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Absinthe (faire son)

Delvau, 1866 : Verser de l’eau sur l’absinthe, afin de la précipiter et de développer en elle cette odeur qui crise tant de cerveaux aujourd’hui.
Signifie aussi Cracher en parlant. On a dit à propos d’un homme de lettres connu par son bavardage et ses postillons : « X… demande son absinthe, on la lui apporte, il parle art ou politique pendant un quart d’heure, — et son absinthe est faite. »

Rigaud, 1881 : Pour les profanes, c’est verser au hasard de l’eau dans un verre contenant un ou deux doigts de liqueur d’absinthe ; pour les fidèles, c’est la laisser tomber de haut, doucement, avec conviction, tantôt au milieu, tantôt près des bords du verre. Ils appellent cela « battre l’absinthe. » C’est insulter un buveur d’absinthe que de lui offrir de « faire son absinthe. » Presque tous les dilettanti de la liqueur verte la boivent debout. Est-ce par respect, est-ce par suite d’une habitude contractée devant le comptoir du marchand de vin ?

Apoplexie de templier

Delvau, 1866 : s. f. Coup de sang provoqué par une ingestion exagérée de liquide, capiteux. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Transport au cerveau par suite d’excès alcooliques. — Les templiers n’étaient pas précisément renommés pour leur sobriété. On a dit, pendant longtemps, boire comme un templier.

France, 1907 : Coup de sang provoqué par des excès de boisson et de mangeaille, suivant le proverbe : Boire comme un templier.

Araignée dans le plafond (avoir une)

Larchey, 1865 : Être fou. Le cerveau serait ici le plafond et la monomanie y tendrait ses toiles.

Rigaud, 1881 : Extravaguer par instant. Le plafond figure le crâne ; l’araignée y file sa toile et empêche les idées de sortir claires et nettes.

Virmaître, 1894 : Synonyme de loufoque. Avoir la cervelle détraquée (Argot du peuple).

Avoir une chambre à louer

Delvau, 1866 : Être un peu fou et en tout cas très excentrique, — dans l’argot du peuple, qui suppose que la déraison peut être produite chez l’homme par la vacuité de l’un des compartiments du cerveau, à moins qu’il ne veuille faire allusion au déménagement du bon sens.
Signifie aussi Avoir une dent de moins.

Bande-à-l’aise

Delvau, 1864 : Homme qui n’est que médiocrement porté par son tempérament vers les choses de la fouterie, et qui bande plus volontiers avec son cerveau qu’avec son membre — comme la plupart des écrivains.

Qu’on me baise,
Mon con, Nicaise,
Se présente à toi… ;
Viens, bande-à-l’aise,
Vite, mets-le-moi.

(Piron)

Monsieur dit des bons mots souvent,
Mais monsieur bande rarement ;
Monsieur a de l’esprit : j’en suis
Bien aise, bien aise,
Mais comme la peste, je fuis
Un bande-à-l’aise !

(Collé)

Boussole

d’Hautel, 1808 : Pour le chef, la tête.
Est-ce que tu perds la boussole ? Pour est-ce que tu perds la tête ; se dit à quelqu’un qui fait des propositions ou qui tient des discours étranges.

Ansiaume, 1821 : Teste.

Il lui a fauché la boussole avec une souris.

Vidocq, 1837 : s. m. — Tête.

Larchey, 1865 : Cerveau. — Le cerveau dirige l’homme comme la boussole dirige le navire.

J’ai ça dans la boussole. Ainsi ne m’en parlez plus.

(Vidal, 1833)

Boussolle de refroidi : Fromage de Hollande (Vidocq). — Mot à mot : tête de mort. Allusion à la forme de ce fromage qui est celle d’une boule assez grosse.

Delvau, 1866 : s. f. Tête, — dans l’argot du peuple, qui sait aussi bien que personne que c’est là que se trouve l’aiguille aimantée appelée la Raison. Perdre la boussole. Devenir fou.

Rigaud, 1881 : Tête, cervelle. — Perdre la boussole, déraisonner, devenir fou.

Au moyen âge les médecins comparaient la tête de l’homme à un vaisseau dont le sinciput était la proue et l’occiput la poupe. La tête représentant un navire, la cervelle fut prise pour la boussole, pour guide.

(Ch. Nisard)

Virmaître, 1894 : Tête. La tête, comme la boussole, dirige (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : La tête.

Tu divagues, tu perds la boussole.

On dit aussi la boule.

Hayard, 1907 : Tête.

France, 1907 : Tête, cerveau. Perdre la boussole, devenir fou.

Comme ils pensaient avoir besoin de leur tête pour un peu plus tard, et que déjà un épais brouillard s’amoncelait sous la voûte osseuse qui couvre le souverain régulateur de leurs actions, afin de ne pas perdre la boussole, ils cessèrent insensiblement de faire de leur bouche un entonnoir, et ne l’ouvrirent plus que pour jaboter.

(Marc Mario et Louis Launay)

Brown-Séquardiser

France, 1907 : Ce néologisme a été introduit tout récemment (1889), à la suite des découvertes ou prétendues découvertes du docteur Brown-Séquard, qui, au moyen d’injections sous-cutanées de liquides organiques spéciaux, affirmait rendre aux vieillards la force et la virilité de la jeunesse.

Disons que si la méthode brown-séquardienne a rencontré dans le monde savant de très passionnés détracteurs, en revanche elle a trouvé dans le public des partisans enthousiastes. Cela se comprend, à notre époque où la note mystique va s’accentuant de plus en plus, car malgré les résultats négatifs obtenus elle n’a pas peu contribué à suggestionner les cerveaux faibles et séniles, follement épris de cette idée, consolante, d’ailleurs, du rajeunissement perpétuel, et qui ont vu là comme un second mystère de l’incarnation.

(Dr G. Légué)

Il aime aussi celles qui vont.
Sous l’or et les feux d’un plafond.
En découvrant leurs seins sans fraude,
Brown-séquardiser tour à tour,
À la double ruche d’amour
Tous les vieux frileux en maraude.

(Auguste Marin, Femmes d’hiver)

Brûler

d’Hautel, 1808 : Brûler le jour. Signifie faire usage de lumière en plein midi.
Faire brûler quelqu’un à petit feu. Le tourmenter, l’inquiéter, lui faire endurer toutes sortes de mauvais traitemens.
Il leur a brûlé le cul. Se dit de quelqu’un qui a abandonné sans mot dire la-société où, il se trouvoit ; de celui qui s’est esquivé d’un lieu où il étoit retenu malgré lui.
Se brûler. Signifie se méprendre, se tromper, s’abuser dans ses spéculations.
Se brûler à la chandelle. Découvrir soi-même, sans le vouloir, les fautes dont on s’est rendu coupable ; se laisser entraîner malgré soi dans un piège que l’on avoit d’abord évité.
Le tapis brûle. Signifie, il n’y a pas de temps à perdre ; se dit pour exciter des joueurs à doubler leur jeu.

Delvau, 1866 : v. a. Dépasser une voiture, — dans l’argot des cochers qui se plaisent à ce jeu dangereux, malgré les conseils de la prudence et les règlements de la police.

Delvau, 1866 : v. n. Approcher du but, être sur le point de découvrir une chose, — dans l’argot des enfants et des grandes personnes, qui devinent, les uns qui savent à quoi on s’expose en s’approchant du feu.

Rigaud, 1881 : Retirer de la main en les jetant au panier, après en avoir annoncé le nombre, une ou plusieurs cartes avant de commencer une partie de baccarat en banque. Ce droit du banquier ne s’exerce plus que dans les cercles de bas étage.

France, 1907 : Dénoncer, vendre.

La République est un régime de lumière et de loyauté qui n’a que faire d’une police secrète. Rappelons-nous toujours que la police secrète a été instituée par Louis XIV et développée outre mesure par les deux Bonaparte. Louis XIV et les Bonaparte ne sont certainement pas des modèles à suivre pour nous. Je ne puis me désoler, quant à moi, parce qu’un mouchard vient de brûler ses patrons.

(Germinal)

Les filles qui dénoncent les malfaiteurs se fiant à elles sont plus rares qu’on ne le pense. Gloria est une exception ; c’est pourquoi je ne tiens pas à la brûler (faire connaître).

(G. Macé, Un Joli monde)

Brûler, approcher du but, être sur le point de deviner une chose, dépasser une voiture.
Brûler les planches, jouer avec beaucoup de feu et d’art ; argot des coulisses. Brûler la politesse, s’esquiver sans rien dire ; — le pégriot, faire disparaître la trace d’un vol ; — à la rampe, jouer comme si l’on était seul pour attirer sur soi l’attention, sans avoir égard au jeu de ses camarades ; argot des coulisses ; — du sucre, recevoir des applaudissements ; — sa chandelle par les deux bouts, dissiper sa fortune, sa santé ou son cerveau de toutes les façons ; argot des bourgeois.

Causer

d’Hautel, 1808 : Assez causé. Pour, n’en dites pas davantage, silence, chut, motus.

Delvau, 1864 : Faire l’amour. C’est par antiphrase, sans doute, puisqu’on ne parle guère lorsqu’on baise : on a trop à faire pour cela.

Asseyons-nous sur ce canapé, mon ami, et… causons.

(Lemercier de Neuville)

Il dit à Baron que, quoiqu’il fatiguât beaucoup à la comédie, il aimerait mieux être obligé d’y danser tous les jours, que d’être seulement une heure à causer avec la maréchale.

(La France galante)

France, 1907 : Faire l’amour, dans l’argot des bourgeoises, qui n’osent salir leurs lèvres du gros mot baiser. « Mon mari m’a causé ce matin. »

Une femme qui aime, et qui veut être aimée toujours, doit tenir l’homme par le cerveau, par le cœur, par les sens — et par le bec !
Les ménages n’en iraient que mieux ; la patrie n’en irait pas plus mal.
Ou est toujours à nous parler de la dépopulation de la France : eh bien ! les provinces où on peuple le plus sont celles où on mange le mieux…
Quiconque mange bien au logis, y reste ; quiconque y reste, y… cause.
Méditez cela, mes belles, et soignez le menu des maris !

(Jacqueline, Gil Blas)

Chambre

d’Hautel, 1808 : Avoir des chambres vides dans la tête. Pour dire, avoir l’esprit aliéné, le cerveau creux ; être attaqué de folie.
On dit aussi par raillerie d’un spectacle peu fréquenté, et moitié vide pendant les représentations, qu’il y a beaucoup de chambres à louer.

Chambre à louer (avoir une)

Rigaud, 1881 : Avoir un grain de folie. Allusion à la tête dont les idées saines sont parties.

France, 1907 : Être fou, c’est-à-dire avoir une case vide dans le cerveau.

Chateaubriand

Rigaud, 1881 : Bifteck très épais, bifteck à triple étage, — dans le jargon des restaurants. — Un Chateaubriand aux pommes.

France, 1907 : Transformation du beef-steack sur la note du restaurateur. Une maison qui se respecte ne sert aux clients que des chateaubriands. Le publie bénévole paye le baptême. Pourquoi ce nom célèbre à un morceau de bœuf ? Théodore de Banville raconte qu’il voulut en avoir le cœur net :

Enfin, je n’y tins plus, je voulus absolument le savoir, et j’interrogeai Magny. À ce qu’il m’apprit, le chateaubriand fut baptisé ainsi, parce qu’il avait été inventé sous les auspices de… M. de Chabrillan ! N’est-ce pas là l’origine commune des histoires et des légendes qui, sauf de rares exceptions, sont toutes nées d’une faute de langue ou d’une faute d’orthographe ?

Il est vrai qu’il reste à ce grand écrivain, à ce philosophe morose, la popularité, énorme, permanente, la gloire en billon circulant du bouillon Duval au cabaret du Lyon d’Or, d’avoir servi de patron à un beefsteack renommé — lui qui n’en mangeait jamais et ne se nourrissait que de laitage, d’encens et de souvenirs. Ô ironie ! ô reconnaissance des peuples ! Un beefsteack aux pommes, voilà peut-être tout ce qui restera un jour d’un Atlas de la pensée, d’un Archimède de la philosophie. Il portait un monde dans son vaste cerveau, il rêvait d’en soulever un autre avec sa plume, et le résultat de tout cela : un nom qu’on crayonne sur un menu de restaurant. C’est ça la gloire !

(E. Lepelletier)

On vient d’installer à la Bibliothèque nationale un petit buffet, très commode pour les travailleurs. L’un de ceux-ci y pénètre dernièrement :
Que désire monsieur ?
— Qu’est-ce qu’on peut bien manger dans celte cité des lires ? Donnez-moi un Chateaubriand.
— Voilà, monsieur.
— Grand format, surtout.

Chic, chique

Larchey, 1865 : Distingué, qui a du chic. — « C’est chique et bon genre. »

Ça un homme chic ! C’est pas vrai, c’est un calicot.

(Les Cocottes, 1864)

Rigaud, 1881 : Le suprême de l’élégance, de la perfection.

Il absorbe à lui seul une foule de sens. Ce qu’on nommait le goût, la distinction, le comme il faut, la fashion, la mode, l’élégance, se fondent dans le chic.

(N. Roqueplan, Parisine)

Le mot avait au XVIIe siècle à peu près le sens qu’il a aujourd’hui, comme on peut le voir par l’exemple suivant :

J’use des mots de l’art, je mets en marge hic. J’espère avec le temps que j’entendrai le chic.

(Les Satyres de Du Lorens)

En terme d’atelier le chic, mot affreux et bizarre et de moderne fabrique signifie : absence de modèle et de nature. Le chic est l’abus de la mémoire ; encore le chic ebt-il plutôt une mémoire de la main qu’une mémoire du cerveau.

(Baudelaire, Salon de 1846)

Faire de chic, c’est travailler sans le secours du modèle. — Être pourri de chic, être très bien mis, avoir beaucoup de distinction. — Femme chiquée, élégante mise à la dernière mode. — Dans le grand chic, dans le grand genre. — C’est du monde chic, c’est du monde très bien. Pour ces dames, une connaissance chic, c’est un homme généreux.

Un vieux monsieur de la Bourse, ou ce qu’on appelle une connaissance chic.

(Bertall, Petite étude sur le chic parisien.)

Clique

d’Hautel, 1808 : Bande coalisée, société de cabaleurs : terme de mépris.
Ils ne font tous qu’une même clique. Pour ils s’entendent mutuellement.

Delvau, 1866 : s. f. Bande, coterie, compagnie de gens peu estimables. Même argot [du peuple]. Mauvaise clique. Pléonasme fréquemment employé, — clique ne pouvant jamais se prendre en bonne part.

Delvau, 1866 : s. f. Diarrhée. Argot du peuple.

Fustier, 1889 : Argot militaire. Le soldat qui joue du clairon. — Musique militaire.

France, 1907 : Bande, coterie, réunion de gens, d’ordinaire, peu estimables. Dans les régiments, on appelle la clique les tambours, clairons, barbiers et, généralement, les hommes du peloton hors rangs.

Tiens ! Lavedan… Il me fait tordre
Avec ses petits airs d’agneau ;
Il vous a des façons de mordre
Qui font cuire et saigner la peau.

La connaît-il assez la clique
Des petits vernis desséchés !
On le croirait à la clinique,
Scalpant des cerveaux ébréchés.

(Jacques Redelsperger)

Coiffer

d’Hautel, 1808 : Il est né coiffé. Se dit d’un homme très-heureux dans ses entreprises, parce qu’on croit communément que ceux qui viennent au monde avec une coiffe ont un destin prospère.
Être coiffé de quelqu’un. En être entiché, infatué ; avoir en lui une confiance aveugle.
Se coiffer le cerveau. Expression bachique ; caresser la bouteille, s’enivrer.

Larchey, 1865 : C’est-à-dire : coiffer de cornes, faire une infidélité conjugale.

Mariez-vous, et par votre compagne, Heureux coiffeur, ne soyez pas coiffé ! ! !

(La Bédollière)

Delvau, 1866 : v. a. Donner un soufflet, une calotte.

Delvau, 1866 : v. a. Trahir son mari, — dans l’argot des bourgeoises.

France, 1907 : Donner un soufflet.

France, 1907 : Trahir son mari, c’est-à-dire le coiffer de cornes.

Coloquinte (avoir une araignée dans la)

Boutmy, 1883 : v. Avoir le cerveau fêlé. V. Hanneton.

Coup de marteau (avoir un)

France, 1907 : Ne pas avoir le cerveau bien équilibré. Paraitre avoir reçu un coup de marteau sur la tête.

Décarcasser (se)

Larchey, 1865 : Agir activement. — Mot à mot : remuer sa carcasse.

Delvau, 1866 : v. réfl. Se démener, s’agiter bruyamment, — dans le même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Se donner beaucoup de mal ; se démener. — Se décarcasser le boisseau, se tourmenter.

Virmaître, 1894 : S’échiner à faire un travail qui produit peu. Se décarcasser à courir pour arriver à l’heure de la cloche.
— J’ai beau me décarcasser, je ne suis pas plus avancé une année que l’autre (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Faire tout son possible pour arriver a quelque chose que l’on désire. On se presse, on se décarcasse, pour terminer un travail.

France, 1907 : Se dépêcher, se hâter de faire un travail ; secouer sa carcasse. Se décarcasser le boisseau, se torturer le cerveau.

Déménager

d’Hautel, 1808 : On dit d’un homme qui a le cerveau foible, qui faits des extravagances, des folies, que as tête déménage.
Déménager.
Signifie aussi devenir vieux, foible et débile ; incliner vers sa dernière demeure.

Larchey, 1865 : Faire des extravagances, agoniser. — Ces deux sens étaient connus de d’Hautel.

Delvau, 1866 : v. n. Perdre la raison, le bon sens, le sang-froid, — dans le même argot [du peuple]. Signifie aussi : Être vieux, être sur le point de partir pour l’autre monde.

Rigaud, 1881 : Déraisonner.

Je craignais que dans le changement de domicile sa tête n’eût déménagé la première.

(E. Pelletan, La Nouvelle Babylone)

France, 1907 : Faire des folies, perdre la tête et aussi mourir.

Disloquer

d’Hautel, 1808 : Cette affaire lui a disloqué la cervelle. Pour, lui a dérangé le cerveau ; a égaré sa raison.

Écrouelleux

France, 1907 : Sobriquet que les Jacobins donnaient à la jeunesse doré du Directoire à cause de l’immense cravate où s’engloutissait leur menton et qui semblait cacher des écrouelles.

On aura peine croire qu’au milieu des victoires de Ney, de Championnet et du général Bonaparte, on n’observait dans la capitale, sur nos boulevards et places publiques, aucun enthousiasme, aucun mouvement de joie. S’il faut ajouter créance aux journaux contemporains, on passait froidement, avec la plus complète indifférence, à côté des crieurs qui annonçaient les plus grands succès de nos généraux… L’agiotage avait gagné toutes les classes, la griserie de la mascarade anéantissait les idées nobles dans tous ces cerveaux. Les Écrouelleux, les Inconcevables, des Merveilleux, le menton caché dans leurs cravates démesurées, maudissaient le gouvernement des Directeurs, méconnaissaient le mérite de nos soldats, disant d’un air affadé : Pa’ole victimée, cela ne peut pas du’er !

(Octave Uzanne, La Française du siècle)

Électrocution

France, 1907 : Mise à mort par l’électricité ; néologisme. Ce système, adopté par les Yankees, ne semble pas avoir donné les résultats les plus satisfaisants, puisqu’il a été prouvé qu’un condamné exécuté ainsi prouvait être ranimé à l’aide d’un traitement usité dans les cas d’asphyxie.

L’évidence est donc aussi que l’électrocution ne tue pas et que, pour mettre à mort, il faut la doubler d’un procédé qui produise une lésion mortelle, rupture ou section de la moelle allongée, par exemple, par pendaison ou décapitation. C’est la condamnation formelle de l’emploi des courants électriques, la mise à mort devant être, si possible, instantanée.
Il y a maintenant apparence que le scandale va cesser et que les Yankees retourneront à leur corde.

(Courrier de Londres)

Ce procédé, dont l’application a fait travailler le cerveau de tous les criminalistes européens, n’est certes pas appelé chez nous — du moins, nous l’espérons — à jouer un rôle quelconque. On a multiplié les discussions, entassé les mémoires, fait un appel aux savants de toutes les nationalités, pour aboutir à un résultat négatif. Il est surabondamment démontré que ce genre de mort est le plus barbare, le plus épouvantable qu’il soit possible de faire endurer à un patient. À la dernière électrocution qui a eu lieu, de nombreux spectateurs se sont évanouis, paraît-il, et tous ont remporté cette conviction que les procédés d’exécution de la vieille Europe valaient encore mieux que la cruelle invention de la jeune Amérique.

(Dr G. Legué)

Embrouillarder (s’)

Rigaud, 1881 : Sentir les premières vapeurs alcooliques monter au cerveau.

France, 1907 : S’enivrer.

En avoir dans la caboche

France, 1907 : Être entêté, obstinément stupide, avoir le cerveau fêlé.

Le proverbe vient d’un nominé Caboche, boucher de Paris, qui fut un des principaux chefs de tous les autres bouchers qui se mutinèrent sous le règne de Charles VI. Pendant la démence de ce prince, ceste canaille tenoit le party de Jean de Bourgogne, pour lequel ils estoient si zélés, et leur insolence alla si loin qu’ils forcèrent Charles, Dauphin de France, de prendre le chaperon blanc, qui estoit la marque et la livrée de leur faction, et tuèrent et firent périr plusieurs personnes de distinction qui estoient du party contraire au duc de Bourgogne. De la folie et de l’entestement de Caboche est venu ce proverbe, que l’on a appliqué à ceux qui ont la teste blessée.

(Histoire de France, par Duhaillan)

Enbonnetdecotonner (s’)

Delvau, 1866 : v. réfl. Prendre des allures bourgeoises, mesquines, vulgaires. Argot des gens de lettres.

France, 1907 : S’embourgeoiser, s’atrophier les idées. Se couvrir le cerveau d’un éteignoir.

Enchiferné

Delvau, 1866 : adj. Enrhumé du cerveau. Enchifrené, vaudrait peut-être mieux, mais le peuple est autorisé à dire comme on disait au XVIIe siècle.

France, 1907 : Enrhumé du cerveau.

Enchiffrener

d’Hautel, 1808 : Être enchiffrené. Avoir le nez embarrassé ; être enrhumé du cerveau.

Enfluxionné

France, 1907 : Enchifrené, enrhumé du cerveau.

Enrhumé du cerveau

Virmaître, 1894 : Allusion au nez qui coule sans cesse. Mais ce n’est pas du nez qu’il s’agit (Argot du peuple). V. Lazzi-loff.

Rossignol, 1901 : Voir chaude lance.

Éplucheur

d’Hautel, 1808 : Un grand éplucheur de mots. Pédant qui s’applique à relever les fautes les plus légères ; ce qui est la marque ordinaire d’un petit esprit, d’un cerveau étroit.

Être à jeun

Delvau, 1866 : Être vide, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des choses aussi bien qu’à propos des gens, au sujet d’un sac aussi bien qu’au sujet d’un cerveau. Avoir la sacoche à jeun. N’avoir pas le sou.

Faire chapelle

Virmaître, 1894 : Écarter les jambes et retrousser ses jupes pour se chauffer devant le feu. Une accouplée se chauffe de cette manière, l’autre qui la regarde lui dit :
— Fais-le assez cuire car je ne l’aime pas saignant (Argot des filles). N.

Virmaître, 1894 : Il existe une catégorie d’individus certainement malades du cerveau, car leur passion idiote ne peut autrement s’expliquer. Ils s’arrêtent devant la devanture des magasins ou travaillent les jeunes filles, généralement des modistes, ils entr’ouvrent leur paletot, en tenant un pan de chaque main et font voir ce que contient leur culotte déboutonnée. Ces cochons opèrent également dans les jardins publics ou jouent les petites filles. Ce n’est pas la police correctionnelle qu’il leur faudrait mais bien un cabanon à Charenton. On les nomme aussi des exhibitionnistes, de ce qu’ils font une exhibition (Argot du peuple).

France, 1907 : « Il existe, dit Charles Virmaître, une catégorie d’individus certainement malades du cerveau, car leur passion idiote ne peut autrement s’expliquer. Ils s’arrêtent devant la devantures des magasins où travaillent les jeunes filles, généralement des modistes, ils entr’ouvrent leur paletot, en tenant un pan de chaque main et font voir ce que contient leur culotte déboutonnée. Ces cochons opèrent également dans les jardins publics où jouent les petites filles… On les nomme Aussi des exhibitionnistes, de ce qu’ils font une exhibition. » Cela s’appelle faire chapelle. Voir Chapelle.

Faire l’article

Delvau, 1866 : v. a. Vanter sa marchandise, — dans l’argot des marchands. Parler de ses titres littéraires, — dans l’argot des gens de lettres. Faire étalage de ses vices, — dans l’argot des petites dames.

France, 1907 : Vanter une chose, faire ressortir ses qualités, à l’instar des marchands qui offrent un article dont ils veulent se défaire et qu’ils vantent d’autant plus qu’il est difficile à placer.

— Vous cherchiez à me séduire par l’espoir de joies libertines que le mariage ne connait point. Vous vous vantiez — oh ! de quelle discrète et spirituelle façon — de n’être pas un amant ordinaire, borné à ces grossières façons de contenter les femmes qui sont à la porté du moindre capitaine. Vous saviez (disiez-vous) les mystérieuses incantations par où l’amant envoûte le cerveau et l’âme même de l’aimée, lui fait vivre mille amours en un seul, et se transforme lui-même en mille amants. Si j’ose m’exprimer si bassement à propos de vos mérites, mon pauvre Pierre, vous faisiez l’article non sans adresse… Je suis convaincue, d’ailleurs, que la réclame n’était point mensongère, et que vous devez être effectivement ce que vous annoncez : un artiste de l’amour.

(Marcel Prévost, Le Journal)

Farder (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se griser, — par allusion aux rougeurs que l’ivresse amène sur le visage en congestionnant le cerveau.

France, 1907 : Se griser.

Fêlé (avoir le coco)

Rigaud, 1881 : Avoir le cerveau dérangé.

Fièvre cérébrale

Vidocq, 1837 : s. f. — Accusation dont le résultat, si elle est prouvée, doit être l’application de la peine de mort.

Larchey, 1865 : Accusation entraînant la perte de la tête (Vidocq). — Jeu de mots.

Delvau, 1866 : s. f. Condamnation à mort, — dans l’argot des assassins, à qui cela doit donner en effet le transport au cerveau, et même le delirium tremens.

Rigaud, 1881 : Accusation capitale, — dans l’ancien argot. — Aujourd’hui dans le monde des voleurs, fièvre typhoïde et vérole noire ont le même sens. — Redoublement de fièvre cérébrale, nouveau témoignage très grave à la charge de l’accusé.

La Rue, 1894 : Accusation entraînant la peine capitale.

Virmaître, 1894 : Condamné à mort. Il meurt en effet subitement (Argot des voleurs).

France, 1907 : Condamnation à mort.

Fin de siècle

France, 1907 : Qualificatif imbécile employé à toutes sauces, désignant généralement le nec plus ultra, l’outrance, la décadence artistique, morale. Le fin de siècle, c’est le plus idiot boudiné, la fille la plus excentrique, la femme la plus dénuée de préjugés, l’enfant le plus insolent et le plus mal élevé. J’ai dit ce qualificatif imbécile, puisque les siècles sont une division arbitraire du temps qui n’a ni commencement ni fin.

Notre pauvre humanité a mal à la vie, et malheureusement ce ne sont ni les boulevards, ni les squares, ni l’éclairage à l’électricité, ni les trains-éclairs, ni les maisons chauffées au calorifère, ni le téléphone, et tous les et cætera dont le progrès l’a dotée, qui peuvent la guérir de ce mal-là. Aussi, allons patiner au Bois, pendant que les lacs sont gelés, et occupons-nous d’être bel et dûment fin de siècle.

(Gil Blas)

Il dépassait le but, devenant fringant et coquet, abusant outrageusement des cosmétiques et des coups de fer au chapeau et à la moustache, innovant cravates inouïes, bouleversant l’armoire aux chemises et s’instituant boudiné et fin de siècle.

(Marc Anfosse)

Pour moi, j’ai beau ne m’être jamais aventurée sur l’ombre d’un vélocipède, je n’en suis pas moins une jeune fille fin de siècle, détestablement élevée.

(Fernand Berolaud)

C’était une petite fin de siècle, curieuse et détraquée, désirant connaître, avant vingt ans tous les mystères de la passion ; une de ces femmes que le danger fascine, qui convoitent le fruit défendu, comme la seule joie tentatrice et digne de leurs cerveaux raffinés.

(Sapho, La Lanterne)

Gogo

d’Hautel, 1808 : Avoir de tout à gogo. Pour avoir abondamment tout ce que l’on peut désirer ; être très à son aise ; être à même de se procurer les jouissances de la vie.

Larchey, 1865 : Dupe, homme crédule, facile à duper. — Abréviation du vieux mot gogoyé : raillé, plaisanté. V. Roquefort. — Villon paraît déjà connaître ce mot dans la ballade où il chante les charmes de la grosse Margot qui…Riant, m’assit le point sur le sommet, Gogo me dit, et me lâche un gros pet.

C’est en encore ces gogos-là qui seront les dindons de la farce.

(E. Sue)

Avec le monde des agioteurs, il allèche le gogo par l’espoir du dividende.

(F. Deriège)

Delvau, 1866 : s. m. Homme crédule, destiné à prendre des actions dans toutes les entreprises industrielles, même et surtout dans les plus véreuses, — chemins de fer de Paris à la lune, mines de café au lait, de charbon de bois, de cassonnade, enfin de toutes les créations les plus fantastiques sorties du cerveau de Mercadet ou de Robert Macaire. À propos de ce mot encore, les étymologistes bien intentionnés sont partis à fond de train vers le passé et se sont égarés en route, — parce qu’ils tournaient le dos au poteau indicateur de la bonne voie. L’un veut que gogo vienne de gogue, expression du moyen âge qui signifie raillerie : l’autre trouve gogo dans François Villon et n’hésite pas un seul instant à lui donner le sens qu’il a aujourd’hui. Pourquoi, au lieu d’aller si loin si inutilement, ne se sont-ils pas baissés pour ramasser une expression qui traîne depuis longtemps dans la langue du peuple, et qui leur eût expliqué à merveille la crédulité des gens à qui l’on promet qu’ils auront tout à gogo ? Ce mot « du moyen âge » date de 1830-1835.

Rigaud, 1881 : Niais, nigaud ; abréviation et redoublement de la dernière syllabe de nigaud. Gogo pour gaudgaud. — Quelques écrivains l’ont, par raillerie, employé comme synonyme d’actionnaire. C’est le nom d’un actionnaire récalcitrant dans la pièce de Robert-Macaire.

La Rue, 1894 : Niais, dupe.

France, 1907 : Homme crédule, dupe, proie des gens d’affaires et des lanceurs d’affaires ; du vieux français gogaille, sottise, simplicité, « Paris est peuplée de gogos. » M. Gogo est un personnage de Robert Macaire et passa dans la circulation à l’époque de la grande vogue de cette pièce, c’est-à-dire de 1830 à 1835, mais le mot existait déjà depuis longtemps, puisqu’on le trouve dans une ballade de François Villon, où, raconte-t-il, la grosse Margot,

Riant, m’assit le poing sur le sommet,
Gogo me dit, et me lâche un gros pet.

En 1844, Paul de Kock donna un roman sous le titre : La Famille Gogo, et sous le même titre, en 1859, un vaudeville en cinq actes.

Avez-vous vu jouer Robert Macaire ? ou avez-vous lu ? Car il y a, sous des titres divers, Robert Macaire, pièce, et Robert Macaire, roman. Avant même que l’inventeur de cette extraordinaire et féroce bouffonnerie, inventeur resté mystérieux, — je ne m’en tiens pas aux auteurs qu’affirmait l’affiche ou la couverture, et, en tout cas, ils ont eu pour collaborateur quelqu’un qui avait plus de génie que Benjamin Entier et même que Frédérick-Lemaître. M. Tout-le-Monde ! — avant même que cette atroce farce eût popularisé Gogo, le type, sous d’autres noms, en était banal au théâtre ; car la bêtise crédule est une des formes éternelles de l’humanité. Les dieux le savent bien, et les financiers aussi.

(Catulle Mendès)

Vers minuit, la partie commençait à devenir sérieuse ; à peine si la rumeur du boulevard produisait une légère émotion parmi les membres présents, pour la plupart desquels le mot de patrie n’existe pas, car la patrie pour eux, c’était le pays où l’on peut, le plus impunément, détrousser le gogo d’une façon quelconque.

(Théodore Cahu, Vendus à l’ennemi)

Attaquer une diligence,
En ce temps de chemins de fer,
Impossible. On met, c’est moins cher
Monsieur Gege dans l’indigence,
On pousse d’infectes valeurs,
Des métaux on annonce l’ère…
C’est bien mesquin. Tout dégénère
Aujourd’hui, — même les voleurs.

(Don Caprice, Gil Blas)

Les aventures d’Arton, aussi bien dans le monde de la finance que dans le monde galant, sont banales, et mille Parisiens les ont vécues. Seulement, lui les a vécues toutes ensemble. Il brassait les affaires comme il embrassait ses maîtresses, vingt-deux à la fois. Ce fut un type. Il a sombré — tandis que plusieurs de ses collègues en escroquerie, plusieurs de ceux qui, dans cette gigantesque odyssée du Panama, se sont enrichis avec la bonne galette des gogos, tiennent aujourd’hui le haut du pavé, font de la poussière, commanditent celui-ci, asservissent celui-là, bavardent avec les ministres et consentent à ce que certains députés et certains journalistes ramassent les miettes de leur table.

(Pédrille, L’intransigeant)

Gros bonnet

France, 1907 : Personnage important, haut fonctionnaire, budgétivore de marque. Que de gros bonnets coiffant des cerveaux vides, que de crétins chamarrés et couverts de distinctions honorifiques, que de gourdes mitrées !

Tous les gros bonnets, dont on n’imprime le nom dans les journaux qu’avec l’épithète d’éminent ou de distingué, — des économistes qui étaient artivés à l’Institut pour avoir visité toutes les geôles de l’Europe et des deux Amériques, des statisticiens qui vous auraient dit, à un haricot près, ce qui se consomme dans les bagnes du monde entier, — tous les gens graves et compétents étaient d’accord sur ce point que, pour transformer en petits saints les enfants voleurs et vagabonds, il n’y a rien de tel que la vie pastorale, que les travaux de la campagne.

(François Coppée, Le Coupable)

Guiche

La Rue, 1894 : Souteneur. Bal.

France, 1907 : Souteneur.

C’est un guiche, c’est-à-dire un jeune homme aux mains blanches, à l’accroche-cœur, l’Adonis des nymphes des musettes, quand ce n’est pas une tante !… La moitié des crimes qui se commettent à Paris est conçue par le cerveau des guiches…

(Les Mémoires de M. Claude)

On dit aussi dans le même sens : mec de la guiche, chevalier de la guiche.

Guitare (avoir une sauterelle dans la)

Boutmy, 1883 : v. Avoir le cerveau un peu détraqué. V. hanneton.

Hanneton

d’Hautel, 1808 : (l’h s’aspire).
Ils se tiennent par le cul comme des hannetons. Se dit des gens qui font clique et coterie ; qui sont toujours ensemble.
Il est étourdi comme un hanneton. Se dit d’un jeune écervelé, d’un homme qui agit inconsidérément.
Le peuple n’aspire point l’h, et dit au pluriel, des zannetons.

Delvau, 1866 : s. m. Manie quelconque, idée fixe, — dans l’argot de Breda-Street, où les hannetons hommes viennent d’eux-mêmes s’attacher le fil à la patte. Avoir un hanneton dans le plafond. Être fou de quelqu’un ou de quelque chose. Les voyous anglais ont une expression analogue : To have a bee in his bonnet (avoir une abeille dans son chapeau), disent-ils.

Rigaud, 1881 : Monomanie, idée fixe. On dit de quelqu’un qui est tourmenté d’une idée aussi fixe que saugrenue : « Encore son hanneton qui le travaille ». Celui qui a un hanneton dans le plafond est hannetonné, c’est-à-dire qu’il a la tête fêlée.

Boutmy, 1883 : s. m. Idée fixe et quelquefois saugrenue. Avoir un hanneton dans le plafond, c’est avoir le cerveau un peu détraqué. On dit aussi, mais plus rarement Avoir une sauterelle dans la guitare et une araignée dans la coloquinte. Le hanneton le plus répandu parmi les typographes c’est, nous l’avons déjà dit, la passion de l’art dramatique. Dans chaque compositeur il y a un acteur. Ce hanneton-là, il ne faut ni le blâmer ni même plaisanter à son sujet ; car il tourne au profit de l’humanité. Combien de veuves, combien d’orphelins, combien de pauvres vieillards ou d’infirmes doivent au hanneton dramatique quelque bien-être et un adoucissement à leurs maux ! Mais il en est d’autres dont il est permis de rire. Ils sont si nombreux et si variés, qu’il serait impossible de les décrire ou même de les énumérer ; comme la fantaisie, ils échappent à toute analyse. On peut seulement en prendre quelques-uns sur le fait. Citons, par exemple, celui-ci : Un bon typographe, connu de tout Paris, d’humeur égale, de mœurs douces, avait le hanneton de l’improvisation. Quand il était pris d’un coup de feu, sa manie le talonnant, il improvisait des vers de toute mesure, de rimes plus ou moins riches, et quels vers ! Mais la pièce était toujours pathétique et l’aventure tragique ; il ne manquait jamais de terminer par un coup de poignard, à la suite duquel il s’étendait lourdement sur le parquet. Un jour qu’il avait improvisé de cette façon et qu’il était tombé mort au milieu de la galerie de composition, un frère, peu touché, se saisit d’une bouteille pleine d’eau et en versa le contenu sur la tête du pseudo Pradel. Le pauvre poète se releva tout ruisselant et prétendit à juste raison que « la sorte était mauvaise ». C’est le hanneton le plus corsé que nous ayons rencontré et on avouera qu’il frise le coup de marteau. Un autre a le hanneton de l’agriculture : tout en composant, il rêve qu’il vit au milieu des champs ; il soigne ses vergers, échenille ses arbres, émonde, sarcle, arrache, bêche, plante, récolte. Le O rus, quando ego te aspiciam ? d’Horace est sa devise. Parmi les livres, ceux qu’il préfère sont la Maison rustique et le Parfait Jardinier. Il a d’ailleurs réalisé en partie ses désirs. Sa conduite rangée lui a permis de faire quelques économies, et il a acquis, en dehors des fortifications, un terrain qu’il cultive ; malheureusement ce terrain, soumis à la servitude militaire, a été saccagé par le génie à l’approche du siège de Paris. Vous voyez d’ici la chèvre ! Un troisième a une singulière manie. Quand il se trouve un peu en barbe, il s’en va, et, s’arrêtant à un endroit convenable, se parangonne à l’angle d’un mur ; puis, d’une voix caverneuse, il se contente de répéter de minute en minute : « Une voiture ! une voiture ! » jusqu’à ce qu’un passant charitable, comprenant son désir, ait fait approcher le véhicule demandé. Autre hanneton. Celui-ci se croit malade, consulte les ouvrages de médecine et expérimente in anima sua les méthodes qu’il croit applicables à son affection. Nous l’avons vu se promener en plein soleil, au mois de juillet, la tête nue, et s’exposer à une insolation pour guérir des rhumatismes imaginaires. — Actuellement, son rêve est de devenir… cocher. Un de nos confrères, un correcteur celui-là, a le hanneton de la pêche à la ligne. Pour lui, le dimanche n’a été inventé qu’en vue de ce passe-temps innocent, et on le voit dès le matin de ce jour se diriger vers la Seine, muni de ses engins. Il passe là de longues heures, surveillant le bouchon indicateur. On ne dit pas qu’il ait jamais pris un poisson. En revanche, il a gagné, sur les humides bords des royaumes du Vent, de nombreux rhumes de cerveau.

France, 1907 : Idée baroque, saugrenue on simplement idée fixe, dans l’argot des typographes. Le hanneton est ce que, dans l’argot de tout le monde, on appelle le dada.

À la suite de l’exposé de ce hanneton qui a produit le plus grand effet, une discussion bruyante, raisonnée, mais peu raisonnable, s’engage entre les diverses parties de l’atelier.

(Décembre-Alonnier, Typographes et gens de lettres)

France, 1907 : Personne étourdie, qui va donner tête baissée et sans réfléchir dans tous les potins et toutes les aventures. Maladroit sans réflexion.

Nous disons volontiers de certaines personnes dont les façons étourdies ne nous agréent pas : « C’est un hanneton ! Ce n’est qu’un hanneton ! » En politique, cette espèce de hanneton est très répandue. Les moins mauvais parmi les boulangistes étaient des hannetons. Que de fois on a dit, en parlant de MM. Turquet et Laur : « Pas méchants, mais quels hannetons ! »

(Léon Bernard-Derosne, Gil Blas)

Avoir un hanneton dans le plafond, être un peu timbré.

Jouer à la petite femme, au petit mari

France, 1907 : Imiter papa et maman, même dans les actes les plus secrets, accomplis imprudemment lorsque l’on croit les enfants endormis.

Lorsque nous voyons des bébés roses, les joues encore barbouillées de confiture, jouer à la « petite femme » et au « petit mari », nous trouvons cela délicieux, sans faire attention que cette parodie naïve dénote une observation persistante et aigue dont les effets peuvent laisser, en de jeunes et tendres cerveaux, d’indélébiles traces.

(Pierre Domerc, La Nation)

Jus

d’Hautel, 1808 : Il est dans son jus. Manière triviale de dire qu’une personne grasse est toute en sueur.
Un tire jus. Pour dire un mouchoir ; ce qui sert à essuyer les évacuations du cerveau.
C’est jus verd ou verd jus. Pour dire, c’est tout un, c’est absolument la même chose.

Delvau, 1866 : s. m. Grâce, élégance, bon goût, — dans l’argot des faubouriens, pour qui certaines qualités extérieures, naturelles ou acquises, sont la sauce de certaines qualités de l’âme. Avoir du jus. Avoir du chic, de la tournure. Être d’un bon jus. Être habillé d’une façon grotesque, ou avoir un visage qui prête à rire.

Delvau, 1866 : s. m. Profit, bénéfice que rend une affaire.

Rigaud, 1881 : Élégance, — dans le jargon des gommeux qui ont voulu donner un pendant au mot chic. (V. Juteuse).

Fustier, 1889 : Voici un mot qui, en argot, a plusieurs sens et notamment deux acceptions bien opposées. On le trouve, en effet, dans Delvau et Larchey comme synonyme de vin, mais il sert aussi à désigner l’eau. Je l’ai plusieurs fois entendu prononcer avec ce dernier sens. Les uns disaient jus de grenouille et les autres jus, tout court.

L’autre le suit, l’empoigne par sa ceinture et le lance dans la Seine en disant : Va dans le jus.

(Galette des Tribunaux, août 1884)

La Rue, 1894 : Élégance. Eau. Vin.

France, 1907 : Élégance, bon goût. « Cette fille a du jus », c’est-à-dire du chic. Faire du jus, faire de l’embarras.

France, 1907 : Profit, bénéfice d’une affaire. Les gens de loi cherchent à faire rendre le plus de jus à la cause qu’on leur confie.

France, 1907 : Vin ; eau-de-vie.

Gimanton, le garde d’écurie du troisième peloton, jugea le moment propice pour aller boire son jus, remonter dans sa chambrée y prendre sa part du café matinal.

(F. Vandérem)

Luire

La Rue, 1894 : Cerveau. Signifie aussi joli.

Mannezingue

Delvau, 1866 : s. m. Cabaret ; marchand de vin, — dans l’argot des faubouriens, qui n’emploient ce mot que depuis une trentaine d’années. On dit aussi Minzingouin et Mannezinguin.
Voilà un mot bien moderne, et cependant les renseignements qui le concernent sont plus difficiles à obtenir que s’il s’agissait d’un mot plus ancien. J’ai bien envie de hasarder ma petite étymologie : Mannsingen, homme chez lequel on chante, le vin étant le tirebouchon de la gaieté que contient le cerveau humain.

La Rue, 1894 / Rossignol, 1901 : Marchand de vin.

France, 1907 : Marchand de vin : c’est-à-dire homme du zing : man-zing, à moins qu’il ne faille s’en rapporter à l’étymologie donnée par Delvau, qui ferait de mannezingue un mot tout à fait germanique : Mannsingen, homme chez lequel on chante, le vin étant, dit-il, Le tire-bouchon de la gaieté que contient le cerveau humain.

Les mannezingues ont toutes les audaces.
L’un d’eux, l’autre jour, dans le quartier Montmartre, voulant se donner tout le temps nécessaire pour faire des mouillages abondants, a pris le parti de fermer sa boutique.
Et les passants ont pu lire ces mots écrits à la craie sur la devanture :
« Fermé pour cause de baptême. »

(Le Journal)

J’suis républicain socialisse,
Compagnon, radical ultra,
Révolutionnaire, anarchisse,
Eq’cœtera… eq’cœtera…
Aussi j’vas dans tous les métingues,
Jamais je n’rate un’ réunion.
Et j’pass’ mon temps chez les mann’zingues
Oùs qu’on prêch’ la révolution.

(Aristide Bruant)

Marianne

Delvau, 1866 : s. f. La République, — dans l’argot des démocrates avancés. Avoir la Marianne dans l’œil. Clignoter des yeux sous l’influence de l’ivresse.

Rigaud, 1881 : Prénom de la vraie République des faubourgs, la République coiffée du bonnet phrygien, la République aux « puissantes mamelles » chantée par Barbier.

C’est la Marianne qui a pris possession de l’Elysée et de nos administrations, et c’est la Marianne qu’adoptent en ce moment toutes nos municipalités.

(Petite République Franc. 24 fév. 1880)

Ce prénom, si commun chez les femmes du Midi, lui a été donné d’abord dans le Midi comme un hommage et un souvenir, puis adopté par toute la France.

France, 1907 : La République rouge.

Elle est plus maligne que notre pauvre Marianne, cette forte Église apostolique et romaine qui implante l’un de ses représentants partout où il y a un certain nombre d’âmes réunies. Elle ne laisse pas le moindre troupeau d’ouailles sans berger. Aussi, vous voyez comme elle tient le monde ! Elle a les petits, les pauvres et les faibles. Elle a tous les villages et leurs hameaux. Oh ! l’étonnante, l’admirable organisation que celle du clergé ! Songez que plus d’un siècle après Voltaire et la Révolution, on construit encore, du ponant au levant et du nord au sud, partout, toujours, de plus en plus, des basiliques et des basiliquettes sur le territoire de la… démocratie scientifique, et qu’il y a pas un périmètre de deux hectares peut-être qui ne fleurisse sa boîte à messe et à prêche, avec, autour, le presbytère et la cure.

(Émile Bergerat)

On m’interrompait fréquemment pour trinquer à la santé de Marianne. Le vin me montait au cerveau… J’étais sons le coup d’une triple ivresse : celle du patriotisme, celle du vin, celle de l’amour.

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

Brusquement, une génération s’est levée, qui ne s’enivre que de bocks idéaux, ne connait d’autre maîtresse que la Marianne ; et en elle revivent les sentiments généreux, les soucis altiers, les nobles abnégations des jeunesses de 1830 et 1869, dont le souvenir est si justement légendaire.

(Joseph Caraguel)

Mon nom à moi, c’est Marianne,
Un nom connu dans l’univers,
Et j’aime à porter d’un air crâne
Mon bonnet rouge de travers.

Monté (être)

France, 1907 : Être exalté.

Je ne défends pas ces exagérations de forme, — je les ai en grippe. Littérairement et socialement je les juge mauvaises, pensant que quand on se mêle de parler au peuple, il faut lui faire l’honneur de lui parler comme à un souverain et pas comme à un voyou.
Mais ce garçon est jeune, encore une fois, exalté, avec les belles fougues des débuts. Puis il s’est bourré le cerveau, comme un pistolet trop chargé, avec les sentences de celui-ci, les oracles de celui-là. Bref, il est monté.

(Jacqueline, Gil Blas)

Monter un bateau

Virmaître, 1894 : Faire croire à une affaire imaginaire ; présenter à des niais un projet de mise en actions pour exploiter une fonderie de pavés ou une filature de pains de sucre. Monter un bateau, synonyme de monter le coup (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Faire croire à un ami une chose qui n’existe pas.

Hayard, 1907 : Tromper.

France, 1907 : Tromper.

Qui qui fait percer des canaux et des isthsses ?
Ah ! mes bons amis, c’est les capitalisses.
Si les anarchiss’s avaient des capitaux,
À l’actionnaire i’s mont’rai’nt les mêm’s bateaux.

(Jules Jouy)

On dit aussi promener en bateau.

— Avant que la destinée eût fait de moi un escroc, j’étais un simple fumiste. Disons qu’un escroc est un fumiste intéressé, ou que la fumisterie, c’est de l’escroquerie à blanc. Il n’y a pas de joie plus délicate que celle de charrier les gens.
Mme Tamanoir. — Charrier ?
Henri. — Charrier ou promener en bateau. Je vais, tout à l’heure, promener un jeune homme en bateau, mais non pas à l’œil, et j’attends de lui un copieux salaire… Voilà des gens qui sortent de la Banque…. Allons, me voici devenu un pauvre musicien de théâtre. Je lui offrirai des billets. Les jeunes Parisiens aiment les billets de théâtre. Ce jeune homme, qui entre au restaurant, n’est pas mal. Il a un binocle et un petit cerveau. Au revoir, maman. Le dîner à sept heures ? J’espère vous rapporter du dessert.

(Tristan Bernard)

Moussaillon

France, 1907 : Diminutif de mousse. Sobriquet donné aux aspirants de marine.

Tout le temps où il ne dormait pas, où il n’était pas à table, où il ne courait pas derrière les jupes d’une gamine, s’écoulait à dresser ainsi ses oiseaux, à leur enfoncer dans le cerveau des exclamations de caserne, des brailleries de beuglant. Cet élevage difficile lui servait à payer ses frais d’amour, à acquitter ses dettes dans les alcôves nombreuses où il s’attardait de ci de là, comme s’il avait eu encore des reins souples de moussaillon.

(Mora, Gil Blas)

Pour combattre la flotte anglaise
Comme il faut plus d’un moussaillon,
J’en f’rons deux à ma Paimpolaise
En rentrant au pays breton !

(Théodore Botrel, La Paimpolaise)

Onze heures (bouillon d’)

France, 1907 : Bouillon empoisonné, drogue qui achève le moribond.

C’est de l’Hôtel-Dieu qu’est partie la légende du bouillon d’onze heures. Un malade amené un soir, vers 5 heures, fut couché puis, suivant l’usage, l’interne de service, escorté d’un infirmier, vint pour le questionner et donner les prescriptions urgentes. Le malade, imbu des préjugés qu’on a ordinairement contre l’hôpital, attendait anxieux : il repassait dans sa mémoire toutes les histoires lugubres qu’on débite à tort et à travers ; il se disait : « La salle est pleine, j’arrive le dernier, on va sans doute, pour se débarrasser de moi, me faire mourir. » Il répondit en tremblant aux questions de l’interne. Celui-ci, voyant un homme plein de vie, plus malade du cerveau que du corps, ordonna un bouillon, et ajouta : « Vous donnerez le bouillon d’onze heures. » Dans la nuit, le malade mourut subitement. Depuis cette époque, le bouillon d’onze heures est légendaire dans les hôpitaux, et l’on emploie cette expression pour dire que l’on se débarrasse des gens à volonté.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Pavillon

Ansiaume, 1821 : Fou.

Il est pavillon ou je ne m’y connois pas.

un détenu, 1846 : Fou.

Larchey, 1865 : Fou, homme dont les idées flottent tous les vents comme un pavillon. — Pavillonner : Deviser joyeusement, plaisanter, déraisonner.

On renquillera dans la taule a mesigue pour refaiter gourdement, et chenument pavillonner, et picter du pivois sans lance.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. et adj. Fou, — dans l’argot des faubouriens.

La Rue, 1894 : Fou. Mensonge fait sans nécessité.

France, 1907 : Évaporé, tête folle, cerveau versatile qui n’a pas d’idée fixe, qui tourne à tous les vents comme un pavillon.

Plafond

Delvau, 1866 : s. m. Crâne, cerveau, — dans l’argot des faubouriens. Se crever le plafond. Se brûler la cervelle.

La Rue, 1894 : Tête. Front.

France, 1907 : La tête, plus spécialement l’intérieur du crâne. Ne s’emploie guère que dans cette expression : Avoir une araignée dans le plafond, être excentrique, toqué, un peu fou.

— Voilà encore un de nos jolis toqués, disait l’un d’eux à demi-voix.
— Il a une belle araignée dans le plafond, murmurait un autre.

(Philippe Audebrand)

On dit aussi avoir des trichines dans le plafond.

Poser un ramoll

Fustier, 1889 : Argot des voyous non conformistes qui désignent ainsi la mise en action de certaine pratique honteuse dont parle le livre du Dr Tissot, et sur laquelle il est inutile d’insister. Cette expression, véritablement imagée, fait songer au ramollissement du cerveau ou de la moelle épinière dont finissent par être atteints la plupart du temps les disciples d’Onan.

Pot (vol au)

Vidocq, 1837 : Le vol au pot est une variété de Charriage. L’un des Potiers aborde un individu sur la voie publique, et trouve moyen de lier conversation avec lui ; lorsque la connaissance est faite, celui des Potiers qui doit jouer le principal rôle, la figure, aborde celui que son acolyte a emporté, et lui demande, dans un jargon qu’il est très-difficile de comprendre, le chemin qui conduit au Jardin des Bêtes. Le Pantre, qui presque toujours est un provincial récemment débarqué à Paris, que les fripons ont deviné à la mine, ne peut pas lui enseigner ce qu’il demande, le Jardinier se charge de ce soin, mais l’Américain ne peut pas, ou plutôt ne veut pas le comprendre, et témoigne le désir d’être conduit au lieu qu’il désigne, et il parvient à faire comprendre aux deux individus auxquels il s’adresse qu’il saura payer généreusement ce léger service ; sa proposition est acceptée, et les trois individus cheminent de compagnie. Chemin faisant, l’Américain raconte à ses deux compagnons une foule d’histoires plus merveilleuses les unes que les autres, il parle des châteaux qu’il possède dans son pays, de son immense fortune, etc. ; pour donner plus de poids à ses paroles, il tire de sa poche une bourse pleine d’or, et le provincial finit par croire qu’il parle à un individu plus riche que Sindbad le marin.
L’Américain paraît doué du plus heureux caractère ; il rit et chantonne sans cesse, et à chaque coin de rue il invite ses conducteurs à prendre quelque chose ; bientôt le vin et les liqueurs paraissent agir sur son cerveau, son humeur devient plus guillerette encore. « Moi fouloir aller rire avec cholies demoiselles françaises, dit-il, fous fouloir pien contuire moi ; moi bayer pour fous. » Le Pantre, qui a bu plus de vin que sa capacité n’en comporte, accepte la proposition avec empressement. L’itinéraire est changé : ce n’est plus vers le Jardin du Roi que les trois compagnons se dirigent, mais bien vers quelque maison dans laquelle, moyennant finance, il soit permis de mener bonne et joyeuse vie. (Il faut remarquer que ce n’est que dans un lieu écarté que l’Américain risque sa proposition.) « Moi bas fouloir aller chez les matemoiselles avec tout mon archent, moi fouloir cacher lui, » dit-il. Et il dépose sous un tas de pierres tout l’or qu’il a sur lui. « Cachez tout ce que vous voudrez, dit le Jardinier en haussant les épaules. » Lorsque l’Américain a terminé son opération, il est prêt à partir, et l’on se dispose à se remettre en marche, mais il se ravise, et il invite ses deux compagnons à suivre son exemple. Le Jardinier dépose quelques pièces de cinq francs à côté de l’or de l’Américain, et le Pantre suit son exemple ; mais, comme ses poches sont bien garnies, la somme qu’il dépose est beaucoup plus considérable.
Le Pantre, le Jardinier et l’Américain, partent enfin, mais lorsqu’ils sont à une distance assez considérable du lieu où l’argent a été déposé, l’Américain s’arrête tout-à-coup, se frappe les poches et s’écrie : « Moi bas afoir gardé de quoi bayer les matemoiselles, vous aller chercher cinq pièces d’or, nous attendre fous ici, fous vous débécher. » Le Pantre, qui très-souvent a conçu le projet de s’approprier le magot de l’étranger, s’empresse d’accepter la proposition, et, comme on le pense bien, il ne trouve rien dans la cachette ; un troisième fripon a enlevé son argent et les faux rouleaux déposés par l’Américain.
Les Charrieurs s’adressent souvent à des garçons de recette ou de magasin.
Que les négocians intiment à ceux qu’ils emploient l’ordre formel de ne jamais lier conversation sur la voie publique avec un inconnu, et surtout de ne jamais se laisser séduire par l’espoir de faire une opération de change avantageuse, opération qui, du reste, ne serait autre chose qu’une insigne friponnerie si elle se réalisait.

Ramolli

Delvau, 1866 : s. et adj. Imbécile, ou simplement Ennuyeux, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Imbécile ; hébété ; abruti. Celui dont l’intelligence est atrophiée par suite d’excès, celui dont le cerveau estramolli. Le jeu et les femmes contribuent à faire des ramollis. — Tas de ramollis !

La Rue, 1894 : Imbécile. Ramollot. Type d’officier abruti.

France, 1907 : Imbécile ; individu atteint d’un ramollissement cérébral.

Réverbère

Rigaud, 1881 : Tête, — dans le jargon des voyons.

Faudrait donc alors que je tape sur le réverbère ?

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

France, 1907 : Cerveau ; il éclaire. Allumer son réverbère, réfléchir. Être au réverbère, être sur ses gardes.

— Moi aussi je suis au réverbère et mes mirettes ne quitteront pas les tiennes…

(Mémoires de M. Claude)

Rhume de cerveau

Rossignol, 1901 : Voir nazillé.

Riflard

Vidocq, 1837 : s. m. — Riche.

Larchey, 1865 : Parapluie. — D’une pièce de Picard, la Petite Ville (1801), où l’acteur chargé du rôle de Riflard paraît armé d’un énorme parapluie.

Il pleuvait à verse ; elle était sous son riflard.

(Lubize)

Rigaud, 1881 : Parapluie. — D’après M. Lorédan Larchey, le nom serait dû à une pièce de Picard, la Petite Ville (1801), où l’acteur chargé du rôle de Riflard portait un énorme parapluie. Le nom de Riflard, dit M. Fr. Michel, approprié à divers personnages comiques, dans plusieurs mystères des XVe et XVIe siècles, était à lui seul une charge comique, et avait, à ce qu’il paraît, auprès du public d’alors, un succès des plus marqués.

Rigaud, 1881 : Riche. — Bourgeois, — dans l’argot des voleurs de 1830.

Rossignol, 1901 : Parapluie. On dit aussi Jaluzot.

France, 1907 : Parapluie. Ce nom devenu populaire vient d’un vaudeville de Picard, la Petite Ville, où l’un des personnages, Riflard, portait un énorme parapluie.

Lorsque je fis sa connaissance,
Il me souvient, c’était le soir ;
Elle attendait quelqu’un, je pense,
Car elle était sur le trottoir.
Le ciel était noir comm’ la suie,
Y avait d’la crotte, il tombait d’l’eau.
La p’tit’, n’ayant pas d’parapluie,
Risquait d’s’enrhumer du cerveau.
Rêvant une douce conquête,
Je m’avançai d’un air gaillard,
Disant : Acceptez, ma poulette,
Une place sous mon riflard.

(E. Héros-Keraval)

France, 1907 : Vieux soulier et, par amplification, vieux bourgeois encroûté, dénommé aussi vieille savate. Dupe. Argot faubourien.

Sans-bout

Vidocq, 1837 : s. m. — Cerceau.

Delvau, 1866 : s. m. Cerceau, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Cerveau ; argot faubourien.

Sorbonne

d’Hautel, 1808 : Pour dire, le chef, la tête.
Quand il a mis quelque chose dans sa sorbonne, le diable ne lui en feroit pas sortir. Se dit d’un homme opiniâtre, entêté.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Tête. Porter la sorbonne à Charlot, aller à l’échafaud.

Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Tête.

Larchey, 1865 : Cerveau. V. d’Hautel, 1808.

La sorbonne est la tête de l’homme vivant, son conseil, sa pensée.

(Balzac)

Date du temps où les décisions de la Sorbonne faisaient plus de bruit dans le monde intellectuel. — V. Paumer.

Delvau, 1866 : s. f. La tête, — parce qu’elle « médite, raisonne et conseille le crime ». Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Tête. Autrefois, c’était la tête sur les épaules, la tête qui pense. L’autre, la tête coupée, était la tronche. Messieurs les assassins, qui ne sont jamais sûrs de conserver cette partie si essentielle de leur individu, avaient créé deux mots pour exprimer les deux manières d’être, de la tête. Aujourd’hui sorbonne n’est guère plus usité.

Virmaître, 1894 : Tête. Vieille expression ; on lit en effet, dans la chanson du Canstel :

Des réflexions m’trottaient dans la Sorbonne. (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Tête.

France, 1907 : Tête, considérée comme réceptacle de la pensée. Voir Tronche.

Dehors, c’est drôle ! on fait bien du potin…
À l’écouter, ma sorbonne se plisse ;
Serait-ce pour aujourd’hui, cré matin ?
C’est sûr ! j’entends les pas de la police,
Et du bourreau la sinistre milice.

(Tibou, Ballade du Raccourci)

Stéatopygie

France, 1907 : Dimensions prodigieuses du derrière des femmes de certaines races nègres et principalement des Hottentotes.

Un des deux interprètes hottentots des respectables ecclésiastiques possédait une épouse du plus pur et du plus abondant hottentotisme.
Les savants sont gens curieux, par devoir professionnel, et M. Galton éprouvait le tout scientifique et impérieux désir de fixer sur ses tablettes les proportions exactes de… de… (Ah ! ma foi, vive le grec !) de la stéatopygie de la dame. Justement, celle-ci, fort coquette et très peu pudique, se tenait nonchalamment debout et sans voile, gracieusement appuyée contre un arbre. M. Galton, ignorant jusqu’au premier mot de hottentot, ne savait comment faire part à la belle de ses indiscrètes intentions. et il eût été déplorablement shocking de sa part de prier un des ministres du culte de se charger de faire sa commission. Une idée lumineuse jaillit de son cerveau, idée qui alliait de la façon la plus originale les exigences de la science et le respect de la pudibonderie britannique… il saisit son sextant et mesura des angles avec autant de gravité et d’attention que s’il se fût agi de déterminer la courbe du méridien terrestre. Jamais Delambre ni Neper n’ont prévu cette application in anima vili de la trigonométrie !

(G. de Wally, Nouvelle Revue)

Taper

d’Hautel, 1808 : Taper de l’œil. Pour dire, se laisser aller au sommeil ; dormir profondément.
Taper. Pour, répliquer ; riposter avec vivacité.
Voilà un mot bien tapé, une réponse bien tapée. Pour dire, bien appliquée ; une riposte vive et piquante.
Taper. Pour, battre, talocher, cogner ; châtier quelqu’un.

un détenu, 1846 : Fermer, frapper. Taper le chasse : fermer l’œil, c’est-à dire dormir.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Permolere uxorem, quamlibet aliam, — dans l’argot des typographes.

Delvau, 1866 : v. a. Demander de l’argent, — dans l’argot des ouvriers. Taper son patron de vingt francs. Lui demander une avance d’un louis.

Delvau, 1866 : v. a. Frapper, battre.

Delvau, 1866 : v. n. Prendre sans choisir, — dans l’argot des faubouriens. Taper dans le tas. Prendre au hasard dans une collection de choses ou de femmes. Taper sur les vivres. Se jeter avec avidité sur les plats d’une table ; manger gloutonnement. Taper sur le liquide. S’empresser de boire.

Rigaud, 1881 : Emprunter. Pour certaines gens, une demande d’argent à laquelle ils ne peuvent se soustraire équivaut à un coup qui les frappe… d’épouvante ; de là taper.

Il songea un instant à taper Théophile, mais il était déjà son débiteur de dix louis.

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Rigaud, 1881 : Étourdir, porter au cerveau. — Le vin tape sur la coloquinte.

Rigaud, 1881 : Séduire à première vue une femme. — Elle est tapée, elle en tient. C’est une abréviation de taper dans l’œil, mais applicable seulement a une femme.

La Rue, 1894 : Séduire. Étourdir. Emprunter.

Virmaître, 1894 : Taper quelqu’un, lui emprunter de l’argent. On lui refuse en lui disant également :
— Tu peux te taper.
Synonyme de : Tu peux te fouiller (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Emprunter.

Je n’ai pas d’argent, je vais taper mon ami pour qu’il m’en prête.

France, 1907 : Emprunter, généralement pour ne pas rendre ; argot populaire.

Le clergé catholique est passé maître dans l’art et dans la pratique de la mendicité. Il n’y a pas de cabotin, pas de charlatan qui sache aussi habilement que lui, soutirer pour la faire passer dans sa propre escarcelle, la bonne « galette » de ses contemporains.
Depuis vingt ans, les marchands d’oremus de la butte Montmartre ont trouvé le moyen de se faire donner par les « gogos » de l’Église romaine un nombre respectable de millions pour la construction de l’innommable bâtisse qu’ils ont consacrée au culte du sacré viscère de Jésus.
Chaque jour ce sont de nouvelles souscriptions que les frocards séculiers ou réguliers font circuler, dans toute la France, sous les prétextes les moins justifiés. Et il faut croire que le nombre des naïfs, qui se laissent taper par ces quémandeurs, est considérable, puisque leurs appels sont généralement couronnés de succès et que jamais on n’a élevé plus de chapelles et d’églises catholiques que depuis une quinzaine d’années.

(La Lanterne)

France, 1907 : Enivrer. On dit généralement taper sur la boule : « Ce vin gris qui se laisse boire comme du petit-lait, tape joliment sur la boule. »

Tartinier

Rigaud, 1881 : Rédacteur qui fait la tartine dans un journal.

France, 1907 : Fabricant de tartines politiques, scientifiques et littéraires.

N’est pas qui veut tartinier.
Il faut non pas tout savoir, mais pouvoir parler de tout à heure fixe, en deux temps trois mouvements.
Le tartinier possède toutes les questions politiques, économiques, sociales, théologiques ; Il fait ou défait l’Allemagne, rétablit la Pologne, reconstitue l’Orient, retient ou pousse les peuples, transperce celui-ci, écrase celui-là, et est toujours prêt à expectorer trois cents lignes sans respirer.
Partout où il se trouve, il écrit : il écrit sur le bout d’une table, sur son chapeau, sur son genou, et jamais d’hésitation ; la plume court, vole, sans que le cerveau ait l’air de prendre la moindre part au mouvement mécanique.

(Le Journal et les Journalistes)

Tête de pioche

Virmaître, 1894 : Individu à la tête dure qui ne veut rien apprendre. Allusion à la dureté de l’acier trempé de la pioche (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Voir tête carrée.

France, 1907 : Personne à l’intelligence rétive, au cerveau aussi dur que la terre qu’on pioche.

Timbré

d’Hautel, 1808 : Il est timbré ; c’est un cerveau timbré. C’est-à-dire, évaporé, sans cervelle, sans jugement.

Delvau, 1866 : adj. et s. Fou, maniaque, excentrique, — dans l’argot des bourgeois. Grand timbré. Extravagant aimable, fou plaisant. À l’origine, cette expression signifiait juste le contraire de ce qu’elle signifie aujourd’hui : un homme timbré était un sage, un homme ayant bonne tête.

Virmaître, 1894 : À moitié fou. Avoir reçu un coup de marteau (Argot du peuple). V. Mailloche.

Rossignol, 1901 : Fou.

Toqué

Larchey, 1865 : À moitié fou. On dit de même. ; Il a reçu un coup de marteau. C’est-à-dire : Son cerveau est bien près de se fêler.

Les collectionneurs sont toqués, disent leurs voisins.

Balzac.

V. Folichonnette.

Larchey, 1865 : Épris.

Ma chère, les hommes c’est farce ! toujours la même chanson : Une femme à soi seul ! Toqués !

(Gavarni)

Delvau, 1866 : adj. et s. Fou plus ou moins supportable ; maniaque plus ou moins aimable ; original. Argot du peuple. Le patois normand a Toquard pour Têtu.

Rigaud, 1881 : Maniaque, excentrique.

Et cependant Carnavalho n’était pas fou ; il n’était que toqué, mais de quoi ?

(R. de Beauvoir)

Celui qui est toqué a, comme on dit, la tête près du bonnet, jadis toque, toquet ; c’est-à-dire qu’il est extravagant, un peu fou.

France, 1907 : Personne à lubies, maniaque, écervelé.

Pour quelques douzaines d’hystériques, de toquées, de chercheuses d’autrement qui consentent à perdre toute pudeur, combien de femmes qui demeurent chez elles, à coudre, à filer, à surveiller leurs enfants et à plaire !

(Mot d’Ordre)

Le vidame veut absolument se marier. Toutefois, il balance entre une baronne sans cervelle, mais riche, et une petite pensionnaire sage, mais pauvre.
— Cher enfant, lui conseille sa mère, épouse la toquée. Il y a si peu de distance entre une fille sage et une femme folle, que la richesse te dédommagera de la petite différence !

Travailler le trognon (se)

France, 1907 : Se torturer le cerveau.

Trémousser le baluchon

France, 1907 : Agiter, porter au cerveau. Se dit d’une boisson capiteuse. Du vin à faire trémousser le baluchon.

Trois femmes font un marché

France, 1907 : Allusion à la loquacité des femmes ; c’est-à-dire trois femmes ensemble échangent autant de paroles qu’il s’en dit dans un marché. Les Italiens associent une oie aux trois femmes : Tre donne e una occa fan un mercato. N’imsistons pas sur ce défaut bien connu du beau sexe et que Montesquieu attribuait à l’oisiveté et au vide du cerveau : « Les gens qui ont peu d’affaires, sont de très grands parleurs ; moins on pense, plus on parle. Ainsi les femmes parlent plus que les hommes ; à force d’être oisives, elles n’ont point à penser » Cependant les ouvrières ne sont elles pas aussi bavardes que les mondaines ?

Trouducuisme

France, 1907 : Sottise, préjugés.

Mais s’il fallait poursuivre tous ceux qui nous charcutent et nous tuent, parce que les opérations leur sont cher payées, que de gloires de la médecine s’en iraient au bagne !… M. Troimaux voulait une condamnation. Il n’ignore pas que les jurés, cerveaux bourrés de trouducuisme bourgeois, lisent les quotidiens, leur demandent la lumière qui ne jaillit point en leurs crânes ténébreuxs : il a suggéré à ces inconscients le verdict qui fit hurler l’assistance.

(Le Don Juan)

Vidé

France, 1907 : Débauché qui a usé et abusé de la vie ; qui s’est ruiné dans les excès le corps et le cerveau.

— De deux choses l’une, Éliane, car j’y songe souvent et le dilemme me tracasse, au moins comme tuteur, ou celui que tu prendras sera riche, ou il sera pauvre. S’il est riche, et, pour l’être en ce cas, il faut que sa fortune équivaille à la tienne, c’est d’avance et sûrement un crétin, un vidé où une canaille !… Donc, ou il t’assommera, ou il te fera des enfants phtisiques, ou il te tuinera ! Oh ! quelle belle société que la ploutocratique !… S’il est pauvre, c’est un lâche en cinq lettres ! On ne s’empare pas, sans être tel, sous prétexte d’amour, d’un sac de trois cents millions.

(Émile Bergerat, Le Chèque)

X

Delvau, 1864 : 23e lettre de l’alphabet. — Sert ordinairement de masque et de pseudonyme aux dames ou demoiselles X…, lorsque MM. les chroniqueurs redoutent les procès ou les coups de canne.

Larchey, 1865 : Secret. — En mathématiques, X représente l’inconnu.

On cherche l’X du cœur.

(Texier)

X : Calcul.

Depuis l’année 1840, le fort en X est en proportion constante.

(Les Institutions de Paris)

Tête d’X : Tête organisée pour le calcul. — Calembour sur la formule (théta X) employée en mathématiques.

L’ancien est évidemment une tête à X.

(La Bédollière)

Un X : Un polytechnicien.

Delvau, 1866 : s. m. Polytechnicien, — dans l’argot des collégiens. Fort en X. Élève qui a des dispositions pour les mathématiques. Tête à X. Tête organisée pour le calcul ; cerveau à qui le Thêta X est familier.

Delvau, 1866 : s. m. Secret, — dans l’argot des gens de lettres.

Virmaître, 1894 : Ce mystérieux X a fait parler de lui pendant six mois à propos de l’affaire du Panama. X, l’inconnu, c’est tout le monde et ce n’est personne (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Inconnu, secret ; sert à désigner un polytechnicien, ou une personne qui a des dispositions pour les mathématiques : Sur l’affreux chevalet des x et des y a dit Victor Hugo (Argot des gens de lettres).

France, 1907 : Caractère algébrique qui désigne à la fois le polytechnicien et l’École polytechnique.

Un X est pour tous les taupins un être en quelque sorte supérieur, pour lequel ils professent le respect et l’admiration… La renommée, la popularité de l’École sont encore si grandes que, dans les collèges et les pensionnats, presque tous les bambins de la classe de huitième déclarent qu’ils se destinent à l’X.

(A. Lévy et G. Pinet)

X est mon nom ; je ne sais quel caprice
Me fit donner un nom si dur, si sec ;
J’eus pour cadet un frère qu’en nourrice
On baptisa du joli nom d’I grec.
Pour compléter cette liste gentille,
Il nous survint un tiers frère puiné,
Qu’on nomma Zed… et voilà la famille
Dont j’ai l’honneur, Messieurs, d’être l’aîné.

(Chanson d’un X, 1834)

France, 1907 : Formule mathématique, signe de l’inconnu. Chercher l’X, chercher l’inconnu, la solution d’un problème.

L’émotion devenait grande,
Du président ou de Félix,
Qui donnerait la réprimande ?
Les diplomates cherchaient l’X.

Fort en X, fort en mathématiques.

Pipe-en-Bois était employé comme dessinateur à l’usine Cail. Fort en X, il avait passé par l’École polytechnique, ce qui l’avait rendu profondément matérialiste et raisonneur.

(Charles Virmaître, Paris oublié)

Faire des X, s’occuper de mathématiques ; chercher la solution de problèmes scientifiques.

En faisant des X et sans quitter presque son cabinet, Leverrier avait annoncé l’apparition d’une planète, et, au jour dit, à l’heure précise, Neptune étincelait au firmament. Pourquoi ne pas admettre qu’un savant de génie, un infaillible observateur de la nature puisse prévoir — mais là, mathématiquement — je ne sais quel cataclysme qui supprimera, dans le temps d’un soupir, ce point dans l’espace, cet imperceptible globe que nous habitons ?

(François Coppée)

Tête à X, tête bourrée de mathématiques.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique