Delvau, 1866 : v. a. Avoir la mauvaise habitude de se réchauffer les pieds avec un gueux, — dans l’argot du peuple, qui a eu maintes fois l’occasion de constater les inconvénients variqueux de cette habitude familière aux marchandes en plein vent, aux portières, et généralement à toutes les femmes trop pauvres pour pouvoir employer un autre mode de chauffage que celui-là.
Faire du papier marbré
Pour le roi de Prusse (travailler)
France, 1907 : Perdre son temps, travailler pour rien. Cette expression est attribuée à Voltaire, furieux de l’avarice de Frédéric II qui, l’ayant sollicité, en 1750, de se rendre à la cour de Berlin, lui fit subir quantité de petites avanies. Le roi lui avait promis des appointements de ministre, un appartement au château, le chauffage, deux bougies par jour, sucre, thé, café, chocolat à discrétion. Mais le thé et le chocolat étaient de mauvaise qualité, le café était avarié, le sucre en quantité dérisoire, l’éclairage insuffisant. Sur les plaintes de Voltaire, Frédéric répondit qu’il allait chasser ses canailles de valets qui n’exécutaient pas ses ordres. Il ne chassa personne et rien ne fut changé. Sur de nouvelles plaintes, il répondit :
— Comment, mon cher monsieur de Voltaire, est-il possible que vous vous laissiez distraire de vos idées poétiques par de pareilles misères ?… Ah ! je vous en prie, n’employons pas à ces simples bagatelles les moments que nous pouvons donner aux muses et à l’amitié !… voyons, n’en parlons plus…
C’est ainsi que Frédéric apaisa les réclamations du poète grincheux qui n’oublia pas, à son retour à Paris, de révéler la parcimonie de son royal ami.
— J’ai perdu temps et peine, disait-il, à travailler pour de roi de Prusse.
Sabri
Ansiaume, 1821 : Bois de chauffage.
C’est un pautre, il tortille avec des louches de sabri.
Vidocq, 1837 : s. — Forêt, bois.
Clémens, 1840 : Bois.
Delvau, 1866 : s. m. Bois, forêt, — dans l’argot des voleurs.
France, 1907 : Bois, forêt. Voir Sabir. Déformation d’abri ; on s’y abrite ; argot des voleurs.
Suage
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Torture. Mettre en suage, faire subir des tortures.
Vidocq, 1837 : s. m. — Chauffage.
Larchey, 1865 : Assassinat.
Nous voulons bien maquiller le suage de ton rochet, mais à la condition de tout connir. Il n’y a que les refroidis qui ne rapliquent nibergue.
(Vidocq)
Faire suer : Assassiner. — Mot à mot : Faire suer du sang. — V. Chêne.
Delvau, 1866 : s. m. Assassinat, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Chauffage.
Rigaud, 1881 : Assassinat. — Maquiller un suage, combiner un assassinat.
La Rue, 1894 : Assassinat. Torture. Mettre en suage, brûler les pieds.
France, 1907 : Assassinat. Mettre en suage, c’était, dans l’argot des chauffeurs, faire griller les pieds de la victime.
Si j’avais refroidi tous les garnafiers que j’ai mis en suage, je n’aurais pas le taf aujourd’hui.
(Vidocq)
Travailler pour le roi de Prusse
Delvau, 1866 : v. n. Faire un travail mal payé, ou pas payé du tout, — dans l’argot du peuple, a qui sans doute on a fait croire que les successeurs du grand Frédéric payaient leurs soldats fort chiche-knout. On dit aussi Travailler pour la gloire et Travailler gratis pro Deo.
Rigaud, 1881 : Travailler gratis. Variantes : Travailler à l’œil, travailler pour la gloire, travailler gratis pro Deo.
France, 1907 : Perdre son temps ; travailler à pur perte. Le mot est attribué à Voltaire, furieux de l’avarice de Frédéric II qui, en 1750, l’avait sollicité de se rendre à la cour de Berlin et lui fit subir toutes sortes de petites vilenies. Le roi lui avait promis des appointements de ministre, un appartement au château, la table, le chauffage, deux bougies par jour, du sucre, du thé, du café, du chocolat à discrétion. Mais thé, café, chocolat étaient de qualité inférieure, ou avariés : quant au sucre, on n’en fournissait qu’une quantité dérisoire, et l’éclairage des bougies était insuffisant. Voltaire se plaignit : Frédéric répondit qu’il allait chasser ses canailles de valets qui n’exécutaient pas ses ordres. Mais rien ne fut changé. On ne sait, dans ces discussions du roi de Prusse et de Voltaire, quel est le plus ridicule les deux.
Tremble
France, 1907 : Tremblement, frisson.
En temps de froidure, dit le comte Jaubert dans le Glossaire du centre de la France, on dit de ceux qui n’ont pas de bois pour se chauffer, qu’ils n’auront pas chaud, car ils ont vendu leur bois jusqu’au tremble. C’est un jeu de mot fondé sur le double sens de tremble. D’une part, jusqu’au tremble signifie jusqu’à en trembler de froid, de l’autre, jusqu’à n’avoir pas une bûche, en considérant le bois de tremble comme un de ceux qui ne se vendent que le plus difficilement, car il est impropre au chauffage et de peu de valeur en industrie.
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