Merlin, 1888 : Brillant comme du vernis. Pour arriver à ce résultat, il faut en user, de l’huile de coude !
Astiqué à l’ail (un ceinturon)
Chic
Larchey, 1865 : Élégance.
Vous serez ficelé dans le chic.
(Montépin)
L’officier qui a du chic est celui qui serre son ceinturon de manière à ressembler à une gourde.
(Noriac)
À l’École de Saint-Cyr, sous le premier Empire, chic était déjà synonyme d’Élégance militaire. Une esquisse qui a du chic a un bon cachet artistique.
Il lui révéla le sens intime de l’argot en usage cette semaine-là, il lui dit ce que c’était que chic, galbe.
(Th. Gautier, 1838)
Une tête faite de chic, tout au contraire, n’a rien de sérieusement étudié. ici, chic est à l’art ce que ponsif est à la littérature.
C’étaient là de fameux peintres. comme ils soignaient la ligne et les contours ! comme ils calculaient les proportions ! ils ne faisaient rien de chic ou d’après le mannequin.
(La Bédollière)
Chic, quelquefois, veut dire mauvais genre, genre trop accusé.
C’était ce chic que le tripol colle à l’épiderme des gens et qui résiste à toute lessive comme le masque des ramoneurs.
(P. Féval)
Chic est, on le voit, un mot d’acceptions fort diverses et fort répandues dans toutes les classes. — Vient du vieux mot Chic : finesse, subtilité. V. Roquefort. — C’est donc, mot à mot, le fin du fin en tout genre, et les exemples les plus anciens confirment cette étymologie, car ils prennent tous chic en ce sens.
Delvau, 1866 : s. m. Goût, façon pittoresque de s’habiller ou d’arranger les choses, — dans l’argot des petites dames et des gandins. Avoir du chic. Être arrangé avec une originalité de bon — ou de mauvais — goût. Avoir le chic. Posséder une habileté particulière pour faire une chose.
Delvau, 1866 : s. m. Habileté de main, ou plutôt de patte, — dans l’argot des artistes, qui ont emprunté ce mot au XVIIe siècle. Faire de chic. Dessiner ou peindre sans modèle, d’imagination, de souvenir.
La Rue, 1894 : Distinction, élégance, cachet. Facilité banale ou bon goût en art. Signifie aussi mauvais genre en art.
Virmaître, 1894 : Il a du chic, il est bien.
C’est une femme chic, un beau porte-manteau, sa toilette est bien accrochée. L’origine de cette expression n’est pas éloignée. Un ministre de l’Empire, habitué des coulisses de l’Opéra, envoya deux danseuses du corps de ballet souper à ses frais chez le restaurateur Maire. Très modestes, elles ne dépensèrent à elles deux que quinze francs. Quand le ministre demanda la note, il lit la moue. Le soir même il leur en lit le reproche et leur dit : Vous manquez de chic, pas de chic. Quelques jours plus tard il renvoya deux autres danseuses souper au même restaurant. Elles dépensèrent cinq cents francs. Quand il paya il lit une grimace sérieuse : Trop de chic, trop de chic, fit-il. Le mot fit fortune dans les coulisses et est resté (Argot des filles).
Couper (ne pas y)
Merlin, 1888 : Cette expression a deux acceptions : dans la première, elle signifie ne pas échapper, ne pas éviter. Ainsi, un supérieur menaçant de punir un homme, lui dira : Vous n’y couperez pas ! Dans le deuxième sens, cela veut dire ne pas croire, ne pas ajouter foi aux dires de quelqu’un, ne pas tomber dans le panneau. On dit aussi : Ne pas couper dans ce ceinturon ou dans la pommade.
Couper dans le ceinturon
Fustier, 1889 : Même signification que Couper dans le pont. (V. Delvau.)
Une vieille ambitieuse qui est simple marchande des quatre saisons, et que j’ai coupé dans son ceinturon.
(Gazette des Tribunaux, 1881)
Couper dans le ceinturon, dans la pommade, dans le pont
France, 1907 : Se laisser duper, croire aux mensonges, tomber dans le panneau. Allusion à la courbe que les grecs impriment à une carte ou à un paquet de cartes, de façon à obliger le partenaire à couper, sans qu’il en ait conscience, dans la portion du jeu préparé par le filou.
Ah ! ces braves militaires… À l’occasion, ils emportent le pont d’Arcole, de Rivoli ou de Palikao ; mais, pour les autres ponts, ils se contentent d’ordinaire de couper dedans…
(Gil Blas)
Ravachol reçut la visite de l’abbé Claret… qui lui apporta l’éncyclique de Léon XIII et essaya de lui représenter le pape comme le premier des anarchistes. Défiant par nature, Ravachol flaira une manifestation de calotin.
À un des gendarmes qui le conduisaient chaque jour au préau et le gardaient étroitement pendant sa promenade, il a dit :
— Ce ratichon-là est un bon type… seulement quand je serai raccourci, il ira crier partout que j’avais coupé dans sa pommade.
Aussi demanda-t-il à l’abbé de ne point l’assister le matin de l’exécution.
(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)
Et pour les goss’, ah ! que salade !
C’qu’on s’gondol’ ! I’ sont étouffants !
Si nous coupions dans leur pommade,
Faudrait aimer tous les enfants.
(Paul Paillette)
Dégourdi
d’Hautel, 1808 : Un dégourdi. Un garçon alerte et éveillé, et très-près regardant sur ses intérêts.
Virmaître, 1894 : Se dit par ironie d’un homme lourd et pâteux.
— J’ai froid, je vais marcher vite pour me dégourdir les jambes.
On dit d’une gamine qui connaît à six ans ce qu’elle devrait ignorer à quinze : elle est dégourdie pour son âge (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Malin. On dit aussi de celui qui est leste : c’est un dégourdi.
France, 1907 : Émancipé, alerte, actif.
Un grand gaillard, propre comme un sou neuf, des guêtres éblouissantes, la vareuse bien tendue sur le ceinturon luisant, le képi sur l’oreille, le teint brûlé, de la moustache à peine, l’air dégourdi d’un faubourien de grande ville.
(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)
France, 1907 : S’emploie ironiquement pour le contraire.
— Allons, espèce d’empoté ! Vous avez l’air d’une andouille ! Avancez donc, bougre de dégourdi !… hurla au jeune engagé le sous-off, en guise d’encouragement.
(Les Joyeusetés du régiment)
Huile de coude, huile à bras
Merlin, 1888 : Travail fatigant des bras. Pour bien astiquer un sac, un ceinturon, il faut user bien de l’huile de coude.
Négresse
Vidocq, 1837 : s. m. — Paquet de marchandise enveloppé d’une toile cirée.
Halbert, 1849 : Ballot recouvert de toile cirée.
Larchey, 1865 : Paquet couvert de toile cirée (Vidocq, 1837). — La toile est noire.
Larchey, 1865 : Punaise.
Je sentis bien, quand nous étions couchés, Qu’i ne manquait pas de négresses, Et même de grenadiers.
(Lecart, Ch., 1851)
Allusion à la couleur foncée de la punaise. Quant aux grenadiers, qui représentent les poux de la plus forte taille, il faut se rappeler qu’on appelle grenadiers des soldats d’élite et garnison la vermine qui couvre une tête. Les gros poux sont donc les grenadiers de la garnison.
Delvau, 1866 : s. f. Litre ou bouteille de vin, — dans l’argot des faubouriens. Étouffer ou Éventrer une négresse. Boire une bouteille. On dit aussi Éternuer sur une négresse.
Delvau, 1866 : s. f. Punaise.
Delvau, 1866 : s. f. Toile cirée, — dans l’argot des voyous.
Rigaud, 1881 : Bouteille de vin rouge. — Étouffer, éreinter une négresse, éternuer sur une négresse, boire une bouteille de vin rouge.
Rigaud, 1881 : Ceinturon, — dans l’argot des marins.
Rigaud, 1881 : Paquet recouvert de toile cirée noire.
Rigaud, 1881 : Puce.
J’ sentis bien quand nous étions couchés
Qui n’ manquait pas d’négresses
Et même de grenadiers.
(E. Lecart, Une conquête au Prado, chans)
Qu’il s’ra content le vieux propriétaire
Quand il viendra pour toucher sonloyer,
D’voir en entrant toute la paill’par terre
Et les négress’s à ses jamb’s sautiller.
(Le Déménagement à la sonnette de bois, chans.)
La Rue, 1894 : Paquet enveloppé de toile cirée noire. Bouteille de vin. Punaise. Puce.
Virmaître, 1894 : Bouteille.
— Allons-nous étouffer une négresse de ginglard à Argenteuil ? (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Puce. Allusion de couleur (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Puce.
Hayard, 1907 : Bouteille de vin.
Hayard, 1907 : Puce.
France, 1907 : Bouteille de vin rouge. Allusion à la couleur foncée de la bouteille.
— Allons, la mère, du piccolo ! et deux négresses à la fois, s’il vous plaît !
(Ch. Dubois de Gennes)
Une négresse morte, une bouteille vide.
Le tas de négresses mortes grandissait. Un cimetière de bouteilles.
(Émile Zola, L’Assommoir)
Étouffer une négresse, boire une bouteille de vin.
France, 1907 : Ceinture ; argot des marins.
France, 1907 : Paquet enveloppé d’une toile cirée.
France, 1907 : Puce, Allusion à la couleur noire.
Qu’il s’ra content le vieux propriétaire,
Quand il viendra pour toucher son loyer,
D’voir en entrant toute la paill’ par terre
Et les négress’s à ses jambes sauter !
(La Cloche de bois)
Rossignol
d’Hautel, 1808 : Rossignol à gland. Pour dire un pourceau, un cochon.
Rossignol d’Arcadie. Et plus souvent roussin d’Arcadie, un âne.
Halbert, 1849 : Haut-bois. On appelle ainsi un outil d’un casseur de porte.
Delvau, 1864 : Le membre viril.
Aussitôt qu’elle eut aperçu
Le rossignol que tenait Catherine.
(La Fontaine)
Larchey, 1865 : « Ce sobriquet de rossignol était donné par les libraires aux ouvrages qui restent perchés sur les casiers dans les profondes solitudes de leur magasin. » — Balzac. — Les marchands de nouveautés donnent le même nom aux étoffes passées de mode.
Larchey, 1865 : Fausse clé.
Après, j’ne manquerai pas de raisons Pour rossignoler les maisons.
(Festeau, 1832)
Delvau, 1866 : s. f. Fausse clé, — dans le même argot [des voleurs].
Delvau, 1866 : s. m. Livre qui ne se vend pas, — dans l’argot des libraires. Marchandise qui n’est pas de bonne défaite, — dans l’argot des boutiquiers.
Rigaud, 1881 : Marchandise défraîchie, passée de mode.
La Rue, 1894 : Fausse clé. Marchandise démodée et depuis longtemps en magasin.
Virmaître, 1894 : Fausse clef (Argot des voleurs).
Virmaître, 1894 : Marchandises défraîchies ou hors de saison. Dans les magasins, les commis qui écoulent les rossignols touchent une prime qui se nomme la guelte (Argot des bourgeois).
Rossignol, 1901 : Fonds de magasin, marchandises défraîchies.
Hayard, 1907 : Fausse clef.
Hayard, 1907 : Marchandise défraîchie.
France, 1907 : Fausse clé.
L’un d’eux fit briller une allumette. Ils se trouvaient dans la cuisine. Ils ouvrirent, à l’aide d’un rossignol, la porte de la salle à manger. Les tiroirs des buffets furent aussitôt allégés de leur argenterie, qui passa dans un sac.
(Yveling-Rambaud, Haine à mort)
France, 1907 : Hautbois.
France, 1907 : Mauvaise marchandise ; objet démodé ou de rebut, reste de magasin.
La tenue des troupes allemandes est d’une correction remarquable. Nous constatons la solidité du fourniment, la coupe des effets, la qualité du drap, etc., etc., et nous nous demandons dans quelles proportions scandaleuses les fournisseurs de notre armée doivent encaisser des bénéfices. Quelle camelotte chez nous que ces havresacs, ceinturons, gibernes, bidons, souliers, casqueittes, etc., hors de service après quinze jours de campagne !… Après cela, rien dans les magasins, et une nation comme la France forcée de demander au monde entier ses rossignols pour habiller, chausser et armer ses soldats. J’entends encore M. Rouher disant avec emphase : « Sire, la France est prête… » Oui, prête pour le sacrifice de son sang et de son honneur militaire.
(Lieut.-colonel Meyret, Carnet d’un prisonnier de guerre)
Roupie de singe
Larchey, 1865 : Rien. — Roupie a ici le sens de monnaie. On dit monnaie de singe pour grimace.
Delvau, 1866 : s. f. Rien, — dans l’argot des voleurs.
La Rue, 1894 : Rien, chose sans valeur.
Virmaître, 1894 : Mauvais café qui a la couleur de la roupie qui pend au nez du priseur (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Mauvais café.
France, 1907 : Chose sans valeur.
Partout tu vas êt’ invité
Va falloir te payer du linge ;
Mon vieux, c’est pas d’la roupi’ d’singe…
Entrez donc, Mossieu l’député.
(Aristide Bruant)
France, 1907 : Mauvais café. On dit aussi jus de chapeau.
Il pouvait être quatre heures du soir, et, depuis le café du matin, un quart de jus de chapeau avec lequel on était réveillé le sang, les hommes n’avaient rien mangé ni bu. Houleux, livides, entre-choquant leurs files, ils titubaient comme des ivrognes dans le petit jour sale de l’hiver. Leurs ceinturons leur tombaient sous le ventre, leurs capotes étaient crottées comme des jupes, toutes les prunelles luisaient de souffrance, et les képis, sur les têtes, étaient enfoncés comme des bonnets.
Sous-ventrière
Rigaud, 1881 : Écharpe de M. le maire ; écharpe de M. le commissaire.
Virmaître, 1894 : Écharpe.
— As-tu vu le quart-d’œil avec sa sous-ventrière, y la dégotte mal ?
Allusion à la sous-ventrière du cheval (Argot du peuple).
France, 1907 : Ceinture, écharpe de maire, de commissaire de police et autres autorités. En argot militaire, c’est le ceinturon. Allusion à la large courroie qui dans le harnachement passe sous le ventre du cheval.
Pourquoi sceller par une cérémonie ce qu’une autre cérémonie peut défaire. Pourquoi faire consacrer par un bonhomme sanglé d’une sous-ventrière, l’union que trois autres bonshommes en jupe et en toque pourront déclarer nulle et non avenue ?
(La Révolte)
S’en faire péter la sous-ventrière, manger ou boire avec excès.
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