule de liège dont se servent certains voleurs pour faire des dupes. (Voy. Cocangeur.)

Virmaître, 1894 : Petite boule de liège dont les roubignoleurs se servent pour le jeu de cocange, jeu qui vole les paysans dans les foires (Argot des voleurs).

Roubignoleur

Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui a de la Roubignole et des Cocanges, et, par extension, Homme madré. Argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Floueur ; malin, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Floueur. Voleur à la roubignole.

Sorte

d’Hautel, 1808 : Plaisanterie, gausse, mensonge, gasconnade, conte fait à plaisir, récit peu digne de foi.
C’est une sorte, une bonne sorte. Pour dire, que ce que dit quelqu’un est controuvé ; que c’est une plaisanterie, un conte en l’air.

Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise raison, faux prétexte, balançoire, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Mensonge, bourde, mystification, — dans le jargon des typographes. — Au propre, les sortes sont les lettres de même caractère, de même sorte. — Chiquer des sortes, puiser dans la casse du voisin les lettres dont on a besoin.

Boutmy, 1883 : s. f. Quantité quelconque d’une même espèce de lettres. Au figuré, conte, plaisanterie, baliverne. « Conter une sorte », c’est narrer une histoire impossible interminable, cocasse, et que tout le monde raconte à peu près dans les mêmes termes. Les sortes varient à l’infini ; en voici quelques exemples : « Oui, Bidaut » est une réplique qui signifie « Oui, oui, c’est bien, soit ; je n’en crois pas un mot. » — « Il paraît qu’il va passer sur le nouveau labeur : le Rhinocéros. On dit que ça fait au moins 400 feuilles in-144, en cinq mal au pouce, cran sur l’œil. » Ou bien encore : « Le prote va mettre en main l’Histoire de la Chine dont la préface fera à elle seule 45 vol in-12. » C’est une scie qu’on monte aux nouveaux pour leur faire croire que le travail abonde. On dit aussi « Le pape est mort ! » quand on entend remuer l’argent de la banque, parce que ce bruit argentin rappelle celui des cloches qui annoncent la mort du pape. Quand un compositeur veut rompre le silence monotone observé depuis quelque temps, il s’écrie : « Tu disais donc, Matéo, que cette femme t’aimait ? » comme s’il reprenait tout à coup un dialogue commencé. Il y a aussi des sortes en action. Quand un compositeur n’est pas venu travailler, surtout le lundi, ses compagnons prennent sa blouse, la remplissent de maculatures, en font un mannequin qu’ils placent sur un tabouret devant sa casse, lui mettent en main un composteur et lui donnent l’attitude d’un compositeur dans son dur. « Quand un compositeur n’est pas matineux, dit l’auteur de Typographes et gens de lettres, ses compagnons, pendant son absence, lui font une petite chapelle. C’est l’assemblage de mille choses plus disparates les unes que les autres : blouses, vieux souliers, composteurs, galées, bouteilles vides, qu’on dispose artistement en trophée ; puis on allume autour tous les bouts de chandelle que l’on peut trouver. » Voici une autre sorte en action dont la victime s’est longtemps souvenue. C’était dans un atelier voisin du quai des Grands-Augustins. Il y a quelques années se trouvait sur ce quai le marché aux volailles connu sous le nom de la Vallée. Il arrivait parfois aux typographes de s’y égarer et d’acheter à la criée un lot de volailles : des poulets, des pigeons ou des oies. À l’atelier, on se partageait le lot acheté. Chacun contribuait au prorata de la dépense. On faisait des parts ; mais ces parts ne pouvaient jamais être égales : il était impossible, en effet, de disséquer les volatiles. Force était donc de tirer au sort. Il arriva un jour qu’un jeune fiancé gagna à cette loterie d’un nouveau genre une oie superbe, une oie de 15 livres, une oie grasse, blanche et dodue. Joyeux, il l’enveloppe soigneusement dans une belle feuille de papier blanc, à laquelle il adjoint un journal du jour, puis une maculature. Il ficelle le tout et dépose précieusement le paquet sous son rang. Le soir arrive ; notre jeune homme se hâte d’endosser son paletot, prend son paquet sous le bras et court, tout empressé, chez les parents de sa fiancée. « Je viens dîner avec vous », s’écrie-t-il. Puis, discrètement, avec un clignement d’yeux significatif, il remet à la ménagère son précieux fardeau ; c’en était un véritablement. On se met à table, on cause, on boit, on rit. La ménagère, curieuse de faire connaissance avec le cadeau du fiancé, profite d’un moment pour s’esquiver. Elle revient bientôt après, le visage allongé, et s’assied à sa place en grommelant. L’amoureux typo, s’apercevant de la mauvaise humeur de sa future belle-mère, veut en connaître la cause. On l’emmène à la cuisine, et quelle n’est pas sa stupéfaction de voir son oie changée en tiges de bottes moisies, en vieilles savates et autres objets aussi peu appétissants. Un compagnon facétieux avait accompli la métamorphose. L’oie fut mangée le lendemain chez un marchand de vin du voisinage. Le fiancé, dit-on, fut de la fête. Autre sorte en action, à laquelle ne manquent pas de se laisser prendre les novices. On a placé le long du mur, à une hauteur suffisante pour qu’il ne soit pas possible de voir ce qu’il contient, un sabot qui est censé vide. Le monteur de coup s’essaye à jeter une pièce de monnaie ; mais il n’atteint jamais le but. Un plâtre, impatienté de sa maladresse et tout heureux de se distinguer, tire une pièce de deux sous de sa poche, et, après quelques tentatives, la loge dans le sabot. Il est tout fier de son triomphe ; mais il ne veut pas laisser sa pièce. Pour l’avoir, il se hausse sur la pointe des pieds, plonge ses doigts dans le sabot, et les retire remplis… comment dire ? remplis d’ordure. Il existe des milliers de sortes dont beaucoup sont très vieilles et que la tradition a conservées jusqu’à nos jours.

La Rue, 1894 : Mensonge, bourde, mystification.

Virmaître, 1894 : Quand un camarade quitte son rang pour aller raconter à un copain une histoire de brigand inventée de toutes pièces, l’autre lui répond :
— Laisse-moi avec ta sorte.
Pour une mauvaise plaisanterie l’aile à un camarade, la réponse est la même. L’expression sorte vient de ce que, lorsqu’il manque des caractères dans une casse, la sorte est absente.
Sortier, celui qui fait des sortes (Argot d’imprimerie).

France, 1907 : Conte, baliverne, plaisanterie. Conter une sorte, dit Eugène Boutmy, c’est narrer une histoire impossible, interminable, cocasse, et que tout le monde raconte à peu près dans les mêmes termes. Les sortes varient à l’infini ; en voici quelques exemples : « Oui, Bidaut » est une réplique qui signifie : « Oui, oui, c’est bien, soit : je n’en crois pas un mot. » — On dit aussi : « Le pape est mort ! » quand on entend remuer l’argent de la banque, parce que ce bruit argentin rappelle celui des cloches qui annoncent la mort du pape.— Quand un compositeur veut rompre le silence monotone observé depuis quelque temps, il s’écrie : « Tu disais donc, Mateo, que cette femme t’aimait ? » comme s’il reprenait tout à coup un dialogue commencé.

Il y a aussi des sortes en action. Quand un compositeur n’est pas venu travailler, surtout le lundi, ses compagnons prennent sa blouse, la remplissent de maculatures, en font un mannequin qu’ils placent sur un tabouret devant sa casse, lui mettant en main un composteur et lui donnant l’attitude d’un compositeur dans son dur.

(L’Agot des typographes)

Soulographie

Vidocq, 1837 : s. f. — Ivrognerie.

Delvau, 1866 : s. m. Ivrognerie dégoûtante.

Rigaud, 1881 : Ivrognerie constitutionnelle.

France, 1907 : Ivresse.

S’agit-il, par exemple, de suivre tous les degrés de la soulographie, remarquez la progression parfaite indiquée par les quarante-six termes qui suivent, dont nous avons justifié l’existence par de nombreux exemples. Sans rentrer l’un dans l’autre, ils ont leur signification propre. — Chacun indique, dans l’état, une nuance.
Au début, nous rencontrons les neuf verbes : être bien, avoir sa pointe, avoir un grain, être monté, en train, poussé, parti, lancé, en patrouille.
Un peu plus loin, nous voyons l’homme légèrement ému ; — il sera tout à l’heure attendri, il verra en dedans, et se tiendra des conversations mystérieuses. Cet autre est éméché ; il aura certainement demain mal aux cheveux.
Pour dépeindre les tons empourprés par lesquels va passer cette trogne de Silène, vous n’avez que la liberté du choix entre : teinté, allumé, pavois, poivre, pompette, ayant son coup de soleil, ayant son coup de sirop, son coup de bouteille, son plumet, sa cocarde, se piquant ou se rougissant le nez.
De la figure passons à la marche. — L’homme ivre a quatre genres de port qui sont également bien saisis. Ou il est raide comme la justice et lasse trop voir par son attitude forcée combien il lui en coûte de commander à la matière ;
Ou il a sa pente (ce qui arrive souvent quand on est dans les vignes), et il marche comme si le terrain lui manquait ;
Ou il festonne, brodant de zigzags capricieux la ligne droite de son chemin ;
Ou il est dans les brouillards… tâtonnant en plein soleil, comme s’il était perdu dans la brume.
Attendons dix minutes encore ; laissons notre sujet descendre au plus bas, et vous pourrez dires indifféremment : Il est chargé, gavé, plein, complet, pion, rond comme une balle, mouillé, humecté, bu, pochard, casquette, il a sa culotte, son casque, son toquet, son sac, sa cuite, son affaire, son compte, il est soûl comme trente mille hommes, il en a jusqu’à la troisième capucine. — Ce n’est plus un homme, c’est un canon chargé jusqu’à la bouche.

(Lorédan Larchey)

Systémier

France, 1907 : Joueur qui suit un système pour gagner à la roulette spécialement. On donne aussi ce nom à ceux qui font profession d’enseigner ces systèmes.

J’ai connu à Monte-Carlo nombre de systémiers qui expérimentaient en chambre avec des jetons, des haricots ou de petits cailloux. Ils gagnaient des sommes folles. Mais sur le tapis vert du casino la scène changeait ; et les espèces sonnantes disparaissaient rapidement sous le râteau du croupier.

(Hector France, Au pays de Cocagne)

Tigre

Larchey, 1865 : Groom.

Leur chapeau à cocarde noire, leurs bottes à retroussis, leur veste bleue et leur gilet bariolé, couvrent des gamins arrachés au plaisir de la pipoche.

(A. Deriège)

Tigre :

Le rat débute et danse un pas seul ; son nom a été sur l’affiche en toutes lettres ; il passe tigre et devient premier, second, troisième sujet.

(Th. Gautier)

Delvau, 1866 : s. m. Rat, qui commence à sortir de la foule et devient troisième, puis second, puis premier sujet de la danse. Argot des coulisses.

Delvau, 1866 : s. m. Groom, petit gamin en livrée, — dans l’argot des fashionables.

Rigaud, 1881 : Élève de la danse à l’Opéra, qui a eu la chance d’être remarquée sous plus d’un rapport. Le tigre est la seconde incarnation du rat ; c’est un rat qui a fait son chemin.

Rigaud, 1881 : Urinoir des étages dans les casernes. — Pourquoi tigre ? Est-ce parce que ce récipient est altéré… d’urine comme le tigre est altéré de sang ; ou encore parce que les parois en sont tachetées.

La Rue, 1894 : Groom. Élève de la danse, à l’Opéra, un degré plus haut que le rat.

France, 1907 : Jeune danseuse de ballet ; elle vient hiérarchiquement au-dessus du rat.

Le rat débute et danse un pas seul, son nom a été sur l’affiche en toutes lettres ; il passe tigre et devient premier, second, troisième sujet.

(Théophile Gautier)

France, 1907 : Petit groom ; locution des gandins.

Son cabriolet l’attendait à la porte, attelé d’un superbe pommelé. Il jetait son carnet à quelque commis, glissait mystérieusement une adresse à son tigre, et filait vers je ne sais quel boudoir à la mode.

(Montjoyeux)

France, 1907 : Urinoir ; argot militaire.

La première nuit que je passais au régiment, j’eus le carreau comme matelas et le tigre comme voisin de lit.

(Hector France)

Timbale (décrocher la)

Rigaud, 1881 : Surpasser, remporter un avantage sur ses rivaux, sur ses concurrents.

Celui qui a décroché la timbale lyonnaise ne vaut pas mieux comme opinion que l’ex-pensionnaire de Clairvaux.

(Le Triboulet, du 13 juin 1880)

France, 1907 : Remporter le prix. Allusion à la timbale d’argent que l’on accrochait à l’extrémité du mât de cocagne. Disons en passant que ce fut un entrepreneur de fêtes foraines, nommé Terre, qui installa pour la première fois, en 1768, sur les boulevards, près de la porte Montmartre, un mât de cocagne.

Mais enfin la timbale est décrochée. Et, des hauts et des bas subis pour l’atteindre, il ne reste plus qu’un vague souvenir, qui n’est pas toujours sans charme. D’ailleurs, à l’âge où les lauriers poussent sur ces jeunes têtes, on ne songe guère aux retours amers vers le passé : on n’a d’yeux et de pensées que pour l’avenir, si plein de promesses radieuses. Il est là, cet avenir, souriant et rose : on le touche du doigt ; on a l’esprit déjà hanté des grandes chimères tragiques, l’oreille charmée par la mélodie enivrante des bravos ; on savoure comme un délicieux avant-goût des adulations et des enthousiasmes… Quel rêve ! Mais souvent quel réveil !…

(Émile Blavet)

Tirer l’œil

France, 1907 : Attirer l’attention, se faire remarquer.

Avocat, médecin, architecte, négociant, tant que vous vous teniez, comme les gens d’autrefois, dans votre cercle natal, vous pouviez suffire ; bien ou mal, on vous évaluait ; bonne ou mauvaise, dans le monde et l’opinion, vous aviez votre place ; à Paris, vous n’en avez point, on ne vous connait pas : vous êtes, comme à l’hôtel garni, le numéro tant, c’est-à-dire un paletot et un chapeau qui sortent le matin et rentrent le soir. De ces chapeaux et paletots, il y en a vingt mille. Quelle marque ou cocarde trouver pour se faire reconnaître ? Quelle couleur assez voyante, quel signe assez singulier vous distinguera entre les vingt mille signes et les vingt mille couleurs ? Il faut tirer l’œil ; hors de là, point de salut.

(H. Taine, Notes sur Paris)

Toccange

anon., 1827 / Halbert, 1849 : Coquilles de noix.

France, 1907 : Coquille de noix ; déformation de cocange ; Argot des voleurs.

Tronche (coup de)

Vidocq, 1837 : Voir Cocange.

Vieille

Larchey, 1865 : Vieille eau-de-vie. — Vieux de la vieille :

Vieux soldat de la vieille garde ; le vieux de la vieille comme on dit.

(Balzac)

Ma vieille : Mon vieil ami.

Eh bien ! Raoul, ma vieille, comment que ça va.

(Jaime)

L’emploi de ce féminin a sans doute paru plus tendre. On dit aussi vieux. V. Ému, Cocarde. — Vieux : Amant d’un âge mûr. V. Monsieur.

Delvau, 1866 : s. f. Eau-de-vie qui devrait avoir cent sept ans et qui n’a que quelques mois.

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie vieille, vieux cognac.

Rigaud, 1881 : Mère, — dans l’argot du peuple.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique