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Accident

d’Hautel, 1808 : C’est un malheur causé par un accident. Phrase burlesque et facétieuse, usitée en parlant d’un léger accident, d’une chose que l’on peut aisément réparer.

Delvau, 1864 : Manque d’haleine dans le discours amoureux ; hasard malencontreux qui fait tomber (accidere, ad cadere) le membre viril au moment même où il devrait relever le plus orgueilleusement sa tête chauve.

La malheureuse Hortense
Vient de perdre, à Paphos,
Un procès d’importance
Qu’on jugeait à huis-clos ;
Son avocat, dit-elle,
Resta court en plaidant :
Voilà ce qui s’appelle
Un accident.

(Collé)

France, 1907 : Pêché ou crime, suivant le point de vue où l’on se place ou la position sociale de celui qui l’a commis. Ainsi, le petit baron de X a fait un faux, c’est un accident de jeunesse ; le ministre Y a barbotté dans les deniers publics, c’est un accident de l’âge mûr ; l’évêque Z a violé sa nièce, c’est un accident de vieillesse. Qui n’a pas eu peu ou prou dans sa vie quelque petit accident ?

Pauvre Paterne ! Il est tout aussi intéressant que les autres de la pléiade, peut-être même l’est-il davantage. Pourquoi le chef de l’école décadente — il y a une école décadente, oui, monsieur, — si plein d’indulgence pour ce qu’il appelle les « accidents » de Verlaine, est-il si implacable pour le tourneur de rondels, son collaborateur, qui n’a commis d’autre crime que de déménager une amie à la cloche de bois ?

(« Germinal », Mot d’Ordre)

Battante

Rigaud, 1881 : Cloche. — Langue.

La Rue, 1894 : Cloche.

France, 1907 : Cloche ; bouche.

— Allons, Mille-Pattes, aide-moi à la gerber (à l’emporter)… D’abord, un coup de foulard sur la battante.

(E. Lepelletier)

Boire à tire-larigot

France, 1907 : Boire avec excès. L’Académie dit que, selon quelques-uns, il faudrait écrire à tire la Rigaud. Elle se base sur une anecdote qui remonte au XIIIe siècle, d’après laquelle Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, aurait donné une très grosse cloche à la cathédrale de cette ville, qu’on appela Rigaud, du nom du donateur. Or, comme cette cloche était fort lourde, les sonneurs, qui sont des gens fort altérés d’habitude, l’étaient bien davantage après avoir tiré la Rigaud, et buvaient en conséquence. On a étendu le sens de cette expression. On chante, on crie, on joue à tire-larigot.

Boiteux

d’Hautel, 1808 : Il marche comme un boiteux. C’est-à-dire lentement et avec peine.
Il ne faut pas clocher devant les boiteux. Signifie qu’il ne faut pas se moquer des imperfections naturelles devant les personnes qui en sont affligées, car il peut en survenir de semblables au moment où l’on y pense le moins.

Bouffer

d’Hautel, 1808 : Enfler ses joues. Dans le langage populaire, Bouffer, signifie manger gloutonnement, avec avidité.
Bouffer les vivres. Prendre ses repas accoutumés.

Delvau, 1866 : v. n. Manger, — dans l’argot du peuple, qui aime les mots qui font image.

Rigaud, 1881 : Bouder, dissimuler sa mauvaise humeur (XVIIIe siècle). Aujourd’hui, c’est piper.

Rigaud, 1881 : Manger gloutonnement.

Rossignol, 1901 : Manger.

Il est onze heures, la cloche a sonné, allons bouffer.

Hayard, 1907 : Manger.

France, 1907 : Manger, du provençal bouffa, manger avec excès.

— Toi que t’es là à bouffer d’une façon répugnante, t’es assez sale pour conserver ça dans le corps pendant un jour, hein ?
Larfouillat éclata de rire.
— Tiens, pardine ! fit-il. Je n’vais pas m’en débarrasser tout de suite.
— C’est pourquoi que quand tu y vas tu pues comme tous les cinq cents diables. Ça sent le renfermé, parbleu ! Tu n’es qu’un dégoûtant animal ! C’est ce qui fait que les canards sont plus propres que toi. Aussitôt bouffé par un bout, pfft ! ça fout l’camp par l’autre.

(La Baïonnette)

Boulangisme

France, 1907 : État d’esprit qui, à un moment donne, fut celui de la grande majorité des Parisiens et d’une partie de la France, et qui démontre suffisamment l’écœurement d’une nation en face des tripotages, des malversations, du népotisme du gouvernement opportuniste.
Voici une définition très exacte du boulangisme cueillie dans le Gaulois et signée Arthur Meyer :

Le boulangisme, substantif masculin singulier. Aspiration vague et mystique d’une nation vers un idéal démocratique, autoritaire, émancipateur ; état d’âme d’un pays qui, à la suite de déceptions diverses, que lui ont fait éprouver les partis classiques dans lesquels il avait foi jusque-là, cherche, en dehors des voies normales, autre chose sans savoir quoi, ni comment, et rallie à la recherche de l’inconnu tous les mécontents, tous les déshérités et tous les vaincus.

Écoutons d’autres cloches.

On sait qu’en beaucoup d’endroits, on vit, au début de cette agitation, quelques radicaux et quelques socialistes, trompés par la phraséologie pompeuse des lieutenants du boulangisme, se faire les alliés du parti césarien naissant. La plupart sont heureusement revenus de leur erreur. Ils comprirent à temps qu’on voulait leur faire jouer le rôle de dupes.

(Le Parti ouvrier)

Le boulangisme fut un mouvement démocratique, populaire, socialiste même, qui s’incarna dans un soldat jeune, brave, actif et patriote. Il trouva ses solides assises dans le peuple, dans les grands faubourgs ouvriers… Malheureusement pour le général, on lui montra cette chimère : la possibilité de triompher plus vite en prenant des alliés à droite.

(Mermeix)

Brandillante

Vidocq, 1837 : s. f. — Sonnette.

La Rue, 1894 : Sonnette.

Virmaître, 1894 : Sonnette. Par le mouvement que lui imprime le cordon, elle brandille (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Cloche, sonnette.

Cagoux, archi-suppôt de l’argot

Vidocq, 1837 : S’il faut croire les historiens du temps, et particulièrement Sauval, le royaume argotique était mieux organisé que beaucoup d’autres, car le grand Coësré n’accordait les dignités de l’empire qu’à ceux de ses sujets qui s’en étaient montrés dignes, soit par leurs capacités, soit par les services qu’ils avaient rendus ; aussi n’était-ce que très-difficilement que les argotiers obtenaient le titre de Cagoux, ou Archi-Suppôt de l’Argot.
Les Cagoux étaient, pour la plupart, des écoliers chassés des divers collèges de Paris, des moines qui avaient jeté le froc aux orties, et des prêtres débauchés. Le nom de Cagoux vient probablement de la cagoule, espèce de capuchon adapté à leur juste-au-corps, et dont ils avaient l’habitude de se couvrir la tête lorsqu’ils ne voulaient pas être connus.
Les Cagoux se faisaient passer pour des personnes de condition ruinées par quelque malheur imprévu, et leur éloquence leur donnait les moyens d’extorquer aux bonnes âmes des aumônes quelquefois considérables.
Les Cagoux étaient chargés, par le grand Coësré, de la conduite des novices, auxquels ils devaient apprendre le langage argotique et les diverses ruses du métier d’argotier.
Ce n’était qu’après un noviciat de quelques semaines, durant lesquelles il était rudement battu, afin que son corps se fit aux coups, que le novice était admis à fournir aux argotiers réunis sous la présidence de leur monarque, le premier des deux chefs-d’œuvre qui devaient lui valoir l’accolade fraternelle ; à cet effet, une longue corde, à laquelle étaient attachées une bourse et une multitude de petites clochettes, descendait du plafond d’une vaste salle ; le novice, les yeux bandés, et se tenant seulement sur une jambe, devait tourner autour de la corde et couper la bourse, sans que les clochettes tintassent ; s’il réussissait, il était admis à faire le second chef-d’œuvre ; dans le cas contraire, il était roué de coups et remis aux Cagoux jusqu’à ce qu’il fût devenu plus adroit.
Le lendemain les Cagoux accompagnaient dans un lieu de réunion publique celui qui était sorti victorieux de la première épreuve, et lorsqu’ils avaient avisé un bourgeois portant, suivant la coutume du temps, sa bourse suspendue à sa ceinture, ils lui ordonnaient d’aller la couper ; puis, s’adressant à ceux qui se trouvaient là  : Voilà, disaient-ils, un homme qui va voler la bourse de ce bourgeois, ce qui avait lieu en effet. Le pauvre novice alors était encore battu, non-seulement par les spectateurs désintéressés, mais encore par ses compagnons, qui, cependant, trouvaient le moyen de protéger sa fuite lorsqu’à la faveur du tumulte qu’ils avaient fait naître, ils avaient fait une ample moisson dans les poches des bons habitans de Paris. (Voir le premier volume de l’excellent roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris.)

Carillonner

d’Hautel, 1808 : Carillonner quelqu’un. Le gourmander ; le blâmer hautement ; le traiter avec une grande dureté.

Delvau, 1864 : Baiser une femme, en frappant les parois de sa cloche avec le battant priapesque.

Et il carillonne à double carillon de couillons.

(Rabelais)

N’est-ce pas un sujet de rire, lorsqu’on est sur le point de carillonner à ma paroisse.

(D’Ouville)

Chien du commissaire

Delvau, 1866 : s. m. Agent attaché au service du commissaire ; celui qui, il y a quelques années encore, allait par les rues sonnant sa clochette pour inviter les boutiquiers au balayage.

Rigaud, 1881 : Secrétaire du commissaire de police.

Chaque coup de sonnette lui semblait le coup de sonnette du chien du commissaire.

(E. de Goncourt, La Fille Élisa)

France, 1907 : Secrétaire du commissaire de police.

Dans son langage populaire, le Parisien a donné au secrétaire un singulier surnom. Le voyant dans toutes les expéditions, dans toutes les descentes de justice marcher derrière son patron, il l’a baptisé : le chien du commissaire. C’est tellement passé dans la langue que, même en causant avec les agents, une marchande des quatre-saisons où un camelot se laisseront aller à dire : — Mais puisque j’ai la permission ! C’est le chien du commissaire qui me l’a accordée.

(Hogier-Grison, La Police)

Cloche

d’Hautel, 1808 : On diroit qu’il sort de dessous une cloche. Se dit par ironie d’un hébété, d’un ébaubi qui a toujours l’air de ne pas comprendre ce qu’on lui dit, et d’être embarrassé des choses les plus faciles.
Faire sonner la grosse cloche. Faire parler celui qui a le plus d’autorité dans une maison.
Être sujet à la cloche. Être assujetti se rendre à une heure fixe au lieu de ses occupations.
Gentilhomme de la cloche. Noble-roturier, homme anobli par quelque charge.
Ils sont comme les cloches, on leur fait dire tout ce qu’on veut. Se dit des gens qui n’ont point d’idée certaines, qui tournent à tout vent.
Fondre la cloche. En venir à la conclusion d’une affaire après l’avoir long-temps agitée, déclarer le mauvais état de ses affaires, faillir.
Être penaut comme un fondeur de cloche. Pour être étourdi, confus, ne savoir plus que dire.

Cloche (étonné, triste ou sot comme un fondeur de)

France, 1907 : La fonderie des cloches est une opération très délicate. Seul de tous les ouvriers, le fondeur de cloches dépense son temps, sa peine et son combustible sans être sûr de réussir : la moindre paille, le plus léger accident, et tout est à refaire. Il est donc sans cesse inquiet, préoccupé et ne peut être gai. D’où fondre la cloche, c’est arriver à l’exécution d’une affaire longtemps agitée.
Dans son Dictionnaires des Proverbes, Guitard cite plusieurs fondeurs de cloches morts de douleur de n’avoir pas réussi, et d’autres morts de joie de leur succès.

Cloche (être à la)

Rossignol, 1901 : Ne pas avoir de domicile. Ce mot veut aussi dire écouter.

J’ai entendu ce que vous disiez, j’étais à la cloche. — Parlez plus las, il y a quelqu’un derrière nous qui est à la Cloche (qui écoute).

Cloche de bois

Virmaître, 1894 : Déménager furtivement sans prévenir son propriétaire. Quand le déménagement s’opère par la fenêtre on dit : déménager à la ficelle. Brûler ses meubles, c’est déménager par la cheminée. On dit aussi : déménager a la cloche de cuir ou à la sonnette de bois.

France, 1907 : Voir Déménager.

Cloche de bois (à la)

La Rue, 1894 : Déménager furtivement sans payer son terme.

Cloche de bois (déménagement à la)

Rigaud, 1881 : Déménagement furtif. — Déménager à la cloche de bois, déménager sans bruit et sans payer.

Pendant ces vingt ans, il a déménagé à la cloche de bois, c’est-à-dire qu’il est sorti de ses diverses résidences sans acquitter le prix de son terme.

(Maxime Parr)

Cloche de bois (déménager à la)

Larchey, 1865 : Déménager furtivement en tamponnant la clochette d’éveil adaptée aux portes de beaucoup d’hôtels garnis.

Hayard, 1907 : Sans payer, furtivement.

Cloche-pied

d’Hautel, 1808 : On dit vulgairement et par corruption à croche pied.

Clocher

d’Hautel, 1808 : Il n’a jamais vu que le clocher de son village. Se dit par raillerie d’un homme qui n’a jamais sorti de son pays natal, et à qui tout paroît merveilleux.

d’Hautel, 1808 : Boiter. Il ne faut pas clocher devant un boiteux. Pour il ne faut pas contrefaire ni tourner en ridicule les personnes infirmes. Cette locution proverbiale signifie aussi qu’il faut bien se garder de faire l’important et le capable devant des gens plus habiles que soi.
Il y a toujours quelque chose qui cloche dans ce qu’il entreprend. Pour dire qu’un homme prend peu de soin, qu’il n’est pas très-exercé dans les affaires dont il se mêle.

Clocher des deux côtés

France, 1907 : Porter à deux épaules.

Clochette

France, 1907 : Pochette. Elle fait clochette quand elle est garnie de pièces.

Clochettes

La Rue, 1894 : Poches. Elles sonnent quand elles sont pleines d’argent.

Cloque

Delvau, 1866 : s. f. Phlyctène bénigne qui se forme à l’épiderme. — dans l’argot du peuple, ami des onomatopées. Les bourgeois, eux, disent cloche : c’est un peu plus français, mais cela ne rend pas aussi exactement le bruit que font les ampoules lorsqu’on les crève.

Rigaud, 1881 : Crepitus ventris. Cloquer, sacrifier au petit crepitus, — dans l’argot des barrières. — Lâcher une cloque renversante.

France, 1907 : Pet.

Cribleur de verdouse

La Rue, 1894 : Marchand des quatre-saisons. Cribleur de macabés, gardien de cimetière qui sonne la cloche à l’arrivée d’un convoi. Cribleur de lance, porteur d’eau.

Cribleur de verdouze

Rigaud, 1881 : Marchand des quatre saisons. — Cribleur de frusques, marchand d’habits ambulant. — Cribleur de malades, employé chargé d’appeler les détenus au parloir. — Cribleur de machabées, gardien de cimetière qui sonne la cloche pour annoncer l’arrivée d’un convoi funèbre. — Cribleur de beurre, agent de change.

Virmaître, 1894 : Marchand des quatre saisons (Argot des voleurs).

Crosse, crosseur

Rigaud, 1881 : Ministère public. — Sonneur de cloches.

Hayard, 1907 : Avocat général.

France, 1907 : Avocat général, accusateur public. Crosser, médire, tourmenter.

Crosseur

Vidocq, 1837 : s. m. — Sonneur.

Clémens, 1840 : Celui qui n’approuve pas les mauvaises actions.

un détenu, 1846 : Récalcitrant.

Delvau, 1866 : s. m. Sonneur de cloches.

Virmaître, 1894 : L’avocat général (Argot des voleurs). V. Bêcheur.

Rossignol, 1901 : Avocat général ; ministère public qui crosse sur l’accusé qu’il veut faire condamner.

France, 1907 : Sonneur de cloches.

Dandillante

Virmaître, 1894 : La cloche. Dans les usines, la cloche sonne les heures d’entrées et de sorties et aussi l’heure des repas.
— Si je suis en retard c’est parce que tu as foutu un coup de pouce à la tocante du singe.
Mot à mot : la cloche dandille (Argot du peuple).

Hayard, 1907 / France, 1907 : Cloche.

Dandiller

Halbert, 1849 : Sonner.

Delvau, 1866 : v. n. Sonner, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Sonner. — Le carme dandille dans la fouilleuse, l’argent sonne dans la poche.

La Rue, 1894 : Sonner. Dandillon, cloche.

Virmaître, 1894 : Sonner. Les faubouriens en ont fait dardiller de dard.
— Je dardille pour une belle fille (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Sonner. Le carme dandille dans sa fouillouse, l’argent sonne dans sa poche.

Dandillon

Halbert, 1849 : Cloche.

Delvau, 1866 : s. m. Cloche.

Rigaud, 1881 : Sonnette. Taquiner le dandillon, pincer le dandillon, tirer la sonnette.

France, 1907 : Cloche. Pincer le dandillon, sonner la cloche.

Décarcasser (se)

Larchey, 1865 : Agir activement. — Mot à mot : remuer sa carcasse.

Delvau, 1866 : v. réfl. Se démener, s’agiter bruyamment, — dans le même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Se donner beaucoup de mal ; se démener. — Se décarcasser le boisseau, se tourmenter.

Virmaître, 1894 : S’échiner à faire un travail qui produit peu. Se décarcasser à courir pour arriver à l’heure de la cloche.
— J’ai beau me décarcasser, je ne suis pas plus avancé une année que l’autre (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Faire tout son possible pour arriver a quelque chose que l’on désire. On se presse, on se décarcasse, pour terminer un travail.

France, 1907 : Se dépêcher, se hâter de faire un travail ; secouer sa carcasse. Se décarcasser le boisseau, se torturer le cerveau.

Déménager à la cloche de bois

France, 1907 : Partir furtivement d’un logement ou d’un hôtel sans payer. On dit dans le même sens : à la cloche de zinc, ou à la clochette de bois.

Déménager à la ficelle

Larchey, 1865 : Déloger clandestinement par la fenêtre en descendant certains objets à l’aide d’une ficelle. — Mettre les ficelles : Garrotter.

Delvau, 1866 : v. n. À l’insu du propriétaire, la nuit, avec ou sans cordes, par la fenêtre ou par la porte, — dans l’argot des bohèmes, pour qui le dieu Terme est le diable. On dit aussi Déménager à la cloche de bois.

France, 1907 : Faire descendre ses meubles par la fenêtre à l’aide de cordes.

Déménager à la lune

France, 1907 : Variante lyonnaise de déménager à la cloche de bois.

Étonné comme un fondeur de cloche

France, 1907 : Voir Cloche.

Être à la cloche

Rossignol, 1901 : Écouter.

Tu entends ce que l’on dit à côté ? — Oui, depuis un instant, je suis à la cloche.

Faire comme le pourceau de saint Antoine

France, 1907 : Se fourrer partout où l’on n’a que faire.

On dit que les pourceaux de Saint-Antoine de Viennois, qui est une grande abbaye dans le diocèse de Vienne en Dauphiné, entrent avec leur clochette au col, qui les fait reconnaître, dans toutes les maisons du lieu, où on leur donne à manger sans que personne les ose chasser, par respect du saint auquel ils sont voués. On applique ce dicton à ces parasites qui mangent partout hors de chez eux, et qui ont coutume, suivant le proverbe, de faire comme le pourceau de saint Antoine, de se fourrer partout.

(Fleury de Bellingen)

Faire pouf

France, 1907 : Quitter son logement sans payer. Même sens que déménager à la cloche de bois. Pouf, suivant Lorédan Larchey, est une onomatopée imitant la chute d’un paquet de vêtements lancé par la fenêtre dans la rue.

Fer

d’Hautel, 1808 : Le corps n’est pas de fer. Pour dire que l’on ne peut pas toujours travailler ; qu’il faut quelquefois prendre du repos.
Quand on quitte le maréchal, il faut payer les vieux fers. Signifie que quand on renvoye un ouvrier, il faut le payer.
Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud. Signifie qu’il faut se hậter de profiter de l’occasion lorsqu’elle se présente.
Mettre les fers au feu. S’occuper sérieusement d’une affaire.
Il a toujours quelque fer qui cloche. Se dit d’une personne maladive, qui se plaint continuellement.
Il s’est étalé les quatre fers en l’air. Au propre, se dit d’un cheval abattu ; au figuré, et en riant, d’une personne qui tombe à la renverse.
Batteur de fer. Terme injurieux qui équivaut â batteur, ferrailleur, batteur de pavés.

Fondeur

d’Hautel, 1808 : Étonné comme un fondeur de cloches. C’est-à-dire, surpris, stupéfait au dernier point.

Fondre

d’Hautel, 1808 : Fondre la cloche. Terminer une affaire, en venir au dernier résultat ; employer ses dernières ressources ; déclarer l’état de ses affaires.
Il fond comme du beurre à la poêle. Se dit d’une personne qui couve une maladie, et dont la figure s’altère chaque jour d’une manière sensible.
Il est fondu. Pour dire qu’un homme est ruiné, qu’un marchand a fermé sa boutique.

Delvau, 1866 : v. n. Maigrir.

Rigaud, 1881 : Disparaître, se sauver, — dans le jargon des voyous.

France, 1907 : Maigrir.

Fondre la cloche

Delvau, 1866 : Terminer une affaire, en arriver à ce qu’elle a d’essentiel, de difficile. Signifie aussi : Vendre une chose et s’en partager l’argent entre plusieurs.

Rigaud, 1881 : Vendre un objet dont on partage le prix entre camarades ; avait aux XVIIe et XVIIIe siècles le sens de terminer une affaire en train.

France, 1907 : Terminer une affaire. Fondre une chandelle, consommer une bouteille de vin.

Fromages (faire des)

Delvau, 1866 : Se dit — dans l’argot des petites filles, d’un jeu particulier qui consiste à imprimer un mouvement de rotation à leur robe et à se baisser rapidement de façon à former par terre « une bette cloche ».

Gadzart

France, 1907 : Élève des arts et métiers ; abréviation de gas-des-arts.

Nous étions une soixantaine d’élèves, jeunes et vieux, résidant au Creusot ; nous convoquâmes les camarades des villes et des départements voisins, et, au jour dit, nous festoyâmes joyeusement au nombre de quatre-vingts, ni hommes ni femmes, comme dit l’Auvergnat, tous gadzarts.

Déjà du vieux Creusot la grande cheminée
Des gaz et des vapeurs vers le soir s’éclairait ;
La cloche avait sonné la fin de la journée,
Et chacun au logis pour souper accourait…
Déjà se dispersait la foule industrieuse,
Contente d’aller reposer,
Quand près de l’escalier, sur la terre boueuse,
Un groupe se mit à causer.
C’étaient de bons soldats, soldats de l’industrie,
Aux visages loyaux, pleins de cordialité,
Ils se réunissaient pour boire à la Patrie,
À la science, aux arts, à la Fraternité,
Et quelque temps après, au bruit d’une rasade
D’un vieux vin velouté,
Un soldat se leva pour chanter sa ballade,
En disant : Chers Gadzarts, écoutez !

(R. Roos)

Gants

Delvau, 1864 : Ce qu’on donne aux femmes galantes comme supplément au prix convenu pour les baiser, qu’elles vous demandent avant de vous ouvrir leurs cuisses et qu’il est prudent de ne leur donner qu’après avoir joui — si elles vous ont fait jouir. Ce sont nos anciennes épingles, la drinkgeld des Flamands, le paraguantes des Espagnols et la buena mancia des Italiens — à propos de laquelle on pourrait dire, avec Rabelais, que ces sortes de femmes aiment mieux la manche que le bras.

Leurs vêtements sont élégants,
Mais toujours quelque chose y cloche :
Dans leur bourse elles ont leurs gants,
Et leur corset est dans leur poche.

(A. Delvau)

Employé dans un sens obscène pour désigner la virginité.
Elle fit toutes les grimaces que ses parents lui avaient dit de faire, pour lui faire croire qu’il en avait eu les gants.

(La France galante)

Mainte fille a perdu ses gants.

(La Fontaine)

Je puis donc m’attendre, dit Potiron, que si j’épouse cette demoiselle, je n’en aurai pas les gants.

(Voisenon)

Delvau, 1866 : s. m. pl. Les deux sous du garçon des filles, — avec cette différence que les sous du premier sont en cuivre et les sous des secondes en argent, et même en or. Ce sont nos anciennes épingles, la drinkgeld des Flamands, le paraguantes des Espagnols et la buona mancia des Italiens.

Rigaud, 1881 : Pourboire donné à ces dames ; le pourboire de la prostitution.

On donne ce qu’on veut à la femme pour ses gants.

(F. d’Urville, Les Ordures de Paris, 1874)

Rossignol, 1901 : Pourboire. Celui qui fait une mauvaise opération en est pour ses gants.

France, 1907 : Gratification donnée à une fille en dehors du prix convenu. Cette expression était autrefois prise dans le sens de pourboire. Elle vient de l’espagnol paraguante.

Ces cadeaux particuliers d’argent que les clients laissent aux prostituées à titre de gratitude, comme un pourboire à un cocher, s’appellent « des gants ». Les filles se disent entre elles en parlant de cette générosité : « J’ai reçu tant pour mes gants. » C’est le seul et unique produit qu’elles retirent de leur prostitution ; mais il n’est sorte de moyens qu’elles n’emploient pour l’obtenir ; quand elles sont rusées, qu’elles ont affaire à des jeunes gens ou à des hommes compatissants, elles parviennent à leur soutirer des sommes importantes.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Méfiez-vous des intrigants
Et surtout des femmes galantes
Qui vous demanderont des gants.

(A. Glatigny)

Glas

Delvau, 1866 : s. m. Homme ennuyeux, qui répète toujours la même chose, — comme la cloche qui sonne la mort de quelqu’un. Argot du peuple. Les ouvriers anglais ont une expression du même genre : croaker, disent-ils.

France, 1907 : Personne ennuyeuse et funèbre comme le son de la cloche qui annonce l’agonie ou la mort.

Gouille

France, 1907 : Mare, bourbe. Envoyer à la gouille, envoyer au diable.

France, 1907 : Volée de cloches. Sonner la gouille, sonner la volée.

— Les six cloches que vous avez vues, ici, marchaient. Nous étions attelés à seize dessus. Eh bien, c’était une pitié : ces gens-là, ils brimballaient comme des propres à rien, ils ruaient à contretemps, ils sonnaient la gouille !

(J.-K. Huysmans)

Licher

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Boire.

Larchey, 1865 : Aimer les bons plats, faire débauche. — Jadis, on disait licharder.

Je liche chez le mannezingue, motus !

(Paillet)

Buvons plutôt bouteille. En lichant, nous ne penserons pas à toutes ces bagatelles.

(Chanson poissarde, 1772)

Larchey, 1865 : Boire. — V. Béquiller.

Puis il liche tout’la bouteille. Rien n’est sacré pour un sapeur.

(Houssot)

Delvau, 1866 : v. a. et n. Manger et boire à s’en lècher les lèvres.

France, 1907 : Boire.

Il a liché toute la bouteille,
Rien n’est sacré pour un sapeur.

(Répertoire de Thérésa)

En Normandie, les hommes accompagnent leurs sœurs ou leurs femmes jusqu’au seuil du saint lieu, puis ils se distribuent dans les joyeux petits bouchons des alentours, où l’on fait si bien la partie en lichant un coup de cidre ou de marc jusqu’à l’heure où la cloche sonore annonce aux « sexe fort » qu’il faut aller rechercher les « sexe faible. »

(Marc Anfossi)

France, 1907 : Lécher, embrasser.

Et tous les poissons lubriques, comme anguilles, congres, lamproies, ainsi nommés vulgairement parce qu’ils lichent les pierres.

(Prosper Colonius)

Tu resteras pour licher mes blessures ;
Mon pauvre chien, ne me quitte jamais.

(Vieille complainte)

Je ne connais rien de plus agréable que de passer une semaine ou deux sans apercevoir un journal ; c’est ce qui vient de m’arriver, et je m’en fiche encore les paupières ; mais toute médaille a un revers : j’ai fini par m’apercevoir, à la longue, que ce n’était pas le moyen de se tenir au courant de l’actualité.

(Grosclaude)

France, 1907 : Manger.

Je te bénis, ô mon poète,
Car c’est son rêve, à ta Nini,
D’aller licher chez Tortoni.

(Léon Rossignol)

Locher

d’Hautel, 1808 : Il y a toujours quelque chose qui loche. Pour dire, qui va mal. On dit plus communément, qui cloche.

Vidocq, 1837 : v. a. — Écouter.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Écouter.

Delvau, 1866 : v. n. Branler, être près de tomber, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : N’être pas d’aplomb, menacer de tomber ; c’est clocher en supprimant le C.

La Rue, 1894 : Écouler. Perdre l’équilibre, menacer de tomber.

Virmaître, 1894 : Branler, tomber.
— Tu branles dans le manche, tu vas être renvoyé de ta place.
Ce à quoi les farceurs répondent :
— Tout ce qui branle ne tombe pas (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Chanceler.

France, 1907 : Écouter.

Louffiat

Rigaud, 1881 : Mal appris, grossier personnage.

La Rue, 1894 : Mal appris. Grossier.

France, 1907 : Voyou, crapuleux.

— Voyez-vous, c’est fini, les cloches ! ou plutôt, c’est les sonneurs dont il n’y a plus !… À l’heure qu’il est, ce sont des garçons charbonniers, des couvreurs, des maçons, des louffiats, des gniaffs, ramassés pour un franc sur la place, qui font la manœuvre.

(J.-K. Huysmans)

Ah ! il y en a, il y en a, il y en a,
Que c’est de la fameuse canaille !
Ah ! il y en a, il y en a, il y en a
Qu’ça sont des fameux louffiats !

(Pothey)

Membre (le)

Delvau, 1864 : Sous-entendu viril. Le grand outil générateur, que nous faisons travailler comme un cheval et que les femmes adorent comme un dieu.

Jouis-tu, cochon ? Ah ! le beau membre !

(Lemercier de Neuville)

On voit, sous les feuilles de vignes
Que leur impose la pudeur,
S’agiter de gros membres dignes
d’admiration — ou d’horreur.

(Anonyme)

Monseigneur le vit, ou madame la pine — Outre ces deux noms, ce noble personnage, qui veut chaque jour être fêté, possède plus de prénoms qu’il n’en faudrait pour refaire le calendrier… républicain. Je cite les principaux :

L’acteur, l’affaire, les agréments naturels, l’aiguille, l’aiguillon, l’aiguillette, l’andouille, l’arbalète, l’ardillon, l’aspergès, l’asticot, la baguette, le balancier, le bâton à un bout, le bâton de sucre de pomme, le bâton pastoral, le battant de cloche, la béquille du père Barnaba, le berlingot, la bibite, le bidet, le bijou, le bistouri, la bite, le bogue, le bonhomme, le bouchon, le boudin blanc, le bougeoir, la bougie, le bout de viande, le boute-feu, le boutejoie, la boutique, le boyau, la braguette, le bracquemard, le bras, la briche, la broche, le broque, la burette, le canon à pisser, la carotte, le cas, le carafon d’orgeat, le cavesson, cela, ce qu’on porte, la chair, le chalumeau, le champignon, la chandelle, la chanterelle, la charrue, la chenille, la cheville d’Adam, la cheville ouvrière, le chibre, le chiffe, le Chinois, le chose, le cierge, la cigarette, la clé, le clou, la cognée, le cognoir, le coin, la colonne, le compagnon fidèle, la corde sensible, le cordon de saint François, le cornichon, la couenne, la courte, le criquet, le dard, le dardillon, le degré de longitude, le devant, le doigt du milieu, le doigt qui n’a pas d’ongle, dom ou frère Frappart, le dressoir, le drôle, l’écoutillon, l’engin, l’épée, l’étendard d’amour, le fils, le flacon d’eau-de-vie, le flageolet, la flèche, la flûte à un trou, le fourrier de nature, la gogotte, la grosse corde, le goujon, le goupillon, la guigui, la guiguitte, la haire, le hanneton, l’herbe qui croit dans la main, l’histoire, le honteux, Jacques, la jambe, Jean Jeudi, Jean Chouart, la laboureur de nature, la lance, la lancette, le lard, la lavette, la limace, le machin, le Mahomet, le manche du gigot, la marchandise, le mirliton, le mistigouri, le moineau, le moineau, la navette, le nerf, le nœud, l’obélisque, le onzième doigt, l’os à moelle, l’outil, l’ouvrier de nature, le paf, le panais, le pénis, le pondiloche, le perroquet, la petite flûte, le petit frère, le petit voltigeur, la pierre à casser les œufs, la pierre de touche, le pieu, le pignon, le pis, la pissottière, le poinçon, la pointe, le poireau, la potence, le poupignon, Priape, la quéquette, la queue, le robinet de l’âme, Rubis-Cabochon, la sangsue, saint Agathon, saint Pierre, le salsifis, la sentinelle, la seringue, le sifflet, le sous-préfet, le sucre d’orge, le trépignoir, la triquebille, la troisième jambe, le tube, la verge, la viande crue, etc. etc.

Messe (être à la)

Rigaud, 1881 : Arriver en retard à l’atelier, — dans l’argot des ouvriers.

Virmaître, 1894 : Quand un ouvrier arrive à l’atelier cinq minutes après la cloche, la porte est fermée, il perd un tiers ou une demie journée ; il va pendant ce temps boire des canons sur le zinc, l’autel des pochards ; le mastroquet officie. De là, aller à la messe (Argot du peuple).

France, 1907 : Arriver en retard à l’atelier.

Quand un ouvrier arrive à l’atelier cinq minutes après la cloche, la porte est fermée, il perd un tiers ou une demi-journée ; il va pendant ce temps boire des canons sur le zinc, l’autel des pochards ; le mastroquet officie. De là, aller à la messe.

(Ch. Virmaître)

Moines attendent l’abbé (attendre quelqu’un comme les)

France, 1907 : C’est-à-dire en dînant attendre les pieds sous la table.
La minutie calculée de l’emploi des heures exigeait dans les monastères que l’on n’attendit personne ; aussi, quand sonnait la cloche du repas, on se mettait à table, sans attendre le supérieur.
Autres dictons ironiques : « Quand l’abbé tient taverne, les moynes peuvent aller au vin. » « Quand l’abbé danse à la cour, les moynes sont en rut aux forêts. »

Nonnains, moisnes, prestres et poullets
Ne sont jamais pleins ne saoulés.

 

Des moines ni des pigeons
N’introduis dans ta maison.

Négresse

Vidocq, 1837 : s. m. — Paquet de marchandise enveloppé d’une toile cirée.

Halbert, 1849 : Ballot recouvert de toile cirée.

Larchey, 1865 : Paquet couvert de toile cirée (Vidocq, 1837). — La toile est noire.

Larchey, 1865 : Punaise.

Je sentis bien, quand nous étions couchés, Qu’i ne manquait pas de négresses, Et même de grenadiers.

(Lecart, Ch., 1851)

Allusion à la couleur foncée de la punaise. Quant aux grenadiers, qui représentent les poux de la plus forte taille, il faut se rappeler qu’on appelle grenadiers des soldats d’élite et garnison la vermine qui couvre une tête. Les gros poux sont donc les grenadiers de la garnison.

Delvau, 1866 : s. f. Litre ou bouteille de vin, — dans l’argot des faubouriens. Étouffer ou Éventrer une négresse. Boire une bouteille. On dit aussi Éternuer sur une négresse.

Delvau, 1866 : s. f. Punaise.

Delvau, 1866 : s. f. Toile cirée, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Bouteille de vin rouge. — Étouffer, éreinter une négresse, éternuer sur une négresse, boire une bouteille de vin rouge.

Rigaud, 1881 : Ceinturon, — dans l’argot des marins.

Rigaud, 1881 : Paquet recouvert de toile cirée noire.

Rigaud, 1881 : Puce.

J’ sentis bien quand nous étions couchés
Qui n’ manquait pas d’négresses
Et même de grenadiers.

(E. Lecart, Une conquête au Prado, chans)

Qu’il s’ra content le vieux propriétaire
Quand il viendra pour toucher sonloyer,
D’voir en entrant toute la paill’par terre
Et les négress’s à ses jamb’s sautiller.

(Le Déménagement à la sonnette de bois, chans.)

La Rue, 1894 : Paquet enveloppé de toile cirée noire. Bouteille de vin. Punaise. Puce.

Virmaître, 1894 : Bouteille.
— Allons-nous étouffer une négresse de ginglard à Argenteuil ? (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Puce. Allusion de couleur (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Puce.

Hayard, 1907 : Bouteille de vin.

Hayard, 1907 : Puce.

France, 1907 : Bouteille de vin rouge. Allusion à la couleur foncée de la bouteille.

— Allons, la mère, du piccolo ! et deux négresses à la fois, s’il vous plaît !

(Ch. Dubois de Gennes)

Une négresse morte, une bouteille vide.

Le tas de négresses mortes grandissait. Un cimetière de bouteilles.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Étouffer une négresse, boire une bouteille de vin.

France, 1907 : Ceinture ; argot des marins.

France, 1907 : Paquet enveloppé d’une toile cirée.

France, 1907 : Puce, Allusion à la couleur noire.

Qu’il s’ra content le vieux propriétaire,
Quand il viendra pour toucher son loyer,
D’voir en entrant toute la paill’ par terre
Et les négress’s à ses jambes sauter !

(La Cloche de bois)

Nigousse

France, 1907 : Conscrit. Argot militaire ; corruption de nigaud.

Le conscrit pousse la porte.
Et aussitôt il s’arrête, immobile d’étonnement. Une vingtaine d’anciens bondissent à cloche-pied par-dessus les lits, où d’autres, étendus, la tête sous un bras, fumotent, les yeux fermés, de longues pipes noires. Un grand barbu, que les camarades appellent « l’ordonnance », nettoie son fusil et siffle un air de chasseur. Trois jeunes brossent leurs godillots, le pied sur un banc, une serviette sur l’épaule. Il y a dans l’air de cette chambre de la nicotine et des jurons. Le grand barbu voit entrer le conscrit, et pose à terre la gueule de son Lebel.
— Tiens, un nigousse !

(George d’Esparbès)

Les pomm’s de terre pour les cochons,
Les épluchur’s pour les Bretons
À la nigousse, gousse, gousse.

(Chanson de caserne)

Oche

Ansiaume, 1821 : Oreille.

Il prêtoit l’oche tandis que je goupinois.

Rigaud, 1881 : Oreille. L’oche me cloche, l’oreille me tinte.

Oreilles me tintent (les)

France, 1907 : On parle de moi. Il arrive que l’on entend parfois dans l’oreille un son extérieur, un petit bruit semblable à une cloche. La superstition populaire attribue ce bruit à des propos tenus sur votre compte par des personnes éloignées, superstition venue en droite ligne des Romains. Si c’est l’oreille droite qui tinte, les propres sont favorables ; ils sont le contraire si c’est la gauche. Une autre croyance populaire venue également des Romains est qu’un mouvement rapide et involontaire de l’œil droit annonce la vue prochaine d’une personne chère.

Paper-hunt

France, 1907 : Chasse au papier. Anglicisme et de nom et de chose. C’est une sorte de steeple-chase (course au clocher), où un cavalier part en avant, muni d’un sac plein de petits morceaux de papier qu’il sème sur sa route en franchissant tous les obstacles qu’il rencontre, murs, haies, fosses. Les autres, cavaliers et amazones, qui partent dix ou quinze minutes après lui, doivent suivre ses traces.

Pas clocher devant les boîteux (se)

France, 1907 : Ne faire aucune allusion aux défauts naturels de son prochain. Ne pas parler de corde dans la maison d’un pendu. Les gens affligés d’infirmités physiques ou morales sont généralement fort susceptibles et aptes à se blesser des plus involontaires allusions.

Peinture

d’Hautel, 1808 : En peinture. Expression comique passée parmi le peuple, qui s’en sert à tort et à travers.
Il est, brave, mais c’est en peinture. Se dit d’un hâbleur, d’un fanfaron qui recule au champ d’honneur.
Il est riche, mais c’est en peinture. Se dit d’un olibrius, d’un gascon qui vante sans cesse ses biens et ses terres, et qui a à peine de quoi dîner.
On dit aussi d’un homme qui n’a pas quitté le clocher de son village, et qui parle continuellement de pays qu’il n’a point vus, il a voyagé, mais c’est en peinture ; etc, etc, etc.

Penaud

d’Hautel, 1808 : Il est penaud comme un fondeur de cloches. Pour dire que quelqu’un est honteux de n’avoir point réussi dans une affaire.

Picot

France, 1907 : Coup de cloche. Voir Piquette.

Pied de banc

Delvau, 1866 : s. m. Sergent, — dans le même argot [des troupiers].

Merlin, 1888 : Sergent. Quatre pieds à un banc, quatre sergents dans une compagnie.

France, 1907 : Sergent, appelé ainsi parce qu’il y a quatre de ces sous-officiers dans une compagnie placés à chaque extrémité pour la diriger, la soutenir comme les pieds d’un banc.

Les sous-officiers sont l’âme de l’armée si les officiers en sont la tête… les soldats le savent et le disent bien, et se rendant compte de l’utilité de ces subalternes, ils les appellent les pieds de banc. Enlevez un lieutenant ou un sous-lieutenant à la compagnie, nul ne s’apercevra du vide ; ôtez un sergent, elle clochera, deviendra boiteuse.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Plombes

Virmaître, 1894 : Heures.
— Voilà dix plombes qui se décrochent au tintamarre de l’antonne ; le ratichon va grimper à son zinc pour débagouler sa jasante au père la Tuile.
Plombes, allusion au marteau qui tombe d’aplomb sur la cloche (Argot des voleurs).

France, 1907 : Pièces d’or ou d’argent.

De vieux marmiteux de la haute lui ont offert de l’épouser. Mais ils n’avaient que le titre, et elle veut, dit-elle, le titre avec les plombes.

(Louise Michel)

Pose (faire de la)

France, 1907 : Prendre des airs de supériorité.

Mais la nuit est proche,
Du bord on s’approche ;
On entend la cloche
Des hôtels sonner ;
La baigneuse rose,
Sa maman morose,
Les gens à la pose,
Tout s’en va diner.

(L. Xanrof)

Pouf

Larchey, 1865 : Catastrophe financière, fauteuil bas largement capitonné. V. Puff.

Les pertes que vos trous dans la lune ou vos poufs, pour parler le style du local, lui occasionnent.

(Vidal, 1833)

Delvau, 1866 : s. m. Dette qu’on ne paye pas ; crédit qu’on demande et auquel on ne fait pas honneur. Argot du peuple. Signifie aussi Banqueroute. Quoique pouf ait l’air de venir de puff, comme la malhonnêteté vient du mensonge, ce sont des mots d’une signification bien différente, et on aurait tort de les confondre.

France, 1907 : Dette chez un fournisseur, généralement un restaurateur ou un cafetier. « Faire un pouf ; partir en laissant un pouf. » Ce serait, suivant Lorédan Larchey, une onomatopée faisant allusion au bruit sourd produit par la chute d’un paquet lancé par la fenêtre dans un déménagement à la cloche de bois ; mais il faut observer que les Anglais ont le mot puff (prononcez pouf) pour exprimer un souffle des lèvres, moquerie ou mépris, ou un saut d’une place à l’autre. Faire un pouf serait donc donner du vent à ses créanciers, ou s’esquiver rapidement.

Poulailler

d’Hautel, 1808 : Se dit en plaisantant, pour chambre, demeure, logis, maison.
S’en retourner au poulailler. Pour dire, à la maison.
Il veut être riche marchand, ou pauvre poulailler. Pour, il veut tout gagner ou tout perdre.

Larchey, 1865 : C’est la partie du théâtre la plus voisine du lustre. Les spectateurs y sont juchés par gradins comme sur un perchoir. — On dit aussi Paradis, parce que ces places sont au ciel, dont le soleil est le lustre.

Delvau, 1866 : s. m. Partie du théâtre la plus voisine du plafond, ordinairement désignée sous le nom d’Amphithéâtre. Argot du peuple.

France, 1907 : Galerie intérieure de certaines églises, soit par allusion au poulailler des théâtres, soit parce qu’elle se garnit des vieilles poules de sacristie.

Au fond, sous le poulailler, pend la grosse corde à laquelle les gas s’accrochent, les jours de noce ou de baptême, pour lancer la cloche à toute volée.

(Harry-Alis Petite Ville)

On appelle aussi de ce nom la plus haute galerie d’un théâtre.

Ils adorent le théâtre, les Parisiens. Ils ont tous un peu l’âme de ce titi, fidèle abonné du poulailler de l’Ambigu, qui, brûlant d’amour pour la jeune première, lui adressait une déclaration terminée en ces termes : « Du reste, Mademoiselle, vous me reconnaîtrez facilement. Mes jambes pendront. »

France, 1907 : Maison mal famée ; argot populaire. Les pensionnaires de ce genre de maison sont appelées poules.

Qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son

France, 1907 : Allusion aux personnes, et elles sont nombreuses, qui prêtent une oreille complaisante aux médisances et aux calomnies faites sur une autre personne, sans entendre ce qui pourrait la justifier. L’équité voudrait qu’on entendit l’autre cloche. C’est ce que Corneille a exprimé en ces vers :

Quiconque, sans l’ouïr, condamne un criminel,
Son crime eût-il cent fois mérité le supplice,
D’un juste châtiment, il fait une injustice.

Hear both sides, écoutez des deux côtés, disent les Anglais.

Saint Antoine (compagnon de)

France, 1907 : Cochon.

Sous les superbes harnais
Au bois ballade la diva
Peinturlurée ;
Elle rit à ce frais décor ;
Hier pourtant elle était encor
Dans la purée.
Mais il s’est enfui le guignon,
Et, grâce à certain compagnon
De saint Antoine
Qui l’idolâtre sans lapin,
Elle gagne aisément son pain
Et ton avoine.

(Semiane)

Faire comme de pourceau de saint Antoine, se fourrer partout. Dicton appliqué aux parasites et pique-assiettes et qui fait allusion aux cochons d’une grande abbaye du Dauphiné, l’abbaye de Saint-Antoine de Viennois, qui, une clochette au cou pour les faire reconnaitre, allaient vagabonder dans les villages voisins, entraient dans chaque maison pour y manger sans qu’on osât les chasser par respect du saint auquel ils étaient voués. On dit, dans le Midi, d’un individu qui va de tous côtés, par monts et par vaux : coureur comme le porc de saint Antoine. Voir Mal Saint-Antoine.

Saint-Malo (revenir de)

France, 1907 : N’avoir pas de mollets. Voici le fait qui a donné lieu à ce dicton. À une certaine époque, sans doute pour économiser la dépense des chevaliers du guet, les échevins faisaient lâcher pendant la nuit de gros chiens qui se chargeaient de la police de la ville, en mordant les mollets des noctambules ou des attardés. Une cloche prévenait les habitants, et les honnêtes bourgeois et les gens paisibles n’avaient qu’à rester chez eux. On connait la chanson de Désaugiers sur Monsieur Dumollet.

Bon voyage. Monsieur Dumollet,
À Saint-Malo débarquez sans naufrage ;
Bon voyage, Monsieur Dumollet,
Et revenez si le pays vous plait.

Sonner la cloche de Margon (entendre)

France, 1907 : Le dicton, encore en usage dans quelques coins de l’ancienne province du Perche, fait allusion à une ancienne coutume de Margon, village d’Eure-et-Loir, où l’on brûlait jadis, au son de la cloche de l’église, un mannequin représentant une femme du pays qui avait été condamnée pour faux. Dire de quelqu’un qu’il entendait sonner la cloche de Margon, c’était faire comprendre qu’il était dans une mauvaise passe, qu’il allait avoir maille à partir avec la justice.

Sonner la grosse cloche

France, 1907 : Employer les grands moyens, mettre tout en œuvre pour la réussite d’une affaire.

Sonnette de bois (déménager à la)

Larchey, 1865 : Emporter ses effets sans avoir payé sa chambre, en tamponnant la sonnette d’éveil qui signale la sortie d’un hôtel garni.

Car il était réduit à déménager à la sonnette de bois (sans bruit et clandestinement).

(Chenu)

France, 1907 : Déménager sans payer son terme. On dit plus généralement : « à la cloche de bois ».

Sorte

d’Hautel, 1808 : Plaisanterie, gausse, mensonge, gasconnade, conte fait à plaisir, récit peu digne de foi.
C’est une sorte, une bonne sorte. Pour dire, que ce que dit quelqu’un est controuvé ; que c’est une plaisanterie, un conte en l’air.

Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise raison, faux prétexte, balançoire, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Mensonge, bourde, mystification, — dans le jargon des typographes. — Au propre, les sortes sont les lettres de même caractère, de même sorte. — Chiquer des sortes, puiser dans la casse du voisin les lettres dont on a besoin.

Boutmy, 1883 : s. f. Quantité quelconque d’une même espèce de lettres. Au figuré, conte, plaisanterie, baliverne. « Conter une sorte », c’est narrer une histoire impossible interminable, cocasse, et que tout le monde raconte à peu près dans les mêmes termes. Les sortes varient à l’infini ; en voici quelques exemples : « Oui, Bidaut » est une réplique qui signifie « Oui, oui, c’est bien, soit ; je n’en crois pas un mot. » — « Il paraît qu’il va passer sur le nouveau labeur : le Rhinocéros. On dit que ça fait au moins 400 feuilles in-144, en cinq mal au pouce, cran sur l’œil. » Ou bien encore : « Le prote va mettre en main l’Histoire de la Chine dont la préface fera à elle seule 45 vol in-12. » C’est une scie qu’on monte aux nouveaux pour leur faire croire que le travail abonde. On dit aussi « Le pape est mort ! » quand on entend remuer l’argent de la banque, parce que ce bruit argentin rappelle celui des cloches qui annoncent la mort du pape. Quand un compositeur veut rompre le silence monotone observé depuis quelque temps, il s’écrie : « Tu disais donc, Matéo, que cette femme t’aimait ? » comme s’il reprenait tout à coup un dialogue commencé. Il y a aussi des sortes en action. Quand un compositeur n’est pas venu travailler, surtout le lundi, ses compagnons prennent sa blouse, la remplissent de maculatures, en font un mannequin qu’ils placent sur un tabouret devant sa casse, lui mettent en main un composteur et lui donnent l’attitude d’un compositeur dans son dur. « Quand un compositeur n’est pas matineux, dit l’auteur de Typographes et gens de lettres, ses compagnons, pendant son absence, lui font une petite chapelle. C’est l’assemblage de mille choses plus disparates les unes que les autres : blouses, vieux souliers, composteurs, galées, bouteilles vides, qu’on dispose artistement en trophée ; puis on allume autour tous les bouts de chandelle que l’on peut trouver. » Voici une autre sorte en action dont la victime s’est longtemps souvenue. C’était dans un atelier voisin du quai des Grands-Augustins. Il y a quelques années se trouvait sur ce quai le marché aux volailles connu sous le nom de la Vallée. Il arrivait parfois aux typographes de s’y égarer et d’acheter à la criée un lot de volailles : des poulets, des pigeons ou des oies. À l’atelier, on se partageait le lot acheté. Chacun contribuait au prorata de la dépense. On faisait des parts ; mais ces parts ne pouvaient jamais être égales : il était impossible, en effet, de disséquer les volatiles. Force était donc de tirer au sort. Il arriva un jour qu’un jeune fiancé gagna à cette loterie d’un nouveau genre une oie superbe, une oie de 15 livres, une oie grasse, blanche et dodue. Joyeux, il l’enveloppe soigneusement dans une belle feuille de papier blanc, à laquelle il adjoint un journal du jour, puis une maculature. Il ficelle le tout et dépose précieusement le paquet sous son rang. Le soir arrive ; notre jeune homme se hâte d’endosser son paletot, prend son paquet sous le bras et court, tout empressé, chez les parents de sa fiancée. « Je viens dîner avec vous », s’écrie-t-il. Puis, discrètement, avec un clignement d’yeux significatif, il remet à la ménagère son précieux fardeau ; c’en était un véritablement. On se met à table, on cause, on boit, on rit. La ménagère, curieuse de faire connaissance avec le cadeau du fiancé, profite d’un moment pour s’esquiver. Elle revient bientôt après, le visage allongé, et s’assied à sa place en grommelant. L’amoureux typo, s’apercevant de la mauvaise humeur de sa future belle-mère, veut en connaître la cause. On l’emmène à la cuisine, et quelle n’est pas sa stupéfaction de voir son oie changée en tiges de bottes moisies, en vieilles savates et autres objets aussi peu appétissants. Un compagnon facétieux avait accompli la métamorphose. L’oie fut mangée le lendemain chez un marchand de vin du voisinage. Le fiancé, dit-on, fut de la fête. Autre sorte en action, à laquelle ne manquent pas de se laisser prendre les novices. On a placé le long du mur, à une hauteur suffisante pour qu’il ne soit pas possible de voir ce qu’il contient, un sabot qui est censé vide. Le monteur de coup s’essaye à jeter une pièce de monnaie ; mais il n’atteint jamais le but. Un plâtre, impatienté de sa maladresse et tout heureux de se distinguer, tire une pièce de deux sous de sa poche, et, après quelques tentatives, la loge dans le sabot. Il est tout fier de son triomphe ; mais il ne veut pas laisser sa pièce. Pour l’avoir, il se hausse sur la pointe des pieds, plonge ses doigts dans le sabot, et les retire remplis… comment dire ? remplis d’ordure. Il existe des milliers de sortes dont beaucoup sont très vieilles et que la tradition a conservées jusqu’à nos jours.

La Rue, 1894 : Mensonge, bourde, mystification.

Virmaître, 1894 : Quand un camarade quitte son rang pour aller raconter à un copain une histoire de brigand inventée de toutes pièces, l’autre lui répond :
— Laisse-moi avec ta sorte.
Pour une mauvaise plaisanterie l’aile à un camarade, la réponse est la même. L’expression sorte vient de ce que, lorsqu’il manque des caractères dans une casse, la sorte est absente.
Sortier, celui qui fait des sortes (Argot d’imprimerie).

France, 1907 : Conte, baliverne, plaisanterie. Conter une sorte, dit Eugène Boutmy, c’est narrer une histoire impossible, interminable, cocasse, et que tout le monde raconte à peu près dans les mêmes termes. Les sortes varient à l’infini ; en voici quelques exemples : « Oui, Bidaut » est une réplique qui signifie : « Oui, oui, c’est bien, soit : je n’en crois pas un mot. » — On dit aussi : « Le pape est mort ! » quand on entend remuer l’argent de la banque, parce que ce bruit argentin rappelle celui des cloches qui annoncent la mort du pape.— Quand un compositeur veut rompre le silence monotone observé depuis quelque temps, il s’écrie : « Tu disais donc, Mateo, que cette femme t’aimait ? » comme s’il reprenait tout à coup un dialogue commencé.

Il y a aussi des sortes en action. Quand un compositeur n’est pas venu travailler, surtout le lundi, ses compagnons prennent sa blouse, la remplissent de maculatures, en font un mannequin qu’ils placent sur un tabouret devant sa casse, lui mettant en main un composteur et lui donnant l’attitude d’un compositeur dans son dur.

(L’Agot des typographes)

Sortir

d’Hautel, 1808 : On diroit qu’il sort de dessous une cloche. Voyez Cloche.
Cela lui entre par une oreille et lui sort par l’autre. Pour dire que quelqu’un ne fait aucune espèce d’attention aux reproches qu’on lui fait ou aux avis qu’on lui donne.
Si on le fait sortir par la porte, il rentre par la fenêtre. Se dit d’un importun dont on ne peut parvenir à se débarrasser.

Delvau, 1866 : v. a. Transporter un mobilier extra-muros, — dans l’argot des déménageurs. Le rentrer. Le ramener à Paris. On dit de même Sortie pour un déménagement extra-muros, et Rentrée pour le contraire.

Delvau, 1866 : v. n. Avoir des absences d’esprit, être distrait, — dans l’argot du peuple. On dit mieux Être sorti ou Être ailleurs, pour n’être pas à la conversation, ne pas savoir ce qu’on dit autour de soi.

Delvau, 1866 : v. n. Être insupportable, — dans l’argot des faubouriens. Ce verbe ne s’emploie guère qu’à la troisième personne de l’indicatif présent : Il me sort, — c’est-à-dire, je ne peux pas le voir sans en être blessé, offusqué. Quelques-uns, pour être plus expressifs, disent : Il me sort par le cul.

La Rue, 1894 : Être insupportable.

France, 1907 : Être agaçant, insupportable. « Cette petite rageuse me sort. »

Sounadou

France, 1907 : Sonneur de cloches.

Timeo hominem unius libri

France, 1907 : Je crains l’homme d’un seul livre. Locution latine tirée de saint Thomas d’Aquin, signifiant que l’homme qui ne s’attache qu’à une chose, à une science, est un redoutable ignorant. Cette expression s’applique à l’entêtement de ceux qui, en politique, font leur pâture quotidienne des théories d’un seul journal et qui tombent sous l’application de cet autre proverbe : Qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son.

Tintenelle

France, 1907 : Clochette que secoue l’enfant de chœur.

Quand, précédé du sacristain agitant les tintenelles, le vicaire arriva enfin, Martine put encore faire un signe de croix ; mais tout de suite après, elle ouvrit démesurément les yeux et expira. Alors Pévenasse, soulagé d’un grand poids, se jeta sur le corps en brayant et pleurant :
— Eun si bonne femme ! J’en trouverai pu’ d’pareille !

(Camille Lemonnier)

Torchon brûle (le)

Delvau, 1866 : Se dit de deux amants qui se boudent, ou de deux amis qui sont sur le point de se fâcher.

Rigaud, 1881 : Ça va mal dans le ménage.

La Rue, 1894 : Querelle dans le ménage.

France, 1907 : Locution métaphorique. La discorde s’est introduite dans le ménage.

Bref, pour finir, sans nul mystère,
Moi, j’y veux aller carrément
Camarades, sur cette terre,
Nous passons un mauvais moment ;
Quand le peuple est sage, tout cloche
Chez nous, avec juste raison,
De Loyola, sonnons la cloche !
Le torchon brûle à la maison !

(Julien Fauque, Le Chant des Jésuites)

Tout ce qu’on veut le disent les cloches

France, 1907 : Nombre de gens sont disposés à prendre les faits extérieurs comme concordant avec leurs pensées et leurs désirs. C’est ainsi que les dévots de toutes les religions sont disposés à se croire le centre d’un monde autour duquel s’agglomèrent les évènements. Autrefois c’étaient les entrailles des victimes que consultaient les devins, le vol des oiseaux d’après lequel les augures prédisaient la destinée de chacun, les astres où était écrit l’avenir. Souverains, princes particuliers, naissaient sous une bonne ou mauvaise étoile. Napoléon, superstitieux en sa qualité de Corse, croyait à la sienne. Les cloches, elles aussi, furent consultées, et leur son monotone, gai ou lugubre, précipité ou lent, fut interprété suivant les désirs ou la disposition d’esprit. On sait l’histoire de Richard Whittington qui, s’enfuyant de Londres, apprenti misérable et maltraité, y fut, suivant la légende, rappelé par le son des cloches de Saint-Paul qui disaient :

Turn again,
Whittington,
Thrice Lord Mayor
Of London.

« Retourne, Whittington, trois fois lord-maire de Londres. » Et l’événement justifia la prédiction.
L’on trouve dans un sermon de Jean Raulin, moine de Cluny au XVe siècle, une allusion au langage des cloches que Rabelais a racontée à sa façon, en dénaturant un peu le texte du moine, que voici : Une veuve vint consulter son curé. Elle avait besoin d’un compagnon, d’un protecteur, et son valet, jeune et vigoureux, lui plaisait : « Épousez-le, dit le curé, — J’hésite, répliqua la veuve, car il se peut que mon valet devienne mon maître — Alors, ne l’épousez pas. — Mais, reprend la veuve, les affaires que mon cher défunt m’a laissées sont au-dessus de mes forces ; je ne puis seule en venir à bout. — Bon, épousez-le. — Oui, mais supposez que ce soit une canaille qui s’empare de mon bien… — Ne l’épousez pas, répond le curé. » Le dialogue continue ainsi, jusqu’à ce qu’enfin le curé lui conseille de consulter les cloches qui sonnaient justement. Et la veuve, qui penchait pour le mariage, les entendit distinctement dire :

Prends ton valet,
Prends ton valet.

Forte de cet assentiment, elle épouse l’homme de son choix. Mais la quinzaine n’était pas écoulée que le rustaud lui fait comprendre en la battant comme plâtre que de maîtresse elle était devenue servante. Elle court chez le curé : « Ma bonne femme, lui dit-il, j’ai bien peur que vous n’ayez mal entendu l’avis des cloches. Écoutez, les voici qui sonnent, voyez si vous ne vous êtes pas trompée. » Et la bonne femme entendit alors distinctement, mais trop tard, le vrai sens du carillon :

Ne de prends pas,
Ne le prends pas.
As the fool thinks, the bell tinks,

« Ce que pense le sot, la cloche le répète », disent les Anglais.

Turfiste

Delvau, 1866 : s. m. Habitué des courses, propriétaire de chevaux coureurs, parieur.

France, 1907 : Personne qui s’occupe de courses.

La langue des courses, en France, on l’a cent fois fait remarquer, est un parler purement anglais. Nous appelons lad un garçon d’écurie, steeple-chase (chasse au clocher) une course d’obstacles et crack un cheval de course, comme nous appelons hunter un cheval de chasse. Jockey, qui signifiait autrefois maquignon en Angleterre, et dont nous avons fait d’abord le synonyme de laquais, est devenu le nom de celui qui monte un cheval de course. Comme les Anglais, nous nous servons de l’expression dead head (dède hède) pour désigner une épreuve nulle où deux chevaux arrivent ensemble et tête à tête au poteau marquant le terme de la course. Comme pour les Anglais, le betting est pour nous le lieu où s’exécutent les paris, et pas n’est besoin d’être turfiste pour savoir ce qu’on doit entendre par bookmaker, starter, outsider, performance, etc.

(Pontarmé, Petit Parisien)

Wagnérisme

France, 1907 : Maladie imaginaire qui fait préférer la musique de Richard Wagner à toutes les autres.

— Et voulez-vous que je vous le dise ? La musique aussi, unie au cyclisme, tuera la littérature. On sent en musique, on ne pense pas, Richard Wagner, colosse d’ailleurs — les cloches de Parsifal m’ont fait pleurer tout comme un autre — Wagner a détrôné Hugo, Wagner est le Shakespeare vague et nébuleux des snobs qui n’ont pas lu Shakespeare et qui croient que tout date du géant de Bayreuth. Cet allemand a conquis la Gaule par une infiltration lente et sûre. Plus de musique française, de la musique wagnérienne. Plus de cafés où l’on cause, des brasseries où l’on fume. La liqueur verte et le germanisme ; adieu le vin clair et le sang de France !… Aux mythologies scandinaves, le Brocken et le Venusberg, je préfère l’élixir du vieux Pierre de Rouen, le vin de feu Hugo, le vin de Gascogne du père Dumas et le vin tourangeau de Balzac. Voulez-vous que je vous dise ? Ce qui me semble prouver l’infériorité de l’Allemagne, c’est sa supériorité en musique. M. Hugo, oui Victor Hugo nous a dit ça un jour… Ça ne m’a pas, en creusant, paru si bête que ça.

(Jules Claretie, Brichanteau, comédien.)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique