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Acagnarder (s’)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se plaire dans la solitude, vivre dans son coin y comme un vieux chien las d’aboyer à la lune et de courir après les nuages, — ce gibier que nous poursuivons tous sans pouvoir même en jouir comme Ixion.
J’ai souligné à dessein coin et chien : c’est la double étymologie de ce verbe, que n’osent pas employer les gens du bel air, quoiqu’il ait eu l’honneur de monter dans les carrosses du roi Henri IV. (V. les lettres de ce prince.) S’acagnarder vient en effet du latin canis, chien, ou du vieux français cagnard, lieu retiré, solitaire, — coin. On dit aussi s’acagnarder dans un fauteuil.

France, 1907 : Fainéanter, vivre seul en son coin, argot populaire ; du vieux français cagnard, lieu retiré, encore en usage dans le Midi où, en beaucoup de localités, la promenade publique s’appelle le cagnard.
Dans certains départements du Nord, ce mot précédé du préfixe en a la signification de s’encanailler, ce qui montre sa dérivation du latin canis, chien : « Elle s’encagnarde avec tous les voyous. »

Soumis, toujours content quand il pouvait en pantoufles s’accargnarder au logis, — c’était lui qui époussetait les meubles, nettoyait les lampes et vidait les eaux dans les plombs.

(Camille Lemonnier)

Bosse (se donner une)

Larchey, 1865 : S’empiffrer. — Allusion à la bosse formée par la réplétion du ventre.

Je veux, dit-il, qu’à sa noce Ça soit beau Et qu’on s’y flanque une bosse De chameau.

(Delange, Chansons)

Se donner une bosse de rire : Rire immodérément. — Rouler sa bosse : Cheminer.

Nous roulons not’bosse Dans un beau carrosse.

(Decourcelle, 1832)

Brouette

d’Hautel, 1808 : Nom que l’on donne par ironie à un mauvais carrosse, à un cabas, à un fiacre.
Pousser à la brouette. Contribuer au succès d’une affaire ; y donner la main.

Carabas

Delvau, 1866 : s. m. Riche propriétaire de terres ou de maisons. On dit aussi Marquis de Carabas.

Delvau, 1866 : s. m. Vieille berline de comte ou de marquis, carrosse d’un modèle suranné.

Carrosse

d’Hautel, 1808 : C’est un vrai cheval de carrosse. Se dit d’un homme stupide et brutal ; d’un butor auquel on ne peut faire entendre raison.

Courir le guilledou

Delvau, 1864 : Faire le libertin ; rechercher les grisettes, les femmes faciles, pour coucher avec elles. Se dit aussi pour : Faire le métier de gueuse.

J’aurais pu, comme une autre, être vile, être infâme !
Courir le guilledou jusqu’au Coromandel !
Mais jamais je ne fusse entrée en un bordel !

(Albert Glatigny)

France, 1907 : La femme court l’aiguillette et l’homme court le guilledou. On n’est pas bien d’accord sur l’origine du mot guilledou ; d’après Charles Nisard, ce serait une corruption de guilledin, féminin guilledine, cheval ou jument, mulet ou mule, « destiné à porter l’homme, facile an montoir et allant ordinairement l’amble. C’était, en un mot, la haquenée qui, du temps de nos pères, était la monture de tout le monde, et dont les ecclésiastiques, les magistrats et les médecins se servirent même longtemps encore après l’invention des carrosses. C’est de l’emploi de cette monture banale qu’est venue l’idée d’appeler la femme folle de son corps une haquenée, et, parce que haquenée et guilledin avaient la même signification, on a dit courir de guilledin et, par corruption, le guilledou, pour : courir les prostituées » (Curiosités de l’étymologie française).

Jupiter au lict il trouva
Avec dame Junon sa femme
Qui souvent luy chante sa gamme ;
Car souvent, moins sage que fou,
Il va courir le guilledou.

(Scarron)

Dépeceur

France, 1907 : Ouvrier employé à un certain travail de carrosserie.

Les véhicules usés jusqu’à la corde et dont le maquillage est impossible sont abandonnés aux dépeceurs, qui se livrent sur eux à un véritable travail de dissection chirurgicale, et qui mettent de côté et divisent par sortes et par lots toute la ferraille provenant de ces démolitions, lames de ressorts, boulons, fers de roues, etc., etc.
Ces épaves de la carrosserie trouvent preneurs à des prix avantageux, et, après avoir traversé le feu de la forge et subi l’épreuve du marteau, recommence un nouveau service qui quelquefois n’est pas le dernier.

(X. de Montépin, La Comtesse de Nancey)

Fiacre (jouer comme un)

Rigaud, 1881 : Aux XVIIe et XVIIIe siècles, fiacre désignait un cocher de carrosse public. Jouer comme un fiacre était donc jouer comme un cocher.

Et les fiacres qui mènent ces carrosses sont la plupart des maquereaux, qui connaissent tous les lieux de débauche de Paris.

(Le Roux, Dict. comique, 1750)

L’expression jouer comme un fiacre s’est conservée jusqu’à ce jour.

Persiller

Delvau, 1864 : Se promener, le soir, quand on est putain libre, sur le trottoir des rues et des boulevards où l’on est assurée de rencontrer des hommes qui bandent ou à qui l’on promet de les faire bander.

Pour persiller l’ jour dans la pépinière,
De vingt penauds, j’ lui paye un p’tit panier.

Elles explorent le boulevard, persillent dans les squares.

(Lynol)

Delvau, 1866 : v. n. Raccrocher, — dans l’argot des souteneurs de filles. On dit aussi Aller au persil et Travailler dans le persil. Francisque Michel, qui se donne tant de peine pour retrouver les parchemins de mots souvent modernes qu’il ne craint pas, malgré cela, de faire monter dans les carrosses du roi, reste muet à propos de celui-ci, pourtant digne de sa sollicitude. Il ne donne que Pesciller, prendre. En l’absence de tout renseignement officiel, me sera-t-il permis d’insinuer que le verbe Persiller pourrait bienvenir de l’habitude qu’ont les filles d’exercer leur déplorable industrie dans les lieux déserts, dans les terrains vagues — où pousse le persil ?

France, 1907 : Raccrocher les passants.

Trop giron, trop bot pour rien faire,
C’est naturel qu’y soit feignant,
Pauvr’ chat, l’turbin c’est pas sa sphère,
Moi, j’m’en rattrape en persillant,J’me ballade, quand y pleut j’me mouille,
Y m’attend tranquill’ment au lit
Et quand j’rapporte la douille,
Ah ! faut voir comme il est poli,
Et puis l’matin, l’amour ça creuse,
J’y port’ dans l’pieu son chocolat :
C’est vraiment chouett’ pour un’ pierreuse
D’avoir un mec comm’ celui-là.

(André Gill, L’Éponge à Polyte)

Prière

Delvau, 1864 : L’acte vénérien.

Tout propre à faire la prière,
Qu’on trouve ès heures de Cythère.

(Piron)

Voici, extraite de l’Anti-Justine, la prière à la Vierge Marie ; c’est la page la plus originale du volume de Rétif :

Sainte et jolie Vierge Marie ; que Panthère branlait, gamahuchait, enculait, entétonnait, embouchait, et qu’il enconna enfin, une nuit, à côté du cornard endormi, le bon Saint Joseph ; duquel cocufiage provint le doux Jésus, ce bon fouteur de la putain publique, la belle Madeleine, marquise de Béthanie, dont le vagabond Jésus était en outre le souteneur, autrement le maquereau, lequel, au grand regret de la sainte garce, enculait encore Saint Jean, son giton. Sainte et jolie Marie, vierge comme moi, nous vous remercions de cette heureuse journée de fouterie. Faites-nous la grâce, par les mérites de votre fils, d’en avoir une pareille dimanche prochain !… Et vous, Sainte Madeleine, que foutait l’abbé Jésus, ainsi que Jean l’enculé, obtenez-moi la grâce de foutre autant que vous, soit en con, soit en cul, 15 ou 20 fois par jour, sans être épuisée, mais toujours déchargeant… Vous foutiez avec des Pharisiens, avec Hérode, et même avec Ponce-Pilate, pour avoir de quoi nourrir le gourgandin Jésus, votre greluchon, et les vagabonds qui lui servaient de Chouans. Obtenez-moi de votre maquereau Jésus, qui, étant dieu, a sans doute quelque pouvoir, d’avoir, sous peu, ce riche entreteneur, qui est un jour descendu de carrosse bandant à mon intention, comme je revenais de chez mon amie Mme Congrêlé ; à celle fin qu’au moyen de l’argent que je gagnerai, à votre imitation, avec mon con, mon cul, mes tétons et ma langue dardée, je puisse soulager mon digne père dans sa vieillesse ; non seulement en foutant avec lui, pour lui donner le plaisir, mais en me laissant vendre, comme la pieuse fille d’Eresichton le famélique, ou la pieuse Ocyrhoé, fille du centaure Chiron, qui toutes deux devinrent cavales, c’est-à-dire montures d’hommes ou saintes putains !… Modèle des maquereaux, doux Jésus ! fouteur acharné, greluchon complaisant de la brûlante et exemplaire putain Madeleine, qui était si amoureuse de votre vit divin et de vos sacrées couilles, maintenez, par votre toute puissance, mon connin toujours étroit et satiné, mes tétons toujours fermes, ma peau, mon cul, mes fesses, mes bras, mes mains, mon cou, mes épaules, mon dos ou mes arrière-tétons, toujours blancs, mes reins toujours élastiques ; les vits de mes amants, celui de mon père compris, toujours roides, leurs couilles toujours pleines ; car vous teniez en cela du saint roi David, si fort suivant le cœur de Dieu, parce qu’il était le premier fouteur de son temps !… Faites, ô Jésus ! que mes hauts talons, qui me prêtent tant de grâces, et font bander tant de monde, ne me donnent jamais de cors aux pieds, mais que ces pieds tentatifs restent toujours foutatifs, comme ils le sont !… Amen !

Talon rouge

Larchey, 1865 : Aristocrate. Le droit de porter des talons rouges était un signe de noblesse.

Tous les talons rouges de l’ancien régime qui trahissent le peuple.

(1793, Hébert)

Delvau, 1866 : s. m. Aristocrate. Être talon rouge. Avoir la suprême impertinence.

France, 1907 : Élégant, distingué, aristocrate.
Dans l’ancienne cour, tous les hommes présentés (c’est-à-dire ceux qui montaient dans les carrosses du roi) avaient des souliers à talons rouges. De là est venue l’expression talon rouge, qui, par une assimilation facile à saisir, signifiait homme de cour, homme présenté, homme montant dans les carrosses du roi.

Un des phénomènes sociaux qui ne consternent le plus par les temps troublés que nous traversons, c’est la disparition de ces belles manières qui firent longtemps à la France une réputation méritée.
Hélas ! en fait de talons rouges, il ne reste plus que ceux des garçons d’abattoir.

(Alphonse Allais)

On dit aussi d’un libertin qu’il est talon rouge, allusion aux mœurs relâchées des anciens seigneurs.
D’après un article de Lucius dans la Liberté du 9 juillet 1866, le talon rouge descendrait des Romains. « Le sénat, dit-il, étant le conseil de la noblesse, les sénateurs portaient le costume distinctif de la noblesse romaine : la tunique à large bande de pourpre et par-dessus la toge, également à large bande rouge, l’anneau d’or au doigt, et au pied la bottine de pourpre, dont le rouge, de plus en plus rétréci, a fini, chez nous, par se réfugier au talon de notre noblesse, proportion à peu près équivalente à celle dans laquelle le français est resté latin. »

Tenir le mulet

France, 1907 : Attendre quelqu’un à la porte.

Durant qu’il attendait dans le carrosse, pour ne pas tenir le mulet, il s’accosta d’une voisine.

(Tallemant des Réaux)

Vert-de-gris

Rigaud, 1881 : Domestique de charlatan à carrosse. — Surnom du joueur d’orgue de Mengin, devenu le surnom des accompagnateurs ordinaires de MM. les arracheurs de dents.

Merlin, 1888 : Autrefois, un officier de place.

La Rue, 1894 : Huissier. Domestique de charlatan. Verre d’absinthe. Commandant de place. Officier sévère.

France, 1907 : Absinthe.

France, 1907 : Commandant de place ; officier sévère. Argot militaire.

France, 1907 : Huissier ; argot populaire.

Vioch

Virmaître, 1894 : Vieillard. Vieux galantin qui se croit toujours jeune, qui se maquille comme une vieille roue de carrosse pour faire croire que le bon Dieu l’a oublié et qu’il n’a pas neigé sur sa chevelure… quand il a des cheveux (Argot des filles). N.

Vitrioler

France, 1907 : Lancer du vitriol au visage de quelqu’un, généralement une rivale ou un amant lâcheur, car c’est une spécialité presque exclusivement féminine. Je dis presque exclusivement, car d’après un document de la prévôté de Paris portant la date de 1639, il résulte que le verbe vitrioler se conjuguait déjà il y a deux cent cinquante ans et fut mis en pratique par des hommes, sous l’instigation d’une femme, il est vrai.
Il est question, dans cette note, d’un attentat étrange commis par cinq hommes masqués, sur Mme la duchesse de Chaunes, à laquelle, ayant arrêté son carrosse, ils jetèrent une fiole pleine d’eau-forte au visage.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique