Merlin, 1888 : N’avoir rien inventé, n’être l’auteur d’aucune merveille. Terme railleur.
Bouffé le cirage (ne pas avoir)
Cirage
Fustier, 1889 : Éloge ; réclame élogieuse, compte rendu sur le mode dithyrambique.
Cirage (passer du)
France, 1907 : Flatter quelqu’un ; autrement dit : le faire reluire.
Ciré
Rigaud, 1881 : Nègre, — dans le jargon du peuple.
France, 1907 : Nègre, surnommé aussi : boîte à cirage, boule de neige, bille de pot-au-feu, bamboula.
Décrotté
France, 1907 : Sorti des basses classes, parvenu. Les décrottés sont d’ordinaire les plus insolents et les plus outrecuidants des bourgeois.
Les Grecs s’efforçaient d’excuser l’esclavage des uns en montrant qu’il était la condition du développement intégral des autres. Ils ne s’étaient pas avisés de prêcher l’esclavage des masses, dans le seul but d’élever au rang d’« éminents filateurs », de « grands banquiers », d’« illustres marchands de cirage perfectionné », quelques parvenus grossiers ou à demi décrottés. La bosse de la charité chrétienne leur manquait.
(Karl Marx)
Godillots
France, 1907 : Souliers et spécialement souliers de soldats, du nom du fondateur de la grande fabrique de chaussures.
Il travaillait, dit le Journal, comme ouvrier maçon, à des réparations au fort de Ham lorsque Louis Napoléon s’en évada. Ce fut lui qui prêta la blouse et le prantalon de toile grossière dont se revêtit le prince, le 25 mai 1846, pour passer devant le corps de garde, une planche portée sur l’épaule dérobant son visage à la curiosité du factionnaire.
Dès le début du troisième empire, la reconnaissance du souverain se manifesta par le don d’une somme importante et la fourniture de plusieurs parties de l’équipement militaire, entre autres des escarpins de troupe, dits godillots.
Mais que devient alors la légende de « Badinguet » ?
À la fin du Directoire, au commencement du consulat, on citait les fortunes criminelles faites par certains fournisseurs aux armées au détriment de nos superbes va-nu-pieds. Les exactions les plus éhontées, les vols les plus scandaleux se commettaient au grand jour, malgré les cris de colère de nos soldats, de nos populations et de nos généraux, et le notaire de Mme de Beauharnais pouvait dire à sa cliente :
— Épousez un fournisseur et non pas un général !
Hélas ! l’état de choses a bien peu changé.
Quant au ministre, il se soucie de tout ça comme de sa première paire de godillots.
(Camille Dreyfus, La Nation)
Un de nos deux compagnons de captivité était une espèce de bohème qu’on avait enrôlé de force et qui, détestable soldat, était toujours réprimandé par les chefs. C’est lui qui, de la distribution des effets, ayant reçu une énorme paire de godillots trop grands et par conséquent très lourds, s’écriait : « Je ne pourrai jamais courir avec ça, s’il fallait battre en retraite ! »
(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)
Moins de cirage aux godillots, plus de savon dans les chambrées ; moins de vexations et plus de discipline ! Et, surtout, que, du général au capitaine, les chefs se fassent voir davantage, s’enquièrent des malades, s’inquiètent de « l’ordinaire », s’occupent du soldat, ne le livrent pas entièrement aux contremaîtres de l’armée.
(Séverine, Gil Blas)
Gratter
d’Hautel, 1808 : S’il n’a pas de quoi, qu’il en gratte. Se dit de celui à qui on refuse des secours ; que l’on éconduit impitoyablement.
Qui se sent galeux se gratte. Se dit de ceux qui prennent pour eux personnellement les reproches que l’on fait en général.
J’aimerois mieux gratter la terre. Sert à exprimer l’aversion que l’on a pour une chose.
Un âne gratte l’autre. Se dit deux personnes de peu de mérite qui se louent réciproquement. Asinus asinum fricat, dit Phèdre.
Gratter quelqu’un où cela lui démange. Lui parler d’une chose qu’elle prend plaisir à entendre, qui la flatte.
Trop gratter cuit, trop parler nuit. V. Cuire.
Vidocq, 1837 : v. a. — Arrêter.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Halbert, 1849 : Raser.
Larchey, 1865 : Arrêter (Vidocq). V. Raclette.
Larchey, 1865 : Voler.
Au diable la gloire ! il n’y a plus rien à gratter.
(M. Saint-Hilaire)
Delvau, 1866 : v. n. et a. Prélever un morceau plus ou moins considérable sur une pièce d’étoffe, — de façon à pouvoir trouver un gilet dans une redingote et un tablier dans une robe.
Rigaud, 1881 : Arrêter, — dans l’ancien argot. — Garder l’excédent d’une marchandise confiée pour un travail à façon. — Chiper, retirer un profit illicite. — Il n’y a rien a gratter dans cette baraque, il n’y a pas de bénéfices à faire dans cette maison.
La Rue, 1894 : Rouer de coups. Gratter le pavé, vivre misérablement.
Virmaître, 1894 : Battre quelqu’un.
— Je vais te gratter.
Gratter : prendre, grapiller sur tout pour grossir son lopin (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Donner des coups à quelqu’un, c’est le gratter.
Rossignol, 1901 : Prendre.
Je lui ai gratté son tabac.
Rossignol, 1901 : Raser.
J’ai la barbe longue, je vais me faire gratter.
France, 1907 : Brimade militaire dont le colonel Bouchy, dans l’affaire de Lunéville, donne ci-dessous l’explication :
Il est faux que ces deux hommes aient passé à la couverte, comme l’ont prétendu certains journaux. Ils ont subi des molestations, bien plutôt qu’ils n’ont reçu de coups.
On leur a fait la plaisanterie de leur faire des moustaches avec du cirage, de les « gratter », comme on dit au régiment, — c’est-à-dire de leur frotter le corps avec le manteau roulé à l’ordonnance ; — enfin, je crois que les soldats les ont renvoyés après leur avoir donné trois ou quatre coups de pied au derrière.
Marchand de cirage
Fustier, 1889 : Commandant d’un navire. Argot du bagne.
Est-ce que le marchand de cirage (elles appelaient ainsi le commandant) nous faisait peur ?
(Humbert, Mon bagne)
Neige (boule de)
France, 1907 : Sobriquet donné aux nègres ; argot populaire, fertile en autres expressions injurieuses telles que : bamboula, bille de pot-au-feu, boîte à cirage, mal blanchi, etc.
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