Virmaître, 1894 : Barbe de capucin, barbe en broussaille, longue, sale et crasseuse, dans laquelle jamais le peigne ne pénètre ; les poux peuvent y nicher à l’aise sans crainte d’être dérangés (Argot du peuple). N.
Barbe à poux
Barbichon
Vidocq, 1837 : s. m. — Capucin.
Delvau, 1866 : s. m. Capucin, — dans l’argot des voyous.
Virmaître, 1894 : Capucin. Allusion à ce que ces religieux laissent croître leur barbe (Argot des voleurs). N.
France, 1907 : Moine à barbe.
Canasson
Delvau, 1866 : s. m. Cheval, — dans l’argot des faubouriens, qui savent que cet animal se nourrit de son aussi bien que d’avoine : cane-à-son.
Rigaud, 1881 : Mauvais cheval. Chapeau de femme, coiffure démodée. On prononce can’son, canasson est une forme de canard. — Vieux canasson : Mot d’amitié. (L. Larchey)
Merlin, 1888 : Cheval.
La Rue, 1894 : Vieux cheval. Rosse.
Virmaître, 1894 : Vieux cheval hors de service. On appelle aussi les vieillards : canasson (Argot du peuple). V. Gaye.
Rossignol, 1901 : Vieux, mauvais. Un mauvais cheval est un canasson. Une vieille prostituée est également un canasson.
Hayard, 1907 : Mauvais cheval.
France, 1907 : Vieillard ; argot populaire. Ce mot est souvent précédé de vieux et signifie alors vieil imbécile.
Cheval ; argot des cochers et des troupiers.
Un cocher hélé par l’un de nos confrères qui, d’une voix forte, lui criait : « Hop ! » à travers le boulevard des Capucines, s’arrêta aussitôt… mais pour lui dire :
— De quoi ? « hop » C’est pas mon nom… Vous pourriez au moins m’appeler « Mossieu » !
Puis, sans même écouter les humbles excuses du coupable, il cingla le canasson en ajoutant :
— Ces bourgeois… tous des mufles !
(Maxime Boucheron)
Nous, les bourgeois à la mince bourse,
Tombons aux fers d’un canasson ;
Et, s’il fait beau, pour une course,
Qu’il fixe l’prix… de la rançon !
(Henri Buquet)
Capucin
d’Hautel, 1808 : Être capucin ou capucine. Pour dire n’avoir pas le sou, être dépourvu d’argent.
Rigaud, 1881 : Lièvre, en terme de chasseurs.
Il y avait même quelques vieux capucins dont il voulait faire son profit à la barbe de ses compagnons de chasse.
(Musée Philipon)
Capucine
Larchey, 1865 : « Veuillez excuser notre ami, il est gris jusqu’à la troisième capucine. » — Murger. — C’est comme si l’on disait : Il en a par dessus le menton. La troisième capucine est très-près de la bouche du fusil.
Capucine (être ivre jusqu’à la troisième)
France, 1907 : Avoir son trop-plein de boisson, prêt à déborder. Argot militaire, la troisième capucine n’étant pas loin de la bouche du fusil.
Capucine (jusqu’à la troisième)
Rigaud, 1881 : Énormément, à fond. — S’ennuyer jusqu’à la troisième capucine.
Cas
d’Hautel, 1808 : Mettre des si et des cas dans une affaire. Signifie, hésiter, tâtonner, barguigner ; être dans l’incertitude ; ne savoir à quoi se décider.
Tous vilains cas sont reniables. Parce qu’il est de la foiblesse humaine de nier les fautes que l’on a commises.
On dit faire son cas. Pour se décharger le ventre ; faire ses nécessités.
Delvau, 1864 : Le membre viril aussi bien que la nature de la femme.
Un capucin, malade de luxure,
Montroit son cas, de virus infecté…
(Piron)
Je croyois que Marthe dût être
Bien parfaite en tout ce qu’elle a ;
Mais, à ce que je puis connoître,
Je me trompe bien à cela,
Car, bien parfaite, elle n’est pas
Toujours en besogne à son cas.
(Berthelot)
Qui a froid aux pieds, la roupie au nez, et le cas mol, s’il demande à le faire, est un fol.
(Moyen de parvenir)
Mon cas, fier de mainte conquête.
En Espagnol portoit la tete.
(Régnier)
Il avoit sa femme couchée près de lui, et qui lui tenoit son cas à pleine main.
(Brantôme)
Les tétons mignons de la belle,
Et son petit cas, qui tant vaut.
(Marot)
Le cas d’une fille est fait de chair de ciron, il démange toujours ; et celui des femmes est de terre de marais, on y enfonce jusqu’au ventre.
(Brantôme)
La servante avait la réputation d’avoir le plus grand cas qui fût dans le pays.
(D’Ouville)
Delvau, 1866 : s. m. La lie du corps humain, les fèces humaines, dont la chute (casus) est plus ou moins bruyante. Faire son cas, Alvum deponere. Montrer son cas. Se découvrir de manière à blesser la décence.
France, 1907 : Le derrière, où ce qui en sort. Montrer son cas, faire son cas.
Et parce qu’un ivrogne a posé là son cas,
Pourquoi, mèr’ Badoureau, faire autant de fracas !
Cela pourra servir d’enseigne à votre porte
Il a l’odeur du cuir ; il est vrai qu’elle est forte.
(Vieux quatrain)
Les écrivains du XVIe siècle appellent cas ce que Diderot a plus tard appelé bijou. Au chapitre LXIV du Moyen de parvenir, l’auteur s’adresse aux femmes qui se font un revenu de leur cas. « Je vous dis que vous mesnagiez bien vos métairies naturelles. »
Cornet d’épice
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Capucin.
Cornet d’épices
Vidocq, 1837 : s. m. — Capucin.
Halbert, 1849 : Pères capucins.
Larchey, 1865 : Capucin (Vidocq). — Allusion au capuchon brun que représente assez bien un grand cornet d’épicier.
Delvau, 1866 : s. m. Capucin, — dans l’argot des voleurs.
France, 1907 : Capucin, en raison du capuchon et de la couleur de la robe.
Cornets d’épices
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Pères capucins.
Fornicateur
Delvau, 1864 : Homme qui se plaît à commettre le doux péché de fornication.
Grand gesticulateur,
Hardi fornicateur,
Et dont l’incontinence
S’attaque à l’honneur
De ma sœur.
(Collé)
Un jeune capucin,
Qui fornique et qui prie,
Allait passer sa vie
Dans un couvent lointain.
(J. Cabassol)
Notre grand’maman Ève elle-même n’a-t-elle pas commencé à mettre la fornication en honneur ?
(Pigault-Lebrun)
Puis la virant, preste sur la croupière,
Se huche. Hélas ! quel taon vous a piqué ?
Serrant le cul, s’écria la commère ;
Par là jamais nous n’avons forniqué.
(Piron)
Foutre le camp
Delvau, 1866 : Déguerpir, s’enfuir au plus vite. Signifie aussi : Disparaître, — en parlant des choses, « Le torchon blanc a foutu le camp ! » s’écrie le concierge de la comtesse Dorand dans le roman cité plus haut.
France, 1907 : S’en aller, se sauver.
— Vous pensez ! Mais ça lui était bien égal ! Il n’a aucune pudeur… Et il vociférait, hurlait… Vous savez comme il est mal embouché ? — Fous-moi le camp ! Fous-moi le camp ! Ah ! Il faut que tu déblatères sans cesse contre les hommes ! Ah ! nous ne sommes que des lâches, des goujats, de la crapule ! Ah ! nous ne valons pas mieux que les pourceaux nos frères ! Eh bien, j’en ai assez, j’en ai trop, de tes compliments et de tes gentillesses, et, cette fois, nom de Dieu, tu crieras pour quelque chose !
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
— Tu pourras aller dire d’ma part à Pie IX que j’me fous d’sa fiole et d’tous les autres Pie d’son espèce.
Là-d’sus mon capucin fout le camp en m’faisant des yeux comme des clous d’souliers.
(Gustave Grison, Les Aventures du colonel Ronchonnot)
Goupillonner
France, 1907 : Sacrifier à Vénus. Asperger quelqu’un d’eau bénite.
Il fut enterré dans un coin non béni du cimetière. — Ça, il s’en foutait dans les grandes largeurs ! Il avait trop souvent raflé les trésors des ratichons et des capucinières, pour tenir à être goupillonné après décès.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Gris jusqu’à la troisième capucine (être)
Delvau, 1866 : Être en complet état d’ivresse, à en déborder, — dans l’argot des troupiers, gui savent que la troisième capucine est près de la bouche du fusil.
Mignon
d’Hautel, 1808 : Un mignon. Homme d’une lâche complaisance, asservi à d’infâmes caprices.
Un péché mignon. Inclination fautive dans laquelle on tombe à tout moment.
Argent mignon. Épargnes, économie, abondance d’argent comptant, que l’on dépense en frivolités, que l’on emploie à satisfaire ses moindres désirs.
Delvau, 1864 : Jeune pédéraste… passif. — Apollon à belles fesses. — L’histoire faisant mention des pages de Henri III, qui étaient non-seulement ses favoris, mais encore ses mignons, ne laisse pas de doute sur l’emploi qu’ils avaient auprès de leur maître.
Ce qu’il est le plus naturel de faire à la femme est précisément ce dont elle se soucie le moins ;… tantôt elle veut qu’où la traite comme un mignon… tantôt, etc…
(A. de Nerciat)
Petit fils, petit mignon, Mâle ou femelle, Je sais ton nom.
(Béranger)
Et j’abandonne au vicaire de Dieu
Ses trois clés d’or, ses fulminantes bulles,
Son Vatican, son cardinal neveu,
Ses beaux mignons, ses nièces et ses mules.
(Parny)
France, 1907 : Jeune garçon servant aux plaisirs hors nature ; du celtique mion, amour, ou de l’ancien allemand minnia, même sens. Les mignons d’Henri III sont restés célèbres ; lorsqu’ils se battirent avez ceux du duc de Guise, on chanta dans les rues ce De profundis :
Que Dieu reçoive en son giron
Quélus, Schomberg et Maugiron !
D’ignobles débauches, entremêlées de capucinades et de coups d’épée, furent toute la vie de ces mignons, qui, du reste, moururent tous jeunes pour la plupart.
(Laroussse)
Et j’abandonne au vicaire de Dieu
Ses trois clefs d’or, ses fulminantes bulles,
Son Vatican, son cardinal neveu,
Ses beaux mignons, ses nièces et ses mules.
(Piron)
Pique (as de)
France, 1907 : Les parties incongrues.
— N’avais pas fini d’transfumer ces paroles, que j’perçois un sale capucin qui accourait vers nous en gesticulant comme une araignée.
Veut ouvrir la bouche, j’la lui ferme d’un coup d’poing sur la tirelire. S’fout les quat’e fers en l’air, sa robe se r’trousse, nous montre son as de pique, l’cochon.
(Gustave Frison, Aventures du colonel Ronchounot)
Puant
d’Hautel, 1808 : Il fait le puant. Se dit d’un homme qui ayant changé de condition, fait le fat, le fier, l’orgueilleux, et ne daigne plus regarder ses anciens camarades, ou les gens avec lesquels il vivoit autrefois familièrement.
Larchey, 1865 : Homme aux manières irritantes qu’on ne peut pas sentir. Se dit surtout de ceux qui affectent des allures fashionables.
Ce petit puant… un petit maître toujours sans conséquence.
(Parodie de Zaïre dix-huitième siècle)
Delvau, 1866 : s. et adj. Fat, — dans l’argot du peuple, qui fait peut-être allusion aux odeurs de musc et de patchouli qu’exhalent les vêtements des élégants.
Rigaud, 1881 : Hautain, dédaigneux, rempli de fatuité et de sot orgueil.
La Rue, 1894 : Fat. Hautain. Bouc.
France, 1907 : Fat, gommeux ; argot populaire. Se dit aussi du capucin et du bouc.
Raisins secs
France, 1907 : Sobriquet donné autrefois aux capucins et aux franciscains, qui formaient avec les récollets, les minimes et les moines déchaux, les quatre ordres mendiants. Les récollets étaient les figues sèches, les minimes, les amandes avariées, et les déchaussés, les noisettes vides.
Soulographie
Vidocq, 1837 : s. f. — Ivrognerie.
Delvau, 1866 : s. m. Ivrognerie dégoûtante.
Rigaud, 1881 : Ivrognerie constitutionnelle.
France, 1907 : Ivresse.
S’agit-il, par exemple, de suivre tous les degrés de la soulographie, remarquez la progression parfaite indiquée par les quarante-six termes qui suivent, dont nous avons justifié l’existence par de nombreux exemples. Sans rentrer l’un dans l’autre, ils ont leur signification propre. — Chacun indique, dans l’état, une nuance.
Au début, nous rencontrons les neuf verbes : être bien, avoir sa pointe, avoir un grain, être monté, en train, poussé, parti, lancé, en patrouille.
Un peu plus loin, nous voyons l’homme légèrement ému ; — il sera tout à l’heure attendri, il verra en dedans, et se tiendra des conversations mystérieuses. Cet autre est éméché ; il aura certainement demain mal aux cheveux.
Pour dépeindre les tons empourprés par lesquels va passer cette trogne de Silène, vous n’avez que la liberté du choix entre : teinté, allumé, pavois, poivre, pompette, ayant son coup de soleil, ayant son coup de sirop, son coup de bouteille, son plumet, sa cocarde, se piquant ou se rougissant le nez.
De la figure passons à la marche. — L’homme ivre a quatre genres de port qui sont également bien saisis. Ou il est raide comme la justice et lasse trop voir par son attitude forcée combien il lui en coûte de commander à la matière ;
Ou il a sa pente (ce qui arrive souvent quand on est dans les vignes), et il marche comme si le terrain lui manquait ;
Ou il festonne, brodant de zigzags capricieux la ligne droite de son chemin ;
Ou il est dans les brouillards… tâtonnant en plein soleil, comme s’il était perdu dans la brume.
Attendons dix minutes encore ; laissons notre sujet descendre au plus bas, et vous pourrez dires indifféremment : Il est chargé, gavé, plein, complet, pion, rond comme une balle, mouillé, humecté, bu, pochard, casquette, il a sa culotte, son casque, son toquet, son sac, sa cuite, son affaire, son compte, il est soûl comme trente mille hommes, il en a jusqu’à la troisième capucine. — Ce n’est plus un homme, c’est un canon chargé jusqu’à la bouche.
(Lorédan Larchey)
Statufier
France, 1907 : Élever une statue.
Et nous avons vu le scandale éclater jusqu’au cœur de l’État : en ce palais de l’Élysée où siégeait le vieux Grévy ; hier chassé, aujourd’hui statufié ! L’un après l’autre, les bonzes de la démocratie sont tombés comme des capucins de carte ; la concussion, la simonie, le trafic des mandats et des consciences, ont exercé leurs ravages dans de camp des austères — si bien qu’on se méprenait, à la fin, entre le banc des ministres et le banc des prévenus.
(Séverine)
Va comme je te pousse
France, 1907 : Au hasard, au petit bonheur.
— C’est chou vert et vert chou, disait-il ; moi, je ne vais pas à la messe, mais je ne peux pas empêcher mon voisin d’aller manger tous les jours le bon Dieu, si ça lui plait. Il n’y a que les capucins et toute cette sacrée séquelle de moines blancs, bruns et noirs. Ceux-là sont des faignants, des vauriens, des va comme je te pousse. Ne m’en faut pas.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
Va, mon vieux, va come j’te pousse,
À gauche, à doit’, va, ça fait rien,
Va, pierr’ qui roule amass’ pas mousse,
J’m’appell’ pas Pierre et je l’sais bien.
Quand j’étais p’tit, j’m’app’lais Émile,
À présent on m’appelle Éloi ;
Va, mon vieux, va, n’te fais pas d’bile,
T’es dans la ru’, va, t’es chez toi.
(Aristide Bruant)
Vérole
Delvau, 1864 : Maladie vénérienne, plus commune aujourd’hui que jamais, pour laquelle il y a à Paris un hôpital spécial, l’hôpital du Midi.
Cent escoliers ont pris la vérole avant que d’être arrivés à leur leçon d’Aristote la Tempérance.
(Montaigne)
Si j’ suis paumé, j’enquille aux Capucins,
Ricord guérira ma vérole.
(Dumoulin)
Vingt couches, autant de véroles,
Ont couturé son ventre affreux,
Hideux amas de tripes molles
Où d’ennui baille un trou glaireux.
(Anonyme)
Delvau, 1866 : s. f. Syphilis, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Marot :
Il mourut l’an cinq cens et vingt
De la verolle qui lui vint.
On dit aussi Grosse vérole, pour la distinguer de l’autre — la Petite vérole.
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