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Accent

Ansiaume, 1821 : Avertissement.

S’il faut décarrer, tu me recoqueras l’accent.

Larchey, 1865 : Voir arçon.

France, 1907 : Crachat ayant pour but d’avertir un camarade qu’il se tienne sur ses gardes ; argot des voleurs. — Voir Arçon.

Air (se donner ou se pousser de l’)

France, 1907 : Figures pour partir, se sauver.
Jouer la fille de l’air a la même signification : c’est une réminiscence d’une ancienne pièce du boulevard du Temple, La Fille de l’air. A. Barrère, dans son Argot et Slang, a réuni les différentes expressions du même acte. Elles sont aussi nombreuses que pittoresques :

Faire le patatrot, le lézard, le jat-jat, la paire, crie, gilles ; jouer la fille de l’air, se déguiser en cerf, s’évanouir, se cramper, tirer sa crampe, se lâcher du ballon, se la couler, se donner de l’air, se pousser du zeph, se sylphider, se la trotter, se la courir, se faire la débinette, jouer des fourchettes, se la donner, se la briser, ramasser un bidon, se la casser, se la tirer, tirer ses grinches, valser, se tirer les pincettes, se tirer des pieds, se tirer les baladoires, les pattes, les trimoires ou les flûtes ; jouer des guibes ou des quilles, se carapater, se barrer, baudrouiller, se cavaler, faire une cavale, jouer des paturons, happer le taillis, flasquer du poivre, décaniller, décarrer, gagner les gigoteaux, se faire une paire de mains courantes à la mode, fendre l’ergot, filer son nœud, se défiler, s’écarbouiller, esbalonner, filer son câble par le bout, faire chibis, déraper, fouiner, se la fracturer, jouer des gambettes, s’esbigner, ramoner ses tuyaux, foutre le camp, tirer le chausson, se vanner, ambier, chier du poivre, se débiner, caleter, attacher une gamelle, décamper.

Bisquer

d’Hautel, 1808 : Éprouver un déplaisir, un mécontentement secret, et que l’on n’ose faire éclater ; se manger les sens.
Faire bisquer quelqu’un. Le faire endêver, le contrecarrer dans ses vues ou ses projets.

Delvau, 1866 : v. n. Enrager, — dans l’argot des écoliers.

France, 1907 : Être ennuyé, rager.

Bouliner

d’Hautel, 1808 : Filouter, dérober furtivement.
On lui a bouliné tous ses effets. Pour, on lui a tout emporté.

Ansiaume, 1821 : Faire un trou.

Il a fallu décarrer après avoir bouliné deux heures.

anon., 1827 : Voler.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Voler. (Voyez Grincher, Sauter, Rincer, Effaroucher.)

Vidocq, 1837 : v. a. — Trouer la muraille.

Halbert, 1849 : Voler.

Larchey, 1865 : Faire un trou ou boulin à la muraille (Vidocq). — C’est pour la même raison qu’on appelle un villebrequin une boulinoire, à cause du mouvement circulaire imprimé à cet instrument.

Delvau, 1866 : v. a. Voler, — quand cela exige qu’on fasse des boulins (ou trous) aux murs d’une maison ou aux volets d’une boutique. Les escrocs des siècles passés disaient bouler.

Rigaud, 1881 : Feindre une quête pour entraîner le public, — dans le jargon des saltimbanques.

Rigaud, 1881 : Voler en pratiquant un trou à l’aide du vilebrequin, boulinoire, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Percer, voler en pratiquant un trou à l’aide du vilebrequin ou boulinoire.

France, 1907 : Caler des boulins aux lourdes, faire des trous dans une porte ; argot des voleurs.

Brider

d’Hautel, 1808 : Brider la lourde. En terme d’argot signifie, fermer la porte.
Un oison bridé. Homme ignorant et d’une extrême stupidité.
Cette affaire est scellée et bridée. Pour elle est conclue, terminée.
Brider la figure à quelqu’un. C’est lui appliquer un coup de bâton sur le visage.
Brider l’oie. Tromper soigneusement quelqu’un, abuser de sa bonne foi, de sa simplicité.
Brider. S’opposer, mettre obstacle, contrecarrer.
Brider les volontés, les désirs de quelqu’un.
La bécasse est bridée. Se dit par raillerie d’un sot que l’on engage dans une mauvaise affaire, que l’on a pris pouf dupe. Voyez Âne.

Ansiaume, 1821 : Fermer.

Il faut débrider la marmotte, il a dix plombs de rouget.

anon., 1827 : Fermer.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Fermer. Le boucard est bien bridé, la boutique est solidement fermée.

Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Fermer.

Delvau, 1866 : v. a. Fermer, — dans le même argot [des voleurs]. Brider la lourde. Fermer la porte.

Fustier, 1889 : Interdire, défendre. Argot des marchands forains.

Il m’a expliqué le fonctionnement de son jeu de courses, un divertissement qui, après avoir été bridé, vient d’être débridé depuis qu’on a constaté l’impossibilité de harnaquer.

(Temps, avril 1887)

La Rue, 1894 : Interdire, défendre.

Rossignol, 1901 : Retirer une autorisation. Retirer l’autorisation à un camelot ou marchand quelconque de stationner sur la voie publique pour y débiter sa marchandise, c’est le brider. Un établissement fermé par ordre de la préfecture est bridé.

France, 1907 : Fermer ; argot des voleurs. Brider la lourde, fermer la porte. Se dit aussi pour ferrer un forçat.

Carre, carrer

Hayard, 1907 : Cachette, cacher.

Carrer

d’Hautel, 1808 : Se carrer. Se pavaner en marchant ; prendre un air arrogant et fier ; faire l’homme d’importance.

un détenu, 1846 : Cacher.

Carrer (se)

Clémens, 1840 : Se garer, se garantir, se cacher.

Halbert, 1849 : Se cacher.

Delvau, 1866 : v. réfl. Se cacher, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : v. réfl. Se donner des airs, faire l’entendu, — dans le même argot [du peuple]. On dit aussi Se recarrer.

Rigaud, 1881 : Se garer de, se sauver. — Se carrer de la débine, sortir de la misère.

France, 1907 : Faire l’important.

Carrer de la débine (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se tirer de la misère.

Carrer le pognon

France, 1907 : Détourner l’argent, voler.

— Mais, paraît qu’il a trouvé plus malin que lui… à propos de sa banque… sa caisse d’Algérie, je me sais plus au juste… c’est des trucs de la haute que je ne connais pas… Enfin, on l’a mangé… on a dit qu’il avait carré le pognon des pantes.

(E. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Crotte

d’Hautel, 1808 : Être dans la crotte. C’est-à-dire, dans la misère, dans un grand dénûment.
La ribotte nous met dans la crotte. Pour dire, ruine le corps et la bourse.
Il a le nez retroussé peur de la crotte. Se de quelqu’un qui a le nez camus.
Les chiens ont mangé la crotte. Manière plaisante de dire, qu’il a fortement gelé, et que les rues sont sèches et propres.

Delvau, 1866 : s. f. Misère, abjection, — dans l’argot du peuple. Tomber dans la crotte. Se ruiner, se déshonorer, — se salir l’âme et la conscience. Vivre dans la crotte. Mener une vie crapuleuse. On n’est jamais sali que par la crotte. On ne reçoit d’injures que des gens grossiers.

Rigaud, 1881 : Misère, dégradation morale. — Rouler, tomber, se carrer dans la crotte.

France, 1907 : Misère abjecte. Le mot est employé dans ces expressions : vivre, traîner ou tomber dans la crotte.

Décarade

Virmaître, 1894 : S’en aller au plus vite. En un mot, décarrer, partir (Argot du peuple). Une vieille chanson dit :

Allons, Flipote,
Met ta capote,
Et puis, décarrons-nous.

Décarer ou décarrer

France, 1907 : S’en aller, fuir.

Allons, Flipote,
Mets ta capote
Et puis décarrons-nous.

(Vieille chanson)

Décarer de la geôle, sortir de prison. Décarer de belle, sortir de prison avec une ordonnance de non-lieu. Décarer à la bate, s’échapper.

Décarrer

Ansiaume, 1821 : Sortir.

La messière a jarvillé, il a fallu décarrer.

Vidocq, 1837 : v. a. — Partir, quitter les lieux où l’on se trouve.

Clémens, 1840 : Se sauver.

un détenu, 1846 : Prendre la fuite.

Delvau, 1866 : v. n. S’en aller de Quelque part, s’enfuir. — dans l’argot des voleurs et du peuple.

Rigaud, 1881 : Acquitter en justice. — Se sauver. — Décarrer à la bate, s’évader. — Décarrer cher, avoir fait son temps de prison.

Rossignol, 1901 : Sortir. Celui qui sort de prison décarre. Lorsque les ouvriers sortent de l’usine, c’est la décarrade.

Hayard, 1907 : Être libéré, sortir.

Décarrer de belle

Vidocq, 1837 : v. a. — Sortir de prison sans avoir passé en jugement.

Delvau, 1866 : Sortir de prison sans avoir passé en jugement. Argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Sortir de prison à la suite d’une ordonnance de non-lieu. Mot à mot : Je l’échappe belle (Argot des voleurs).

Décarrer de l’avant

Clémens, 1840 : Se presser de courir.

Démonter

d’Hautel, 1808 : Pour, dépiter, impatienter, contrarier quelqu’un ; le contre-carrer dans ses projets.
Il se démonte le visage, suivant les circonstances. Pour, il fait paroître la joie ou la tristesse, selon que cela convient à ses intérêts.

Encarrade

Larchey, 1865 : Entrée. — Encarrer : Entrer. V. Décarer.

Delvau, 1866 : s. f. Entrée, — dans l’argot des voleurs.

Encarrer

Vidocq, 1837 : v. a. — Entrer.

Delvau, 1866 : v. n. Entrer.

Rigaud, 1881 : Entrer. Encarrer à la taule, entrer à la maison.

France, 1907 : Entrer.

Endéver

d’Hautel, 1808 : Éprouver un dépit secret, enrager crever de jalousie.
Faire endéver quelqu’un. Le contrecarrer ; le contrarier à l’excès.

France, 1907 : Enrager, taquiner, ennuyer.

Escarrer

France, 1907 : Empêcher.

Fendant

d’Hautel, 1808 : Faire le fendant. C’est-à-dire, le petit-maître, l’olibrius ; prendre un air capable, tranchant et résolu ; se pavaner ; se carrer.

Larchey, 1865 : Faiseur d’embarras. V. Fignoler.

Ne fais donc pas tant ta fendante.

(1844, Catéch. Poissard)

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui marche d’un air conquérant, le chapeau sur le coin de l’oreille, les moustaches relevées en crocs, la main gauche sur la hanche, et de la droite manœuvrant une canne, — qui n’effraie personne. Il y a longtemps que le peuple emploie cette expression, comme le prouve ce passage de la Macette de Mathurin Régnier :

N’estant passe-volant, soldat ny capitaine,
Depuis les plus chétifs jusques aux plus fendants,
Qu’elle n’ait desconfits et mis dessus les dents.

Faire son fendant. Se donner des allures de matamore. Ou dit aussi Fendart.

France, 1907 : Matamore.

Fil

d’Hautel, 1808 : Avoir le fil. Être fin, adroit et audacieux ; enjôler, duper le mieux du monde.
Il faut prendre ses précautions avec cet homme ; il a un bon fil, un fameux fil, un vieux fil. Se dit d’un homme rusé, d’un fin matois, d’un entremetteur, qui ne se retire jamais d’une affaire les mains nettes.
Des malices cousues de fil blanc. Pièges maladroits, tours mal combinés, attrapes grossières.
De fil en aiguille. Pour, d’un propos à l’autre.
Donner du fil à retordre. Tourmenter, donner de la peine à quelqu’un, le contrecarrer dans ses projets.

Delvau, 1866 : s. m. Adresse, habileté, — dans l’argot du peuple, qui assimile l’homme à un couteau et l’estime en proportion de son acuité. Avoir le fil. Savoir comment s’y prendre pour conduire une affaire. Connaître le fil. Connaître le truc. On dit aussi d’une personne médisante ou d’un beau parleur : C’est une langue qui a le fil.

Rigaud, 1881 : Au théâtre, toutes les cordes ont reçu le nom de fils. — Descendre un fil, descendre une corde qui supporte les amours dans les féeries.

La Rue, 1894 : Cheveu. Fil bis. Cheveu blanc.

France, 1907 : Adresse. N’avoir pas inventé le fil à couper le beurre, manquer d’intelligence, d’initiative.

France, 1907 : Cheveu. « Le roquentin avait même plus de fil sur la bobine. »

France, 1907 : Cordon de concierge.

— Nous avons nos moyens à nous, dit en ricanant Peau-de-Zébi, nous pouvons venir chez les amis sans déranger personne… pas besoin d’éveiller le lourdier pour lui demander le fil…

(Edmond Lepelletier)

Fleur

Delvau, 1864 : Pucelage, — que la femme est censée donner à son époux la première nuit des noces.

Qu’au dernier cri de douleur,
Je suis maître de la fleur
Qui pour moi seul est éclose,
Je suppose,
Je suppose,
Irma, je suppose.

(L. Festeau)

Cessez donc de pleurer un sort digne d’envie,
Et ne regrettez plus la plus belle des fleurs ;
Si ne la garder pas, c’est faire une folie,
On goûte en la perdant mille et mille douceurs.

(Bussy-Rabutin)

Te laisser vierge, c’est te faire sentir de la façon la plus cruelle que ta fleur ne vaut pas la peine qu’on se donnerait pour la cueillir.

(Louvet)

Il est bon de garder sa fleur,
Mais pour l’avoir perdue, il ne faut pas se pendre.

(La Fontaine)

Cette fleur, qui avait été réservée pour le beau prince de Massa-Carrera, me fut ravie par le capitaine corsaire.

(Voltaire)

Pour eux ne brille cette fleur,
Qu’amour, diligent moissonneur,
Sait recueillir avant la fête
Que le tardif hymen s’apprête.

(Piron)

Goupinage

Ansiaume, 1821 : Travail.

Après un goupinage de deux plombes, il a fallu décarrer.

Liquette

Rigaud, 1881 : Chemise. — Décarrer le centre des liquettes, démarquer du linge. Mot à mot : faire sortir le nom des chemises.

La Rue, 1894 : Chemise.

Virmaître, 1894 : V. Limace.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Chemise.

France, 1907 : Chemise. On dit aussi limace. Décarrer le centre d’une liquette, démarquer une chemise.

— Mais encore, le peu que vous gagnez, pourquoi ne pas le garder, quand ce ne serait que pour vous acheter des robes, des chapeaux ?
— Et Bibi, alors, il irait en liquette… pardon, en chemise ?

(Montjoyeux)

Ce qu’on en sue des liquettes le long des sillons ! Ah ! malheur ! Et pendant ce temps, si on pouvait au moins s’enfiler de bons morceaux et se gargariser la dalle de picolos généreux et veloutés.

(Le Père Peinard)

Malouse

Ansiaume, 1821 : Coffre.

Il faut grinchir la malouse à l’esbrouff et décarrer de rif.

France, 1907 : Boîte ; argot des voleurs.

Momir

Larchey, 1865 : Accoucher d’un môme.

Ma largue aboule de momir un momignard d’altèque qu’on trimbalera à la chique à six plombes et mèche pour que le ratichon maquille son truc de la morgane et de la lance.

(Vidocq)

Rigaud, 1881 : Accoucher. — Momir pour l’aff, accoucher avant terme ; par allusion aux fœtus conservés dans l’alcool, l’aff. La variante est : Décarrer du crac.

Panader

d’Hautel, 1808 : Se panader. Se mitonner, se dorlotter, se délicater ; faire le hautain, l’orgueilleux ; se carrer, marcher avec ostentation.

Pimpant

d’Hautel, 1808 : Faire le pimpant. Terme railleur et plaisant qui signifie faire l’élégant, le faquin, le fringant ; se donner des airs, se carrer ; être recherché dans sa parure.

Poche

d’Hautel, 1808 : Elle est grande comme ma poche. Se dit ironiquement et par mépris d’une petite personne, qui veut se carrer et se donner des airs.
Jouer de la poche. Pour dire, débourser beaucoup d’argent, faire de grosses dépenses.
Il a votre affaire dans sa poche. Pour dire, il tient la décision de votre affaire.

Delvau, 1866 : s. f. Ivrognesse, — dans l’argot des faubouriens, qui de cochon a déjà fait coche. On dit aussi Poche, au masculin, à propos d’un ivrogne.

Rigaud, 1881 : Apocope de pochard.

Quand on est poch’ on s’en revient chantant.

(Le Déménag. à la sonnette de bois, chans.)

France, 1907 : Ivrognesse. Abréviation de pocharde ; argot des faubouriens.

France, 1907 : Sac à mettre du blé, des noix, etc. ; parler du Centre. « Aller à la poche » se dit du meunier qui va chercher à domicile le blé de ses pratiques. « Tomber, dormir comme une poche », tomber, dormir lourdement ; allusion au sac de blé.
Il est en français d’autres expressions sur le mot poche : « Manger son pain dans sa poche », manger seul ce que l’on a. « Faire crédit de la main à la poche », vendre au comptant.

Pontificat

d’Hautel, 1808 : Marcher en grand pontificat. Se carrer en marchant, affecter une grande pompe, un grand éclat.

Recarrer (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Faire le paon, le suffisant.

France, 1907 : Prendre un air important ; se redresser.

Renauderies

France, 1907 : Criailleries, récriminations.

Si tous les locatos se foutaient dans le citron de ne pas décarrer des turnes où ils perchent — malgré les renauderies du vautour — que pourraient ces chameaux ?

(Le Père Peinard)

Rengorger

d’Hautel, 1808 : Se rengorger. Se carrer ; faire l’important ; tirer vanité de quelqu’avantage.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique