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Apascliner (s’)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’acclimater, — dans l’argot des voleurs. (V. Paclin.)

Virmaître, 1894 : S’acclimater. L’aminche s’apascline doucettement à bunobé (Argot des voleurs), N.

France, 1907 : S’acclimater ; de paclin, pays. Argot des voleurs.

Apasqueliner, apaqueliner (s’)

La Rue, 1894 : S’acclimater.

Belgique (la fuite en)

Rigaud, 1881 : Départ précipité à l’étranger pour cause de soustraction. La plupart des caissiers infidèles, les banqueroutiers, s’en vont à tire-d’aile vers des climats hospitaliers. La Belgique, pays limitrophe, a été choisie de préférence.

Dandysme

Larchey, 1865 : « Cette fatuité commune à tous les peuples chez lesquels la femme est quelque chose n’est point cette autre espèce qui, sous le nom de dandysme, cherche depuis quelque temps à s’acclimater à Paris. L’une est la forme de la vanité humaine, universelle ; l’autre d’une vanité particulière et très-particulière : de la vanité anglaise… Voilà pourquoi le mot dandysme n’est pas français. Il restera étranger comme la chose qu’il exprime… Bolingbroke seul est avancé, complet, un vrai dandy des derniers temps. Il en a la hardiesse dans la conduite, l’impertinence somptueuse, la préoccupation de l’effet extérieur et la vanité incessamment présente. Enfin, il inventa la devise même du dandysme, le nil mirari de ces hommes qui veulent toujours produire la surprise en gardant l’impassibilité. »

(B. d’Aurevilly)

Flémard

Rigaud, 1881 : Paresseux, mou, lâche. — Flémer, paresser ; dérivés de flemme, mot du patois d’Auvergne acclimaté à Paris.

Ce flémard ne viendra pas aujourd’hui, parce qu’il a peur de moi ; c’est un lâche !

(L. Cladel, Ompdrailles)

Boutmy, 1883 : adj. Atteint de cette maladie qu’on appelle la flème. Le flémard se distingue du paresseux en ce qu’il n’est atteint du vice de ce dernier que par intermittences.

Galanterie

Delvau, 1864 : Maladie vénérienne.

Sur la fin de la quatrième année, je m’aperçus que la supérieure m’avait communiqué ce qu’on appelle une galanterie.

(Du Laurens)

Je suis un malheureux qui ne mérite pas
De posséder si tôt de si charmants appas.
Je suis dans un état…
— Achevez, Je vous prie :
Auriez-vous attrapé quelque galanterie ?

(Legrand)

Delvau, 1866 : s. f. Le mal de Naples, — depuis si longtemps acclimaté à Paris.

Guillotine sèche

France, 1907 : Guyane française.

L’éternelle légende de la guillotine sèche a été exhumée par un de nos confrères. Dame ! un officier de marine l’avait répétée : c’était parole d’Évangile. Mais alors, que deviennent les affirmations sincères, désintéressées, irréfutables de Crevaux, de Henri Coudreau, de Verschnur, l’éminent géographe des trois Guyanes ; de Santa Anna Néry, de l’illustre naturaliste Agassiz et de tant d’autres ? Que deviennent les documents apportés par M. Chessé, ancien gouverneur de la Guyane, et par M. Charvein, son gouverneur actuel ? Tous sont d’accord sur la parfaite salubrité du climat et la fertilité luxuriante de cette contrée.

(F.-A. Steenackers, Le Journal)

Herbe de la reine mère

France, 1907 : Nom que l’on donnait autrefois au tabac à cause de Catherine de Médicis, qui contribua à l’acclimater en France en déclarant cette plante, que Jean Nicot avait rapportée du Portugal, salutaire et agréable.

Hirondelles d’hiver

Delvau, 1866 : s. f. pl. Les marchands de marrons, et aussi les petits ramoneurs, parce que c’est au milieu de l’automne, aux approches de l’hiver, que les premiers viennent s’installer dans les boutiques des marchands de vin, et que les seconds font leur apparition dans les rues de Paris.

Virmaître, 1894 : Les ramoneurs et les marchands de marrons. Quand les hirondelles partent pour un climat plus doux, on les voit arriver (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Ramoneurs.

Jésuite

d’Hautel, 1808 : Nom donné aux religieux d’un ordre célèbre. On appelle vulgairement un dindon un jésuite, parce qu’on attribue l’introduction de cet oiseau en Europe aux Jésuites, envoyés comme missionnaires dans l’Inde.

Ansiaume, 1821 : Dindon.

Je donnerais 30 jacques pour tortiller ma part d’un jésuite.

Vidocq, 1837 : s. m. — Dindon.

Larchey, 1865 : Dindon (Vidocq). — C’est aux jésuites qu’on doit l’acclimatation du dindon.

Delvau, 1866 : s. m. Dindon, — dans l’argot des voleurs, qui doivent employer cette expression depuis l’introduction en France, par les missionnaires, de ce précieux gallinacé, c’est-à-dire depuis 1570.

Virmaître, 1894 : Dindon. Ce sont les jésuites qui, en 1570, ont introduit le dindon en France ; mais tous ceux qui ont été leurs victimes ne pensent pas comme les voleurs (Argot des voleurs).

France, 1907 : Cafard, dénonciateur, espions.

France, 1907 : Dindon. Le jésuite ne l’est pourtant pas ; mais il faut se rappeler que ce précieux gallinacé a été introduit en France au XVIe siècle par des missionnaires de la Compagnie de Jésus.

Louche

Ansiaume, 1821 : Cuiller.

Ils tortillent avec des louches de sabri, ce sont des pautres.

Bras-de-Fer, 1829 : Main.

Vidocq, 1837 : s. f. — Main.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Clémens, 1840 : Cuillère.

M.D., 1844 : Une cuillère.

Halbert, 1849 : Cuiller.

Larchey, 1865 : Main. — Comparaison de la main à la grande cuiller appelée de temps immémorial louche. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : adj. Douteux, équivoque.

Delvau, 1866 : s. f. Cuiller à potage, — dans l’argot du peuple. Un mot provincial acclimaté maintenant à Paris.

Rigaud, 1881 : Main ; par allusion à la cuiller à potage dite « louche ».

Rossignol, 1901 : Cuiller à bouche.

Hayard, 1907 : La main.

France, 1907 : Cuiller à pot, écuelle ; du latin lochea.

France, 1907 : Main.

Le vingt pour cent de la galette
Aboul’ le à la cocodette ;
Puis, dans la louche des larbins,
Sème des sigs ou des rotins.

(Hogier-Grison)

Après que les anciens argotiers ont rendu compte de leurs vocations, les nouveaux venus s’approchent et fichent ronds en la saliverne, puis on leur fait faire les serments en cette sorte :
Premièrement, ils mettent le bout de leur sabre dans la dure, puis on leur fait lever la louche gauche et non la droite, parce qu’ils disent que c’est une erreur de cour…

(Les États généraux du Grand Coëre)

France, 1907 : Objet quelconque, outil.

L’homme, d’un coup d’œil rapide, passa la revue des objets garnissant la pièce.
— Rien à refrire ici, se dit-il, c’est trop lourd, des louches à se faire poisser.

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

France, 1907 : Police. La louche le renifle, la police est sur ses traces.

Malgache

Fustier, 1889 : Argot boulevardier. Ce mot, synonyme de chic, d’élégant, n’a pas vécu. D’ailleurs il n’était pas né viable et avait été mis en circulation en 1886, alors qu’un certain nombre de Malgaches étaient venus s’exhiber au Jardin d’acclimatation.

De mondaines, peu ou point ; en revanche, plusieurs de nos mousseuses les plus malgaches étaient là.

(Événement, février 1887)

Moutardier du pape

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui s’en fait accroire, imbécile vaniteux. On dit qu’il se croit le premier moutardier du pape.

La Rue, 1894 : Vaniteux.

France, 1907 : Vaniteux.

Un pape — on ne dit pas lequel, mais c’est du temps que les papes habitaient Avignon — était harcelé par un Dijonnais qui se prétendait son neveu et demandait, à ce titre, quelque faveur spéciale. Sa Sainteté, lassée de ces importunités, dit à son secrétaire :
— Ce gaillard ne me laissera pas en paix. Il se peut qu’il soit mon parent. À quel emploi pourrais-je le nommer ?
— Saint-Père, répondit le secrétaire, j’ai pris déjà des informations ; il existe, en effet, quelque parenté lointaine, mais le postulant ne me paraît avoir besoin de rien, du moins pécuniairement. C’est un riche fabricant de moutarde.
— Voilà notre affaire, dit en riant le pape. Écrivez-lui de m’envoyer quelques pots de moutardes, et faites-lui savoir que je le nomme mon premier moutardier.
Le Dijonnais, — dit Ch. Ferrand — heureux de cette réponse, proclama partout sa bonne fortune, et se para en toute circonstance du titre original qui lui était conféré. Ses voisins ne manquèrent pas d’en rire, et depuis lors le dicton s’est acclimaté avec le sens que tout le monde connaît.

Pays de cocagne

France, 1907 : Pays où tout abonde, où l’on fait grande chère, où l’on vit bien sans travailler.
On n’est pas d’accord sur l’étymologie de ce nom. Le savant évêque Daniel Huet, qui fut adjoint à Bossuet pour l’éducation du Dauphin, prétend que c’est une corruption de gogaille, gogue, goguette. La Monnoye, l’auteur de la célèbre chanson de M. de la Palisse, philologue érudit, le fait venir de Merlin Coccaio, qui, dans sa manière macaronée, décrit une contrée qui serait un paradis pour les gastrolâtres. Mais bien avant le moine Théophile Falengo, caché pendant la première moitié du XVIe siècle sous le pseudonyme de Merlin Coccaie, on trouve le mot cocagne dans les vieux fabliaux. Un d’eux, écrit au XIIIe siècle, a même pour titre : C’est li fabliou de Coquaigne. Il est fort curieux et débute ainsi :

Li païs a nom Coquaigne,
Qui plus y dort, plus y gaaigne ;
Cil qui dort jusqu’a miedi,
Gaaigne cinc sols et demi,
De bars, de saumons et d’aloses
Sont toutes les maisons encloses ;
Li chevrons y sont d’esturgeons,
Les couvertures de bacons (jambons)
Et les lates sont de saucisses…
Par les rues vont rostissant
Les crasses oes (les grasses oies) et tornant
Tout par elles (d’elles-mêmes) et tout ades
Les suit la blanche aillie (sauce à l’ail) après.

C’est ce qui a fait croire à Geruzez et à Littré après lui que cocagne venait de coquina (cuisine) ou de coquere (cuire) en passant par le catalan coca.
Voilà bien de l’érudition et c’est remonter à bien des sources quand l’étymologie se trouvait, c’est le cas de le dire, sous la main.
Cocagne vient de coquaigne, justement comme on le trouve écrit dans de fabliau du recueil de Méon, et coquaigne est un pain de pastel du Languedoc. Comme la vie y était facile, la terre fertile, les fruits en abondance et le climat charmant, on appelait ce pays, pays de Coquaigne, c’est-à-dire où les habitants mangeaient d’excellents petits gâteaux à très bon marché, buvaient de bon vin à peu de frais, enfin ne travaillaient guère.
Legrand, dans le Roi de Cocagne, a donné de ce merveilleux pays un tableau qui est loin de valoir celui du fabliau du XIIIe siècle :

Veut-on manger, les mets sont épars dans les plaines ;
Les vins les plus exquis coulent de nos fontaines ;
Les fruits naissent confits dans toutes les saisons ;
Les chevaux tout sellés entrent dans les maisons ;
Le pigeonneau farci, l’alouette rôtie,
Vous tombent ici-bas du ciel comme la pluie.

Terminons par cette fin de la satire de Boileau :

Paris est pour le riche un pays de Cocagne ;
Sans sortir de la ville, il trouve la campagne ;
Il peut, dans son jardin tout peuplé d’arbres verts,
Recéler le printemps au milieu des hivers ;
Et, foulant le parfum de ses plantes fleuries,
Aller entretenir ses douces rêveries,
Mais moi, grâce au destin, qui n’ai ni feu ni lieu,
Je me loge où je puis, et comme il plaît à Dieu.

Saoul comme un Polonais

France, 1907 : Complétement ivre. L’Écho du Public donne deux versions de ce dicton dont la première me parait être la bonne.

« Saoul comme un Polonais » ne s’explique pas, car on ne boit pas plus en Pologne que partout ailleurs. En Russie et en Norvège, on boit beaucoup plus qu’en Pologne. Il faudrait en chercher l’explication dans le passé. Les rois de Pologne de la dynastie saxonne buvaient beaucoup, surtout Auguste le Fort ; son fils, le roi Auguste III, buvait moins, mais cependant il buvait ferme. Les courtisans, pour plaire aux maîtres, faisaient comme eux. — Boire, disons même s’enivrer, était devenu à la mode, et comme cette mode n’avait rien que d’agréable, elle s’est maintenue pendant longtemps ; elle a passé depuis. D’ailleurs, dans les climats du Nord, cela n’a pas la même importance, et l’emploi du vin et des spiritueux y est un besoin d’hygiène absolu.

 

Je tiens de mon père, dit le second correspondant, émigré polonais de 1831, l’explication suivante de l’expression « saoul comme un Polonais » :
Au cours de la guerre d’Espagne, en 1808, un détachement mi-français, mi-polonais, ayant, à la suite d’une longue étape, campé dans un village de la zone ennemie, les Français burent plus que de raison, alors que leurs compagnons s’abstinrent de suivre leur exemple, pour la raison fort simple, qu’habitués dans leur pays à n’user, comme boissons fermentées, que de bière et surtout d’hydromel, le vin, à cette époque, leur offrait peu d’attraits.
Attaqués à l’improviste, au milieu de la nuit, par les partisans espagnols, les Polonais, qui « ne dormaient que d’un œil », sautèrent sur leurs armes et, après un combat de courte durée, mirent en fuite l’ennemi, sauvant ainsi la vie à leurs compagnons d’armes.
L’empereur, instruit du fait, félicita, dit-on, publiquement les Polonais et, s’adressant aux autres soldats, s’écria : « Saoulez-vous, si bon vous semble, mais que ce soit dorénavant comme des Polonais ! »

On donne aussi comme origine à cette expression, malencontreuse ainsi que tant d’autres, le fameux vers de Frédéric II :

Quand Auguste avait bu, la Pologne était ivre.

Shooting

France, 1907 : Tir aux pigeons ; anglicisme. Le même système s’affirme partout, dit Pontarmé dans le Petit Journal, on efface le mot français pour lui substituer le mot anglais. Plus de patinage, des skating-rings. Plus de tournoi au billard, des matches. Sans rire on écrit : Match de football, ce qui n’est ni anglais ni français. On dit couramment carpette pour tapis. Warrants, docks, drawback, free-trade, trade-unions sont des mots très usités dans la langue commerciale.
Cette fièvre d’emprunts réfléchis sévit surtout dans les choses du sport, comme je le remarquais en commençant ces lignes. La vieille vénerie française, qui composait son langage de termes exquis et vraiment savoureux, d’une origine française si pure, s’est transformée en shooting et hunting dont les armes sont le hammerless, le choke-bored, et où le chasseur s’accompagne de setters, de pointers, etc. Quel jargon ! Ne serait-il pas temps d’en limiter l’envahissement ? En vérité, John Bull doit bien rire de l’anglomanie de ceux qu’il dénomme avec tant de morgue les frog-eaters !

Il y a longtemps que le shooting, ce sport imbécile qui consiste à prendre pour cibles d’innocents pigeons, est acclimaté en France, et l’on prétend en ce moment même introduire le coursing, duel inégal d’un lièvre contre deux lévriers qui n’en font qu’une bouchées, — shooting et coursing, parodies de la chasse à laquelle on a enlevé son imprévu et en réalité simples prétextes à paris.

(Léon Millot, Justice)

Sodomie, sodomiser

Delvau, 1864 : Enculer une femme — ou un homme.

Sodomise deux coups et deux fois déchargeant,
Il retire du cul deux fois son vit bandant.

(Piron)

Quoi, disent’elles, si les flammes
Sodomites brûlent les âmes,
On ne le fera plus qu’aux garçons.

(Collé)

Peut-être aurait-il trouvé plus à propos de passer pour cocu que pour sodomite.

(Tallemant des Réaux)

Il la quitte alors pour l’engin
D’un franciscain que sodomise
Un prélat…

(B. de Maurice)

Tout Africain est sodomite,
Ainsi l’exige le climat :
On comprend ça.

(Alex. Pothey)

Typote

Rigaud, 1881 : Compositrice d’imprimerie.

Virmaître, 1894 : Femme employée depuis peu d’années dans les ateliers de composition. C’est un compagnon au même titre que les ouvriers typographes ; néanmoins, quand les typotes sont nombreuses, on se croirait plus volontiers dans une volière du Jardin d’Acclimatation que dans un atelier de composition. Généralement, la typote est plus habile à soigner un pot-au-feu et à raccommoder ses bas qu’à lever la lettre. Enfin, il est dit qu’il faut que la femme lève quelque chose (Argot d’imprimerie). N.

France, 1907 : Ouvrière typographe.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique