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Amuser à la moutarde (s’)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se laisser distraire de son devoir ou de sa besogne par des niaiseries, des frivolités — dans l’argot du peuple, qui trouve sans doute que la vie pourrait se passer de ces condiments.

Rigaud, 1881 : Perdre son temps à des bêtises.

Grande colère du père Duchêne de voir les sans-culottes s’amuser à la moutarde.

(Le Père Duchêne)

Attache

d’Hautel, 1808 : Être comme un chien à l’attache. Être dans un emploi très-assujettissant, et où l’on éprouve une contrariété perpétuelle.

Vidocq, 1837 : s. m. — Boucle.

Halbert, 1849 : Boucle.

Larchey, 1865 : Boucle (Vidocq). — Effet pris pour la cause. Une boucle sert à attacher. V. Chêne.

J’engantais sa tocquante, ses attaches brillantes avec ses billemonts.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. f. Boucle, — dans l’argot des voleurs. Attaches d’huile. Boucles de souliers en argent. Attaches d’Orient. Boucles en or.

Rigaud, 1881 : Attachement, affection ; se trouve dans le diction. des homonymes d’Hurtaut, 1775.

Hayard, 1907 : Boucle.

Auber

Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.

Larchey, 1865 : Somme d’argent (Vidocq). — Calembour sur l’équivoque présentée par le vieux mot maille, qui signifiait en même temps monnaie et maille de auber ou cotte de mailles. V. Du Cange. — Au point de vue financier comme au point de vue militaire, l’auber a donc représenté la réunion d’un certain nombre de mailles. — V. Chêne.

La Rue, 1894 : Argent, monnaie, V. Beurre.

Rossignol, 1901 : Argent.

Payes-tu un glacis ? — je n’ai pas d’auber.

Clémens, 1840 : Argent.

Larchey, 1865 : Argent. V. Chêne.

La Rue, 1894 : Argent (métal). Tout de cé, très bien.

France, 1907 : Argent. Attache de cé, boucle d’argent. Bogue de cé, montre d’argent. Tout de cé, très bien. De cé, sérieusement.

Le prince en ruolz se présenta dans une famille et épousa de cé une riche héritière : puis, le lendemain même de son mariage, il prit la fuite avec la dot se montant à plusieurs millions.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)

Chêne

d’Hautel, 1808 : Payer en feuilles de chêne. Signifie payer quelqu’un en effets de nulle valeur.

Bras-de-Fer, 1829 : Homme.

Vidocq, 1837 : s. m. — Homme.

Larchey, 1865 : Homme. — Abréviation de chenu. — Le chêne serait un homme chenu à voler, bon à voler.

Qu’as-tu donc morfillé ? — J’ai fait suer un chêne, son auber j’ai enganté et ses attaches de cé.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. m. Homme victime, — dans l’argot du bagne. Faire suer le chêne. Tuer un homme. Chêne affranchi. Homme affranchi, voleur.
Les voleurs anglais ont le même mot : oak, disent-ils d’un homme riche. To rub a man down with an oaken towel, ajoutent-ils en parlant d’un homme qu’ils ont tué en le frottant avec une serviette de chêne, — un bâton.

Rigaud, 1881 : Homme bien mis. Le chêne n’est pas le premier venu pour le voleur. — Faire suer un chêne, tuer un homme.

La Rue, 1894 : Homme de bonne apparence. Faire suer un chêne, tuer un homme.

France, 1907 : Dupe, homme bon à voler : abréviation de chenu. Chêne affranchi, voleur. Faire suer un chêne, tuer un homme.

Chêne (faire suer le)

un détenu, 1846 : Assassiner.

Chêne (faire suer un)

Ansiaume, 1821 : Tuer un homme.

Il faut abattre le gaillet, chomir le roulant et faire suer le chesne.

Chènevrière

d’Hautel, 1808 : C’est un épouvantail de chènevrière. Propos choquant qui se dit d’une personne difforme, laide et mal vêtue.

Chicard

Halbert, 1849 : Pas mal.

Larchey, 1865 : Le héros du carnaval de 1830 a 1850. Son costume, bizarre assemblage d’objets hétéroclites, se composait le plus souvent d’un casque à plumet colossal, d’une blouse de flanelle et de bottes fortes. Ses bras à moitié nus s’enfonçaient dans des gants à manchette de buffle. Tel était le fond de la tenue ; quant aux accessoires, ils variaient à l’infini. Celui qui le premier mit ce costume à la mode était un marchand de cuirs ; son chic le fit nommer Chicard. Il donna des bals et inventa un pas nouveau.

Et puis après est venu Chicard, espèce de Masaniello qui a détrôné l’aristocratie pailletée des marquis, des sultans et a montré le premier un manteau royal en haillons.

(M. Alhoy)

L’homme de génie qui s’est fait appeler Chicard a modifié complètement la chorégraphie française.

(T. Delord)

La sage partie du peuple français a su bon gré à maître Chicard d’avoir institué son règne de mardi-gras.

(J. Janin)

Mais qu’aperçois-je au bal du Vieux Chêne ? Paméla dansant le pas chicard.

(Chauvel)

Delvau, 1866 : adj. et s. Superlatif de Chic. Ce mot a lui-même d’autres superlatifs, qui sont Chicandard et Chicocandard.

Delvau, 1866 : s. m. Type de carnaval, qui a été imaginé par un honorable commerçant en cuirs, M. Levesque, et qui est maintenant dans la circulation générale comme synonyme de Farceur, de Roger-Bontemps, de Mauvais sujet.

Rigaud, 1881 : Costume carnavalesque mis à la mode, pendant la période de 1830 à 1850, par une célébrité chorégraphique qui lui donna son nom ou plutôt son surnom. Les chicards ont révolutionné les bals publics et, pendant vingt ans, ils ont imprimé une grande vogue à la descente de la Courtille. — La danse de Chicard, leur maître, n’a jamais été ni bruyante, ni extravagante. Il procédait à pas serrés, mimant, grimaçant, roulant ses gros yeux en boule de loto. Grande fut sa gloire. On a dit le « pas chicard » pour rappeler sa manière, chicarder, danser comme Chicard. On a créé les vocables chicandar, chicocan-dar, pour désigner quelque chose de très chic comme l’inventeur du fameux pas qui, lui-même, a dû son sobriquet au chic qui le caractérisait. Chicard a passé, son pas n’est plus, seul le mot chic, le radical, a survécu.

France, 1907 : Superlatif de chic.

Vrai, c’en était un’ joli fête :
Y avait du punch et du pomard,
On s’piquait l’nez dans son assiette,
C’était un’ noce un peu chicard !
Vrai, c’était chicard !
Ma bell’ mère était tés aimable,
Parait qu’elle ador’ le bon vin,
C’est p’t’êtr’ ben pour ça qu’à la fin
On l’a retrouvé’ sous la table !

(Aristide Bruant)

On dit aussi chicandard et chicocandard.

France, 1907 : Type de carnaval, inventé vers 1830 par un honnête commerçant de Paris. Le costume se composait d’un casque à plumet, d’une blouse, de bottes de gendarme et de gants de grosse cavalerie. Il est tombé en désuétude, après avoir été fort illustré dans les caricatures de Gavarni. Il y avait le pas chicard, qu’on appelle aussi chicarder.

Chicard était un gringalet passionné, silencieux, et dévoré de la manie de la danse obscène. Sa méthode consistait à se trémousser sur place, avec force gestes indécents et une physionomie immuable. Le pince-sans-rire de la polissonnerie. Il ne parlait à personne : au pied d’un arbre d’un jardin public, se tenait son sérail, composé des plus jolies filles, toutes gloires futures de la Cuisse en l’air et de la Jambe en cerceau. Quand le quadrille préludait, ce Vestris de la braguette désignait une d’elles, et, sans mot dire, se rendait à son ouvrage. C’est alors que froidement, l’œil atone et le visage immobile, le danseur commençait ses petites cochonneries devant un public idolâtre formant galerie et plus tard lui faisant cortège.
Pétit, court de jambes, une tête avec des cheveux blancs coupés ras, il portait un veston, un pantalon flottant, des chaussettes en filoselle et des escarpins. Ce Chicard s’appelait de son vrai nom M. Levêque. Notable commerçant de Paris, marchand en gros de cuir brut, sa signature était cotée premier crédit à la Banque.

(Gil Blas)

Chou colossal

Larchey, 1865 : Entreprise destinée à tromper le public par des promesses ridiculement alléchantes.

Il y a deux ou trois ans, on vit à la quatrième page des journaux un éloge pompeux d’un nouveau chou… Ce chou était le chou colossal de la Nouvelle-Zélande, servant à la fois à la nourriture des hommes et des bestiaux et donnant un ombrage agréable pendant l’été. C’était un peu moins grand qu’un chêne, mais un peu plus grand qu’un prunier. On vendait chaque graine un franc… On en achetait de tous les coins de la France. — Au bout de quelques mois, les graines du chou colossal avaient produit deux ou trois variétés de chou connues et dédaignées depuis longtemps. La justice s’en mêla.

(Alph. Karr, 1841)

L’inventeur du chou colossal était un bonnetier. Il se suicida en voyant la mauvaise tournure que prenait la spéculation.

France, 1907 : Entreprise montée à grands renforts de grosse caisse pour allécher et duper le public. « On peut affirmer que l’affaire du Panama a été un chou colossal. »

Colère

d’Hautel, 1808 : La colère du Père Duchêne. Rage vaine et impuissante ; courroux dérisoire dont on n’a rien à redouter. Voyez Duchêne.

Croquer

d’Hautel, 1808 : Faire croquer le marmot. Faire attendre long-temps quelqu’un ; le laisser sans occupation et dans une espérance vague.
On dit aussi simplement croquer le marmot, pour, s’amuser à des minuties, à des futilités, se croiser les bras par paresse.
Cet argent sera bientôt croqué. C’est-à-dire, dépensé. Cette locution ne s’emploie qu’en parlant d’un bélître, d’un dissipateur, d’un homme qui n’a ni ordre ni économie.

Delvau, 1864 : Employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.

Par où le drôle en put croquer,
Il en croqua.

(La Fontaine)

Tout
Est de votre goût,
Vous croquez tout.

(Collé)

Larchey, 1865 : Esquisser, dessiner.

Si je croquais ce chêne avant de déjeuner !

(Marcellin)

Delvau, 1866 : v. a. Dessiner à la hâte, — dans l’argot des artistes.

Delvau, 1866 : v. n. Faire crier les souliers en marchant, — dans l’argot des enfants et des ouvriers.

France, 1907 : Craquer.

France, 1907 : Dessiner rapidement.

Déchard

Rigaud, 1881 : Pauvre, misérable ; celui qui est en proie à la dèche, — dans le jargon du peuple.

Eh bien, ces déchards-là, s’ils ne payent pas leur terme… on les fout sur le pavé sans pitié.

(Le Père Duchêne, 1879)

Virmaître, 1894 : Qui est dans la dèche (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Celui qui dépense beaucoup.

Hayard, 1907 : Misérable.

Duchène

d’Hautel, 1808 : Le père Duchène. Nom apocryphe d’un vil folliculaire qui, pendant les troubles de la révolution, et à la faveur d’un style bas, grossier, trivial et populaire, vomissoit, dans une feuille ainsi intitulée, des imprécations et de sanglantes injures contre les premières autorités de l’état.
Le peuple a fait justice de cet écrivain incendiaire, en le livrant au mépris qu’il mérite ; et lorsqu’il veut parler d’une rage vaine, d’un cour roux impuissant et dont on a n’a rien à redouter, il dit : c’est la colère du père Duchène.

Duchêne (passer à)

Rigaud, 1881 : Payer, — dans le jargon des barrières. C’est-à-dire se faire arracher une dent. Duchêne est le nom d’un très populaire et très habile dentiste, le Calvin de la mâchoire. Maintenant que nous avons bouffé, faut passer à Duchêne ; garçon ! la craie.

France, 1907 : Se faire extraire une dent. Allusion à un fameux dentiste de ce nom.

Écorner une boutanche ou un boucard

France, 1907 : Entrer par effraction dans une boutique.

J’aimerais mieux faire suer le chêne sur le grand trimar, que d’écorner les boucards.

(Vidocq)

Éméché (être)

Virmaître, 1894 : N’avoir pas assez bu pour être pochard mais suffisamment pour avoir une légère pointe ; être allumé. Allusion à la rougeur du visage (Argot du peuple).

France, 1907 : Être gris.

L’artiste voulant croquer sur le vif un de ces types qu’il a rendus célèbres, alla au Vieux-Chêne, mais auparavant, après un diner largement arrosé, il fit de nombreuses stations dans différents cafés et, comme il adorait le champagne et que La rue Mouffetard est loin du boulevard Clichy, il arriva absolument éméché.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Zinque, joliment éméché aussi, avait roupillé à midi pendant une demi-heure. Puis on avait rigolé à dire des blagues, et comme elle insistait pour savoir quelles blagues, il eut une pudeur. Pour ça non, c’était des choses qui se disent entre hommes, mais que les femmes ne doivent pas entendre.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Quand je rentrais le soir un peu… éméchée, il arrivait, il me flairait avec ses moustaches hérissées, et comme il n’aimait pas l’odeur de la boisson, je ne le voyais plus pendant deux jours… sans doute que je lui avais collé une beigne un soir d’absinthe, mais quand il me sentait à jeun… Ah ! alors c’était la grande rigolade !… il était si content qu’il grimpait dans les rideaux. Et qu’il dégringolait en cassant des cuvettes !… M’en a-t-il coûté de la vaisselle !

(Louise France, Gil Blas)

Enfant de chœur

Ansiaume, 1821 : Pain de sucre.

J’ai grinchi deux enfans de chœur à l’extérieur.

Vidocq, 1837 : s. m. — Pain de sucre.

Larchey, 1865 : Pain de sucre (Vidocq). — Allusion à sa petite taille et à sa robe blanche.

Delvau, 1866 : s. m. Pain de sucre, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Demi-setier de vin rouge ; par allusion à la robe rouge des enfants de chœur.

Un pauvre bougre qui pouvait à peine se mettre un enfant de chœur sur la conscience pourra boire, etc.

(Le Père Duchêne)

Rigaud, 1881 : Pain de sucre, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Demi-setier de vin rouge. Pain de sucre.

France, 1907 : Pain de sucre ; demi-setier de vin rouge.

Enganter

Larchey, 1865 : Voler, prendre. — C’est un équivalent d’empoigner. Le gant est pris pour la main. V. Chêne.

Delvau, 1866 : v. a. Prendre, saisir, empoigner, voler avec la main qui est le moule du gant. Même argot [des voleurs]. Signifie aussi : Traiter quelqu’un comme il mérite de l’être.

Rigaud, 1881 : Prendre, voler ; du provençal aganter, attraper, saisir.

France, 1907 : Voler, saisir.

Dessus le pont au Change
Certain agent de change
Se criblait au charron ;
J’engantai sa tocquante,
Ses attaches brillantes,
Avec ses billemonts.

(Chanson de l’Argot)

Faire suer

Bras-de-Fer, 1829 : Tuer.

Delvau, 1866 : v. a. Tuer. — dans l’argot des escarpes, qui d’un coup de surin, procurent immédiatement à un homme des sueurs de sang. — Faire suer un chêne. Tuer un homme.

Virmaître, 1894 : Faire suer une affaire, lui faire rendre l’impossible. Faire suer, expression employée par les cuisiniers pour faire revenir certaines viandes très légèrement dans la casserole. Dire à quelqu’un : Vous me faites suer, signifie : Vous m’embêtez (Argot du peuple).

France, 1907 : Ennuyer, importuner.

— Ainsi, leur politique extérieure, vrai ! ça fait suer depuis quelque temps.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Faire revenir légèrement de la viande dans une casserole.

France, 1907 : Tirer le plus d’argent possible d’un procès on d’une affaire.

Il introduit le plus d’incidents qu’il peut dans la même cause ; il entasse instances sur instances, il tente procès sur procès. Il ne fait pas seulement les actes nécessaires au procès, il commet tous ceux que la loi autorise directement ou indirectement. Bref, son talent consiste à faire suer (c’est le mot) à une cause tout ce qu’il est légalement possible d’en extraire en la pressurant.

(Altaroche, L’Avoué)

Faire suer le chêne

Bras-de-Fer, 1829 : Assassiner.

Virmaître, 1894 : Tuer un homme (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Tuer quelqu’un.

Faire suer un chêne

Clémens, 1840 / M.D., 1844 : Assassiner un homme.

France, 1907 : Tuer un homme.

Ficher une colle

Larchey, 1865 : Conter un mensonge. — V. Colle.

Pour mieux duper les innocents, Être adroit à ficher la colle.

(1651, la Juliade)

Rigaud, 1881 : Débiter un mensonge. — Ficher s’emploie honnêtement à la place du verbe qui commence par la même lettre et dont a tant abusé le père Duchêne.

Fromage (manger du)

Rigaud, 1881 : Bisquer, rager. Les enfants disent entre eux en ratissant un de leurs doigts sur l’autre : Tu bisques, tu rages, tu manges du fromage.

Victoire ! foutre ! victoire ! aristocrates, que vous allez manger du fromage !

(Le Père Duchêne)

Gland

d’Hautel, 1808 : Un rossignol à gland. Pour dire un cochon, un pourceau.
Ferme comme un gland. Se dit, en bonne part, de toute chose dont le caractère essentiel est la fermeté et la fraîcheur ; et dans un sens contraire, de quelque chose qui est fort dur.

Delvau, 1864 : La partie supérieure du membre viril, — ainsi nommée à cause de son exacte ressemblance avec le fruit du chêne et du hêtre. On prend souvent cette partie du membre pour le membre lui-même.

Comme le gland d’un vieux qui baise
Flotte son téton ravagé.

(Anonyme)

Gobe-la-lune

France, 1907 : Personne simple, crédule et facile à duper.

Comme nous avions raison de protester, nous autres, les artistes et les poètes, dès qu’il a été question d’édifier ce chenet monstrueux (la Tour Eiffel) ! Nous soulevâmes, je m’en souviens, l’indignalion de tous les jobards, de tous les gobe-la-lune, hypnotisés devant le « chef-d’œuvre de la métallurgie ». Eh bient ! il est réalisé le prodige, et il est abominable, et il ne sert absolument à rien.

(François Coppée)

Gras-double

Larchey, 1865 : Feuille de plomb (Vidocq). — Allusion à la facilité avec laquelle on la roule. — Gras-doublier : Voleur de plomb. C’est sur les toits qu’il exerce ordinairement. V. Limousineur.

Delvau, 1866 : s. m. Gorge trop plantureuse, — dans l’argot des faubouriens. L’analogie, pour être assez exacte, n’est pas trop révérencieuse ; en tout cas elle est consacrée par une comédie de Desforges, connue de tout le monde, le Sourd ou l’Auberge pleine : « Je ne voudrais pas payer madame Legras — double ! » dit Dasnières en parlant de l’aubergiste, femme aux robustes appas. Castigat ridendo mores, le théâtre ! C’est pour cela que les plaisanteries obscènes nous viennent de lui.

Delvau, 1866 : s. m. Plomb volé et roulé, — par allusion à la ressemblance qu’il offre ainsi avec les tripes qu’on voit à la devanture des marchands d’abats. Les voleurs anglais, eux, disent moos, trouvant sans doute au plomb une ressemblance avec la mousse.

Rigaud, 1881 : Feuille de plomb, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Seins aussi vastes que fugitifs, — dans le jargon des voyous.

La Rue, 1894 : Plomb en feuille volé sur les toits. Le voleur l’enroule autour de lui.

Rossignol, 1901 : Plomb.

France, 1907 : Appas féminins volumineux et mous.

France, 1907 : Plomb volé et généralement roulé pour être emporté plus aisément. Les voleurs disent pour cette opération : ratisser du gras-double.

— Et quelle est la clientèle de l’établissement ?
— Il y a un peu de tout, des voleurs, des filles, des souteneurs, et même des honnêtes gens… Oh ! elle n’est pas ordinaire la clientèle au père Moule-à-Singe !…
— Un joli nom !… et quel est ce père Moule-à-Singe ?
— Un recéleur, marchand de gras-double principalement…
— Du gras-double ? Oh ! c’est une spécial de tripes à la mode de Caen… On en dit les Parisiens fort friands…
— Ça n’est pas cela du tout… Le gras-double, c’est le plomb qu’on arrache aux chéneaux et aux gouttières, les tuyaux qu’on brise, les boutons de porte qu’on scie, les ferrures qu’on détache… tout le métal de construction qu’on vole s’appelle du gras-double…

(Edmond Lepelletier)

Gravelois

France, 1907 : Chêne à grappes.

Guimbarde

Larchey, 1865 : Vieille voiture, grosse voiture a quatre roues.

Monsieur, pourquoi votre guimbarde n’est-elle pas prête ?

(Cormon)

Delvau, 1866 : s. f. Voiture mal suspendue, comme les coucous d’il y a cinquante ans, — dans l’argot des faubouriens, qui emploient aussi cette expression à propos de n’importe quelle voiture. L’expression se trouve dans Restif de la Bretonne, qui l’emploie à propos d’une « grande voiture à quatre roues chargée de marchandises ». Se dit aussi en parlant d’une vieille guitare.

Rigaud, 1881 : Horloge, — dans le jargon des voyous.

Au moment juste où douze plombes se sont décrochées à la guimbarde de la tôle.

(Le Père Duchêne, 1879)

Rigaud, 1881 : Porte, — dans le jargon des ouvriers. — Bousculer la guimbarde, faire claquer la porte.

Rigaud, 1881 : Voix, parole, — dans le jargon des halles. — Couper la guimbarde, imposer silence.

Mon gesse et surtout mon n’harangue
Coupent la guimbarde aux plus forts.

(L. Festeau, Le Tapageur)

La Rue, 1894 : Mauvaise ou vieille voiture.

La Rue, 1894 : Porte. Guitare.

Rossignol, 1901 : Fiacre.

France, 1907 : Femme bonne à rien, qui ne sait pas se remuer, se tirer d’affaire.

Oui, une femme devrait savoir se retourner, mais la sienne avait toujours été une guimbarde, un tas. Ce serait sa faute, s’ils crevaient sur ls paille.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Porte.

France, 1907 : Voiture, fiacre.

L’autr’ soir un’ guimbard’ de l’Urbaine
Accroch’ mon pal’tot et m’entraîne
Sur l’pavé,
Je crie au cocher qui m’renverse :
Tu vois donc pas quand on traverse ?
Il m’répond : Fais pas tant l’mariole…
Y’a vingt ans que j’traîn’ ma carriole :
Quand j’te démolirais les côtes,
Heu !… j’en ai bien démoli d’autes.

(Aristide Bruant)

Le cocher, droit sur sa guimbarde,
À croire qu’un pal le retient,
Dédaigneusement me regarde
Et me traite de propre à rien !

(Henry Buguet)

Guinche

Halbert, 1849 : Barrière.

Delvau, 1866 : s. f. Bal de barrière, — dans l’argot des voyous, qui appellent de ce nom la Belle Moissonneuse, Aux Deux Moulins, le Vieux chêne, rue Mouffetard, le Salon de la Victoire, à Grenelle, etc.

Delvau, 1866 : s. f. Grisette de bas étage, habituée de bastringues mal famés.

Rigaud, 1881 : Bal public, — Cabaret mal famé, — dans le jargon des voyous.

À la porte de cette guinche, un municipal se dressait sur ses ergots de cuir.

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

Guinche est une altération de guinguette. Le mot n’est pas moderne, mais il est très usité depuis quelque temps.

La Rue, 1894 : Bal public mal famé. Guincher, danser.

Virmaître, 1894 : Bal de barrière (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Bal.

France, 1907 : Danse, bal de barrières.

Ils ont de bell’s cravates,
De petits airs lascifs ;
Ils vont fair’ leurs épates,
Le jour, sur les fortifs,
L’soir, avec les aminches,
Ils tricot’nt des fuseaux,
Car ils fréquent’nt les guinches,
Les petits gigolos !

(Léo Lelièvre)

France, 1907 : Jeune personne de mœurs légères qui fréquente plus le bastringue que l’atelier.

Hate

France, 1907 : Broche ; vieux français, du latin hasta, lance. On appelle encore hatier, dans certaines provinces, un grand chenet de cuisine à faire tourner des broches.

Kif-kif, quif-quif

Rigaud, 1881 : Égal, pareil. — C’est kif-kif, c’est la même chose.

Le Réveillon et les rois, ce n’est pas le moins du monde kif-kif.

(Le Père Duchêne, janvier 1879)

Bon ! qu’ ça y a coupé le sifflet, qui ça l’a fait taire, c’est quif-quif.

(Hennique, La Dévouée)

Landé

France, 1907 : Chenet.

Landier

d’Hautel, 1808 : (gros chenet de fer). Il est froid comme un landier. Se dit d’un homme sec et flegmatique.

Vidocq, 1837 : s. m. — Commis de l’octroi, employé aux barrières.

Halbert, 1849 : Blanc.

Delvau, 1866 : s. m. Employé de l’octroi, — dans l’argot des voleurs, qui ont conservé le souvenir du Landit de Saint-Denis.

Rigaud, 1881 : Préposé de l’octroi.

La Rue, 1894 : Employé de l’octroi. Blanc.

Virmaître, 1894 : Employé de l’octroi. Autrefois, lorsque la foire du landit battait son plein, toutes les marchandises devaient payer un droit fixe, des employés étaient préposés pour le percevoir ; les fraudeurs nombreux les nommaient les landiers. Dans le peuple, on dit des gabelous, en souvenir de la gabelle (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Douanier.

France, 1907 : Employé de l’octroi ; argot des voleurs, réminiscence de la foire du Landit de Saint-Denis.

Loufoque

Rigaud, 1881 : Fou, — dans l’argot des voleurs ; en remplaçant, comme dans le jargon des bouchers, la première lettre par un L, et rejetant l’F à la fin avec addition de la désinence oque.

Non, c’est pas le père Duchêne qui est loufoque, c’est vous autres qui êtes des ahuris.

(Le père Duchêne, 1879)

La Rue, 1894 : Fou.

Virmaître, 1894 : Fou (Argot des bouchers).

France, 1907 : Homme fantasque, excentrique, un peu timbré. C’est Le mot fou dénaturé par le procédé loucherbème, en remplaçant la première lettre du mot par l et ajoutant la lettre substituée à la fin du mot suivi de la terminaison oque.

Héliogabale faisant au milieu d’un festin attaquer ses convives par des panthères subitement introduites dans la salle et Guillaume II s’affublant pour fêter son hôte d’un vêtement noir semé de têtes de mort ne font qu’un seul et même aliéné.
C’est l’autorité despotique dont ils jouissent qui pousse ainsi les rois à la démence. Aussi, au lieu de s’en égayer, a-t-on toutes les raisons de trembler pour l’avenir des peuples fatalement destinés à tomber entre les mains de pareils loufoques.

(Rochefort)

Songez donc, ils peuvent imprimer que Louise Michel est folle : c’est si bon quand on est ramolli de pouvoir traiter les autres de loufoques !

(Le Père Peinard)

À forc’ de boire, elle devient loufoque,
Et comme ell’ s’tient à pein’ sur ses fum’rons,
Ses locatair’s lui flanquent des horions ;
Elle a parfois les deux yeux à la coque.

(Héros-Cellarius)

On se hasarde :
« Le beau mollet ! »
Qu’on la regarde
Cela lui plait,
Elle se moque
Et rit tout bas
Du vieux loufoque
Qui suit ses pas.

(Victor Meusy)

Morfiller

Vidocq, 1837 : v. a. — Manger.

M.D., 1844 : Manger.

Larchey, 1865 : Faire, manger. — Du mot de langue romane morfier : manger. V. Du Cange. — Morfillante : assiette. — V. Chêne, Jaspiner.

Calvi morfile sa dernière bouchée.

(Balzac)

Nivette

Halbert, 1849 : Chanvrière, filasse.

Delvau, 1866 : s. f. Chenevière.

France, 1907 : Chanvrière ; vieil argot.

Nousailles, nouzailles

France, 1907 : Nous ; argot des voleurs.

Je crois que nous avons été donnés (vendus) par le chêne qui s’est esgaré de chez nouzailles.

(Mémoires de Vidocq)

Oak’s

France, 1907 : On appelle ainsi, en terme de courses, un prix spécial pour les pouliches, fondé en Angleterre par lord Derby. Ce nom vient d’une magnifique plantation de chênes, en anglais the Oak’s, qui avoisinait le champ de courses d’Epsom et qui appartenait au susdit lord. L’institution des courses d’Epsom remonte à 1779. L’année suivante, commença sous le nom de Derby la grande course annuelle qui, depuis celte époque, n’a pas eu d’interruption.

Orient

Ansiaume, 1821 : Or.

Il feroit suer un chêne pour des broquilles d’orient.

Rigaud, 1881 : Or, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Or ; argot des voleurs. Une bogue d’orient, une montre d’or.

Pécille l’orient avec ta fourchette.

(Winter, forçat de Toulon, 1829)

En faisant mes gambades,
Un grand messière franc,
Voulant faire parade.
Sone un bogue d’orient.

(Mémoires de Canler)

Pantrouillard

France, 1907 : Synonyme de pantre, gonce, chêne, type, etc.

Pelard

M.D., 1844 : Du foin.

Delvau, 1866 : s. m. Foin, — dans le même argot [des voleurs].

La Rue, 1894 : Foin.

France, 1907 : Foin ; argot des voleurs. Diminutif du vieux français pel, poil, d’où l’on a fait pelouse, pelletier.

France, 1907 : Métier qui consiste à arracher l’écorce des chênes pour les mégissiers.

— Qu’est-ce que c’est que ça, le pelard ?
— Comment ! tu ne sais pas ? En voilà un métier facile et pas éreintant ! Il s’agit simplement d’arracher l’écorce des chênes pour les mégsissiers. On gagne trente sous du mètre cube, et l’on peut facilement compter sur son mètre par journée. Veux-tu que je te fasse engager par l’entrepreneur ?
— J’te crois que je l’veux ! s’écria Gilbert enchanté.
Et, deux jours après, dans les grands bois pleins de bruyères roses et de mûres sanglantes, Gilbert exerçait son nouvel état et travaillait au pelard.

(William Busnach, Le Petit Gosse)

Photographier (aller se faire)

Rigaud, 1881 : Aller se faire f…iche, comme l’écrivait le père Duchêne. Variante adoucie.

Pichenet

Delvau, 1866 : s. m. Petit vin de barrière agréable, — dans l’argot des ouvriers.

Virmaître, 1894 : Petit vin aigre que l’on boit à Argenteuil (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Vin.

France, 1907 : Vin léger ; argot faubourien.

Le pichenet et le vitriol l’engraissaient positivement.

(Émile Zola)

Pichnet, pichenet

France, 1907 : Petit vin suret.

Radiner

Rigaud, 1881 : Rentrer, revenir, retourner.

Le cousin Gustave qui radine de la Nouvelle-Calédo, me dit que là-bas, la veille du jour de l’an, on se marie.

(Le père Duchêne, 1879)

Les badingredins annoncent toujours que leur gosse va radiner.

(Le Sans-Culotte, 1879)

Radiner à la condition, rentrer à la maison. Radiner est sans doute une déformation du verbe rabziner qui, dans le patois picard, a la même signification.

Virmaître, 1894 : Revenir.
— Je radine à la piaule.
Radiner :
faire le radin, voler le tiroir-caisse d’un comptoir.
Ce tiroir est nommé radin parce qu’il renferme des radis (sous) (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Venir, revenir.

Hayard, 1907 : Revenir.

France, 1907 : Revenir, arriver. Radiner à la piole, rentrer chez soi.

V’là les fanand’s qui radinent.
Ohé ! tas d’poch’tés,
Les gonciers qui nous jardinent
I’s’ront vraiment j’tés,
Nous la r’levons rien qu’dans l’riche,
Malgré nos rideaux.
Gare au bataillon d’la guiche !
C’est nous qu’est les dos.

(J. Richepin, La Chanson des gueux)

Rapochener

France, 1907 : Faire taire quelqu’un, lui clouer de bec ; patois meusien.

Régalade (boire à la)

France, 1907 : Boire le liquide d’une bouteille ou d’un flacon sans toucher de ses lèvres le goulot.

Je les ai vus, assis en rond sous les grands chênes, autour d’un feu de branches, faire leur repas du matin. Tout en causant de leurs travaux, ils mangeaient de savoureuses châtaignes, des pommes de terre tirées de la cendre, et buvaient à la régalade le vin nouveau du terroir, en le faisant tomber du goulot, la tête renversée, la bouteille levée, comme un rais de soleil qui glougloute dans le gosier.

(Aug. Marin)

Rigolade (être à la)

Fustier, 1889 : S’amuser.

Le vieux ronchonnait contre les jeunes gens qui sont trop à la rigolade, et pas à l’étude.

(Réveil du Père Duchêne, 1881)

Ruelle aux vesses

Rigaud, 1881 : Derrière. L’étymologie n’a pas besoin d’être expliquée.

Un tas de raulles empaillés, qui ne valent seulement pas un coup de botte dans la ruelle aux vesses !

(Le Père Duchêne, 1879)

France, 1907 : Le périnée.

Sans-culotterie

Delvau, 1866 : s. f. Doctrine des sans-culottes. Le mot est de Camille Desmoulins. On dit aussi Sans-culottisme.

Rigaud, 1881 : Secte des sans-culottes, patriotes terroristes.

Trop heureux si ma mort pouvait être utile à la sans-culotterie.

(Père Duchêne)

Sapin

d’Hautel, 1808 : Cela sent le sapin. Se dit par plaisanterie d’une personne foible et cacochyme, que le rhume fait beaucoup tousser ; pour faire entendre qu’elle menace ruine, qu’elle approche de sa fin.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Garde-chasse, garde-forestier.

Bras-de-Fer, 1829 : Gendarme.

Vidocq, 1837 : s. m. — Soldat. Terme des voleurs provençaux.

Larchey, 1865 : Fiacre. — Sa caisse est en bois. — Le mot n’est pas nouveau. Nous le trouvons dans un pamphlet légitimiste de la révolution de 89 (l’Apocalypse).

M. Desmoulins, l’abbé Noël, MM. de Beaumont et Keralio avaient loué pour toute la soirée un sapin national pour se faire voir dans la promenade.

Sapin, sap : Cercueil de sapin.

Avant d’être mis dans le sap,
Vous voulez, orné de lunettes,
Me décalquer de pied en cap.

(Festeau)

Sentir le sapin : Faire pressentir une mort prochaine. On dit : Voilà une toux qui sent le sapin. — Usité dès 1808. — V. Claquer.

Delvau, 1866 : s. m. Cercueil de pauvre. Sentir le sapin. Être atteint d’une maladie mortelle.

Delvau, 1866 : s. m. Fiacre, — dans l’argot du peuple, qui sait que ces voitures-là ne sont pas construites en chêne.

Delvau, 1866 : s. m. Plancher ; grenier, — dans l’argot des voleurs. Sapin de muron. Grenier à sel. Sapin des cornants. La terre, — plancher des vaches.

La Rue, 1894 : Fiacre. Cercueil. Plancher. Grenier.

Virmaître, 1894 : Sentir le sapin. Être sur le point de mourir. Sapin : cercueil. Sapin : plancher (Argot du peuple et argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Fiacre.

France, 1907 : Fiacre.

Amanda n’a qu’un défaut,
C’est d’aimer trop la friture,
Mabille, Valentino,
Et les courses en voiture.
À Passy, seuls en sapin,
Si nous nous faisons conduire,
Sa joie éclate en chemin…

(Émile Carré)

France, 1907 : Plancher. Sapin des cornauts, plancher des vaches, c’est-à-dire terre. Redingote de sapin, cercueil.

Sorrier

France, 1907 : Chêne-liège, dans quelques départements du Midi.

Suage

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Torture. Mettre en suage, faire subir des tortures.

Vidocq, 1837 : s. m. — Chauffage.

Larchey, 1865 : Assassinat.

Nous voulons bien maquiller le suage de ton rochet, mais à la condition de tout connir. Il n’y a que les refroidis qui ne rapliquent nibergue.

(Vidocq)

Faire suer : Assassiner. — Mot à mot : Faire suer du sang. — V. Chêne.

Delvau, 1866 : s. m. Assassinat, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Chauffage.

Rigaud, 1881 : Assassinat. — Maquiller un suage, combiner un assassinat.

La Rue, 1894 : Assassinat. Torture. Mettre en suage, brûler les pieds.

France, 1907 : Assassinat. Mettre en suage, c’était, dans l’argot des chauffeurs, faire griller les pieds de la victime.

Si j’avais refroidi tous les garnafiers que j’ai mis en suage, je n’aurais pas le taf aujourd’hui.

(Vidocq)

Suer

d’Hautel, 1808 : Faire suer un chêne. Terme d’argot qui signifie détrousser un passant, le voler de tout ce qu’il a sur lui.
Tu me fais suer. Se dit à quelqu’un, dont la conversation est lourde, ennuyeuse.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Donner. Faire suer, se faire donner part du vol.

Bras-de-Fer, 1829 : Faire suer, se faire donner part du vol.

Suer (faire)

Halbert, 1849 : Se faire donner part d’un vol.

Larchey, 1865 : Accabler d’ennui quelqu’un. — V. Suage.

J’ai beau m’évertuer, j’crains qu’après moi z’on n’répète : Ah ! comme ça fait suer.

(Francis, 1825)

Delvau, 1866 : Assassiner, — dans l’argot des voleurs. Faire suer sur le chêne. Tuer un homme.

Delvau, 1866 : Ennuyer outrageusement par ce qu’on fait ou par ce qu’on dit ; faire lever les épaules de pitié ou de dédain. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Ennuyer fortement. — Faire pitié, en terme de mépris. Mot à mot : c’est donner chaud à quelqu’un à force de débiter des platitudes.

Rigaud, 1881 : Faire donner de l’argent, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Ennuyer. Faire donner de l’argent. Assassiner.

France, 1907 : Indigner, mettre en colère, révolter.

Ça m’fait suer, quand j’ai l’onglée,
D’voir des chiens qu’ont un habit,
Quand, par les temps de gelée,
Moi, j’n’ai rien, pas même un lit.

(Auguste de Chatillon)

Faire suer des lames de rasoir. Importuner, agacer.

— Oh ! assez, hein ? Tu nous fais suer des lames de rasoir.

(Edgar Monteil)

Suer (faire) un chêne sur le trimar

Vidocq, 1837 : Assassiner un homme sur la route.

Suer un chêne

Halbert, 1849 : Assassiner quelqu’un.

Sueur de chênes

Clémens, 1840 : Tueur d’hommes.

Surfine, ou sœur de charité

Vidocq, 1837 : Les voleurs donnent ce nom à des voleuses qui procèdent à-peu-près de cette manière :
L’âge de la Sœur de Charité est raisonnable, sa mise décente, même quelque peu monastique, elle fréquente les églises, assiste à toutes les messes, fait l’aumône, fait allumer des cierges, se confesse et communie au besoin ; après avoir quelque temps fréquenté une église et s’y être fait remarquer par sa piété et son exactitude, la Sœur de Charité cause avec les employés de l’église et les prie de lui indiquer quelques nécessiteux dignes d’intérêt, car elle est, dit-elle, chargée de distribuer les aumônes d’une riche veuve ; l’un des employés, soit la loueuse de chaises ou tout autre, lui indique aussitôt quelques pauvres auxquels elle donne immédiatement deux ou trois francs, et elle se retire après avoir pris leur adresse et leur avoir promis des secours plus considérables.
Quelques jours après la Sœur de Charité rend chez un des pauvres qu’elle a assisté, et lui dit qu’elle est heureuse de pouvoir lui annoncer que madame la marquise ou madame la comtesse veut bien prendre sa position en considération, et lui accorder quelques secours ; mais, ajoute-t-elle, madame, qui ne veut point que ses bienfaits servent à satisfaire des passions mauvaises, ne donne jamais d’argent. Vous allez me dire ce qui vous manque, et vous l’obtiendrez en nature ; elle examine alors les effets de son protégé, fouille partout, car elle veut acquérir la certitude qu’on ne simule pas des besoins que l’on n’éprouve point.
Les pauvres honteux possèdent presque toujours, quelques débris de leur fortune passée, qui servent à leur rappeler des temps plus heureux ; pendant qu’elle fouille dans les tiroirs, la Sœur de Charité sait s’emparer adroitement de ces objets ; cela fait, elle fait sortir le pauvre diable pour le mener de suite chez la noble dame qui veut bien s’intéresser à lui, mais avant d’être arrivés à la destination indiquée elle a trouvé le moyen de s’en débarrasser.
Dans le courant de l’année 1814, deux Romamichelles, la mère Caron et la Duchène, dévalisèrent, en procédant ainsi, un grand nombre de malheureux ; elles avaient, à la même époque, commis un vol très-considérable au préjudice du brave curé de Saint-Gervais ; ces deux femmes, découvertes et arrêtées par moi, furent condamnées deux mois après la consommation de ce dernier vol.

Tête de pipe

Fustier, 1889 : Idiot. La variante est : moule à chenets.

La Rue, 1894 : Visage laid ou contrefait.

France, 1907 : Figure grotesque comme on en faisait autrefois sur les pipes de terre ou de bois en caricaturant les célébrités du jour.

La carte postale, c’est la gloire moderne. Autrefois, la grande gloire consistait à devenir tête de pipe. Une pipe en terre, c’était le Panthéon à un sou. Maintenant, ce fragile Panthéon de l’actualité, c’est la carte postale à dix centimes.

(Jules Claretie, 1900)

Torcheculatif

France, 1907 : Propre à s’essuyer le derrière. Vieille expression rabelaisienne.

Gargantua qui, raconte Rabelais, avait par longue et curieuse expérience, inventé le moyen de se torcher le cul, le plus seigneurial, le plus excellent, le plus expédient qu’il fut jamais, ignorait le bulletin de vote.
Le bougre avait essayé de tout : de feuilles de chou, d’orties qui lui fichèrent la caquesangue, de serviettes d’avocats, d’un cachenez, de chapeaux à poils et à plumes, de pantoufles et d’un tas d’autres engins plus ou moins torcheculatifs.

Trimard

Ansiaume, 1821 : Chemin.

Dans la sorgue de la fourmillante sur le trimard.

anon., 1827 : Chemin.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Chemin. Faire suer le chêne sur le grand trimard, assassiner sur la grande route.

Bras-de-Fer, 1829 : Chemin.

Vidocq, 1837 : s. m. — Chemin.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Chemin.

Virmaître, 1894 : Chemin. Grand trimard : grande route (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Chemin, route. Un ouvrier qui va de ville en ville chercher du travail, va sur le trimard.

Hayard, 1907 : Chemin.

Va-de-la-gueule

Delvau, 1866 : s. m. Gourmand, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Orateur, beau parleur, bavard, — dans le jargon du peuple. Le mot est du Père Duchêne l’ancien.

Velours

d’Hautel, 1808 : Habit de velours, ventre de son. On a pendant long-temps appliqué ce quolibet aux habitans des bords de la Garonne ; mais il ne faut pas aller si loin, et les bords de la Seine nous offrent des nuées de fats, de pédans et de petits maîtres, à qui l’application en convient à plus justes titres.
Jouer sur le velours. Jouer sur son gain, des entreprises sur ce que l’on a gagné.

Halbert, 1849 : Cuir.

Delvau, 1866 : s. m. Liaison dangereuse, abus fréquent et intempestif des s dans la conversation. Argot des bourgeois.

Delvau, 1866 : s. m. Tapis, — dans l’argot des joueurs de cartes. Éclairer le velours. Déposer son enjeu sur le tapis. Je n’ai pas besoin d’ajouter que ce velours est en cuir ou en drap, en n’importe quoi, — excepté en velours.

Rigaud, 1881 : Crepitus ventris.Lâcher un velours, sacrifier à crepitus ventris.

Il lâche tout bonnement en douceur un léger velours.

(Le Père Duchêne)

Le velours se produit dans le monde avec une certaine timidité mélancolique et rappelle les sons filés de la flûte. (Ceci pour les gens qui aiment la précision.)

Rigaud, 1881 : Liqueur douce. — Un petit verre de curaçao, d’anisette, de crème de moka, c’est un velours sur l’estomac.

Rigaud, 1881 : Pataquès. — Le velours est un cuir grammatical, mais un cuir doux. — Ainsi je suis t’été n’est pas un velours ; c’est un cuir bel et bien. Donnez-moi z’en, est un velours.

France, 1907 : Doux, onctueux ; se dit spécialement des liquides spiritueux.

Le haut commerce, à Bordeaux, c’est commerce des vins. Les négociants ont le verbe facile, un tour de poignet délicat pour faire rutiler le vin, à la lueur des bougies, dans le verre de cristal, un claquement de langue spécial pour l’apprécier, un dictionnaire de mots bizarres, — techniques plutôt — pour exprimer cette idée si simple que le vin est bon. Mais il y a du vin meilleur, et de l’excellent et du supérieur. On les distingue au moyen de vocables précieux tels que ceux-ci : « ce vin a du corps, du moelleux, de la rudesse, du ruban, du velours, etc. » Ce sont ici les substantifs qui qualifient.

(Fernand Lafargue, Baiser perdu)

France, 1907 : Pet.

Le velours se produit dans le monde avec une certaine timidité mélancolique et rappelle les sons filés de la flûte.

(Parny)

France, 1907 : Tapis de la table de jeu. Éclairer le velours, déposer son enjeu.

Watriner

Fustier, 1889 : Tuer, assassiner et, par extension, détruire, renverser par force. Allusion au meurtre que commirent, au mois de février 1886, les mineurs de Decazeville sur la personne de leur sous-directeur, M. Watrin, dont ils prétendaient avoir à se plaindre.

Il ne manque dans ma boutique
Que le tonnerre et les éclairs
Pour watriner toute la clique
Des exploiteurs de l’univers.

(Galette anecdotique, février 1887)

En avant ! et watrinez les obstacles qui entravent votre mouvement.

(Grève sociale, février 1886)

De watriner on a fait watrinade qui, pour les révolutionnaires, est synonyme de vengeance, de représailles et qui, pour les honnêtes gens, signifie tout simplement crime, meurtre, assassinat.

Hier encore, un ouvrier jugeait à propos de tirer sur son patron. Le Cri du Peuple, naturellement, exalte le courage de l’assassin et qualifie de watrinade ce qui est un crime.

(Parti national, mars 1887)

France, 1907 : Assassiner le contremaitre ou le patron ; néologisme créé depuis l’assassinat de l’ingénieur Watrin par ses propres ouvriers aux troubles de Decazeville en 1886. C’est une expression très caractéristique et spéciale à ajouter à celles indiquant l’acte de tuer son prochain et dont voici les principales : abasourdir, buter, capahuter, cônir, couper le sifflet, crever la paillasse, chouriner, décrocher, dégringoler, démolir, descendre, dévisser le trognon, écharper, endormir, entailler, envoyer ad patres, érailler, esbasir, escarper, escoffier, estourbir, estrangouiller, expédier, faire banque, faire flotter, faire passer le goût du pain, faire un macchabée, faire suer un chêne, faire la grande soulasse, faire le pante, foutre à l’ombre, laver son linge dans la saignante, lingrer, moucher le quinquet, rebâtir, rebouisser, refroidir, sabler, saigner, scionner, suager, sonner, suriner, terrer, tortiller le gaviot, tourner la vis, tourlourer, watiner.

J’ai ce qu’il faut dans ma boutique,
J’ai le tonnerre et les éclairs,
Pour watriner toute la clique
Des affameurs de l’univers.

(Chanson anarchique.)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique