France, 1907 : Chanteurs ambulants.
À la balade (chanteurs)
Attraper le lustre
Rigaud, 1881 : Ouvrir une large bouche sans pouvoir produire la note voulue, — dans le jargon des chanteurs.
Baladage ou balladage (chanter au)
France, 1907 : Chanteur ambulant.
Braillard
d’Hautel, 1808 : Clabaudeur, piailleur ; celui qui a le verbe haut, qui crie à tue tête pour la moindre chose. Ce mot s’applique à un enfant qui, en pleurant, jette les hauts cris.
Delvau, 1866 : s. m. Mauvais chanteur. Argot du peuple, qui dit plutôt : Gueulard.
Cadavre (connaître le, savoir où est le)
Rigaud, 1881 : Connaître une particularité de la vie de quelqu’un qu’il a intérêt à tenir secrète. C’est grâce à la connaissance de certains cadavres, qu’il est donné à tant de chanteurs d’exploiter tant de monde. — Il y a un cadavre : il y a complicité. Le cadavre est une intimité inexpliquée entre deux ou plusieurs personnes de position et de rang différents et qu’on soupçonne d’avoir trempé dans quelque mauvaise action.
Canard, couac
Larchey, 1865 : « Ces explosions criardes des instruments à vent si connues sous le nom de canards. » — V. Luchet. — Le second mot est une onomatopée, et la comparaison d’une fausse note au cri du canard (couac) a fait former le premier.
Rigaud, 1881 : Fausse note, — note qui ne sort pas du gosier du chanteur. Quand l’émission du son commande plus d’une note, le canard prend le nom d’oie. L’autruche est un canard considérable, tout ce qu’il y a de plus fort en couacs, — dans le jargon des chanteurs.
Carotte dans le plomb (avoir une)
Delvau, 1866 : v. a. Se dit d’un chanteur qui fait un couac ou chante faux, — dans l’argot des coulisses ; avoir l’haleine infecte, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Chanter faux.
Chanter (faire)
Vidocq, 1837 : v. a. — (Voir ci-après Chanteur.)
Delvau, 1866 : Faire donner de l’argent à un homme riche qui possède un vice secret que l’on connaît, ou à un artiste dramatique qui tient à être loué dans un feuilleton. L’expression est vieille comme le vice qu’elle représente.
Rigaud, 1881 : Battre monnaie à l’aide d’un secret. — Aux XVIIe et XVIIIe siècles l’expression avait le sens de soumettre, faire entrer en composition.
Porteront le fer et le feu au cœur de la France et la feront chanter.
(Lucien, trad. Per. d’Ablancourt)
Les voleurs modernes emploient le verbe « charrier » dans le sens de faire chanter.
France, 1907 : Extorquer de l’argent à quelqu’un sous la menace de révélations scandaleuses, en lui faisant peur, en le menaçant de publier certains faits qui pourraient nuire à sa considération, et qu’il a par conséquent intérêt à tenir ignorés. Faire chanter signifiait, autrefois, faire payer une chose qu’on ne doit pas.
Le chantage existe partout, et celui que l’en punit n’est pas toujours le plus dangereux. Il y a le chantage en gants paille qui s’exerce dans un salon, qui prend des airs de vertu, qui, du haut de son équipage, éclabousse le passant ; celui-là on ne l’atteint pas ! Mais le tribunal est la terreur de ces exploiteurs de bas étage qui proposent aux gens craintifs et aux pusillanimes une terrible alternative : la bourse ou le déshonneur !
(Figaro)
— Jouons cartes sur table. Qu’est-ce que tu veux ?… de l’argent ?… je t’en donnerai aujourd’hui… tu reviendras demain… après-demain… dans une semaine… dans un mois… tu reparaitras toujours. Tu me feras chanter, enfin… Regarde-moi bien en face. Ai-je l’air de ces timorés que les menaces effrayent ?…
(Hector France, La Vierge russe)
Chanteur
Vidocq, 1837 : s. m. — Celui qui fait contribuer un individu en le menaçant de mettre le public ou l’autorité dans la confidence de sa turpitude. Ce serait une entreprise pour ainsi dire inexécutable que dévoiler tous les chantages, et seulement esquisser la physiologie de tous les Chanteurs. Après avoir parlé des journalistes qui exploitent les artistes dramatiques, auxquels ils accordent ou refusent des talens suivant que le chiffre de leurs abonnemens est plus ou moins élevé ; ceux qui vous menacent, si vous ne leur donnez pas une certaine somme, d’imprimer dans leur feuille une notice biographique sur vous, votre père, votre mère ou votre sœur, qui vous offrent à un prix raisonnable l’oraison funèbre de celui de vos grands parens qui vient de rendre l’ame ; du vaudevilliste qui a des flons-flons pour tous les anniversaires ; du poète qui a des dithyrambes pour toutes les naissances et des élégies pour les les morts, il en resterait encore beaucoup d’autres, Chanteurs par occasion sinon par métier ; et parmi ces derniers il faudrait ranger ceux qui vendent leur silence ou leur témoignage, l’honneur de la femme qu’ils ont séduite, une lettre tombée par hasard entre leurs mains et mille autres encore ; mais comme il n’y a pas de loi qui punisse le fourbe adroit, le calomniateur, le violateur de la foi jurée ; comme tous ceux dont je viens de parler sont de très-honnêtes gens, je ne veux pas m’occuper d’eux.
Les bornes de cet ouvrage ne me permettent de parler que des individus que les articles du Code Pénal atteignent ; si jamais, ce qu’à Dieu ne plaise, je me détermine à écrire le recueil des ruses de tous les fripons qui pullulent dans le monde, fripons auxquels le procureur du roi donne la main, et qui sont salués par le commissaire de police, il faudra que je me résolve à écrire un ouvrage plus volumineux que la Biographie des frères Michaud.
Si quelquefois de très-braves gens n’étaient pas les victimes des Chanteurs, on pourrait, sans qu’il en résultât un grand mal, laisser ces derniers exercer paisiblement leur industrie ; car ceux qu’ils exploitent ne valent guère plus qu’eux ; ce sont de ces hommes que les lois du moyen âge, lois impitoyables il est vrai, condamnaient au dernier supplice ; de ces hommes dont toutes les actions, toutes les pensées, sont un outrage aux lois imprescriptibles de la nature ; de ces hommes que l’on est forcé de regarder comme des anomalies, si l’on ne veut pas concevoir une bien triste idée de la pauvre humanité.
Les Chanteurs ont à leur disposition de jeunes garçons doués d’une jolie physionomie, qui s’en vont tourner autour de tel financier, de tel noble personnage, et même de tel magistrat qui ne se rappelle de ses études classiques que les odes d’Anacréon à Bathylle, et les passages des Bucoliques de Virgile adressés à Alexis ; si le pantre mord à l’hameçon, le Jésus le mène dans un lieu propice, et lorsque le délit est bien constaté, quelquefois même lorsqu’il a déjà reçu un commencement d’exécution, arrive un agent de police d’une taille et d’une corpulence respectable : « Ah ! je vous y prends, dit-il ; suivez-moi chez le commissaire de police. » Le Jésus pleure, le pécheur supplie ; larmes et prières sont inutiles. Le pécheur offre de l’argent, le faux sergent de ville est incorruptible, mais le commissaire de police supposé n’est pas inexorable : tout s’arrange, moyennant finance, et le procès-verbal est jeté au feu.
Ce n’est point toujours de cette manière que procèdent les Chanteurs, c’est quelquefois le frère du jeune homme qui remplace le sergent de ville, et son père qui joue le rôle du commissaire de police ; cette dernière manière de procéder est même la plus usitée.
Beaucoup de gens, bien certains qu’ils avaient affaire à des fripons, ont cependant financé ; s’ils s’étaient plaint, les Chanteurs, il est vrai, auraient été punis, mais la turpitude des plaignans aurait été connue : ils se turent et firent bien.
Un individu bien connu, le sieur L…, exerce depuis très-long-temps, à Paris, le métier de Chanteur, sans que jamais la police ait trouvé l’occasion de lui chercher noise ; ses confrères, admirateurs enthousiastes de son audace et de son adresse, l’ont surnommé le soprano des Chanteurs. Je ne pense pas cependant qu’il lui manque ce que ne possèdent pas les sopranos de la chapelle sixtine.
Clémens, 1840 : Celui qui fait contribuer les rivettes.
un détenu, 1846 : Voleur pédéraste.
Halbert, 1849 : Voleur spéculant sur la bienfaisance.
Delvau, 1866 : s. m. Homme sans moralité qui prend en main la cause de la morale quand elle est outragée par des gens riches.
Rigaud, 1881 : Misérable gredin qui exerce l’art du chantage. Le prototype du chanteur est celui qui exploite les passions honteuses des émigrés de Gomorrhe, qu’il sait faire financer sous menace de révéler leurs turpitudes. Quelquefois des compères interviennent sous les espèces de faux agents des mœurs. — Le nombre des chanteurs est infini, et le chantage s’exerce sur toutes les classes de la société.
France, 1907 : Individu qui prend en main la cause de la morale quand il croit, qu’il peut en résulter un avantage pour lui. On dit aussi maître chanteur.
Michelet souhaitait un art qui sût toucher et anoblir les simples. Nos ministres m’ont de goût que pour la musique du baron de Reinach. C’est qu’ils confondent le chant et le chantage. Ils tiennent pour le meilleur des musiciens le plus fameux des maîtres chanteurs.
(Maurice Barrés, Le Journal)
Chanteur de la chapelle Sixtine
Delvau, 1866 : s. m. Homme qui, par vice de conformation ou par suite d’accident, pourrait être engagé en Orient en qualité de capi-agassi.
France, 1907 : Homme qui, à la suite de quelque accident, a perdu ses testicules. Allusion aux castrats qui formaient autrefois le chœur de ladite chapelle.
Chanteur-recette
Rigaud, 1881 : Artiste lyrique dont le nom sur l’affiche attire le public dans un théâtre.
Et cependant Duprez était toujours le chanteur-recette de l’Opéra.
(Ch. de Boigne)
Chanteurs
Larchey, 1865 : « Hommes exploitant la crainte qu’ont certains individus de voir divulguer des passions contre nature. Ils dressent à cette fin des jeunes gens dits Jésus qui leur fournissent l’occasion de constater des flagrants délits sous les faux insignes de sergents de ville et de commissaires de police. La dupe transige toujours pour des sommes considérables. » — Canler. Vidocq range dans la catégorie des chanteurs — 1. Les journalistes qui exploitent les artistes dramatiques ; — 2. Les faiseurs de notices biographiques qui viennent vous les offrir à tant la ligne ; — 3. Ceux qui vous proposent à des prix énormes des autographes ayant trait à des secrets de famille. — « Sans compter, ajoute-t-il, mille autres fripons dont les ruses défraieraient un recueil plus volumineux que la biographie Michaud »
Chat
d’Hautel, 1808 : Ce n’est pas lui qui a fait cela ; non, c’est le chat. Locution bouffonne et adversative qui a été long-temps en vogue parmi le peuple de Paris, et dont on se sert encore maintenant pour exprimer qu’une personne est réellement l’auteur d’un ouvrage qu’on ne veut pas lui attribuer ; ou pour affirmer que quelqu’un a commis une faute que l’on s’obstine à mettre sur le compte d’un autre.
Il a autant de caprices qu’un chat a de puces. Se dit d’un enfant fantasque, inconstant et capricieux, comme le sont tous les enfans gâtés et mal élevés.
J’ai bien d’autres chats à fouetter. Pour, j’ai bien d’autres choses à faire que de m’occuper de ce que vous dites.
Il a de la patience comme un chat qui s’étrangle. Se dit par plaisanterie d’une personne vive, impatiente, d’une pétulance extrême, et qui se laisse aller facilement à la colère et à l’emportement.
Il trotte comme un chat maigre. Se dit d’une personne qui marche rapidement et avec légèreté ; qui fait beaucoup de chemin en peu de temps.
Mon chat. Nom d’amitié et de bienveillance que les gens de qualités donnent à leurs protégés, et notamment aux petits enfans.
Il a un chat dans le gosier. Se dit d’un homme de temps qui avale sans cesse sa salive, et qui fait des efforts pour cracher.
Il le guette comme le chat fait la souris. Pour, il épie, il observe soigneusement jusqu’à ses moindres actions.
Acheter chat en poche. Faire une acquisition, sans avoir préalablement examiné l’objet que l’on achette.
Il a emporté le chat. Se dit d’un homme incivil et grossier qui sort d’un lieu sans dire adieu à la société.
Chat échaudé craint l’eau froide. Signifie que quand on a été une fois trompé sur quelque chose, on devient méfiant pour tout ce qui peut y avoir la moindre ressemblance.
Traître comme un chat. Faussaire, hypocrite au dernier degré.
Elles s’aiment comme chiens et chats. Se dit de deux personnes qui ne peuvent s’accorder en semble ; qui se portent réciproquement une haine implacable.
À bon chat bon rat. Pour, à trompeur, trompeur et demi ; bien attaqué, bien éludé.
À mauvais rat faut mauvais chat. Pour, il faut être méchant avec les méchans.
À vieux chat jeune souris. Signifie qu’il faut aux vieillards de jeunes femmes pour les ranimer.
Jeter le chat aux jambes. Accuser, reprocher, rejeter tout le blâme et le mauvais succès d’une affaire sur quelqu’un.
À lanuit, tous chats sont gris. Pour dire que la nuit voile tous les défauts.
Il a joué avec les chats. Se dit de quelqu’un qui a le visage écorché, égratigné.
Il est propre comme une écuelle à chat. Se dit par dérision d’un homme peu soigneux de sa personne, et fort malpropre.
Bailler le chat par les pattes. Exposer une affaire par les points les plus difficiles.
Il entend bien chat, sans qu’on dise minon. Se dit d’un homme rusé et subtil, qui entend le demi-mot.
Il a payé en chats et en rats. Se dit d’un mauvais payeur ; d’un homme qui s’acquitte ric à ric, et en mauvais effets.
Une voix de chats. Voix sans étendue, grêle et délicate.
Une musique de chat. Concert exécuté par des voix aigres et discordantes.
Elle a laissé aller le chat au fromage. Se dit d’une fille qui s’est laissé séduire, et qui porte les marques de son déshonneur.
Bras-de-Fer, 1829 : Geôlier.
Vidocq, 1837 : s. m. — Concierge de prison.
Larchey, 1865 : Guichetier (Vidocq). — Allusion au guichet, véritable chatière derrière laquelle les prisonniers voient briller ses yeux.
Larchey, 1865 : Nom d’amitié.
Les petits noms les plus fréquemment employés par les femmes sont mon chien ou mon chat.
(Ces Dames, 1860)
Delvau, 1866 : s. m. Enrouement subit qui empêche les chanteurs de bien chanter, et même leur fait faire des couacs.
Delvau, 1866 : s. m. Geôlier, — dans le même argot [des voleurs]. Chat fourré. Juge ; greffier.
Delvau, 1866 : s. m. Lapin, — dans l’argot du peuple qui s’obstine à croire que les chats coûtent moins cher que les lapins et que ceux-ci n’entrent que par exception dans la confection des gibelottes.
Rigaud, 1881 : Pudenda mulierum.
Rigaud, 1881 : Couvreur. Comme le chat, il passe la moitié de sa vie sur les toits.
Rigaud, 1881 : Enrouement subit éprouvé par un chanteur.
Rigaud, 1881 : Greffier, employé aux écritures, — dans le jargon du régiment. Et admirez les chassez-croisez du langage argotique : les truands appelaient un chat un greffier et les troupiers appellent un greffier un chat. Tout est dans tout, comme disait Jacotot.
Rigaud, 1881 : Guichetier, — dans l’ancien argot.
La Rue, 1894 : Guichetier. Couvreur. Enrouement subit. Pudenda mulierum.
France, 1907 : Couvreur. Comme les chats, il se tient sur les toits.
France, 1907 : Enrouement. Avoir un chat dans le gosier ou dans la gouttière, être enroué.
France, 1907 : Guichetier d’une geôle.
France, 1907 : Nature de la femme. Au moment où le fameux Jack l’Éventreur terrifiait à Londres le quartier de Whitechapel, le Diable Amoureux du Gil Blas racontait cette lourde plaisanterie :
« — Tond les chiens ! coupe les chats !
Un Anglais se précipite sur le malheureux tondeur en criant :
— Enfin, je te tiens, Jack ! »
Ce quatrain du Diable Boiteux est plus spirituel :
Prix de beauté de Spa, brune, bon caractère !
Au harem aurait fait le bonheur d’un pacha ;
Aime les animaux félins, tigre ou panthère,
Et possède, dit-on, un fort beau petit chat !
Chez lui, revenant après fête,
Un pochard rond comme un portier,
Faible de jambe et lourd de tête,
Cherchait le lit de sa moitié.
Mais il se glissa près de Laure,
La jeune femme du couvreur…
Et ce n’est qu’en voyant l’aurore
Qu’il s’aperçut de son erreur.
— Que va me dire mon épouse ?
Pensa-t-il. Zut ! Pas vu, pas pris !
Elle ne peut être jalouse,
Car la nuit tous les chats sont gris !
(Gil Blas)
Chat, employé pour le sexe de la femme, n’a aucun sens. Le mot primitif est chas, ouverture, fente, dont on a fait châssis. Les Anglais ont le substantif puss, pussy, pour désigner la même chose, mais ils n’ont fait que traduire notre mot chat.
Chat dans la gouttière
Rigaud, 1881 : Enrouement persistant éprouvé par un chanteur.
Conservatoire de la Villette (elève du)
Rigaud, 1881 : Expression dont se sert le peuple pour désigner un mauvais chanteur.
Conservatoire de la Villette (élève du)
France, 1907 : Mauvais chanteur.
Coup de l’oreiller
France, 1907 : Verre de vin ou de liqueur que l’on prend avant de se coucher.
Dans cette boîte à mouches, le père Capoulade versait tous les soirs le coup de l’oreiller à ses cent cinquante locataires. Le bon Auvergnat logeait d’abord des pensionnaires, des habitués à poste fixe, journaliers, maçons, musiciens ambulants, chanteurs de cours, puis des personnes en « camp volant », rôdeurs aux abois, claque-patins s’offrant une nuitée de lit pour leur fête. La disposition du garni était si ingénieuse qu’on ne pouvait monter aux chambres sans passer par le cabaret et le père Capoulade avait un œil expert qui soupesait les poches, jugeait à première vue quels gens aimeraient mieux faire de la dépense que montrer des papiers.
(Hugues Le Roux, Les Larrons)
Dégueulando
France, 1907 : « En dégueulant », latinisme de cuisine.
Et sur ces pauvres faces, si dolentes au réveil, un rayon s’allumait et comme une aurore se mettait à fleurir, tandis que le chanteur continuait sa romance, pourtant bien banale, barytonnée de quel accent à la fois vulgaire et prétentieux, avec des ports de voix pleurarde, des roulades gargouillantes et de savonneux roucoulements dégueulando…
Plus prétentieux alors, plus artiste et plus cabotin se faisait le chanteur, qui grasseyait jusqu’à l’écœurement ses flûteries mélancoliques, se gargarisait sans fin de ses roulades, roucoulait caracoulait et s’alanguissait en ports de voix où l’on eût dit que dans un dégueulando suprême il allait rendre l’âme.
(Jean Richepin)
Durillon
Delvau, 1866 : s. m. Gibbosité humaine, — dans l’argot des faubouriens, que les bossus feront toujours rire. Ils disent aussi Loupe.
Rossignol, 1901 : Avare. — « Il est tellement durillon qu’il se sert des règles de sa femme pour ne pas en acheter, » On dit aussi dur à la détente.
France, 1907 : Avare, difficile à ouvrir les cordons de sa bourse, dur à la détente.
Aussitôt que le vieux satyre c’est livré à quelques attouchements, l’enfant se met à crier, à pleurer et… il faut payer, sous peine de voir accourir les agents des mœurs… Mais s’il n’y a pas d’agent en vue, cela ne dérange pas pour si peu les chanteurs à l’innocence. C’est la mère qui est aux écoutes et se présente, la colère au visage et… la main tendue. Si le sujet est durillon ! l’amant de la matrone entre en scène, se donne pour inspecteur de police et, dame ! il faut bien s’exécuter !
(Hogier-Grison, Les Hommes de proie)
France, 1907 : Bosse.
Éreinter
Larchey, 1865 : Maltraiter un écrit.
Tu pourras parler des actrices… tu éreinteras la petite Noémie.
(E. Augier)
Donc le livre de Charles fut éreinté à peu près sur toute la ligne.
(De Goncourt)
Delvau, 1866 : v. a. Dire du mal d’un auteur ou de son livre, — dans l’argot des journalistes ; siffler un acteur ou un chanteur, — dans l’argot des coulisses.
Rigaud, 1881 : Critiquer fortement, maltraiter.
France, 1907 : Démolir un camarade, en critiquant acerbement son livre si c’est un homme de lettres, ou, si c’est un artiste, ses toiles ou son jeu. Il arrive souvent que, pour se faire de la réclame, les auteurs s’éreintent eux-mêmes. C’est la coutume des avocats d’éreinter client et témoins de la partie adverse.
Hier, mon camarade Paul Bourget est entré chez moi en brandissant un journal, — « Enfin, on t’éreinte ! » s’est-il écrié… — Et il a étalé un article idiot où l’on me refuse jusqu’à l’écriture ! Pourquoi pas l’orthographe ? Mais quel n’a pas été son étonnement lorsque je lui ai appris que cet article était de moi ! — « Et voilà, ai-je lancé, le cas que je fais de la critique ! » — « Tu ne l’as pas inventé, a-t-il repris vexé et rêveur, Balzac l’avait fait avant toi, et c’est courant en Amérique !… »
(Émile Bergerat, Mon Journal)
Essayer le tremplin
Delvau, 1866 : Jouer dans un lever de rideau ; être le premier à chanter dans un concert. Argot des comédiens et des chanteurs de café-concert. On dit aussi Balayer les planches.
France, 1907 : Jouer dans un lever de rideau ou dans une pièce de peu d’importance ; ouvrir dans un café-concert la série des chansons. Argot des coulisses. On dit aussi dans le même sens : balayer les planches.
Faire la collecte
France, 1907 : Les chanteurs de cours, les culs-de-jatte, les épileptiques et autres mendiants de cette sorte ont souvent un compagnon qui les suit ou vient plusieurs fois dans la journée à un endroit désigné d’avance recueillir les aumônes reçues, pour les mettre en sûreté, afin qu’en cas d’arrestation on d’indiscrète curiosité de la police on ne trouve sur eux qu’une vingtaine de sous : c’est ce qui s’appelle faire la collecte. Maxime du Camp cite dans son Paris bienfaisant un cul-de-jatte qu’on vit longtemps sur le trottoir du boulevard Haussmann et qui avoua recueillir chaque jour plus de vingt francs, lorsqu’on l’arrêta pour avoir volé le porte-monnaie d’une dame.
Fileuse
Vidocq, 1837 : s. m. — Il ne faut pas croire que les escrocs dont j’ai dévoilé les ruses aux articles Emporteur et Emportage à la côtelette ne paient jamais d’impôts, ils paient au contraire des contributions très-élevées dont les Fileuses sont les percepteurs.
Il existe à Paris des hommes toujours bien vêtus, déjeûnant et dînant bien, et qui cependant ne possèdent ni industrie, ni revenus ; ce ne sont pourtant point des mouchards, mais ils ne valent guère plus : ce sont des Fileuses ; leur unique industrie est de suivre les Floueurs et Emporteurs, et de rester paisibles spectateurs de la partie qui vient de s’engager ; ils prélèvent cependant un impôt de trois francs par louis sur la somme perdue par le Sinve.
Les Fileuses s’attachent quelquefois aux Tireurs. Il est rare que les Fileuses soient obligés de recourir à la violence, les voleurs qui ne craignent rien tant que le scandale, s’exécutent presque toujours de bonne grâce. Somme totale, le métier des Fileuses est un excellent métier, car il est lucratif, et peut être exercé, pour ainsi dire, impunément.
Larchey, 1865 : « Chanteur suivant les voleurs et les prenant en flagrant délit, dans le seul but de faire payer son silence par une remise de 15 p.100. »
(Vidocq)
Rigaud, 1881 : Exploiteur de filous. La fileuse fait chanter le voleur qu’elle a suivi et vu à l’œuvre. Sous menace de révélations, elle se fait remettre soit une petite part du vol, soit une somme correspondante en argent, probablement en vertu de l’axiome qu’il faut que tout le monde vive.
La Rue, 1894 : Celui qui fait chanter les filous en menaçant de les dénoncer.
France, 1907 : Femme qui suit les voleurs et menace de les dénoncer s’ils ne lui cèdent une part du butin.
Fioritures
Delvau, 1866 : s. f. pl. Choses ajoutées à un récit pour l’embellir et souvent pour le dénaturer, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression aux chanteurs et en font le même abus que ces derniers.
France, 1907 : Enjolivements.
Le général sir Francis Grenfell avait fait une fois office de correspondant artistique d’un journal illustré de Londres et envoyé le croquis d’un engagement auquel il avait pris part en Afrique. Quand, de retour à Londres, l’éditeur lui fit admirer le parti qu’on avait tiré de son croquis, le général fut un peu surpris d’y voir figurer deux palmiers gigantesques.
— Mais il n’y avait pas seulement de broussailles, fit-il remarquer.
— Oh ! lui répondit l’éditeur, le public ne comprend pas l’Afrique sans palmiers.
— Et les journalistes, la vérité sans fioriture, ajouta le général.
(Courrier de Londres)
Flagrante delicto
France, 1907 : Flagrant délit ; latinisme. « Monsieur a surpris madame flagrante delicto avec le gros vicaire. »
Mais un dimanche soir, comme nous nous promenions dans un jardin, nous nous mîmes à batifoler. Le propriétaire qui nous guettait, nous surprit flagrante delicto et courut prévenir frère Godby. Un joli coup pour ma réputation ! Moi, un pieux chanteur de psaumes, un jeune et béatifié Mormon ! Adieu mes bonnes notes : je me réveillai dans mon iniquité mise à nu.
(Hector France, Chez les Indiens)
Galejade
France, 1907 : Plaisanterie ; de l’idiome provençal.
Dans cet almanach (l’Armana Marsihès), en effet, sous l’habile déguisement de contes joyeux, vers chanteurs et galejades, se dissimule la violente attaque du Midi contre le Nord.
Il n’est que temps de sévir contre ces fanatiques séparatistes.
(Le Journal)
Galoubet (en avoir)
Virmaître, 1894 : Posséder une belle voix ou crier bien fort. On dit d’un chanteur émérite :
— Il a un rude galoubet.
Gambillard
Delvau, 1866 : adj. et s. Homme alerte qu’on rencontre toujours marchant.
Rigaud, 1881 : Bon marcheur.
France, 1907 : Homme alerte ; chanteur qui danse.
Le vicomte. — Prête-moi les cinquante mille francs dont j’ai besoin, et je me voue à l’industrie, je me régénère par la machine à bon marché. Sans cela, je débute dans huit jours chez Lisbonne, je débute dans le genre gambillard !
Le comte. — Qu’est-ce que c’est ?
Le vicomte. — Ça veut dire que je chanterai en dansant, ou que je danserai en chantant, si tu aimes mieux. C’est ce qu’on appelle le genre gambillard !
Le comte. — Comme Paulus !
(Maurice Donnay)
Gammifère
France, 1907 : Qui a la manie des gammes.
La campagne contre les bas-bleus est chétive ; dirigez vos coups, moralistes, contre les gammifères. Le Domisoldo, chant national, nous tue nos femmes et nos filles. Il est le fléau social. N’est-il pas sinistre de penser qu’à l’heure où vous lisez ces lignes, des millions de douces créatures font crouler la gamme inexorable et abrutissante sur les bruits enchanteurs de la nature et même sur les criailleries vivaces des marmots ?
(Émile Bergerat)
Gargariser (se)
Delvau, 1866 : v. réfl. Boin ; un canon de vin ou un petit verre d’eau-de-vie.
Rigaud, 1881 : Boire la goutte.
Rigaud, 1881 : En terme de théâtre, c’est, pour un artiste dramatique, faire ronfler les R ; pour un artiste lyrique, c’est faire rouler les notes. Le mot est du chanteur Martin.
Rigaud, 1881 : Se livrer, au piano, à une débauche d’arpèges.
Les joues enluminées, Ségurola, au piano, déchaînait une tempête de gammes vertigineuses. Aristide lui cria : Dis donc, auras-tu bientôt fini de te gargariser ?
(Hennique, La Dévouée)
France, 1907 : Boire. « Se gargariser le sifflet, ou le rossignolet. »
Gobichonneur
Larchey, 1865 : Gourmand.
Le roi, le triomphateur des gobichonneurs.
(La Bédollière)
Delvau, 1866 : s. m. Ami des franches lippées.
France, 1907 : Bambocheur.
— Oh donc ! je vas vous tambouriner le cuir un petit peu, moi, Fanfan La Blague, le roi, le triomphateur des chanteurs et des gobichonneurs.
(A. Lorentz, L’invalide)
Goguettier
Delvau, 1866 : s. m. Chanteur de goguettes ; membre d’une société chantante.
Goualante
Vidocq, 1837 : s. f. — Chanson.
Delvau, 1866 : s. f. Chanson, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Chanson. Goualer, chanter. Goualeur, goualeuse, chanteur, chanteuse. Vient de gueuler. Goualer à la chienlit, crier au voleur.
La Rue, 1894 : Chanson. Goualer, gueuliber, chanter. Signifie aussi avouer à la justice.
Rossignol, 1901 : Chanson.
France, 1907 : Chanson.
Des bandits chez les Angliches y en a eu des tripotées, et c’est à force de crapuleries que la gouvernance, aidée des curés, a fait disparaître cette bonne graine. Y a des quantités de goualantes, là-bas, qui vantent les coups de main de Robin Hood.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
anon., 1907 : Chanson.
Goualer
Vidocq, 1837 : v. a. — Chanter.
M.D., 1844 / Halbert, 1849 : Chanter.
Larchey, 1865 : Chanter. — Vient, comme gueuler, du vieux mot goule (gula) : gosier. — Goualeur, leuse : Chanteur, teuse.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Chanter. On dit aussi Galouser.
Virmaître, 1894 : Chanter. On se souvient de la goualeuse des Mystères de Paris. La goualante signifiant chanson, la chanter, goualer, cela va de soi (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Chanter.
France, 1907 : Chanter ; du vieux mot goule, gosier, gueule.
Goualeur
un détenu, 1846 : Chanteur des rues.
Halbert, 1849 : Chanteur.
Delvau, 1866 : s. m. Chanteur des rues. Goualeuse. Chanteuse.
Goualeur, -euse
Vidocq, 1837 : s. — Chanteur, chanteuse.
Goualeur, goualeuse
La Rue, 1894 : Chanteur, chanteuse.
France, 1907 : Chanteur, chanteuse.
— Dis donc, la Goualeuse, est-ce que tu ne vas pas nous goualer une de tes goualantes ?
(Eugène Sue, Les Mystères de Paris)
Gratter du jambonneau
France, 1907 : Jouer du violon ou de la mandoline.
Nous connaissons un ambassadeur, formidable budgétivore, qui occupe ses loisirs que lui laisse sa grasse sinécure à gratter du jambonneau huit heures par jour.
Nous somm’s des virtuos’s très rares,
Tout ce qu’il y a de plus chouetto, chouetto,
Nous pinçons des airs de guitares
Et nous grattons du jambonneau, bonneau !
Faut pas nous croir’ dans la purée,
Nous sommes des chanteurs rupins ;
Notre mine est très distinguée,
Partout nous faisons des béguins.
(Bourgès)
Jaunet
d’Hautel, 1808 : Des jaunets. Pour dire des louis ; la pluie d’or ; argument auquel rien ne résiste ; qui d’un fat fait un honnête homme, et après lequel enfin tant de pauvres humains soupirent.
Larchey, 1865 : Pièce d’or.
Un seul regret, celui de n’avoir pu débarrasser les pigeons de leurs jaunets.
(Paillet)
Delvau, 1866 : s. m. Pièce d’or de vingt francs, — dans l’argot des faubouriens. Ils disent aussi Jauniau. Au XVIIe siècle, on disait Rouget.
France, 1907 : Pièce d’or.
Et, en attendant, il grêlait des sous, des francs, des roues de cinq balles, des jaunets, et aussi des cigares, des oranges, et il tourbillonnait encore des mouchoirs de dentelles, et des cravates de soie claire et des foulards, et des écharpes, qui venaient battre de l’aile autour du chanteur comme un vol caressant de grands papillons multicolores.
(Jean Richepin)
D’jaunets tu vas meubler ma poche,
Afin de rigoler à mort.
(Festeau)
Jésus
Vidocq, 1837 : s. m. — Les voleurs donnent ce nom aux jeunes garçons que les Tantes, les Chanteurs, les Rouspans (Voir ces divers articles), prostituent à leur gré, et dressent en même temps au vol et à la débauche.
Halbert, 1849 : Grand jeune homme payé pour satisfaire aux passions d’un vieillard.
Larchey, 1865 : « Jeune et beau garçon lancé comme appeau près des sodomistes que veut exploiter le chanteur. »
(Canler)
Grippe-Jésus : Gendarmes. — Le jésus n’est ici qu’un homme garrotté comme le Christ, lorsqu’il fut conduit devant Pilate.
Delvau, 1866 : s. m. « Enfant dressé au vol et à la débauche, » — dans l’argot des voleurs.
Delvau, 1866 : s. m. Innocent, — dans l’argot souvent ironique du peuple. D’où le grippe-Jésus de l’argot encore plus ironique des voleurs, puisqu’ils appellent ainsi les gendarmes.
Rigaud, 1881 : Innocent, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Jeune filou. — Tout jeune Éphestion de trottoir.
La Rue, 1894 : Innocent. Jeune Voleur. Nouveau-né. Adolescent du troisième sexe.
Virmaître, 1894 : Jeune homme à l’aspect efféminé, frisé, parfumé, qui sert d’appât pour attirer les individus à passions honteuses. Souvent il travaille réellement pour son compte (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Jeune chatte qui sert d’appât pour faire chanter les individus portes à cette passion.
Hayard, 1907 : Jeune garçon de mœurs pédérastiques.
France, 1907 : Adolescent du troisième sexe.
Dans cette catégorie d’individus (les pédérastes) on désigne deux classes : les amateurs, ceux qui recherchent dans la pédérastie la seule satisfaction de leurs sens ;
Les prostitués qui trafiquent de leur corps ; ceux-ci prennent le nom de Jésus…
Vêtu d’un costume étriqué qui lui permet d’étaler à tous les regards ses avantages, la raie allant du front à la nuque, maquillé, une cigarette aux lèvres, le Jésus va et vient, le regard en coulisse, la bouche ou cœur, le sourire aux lèvres ; il joue avec une mince badine — qu’on peut lui arracher des mains et lui casser sur la figure si prompte fuite vous en laisse le temps.
(Jules Davray, L’Armée du vice)
Le persillard, une fois d’accord avec le chanteur pour duper son douillard, devient alors son compère, c’est-à-dire son Jésus ! Tel est dénommé aujourd’hui le persillard exploiteur.
(Mémoires de M. Claude)
Le Jésus est un jeune et beau garçon lancé comme appeau près des sodomites que veut exploiter le chanteur.
(Mémoires de Canler)
France, 1907 : Innocent, et aussi jeune voleur.
Macaroniste
France, 1907 : Chanteur burlesque ; mot d’origine italienne.
… Avec nous, à la station de Clarens, s’était embarqué un quatuor de musiciens italiens, un mandoliniste, deux violons, et une femme portant une guitare. Comme il n’y a guère de basteau sans cette espèce d’orchestre, je n’avais pas pris garde à ces quatre macaronistes qui allaient sans doute nous miauler Santa-Lucia ou Funiculi.
(Jean Richepin)
Maître chanteur
France, 1907 : Individu qui exploite les passions de certains autres sous la menace d’une dénonciation. Le prix de son silence est tarifé suivant la position sociale du coupable. Des gens très honorables ont dû passer par les exigences des maîtres chanteurs, de crainte du scandale.
Maîtres chanteurs
Virmaître, 1894 : Individus qui font payer des imbéciles pour acheter leur silence. Il y en a de différentes catégories. Le maître chanteur financier qui fait chanter les sociétés financières. Le maître chanteur qui se sert d’un Jésus pour faire chanter l’homme à passions contre nature. Il y a des maîtres chanteurs dans toutes les classes de la société (Argot du peuple).
Manger
d’Hautel, 1808 : Manger l’ordre. Perdre mémoire de ce dont on avoit été chargé ; oublier totalement une commission.
Quand on est trop bon, le loup vous mange. Signifie que rien n’est plus pernicieux que l’excès de la bonté.
Elle mange comme un moineau. Se dit d’une femme qui fait la petite bouche, la sobre, ou qui est réellement d’une très-petite dépense sur la nourriture.
Cela se laisse manger. Pour dire qu’une chose sans être excellente, est fort agréable au goût.
Il en mangeroit deux comme lui. Pour marquer la supériorité d’une personne, et abaisser le mérite de quelqu’un qui exerce la même profession.
Il a mangé son pain blanc le premier. Pour dire que quelqu’un a fait l’ouvrage le plus facile en premier : que le commencement de sa vie a été plus heureux que n’est la suite.
Manger dans la main de quelqu’un. Pour, abuser de la bonté, de la complaisance de quelqu’un.
Manger de la vache enragée. Éprouver les angoisses de la faim, de la soif, et toutes les douleurs de la misère et de la fatigue ; apprendre à être sage à ses dépens.
N’as-tu pas peur qu’il te mange. Pour qu’as-tu à craindre ? pourquoi ne lui parlerois-tu pas ?
Se manger l’ame ; ou le blanc des yeux. Pour, se quereller ; vivre en mauvaise intelligence ; se disputer sans cesse sur des riens.
Manger quelqu’un des yeux. Le regarder avec affectation.
Manger quelqu’un de caresses. Lui faire de grandes amitiés ; le cajoler, lui faire des complimens à n’en plus finir.
Manger la moitié de ses mots. Bredouiller ; ne pas prononcer d’une manière intelligible ; serrer les dents en parlant.
Cela ne mange point de pain. Se dit de bijoux, ou d’effets quelconques dont on fait l’acquisition, afin de ne pas mal employer son argent ; pour faire entendre que ces objets ne coûtent rien à garder, et qu’on trouvera bien moyen d’en tirer parti au besoin. Se dit aussi, et dans le même sens, des papiers que l’on regarde comme inutiles, mais que quelques circonstances peuvent rendre nécessaires.
Manger son pain à la fumée du rôt. Voy. Fumée.
Manger son pain dans sa poche. Vivre heureux ; vivre dans l’aisance, sans y faire participer qui que ce soit.
Manger son blé en herbe, ou vert. Manger avance le bénéfice d’une affaire ou d’une spéculation ; vivre sur le crédit d’une succession qui n’est pas encore ouverte ; dépenser avec prodigalité, et généralement faire un mauvais usage de sa fortune.
Voilà ce que les rats n’ont pas mangé. Se dit ironiquement en montrant quelque chose que l’on avoit gardé secrètement.
Il sait bien son pain manger. Pour, il a soin de sa personne ; il sait vivre.
Ansiaume, 1821 : Révéler, déposer.
Mon camarade d’affaires ne mangera pas, mais j’ai le taff.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Dénoncer, avouer. Manger le morceau, avouer le crime.
Delvau, 1866 : v. a. Subir, avoir, faire, — dans l’argot du peuple. Manger de la misère. Être besogneux, misérable. Manger de la prison. Être prisonnier. Manger de la guerre. Assister à une bataille.
La Rue, 1894 : Faire chanter. Mangeur, maître chanteur (V. Chanter). Faire manger, faire profiter du produit d’une filouterie.
Métingue
France, 1907 : Réunion, assemblée. Francisation du mot anglais meeting, participe présent du verbe to meet, se réunir, s’assembler. On doit prononcer mitingue.
Saluez Sa Majesté ! Vous croyez être des démocrates, des citoyens d’une république, des hommes indépendants, des serfs émancipés, des révolutionnaires ayant brisé tout joug injuste, renversé toute barrière désagréable, secoué toute tyrannie pénible. Allons donc ! vous pourrez, dans les métingues, déclamer contre le capital, conspuer les chéquards, vouer aux gémonies, les maîtres chanteurs, les panamistes et les victimes de M. Dopffer, le Jeffreys français, vous n’en serez pas moins les respectueux sujets de Sa Majesté Préjugé, un monarque qui ne porte pas de numéro, car il est unique et éternel.
(Edmond Lepelletier)
J’suis républicain socialisse,
Compagnon, radical ultra,
Révolutionnaire, anarchisse,
Eq’cœtera… eq’cœtera…
Aussi, j’vas dans tous les métingues,
Jamais je n’rate un’ réunion,
Et j’pass’ mon temps chez les mann’zingues
Oùsqu’on prêch’ la révolution.
(Aristide Bruant, Dans la rue)
Minstrel
France, 1907 : Chanteur déguisé en nègre qui s’accompagne sur un banjo. C’est notre vieux mot ménestrel revenu déformé par son passage en Angleterre.
Boulogne et le Havre enfin, leurs bars, les music-halls et les minstrels aidant, ont-ils besoin d’un ciel gris, d’une mer embrouillardée pour « entraîner » leurs hôtes de passage à la vie anglo-saxonne ?…
(Paul Bonnetain)
Miseloque
Vidocq, 1837 : s. m. — Théâtre.
France, 1907 : Le monde des gens de théâtre, acteurs, chanteurs, danseurs et leurs congénères féminins ; tout ce monde qui s’affuble de loques. Jean Richepin explique ce terme d’argot dans une spirituelle ballade :
Croire que l’on a du génie,
Et même en avoir, et pourtant
Rester de la race honnie
Que jusqu’en nos jours va fouettant
L’envie ou le rire insultant
Du bourgeois faisant l’Archiloque
Contre ceux qui l’amusent tant,
Voilà, c’est ça la misloque.
…
Prince ou larbin, en en sortant
Devenir une triste loque
Que l’oubli tout entier attend,
Voilà, c’est ça la misloque.
Jouer la misloque, jouer la comédie.
Nez sale (avoir le)
Rossignol, 1901 : Ivre.
France, 1907 : Être ivre. L’ivrognerie engendre la malpropreté, et les ivrognes, généralement peu soucieux de leur personne, bavent dans leur barbe et se mouchent dans leurs moustaches, ce qui a donné lieu à cette expression populaire.
Le chanteur des rues. — Do, mi, sol, do !… Sol ! sol ! sol !… Do, mi, sol, do ! (Bas.) Vieille saleté, qui dit que je suis saoul.
La femme, bas, — Dis donc, tu sais, saleté toi-même !
L’homme, même jeu, — Vrai, faut que tu en aies, du culot, pour aller dire que j’ai le nez sale !… — Do, mi, sol !… Do, mi, sol !… Sol ! sol ! — C’est toujours pas avec ce que tu m’as offert, que je me l’aurais sali, le nez !… — Sol ! sol ! Do, mi, sol ! Do, mi, sol !… Ça y est. — La Cinquantaine, romance. (Bas) Charogne ! (Haut) Premier couplet.
(Georges Courteline)
Orphie
Halbert, 1849 : Oiseau.
Delvau, 1866 : s. f. Oiseau chanteur (Orphicus). Même argot [des voleurs].
France, 1907 : Oiseau ; argot des voleurs.
Pègre (la)
Rigaud, 1881 : Le monde des malfaiteurs. « Le troisième dessous », suivant l’expression de Victor Hugo. Il comprend les escarpes et les grinches, qui se subdivisent, pour les derniers, d’après les spécialités, en bonjouriers, caroubleurs, chanteurs, cambrioleurs, roulottiers, chineurs, robignolleurs, cerfs-volants, etc. etc. Depuis le pégriot, qui vole le mouchoir, jusqu’au drogueur de la haute, qui émet pour plusieurs centaines de mille francs d’actions imaginaires, depuis le voleur qui travaille sur la grande route avec accompagnement de gourdin, jusqu’à l’assassin de profession, tout ce qui vit de vol et d’assassinat fait partie de la pègre. De même qu’il y a la haute et la petite banque, le haut et le petit commerce, de même il y a la haute et la petite pègre. La haute pègre ou les pègres de la haute, c’est l’aristocratie du vol et de l’assassinat ; la basse pègre ou pégriots, c’est le prolétariat du crime.
La haute pègre a ses grands hommes, ses héros. Lacenaire, Verger, sont les demi-dieux de la haute pègre. Dumollard n’est qu’un ignoble pégriot.
(Moreau-Christophe, Le Monde des coquins.)
Petit vase
Delvau, 1864 : Le con.
Bien connaissez, ami lecteur,
Une espèce de coquillage,
Conque de mer qu’on nomme un pucelage !
Hé bien, de ce vase enchanteur
Tels sont les bords qui de la rose,
Ou plutôt du plus fin corail
Ont la couleur…
(Plancher-Valcour)
Pianiste
Rigaud, 1881 : Valet de bourreau. Celui qui accompagne le bourreau comme un pianiste accompagne un chanteur ; celui qui joue une partie accessoire dans la représentation de la mort juridique, — dans le jargon des voyous.
La Rue, 1894 : Valet de bourreau.
France, 1907 : Valet de bourreau ; argot populaire.
C’est le pianiste qui a l’honneur d’accompagner l’exécuteur des hautes œuvres sur le théâtre rouge. C’est lui qui boucle sur la touche unique du clavecin sinistre le patient qui va éternuer dans le son, comme disent les surineurs en leur langage cynique.
(Émile Gouget, L’Argot musical)
Point de côté
Vidocq, 1837 : s. m. — Ennemi des pédérastes.
Delvau, 1866 : s. m. Tiers gêneur, — celui qui, par exemple, vous empêche, par sa présence, de lever une femme ou de l’emmener après l’avoir levée. Signifie aussi Créancier.
Virmaître, 1894 : Créancier. Maître-chanteur exploitant les hommes qui ont un certain vice. Allusion à la gêne causée par le mal de ce nom. L. L. Point de côté : tiers gêneur. Celui qui, par exemple, vous empêche, par sa présence, de lever une femme et de l’emmener après l’avoir levée. A. D. Point de côté, mari gênant, ombrageux, jaloux, qui surveille sa femme comme Bartholo sa nièce :
— Je ne peux pas sortir, mon point de côté est à la maison, il ne me lâche pas d’une semelle (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Créancier ; argot populaire.
Prendre un homme au saute-dessus
Delvau, 1864 : Arrêter un pédéraste, quand on est pédéraste soi-même, et de plus chanteur (V. ce mot), au moment où il se déboutonne et s’apprête à socratiser, ou à alcibiadiser, selon qu’il est actif ou passif.
Après avoir provoqué à la débauche celui qui a eu le malheur de les aborder, ils changent tout à coup de ton, le prennent, comme ils disent, au saute-dessus, et se donnant pour des agents de l’autorité, le menacent d’une arrestation…
(A. Tardieu)
Raper
La Rue, 1894 : Chanter mal.
Virmaître, 1894 : Chanter. Vieille expression de goguette pour qualifier un chanteur qui écorchait les oreilles de ses auditeurs. Mot à mot : il rapait sa chanson (Argot du peuple). N.
Râpeur
France, 1907 : Chanteur à la voix rauque.
Près d’eux, moins nombreux, sont installés les chanteurs en ballade, ténors de ruisseau, barytons de cours, basses de cabarets, au répertoire varié, râpeurs de couplets naturalistes, ne travaillant sérieusement que le lundi, ce dimanche des ouvriers.
(G. Macé, Un Joli Monde)
France, 1907 : Chevalier d’industrie ; individu qui vit d’expédients.
Rat
d’Hautel, 1808 : Pour caprice, fantaisie.
Il a autant de rats qu’un chat a de puces. Se dit d’un homme pétri de caprices et de fantaisies.
On dit d’une arme à feu, qu’Elle a un rat, quand le chien s’est abattu sans faire prendre l’amorce ; on le dit aussi d’une serrure mêlée, que l’on ne peut ouvrir qu’après avoir tourné la clef mainte et mainte fois.
Un nid à rats. Un taudis, un logement étroit, sale et obscur.
Une queue de rat. Se dit par raillerie de la queue d’un homme, ou d’un cheval, petite et peu garnie.
Il n’est pas plus haut qu’un rat. Se dit par mépris d’un homme de très-petite taille, qui se fourre partout, se mêle de toutes les affaires, et fait le fanfaron et le méchant.
Être comme rat en paille. Nager dans l’abondance ; être à bouche que veux-tu.
Prendre des rats par la queue. Filouter, couper des bourses.
Mon rat. Nom flatteur et caressant que l’on donne par amitié à un jeune homme ou à une jeune fille.
Ansiaume, 1821 : Voleur de balle, la nuit.
Le cardeuil l’a mis au mille pour avoir couru le rat.
Larchey, 1865 : « Cette expression s’applique à tout retardataire de l’École polytechnique. Quiconque après son examen de sortie est exclu par son rang des ponts et chaussées est rat de ponts ; le rat de soupe est celui qui arrive trop tard à table. »
(La Bédollière)
Larchey, 1865 : « Le rat est un des éléments de l’Opéra, car il est à la première danseuse ce que le petit clerc est au notaire… — Le rat est produit par les portiers, les pauvres, les acteurs, les danseurs. Il n’y a que la plus grande misère qui puisse conseiller à un enfant de huit ans de livrer ses pieds et ses articulations aux plus durs supplices, de rester sage jusqu’à dix-huit ans uniquement par spéculation et de se flanquer d’une horrible vieille comme vous mettez du fumier autour d’une jolie fleur… — Un rat à onze ans est déjà vieux. Dans deux ans elle peut valoir 60 000 francs, être rien ou tout, un nom célèbre ou une vulgaire courtisane. »
(Roqueplan. 1841)
Larchey, 1865 : « Petits pégriots qui se cachaient à la brune sous un comptoir afin d’ouvrir la nuit la porte du magasin à leurs collègues. Il paraît qu’on ne fermait qu’au pène les boutiques dans ce temps-là. Aujourd’hui le rat qui restera en vedette chez un marchand de vin aurait besoin de ses amis du dehors pour le délivrer. » — A. Monnier.
Larchey, 1865 : Avare, pauvre.
Je vous dénonce mon propriétaire qui est un rat fini.
(Bertall)
Larchey, 1865 : Bougeoir, bougie mince et tortillée dont le brin rappelle la queue du rat.
Je vous demanderai la permission d’allumer mon rat.
(H. Monnier)
Larchey, 1865 : Caprice, fantaisie trottant comme un rat dans la cervelle. V. d’Hautel, 1808.
Delvau, 1866 : s. et adj. Avare ; homme intéressé.
Delvau, 1866 : s. m. Bougie cordelée et repliée de façon à tenir dans la poche. On l’appelle aussi, rat de cave.
Delvau, 1866 : s. m. Caprice, — dans l’argot du peuple, qui dit cela aussi bien à propos des serrures qui ne vont pas que des gens qui font mauvaise mine. Autrefois, Avoir des rats c’était « avoir l’esprit folâtre, bouffon, étourdi, escarbillard, farceur et polisson ».
Delvau, 1866 : s. m. Petit voleur qui entre dans une boutique un peu avant sa fermeture, se cache sous le comptoir en attendant que les maîtres du logis soient couchés, et, lorsqu’il est assuré de l’impunité, ouvre la porte à ses complices du dehors. On dit aussi Raton. Courir le rat. Voler la nuit dans une auberge ou dans un hôtel garni.
Delvau, 1866 : s. m. Petite fille de sept à quatorze ans, élève de la danse qui est à la première danseuse ce que le saute-ruisseau est au notaire, et qui devient bien plus facilement célèbre comme courtisane que comme rivale de Fanny Essler. Le mot date de la Restauration, quoique quelques personnes — mal informées — lui aient donné, comme date, 1842, et comme père, Nestor Roqueplan.
Delvau, 1866 : s. m. Retardataire, — dans l’argot des Polytechniciens. Rat de ponts. Celui qui, après son examen de sortie, est exclu par son rang des Ponts-et-Chaussées. Rat de soupe. Celui qui arrive trop tard au réfectoire.
Rigaud, 1881 : Apprentie danseuse à l’Opéra.
Le vrai rat, en leur langage, est une petite fille de sept à quatorze ans, élève de la danse, qui porte des souliers usés par les autres, des châles déteints, des chapeaux couleur de suie, se chauffe à la fumée des quinquets, a du pain dans ses poches et demande dix sous pour acheter des bonbons.
(N. Roqueplan)
Rigaud, 1881 : Avare. Parce qu’à l’exemple du rongeur de ce nom il rogne tout ce qu’il peut.
Rigaud, 1881 : Retardataire, par apocope, — dans le jargon de l’École Polytechnique. On est rat, lorsqu’on a raté (manqué) l’heure de la rentrée.
La Rue, 1894 : Avare. Petit voleur. Retardataire. Apprentie danseuse à l’Opéra.
France, 1907 : Avare. Être d’un rat, être d’une sordide avarice.
Deux cabotins prennent un bock dans un café du boulevard.
X…, le célèbre chanteur, survient et va s’installer à la table voisine.
— Tu vois, dit l’un des cabotins à son camarade, ce gaillard-là, c’est le fameux X…
— On dit qu’il est d’un rat !
— Précisément..… Et pourtant il a soixante mille francs de rente dans le larynx.
— Et dire qu’on ne peut pas lui faire cracher un sou !
(Zadig)
France, 1907 : Bourse. Elle se cache comme un rat. Prendre des rats par la queue, voler des portemonnaie.
France, 1907 : Petit voleur.
L’apprenti voleur est aussi appelé rat ou raton, quand il sert à éclairer une bande pour s’introduire dans les maisons par les impostes, vasistas ou soupiraux, ou qu’il se cache le jour dans un immeuble, pour en ouvrir, la nuit, la porte à ses complices.
(G. Macé, Un Joli Monde)
Courir le rat, voler la nuit.
France, 1907 : Petite danseuse de ballet ; élève d’un cours de danse qui se destine au théâtre. Le mot date de la Restauration.
Déjà toute jeunette, rat du Théâtre Impérial des Bouffes à l’âge de la première communion, elle s’érigeait, très grande, avec un air de rêche femelle. Bien qu’elle eut nom Caro, on l’appelait le plus souvent la Savate ; les petites camarades disaient : « À cause qu’elle est plate comme une semelle, et qu’on y entre comme on veut. »
(Catulle Mendès, Gog)
Rebiffer
d’Hautel, 1808 : Se rebiffer. Regimber, faire le rétif ; répondre avec fierté, insolemment aux personnes à qui l’on doit du respect ; résister avec opiniâtreté à leurs ordres.
un détenu, 1846 : Faire une chose deux fois, ou bisser.
Rigaud, 1881 : Recommencer, — dans le jargon du peuple. — Tais-toi, t’as ton compte… ou je rebiffe. C’est un mot emprunté à l’argot des classes dangereuses.
Boutmy, 1883 : v. intr. Recommencer.
La Rue, 1894 : Recommencer. Regimber. Se révolter.
Rossignol, 1901 : Recommencer, de r’bif à la r’bif.
Tu ne vas pas r’biffer à me pincer, si tu r’biffes, prends garde à toi !
Hayard, 1907 : Recommencer, (se) se défendre.
France, 1907 : Recommencer, répéter. On dit aussi rebiffer au truc.
Elle rapporte an nouveau rafraîchissement d’absinthe au chanteur : « Tiens, mon petit, rebiffe au truc, c’est moi qui verse. »
(Louise Michel)
Registres de la voix
France, 1907 : Terme musical servant à classer les divisions de l’étendue de la voix. Il y a trois registres : celui de poitrine, celui de médium et celui de tête, ou fausset, que, dit Émile Gouget dans ses Curiosités anecdotiques et philologiques, l’on devrait écrire faucet, comme le voulait J.-J. Rousseau, ce mot venant du latin faux, faucis, la gorge… « Au point de vue commercial la voix de poitrine est le grand livre du chanteur, sa voix de médium est son registre de caisse et sa voix de tête peut être considéré comme son brouillard. »
(Émile Gouget)
Renverser son écuelle
France, 1907 : Mourir.
Une scie de café-concert créée par le chanteur Sulbac donne les différentes expressions argotiques pour passer de vie à trépas.
Je viens de faire, ah ! quel malheur !
Une perte des plus cruelles,
Des plus cruelles.
Ma chèr’ bell’-mèr’, ce pauvre cœur,
Vient de renverser son écuelle,
Tant pis pour elle !
Elle a fêlé son saladier,
Elle a dégringolé l’échelle,
Priez pour elle !
Elle a manqué le marchepied,
Elle a retourné sa flanelle,
Tant pis pour elle !
Je n’entendrai donc plus sa voix
Mélodieus’ comme un’ crécelle,
Priez pour elle !
Car la pauvr’ femm’ vient cette fois
De terminer sa ritournelle,
Tant pis pour elle !
Aujourd’hui je suis satisfait
Qu’elle soit partie, la cruelle,
Priez pour elle !
Elle a débridé son bonnet.
Romancier
Delvau, 1866 : s. m. Chanteur qui a la spécialité des romances et autres « choses du cœur », — dans l’argot des cafés-concerts. Fort romancier. Premier chanteur de romances d’un café-concert. Forte romancière. Grosse femme qui chante avec efforts, et très mal, de petites choses sentimentales, très faciles à chanter.
France, 1907 : Chanteur qui a la spécialité des romances sentimentales ; argot des cafés-concerts.
Romancier, romancière
Rigaud, 1881 : Chanteur, chanteuse de romances dans les salons, dans les cafés-concerts.
Saute dessus (le prendre au)
France, 1907 : Terme de souteneurs de filles, de pédérastes et d’agents signifiant qu’on intervertit tout à coup les rôles, qu’on saute enfin dessus celui qui vous poursuit, qui vous sollicite ou qui s’est laissé entraîner à des sollicitations à la débauche. C’est une façon de chantage fort usitée chez les pédérastes.
Quelques pédérastes réunissent à la fois le double rôle de leveur et de chanteur. Après avoir provoqué à la débauche celui qui a eu le malheur de les aborder, ils changent tout à coup de ton, le prennent, comme ils disent, au saute dessus, et, se donnant pour des agents de l’autorité, le menacent d’une arrestation qu’ils consentent à grand’peine à ne pas faire, si leur discrétion n’est largement rétribuée.
(Ambroise Tardieu, Étude sur les attentats aux mœurs)
Savonner
d’Hautel, 1808 : Gourmander, houspiller, secouer, vespériser quelqu’un.
Delvau, 1866 : v. a. Réprimander — et même Battre.
Rigaud, 1881 : Tourmenter, taquiner, — dans le jargon du peuple. — Allusion au linge tourmenté par le savonnage. — La bourgeoise me savonne depuis hier que j’en suis bleu, ma femme me tourmente tellement depuis hier que j’en suis ahuri.
Rigaud, 1881 : Voler. — Pavillon savonné, linge volé. — Savonner une cambuse, voler dans une chambre.
Fustier, 1889 : Argot de chanteurs. Faire des ports de voix.
Mademoiselle S… a de l’habileté quoiqu’elle ait savonné certains traits.
(Liberté, 1882)
La Rue, 1894 : Voler. Tourmenter, taquiner. Réprimander fortement. Savonné, blanc.
France, 1907 : « Se dit d’un apprenti ménétrier qui, en jouant, promène son archet sur la touche de son instrument à cordes, imitant ainsi le mouvement de va-et-vient des lavandières promenant leur savon sur la planche à laver. (Argot des professeurs). »
(Émile Gouget, L’Argot musical)
France, 1907 : Abuser des ports de voix ; argot des chanteurs.
Peut-être cet argotisme moderne, dit Émile Gouget, désignant ces sortes de glissades de sons, dérive-t-il du savon appelé glissant dans la langue bigorne. À moins qu’on n’ait voulu faire allusion au barbier qui a l’habitude de savonner son public avant de le raser.
France, 1907 : Réprinander fortement, tourmenter ; argot populaire,
Seriner
Delvau, 1866 : v. a. Répéter à satiété une chose à quelqu’un, afin de la lui loger dans la mémoire.
Rigaud, 1881 : Divulguer, — dans le jargon des voleurs.
Virmaître, 1894 : Divulguer. L. L. Seriner : Apprendre quelque chose à quelqu’un qui a la tête dure, en lui serinant sans cesse. Vient d’un petit instrument qui n’a qu’un air : la serinette. On serine un merle, un geai, un chanteur ignorant la musique, une leçon, un discours ; en un mot seriner veut dire apprendre (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Répéter constamment le même air ou la même chanson.
Ce qu’ils ont trouvé de mois andouillard, c’est de seriner un air patriotique : il parait que les Allemandes mettent les bouchées doubles et accouchent d’une telle ribambelle de jumeaux a qu’il y a débordement de mômes.
Il s’en suit que si les Françaises ne se foutent pas, par patriotisme, à leur faire concurrence sur ce terrain, d’ici peu nous serons inondés par les Germains !
(Le Père Peinard)
Serinette
d’Hautel, 1808 : La serinette. Nom que les imprimeurs donnent à leur presse, dont la manivelle ressemble en grand à celle d’une serinette.
Delvau, 1866 : s. f. Homme qui fait chanter d’autres hommes, — dans l’argot des voleurs.
Virmaître, 1894 : Jouer un air de serinette à quelqu’un (Argot des voleurs). V. Maîtres chanteurs.
France, 1907 : Chanteur on chanteuse qui répète des airs, sans y mettre d’expression. Enfant qui récite par cœur ses leçons sans les comprendre.
France, 1907 : Sodomiste passif.
Sonneur
d’Hautel, 1808 : Boire comme un sonneur. C’est-à-dire, se laisser abrutir par le vin, comme le font les gens de cette condition.
France, 1907 : Musicien.
Les sonneurs, qui sont : un violon, un tambourin, une musette, dite bigniou, un hautbois, s’asseyèrent sur une estrade ainsi que les juges choisis parmi de vieux lutteurs, parmi les notabilités de l’endroit et les puissances temporelles et civiles : le maire, le notaire.
(Henri Rolland)
Ce mot s’employait autrefois pour chanteur. On trouve dans les Sérées de G. Bouchet, 1634 :
Cette liqueur que délivre
Apollon à ses sonneurs.
Tante
Ansiaume, 1821 : Femme concierge de prison.
Ma tante est encore girofle, ma foi, si elle m’ouvroit la lourde.
Vidocq, 1837 : s. m. — Homme qui a les goûts des femmes, la femme des prisons d’hommes. Je dois l’avouer, ce n’est pas sans éprouver un vif sentiment de crainte que je me suis déterminé à donner place dans cet ouvrage, à ce mot que l’ordre alphabétique amène sous ma plume ; mais cet ouvrage n’est destiné ni aux filles, ni aux femmes ; on le trouvera peut-être entre les mains de celles qui assistent, parées comme pour le bal, aux audiences de la cour d’assises lorsque l’acte d’accusation promet des détails sanglans ou critiques, ou qui sont allées par une froide matinée d’hiver, enveloppées de fourrures et nonchalamment étendues sur les coussins moelleux de leur landeau, acheter bien cher une place de laquelle elles pussent voir commodément tomber les têtes de Lacenaire et d’Avril ; mais à celles-là je n’apprendrais rien qu’elles ne sachent déjà, elles savent ce que c’était que la Tante Chardon, c’est tout au plus si la pile galvanique pourrait agacer leurs nerfs, et peut-être que si l’on cherchait sous leur oreiller on y trouverait les ouvrages du marquis de Sade.
Cependant ce n’est point pour -elles que j’écris ; aussi je d’aurais pas publié ces quelques lignes si je n’avais pas cru qu’il en dût résulter quelque bien.
Il ne faut pas croire que la pédérastie soit toujours le résultat d’une organisation vicieuse ; les phrénologistes qui ont trouvé sur notre crâne la bosse propre à chaque amour, n’y ont point trouvé celle de l’amour socratique ; la pédérastie n’est autre chose que le vice de toutes les corporations d’hommes qui vivent en dehors de la société ; les quelques hommes vivant dans le monde que l’on pourrait me citer, sont des êtres anormals qui ne doivent pas plus prouver contre ce que j’avance, que les boiteux, les bossus, les culs de jatte, ne prouvent que la nature de l’homme est d’être boiteux, bossu, ou cul de jatte ; ainsi donc quelques soldats, un peu plus de matelots, et beaucoup de prisonniers, seront atteints de ce vice, et cela, du reste, est facile à concevoir : tous les besoins de la nature sont impérieux, il faut que l’on trompe ceux qu’on ne peut satisfaire.
Il serait souvent plus juste de plaindre que de blâmer celui que l’on voit mal faire, car il est fort rare que l’homme succombe sans avoir combattu ; c’est presque toujours la nécessité qui conduit la main de celui qui commet un premier crime, et peut-être que si à côté des lois répressives de notre Code, le législateur avait placé quelques lois préventives, tel individu qui languit dans un bagne ou dans une maison centrale, posséderait la somme de bien-être à laquelle tous les hommes ont le droit de prétendre, et qui doit être le prix de toutes facultés utilement employées.
Je-ne me suis pas éloigné de mon sujet, ce que je viens de dire doit me servir à constater un fait qui malheureusement n’est que trop prouvé, et qui déjà a été signalé par des hommes vraiment recommandables : c’est que la pédérastie est la lèpre des prisons ; ce vice ignoble, que l’imagination ne peut que difficilement concevoir, est le plus saillant de tous ceux qui infestent des lieux placés aous la surveillance immédiate de l’autorité ; cependant les hommes dont la mission est d’améliorer le régime pénitenciaire, ne daignent pas seulement chercher les moyens de l’extirper.
Il y a plus même, dans les bagnes et dans les prisons, on voit souvent sans peine les voleurs audacieux s’attacher à de jeunes pédérastes, car alors ils ne cherchent plus à s’évader ; les directeurs et surveillans de maison centrale ont même quelquefois souffert que des mariages* fussent célébrés avec une certaine pompe ; cet abus n’existe plus, il est vrai, on se cache aujourd’hui pour faire ce qu’autrefois on faisait ouvertement, mais le mal existe toujours.
* Les prisonniers qui contractaient de semblables mariages ne faisaient, au reste, que ce que fit Henri III qui passa avec Maugiron, celui de ses mignons qu’il aimait le plus, un contrat de mariage que tous ses favoris signèrent, et qui donna naissance à un pamphlet intitulé : La Pétarade Maugiron. J’ai extrait de cet ouvrage le quatrain suivant, destiné à servir d’épitaphe à un des seigneurs de la cour de ce monarque, ainsi qu’à sa famille :
Ci gist Tircis, son fils, sa femme,
Juge passant qui fis le pis,
Tircis prit son fils pour sa femme,
Sa femme eut pour mari son fils.
Comme je l’ai dit plus haut, ce n’est pas sans avoir combattu que l’homme succombe ; mais, comme les mauvaises habitudes ont plus de force que les bonnes, il ne s’est pas plus tôt laissé séduire par l’exemple, qu’il aime ce que d’abord à ne pouvait concevoir, et bientôt son esprit affaibli, du reste, par une nourriture malsaine et insuffisante, et par une tension continuelle, ne lui permet plus de discerner les objets ; alors il croit avoir trouvé ce qu’il désire ; il flatte, il adule, il courtise les malheureux qu’il convoite, et qui, eux aussi, croient souvent être ce que l’autre cherche.
Oh ! il est de ces spectacles qu’il faut avoir vu, pour savoir jusqu’où peut descendre l’homme ; il faut être doué d’une organisation bien vigoureuse, et ne jamais s’être arrêté aux surfaces pour ne pas dire ruca à ses frères, lorsque l’on s’est couché sur le banc d’un bagne ou dans la galiote d’une maison centrale ; car n’est-ce pas un spectacle à dégoûter l’humanité toute entière, que de voir des hommes renoncer aux attributs, aux privilèges de leur sexe, pour prendre le ton et les manières de ces malheureuses créatures qui se vendent au premier venu, de les voir lècher la main de celui qui les frappe, et sourire à celui qui leur dit des injures ? et cela cependant se passe tous les jours, et dans toutes les prisons, sous les yeux de l’autorité qui, disent ses agens, ne peut rien y faire. Vous ne pouvez rien y faire ? dites-vous. Pourquoi donc le peuple paie-t-il grassement des philantropes et des inspecteurs-généraux ? Vous ne pouvez rien, mais il faut pouvoir ; le prisonnier est toujours un membre de la famille : la société qui vous a chargé de le punir, vous a en même temps donné la mission de le rendre meilleur, car s’il n’en était pas ainsi, le recueil de vos lois ne serait qu’un recueil d’absurdités ; la peine qui ne répare rien est une peine inutile. Rendez meilleurs les hommes vicieux, voilà la réparation que la société vous demande.
Les pédérastes, à la ville, ont un signe pour se reconnaître ; il consiste à prendre le revers de l’habit ou de la redingotte avec la main droite, le hausser à la hauteur du menton, et à faire une révérence imperceptible.
Delvau, 1864 : Homme qui sert de femme aux pédérastes actifs.
Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.
(Christophe)
Larchey, 1865 : « Homme qui a des goûts de femmes, la femme des prisons d’hommes. »
(1837, Vidocq)
Pour donner une vague idée du personnage qu’on appelle une tante, il suffira de rapporter ce mot magnifique du directeur d’une maison centrale a feu lord Durham qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : Je ne mène pas là Votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Hao ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — C’est le troisième sexe, milord.
(Balzac)
Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.
(Moreau Christophe)
Dans le chapitre détaillé qu’il a consacré à cette espèce de gens, M. Canler reconnaît quatre catégories appartenant à diverses classes sociales : persilleuses, honteuses, travailleuses et rivettes. Cette dernière est seule exploitée par les chanteurs.
Larchey, 1865 : « Tous mes bijoux sont chez ma tante, comme disent mes camarades lorsqu’elles parlent du Mont de Piété. » — Achard. — C’est, comme oncle, un terme ironique à l’adresse de ceux qui croient déguiser la source d’un emprunt en disant qu’ils ont eu recours à leur famille.
Delvau, 1866 : s. f. Individu du troisième sexe, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Tapette.
Rigaud, 1881 : Être hybride que Balzac a nommé le troisième sexe, et Vidocq la femme des prisons d’hommes. — Toutes les tantes ne sont pas des assassins, mais tous les assassins sont des tantes.
Homme ou femme ? On ne sait. Ça rôde, chaque soir,
En tous lieux où le gaz épargne un peu de noir,
Et ça répond au nom de : La Belle Guguste.
(J. Dementhe)
La Rue, 1894 : Individu ignoble. Le troisième sexe. Signifie aussi dénonciateur.
Virmaître, 1894 : Le Mont-de-Piété
— Je porte ma toquante chez ma tante, mon oncle en aura soin (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Pédéraste, homme à double face qui retourne volontiers la tête du côté du mur (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Voir chatte.
Hayard, 1907 : Pédéraste.
France, 1907 : Faux frère ; dénonciateur ; lâche.
Et quand faut suriner un pante
Ej’ reste là… les bras ballants…
I’s ont beau m’dir’ : Va donc… eh ! Tante !
Ej’ marche pas… j’ai les foies blancs.
(Aristide Bruant)
France, 1907 : Individu appartenant au troisième sexe dont était exclusivement composée la légion thébaine. On dit aussi tapette.
Il suffira, dit Balzac, de rapporter ce mot du directeur d’une maison centrale à feu lord Durham, qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : « Je ne mène pas là votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Aaoh ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — Le troisième sexe, milord. »
Alfred Tennyson, le barde national, étant mort, et sa succession ouverte, Oscar Wilde passait pour l’un de ceux qui devaient y prétendre et pouvaient y appéter. Pour qu’il soit devenu le chantre subventionné de la Grande-Bretagne et des Indes, il ne s’en est fallu peut-être que du lapin trop fort posé à un grand-oncle, je veux dire au père d’une jeune tante. Londres ne demandait au divin que de ne pas étaler sa « divinité », et, pour le reste, elle lui faisait crédit, sur la foi des aèdes antiques, ses maîtres et ses modèles.
(Émile Bergerat)
Tiraillon
Rigaud, 1881 : Apprenti voleur à la tire.
Vêtus très mesquinement, souvent même en blouse, ils se bornent à fouiller les poches des habits et des paletots, et exploitent ordinairement les curieux qu’un événement fortuit rassemble dans les rues ou qui forment cercle autour des chanteurs ou des saltimbanques.
(Mémoires de Canler, 1862)
France, 1907 : Débutant voleur dont Canler, dans ses Mémoires, fait la description : « Vêtus très mesquinement, ils se bornent à fouiller les poches des habits et des paletots, et exploitent ordinairement les curieux qu’un événement fortuit rassemble dans les rues ou qui forment cercle autour des chanteurs ou des saltimbanques. »
Tireur
Ansiaume, 1821 : Filoux.
Il y a là deux tireurs qui nous entravent, décarrons de rif.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Filou.
Vidocq, 1837 : Le vol à la Tire est très-ancien, et a été exercé par de très-nobles personnages, c’est sans doute pour cela que les Tireurs se regardent comme faisant partie de l’aristocratie des voleurs et membres de la Haute Pègre, qualité que personne au reste ne cherche à leur refuser.
Le Pont-Neuf était autrefois le rendez-vous des Tireurs de laine ou manteaux, et des coupeurs de bourse, qu’à cette époque les habitans de Paris portaient suspendue à la ceinture de cuir qui entourait leur corps. Ces messieurs, qui alors étaient nommés Mions de Boulles, ont compté dans leurs rangs le frère du roi Louis XIII, Gaston d’Orléans ; le poète Villon, le chevalier de Rieux ; le comte de Rochefort ; le comte d’Harcourt, et plusieurs gentishommes des premières familles de la cour ; ils exerçaient leur industrie à la face du soleil, et sous les yeux du guet qui ne pouvait rien y faire. C’était le bon temps ! Mais maintenant les grands seigneurs qui peuvent puiser à leur aise dans la caisse des fonds secrets, ce qui est moins chanceux et surtout plus productif que de voler quelques manteaux rapés ou quelques bourses étiques, ont laissé le métier aux manans ; et, à l’heure qu’il est, grâce à l’agent Gody, ces derniers sont très-souvent envoyés en prison par leurs compagnons d’autrefois.
Les Tireurs sont toujours bien vêtus, quoique par nécessité ils ne portent jamais ni cannes ni gants à la main droite ; ils cherchent à imiter les manières et le langage des hommes de bonne compagnie, ce à quoi quelques-uns d’entre eux réussissent parfaitement. Les Tireurs, lorsqu’ils travaillent, sont trois ou quelquefois même quatre ensemble ; ils fréquentent les bals, concerts, spectacles, enfin tous les lieux où ils espèrent rencontrer la foule. Aux spectacles, leur poste de prédilection est le bureau des cannes et des parapluies, parce qu’au moment de la sortie il y a toujours là grande affluence ; ils ont des relations avec presque tous les escamoteurs et chanteurs des rues qui participent aux bénéfices de la Tire.
Rien n’est plus facile que de reconnaître un Tireur, il ne peut rester en place, il va et vient, il laisse aller ses mains de manière cependant à ce qu’elles frappent sur les poches ou le gousset dont il veut connaître approximativement le contenu. S’il suppose qu’il vaille la peine d’être volé, deux compères que le Tireur nomme ses Nonnes ou Nonneurs, se mettent chacun à leur poste, c’est-à-dire près de la personne qui doit être dévalisée. Ils la poussent, la serrent, jusqu’à ce que l’opérateur ait achevé son entreprise. L’objet volé passe entre les mains d’un troisième affidé, le Coqueur, qui s’éloigne le plus vite possible, mais, cependant sans affectation.
Il y a parmi les Tireurs des prestidigitateurs assez habiles pour en remontrer au célèbre Bosco, et les grands hommes de la corporation sont doués d’un sang-froid vraiment admirable. Qu’à ce sujet l’on me permette de rapporter une anecdote bien ancienne, bien connue, mais qui, cependant, est ici à sa véritable place.
Toute la cour de Louis XIV était assemblée dans la chapelle du château de Versailles ; la messe venait d’être achevée, et le grand roi, en se levant, aperçut un seigneur qui tirait de la poche de celui qui était placé devant lui une tabatière d’or enrichie de diamans. Ce seigneur, qui avait aperçu les regards du roi attachés sur lui, lui adressa, accompagné d’un sourire, un signe de la main pour l’engager à se taire. Le roi, qui crut qu’il s’agissait seulement d’une plaisanterie, lui répondit par une inclination de tête qui pouvait se traduire ainsi : Bon ! Bon ! Quelques instans après, celui qui avait été volé se plaignit ; on chercha l’autre seigneur, mais ce fut en vain. « Eh ! bon Dieu, dit enfin le roi, c’est moi qui ai de servi de compère au voleur. »
Il y avait entre les Tireurs du moyen-âge beaucoup plus d’union qu’entre ceux de notre époque. Ils avaient, pour n’être point exposés à se trouver en trop grand nombre dans les lieux où ils devaient opérer, imaginé un singulier expédient. Le premier arrivé mettait dans une cachette convenue, un dé qu’il posait sur le numéro un, le second posait le dé sur le numéro deux, et ainsi de suite jusqu’à ce que le nombre fût complet. Bussi Rabutin, qui rapporte ce fait dans ses Mémoires secrets, ajoute que plusieurs fois il lui arriva de retourner le dé qui était sur le numéro un, pour le mettre sur le numéro six, ce qui, dit-il, empêcha que beaucoup de personnes fussent volées.
Méfiez-vous, lecteurs, de ces individus qui, lorsque tout le monde sort de l’église ou du spectacle, cherchent à y entrer ; tordez le gousset de votre montre, n’ayez jamais de bourse, une bourse est le meuble le plus inutile qu’il soit possible d’imaginer, on peut perdre sa bourse et par contre tout ce qu’elle contient ; si, au contraire, vos poches sont bonnes vous ne perdrez rien, et dans tous les cas la chute d’une pièce de monnaie peut vous avertir du danger que courent ses compagnes. Ne mettez rien dans les poches de votre gilet, que votre tabatière, que votre portefeuille soient dans une poche fermée par un bouton, que votre foulard soit dans votre chapeau, et marchez sans craindre les Tireurs.
Clémens, 1840 : Voleur de bourse.
Larchey, 1865 : Voleur à la tire, dont la spécialité est de tirer, dans la foule, ce que contiennent les poches des voisins.
Delvau, 1866 : s. m. Pick-pocket.
Rigaud, 1881 : Voleur à la tire.
La Rue, 1894 : Voleur à la tire, pick-pocket.
France, 1907 : Voleur à la tire.
Trial
France, 1907 : Chanteur comique, dans l’argot théâtral.
C’est le nom d’une famille d’artistes composée de trois frères dont l’un, mort en 1771, fut directeur de l’Académie royale de musique et un autre joua les niais et les paysans à l’Opéra-Comique de 1764 à 1795. Il se tua pour échapper aux quolibets du parterre qui lui reprochait d’avoir fait partie du comité révolutionnaire en 1793.
(Intermédiaire)
Turlupiner
d’Hautel, 1808 : Railler, berner, duper quelqu’un, l’impatienter, l’inquiéter, l’obséder.
Delvau, 1864 : Agacer, ennuyer, taquiner quelqu’un par paroles : — badiner, chatouiller, patiner ou peloter quelqu’un (gestes et attouchements réciproques) — afin de baiser ou d’être baisée.
Finissez donc, dame Jacq’line,
Disait gros Pierre ; j’ vas m’fâcher,
Où diable allez-vous me nicher ?
J’ n’aim’ pas ainsi qu’on m’turlupine.
(Blondel)
L’auteur a parfaitement l’intention de faire dire au chanteur :
J’ n’aim’ pas ainsi qu’on m’ tire la pine.
Delvau, 1866 : v. a. Agacer, ennuyer quelqu’un, se moquer de lui, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : Ennuyer, agater, taquiner, tourmenter ; expression populaire.
Monsieur, l’homme demande — qu’on lui fiche — la paix ! Chacun est maître de soi-même, de ses opinions, de sa tenue et de ses actes, dans la limite de l’inoffensif. Les citoyens de l’Europe sont las de sentir à toute heure sur leur épaule la main d’une autorité qui se rend insupportable à force d’être toujours présente. Ils tolèrent encore que la loi leur parle au nom de l’intérêt publie, mais lorsqu’elle entend prendre la défense de l’individu malgré lui et contre lui, lorsqu’elle régente sa vie intime, son mariage, son divorce, ses volontés dernières, ses lectures, ses spectacles, ses jeux et son costume, l’individu à le droit de demander à la loi pourquoi elle l’embête et le turlupine avec tant de persévérance !
(Pierre Louys, Les Aventures du roi Pausole)
J’en ai par-dessus les épaules
De toujours parler de ces vieux.
Assez, n’est-ce pas ? Les plus drôles
Sont encore trop ennuyeux,
Et nous avons à faire mieux,
En ce temps de batailles fauves,
Que de turlupiner des pieux
Et de chercher des poux aux chauves.
(Jean Richepin, Étrennes pour tous les Académiciens)
Voir la feuille à l’envers
Delvau, 1866 : v. a. Le couplet suivant, tiré d’une très vieille chanson reproduite par Restif de la Bretonne dans sa LXXII-CLXXVIIe Contemporaine, expliquera cette expression mieux que je ne le pourrais faire :
Sitôt, par un doux badinage,
Il la jeta sur le gazon.
— Ne fais pas, dit-il, la sauvage,
Jouis de la belle saison.
Pour toi, le tendre amour m’engage
Et pour toi je porte ses fers ;
Ne faut-il pas, dans le jeune âge,
Voir un peu la feuille à l’envers ?
chante le berger Colinet à la bergère Lisette, chapitre des Jolies Crieuses.
Virmaître, 1894 : Pour la voir, il ne faut certes pas être sur le ventre (Argot du peuple). Il existe plusieurs chansons qui célèbrent les joies de voir la feuille à l’envers :
Sitôt, par un doux badinage,
Il la jeta sur le gazon.
— Ne fais pas, dit-il, la sauvage,
Jouis de la belle saison.
Pour toi, le tendre amour m’engage,
Et pour toi je porte ses fers.
Ne faut-il pas, dans le jeune âge.
Voir un peu la feuille à l’envers ?
(Restif de la Bretonne, Les Jolies Crieuses)
Un autre auteur a écrit sur le même sujet :
Oh ! la drôle de chanson
Que chantaient Blaise et Toinon.
France, 1907 : Coïter.
Les deux bobonnes se roulaient sur l’herbe, en poussant des gloussements à faire croire qu’il y avait dans l’épaisseur du fourré une demi-douzaine de pintades ; quant à nos lascars, ils voyaient le septième ciel sous le prisme enchanteur de la feuille à l’envers.
(Le Régiment illustre)
Zinc
Delvau, 1866 : s. m. Chic, — dans le même argot [des faubouriens]. Avoir du zinc. Avoir une brillante désinvolture.
Delvau, 1866 : s. m. Maladie vénérienne, — dans l’argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : s. m. Voix métallique et solide, — dans l’argot des coulisses. Avoir du zinc. Avoir une voix sonore. On dit aussi Être zingué.
Rigaud, 1881 : Argent. — Comptoir de marchand de vin. — Prendre un canon sur zinc.
Des poivrots, le coude sur le zinc, riaient au nez des petites.
(Huysmans, les Sœurs Vatard)
La Rue, 1894 : Argent. Comptoir de marchand de vin. Syphilis.
Virmaître, 1894 : Argent monnayé.
— J’ai du zinc dans ma profonde, nous pouvons aller de l’avant (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Le comptoir du mastroquet. Allusion au plomb qui couvre le comptoir. Boire sur le zinc, c’est boire debout.
— Viens-tu licher un glacis sur le zinc, j’ai dix ronds d’affure (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Comptoir de marchand de vins.
Je n’ai pas le temps, je veux bien accepter quelque chose, mais nous prendrons ça sur le zinc.
Hayard, 1907 : Comptoir de marchand de vin.
France, 1907 : Argent, monnaie.
France, 1907 : Comptoir de marchand de vin.
Près des Halles centrales, dans un sous-sol, aux faibles lueurs des becs de gaz, entre le zinc du tenancier et un orchestre composé d’un piano, d’un violon et d’une basse, on voit des enfants s’agiter, polker, valser, et autour d’eux rôde une immonde clientèle d’érotomanes et de gagas. Les mères ou leurs remplaçantes absorbent des saladiers de vin chaud, de punch au rhum, et, le long du Marché-aux-Anges, on heurte des mégères ivres, titubantes ou étendues sur le plancher, cuvant leur vin.
Mignonnes ouvrières, trottins, petits abandonnés des deux sexes, vagabonds et vagabondes, tous les oiseaux sans nid, autant de numéros de parisiens ; et les matrones des départements et de l’étranger y amènent de la marchandise, comme d’autres des animaux sur le marché de la Villette.
(Dubut de Laforest, La Traite des blanches)
Le comptoir, à l’intérieur, donnait le sentiment de la proximité des faubourgs. C’était le zinc traditionnel, avec sa fontaine à eau couverte, ses bouteilles multicolores alignées derrière le patron qui, debout dès l’aube, en gilet à manches, hiver comme été, versait le marc, l’absinthe et le vin blanc aux ouvriers se rendant au travail.
(É. Zola, La Conquête de Plassans)
Zinc des ratichons, Maître autel.
France, 1907 : Costume de gymnastique à l’École polytechnique, appelé ainsi dans l’argot des élèves parce que la toile en est de couleur grisâtre.
France, 1907 : Élégance, chic.
— Je joue le rôle d’un pigeon du Jockey-Club qui se croit aimé pour lui-même… Il faut que j’aie du zinc ce soir.
(Philippe Auderbrand)
France, 1907 : Uniforme chamarré de haut fonctionnaire.
La soirée du ministre était fort brillante et les ambassadeurs, les ministres plénipotentiaires, les attachés militaires étaient là dans leurs costumes chamarrés. Les préfets mêmes avaient sorti leur frac, avec joie, car le préfet de la Seine s’était pavané depuis le matin dans le sien et on l’avait entendu s’écrier plusieurs fois :
— Enfin, j’ai donc sorti mon zinc ! Il ne sera pas dit que mes administrés ne m’auront pas admiré dans mon zinc.
(Edgar Monteil, Le Monde officiel)
France, 1907 : Voix métallique dans l’argot des chanteurs. Avoir du zinc, c’est avoir un organe vocal bien timbré.
Peut-être a-t-on choisi le zinc de préférence à tout autre métal, à cause de son rapprochement avec les verbe anglais to sing, chanter.
(Émile Gouget, L’Argot musical)
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