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Câble

Rigaud, 1881 : Mari, — dans le jargon des voyous ; par allusion au câble du ballon captif de la cour des Tuileries, une des curiosités de l’Exposition de 1878. Aujourd’hui une gloire crevée comme tant d’autres.

Captif (enlever le)

Rigaud, 1881 : Donner du pied au derrière ; variante de : enlever le ballon ; mot à mot : enlever le ballon captif, par allusion à feu l’aérostat de l’ingénieur Giffard.

Coq en pâte (comme un)

France, 1907 : « Un coq en pâte est un coq mis à la retraite, qu’on engraisse avec force pâtée, et qu’on tient captif à cet effet sous un panier. C’est pour lui faire l’honneur de le manger qu’on en prend tant de soin… »

(Charles Nisard, Curiosités de l’étymologie française)

On disait autrefois coq au panier.

Panade

Vidocq, 1837 : s. — Chose mauvaise, de peu de valeur ; femme de mauvaise tournure, laide, sale.

Larchey, 1865 : Chose sans valeur (Vidocq). — De Panne.

Larchey, 1865 : Sans consistance. — Allusion à la soupe de ce nom.

Notre gouvernement est joliment panade !

(Ricard)

Delvau, 1866 : s. et adj. Chose molle, de peu de valeur ; femme laide. Argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Personne mal mise, malpropre, laide. — Personne sans énergie. — Objet de rebut. En un mot tout ce qui est panne : homme, femme ou chose.

La Rue, 1894 : Personne laide ou misérable, vannée. Objet de rebut. Misère.

Virmaître, 1894 : Soupe de pain qui mijote lentement sur un feu doux. Dans le peuple, être dans la panade, c’est être dans, la misère. Allusion à ce que la panade est généralement faite avec des croûtes de pain (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Être dans la misère.

France, 1907 : Misère, embarras, détresse ; synonyme de purée.

Le chicanous, muni de bons tuyaux, convoquait les types et leur expliquait qu’ils se trouvaient dans une sale panade et allaient sûrement être fichus à Mazas. Puis, après leur avoir mis la peur au ventre, la bourrique devenait patelin et peloteur et faisait entrevoir qu’un bon graissage de pattes rendrait Madame Justice coulante… et clairvoyante !

(Le Père Peinard)

Du peuple c’est la promenade,
L’attraction :
Ceux-là qui sont dans la panade,
L’inaction,
Aussi bien qu’ceux qui, tout’ la s’maine,
Turbin’nt captifs,
L’dimanch’, tout monde se promène
Sur les fortifs !

(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

France, 1907 : Personne laide, dénuée ; objet de rebut.

Pègre (haute)

Vidocq, 1837 : Le plus fécond de nos romanciers, celui qui sait le mieux intéresser ses lecteurs au sort des héros qu’il met en scène, parle, dans une de ses dernières publications (le Père Goriot), d’une association de malfaiteurs qu’il nomme la Société des Dix Mille, parce que tous ses membres se sont imposé la loi de ne jamais voler moins de 10,000 francs. La Société des Dix Mille n’abandonne jamais celui de ses affiliés qui est toujours resté fidèle au pacte d’association. Tout en donnant carrière à son imagination, le spirituel romancier semble n’avoir voulu parler que de la Haute Pègre.
La Haute Pègre, en effet, est l’association des voleurs qui ont donné à la corporation des preuves de dévouement et de capacité, qui exercent depuis déjà long-temps, qui ont inventé ou pratiqué avec succès un genre quelconque de vol. Le Pègre de la Haute ne volera pas un objet de peu de valeur, il croirait compromettre sa dignité d’homme capable ; il ne fait que des affaires importantes, et méprise les voleurs de bagatelles auxquels ils donnent les noms de Pégriot, de Pègre à marteau, de Chiffonnier, de Blaviniste.
L’association des Pègres de la Haute a ses lois, lois qui ne sont écrites nulle part, mais que cependant tous les membres de l’association connaissent, et qui sont plus exactement observées que celles qui régissent l’état social. Aussi le Pègre de la Haute qui n’a pas trahi ses camarades au moment du danger n’est jamais abandonné par eux, il recoit des secours en prison, au bagne, et quelquefois même jusqu’au pied de l’échafaud.
On rencontre partout le Pègre de la Haute, chez Kusner et au café de Paris, au bal d’Idalie et au balcon du théâtre Italien ; il adopte et il porte convenablement le costume qui convient aux lieux dans lesquels il se trouve, ainsi il sera vêtu, tantôt d’un habit élégant sorti des ateliers de Staub ou de Quatesous, tantôt d’une veste ou seulement d’une blouse. Le Pègre de la Haute s’est quelquefois paré des épaulettes de l’officier-général et du rochet du prince de l’église ; il sait prendre toutes les formes et parler tous les langages : celui de la bonne compagnie comme celui des bagnes et des prisons.
Quoique le caractère des hommes soit, à très peu de chose près, toujours le même, les associations de voleurs ne sont plus aujourd’hui ce qu’elles étaient autrefois. La Haute Pègre, maintenant, n’est guère composée que d’hommes sortis des dernières classes de la société, mais jadis elle comptait dans ses rangs des gens très-bien en cour. La plupart d’entre eux, placés par leur position au-dessus des lois, se faisaient une sorte de gloire de la braver. « L’administration de la justice, dit Dulaure dans ses Essais sur Paris, faible et mal constituée, accessible à la corruption et à tous les abus, tentait de réparer d’une main les abus qu’elle faisait naître de l’autre ; une législation vague et incertaine laissait un champ vaste à l’arbitraire, et, à la faveur des formes compliquées de la procédure, la chicane et la mauvaise foi pouvaient manœuvrer sans péril.
Le hasard de la naissance tenait lieu de génie, de talens et de vertus ; dépourvus de ces qualités, le noble n’en était pas moins honoré ; doué de ces qualités, le roturier n’en était pas moins avili.
Tant de germes de corruption, des institutions vicieuses et sans force pour lutter avec avantage contre les passions humaines, encouragées par l’intérêt du gouvernement, ne pouvaient qu’égarer l’opinion et pervertir la morale publique. »
Aussi, dit l’auteur de la Pourmenade du Pré aux Clercs, ouvrage publié en 1622, « des vols et assassinats très-multipliés se commettent, non-seulement la nuit, mais encore en plein jour, à la vue de la foule qui ne s’en étonne pas. »
Bussi Rabutin (Mémoires secrets, tome 1er, page 22) raconte qu’étant à Paris, deux filoux de qualité, le baron de Veillac de la maison de Benac, et le chevalier d’Andrieux, ayant appris qu’il avait reçu 12,000 livres pour faire les recrues de son régiment, vinrent en armes, pendant la nuit, entrèrent dans sa chambre par la fenêtre et lui en volèrent une partie ; ces Messieurs auraient, dit-il, volé le tout si la peur ne les avait fait fuir.
L’époque à laquelle Bussi Rabutin écrivait ses Mémoires, fut, sans contredit, l’âge d’or de la Haute Pègre : les temps sont bien changés ; les derniers membres renommés de la Haute Pègre, les Cognard, les Collet, les Gasparini, les Beaumont, sont morts depuis déjà longtemps, et n’ont pas laissé de dignes successeurs.
Il serait à peu près inutile de chercher à moraliser les membres de la Haute Pègre, ils volent plutôt par habitude que par besoin ; ils aiment leur métier et les émotions qu’il procure ; captifs, leur pensée unique est de recouvrer la liberté pour commettre de nouveaux vols, et leur seule occupation est de se moquer de ceux de leurs compagnons d’infortune qui témoignent du repentir, et manifestent l’intention de s’amender.
Plusieurs nuances distinguent entre eux les membres de la Haute ; la plus facile à saisir est, sans contredit, celle qui sépare les voleurs parisiens des voleurs provinciaux ; les premiers n’adoptent guère que les genres qui demandent seulement de l’adresse et de la subtilité : la Tire, la Détourne, par exemple ; les seconds, au contraire, moins adroits, mais plus audacieux, seront Cambriolleurs, Roulottiers ou Venterniers ; les parisiens fournissent généralement la masse de la population des maisons centrales, les provinciaux fournissent celle des bagnes. Quoi qu’il en soit, les uns et les autres ne pêchent pas par ignorance : les Pègres de la Haute sont tous d’excellents jurisconsultes, ils ne procèdent, pour ainsi dire, que le Code à la main.
Celui d’entre eux qui a adopté un genre de vol, renonce plus difficilement au métier que celui qui les exerce tous indifféremment, et cela peut facilement s’expliquer : celui qui ne pratique qu’un genre acquiert bientôt une telle habileté qu’il peut, en quelque sorte, procéder impunément ; cela est si vrai, que l’on n’a dû qu’à des circonstances imprévues l’arrestation de la plupart des Pègres de la Haute qui ont comparu devant les tribunaux.
J’ai dit plus haut que maintenant la plupart des Pègres de la Haute sortaient des dernières classes de la société, cela n’empêche pas qu’ils ne se piquent d’être doués d’une certaine grandeur d’âme et de beaucoup d’amour-propre ; lorsque les Jambe d’argent, les Capdeville, qui à une certaine époque étaient les premiers de la corporation, après s’être introduits à l’aide de fausses clés ou d’effraction dans un appartement qu’on leur avait indiqué, trouvaient dans les meubles qu’ils avaient brisés des reconnaissances du Mont-de-Piété ou quelques autres papiers qui indiquaient que la position de celui qu’ils voulaient voler n’était pas heureuse, ils avaient l’habitude de laisser, sur le coin de la cheminée tout l’or qu’ils avaient en poche, comme réparation du dommage qu’ils avaient causé ; plusieurs Tireurs donnaient au premier venu la montre qu’ils venaient de voler si elle n’était pas d’or.

Larchey, 1865 : « Association des voleurs les plus anciens et les plus exercés ; ils ne commettent que de gros vols et méprisent les voleurs ordinaires qui sont appelés dérisoirement pégriots, chiffonniers, pègre à marteau, ou blaviniste, par un pègre de la haute. » — Vidocq.

La première catégorie de voleurs se compose de la haute pègre, c’est-à-dire le vol en bottes vernies et en gants jaunes. C’est un homme jeune, élégant, distingué ; vous ne le rencontrerez qu’en coupé… Deux ou trois fois par an, il travaille, mais ses expéditions sont toujours fructueuses.

(Canler)

Société du faux col

Delvau, 1866 : s. f. Société de secours mutuels que forment entre eux les comédiens pour se débarrasser des raseurs, des importuns, des gêneurs. Le signe de détresse que font entre eux les membres de la Société du faux col consiste à passer le doigt sur le col de la chemise. Cette société s’appelle aussi la Société du rachat des captifs.

Tal

Rigaud, 1881 : Derrière. — Tapeuse du tal, fille publique qui en remontrerait à la femme de Loth. Taper dans le tal, faire rétrograder Eros.

La Rue, 1894 : Le postérieur.

Rossignol, 1901 : Voir troufignon.

Hayard, 1907 : Postérieur.

France, 1907 : Le derrière. L’étymologie de ce mot est inconnue. « Il se trouve, nous écrit Gustave Fustier, dans une des éditions de Lorédan Larchey (1880), qui s’appuie sur l’autorité de M. Macé, l’ancien chef de la Sûreté, et a été reproduit par Rigaud (1881), et par Delesalle (1896). Virmaître ne le donne pas (1894) non plus que dans son supplément. Pour moi, qui en vue de mon baccalauréat ès lettres argotiques, ai fréquenté et fréquente dans le peuple — et le bas — je ne l’ai jamais entendu prononcer. » Nous ajouterons à ce renseignement qu’a bien voulu nous donner le continuateur d’Alfred Delvau : « Ni nous non plus. » Mais nous nous rallions à la conclusion de Gustave Fustier : « Ne pensez-vous pas que ce soit un mot tout à la fois à apocopé et déformé ?… Le mot primitif pourrait bien être ballon, qui a pu fort bien par apocope devenir bal, puis ce mot recueilli par un lexicographe où une personne quelconque à l’oreille paresseuse, ou encore mal écrit ou mal imprimé est devenu tal au lieu de bal, cas fréquent en langue argotique. » Quoi qu’il en soit, les synonymes sont nombreux, ce qui prouve combien maître Luc est sujet aux plaisanteries populaires. Nous croyons bon de les rappeler :
Artiche, arrière-train, as de pique, ballon, banlieue du dos, baril de moutarde, Bernard, blair, boîte à gaz, borgne, cadet, cadran, canonnière, captif, contrebasse, croupion, culasse, cyclope, disque, doubleblanc, faubourg, fignard, figne, fla, flaque, foiron, garde-manger, giberne, lune, maître Luc, médaille, médaillon, moutardier, n’a qu’un œil, obusier, oignon, panier à crottes, papan, pétard, petit bourgeois, prépondérance à la culasse, ruelle aux vesses, salle de danse, soufflet, tirelire, triffois, trou de balle, troufignon, troussequin, tunnel. Voir Vénérable.

Triperie (boutique de)

France, 1907 : Corset. Il n’est peut-être pas d’instruments de torture que la mode impose périodiquement aux femmes qui ait été plus justement attaqué que le corset, et qui ait mieux résisté à toutes les attaques, ce qui prouve que chez la femme la coquetterie l’emporte sur l’hygiène et la santé.
M. Charles Bonheur a donné, dans l’Écho du Public, quelques définitions critiques et humoristiques du corset, qui trouvent ici leur place :

Niche pour deux seins. — Case-pomme. — Garde-fous. — Un écrin ou un écrou. — Petite écluse. — Appareil à l’aide duquel on soutient les faibles, contient les forts, et ramène les égarés. — Comme quoi il n’y a pas que Jonas qui ait été victime de la baleine. — Le cornet qui contient les deux sous de colle de pâte le ces dames. — Prétentieux qui doit savoir soutenir ce qu’il avance. — La camisole de force des femmes. — Tirelire contenant les gros sous de l’amour. — Plus une femme est tétonnante, plus elle en a besoin. — C’est là où la femme place ses meilleures saillies dans la conversation des mains. — L’Æs triplex du cœur de la femme. — Prison réservée aux vagabonds. — Abri pour deux sentinelles avancées. — Nid pour deux tourterelles ou deux… corbeaux. — Panier à pommes ou à poires. — Retranchement d’où ne doivent pas sortir les soldats pour aller à la découverte. — Balle de coton. — Boutique de triperie. — Urne évitant les scrutins de ballottage. — Un champ de manœuvre. — Parachute. — Filet pour ballons captifs. — Une montagne qui accouche de deux souris. — Poste de secours pour pendus. — Témoin du duel de deux teutons. — Écrin qui promet monts et merveilles. — Engin de torture servant à comprimer la taille des femmes qu’il lasse énormement et qu’elles délacent toujours avec joie.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique