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Apôtre de l’anus

Delvau, 1864 : Pédéraste, ou seulement sodomite, — homme qui se plaît à envoyer (ἀποστέλλω) son sperme dans le vagin breneux d’un autre homme, de préférence au vagin naturel de la femme.

Ah ! Dans toute la chrétienté,
Il faut que la société
Envoie des missionnaires,
De saints apôtres de l’anus,
Qui, tirant les vits des ornières,
Prêchent l’Évangile des culs.

(Collé)

Baptême

d’Hautel, 1808 : Pour le chef, la tête.
Cette planche lui est tombée sur le baptême. Pour dire, qu’une planche est tombée sur la tête de quelqu’un.

Delvau, 1866 : s. m. La tête, — dans l’argot des faubouriens, qui se souviennent de leur ondoiement.

La Rue, 1894 : Tête.

Virmaître, 1894 : La tête. Le mastroquet baptise son vin. Le peuple, qui a horreur de l’eau, dit des vins baptisés : Ils sont chrétiens. Le buveur fait sa tête (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Tête ; argot de faubouriens. Se mettre sur les fonds du baptême, se mettre dans l’embarras.

Battre l’œil (s’en)

Delvau, 1866 : Se moquer d’une chose, — dans l’argot des faubouriens. L’expression a une centaine d’années, ce qui étonnera certainement beaucoup de gens, à commencer par ceux qui l’emploient. On dit aussi, dans le même argot, S’en battre les fesses, — une expression contemporaine de la précédente.

Rigaud, 1881 : S’en moquer.

France, 1907 : S’en moquer.

— Eh bien !… Je m’en moque ; parbleu ! Je n’épouse pas une vierge. Après tout, qu’elle ait eu pour mari un âne crapuleux comme le défunt thaumaturge ou le bon prince… ou tous les deux à la fois, je m’en bats l’œil !… Elle est comme toutes les autres, ni meilleure, ni pire ; ce n’est pas à vous autres chrétiens de venir nous vanter la chasteté de vos femmes !

(Michel Delines, La Chasse aux Juifs)

Broque, ou broquette

Delvau, 1864 : Le membre viril — avant qu’il soit viril. — Monstrelet parle d’une statue d’enfant (le modèle de Mannekenpis) qui « par sa broquette donnait eau rose. »

Allons, mon petit ami, sors ta broquette pour que je la baise.

(J. Le Vallois)

Lorsque d’Adam en paradis
Ève soulevait la breloque
Qu’importait à son clitoris
Un nœud, une pine… une broque !

(Paul Saunière)

Ici-bas, voilà notre état :
À coup de cul il faut qu’on broque.
Le plus pauvre sur son grabat
Se démène à, grands coups de broque ;
Rois, juges, soldats valeureux,
Musulmans, païens, chacun broque ;
Et le Saint-Esprit amoureux
Nous a faits chrétiens par la broque.

(Paul Saunière)

… L’avenir m’inquiète…
De Pincecul, hélas ! l’exécrable broquette
Peut n’être pas…

(Louis Protat)

Catholique

d’Hautel, 1808 : Elle n’est pas trop catholique. Se dit en plaisantant d’une chose dont la bonté, la valeur paroissent équivoques ; d’une pièce de monnoie quelconque peu marquée, et que l’on croit fausse.
Catholique à gros grains. Homme peu fidèle aux devoirs de la religion Chrétienne.

Chemin de Damas

France, 1907 : Chemin du repentir, de la conversion : allusion à celle de saint Paul, l’apôtre des Gentils, qui, élevé à Jérusalem dans les principes du pharisaïsme, fut d’abord un des plus ardents persécuteurs des chrétiens. Mais, un jour qu’il se rendait à Damas, pour y prendre, d’après l’ordre du prince des prêtres, tous les chrétiens qui s’y trouvaient et les amener liés à Jérusalem, il fut, dit la légende, environné d’une lumière éclatante qui le renversa par terre — la dynamite de ce temps-là — et il entendit une voix qui, l’appelant par son nom de Juif, lui disait : « Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu ? — Qui êtes-vous, Seigneur ? répondit-il. — Je suis Jésus, » répondit la voix. Et Saül, tout tremblant, s’écria : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? — Croire en moi, » dit Jésus. Ce que fit aussitôt Saül, D’où il suit que se repentir, c’est faire le chemin de Damas.

Cher comme chresme

France, 1907 : Expression qui n’est plus en usage que chez les vieilles dévotes qui disent aussi : précieux comme un saint chresme. Voici comment Leduchat explique ce dicton : « C’est encore l’opinion du petit peuple dans le Périgord, qu’anciennement la substance du chresme se prénoit dans l’oreille d’un dragon, qu’un chevalier de la maison de Bourdeille alloit chercher au delà de Jérusalem, où il apportoit ensuite cette substance, laquelle, sanctifiée par les prélats du lieu, étoit distribué dans les églises de la chrétienté. »

Chrétien

Delvau, 1866 : s. m. Homme, à quelque religion qu’il appartienne. Argot du peuple. Viande de chrétien. Chair humaine.

France, 1907 : Homme.

— J’ai un ami qui a un chien, qu’il appelle Cocu. — Quelle horreur ! me dit un jour une dévote, donner à une bête le nom d’un chrétien.

Plus de gens bestes que d’asnes chrétiens.

(Vieil adage)

On appelle aussi chrétien du vin ou du lait étendu d’eau, c’est-à-dire qui a été baptisé. Parler chrétien, parler correctement.
Viande de chrétien, chair humaine, qu’elle soit juive ou musulmane.

Chrétien (lait)

Larchey, 1865 : Lait baptisé, étendu d’eau.

Une douzaine de drôlesses déguisées en laitières vendent du lait trois fois chrétien.

(Privat d’Anglemont)

Chrétienté

d’Hautel, 1808 : Marcher sur la chrétienté. Avoir ses souliers et ses bas percés ; être dans une extrême indigence.

Chrétienté (marcher sur la)

France, 1907 : Marcher nu-pieds.

Corbeau

d’Hautel, 1808 : On donne ordinairement ce nom à ceux qui ont charge d’enterrer les morts ; et généralement aux personnes qui, par état, sont obligées d’être vêtues en noir.
Les corbeaux étoient ce matin chez lui. Pour dire les huissiers, les sergens, etc.

Larchey, 1865 : Frère de la doctrine chrétienne. — Allusion aux longues robes noires de cet ordre.

Delvau, 1866 : s. m. Employé des pompes funèbres, — dans le même argot [des faubouriens].

Delvau, 1866 : s. m. Frère de la Doctrine chrétienne, — dans l’argot des faubouriens, qui ont été frappés de l’analogie d’allures qu’il y a entre ces honnêtes instituteurs de l’enfance et l’oiseau du prophète Elie.

Rigaud, 1881 : « On appelait, autrefois, de ce nom ceux qui, en temps de peste, cherchaient les corps morts pour les enterrer, qui ensuite nettoyaient les maisons infectées de cette maladie. » (Le Roux, Dict. comique.) Aujourd’hui les porteurs des pompes funèbres ont hérité de ce sobriquet.

Rigaud, 1881 : Prêtre. — Allusion à la couleur noire de la robe.

Virmaître, 1894 : Frère ignorantin. Quand les gamins rencontrent un frère, ils crient : Couac ! Couac ! imitant le croassement du corbeau (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Frère ignorantin.

France, 1907 : Frère de la Dioctrine chrétienne, prêtre, tout ce qui porte soutane. Ce sobriquet est également donné aux croque-morts.

Correcteur

Fustier, 1889 : Argot des établissements pénitentiaires. Détenu qui est chargé d’exercer une surveillance sur ses camarades.

France, 1907 : Condamné chargé d’appliquer le fouet aux condamnés, où détenu charge de surveiller les prisonniers.

Le correcteur était un grand diable d’Arabe, à la poigne solide, nerveux et méchant, nommé Mohammed-ben-Chéli. Sa jouissance était excessive à frapper les chiens de chrétiens. Il avait été condamné pour assassinat et viol. Sa force et sa férocité l’avaient désigné comme correcteur au choix de la chiourme.

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Croquer le marmot

France, 1907 : Attendre.

J’étais là depuis une heure à croquer le marmot et à écouter la musique des chiens…

(André Theuriet)

Enfin l’Église se déclare victorieuse et il y aura, sur les restes de ce franc-maçon enseveli comme un chrétien, aucune quincaillerie et les frères et amis sont condamnés par six degrés de froid à croquer le marmot dans le cimetière, ou à battre la semelle, ou, ce qui serait préférable, à faire un nombre considérable de carambolages au café de la Mairie, tous revêtus de leurs insignes.

(Louis Davyl, Gil Blas)

Cul (le)

Delvau, 1864 : Les fesses, l’anus et les parties génitales tout ensemble.

Que ton petit cul est rond et potelé ! Qu’il est bien fait !…

(La Popelinière)

Un cul dur comme un marbre et plus blanc que l’ivoire.

(Louis Protat)

Vous assurez, belle, farouche,
Que l’amour ne peut vous brûler :
Si votre cul pouvait parler,
Il démentirait votre bouche.

(Collé)

Et nous autres,
Pauvres apôtres,
Pauvres moines…
Ne foutons que des culs crottés…
Eleison !

(Romance populaire)

Louyson a le cul crotté
Tout ainsi qu’un veau garotté
Que l’on traîne parmy la rue…

(M. De Montgaillard)

Gai, gai, l’on est chez nous
Toujours en fête
Et cul par-dessus tête ;
Gai, gai, l’on est chez nous,
Toujours eu fête et sens dessus dessous.

(Béranger)

Cul, cul pour la vertu !
Je suis putain, je veux faire mes farces ;
Cul, cul, pour la vertu !
Je suis putain, je veux montrer mon cul !

(Vieux refrain)

Dieu fit le con, ogive énorme,
Pour les chrétiens,
Et le cul, plein cintre difforme,
Pour les païens…

(Parnasse satyrique)

Ah ! je n’y tiens plus !… le cul me démange…
Qu’on m’aille chercher l’Auvergnat du coin,
Car je veux sentir le vit de cet ange…
Enfoncer mon con comme avec un coin.

(Parnasse satyrique)

Décrotté

France, 1907 : Sorti des basses classes, parvenu. Les décrottés sont d’ordinaire les plus insolents et les plus outrecuidants des bourgeois.

Les Grecs s’efforçaient d’excuser l’esclavage des uns en montrant qu’il était la condition du développement intégral des autres. Ils ne s’étaient pas avisés de prêcher l’esclavage des masses, dans le seul but d’élever au rang d’« éminents filateurs », de « grands banquiers », d’« illustres marchands de cirage perfectionné », quelques parvenus grossiers ou à demi décrottés. La bosse de la charité chrétienne leur manquait.

(Karl Marx)

Faire en levrette (le)

Delvau, 1864 : Baiser une femme par derrière, cul contre ventre au lieu de ventre contre ventre, à la façon des chiens et non à la façon des bons chrétiens. — Voir aussi Foutre en levrette.

Des baisers il vint aux attouchements et des attouchements à me mettre le vit au con, et me le fit encore une fois en lévrier, le con derrière.

(Mililot)

Pour ne pas voir sa défaite,
Et se cacher au vainqueur,
Elle voulut qu’en levrette
Je lui fisse cet honneur.

(Collé)

J’ai, lui dit-il, avec un tendre objet
Depuis longtemps une intrigue secrète ;
Ce n’est là tout ; item je suis sujet…
— A quoi ? voyons. — À le faire en levrette.

(Piron)

Frime

d’Hautel, 1808 : C’est pour la frime. Pour dire c’est par feinte, par façon, par plaisanterie, par manière d’acquit.

Clémens, 1840 / un détenu, 1846 : Figure.

Larchey, 1865 : Visage. V. Coquer, Altèque. — Tomber en frime : Tomber en face de. V. Gouêpeur.

Delvau, 1866 : s. f. Apocope de Frimousse, — dans l’argot des voyous et des voleurs. Tomber en frime. Se rencontrer nez à nez avec quelqu’un.

Sans paffs, sans lime et plein de crotte
Aussi rupin qu’un plongeur,
Un jour un gouapeur en ribote
Tombe en frime avec un voleur.

(National de 1835.)

Delvau, 1866 : s. f. Mensonge, hypocrisie, fausse alerte, — dans l’argot des faubouriens. C’est pour la frime. C’est pour rire. Le mot a quelques siècles de bouteille :

Renart qui scet de toutes frumes
Luy esracha quatre des plumes !

dit le Roman du Renard.

La Rue, 1894 : Physionomie. Mensonge, hypocrisie. Fausse alerte. Frimer, regarder.

Virmaître, 1894 : La figure. Tomber en frime, se rencontrer face à face avec quelqu’un (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Visage.

France, 1907 : Tromperie, mensonge ; du vieux français frume. On trouve dans le Roman du Renard :

Renart qui scait de toutes frumes
Luy esracha quatre des plumes.

— Moi, je vous ai pris au mot. J’ai cru à tout ce que vous m’avez donné à croire, et plus je vais, plus j’y crois. Aujourd’hui, vous avez beau venir me dire : Dieu, la Vierge, les vertus chrétiennes, la prière, l’espoir d’une vie future… tout ça, mon petit chou, c’était bon seulement pour t’amorcer quand tu étais haute comme ça, pour te faire avoir des bons points et que tu sois souvent sur le tableau d’honneur. Mais à présent que te voilà grande, et femme, nous aimons mieux ne plus te le cacher, c’est de la frime et ça ne signifie rien.

(Henri Lavedan)

Et lui qui n’avait pas quarante ans, qui gagnait plus de soixante mille francs par an, qui, charmant, spirituel, bien élevé, en vedette, n’aurait eu qu’à choisir parmi les plus jolies femmes de notre monde, s’il avait voulu avoir une maîtresse, un jour d’absolue déraison, épousa son modèle et pas pour la frime, à Gretna-Green ou ailleurs, mais avec tous les sacrements du maire et du curé…

(René Maizeroy)

France, 1907 : Visage.
Tomber en frime, se rencontrer nez à nez.

Ganelon

France, 1907 : Traître, conseiller de Charlemagne, celui qui livra l’arrière-garde dans les défilés de Roncevaux et causa le désastre.

Roncevaux… Roncevaux… toute l’épopée de Charlemagne, empereur à la barbe fleurie, de Roland s’essoufflant à sonner éperdument du cor dans la gorge fameuse, les Sarrasins massés aux crêtes des rochers, au-dessus du ravin, et la traitrise de Ganelon, et les adieux d’Olivier à Roland, et les suprêmes paroles de l’archevêque Turpin ; toute la poésie du moyen âge chevaleresque et chrétien.

(Jean Lorrain)

Goï

Delvau, 1866 : s. m. Chrétien, — dans l’argot des voleurs.

Gouge

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme qui vend l’amour au lieu de le donner, — dans l’argot du peuple, qui a déshonoré là un des plus vieux et des plus charmants mots de notre langue. Gouge, comme garce, n’avait pas à l’origine la signification honteuse qu’il a aujourd’hui ; cela voulait dire jeune fille ou jeune femme. « En son eage viril espousa Gargamelle, fille du roy des Parpaillos, belle gouge, » dit Rabelais.

Rigaud, 1881 : Femme de mauvaise vie, mal élevée. C’est la femelle du goujat.

Rossignol, 1901 : Femme.

France, 1907 : Fille de mauvaise vie. Vieux mot qui signifiait autrefois jeune fille, servante ; de l’hébreu goje, servante chrétienne, et qui, comme garce, a perdu sa signification première : « En son âge viril espousa Gargamelle, fille du roy des Parpaillots, belle gouge », dit Rabelais.

La belle dame devint rouge
De honte qu’on l’estimat gouge.

(Scarron)

J’ai rêvé que la Nuit n’était que la putain
D’un vieux soudard paillard qui la paie en butin,
Ce sergent aviné d’une bande en guenilles
A tué des vieillards, des enfants et des filles,
A brûlé des maisons, a mutilé des morts,
S’est vautré dans un tas de crimes sans remords,
Et le feu l’a fait noir et le sang l’a fait rouge,
Et c’était pour gagner de quoi payer sa gouge.

(Jean Richepin)

Dans l’accoutrement d’une gouge,
Orgueil des spectacles forains,
Tu faisais ondoyer tes reins
Et ta gorge ronde qui bouge.

(Théodore Hannon, Rimes de joie)

Goy, goym

Rigaud, 1881 : Chrétien, — dans le patois des marchands juifs. Râler le goye, tromper le chrétien. — Les marchands forains, mais principalement ceux du Midi, ont donné le nom de goye à l’acheteur doté d’une bonne tête d’imbécile.

La Rue, 1894 : Chrétien, dans l’argot des juifs. Râler le goye, tromper le chrétien.

Goye

Larchey, 1865 : Dupe, niais. — Signifie depuis longtemps Chrétien chez les juifs.

Le goye te mire, le pante te regarde.

(Monselet)

Rigaud, 1881 : Boiteux, — dans le jargon des méridionaux de Paris.

Goye, goym

France, 1907 : Niais, dupe. Hébraïsme ; sobriquet donné par les juifs aux chrétiens.

— Kadosch, Kadosch, Kadosch, Adonai Zebaoth (Saint, Saint, trois fois Saint est l’Éternel Zebaoth), gronda Esther. Voilà un catholique, un goye bien audacieux ! Il a du talent, du courage, ce Drumont ! Il frappe les grands juifs, des grands « ioutes », mais il a moins faim que moi : je voudrais manger tous les antisémites, tous les catholiques, les grands et les petits, tous les goyes !

(Dubut de Laforest, La Femme d’affaires)

Graciole

France, 1907 : Sorte de poire appelée bon-chrétien.

Hérode (vieux comme)

France, 1907 : Chose si vieille qu’on peut la faire remonter à Hérode. Mais quel Hérode ? On en compte plusieurs en Judée. Le premier est Hérode le Grand ou l’Ascalonite. C’est lui qui, après avoir tué sa femme et trois de ses fils, ordonna — dit la légende chrétienne — le massacre des petits enfants de Bethléem. Viennent ensuite Hérode Antipas, qui, à la demande de sa femme Hérodiade, fit trancher la tête à Jean-Baptiste ; Hérode Philippe, Hérode Agrippa et Hérode Agrippa II, à qui l’empereur Clande enleva le royaume de Judée. Il est probable que l’Hérode dont on parle est le premier, qui, par rapport à ses descendants, était appelé le vieil Hérode.

Hoc signo vinces

France, 1907 : « Tu vaincras par ce signe. » Vieux dicton chrétien. Ce signe était la croix que Constantin fit mettre sur l’étendard impérial ou labarum avec le monogramme de J.-C.

Si l’école instrumento-évolutivo-symboliste était claire, je la soutiendrais, sans y croire peut-être, car elle a ceci pour elle d’être abominée des imbéciles. Être abominé des imbéciles est le hoc signo vinces de tous les arts et notamment de l’art littéraire. Malheureusement cette école est obscure et la nature, un peu cruelle, m’a créé rebelle aux ténèbres. Les trois quarts du temps je ne comprends pas ce que ce poètes veulent me dire et, l’autre quart, je n’y entends goutte. De là notre mésintelligence, toute à mon détriment sans doute.

(Émile Bergerat)

Ignoramus

France, 1907 : Sobriquet donné aux frères de la Doctrine chrétienne, appelés aussi Ignorantins. Latinisme : mot à mot : « Nous ignorons. »

Ignorantin

Fustier, 1889 : Frère des Écoles de la Doctrine chrétienne. On dit aussi Ignoramus.

Les ignoramus auxquels la plus grande partie des municipalités ont la faiblesse de confier l’enseignement de la jeunesse ouvrière…

(Anti-clérical, mai 1880)

Larmes de saint Laurent le grillé

France, 1907 : On appelle ainsi les pluies d’étoiles filantes qui tombent principalement dans les nuits du 9 au 14 août. Comme c’est à cette époque de l’année que saint Laurent fut torturé et grillé vif à Rome, au IIIe siècle de l’ère chrétienne, l’imagination populaire leur a trouvé ce nom. On sait que c’est ce saint qui, étendu sur le gril et se sentant rôti d’un côté, demanda paisiblement au bourreau qu’on le retournât pour être rôti de l’autre.

Le malheureux avait commis le crime d’être le trésorier fidèle des chrétiens, considérés alors comme une secte dangereuse. Saint Laurent était donc, de son temps, ce qu’on appellerait aujourd’hui le banquier de l’anarchie.

(Petit Parisien)

Luciférisme

France, 1907 : Mot nouveau introduit depuis que les sciences occultes reviennent à la mode et qu’il ne faut pas confondre avec le Luciférianisme, secte fondée au IVe siècle par l’évêque de Cagliari, Lucifer. Le luciférisme est une véritable religion se rattachant au manichéisme qui, au IIIe siècle, bouleversa le monde chrétien. C’est la croyance à deux forces qui gouvernent l’univers, la lutte permanente du Bien et du Mal, d’Adonaï et de Lucifer, également puissants, croyance des grands hérésiarques, depuis les disciples de Manès jusqu’aux Albigeois. Le luciférisme partage aujourd’hui avec le satanisme la curiosité de tous ceux qui s’occupent de l’occulte. Ce sont deux sectes de la religion diabolique opposées l’une à l’autre, comme le catholicisme et le protestantisme ; mais, dans le luciférisme comme le satanisme, le Dieu des chrétiens est considéré comme l’auteur de tous les maux ; l’hostie est profanée et la messe est dite sur l’autel d’un ventre de femme nue.

Macchabée

Delvau, 1866 : s. m. Cadavre, — dans l’argot du peuple, qui fait allusion, sans s’en douter, aux sept martyrs chrétiens. Mauvais macchabée. Mort de dernière classe, ou individu trop gros et trop grand qu’on est forcé de tasser, — dans l’argot des employés des pompes funèbres.

Boutmy, 1883 : s. m. Un mort. V. Macabre.

Virmaître, 1894 : Cadavre. Se dit plus particulièrement d’un noyé que les mariniers retirent de l’eau. Les croque-morts disent aussi du mort qu’ils vont enlever :
— Emballons vivement le macchabée, il fouette à en crever (Argot du peuple). V. Bouffi.

Hayard, 1907 : Cadavre, généralement de noyé.

Mangeur

d’Hautel, 1808 : Mangeur de choux. Lapin nourri avec des choux, et dont la chair est bien inférieure à celle du lapin de garenne.
Mangeur de blanc Homme sans délicatesse, sans honneur, et de mauvaise vie, qui se laisse entretenir par les femmes.
Mangeur de soupe apprêtée. Paresseux, fainéant, oisif, qui veut prendre part aux bénéfices d’une affaire, sans s’y être donné le moindre mal.
Mangeur de chrétien. Procureur, avocat, huissier ; en un mot, tout ce qui tient à la chicane.
Mangeur de charrettes ferrées ; mangeur de petits enfans. Mauvais sujet, sans bravoure ; mauvaise tête ; fanfaron.
Mangeur de pommes. Nom que l’on donne par ironie aux Normands.

M.D., 1844 : Celui qui, faisant partie d’une bande, dénonce les autres.

Larchey, 1865 : Dissipateur. — Mangeur de galette : Fonctionnaire vénal (Vidocq). — Mangeur de blanc : Homme se faisant entretenir par une femme. V. d’Hautel. — Mangeur de blanche serait plus juste. — Mangeur de bon Dieu, de messes : Dévôt.

Quittez vos tanières, antiques comtesses, mangeuses de mes ses.

(Départ de la Cour, Ch., 1830)

Delvau, 1866 : s. m. Dissipateur, viveur, — dans l’argot du peuple.

Fustier, 1889 : Dénonciateur, espion. Argot des prisons.

Ce sont les révélateurs qu’on appelle les mangeurs, la musique.

(J. Vallès)

Marcher sur la chrétienté

Delvau, 1866 : v. n. N’avoir pas de souliers ou avoir des souliers usés, — dans le même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Marcher pieds nus, marcher avec des souliers qui menacent à chaque instant de quitter les pieds.

France, 1907 : Marcher pieds nus.

Médeciner

d’Hautel, 1808 : Se médeciner. Terme ironique qui signifie prendre continuellement, sans nécessité, des médicamens.

La Rue, 1894 : Empoisonner.

France, 1907 : Traitement des maladies, surtout par les empiriques de campagne.
Les façons de médeciner sont aussi grotesques qu’amusantes… pour ceux qu’on ne médecine pas. En voici quelques échantillons : tel empirique charge la poitrine d’un malade atteint de pleurésie d’un gros matou tout chaud qu’on vient d’exécuter ; tel autre place sur l’épigastre une planchette et la serre de toutes ses forces à l’aide d’une corde jusqu’à ce que le patient sente craquer ses côtes : c’est pour relever le crochet de l’estomac ! lisez : guérir la gastrite. Avez-vous des coliques ? Buvez un verre d’urine. Si ce sont des rhumatismes, il faut de la graisse de chrétien. Cette drogue ne se trouve pas dans les pharmacies, mais le guérisseux en conserve un petit pot, qu’il fait payer fort cher. Mais les plus habiles et les plus appréciés des bonnes femmes, ce sont ceux qui les médecinent à l’aide de paroles cabalistiques. Il en est pour toute espèce de maux. Ajoutons qu’un pâté de rats est souverain contre les fièvres tenaces. Peut-être pensez-vous que nous parlons de la façon de médeciner au moyen âge ? Erreur, nous parlons de la fin du XIXe siècle.

Melon

d’Hautel, 1808 : Il est aussi difficile de trouver un bon melon qu’une bonne femme. L’un et l’autre cependant ne sont point introuvables.

Larchey, 1865 : Niais, élève de première année à l’École de Saint-Cyr.

Vous êtes si melons à Châtellerault.

(Labiche)

Qui viennent me brimer, moi, malheureux melon.

(Souvenirs de Saint-Cyr)

On dit aussi cantaloup.

Ah ça ! d’où sort-il, ce cantaloup ? Sur quelle couche monsieur son papa l’a-t-il récolté, ce jeune légume ?

(Ricard)

Delvau, 1866 : s. et adj. Imbécile, nigaud. Cette injure, — quoique le melon soit une chose exquise, — a trois mille ans de bouteille, et son parfum est le même aujourd’hui que du temps d’Homère : « Thersite se moquant des Grecs, dit Francisque Michel, les appelle πέπονες. » Il y a longtemps, en effet, que l’homme, « ce Dieu tombé », ne se souvient plus des cieux, puisqu’il y a longtemps que la moitié de l’humanité méprise et conspue l’autre moitié.

Delvau, 1866 : s. m. Élève de première année, — dans l’argot des Saint-Cyriens.

Rigaud, 1881 : Chapeau rond et bas de forme, à la mode en 1880. Pareil aux phares à éclipse, le melon paraît, disparaît et reparaît, suivant les caprices de la mode.

Rigaud, 1881 : Nouveau venu, élève de première année à l’école de Saint-Cyr.

En ma qualité de melon, j’avais reçu, comme ennemi, un nombre prodigieux de coups de traversin sur la tête.

(Vicomte Richard, Les Femmes des autres)

Merlin, 1888 : Jeune sous-lieutenant de l’école.

Fustier, 1889 : On appelle ainsi au prytanée militaire tout élève faisant partie du troisième bataillon.

C’est au troisième bataillon des élèves, c’est-à-dire au bataillon des melons que l’agitation est très grande.

(Revue alsacienne, juillet 1887)

(V. Melon au Dictionnaire.)

La Rue, 1894 : Imbécile. Élève de première année à Saint-Cyr.

France, 1907 : Chapeau à fond bombé.

Après avoir examiné des pieds à la tête Chrétien, qui, malgré la misère, était encore assez proprement mis :
— Mince de frusques ! dit Mahurel. Un complet, un melon, du linge… T’as donc un héritage ? Paies-tu un verre ?…

(François Coppée, Le Coupable)

France, 1907 : Nigaud. Nouveau, élève de première année dans l’argot de Saint-Cyr et du Prytané militaire de la Flèche. Ce sobriquet viendrait de ce que jadis les nouveaux saint-cyriens entraient à l’école le jour de la Saint-Mellon, 22 octobre.

Connaissez-vous une spirituelle caricature de Draner, dans laquelle un saint-cyrien imberbe, un vrai melon, murmure mélancoliquement, en cirant ses bottes maculées de boue :
— Avoir cent mille livres de rentes, descendre des croisades et cirer ses bottes ! Enfn, papa m’a dit : Noblesse oblige !

(René Maizeroy, Souvenirs d’un Saint-Cyrien)

Fanatisez à l’exercice
Devant l’ancien qui vous instruit,
Sans quoi la salle de police,
Melons, vous attend cette nuit.

(Vieille chanson de Saint-Cyr)

Mores en noces, Juifs en Pâques, chrétiens en plaidoyers dépensent leurs deniers

France, 1907 : Ce vieux dicton fait allusion aux dépenses et naturellement aux goûts des Maures, des Juifs et des chrétiens. Les Maures, prodigues galants et fastueux, se plaisent aux fêtes et à l’éclat ; les Juifs, avares et parcimonieux d’ordinaire, ne reculent devant aucune dépense pour célébrer dignement les fêtes de Pâques ; outre les repas et les réjouissances en l’honneur de leur agneau pascal, ils distribuent à leurs amis même d’une religion différente des pains azymes, ornés de rubans, sans rien demander en échange ! Quant aux chrétiens, chicaneurs, bavards et de mauvaise foi, ils se ruinent en procès.

Néo-catholique, néo

Larchey, 1865 : « Je passai ensuite en revue les diverses sectes de néo-chrétiens dont Paris était inondé. Il y avait les néo-chrétiens du journal l’Avenir, les néo-chrétiens de M. Gustave Drouineau, les néo catholiques et une foule d’autres, tous possédant le dernier mot du problème social et religieux. » — L. Reybaud, 1843.

Noces (pain de)

France, 1907 : Chose très agréable dont on se promet ou reçoit grand plaisir. D’après M. Quitard, cette expression nous viendrait des Romains. « Dans le mariage par confarréation, dit-il, les deux époux mangeaient, en signe d’union, un pain ou gâteau fait de la farine de froment rouge. L’usage de ce gâteau s’était conservé dans les noces chrétiennes au moyen âge et de là vient l’expression pain de noces. Nous disons aussi de deux époux qui conservent longtemps l’un pour l’autre des procédés galants et tendres : Ils font durer le pain de noces. » Ce qui s’appelle en d’autres termes la lune de miel. Il faut observer que, dans le Languedoc, le baiser que l’on donne aux nouveaux mariés s’appelle pa de novis, paix de noces.
Le pain de noces coûte cher à qui le mange, vieux dicton peu encourageant non seulement pour les nouveaux époux, mais pour leurs invités. On sait, en effet, que les cadeaux que doivent faire les convives d’un repas de noce dépassent de beaucoup la valeur de leur part au festin.
Les Espagnols disent :

Pan de boda,
Carne de bultrera.

« Pain de noce, chair de piège à vautour. »

Œil (s’en battre l’)

Rigaud, 1881 : S’en moquer. Voir une chose, entendre une proposition avec indifférence. — Je m’en bats l’œil, ça m’est bien égal. On dit aussi : s’en battre la paupière.

France, 1907 : S’en moquer. On dit aussi dans le même sens : s’en battre les fesses.

Le roi dit : Je m’en bats les fesses.

(Scarron, Virgile travesti)

Or, puisque le populo parisien en vient à oublier les horreurs de la semaine sanglante, — qui pourtant le touchent de près ! — y a rien d’épatant à ce qu’on se batte l’œil de l’écharpement des cent mille chrétiens d’Arménie… Des types qu’on a jamais vus, qui se frusquaient autrement que nous, et baragouinaient une langue incompréhensible !
Leur plus grand tort a été de se lasser écharper.
Dans l’histoire, — aussi bien dans l’histoire d’hier que dans celle d’il y a deux ou trois mille ans, les vaincus ont toujours été mal vus et peu considérés.

(Le Père Peinard, 1897)

Parler chrétien

Delvau, 1866 : v. n. Parler nettement, clairement, de façon que personne ne s’y trompe.

France, 1907 : Parler clairement, nettement, raisonnablement. Dicton de dévot devenu populaire, le christianisme étant pour les fidèles la seule religion raisonnable et sensée. De même on disait d’une jolie femme : C’est une belle chrétienne.

Parlotteur

Delvau, 1866 : s. m. Bavard.

France, 1907 : Bavard ; orateur de réunions publiques ; débiteur de lieux communs.

Le système néo-chrétien de Tolstoï ne serait vrai que s’il réunissait un jour l’unanimité des suffrages, et ce jour-là est aussi loin que la Jérusalem céleste, et que tous les paradis promis. En attenant, il faut vivre avec les loups en leur résistant et en les refoulant le plus possible ; il faut faire valoir son droit à la force du poignet ; il faut toujours être prêts à se rebiffer contre l’exploiteur. Et si jamais la guerre devient impossible, si l’autorité croule et s’effondre, ce sera seulement quand le peuple conscient de sa force aura chassé tous les loups dévorants et ne consentira plus à servir les dirigeants, à nourrir les possédants. Nous, qui ne voyons pas plus l’histoire contemporaine et l’ensemble du mouvement actuel qu’un nageur sur le dos ne voit le mouvement des flots, nous ne savons pas trop si nous avançons ou si nous reculons ; et peut-être que, dans cinquante ans d’ici, quand nous serons tous claqués ou bien près, on dira des hommes de la fin du XIXe siècle que c’étaient des avachis, des parlotteurs et des imbéciles.

(Le Père Peinard)

Parpaillot

France, 1907 : Vieux sobriquet donné aux protestants. Il s’est conservé dans les localités où il existe encore un antagonisme entre les deux communions chrétiennes.
Le Duchat donne de ce mot, qui n’est guère employé que par les protestants de la Provence et du Languedoc, l’étymologie suivante : « François-Fabrice Sorbellon, parent du pape, ayant fait décapiter à Avignon messire Jean Perrin, seigneur de Parpaille, président à Orange, le 8 août 1562, c’est de là qu’est venu le nom de parpaillot qui fut renouvelé au siège de Montauban. »

Pater familias

France, 1907 : Père de famille.

Raidi dans sa cravate et dans sa dignité, M. Lescuyer avait fait si souvent l’éloge, devant Chrétien, de la société romaine, du pater familias antique, de l’autorité du chef de famille, et tonné contre la perte du respect, les dangereuses familiarités, le relâchement des mœurs modernes.

(François Coppée, Le Coupable)

Plus de gens bêtes que d’ânes chrétiens

France, 1907 : Ville expression populaire indiquant que les imbéciles sont aussi nombreux que les ânes.

Quatre bras

France, 1907 : Sobriquet donne aux frères de la Doctrine chrétienne à cause du manteau qu’ils portent d’ordinaire sans jamais en mettre les manches, ce qui leur donne l’air d’avoir quatre bras.

Quinze sainte-Barbe (La)

France, 1907 : Fête des mineurs qui tombe la dernière quinzaine de novembre et pendant laquelle, pour pouvoir gagner de quoi fêter la sainte, ils descendent dans la mine à 3 heures du matin pour ne remonter qu’à 6 heures du soir. Pendant cette quinzaine, ils ne voient donc pas le jour.

Hélas ! le coup de collier de la quinz’ Sainte-Barbe est tellement dans les mœurs des houilleurs qu’ils réclameraient si la Compagnie — être impersonnel qui, pour eux, équivaut au gouvernement — ne leur permettait pas de travailler quinze à seize heures par jour, pour avoir plus d’argent et fêter mieux la patronne du métier.
On sait, d’ailleurs, que les fidèles de la vierge chrétienne qu’un père barbare décapita pour la débaptiser, ont en elle une confiance absolue.
Dans la mine, pendant qu’on travaille « pour elle », on ne craint plus le grisou. Il n’est pas rare de voir apporter, durant la fameuse quinzaine, des statuettes de la sainte, qu’on installe dans la mine, et près desquelles on allume des bougies.
Vous entendrez encore des vieux ouvriers affirmer avec conviction que sainte Barbe a le pouvoir d’attendrir le charbon, si bien que ceux qui l’honorent en abattent davantage que les athées qui la dédaignent.

(Basly, La Nation)

Rang d’oignons

France, 1907 : Rangée d’objets ou de personnes en ligne.

Auprès de Saint-Sulpice, un spectacle odieux,
C’est l’exhibition des marchands de bons dieux,
Je suis chrétien, d’accord, mais non pas idolâtre,
Et j’ai pris en horreur ces bonshommes de plâtre,
Peints d’un rouge canaille ou d’un bleu de coiffeur :
La Vierge au cœur saignant et le divin Sauveur,
L’archevêque mitré, le martyr et sa palme,
Ils sont là tous, en rang d’oignons, l’air bête et calme,
Fixant sur vous des yeux par l’extase arrondis,
— Si c’était comme ça, pourtant, le paradis !

(François Coppée)

Roumi

France, 1907 : Chrétien : nom que les Arabes d’Algérie donnent aux Européens et que les anciens soldats donnent aux nouveaux arrivés de France.

Saint Jean-Baptiste

Delvau, 1866 : s. m. Cabaretier, — dans l’argot du peuple, qui fait allusion à l’eau baptismale que l’on ajoute au vin pour le rendre digne d’être bu par des chrétiens.

Soupe (en avoir)

France, 1907 : En avoir assez, en être dégoûté, las.

Le populo en a radicalement soupé d’être exploité, de même qu’il ne veut plus être gouverné — pas plus par des opportunards, des radicaux que des socialos.
De même il n’en pince plus pour être exploité — pas plus par les richards chrétiens que par les capitalos juifs.

(Le Père Peinard)

On dit dans le même sens : souper de la fiole de quelqu’un.

Mais j’ai mon plan, ej’ suis mariolle :
Quand les jug’ auront assez d’moi
Et qu’i’s auront soupé d’ma fiole,
Faudra ben qu’i’s m’appliqu’nt la loi ;
Vous savez ben, la loi nouvell’
Qui condamne l’gouvernement
À m’envoyer à la Nouvelle…

(Aristide Bruant)

Cette expression n’est pas récente, on la trouve dans un couplet de Désaugiers :

Mais c’est quand nous quittons la ville
Qu’il faut voir l’effet des adieux…
Et toutes les femm’s à la file
Se lamenter à qui mieux mieux.
C’est un’ rivière que leurs yeux :
« Reviens donc bien vite…
— Oui-da, ma petite. »
Le plus souvent !
J’ai soupé pour le sentiment.

Taf

Ansiaume, 1821 : Crainte.

Je craignais la butte, cette fois j’ai eu le taf.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Peur. Avoir le taf, avoir peur.

Bras-de-Fer, 1829 : Peur.

Delvau, 1866 : s. m. Peur, — dans l’argot des voleurs. Avoir le taf. Avoir peur. Coller le taf. Faire peur. On dit aussi Tafferie. Il n’y a pas à douter que ce mot ne vienne d’une expression proverbiale ainsi rapportée par Oudin : « Les fesses luy font taf taf, ou le cul lui fait tif taf, c’est-à-dire : Il a grand peur, il tremble de peur. » On dit aussi Taffetas. Avoir le taffetas du vert. Être frileux, avoir peur du froid.

Virmaître, 1894 : Individu qui a peur de son ombre. Qui a le trac, qui serre les fesses à la moindre alerte (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Peur.

Je n’ose sortir la nuit, j’ai le taf, je suis tafeur.

Hayard, 1907 : Peur.

France, 1907 : Peur. Abréviation de taffetas, d’après quelques étymologistes, à cause du bruit que fait cette étoffe, sorte de frisson, de froufrou dont serait formé le mot frousse ; mais Francisque Michel croit que taf vient de la locution proverbiale employée en parlant de quelqu’un qui a peur : Les fesses lui font taf taf. Lorédan Larchey, de son côté, fait dériver taf du bas allemand taffeln, s’enfuir. Avoir le taf, avoir peur… Voir Taffetas.

— Que veux-tu, Zénobie ? Chacun a sa misère. Le lièvre a le taf, le chien les puces, le loup la faim… l’homme a la soif… et la femme l’ivrogne !

(Gavarni)

J’ai pensé, pour me tirer d’peines,
À m’fair’ frèr’ des écol’s chrétiennes.
Ah ! ouiche ! Et l’taf des tribunaux ?
Puis, j’suis pas pour les pant’ en robe,
Avoir l’air d’un mâl’, v’là c’que j’gobe,
J’aim’ mieux êt’ dos.

(Jehan Rictus, Les Soliloques du pauvre)

Taupe

d’Hautel, 1808 : Il est allé au royaume des taupes. Pour dire que quelqu’un a terminé sa carrière ; qu’il n’est plus de ce monde.
Noir comme une taupe. Manière exagérée pour dire mulâtre ; extrêmement basané.
Taupe. Terme de mépris qui signifie courtisane ; et vile prostituée.

Delvau, 1866 : s. f. Fille de mauvaises mœurs, — dans l’argot peu chrétien des bourgeois. On dit aussi gaupe.

Rigaud, 1881 : Maîtresse d’un souteneur. Terme méprisant à l’adresse d’une femme.

France, 1907 : Prostituée ; elle travaille souterrainement comme l’animal de ce nom.

Malheur aux pantres de province
Qui flouaient la taupe à Navet !
Comme au drame, il criait : Vingince !
Malheur aux pantres de province !
Souvent, lardé d’un coup de bince,
Le micheton nu se sauvait
Malheur aux pantres de province
Qui flouaient la taupe à Navet.

(J. Richepin, La Chanson des gueux)

Se dit aussi d’une femme vieille et laide.

À l’arrivée des troupes, l’ennemi s’enfuit avec les femmes et les enfants, laissant le reste. Deux jours après nous trouvâmes dans la prairie une vieille taupe, jugée trop décrépite pour qu’on s’en embarrassât et abandonnée aux loups.

(Hector France, Chez les Indiens)

Taupin

Larchey, 1865 : « Le simple taupin, le candidat qui se présente à la colle d’admission à l’École polytechnique, possède déjà des connaissances supérieures. » — La Bédollière.

Delvau, 1866 : s. m. Candidat à l’École polytechnique, — peut-être parce qu’on a remarqué que la plupart des jeunes gens qui se destinent à cette école, travailleurs plus acharnés que les autres avaient de bonne heure la vue aussi faible que celle des taupes. Taupin carré. Taupin de 2e année. Taupin cube. Taupin de 3e année.

Rigaud, 1881 : Élève du cours des mathématiques spéciales. Les taupins se divisent en trois classes : le Bizut, élève de première année ; le Carré, élève de deuxième année, et le Cube, élève de troisième année. Le Carré passe pour être quatre fois plus abruti que le Bizut et le Cube neuf fois plus, — dans le jargon des élèves de mathématiques spéciales.

Rigaud, 1881 : Nom donné à l’artilleur, — dans le jargon du régiment. Allusion à la taupe qui passe pour avoir la vue basse. Nombre d’officiers d’artillerie sont dans ce cas et portent lunettes. M. L. Larchey donne encore ce nom de taupin au soldat du génie.

La Rue, 1894 : Soldat du génie.

France, 1907 : Candidat à l’École polytechnique, « peut-être appelé ainsi, dit Alfred Delvau, parce qu’on a remarqué que la plupart des jeunes gens qui se destinent à cette école, travailleurs plus acharnés que les autres, avaient de bonne heure la vue aussi faible que les taupes ». Cette étymologie peut être vraie, car autrefois il était de mode chez ces jeunes savants de s’affubler de lunettes ou de binocles pour se donner un air sérieux. Ils travaillent maintenant autant et plus qu’autrefois et cependant les lunettes ont à peu près disparu. Leur travail de jour et de nuit auquel les oblige la difficulté des examens ne les aurait-il pas fait comparer à la taupe ? La taupe creuse la terre, le taupin creuse la science.

Le taupin souffre et potasse,
C’est la devise du carré !
Il se fiche pas mal de la crasse
Qui recouvre son vieux collet,
De pommade il est toujours chiche,
Il conspue la gomme et la corniche…

(Chanson du Taupin français)

France, 1907 : Sobriquet donné au moyen âge aux francs-archers, miliciens levés et organisés pur Charles VII et dissous par Louis XI à cause du discrédit où ils étaient tombés. On les appelait francs-taupins parce que, paysans pour la plupart, les gens de guerre ne les disaient bons qu’à fouir la terre comme les taupes. Le Roux de Lincy, dans son Recueil de chants historiques, donne une chanson du temps qui montre quel peu de cas on faisait de ces milices. En voici quelques couplets :

Le franc-taupin à la guerre s’en va,
Testamenta comme un chrétien doit faire,
Il a laissé sa femme à son vicaire
Et au curé les clefs de sa maison…
Le franc taupin chez son hôte arriva :
« Vertu, morgoy, jarnigoy, je te tue. »
— Tout beau, monsieur, mes oignons sont en mue.
Il l’appaisa d’une soupe à l’ognon…
Le franc-taupin prend et vaillant estoit ;
Il assailloit fort volontiers les mouches :
« Suz-de-foit-il il faut que je vous touches. »
Mais une guêpe lui donna l’aiguillon.

C’est à la suite du licenciement des milices des francs-archers que Louis XI engagea à son service un corps de 6000 Suisses. Voir ce mot.

Tolstoïsme

France, 1907 :

Ayons le courage de le dire et même de le crier, sans nous émouvoir d’une phalange de dévots obstinés…
M. Tolstoï est devenu le plus sinistre raseur moralisant et le prédicant le plus insupportable que la terre ait produit depuis Jean-Jacques Rousseau (de Genève)…
Je n’insiste pas ; il s’agit d’expliquer le tolstoïsme.
D’une façon générale, cette doctrine, ou plutôt cette religion, est une sorte de christianisme humanitaire mâtiné de socialisme et de fouriérisme, tel qu’il fleurissait en France vers 1848. On se figure que les livres de Tolstoï qui nous parviennent ont été écrits récemment ; si beaucoup, au contraire, sont assez vieux et les premiers, les plus curieux, les autobiographies, remontent à 1852. L’Europe, à ce moment, sortait à peine de la crise sentimentale ; elle venait, pendant plusieurs années, de rêver de bonheur et de fraternité ; on prêchait l’union des classes et l’union des peuples : des ouvriers, en pleurant, embrassaient le curé qui jetait son eau bénite (et un mauvais sort avec) sur l’arbre de la Liberté. Partout régnait une considérable mais attendrissante niaiserie. Nul doute que cet universel état d’esprit n’ait influé sur l’âme de Tolstoï, et que nos pseudo-réformateurs français n’aient été les inspirateurs de sa foi nouvelle. N’est-ce pas à Fourier qu’il a emprunté sa théorie du travail agréable ?
Mais les idées de Tolstoï qui ont fait connaître son nom sont plus récentes ; elles touchent principalement à l’amour et elles sont comme le résumé et la conclusion des théories sociales ou religieuses qu’il avait exposées antérieurement.
Voici donc la grande découverte morale de Tolstoï : la loi de l’homme, l’amour, est une aspiration au bien des autres ; mais il faut que cette aspiration altruiste soit constante et universelle ; il faut aimer non un seul être, mais tous les êtres : l’amour particulier est un vol fait à l’amour universel…
C’est faire un bien grand détour pour revenir à la doctrine de saint Paul et des premiers moralistes chrétiens, et c’est aussi une grande naïveté que de s’imaginer que l’on va captiver les hommes, et surtout les femmes, avec de pareilles formulettes. On peut, le christianisme primitif l’a prouvé, diriger l’idéal humain vers le renoncement, mais on ne pourra jamais l’orienter dans cette voie douloureuse au nom d’entités aussi ridiculement vagues que l’amour universel.
Cela est absurde. Amour universel, mot vif, parole vaine ! L’amour est particulier ; il n’y a pas d’amour sans objet, — et aimer tout et tous, c’est n’aimer rien et personne. Un tel sentiment, s’il était possible, se confondrait absolument, par l’identité des contraires, avec le pur et simple égoïsme.

(Rémy de Gourmont)

Trimourti

France, 1907 : Trinité indoue, origine de la fable de la Trinité chrétienne.

S’il y a, dans l’Inde, beaucoup de petits dieux, on n’en compte guère que trois grands, qui forment, comme dans notre religion chrétienne, une trinité. Cette trinité-là s’appelle trimourti et l’on donne à chacun des personnages d’essence divine qui la composent les noms de Brahma, Vichnou et Siva.

(Eugène Clisson)

Vin chrétien

Delvau, 1866 : s. m. Vin coupé de beaucoup trop d’eau. — dans l’argot du peuple, assez païen pour vouloir boire du vin pur.


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Dictionnaire d’argot classique