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À la corde (logement)

France, 1907 : Abri de nuit où les clients n’ont pour tout oreiller qu’une corde tendue que l’on détend au matin.

Dans Paris qui dort, Louis Bloch et Sagari donnent des détails fort intéressants sur les pauvres diables qui n’ont pas de gite :
Parmi les vagabonds, les uns couchent en plein air, les autres sous un toit hospitalier. Suivons d’abord ces derniers : les garnis ne leur manquent pas à Paris ; la rue des Vertus, près de la rue Réaumur, leur en offre un certain nombre, parmi lesquels il faut citer : Au perchoir sans pareil, À l’arche de Noé, À l’Assurance contre la pluie, Au Parot salutaire, Au Lit, dors (au lit d’or), Au Temple du sommeil, Au Dieu Morphée, Au Matelas épatant. Ce dernier garni est ainsi appelé parce que les matelas étaient garnis de paille de maïs, et qu’un matelas, mais un seul, était véritablement bourré de laine. Il est vrai qu’il n’avait pas été cardé depuis le règne de Louis XIII.
Ces garnis sont aristocratiques à côté de ceux à la corde que l’on trouve rue Brisemiche, Pierre-au-Lard, Maubuée, Beaubourg, et, sur la rive gauche, dans les quartiers Maubert et Mouffetard. Il y a là des grabats à six sous sur lesquels on peut rester couché toute la nuit, des grabats à quatre sous sur lesquels on ne peut dormir que jusqu’à quatre heures du matin ; enfin la dernière catégorie de clients paye deux sous et même un sou avec le droit de dormir une heure ou deux.
Des garnis, il y en a de toute espèce et de tout genre ; les auteurs de Paris qui dort nous disent qu’il en existe dix mille dans la capitale. Mais tout le monde ne peut, hélas ! se payer le luxe de coucher à couvert. Aussi les fours à plâtre, les carrières, les quais de la Seine sous les ponts, les bancs des promenades publiques, les arbres mêmes sont transformés en dortoirs. Il n’y a pas d’accident de terrain, de tranchées ouvertes, de constructions délaissées, de cavités abandonnées qui ne deviennent pas un asile improvisé : on a souvent trouvé des vagabonds dans les énormes tuyaux en fer bitumé posés sur la voie publique pendant l’exécution des travaux d’égout. Les pauvres diables se couchent là sur de la paille trouvée ou volée et passent tranquillement la nuit sans souci des courants d’air.
Mais c’est encore les carrières qui reçoivent le plus grand nombre de clients.

(Mot d’Ordre)

Absintheur

Delvau, 1866 : s. m. Buveur d’absinthe.

Rigaud, 1881 : Buveur d’absinthe. Privat d’Anglemont, une autorité, donne « absinthier » dans le même sens.

France, 1907 : Buveur d’absinthe.

Entre officiers de différents grades, du lieutenant au colonel, il n’existe que des rapports de camarade à camarade, d’hommes du même monde, ayant reçu la même éducation et sachant qu’il n’est entre eux que des distinctions de hiérarchie militaire cessant hors du terrain de manœuvre et de la caserne. Notre légendaire culotte de peau, le bravache, le capitaine Fracasse, le traîneur de sabre, l’absintheur sont des types inconnus.

(Hector France, L’armée de John Bull)

On dit : s’absinther, pour se griser avec de l’absinthe.

Affranchi (être)

Virmaître, 1894 : Ne rien craindre. On dit dans le peuple d’une fille qui a perdu son capital : elle est affranchie (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Connaître une question, ne rien craindre.

Aimeuse

Delvau, 1864 : Petite dame — galante, — qui fait profession d’aimer. — Synonymes : putain, lorette, cocotte, grue, catin, vache, etc., etc.

Les Juifs avaient leurs Madeleines ;
Les fils d’Homère leurs Phrynês.
Délaçons pour tous les baleines
De nos corsets capitonnés.
Rousses, blondes, brunes ou noires,
Sous tous les poils, sous tous les teints…
Qu’il pourrait, raconter d’histoires,
Le cercle de nos yeux éteints !
Folâtres ou rêveuses,
Nous charmons ;
Nous sommes les aimeuses,
Aimons !

(Eug. Imbert)

Angoulême

Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Bouche.

Delvau, 1866 : s. f. La bouche — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot à l’argot du peuple, par corruption du verbe français engouler, avaler, et non, comme le voudrait M. Francisque Michel, par une allusion plus ou moins ingénieuse et plus ou moins fondée à la réputation de goinfrerie de la capitale de l’Angoumois.

La Rue, 1894 : Bouche.

France, 1907 : La bouche, argot des voleurs ; imitation du vieux mot français engouler, mettre en goule, dont nous avons fait gueule, goulu, goulafre, gueuleton. Se caresser l’angoulême, manger et boire.

Apache

France, 1907 : Voleur, souteneur et, au besoin, assassin. Ce néologisme est de date récente ; il a été donné aux bandits de Paris et de la banlieue, en souvenir de la férocité de la tribu des Peaux-Rouges de ce nom.

Sans être lâche outre mesure,
Les apaches, je vous assure,
Qui, sous l’œil du gouvernement,
Empoisonnent la Métropole,
Me causent une terreur folle,
Rien que d’y penser seulement.

(Raoul Ponchon)

anon., 1907 : Nom dont s’affublent certains bandits de la capitale, qui vivent d’attaques nocturnes.

Apoplexie de templier

Delvau, 1866 : s. f. Coup de sang provoqué par une ingestion exagérée de liquide, capiteux. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Transport au cerveau par suite d’excès alcooliques. — Les templiers n’étaient pas précisément renommés pour leur sobriété. On a dit, pendant longtemps, boire comme un templier.

France, 1907 : Coup de sang provoqué par des excès de boisson et de mangeaille, suivant le proverbe : Boire comme un templier.

Atout

d’Hautel, 1808 : Terme burlesque ; qui équivaut à mornifle, taloche, horion.
Il a reçu un fameux atout. Pour dire il a été rossé, équipé d’une belle manière.

Vidocq, 1837 : s. m. — Estomac.

un détenu, 1846 : Estomac.

Larchey, 1865 : Coup grave.

Voilà mon dernier atout… Vous m’avez donné le coup de la mort.

(Balzac)

Expression de joueurs de cartes, qui ont appliqué aux accidents de la vie le nom de l’ennemi que craignent leurs combinaisons. Atout : Courage (Vidocq).

Je ne me plains pas. Tu es un cadet qui a de l’atout.

(E. Sue)

Même allusion ; seulement elle est retournée. L’homme a ici l’atout dans le jeu de sa vie au lieu de l’avoir contre lui.
Atouser : Encourager (Vidocq). — C’est-à-dire donner de l’atout.

Delvau, 1866 : s. m. Aplomb, acquis, assurance, — dans l’argot du peuple qui sait par expérience que les gens de cœur marchent volontiers le front haut, comme défiant les lâches.

Delvau, 1866 : s. m. Argent, monnaie, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi capacités, talents.

Delvau, 1866 : s. m. Coup plus ou moins grave que l’on reçoit en jouant — maladroitement — des poings avec quelqu’un.

Delvau, 1866 : s. m. Courage, — parce que souvent au jeu de cartes, l’atout c’est du cœur.

Delvau, 1866 : s. m. Estomac, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Contusion ; coup de poing. Retourner atout, donner une gifle.

Rigaud, 1881 : Courage. — Avoir de l’atout, avoir du courage.

La Rue, 1894 : Courage. Coup. Estomac.

Virmaître, 1894 : Avoir du courage. Avoir des atouts dans son jeu. Un zouave rencontre son capitaine accompagné de sa femme, il leur lance au nez un pet à tout casser en criant : Atout. Le capitaine, se retournant, lui envoie un magistral coup de pied dans le cul en disant : Je coupe. Le soldat répond : Ah ! je ne savais pas que vous aviez la dame seconde ! Recevoir un atout : être sérieusement blessé. C’est sans doute d’atout que, par corruption, on a fait attiger (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Courage, audace, coup.

France, 1907 : Argent ; argot des faubouriens.

France, 1907 : Courage, aplomb, assurance : Quand on a les atouts dans son jeu, on va hardiment.

Tu m’as donné la bonne mesure, tu es un cadet qui a de l’atout.

(Eugène Sue)

Signifie aussi coup : recevoir des atouts, et, dans l’argot des voleurs, estomac.

Attendrir (s’)

Larchey, 1865 : S’attendrir sous l’empire d’un commencement d’ivresse. Dix minutes avant, le buveur attendri n’était qu’ému. Dix minutes encore, et il sera sur le point de pleurer.

Le capitaine qui avait religieusement vidé son verre à chaque mot, s’attendrit.

(Th. Gautier)

Delvau, 1866 : v. réfl. Arriver à cette période de l’ivresse où l’on sent des flots de tendresse monter du cœur aux lèvres. Argot des faubouriens.

Avant-scène

Delvau, 1864 : La gorge des femmes, parce qu’elle avance plus que le reste du corps en dehors de la perpendiculaire, et que c’est la première chose que l’on remarque.

Ce ne sont pas les avant-scène qui lui manquent, mâtin !

(Barthet)

Virmaître, 1894 : Les seins. Ils avancent, en effet, quand… il y en a. (Argot du peuple). V. Capitonnée.

Avantage

Virmaître, 1894 : Les seins. Avantage, oui, quand il fait froid, mais pendant les grandes chaleurs ? (Argot du peuple). V. Capitonnée.

Baiser (se faire)

Rigaud, 1881 : Se laisser tromper grossièrement, se laisser voler. — Être baisé, être trompé, avoir le dessous dans une affaire d’amour, dans une affaire quelconque, dans une partie de jeu. « — Capitaine ! — Commandant ? — Vous allez faire la partie de la colonelle ; attention ! pas de blagues, pas de mots risqués. — Ayez pas peur… je veux que le tonnerre de N. D. D. m’emporte si… » On joue : Le capitaine (annonçant :) — « Le roi, (entre ses dents :) un foutu gueux. » — La colonelle : « La dame de pique. » — Le capitaine : « Je lui fends le c… (d’une voix de stentor :) atout, ratatout, le poil de mes… moustaches et je prends tout… vous êtes baisée, ma petite mère. »

Balcon (avoir du monde au)

Virmaître, 1894 : Femme qui possède des seins volumineux (Argot du peuple). V. Capitonnée.

Bande noire

France, 1907 : On désignait de ce nom une association de spéculateurs, composée généralement de capitalistes qui achetaient en bloc les grandes propriétés foncières, pour les revendre au détail Maintenant ce nom est donné plus spécialement à une vaste association de filous qui, spéculant le plus souvent à l’étranger, se font expédier, sous de faux noms et à l’aide de fausses références, des marchandises qu’ils ne payent jamais et revendent à vil prix. C’est à Londres, surtout, et dans quelques autres villes de l’Angleterre et du continent, que fleurit cette bande de coquins.

Elle ne douta plus un instant qu’il ne fit partie de la fameuse bande noire qui a son centre spécial dans un café du voisinage de Leicester Square, et des ramifications dans une douzaine de tavernes mal famées de la métropole, où l’on met systématiquement à rançon les maisons de commerce du continent, assez confiantes pour envoyer sur d’illusoires garanties leurs marchandises à ces forbans.

(Hector France, La Taverne de l’Éventreur)

Baquet insolent

Rigaud, 1881 : Baquet de blanchisseuse. — La blanchisseuse elle-même. — Habituées à voir tant de saletés, ces dames ne se privent pas d’en dire, et leurs insolences sont capitonnées de grossièretés ordurières.

Rossignol, 1901 : Laveuse qui n’a généralement pas des mots recherchés lorsqu’elle se dispute.

Bardache

Delvau, 1864 : Pédéraste actif ou passif, au choix — des autres.

C’est là un cul de châtré ou de bardache, si jamais il y en a eu.

(La Popelinière)

Le capitan était bardache :
Godefroy, seigneur de Bouillon,
L’encula dans une patache.

(B. de Maurice)

France, 1907 : Jeune garçon dont les gens de mœurs levantines abusent. On disait enfant d’honneur.

Le prince de Bidache
Criait aux Allemands :
Rendez-moi mon bardache.

(Tallemant des Réaux)

Basane

Delvau, 1866 : s. f. Amadou, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. f. Peau du corps humain, — dans l’argot des faubouriens. Tanner la basane. Battre quelqu’un.

La Rue, 1894 : Peau du corps humain. Amadou. Faire une basane. Défier du geste.

Virmaître, 1894 : Peau. Les tabliers des forgerons se nomment basane (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Taper sa cuisse en faisant avec la main un geste significatif et dire : « Tiens, voilà pour toi, ou va porter ça à ton capitaine », est tailler une basane.

France, 1907 : La peau. Tanner la basane à quelqu’un, le battre ; tailler une basane, « Geste grossier qu’explique d’une manière assez pittoresque le libellé de punition suivant, dont on nous garantit l’authenticité : Untel, quatre jours de salle de police, ordre du sous-officier X…, a répondu à ce sous-officier en lui taillant une basane : la main appliquée sur la braguette du pantalon, et lui faisant décrire une conversion à gauche, avec le pouce pour pivot et le petit doigt pour aile marchante. » (Léon Merlin, La langue verte du troupier)

On dit aussi basane pour amadou.

Bâton (faire)

Delvau, 1864 : Bander.

Le temps… où la première guenon venue qui me mettait la main dessus me f’sait faire bâton pendant quinze jours.

(Lemercier de Neuville)

J’crois ben qu’ la seul’ médecine
Qui pourrait m’ guérir tout d’ bon
Et m’empécher d’fair’ bâton,
Ce s’rait d’ fair’ sombrer ma pine,
Capitain’, dans un pied d’con.

(G. De La Landelle)

Bavaroise

d’Hautel, 1808 : Infusion de thé mêlée avec du sirop et du lait, dont la recette vient, dit-on, des Bavarois ; et non Bavaloise, comme on prononce habituellement.

Fustier, 1889 : Infusion de thé et de sirop de capillaire. — Bavaroise au chocolat, tasse de chocolat à la crème ; bavaroise aux choux, mélange d’absinthe et d’orgeat ; bavaroise de cocher, verre de vin.

Bêtises (faire des)

Delvau, 1864 : Patiner une femme, peloter un homme : baiser ; sodomiser.

Sois bien sage et bien raisonnable, mais pas trop cochon ; si nous voulons, nous ferons des bêtises.

(Henry Monnier)

Lors le prélat, relevant son étole,
Après m’avoir caressé le menton,
M’ fit des bétis’s au pied du Capitole :
J’ai, mes amis, toujours été cochon.

(Parnasse satyrique)

Biblot

Vidocq, 1837 : s. m. — Outil d’artisan.

Larchey, 1865 : Objet de fantaisie propre à décorer une étagère. — Abréviation de bimbelot : jouet d’enfant.

Il y a biblot et biblot : celui qu’on gagne à la fête de Saint-Cloud et celui que cent capitaines de navire ont à grands frais rapporté de toutes les îles connues ou inconnues.

(Mornand)

Mon biblot : Dans la bouche d’un soldat, signifie Mon attirail militaire.
Biblot : Bijou.

Trouve-moi des dentelles chouettes ! et donne-moi les plus reluisants biblots.

(Balzac)

Biblot : Outil d’artisan (Vidocq).

Rigaud, 1881 : Les militaires nomment « biblot » tout ce qui leur sert au régiment, depuis l’aiguille à coudre jusqu’au fusil à aiguille. Le biblot, c’est l’attirail du troupier. Quand son biblot est au grand complet dans son sac, qu’il est en tenue de campagne, il dit qu’il porte « tout le tremblement ».

Rigaud, 1881 : Outil d’ouvrier.

Blonde

Delvau, 1864 : Maîtresse, — quelle que soit la couleur de ses cheveux ou de son poil.

Puissé-je…
Cramper dans le cul
De ma blonde !

(Émile Debraux)

Larchey, 1865 : Amante.

Blonde s’emploie dans ce sens sans distinction de la couleur des cheveux, car il existe une chanson villageoise où, après avoir fait le portrait d’une brune, l’amoureux ajoute qu’il en fera sa blonde.

(Monnier, 1831)

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des ouvriers.

Rigaud, 1881 : Maîtresse, amante. Se dit surtout en parlant de la maîtresse d’un homme marié. C’est l’autre, le numéro deux, quelle que soit d’ailleurs la nuance de ses cheveux. Le blond est une couleur tendre et la blonde représente la tendresse en ville. — Être chez sa blonde, Aller voir sa blonde.

— Si j’vas dîner avec ma blonde,
Je n’sais pourquoi, je fuis tout l’monde ;
Avec sa femm’ pas tant d’façon,
On est très bien, même dans l’salon.

(Meinfred, Le Garçon converti, chans.)

Rigaud, 1881 : Vin blanc, bouteille de vin blanc. Être porté sur la blonde, peloter la blonde, aimer le vin blanc. Se coller une ou deux blondes dans le fanal pour tasser les imbéciles, boire une ou deux bouteilles de vin blanc pour arroser les huîtres. — Courtiser la brune et la blonde, boire alternativement, au cours d’un repas, du vin blanc et du vin rouge.

La Rue, 1894 : Bouteille de vin blanc.

France, 1907 : Maîtresse ou bouteille de vin blanc.

Pour l’amour d’une blonde
J’ai fait bien des faux pas ;
Les beautés de ce monde
À mes yeux n’avaient pas
D’appas.

Pour l’amour d’une brune
J’ai fui le cru natal ;
Sur le cours de la lune
J’ai mis mon capital…
Ces deux sœurs non pareilles,
Belle nuit et beau jour
Habitaient des bouteilles
Où je bus tour à tour
L’amour.

(Gustave Nadaud.)

Bon-Dieu

Larchey, 1865 : Sabre-poignard ; allusion à la croix figurée par la lame et la poignée.
Bon-dieu (il n’y a pas de) : Mot à mot il n’y a pas de bon Dieu qui puisse l’empêcher.

Gn’y a pas d’Bon-Dieu, Faut s’dire adieu.

(Désaugiers)

Fustier, 1889 : « On m’avait réservé la copie d’un petit état récapitulatif des corvées du jour, dont j’avais à faire une douzaine d’exemplaires. J’en avais pour trois quarts d’heure environ… Cela s’appelait des bon-dieu. Je n’ai jamais pu savoir pourquoi. »

(A. Humbert, Mon bagne)

Bossoirs

Larchey, 1865 : Seins. — Terme de marine.

Delvau, 1866 : s. m. pl. La gorge d’une femme, — dans l’argot des marins.

Rigaud, 1881 : Seins exagérés. Allusion au bossoir d’un navire.

France, 1907 : La gorge d’une femme. Les bossoirs sont les saillies en avant d’un navire qui servent à suspendre les ancres. Aux bossoirs d’une femme, on commence par suspendre l’ancre d’espérance, comme eût dit le sergent Lafleur.

Ouvre l’œil au bossoir,
Car la nuit sera sombre,
Et tu verras dans l’ombre
Le capitaine noir.

(Vieille romance)

C’est la belle-sœur de notre hôte, j’espère qu’elle en a des bossoirs ; c’est gras comme une pelote, rond comme une bouée… aussi est-ce un plaisir.

(Marc Mario et Louis Launay)

Boyar

France, 1907 : Riche étranger, polonais, valaque ou russe, noble ou vilain, pourvu qu’il finance ; argot des petites dames. Le mot, tombé en désuétude, a été remplacé par Brésilien. Slavisme : le boyar étant le grand seigneur russe, généralement fort riche, car la plupart des grands manufacturiers sont des boyars.

La noblesse (en Russie) est un corps non seulement de négociants et d’industriels, mais de véritables exploiteurs dans tous les genres. Le général N… un descendant de Pierre le Grand, était directeur de l’Opéra italien d’Odessa, et avait en même temps un navire marchand en mer. Un autre boyar, un G…. s’il vous plaît ! avait établi à Odessa une sorte de Closerie des Lilas ou de Château des Fleurs, tout à la fois guinguette, bal et restaurant, où l’on était servi par les esclaves du prince. C’était le rendez-vous des femmes galantes de la ville, qui venaient y boire le punch, fumer la cigarette et danser le cancan. Le prince y remplissait lui-même, s’il faut en croire le capitaine anglais Jesse (Russia and the war), l’office de maître des cérémonies ; il visitait les tables et s’assurait que tout le monde était servi. Et ce qu’il y a de plus caractéristique, c’est que loin de trouver sa conduite blâmable, les autres boyars louaient son idée comme fort ingénieuse et disaient tout haut qu’il faisait de bonnes affaires.

(Léon Deluzy, La Russie, son peuple et son armée, 1850)

Boycottage

France, 1907 : Action de mettre quelqu’un à l’index ou à la quarantaine : anglicisme, du nom du capitaine Boycott, patriote irlandais, qui organisa la résistance en terrorisant, dans les campagnes, tous ceux qui se soumettaient aux autorités anglaises.

Cafignon

France, 1907 : Sécrétion des pieds, autrement dite essence de gendarme ou de facteur rural, particulière aux gens malpropres ; mais certaines gens, quoique d’une propreté méticuleuse, en sont affligées. Le mot est vieux comme le mal ; dérivé d’escafignon, escarpin, chausson, pantoufle. En Normandie, le cafignon est le sabot des vaches, chèvres, cochons, etc., qui n’est pas parfumé. Charles Nisard le fait venir du latin scaphium, pot de chambre, venu lui-même du grec.

On n’est pas sans avoir senti plus d’une fois dans le monde, et là même où se réunissent les gens bien élevés, certaine odeur chaude et nauséabonde qui vient de bas en haut, s’exhale par bouffées et domine de temps en temps toutes celles dont se charge l’atmosphère, partout où il y a agglomération d’individus ; cette odeur est l’effet d’une émanation dont le siège est aussi bien dans la botte du gendarme que dans le soulier de satin de la petite maîtresse. On appelait cela autrefois sentir l’escafignon ; puzzar di scapino, comme disent les Italiens. Il n’y a rien de plus insupportable que cette odeur, si ce n’est l’ignorance où paraissent être de ses propriétés ceux qui la rendent et la promènent partout. Il n’est parfums ni eaux qui puissent la combattre : l’unique moyen de s’en garantir est de s’en aller.

(Charles Nisard, Curiosités de l’étymologie française)

Canton

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Prison.

Larchey, 1865 : Prison (Vidocq). — Du vieux mot canton : coin. C’est dans les coins qu’on est à l’ombre. — Cantonnier : Prisonnier. V. Carruche.

Delvau, 1866 : s. m. Prison, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Prison, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Prison. Capitaine. Capitaliste, agioteur.

Virmaître, 1894 : Prison. Le prisonnier y est en effet cantonné (Argot des voleurs).

France, 1907 : Prison ; du vieux mot canton, coin. Comte de canton, geôlier.

Cape

Halbert, 1849 : Écriture.

Delvau, 1866 : s. f. Écriture, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Écriture, — dans l’ancien argot. — Capine, écritoire. — Capir, écrire.

France, 1907 : Écriture ; argot des voleurs.

Capilotade

d’Hautel, 1808 : Mettre quelqu’un en capilotade. Le maltraîter en paroles, ne plus garder de mesure dans les médisances que l’on débite sur son compte ; le mettre en pièces.

Capine

Halbert, 1849 : Écritoire.

Delvau, 1866 : s. f. Écritoire.

France, 1907 : Écritoire.

Capir

Halbert, 1849 : Écrire.

Delvau, 1866 : v. a. Écrire.

France, 1907 : Écrire.

Capiston

Rigaud, 1881 : Capitaine, — dans le jargon des troupiers, — Capiston bêcheur, capitaine adjudant-major.

Merlin, 1888 : Capitaine. — On dit encore piston.

Virmaître, 1894 : Capitaine (Argot des troupiers).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Capitaine.

France, 1907 : Capitaine. Capiston bêcheur, capitaine rapporteur ; argot militaire. Capiston de la soupe, officier qui n’a jamais essuyé que le feu des marmites.

Capitainage

Vidocq, 1837 : s. m. — Agiotage.

Capitaine

Vidocq, 1837 : s. m. — Agioteur.

Larchey, 1865 : Agioteur (Vidocq). Corruption de Capitaliste.

Delvau, 1866 : s. m. Agioteur, dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Capitaliste, — dans le même argot [des voleurs].

France, 1907 : Capitaliste : agioteur, tripoteur ; filou considéré, comme ils le sont tous, quand ils ont réussi à faire fortune sans se laisser prendre la main dans le sac. Argot des voleurs.

Capitaine bécheur

Delvau, 1866 : s. m. Capitaine rapporteur, — dans l’argot des soldats.

Capitaine de la soupe

Rigaud, 1881 : Se dit ironiquement pour désigner un capitaine qui n’a jamais vu le feu, et qui n’a gagné son grade qu’au tour d’ancienneté.

Capitainer

Vidocq, 1837 : v. a. — Agioter.

Delvau, 1866 : v. a. Agioter.

Capital

Fustier, 1889 : Vertu, virginité de la femme. Le mot a été créé par M. Alexandre Dumas.

Généralement, c’est une femme dont le capital s’est perdu depuis de longues années.

(Théo-Critt, Nos farces à Saumur)

La Rue, 1894 : Virginité de la femme.

Capital d’une fille

France, 1907 : « Mot qu’Alexandre Dumas fils a employé pour désigner la virginité de la jeune fille, avec la manière de s’en servir et de s’en faire cent mille livres de rentes. Hélas ! qu’il y a de malheureuses qui se le laissent déflorer. »

(Dr Michel Villemont)

Tu possèdes, mignonne, un gentil capital ;
Ne prends pas un caissier pour gérer ta fortune :
Il palperait tes fonds, et, commis déloyal,
Pourrait bien, comme on dit, faire un trou dans la lune.

Capitation

d’Hautel, 1808 : Il est bon comme la capitation. Se dit d’un enfant importun, hargneux, indocile et méchant, et par une allusion maligne avec un impôt ainsi nommé qui pesoit autrefois sur le peuple.

Capitol

France, 1907 : Prison ; argot des écoliers, des pensions de Paris.

Capitole

Rigaud, 1881 : Nom donné par les écoliers au cachot, représenté le plus souvent par un grenier, dans les écoles. On dit : « monter au Capitole », par allusion classique. (L. Larchey)

Capitonnée

Virmaître, 1894 : Femme bien en chair, qui a une gorge bien développée, qui se tient ferme sans le secours du corset. On dit aussi qu’elle est meublée.
— Ah ! Gugusse, mince de viande, ça ferait rien un bath traversin (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Personne aux contours rebondis : « Une jouvencelle bien capitonnée. »

Capitonner (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Garnir le corsage de sa robe « d’avantages » en coton, — dans l’argot des petites dames qui, pour séduire les hommes, ont recours à l’Art quand la Nature est insuffisante.

France, 1907 : Se garnir le corsage et le derrière, pour remplacer les tétons absents et les fesses trop plates ; argot des filles.

Capitulard

Rigaud, 1881 : Pendant la guerre de 1870-71, le peuple, qui veut le succès à n’importe quel prix, avait décerné ce sobriquet à tout général qui capitulait. Au plus fort de nos revers, il vit des capitulards partout, et quand Bazaine livra Metz aux Prussiens, il fut salué : Roi des capitulards.

Casaquin

d’Hautel, 1808 : Diminutif de casaque, pour dire le derrière de la poitrine, le dos.
On lui a donné sur le casaquin. C’est-à-dire, il a reçu une volée de coups de bâton.
Traîner son casaquin. Mener une vie disetteuse et pénible.

Larchey, 1865 : Corps (d’Hautel 1808).

Je te tombe sur la bosse, je te tanne le casaquin.

(Paillet)

Delvau, 1866 : s. m. Le corps humain, — dans l’argot du peuple. Sauter ou tomber sur le casaquin à quelqu’un. Battre quelqu’un, le rouer de coups. Avoir quelque chose dans le casaquin. Être inquiet, tourmenté par un projet ou par la maladie.

France, 1907 : Le corps humain. Avoir quelque chose dans le casaquin, être mal à son aise. Tomber sur le casaquin de quelqu’un, le battre.

Un de ces quatre matins, le populo tombera sur le casaquin de toute cette vermine, et la foutra en capilotade.

(Père Peinard)

Se faite crever le casaquin, se faire tuer.

Si s’rait parti pour el’ Tonkin,
L’s’rait fait crever l’casaquin
Comm’ Rivière…

(Aristide Bruant)

Se faire crever le casaquin se dit aussi pour se fatiguer.

Casse

d’Hautel, 1808 : Donner de la casse. Supplanter quelqu’un ; le déposséder de son emploi ; signifie aussi parmi les soldats l’action de licencier un régiment ou un corps.

Delvau, 1866 : s. f. Ce que l’on casse. Argot des garçons de café.

Boutmy, 1883 : s. f. Ensemble des deux compartiments qui contiennent les diverses sortes de lettres. La casse se divise en deux parties : le bas de casse et le haut de casse ; la première renferme les lettres minuscules, les cadrats, les cadratins, les signes de ponctuation, etc. ; la seconde, les majuscules, les petites capitales, les lettres accentuées et diverses autres sortes moins usitées que celles du bas de casse. Au figuré, Fond de casse, reste d’une barbe de la veille.

France, 1907 : Ce que les garçons ou servantes de cafés, d’hôtels ou de restaurants sont supposés casser et pour laquelle le patron s’empare d’une partie des pourboires. « Dans beaucoup de villes, dit A. Luchet, le maître d’hôtel marié prend des pourboires, une part pour sa femme, une part pour ses enfants, une part pour la casse. » On appelle aussi casse les rognures et débris de pâtisserie vendus à bas prix aux pauvres gens.
C’est aussi, en bas langage rémois, un poêlon de cuivre pour boire.

Casse-tête

d’Hautel, 1808 : Enfant vif et turbulent ; bruit incommode ; vin qui porte à la tête ; et générale ment tout ce qui demande une grande contension d’esprit.

Rigaud, 1881 : Vin très capiteux. Mot à mot : vin qui casse la tête.

Casser les gueules

France, 1907 : Tuer.

Un capitaine, qui était parvenu à l’âge où l’on va prendre sa retraite, et qui regardait avec mélancolie son dolman vierge du ruban rouge, me disait, au début du conflit franco-dahoméen : « Ah ! gouverneur, vous ne faites pas casser assez de gueules. » Je tiens à citer la phrase dans son intégrité.

(Jean Bayol)

Cataplasme

d’Hautel, 1808 : Un cataplasme de Venise. Pour dire, soufflet ; coup appliqué avec la main sur le visage.

Rigaud, 1881 : Capitaine de place, — dans le jargon du régiment. Le mot se renverse ; c’est ainsi qu’on dit : Le cataplasme m’a donné deux jours de planche. Et : Le major m’a fait coller deux capitaines de place au ventre.

Rigaud, 1881 : Soupe très épaisse. — Homme lourd, épais au moral. — Cataplasme de Venise, soufflet.

France, 1907 : Paquet de cartes préparé.

Chair

d’Hautel, 1808 : Il est de chair et d’os comme vous. Se dit par reproche à celui qui maltraite son semblable ; et signifie : il est votre égal, il est de même nature que vous.
Se hacher comme chair à pâté. Pour, se battre à toute outrance.
Rire entre cuir et chair. Se moquer intérieurement d’une personne ; rire sous cape.
La chair nourrit la chair. Pour dire que les alimens les plus en usage sont les viandes.
Jeune chair et vieux poisson. Signifie qu’il faut manger les animaux quand ils sont jeunes, et les poissons quand ils sont vieux.
Il n’y a point de belle chair près des os. Pour dire qu’une personne maigre et décharnée ne peut être belle.
On ne sait s’il est chair ou poisson. Se dit d’un homme caché, d’un sournois que l’on ne peut définir.
Vendeurs de chair humaine. Raccoleurs, embaucheurs ; ceux qui faisoient autrefois métier de vendre des jeunes gens aux capitaines de recrutement.
L’esprit est prompt, la chair est foible. Paroles évangéliques dont on se sert communément par plaisanterie, pour dire que l’homme se laisse facilement entrainer à ses passions.

Delvau, 1864 : Le membre viril, que les femmes ne craignent pas de consommer même en Carême parce que ce jeûne là serait de tous le plus pénible et le plus impossible. — D’où l’expression biblique d’œuvre de chair.

Bon, bon ! sur ce ton-là, la petite friande,
Il lui faut la chair vive après toute autre viande.

(J. De Schélandre)

Chanteur de la chapelle Sixtine

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui, par vice de conformation ou par suite d’accident, pourrait être engagé en Orient en qualité de capi-agassi.

France, 1907 : Homme qui, à la suite de quelque accident, a perdu ses testicules. Allusion aux castrats qui formaient autrefois le chœur de ladite chapelle.

Chausser le cothurne

Delvau, 1866 : v. a. Écrire ou jouer des tragédies, — dans l’argot des académiciens, qui parlent presque aussi mal que les faubouriens la noble langue dont ils sont les gardiens, comme les capi-agassi sont ceux d’un sérail.

France, 1907 : Faire ou jouer des tragédies.

Chienlit

Delvau, 1866 : s. m. Homme vêtu ridiculement, grotesquement, — dans l’argot du peuple, qui n’a pas été chercher midi à quatorze heures pour forger ce mot, que M. Charles Nisard suppose, pour les besoins de sa cause (Paradoxes philologiques), venir de si loin.
Remonter jusqu’au XVe siècle pour trouver — dans chéaulz, enfants, et lice, chienne — une étymologie que tous les petits polissons portent imprimée en capitales de onze sur le bas de leur chemise, c’est avoir une furieuse démangeaison de voyager et de faire voyager ses lecteurs, sans se soucier de leur fatigue. Le verbe cacare — en français — date du XIIIe siècle, et le mot qui en est naturellement sorti, celui qui nous occupe, n’a commencé à apparaître dans la littérature que vers le milieu du XVIIIe siècle ; mais il existait tout formé du jour où le verbe lui-même l’avait été, et l’on peut dire qu’il est né tout d’une pièce. Il est regrettable que M. Charles Nisard ait fait une si précieuse et si inutile dépense d’ingéniosité à ce propos ; mais aussi, son point de départ était par trop faux : « La manière de prononcer ce mot, chez les gamins de Paris, est chiaulit. Les gamins ont raison. » M. Nisard a tort, qu’il me permette de le lui dire : les gamins de Paris ont toujours prononcé chit-en-lit. Cette première hypothèse prouvée erronée, le reste s’écroule. Il est vrai que les morceaux en sont bons.

France, 1907 : Personnage ridicule et grotesque.

Être inintelligent, ce n’est qu’une guigne ; mais en faire parade, exhiber sa disgrâce, prétendre s’en faire une arme et un titre à dominer les autres !… Voilà qui est insoutenable et prête a rire ! Voilà qui ameute, contre les chienlits du parlementarisme, tout ce que la France a de graine de bon sens : sa jeunesse, ses artistes, ses plébéiens, et jusqu’aux gamins de ses rues, pépiant et gouaillant, les mains en entonnoir autour du bec, l’œil émerillonné, « reconduisant » les ministres.

(Séverine)

Chiffonner

d’Hautel, 1808 : Une figure chiffonnée. Un visage dont les traits, sans être beaux ni réguliers, forment cependant un ensemble agréable.
Cela me chiffonne. Pour cela m’embarrasse, m’inquiète, me tourmente.

Delvau, 1866 : v. a. Contrarier, ennuyer, — dans l’argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Taquiner amoureusement une femme, la pincer amoureusement.

Et lorsqu’ils sontpochards, ils chiffonnent les bonnes

(L. Huart. Ulysse ou les porcs vengés)

La Rue, 1894 : Contrarier.

France, 1907 : Contrarier, ennuyer.

— Si vous ne voulez pas être mon obligée, soyez tranquille, je vous demanderai quelque chose en échange : comme ça, nous serons quittes !
— Quoi donc ? Que me demanderez-vous ?
— De me faire mes heures supplémentaires la semaine prochaine. Je suis de garde et ça me chiffonne.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Agacer, tripoter une femme ou une fille ; littéralement, lui chiffonner les jupes ou essayer de lever sa chemise.

— L’épouser ! L’épouser ! exclama bruyamment le capitaine, en battant du bras ; ce petit torchon… ce laideron, cette grêlée !… Il pensait à chiffonner ça parce que c’est jeune. Un amour d’étape. J’aurais deviné ça du coup… et je l’aurais secoué.

(Alexis Bouvier, La Belle Grêtée)

— Savez-vous comment on peut chiffonner le plus une soubrette au minois chiffonné ?
— En ne la chiffonnant pas.

(Dr Grégoire, Turlutaines)

Clapier

Delvau, 1864 : Grand con où peuvent se loger lapin et la pine.

Je les ai furetés tous deux, ces clapiers-là, j’en connais peu d’aussi logeables.

(A. de Nerciat)

Mais au clapier de qui les bords
Sont couverts de nouvelle mousse.

(Cabinet satyrique)

Delvau, 1866 : s. m. Maison mal famée, où l’on élève du gibier domestique à l’usage des amateurs parisiens. L’expression se trouve dans beaucoup d’écrivains des XVe et XVIe siècles.

France, 1907 : Lupanar de has étage, bordel hanté par de pauvres filles vieilles ou laides, épave de la prostitution et à bout de ressources.

J’ai l’honneur de vous prier, Monsieur le préfet, de ne pas confondre l’établissement que je veux monter avec ceux déjà existants dans la capitale, avec ces mauvais clapiers dont la situation, la malpropreté et l’espèce de femmes qui les habitent, sont faites pour écarter tous les honnêtes gens, ainsi que le peu de sûreté qu’on y trouve, tant individuelle que pour la santé, parce qu’on n’y trouve que la lie des femmes qui fréquentent sans choix et indistinctement toutes les classes d’hommes qui osent les aborder.

(Lettre d’une dame de maison au préfet de police)

Clou

d’Hautel, 1808 : Gras comme un cent de clou. Phrase hyperbolique, pour dire maigre, étique, décharné.
Cela ne tient ni à fer ni à clou. Pour est dans un très-mauvais état ; se dit aussi d’un ornement d’une chose mobile qu’on peut emporter en changeant de logis.
Un clou chasse l’autre. Voy. Chasser.
River le clou à quelqu’un. C’est répondre d’une manière fermé et sèche à des paroles choquantes.
Compter les clous d’une porte. Se dit figurément, pour s’ennuyer d’attendre à une porte y planter le piquet.
On dit d’une chose en très bon état, qu’il n’y manque pas un clou.
Je n’en donnerois pas un clou à soufflet.
Se dit d’une chose pour laquelle on n’a aucune estime.
On dit d’un écervelé, d’un homme extravagant, qu’il faut un clou à son armet.

Delvau, 1864 : Le membre viril, avec lequel on fixe la femme sur le dos.

Larchey, 1865 : Mont-de-Piété. — Mot à mot : prison d’objets engagés.

Il avait mis le linge en gage ; on ne disait pas encore au clou.

(Luchet)

Larchey, 1865 : Prison. On ne peut pas en bouger plus que si on y était cloué.

Je vous colle au clou pour vingt-quatre heures.

(Noriac)

Delvau, 1866 : s. m. La salle de police, — dans l’argot des soldats, qui s’y font souvent accrocher par l’adjudant. Coller au clou. Mettre un soldat à la salle de police.

Delvau, 1866 : s. m. Le mont-de-piété, — où l’on va souvent accrocher ses habits ou ses bijoux quand on a un besoin immédiat d’argent. Coller au clou. Engager sa montre ou ses vêtements cher un commissionnaire au mont-de-piété. Grand clou. Le Mont-de-piété de la rue des Blancs-Manteaux, dont tous les autres monts-de-piété ne sont que des succursales.

Delvau, 1866 : s. m. Prison, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Baïonnette, — dans le jargon des soldats.

Rigaud, 1881 : Mont-de-Piété. — Mot emprunté par le peuple au jargon du régiment où clou signifie prison. Le Mont-de-Piété est la prison aux hardes. — Hospice des Enfants-Trouvés.

Rigaud, 1881 : Objet détérioré ou de peu de valeur, — dans le jargon des marchands de bric-à-brac. Pousser des clous, mettre des enchères sur des objets sans valeur.

Rigaud, 1881 : Ouvrier qui travaille mal.

Rigaud, 1881 : Prison, — dans le jargon des troupiers.

Vous y êtes pour deux jours de clou.

(Randon, Croquis militaires)

Rigaud, 1881 : Scène à effet, scène capitale, scène où les auteurs comptent accrocher le succès, — dans le jargon du théâtre.

Je lui ai donné la réplique et nous avons répété sa grande scène du deux !… c’est le clou de la pièce.

(Figaro du 6 juillet 1878)

Merlin, 1888 : Salle de police, prison. — Coller au clou, mettre en prison.

La Rue, 1894 : Prison. Mont-de-piété. Mauvais ouvrier. Mauvais outil. Baïonnette. Objet détérioré. Scène à effet au théâtre.

Virmaître, 1894 : Le mont-de-piété. On va, les jours de dèche, y accrocher ses habits. On dit aussi : aller chez ma tante, mon oncle en aura soin. On dit également : au plan (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Un individu bon à rien est un clou. Une mauvaise montre est un clou.

France, 1907 : Baïonnette.

France, 1907 : Mauvais outil, mauvais ouvrier. « Cela ne vaut pas un clou. » « Tu n’es qu’un clou, un rien qui vaille. »

France, 1907 : Mont-de-piété.

France, 1907 : Partie saillante d’une pièce, d’un livre, d’une représentation.

Un jeune auteur dramatique explique à un de ses amis le scenario d’une comédie future :
— Ce n’est pas mauvais, dit l’ami, mais pourquoi as-tu fait dérouler l’action dans un mont-de-piété ?
— Mais, mon cher, tout bonnement parce que le mont-de-piété sera le clou de ma pièce.

Aujourd’hui, au théâtre, il y a souvent plus de clous que de « charpente ». Le contraire nous semblerait préférable.

(Dr Grégoire, Turlutaines)

M. Hector Pessard vient de publier la première série de ses petits papiers dans la Revue bleue. Le clou de cette intéressante communication est l’histoire de la fondation du Courrier de Paris par M. Clément Duvernois. Le rôle joué par cette feuille éphémère et les rédacteurs qui y ont été attachés, ainsi que le talent de l’auteur, expliquent l’accueil fait à ce récit.

(Gil Blas)

Le livre est un petit bijou,
J’ai note des pages exquises,
Dont une un véritable clou.

(Jacques Redelsperger)

France, 1907 : Prison : on y est, en effet, cloué.

Nos chefs sont remplis d’malice ;
Pour un’ faute, un rien du tout,
V’lan ! à la sall de police !
— Y en a qui nomment ça le Clou ! —

Dès qu’il s’agit d’une corvée,
Vite, dans la cour mal pavée,
On fait appeler à l’instant
Le caporal et le sergent.
Et souvent, comme récompense
(Ça se voit plus qu’on ne le pense),
On flanque au clou, si ça va mal,
Le sergent et le caporal.

(Chanson de caserne)

Coconner

France, 1907 : « De cocon on a fait le mot coconner, qui veut dire aller causer familièrement, en camarade, avec quelqu’un. On cite des professeurs, des capitaines, des généraux même qui aiment à coconner avec les élèves. »

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

Coësré

Vidocq, 1837 : s.m. — À chaque pas que l’on faisait dans l’ancien Paris, on rencontrait des ruelles sales et obscures qui servaient de retraite à tout ce que la capitale renfermait de vagabonds, gens sans aveu, mendians et voleurs. Les habitans nommaient ces réduits Cours des Miracles, parce que ceux des mendians qui en sortaient le matin pâles et estropiés, pour aller par la ville solliciter la charité des bonnes âmes, se trouvaient frais et dispos lorsque le soir ils y rentraient.
Le premier de ces asiles, ou Cours des Miracles, qui soit cité par les auteurs qui ont écrit l’histoire et la monographie de la capitale, est la rue du Sablon, dont aujourd’hui il ne reste plus rien ; cette rue, qui était située près l’Hôtel-Dieu, fut fermée en 1511 à la requête des administrateurs de l’hôpital, « pour qu’elle ne servit plus de retraite aux vagabonds et voleurs qui y menaient une vie honteuse et dissolue. »
Cette rue, dès l’an 1227, servait de retraite à ces sortes de gens. Étienne, doyen de Notre-Dame, et le chapitre de Paris, ne voulurent consentir à l’agrandissement de l’hôpital, qu’à la condition expresse qu’il ne serait point fait de porte à la rue du Sablon, du côté du Petit Pont : « De peur que les voleurs qui s’y réfugiaient ne se sauvassent, par cette rue, chargés de leur butin, et que la maison de Dieu ne servit d’asile à leurs vols et à leurs crimes. »
La rue de la Grande Truanderie, fut, après celle du Sablon, la plus ancienne Cour des Miracles ; son nom lui vient des gueux et fripons, qu’à cette époque on nommait truands, qui l’ont habitée primitivement ; la troisième fut établie, vers l’année 1350, dans la rue des Francs-Bourgeois, au Marais. Ce n’est que lorsque la population des gueux eut pris un certain accroissement, qu’ils se répandirent dans les cours : du roi François, près la rue du Ponceau ; Sainte-Catherine, rue de la Mortellerie ; Brisset, Gentien, Saint-Guillaume, puis enfin, Cour des Miracles. Sauval rapporte que de son temps, les rues Montmartre, de la Jussienne, et circonvoisines, étaient encore habitées par des individus mal famés et de mauvaises mœurs. « La Cour des Miracles, dit-il ailleurs, était encore habitée par plus de cinq cents misérables familles ; on voulut, ajoute-t-il, détruire ce cloaque, mais les maçons qui commençaient leurs travaux furent battus et chassés par les gueux, et l’on ne put rien y faire. »
On est étonné, sans doute, de voir dans une ville comme Paris, une aussi formidable assemblée de fripons, cependant rien n’est plus concevable. La police, à cette époque, n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, et s’il faut croire ce que rapporte Louis Vervin, avocat à Paris, dans son ouvrage publié en 1622, intitulé : l’Enfer des Chicaneurs, elle se faisait d’une singulière manière : « Les sergens, dit-il, courent partout pour trouver des coupables, mais s’ils prennent des voleurs, ils les relâchent aussitôt que ceux-ci leur donnent de l’argent. » Ce n’était pas seulement l’incurie de l’administration qui avait donné naissance à la formidable corporation dont le grand Coësré était le chef, le mal avait pris naissance dans l’organisation même de l’État, et dans les événemens du temps. Jusqu’au règne de Louis XI, il n’y eut pas en France d’armée nationale ; le roi avait les archers de sa garde et ses gentilshommes : c’était là tout ; seulement, lorsque la guerre était déclarée, les vassaux de la couronne conduisaient leur contingent au secours du roi, et la campagne terminée, chacun s’en retournait dans ses foyers ; mais les serfs, ou gens de mainmorte, qui avaient acquis dans les camps une certaine expérience, ne se souciaient pas toujours de retourner sur les terres de leurs seigneurs, où ils étaient taillables et corvéables ; ils se débandaient, abandonnaient la bannière, et ceux qui n’allaient pas se joindre aux compagnies franches, qui, à tout prendre, n’étaient en temps de paix que des compagnies de brigands organisés, venaient chercher un asile dans les grandes villes, et principalement dans Paris, où ils se réunissaient aux bohémiens qui y étaient venus en 1427, aux mauvais sujets des universités, aux vagabonds, aux filous, qu’ils ne tardaient pas à imiter. La corporation, par la suite, devint si formidable, qu’elle eut pendant un laps de temps assez long, ses franchises et ses privilèges ; on pouvait bien, lorsqu’on l’avait attrapé, pendre un truand ou un mauvais garçon, mais un archer du guet, à pied ou à cheval, ne se serait pas avisé d’aller le chercher dans une Cour des Miracles, ces lieux étaient des asiles interdits aux profanes, et dont les habitans avaient une organisation pour ainsi dire sanctionnée par la police du temps. Le roi des Argotiers ou de l’Argot, le chef suprême des Courtauds de boutanche, Malingreux, Capons, Narquois, etc., avait une part d’autorité pour le moins aussi belle que celle du prévôt de Paris, part d’autorité que ce dernier avait été, pour ainsi dire, obligé de céder à la force.

Confe-mili

France, 1907 : Abréviation de conférence militaire ; argot des polytechniciens. Ces conférences sont faites le dimanche matin par un capitaine.

Coquillard

Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Halbert, 1849 : Pélerin.

Delvau, 1866 : s. m. Pèlerin, — dans l’argot des faubouriens.

Fustier, 1889 : Œil. S’en tamponner le coquillard, s’en battre l’œil, s’en moquer.

France, 1907 : Cuirassier.

— Voyez-vous, affirma le gros capitaine Chavoye, — ce colosse dont la cuirasse ressemble à une guérite dans laquelle on pourrait donner des rendez-vous secrets, — vous direz tout ce que vous voudrez, mais il n’y a encore que les coquillards…

(Pompon, Gil Blas)

France, 1907 : Œil ; allusion aux paupières qui ferment l’œil comme des coquilles.

Eh ben ! quand vous serez là, à écarquiller vos coquillards ! (Ouvrant une portière.) Prenez ma main, duchesse ! Vous allez entrer dans le tourbillon des plaisirs, comme ça, toute seule… ah ! malheur ! Comme si vous ne feriez pas mieux d’accepter une tournée d’un galant homme… de moi, par exemple ! Un verre de vin sur le zinc !… Quoi ? J’suis un homme propre, moi, et électeur… et ouvrier… sans ouvrage depuis qu’une sœur est à Saint-Lazare…

(Gil Blas)

France, 1907 : Pèlerin ; allusion aux coquilles dont s’ornait la pélerine des pieux vagabonds qui revenaient où feignaient revenir de la Terre sainte.

Coquillards sont les pélerins de Saint-Jacques ; la plus grande partie sont véritables et en viennent ; mais il y en a aussi qui trichent sur le coquillard.

(Le Jargon de l’argot)

Deux tables plus loin, un coquillard, avec son costume complet de pèlerin, épelait la complainte de Sainte-Reine, sans oublier la psalmodie et le nasillement.

(Victor Hugo, Notre-Dame de Paris)

Cordon

France, 1907 : Nom donnée aux fractions de la chaîne des condamnés au bagne, dirigés sur Brest ou sur Toulon.

Pour économiser à son profit les frais de transport, le capitaine faisait presque toujours voyager à pied un des cordons.
Or, ce cordon était toujours celui des plus robustes, c’est-à-dire des plus turbulents des condamnés.
Malheur aux femmes qu’ils rencontraient, aux boutiques qui se trouvaient sur leur passage ! Les créatures du sexe aimable étaient houspillées de la manière la plus brutale ; quant aux boutiques, elles se trouvaient dévalisées en un clin d’œil.

(Marc Mario et Louis Lansay, Vidocq)

Corsaire à corsaire

France, 1907 : Rien à gagner. Cette expression proverbiale remonte au XVIe siècle. Elle est citée dans les Capitaines étrangers de Brantôme. André Doria, l’un des plus grands hommes de mer du XVIe siècle, entre au service de Charles-Quint pour combattre les Turcs, négligea l’occasion de détruire la flotte de Baba-Aroun, autrement dit : Barberousse. Cette négligence laissa supposer une secrète entente entre l’amiral turc et l’amiral génois, et ce dicton courut parmi les Italiens : « Corsario a corsario me ay, que gannar que los barillos d’aqua » (De corsaire à corsaire, on ne peut gagner que des barils d’eau) ; d’où les vieux dictons :

Corsaires contre corsaires
Font rarement leurs affaires…

et :

À corsaire, corsaire et demi.

Cote

d’Hautel, 1808 : Faire une cote mal taillée. Pour, s’arranger à l’amiable ; diminuer chacun de ses prétentions pour l’arrangement d’une affaire.

Fustier, 1889 : Terme de course. Tableau sur lequel les bookmakers indiquent les alternatives de hausse et de baisse qui ont lieu sur les chevaux qui prennent part à des courses.

Les paris à la cote sont les seuls autorisés, depuis que les paris mutuels, reconnus jeux de hasard ont sombré par-devant la police correctionnelle.

(Carnet des courses)

France, 1907 : Dans les écoles, la cote est le total des notes chiffrées données, soit à la fin du mois, soit à celle du trimestre.

À l’École Polytechnique, on cote tout travail d’après une échelle qui va de 0 à 20, la cote 0 signifiant absolument nul et 20 parfaitement bien.
Coter quelqu’un, c’est l’apprécier, c’est lui donner une cote ; parfois même, c’est simplement l’observer avec attention. Il y a des examinateurs qui cotent très haut, d’autres très bas. À l’amphithéâtre, le capitaine de service cote un élève dont la tenue laisse à désirer. On dit encore, dans ce dernier sens, coter ou repérer. Quelle que soit l’intégrité d’un examinateur, mille causes, dont il ne se rend pas toujours compte, peuvent l’influencer. La note qu’il aurait dû donner au mérite réel se trouve, par suite de l’influence subie, modifiée dans certaines circonstances. Signalons la cote galon, dont profitent les gradés : la cote major, donnée particulièrement aux majors des deux promotions ; la code binette ou la cote d’amour, suivant le physique du malheureux appelé au tableau : la cote papa, donnée à celui dont le père, surtout s’il occupe une haute situation, est connu de l’examinateur ; la cote capote, attribuée à l’élève malade qui passe ses examens revêtu de la capote blanche de l’infirmerie, etc., etc.
L’habitude de coter par des chiffres variant de 0 à 20 est si enracinés parmi les polytechniciens qu’ils la conservent toute leur vie. Au sortir de l’École, ils ont une tendance à appliquer cette méthode, par amusement, il est vrai, aux affaires de la vie : beaucoup d’entre eux, dans le monde, cotent de 0 à 20 les jeunes filles à marier.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

France, 1907 : On appelle ainsi, en terme de courses, le tableau indiquant les hausses et les baisses qui ont lieu sur les chevaux.

Coup de foudre

France, 1907 : Amour à première vue qui frappe soudainement le cœur et explique le dard dont la mythologie armait Cupidon. Les très jeunes gens sont spécialement sujets aux coups de foudre. L’on peut être foudroyé ainsi nombre de fois sans en mourir, ni même sans en être malade.

— À un bal de la sous-préfecture, je rencontrai le capitaine de Langallery… Croyez-vous aux coups de foudre, mon cher abbé ? Vous me direz que cela ne vous regarde pas : mais je vois bien qu’au fond vous n’y croyez point. Eh bien, vous avez tort. J’ai reçu le coup de foudre, moi. Au retour de ce bal où je n’avais dansé qu’une seule fois avec M. de Langallery, j’ai emmené maman dans ma chambre, je me suis jetée dans ses bras et je lui ai dit :
— Ma petite maman chérie, il faut que j’épouse M. de Langallery !
Tête de mère ! Elle me crut folle :
— M. de Langallery ? Qu’est-ce que c’est que M. de Langallerry ?
— Comment, tu ne l’as pas vu ? Le capitaine ?… celui qui a une moustache brune et des yeux noirs, avec de si jolis sourcils ?
Elle ne savait pas ! Elle n’avait rien remarqué, ni les jolis sourcils, ni la moustache brune, ni les yeux noirs ! Elle n’avait pas distingué ce capitaine des autres capitaines. Elle n’avait pas reçu le coup de foudre, elle. Il y a une grâce d’état pour les personnes âgées.

(Marcel Prévost)

— Parlez-moi de l’étincelle, du coupe foudre ! C’est toujours l’inconnu, enveloppé de tout son charme mystérieux, cet idéal, entrevu dans un rêve et qui nous apparait un jour, sous la forme animée et rayonnante d’un brillant cavalier, bien réel, bien vivant et ne demandant qu’à faire notre bonheur.

(Fernand Béroland)

Cour du roi Pétaud

France, 1907 : Réunion tumultueuse où personne ne s’entend. Lieu de désordre et de confusion où chacun veut être le maître. Molière, dans Tartufe, fait dire à madame Péronnelle, critiquant le ménage de son fils Orgon :

On n’y respecte rien, chacun y parle haut,
Et c’est tout justement la cour du roi Pétaud.

Pendant le moyen âge, tous les corps de métiers s’étaient établis en corporations. Les mendiants, qui pullulaient alors, eurent aussi leur corporation, leurs règlements, leur chef. On l’appelait le roi Péto, du mot latin peto (je mendie), qu’on changea plus tard en celui de Pétaud. Il est probable qu’au milieu de ces truands et de ces gueux, l’autorité de ce monarque fantastique étant plutôt nominale que réelle, et que les réunions qu’il présidait ne se terminaient pas sans cris, sans tumulte, sans injures et sans horions. De Pétaud on a fait pétaudière.
Littré cependant attribue à cette expression une autre origine malpropre et plus burlesque. Le roi Pétaud devait en tout cas avoir du fil à retordre avec ses sujets. Voici, d’après de curieuses recherches récentes, quelles étaient les différentes catégories de mendiants qui se partageaient la grande ville :
Les courtauds, qu’on ne voyait à Paris que pendant l’hiver ; ils passaient la belle saison à rapiner dans les environs de la capitale.
Les capons, qui ne mendiaient que dans les cabarets, tavernes et autres lieux publics.
Les francs-mitoux, dont la spécialité consistait à contrefaire les malades et à simuler des attaques de nerfs.
Les mercandiers. Vêtus d’un bon pourpoint et de très mauvaises chausses, ils allaient dans les maisons bourgeoises, disant qu’ils étaient de braves et honnêtes marchands ruinés par les guerres, par le feu ou par d’autres accidents.
Les malingreux. Ceux-la se disaient hydropiques, ou bien se couvraient les bras et les jambes d’ulcères factices. Ils se tenaient principalement sous les portes des églises.
Les drilles. Ils se recrutaient parmi les soldats licenciés et demandaient, le sabre à la ceinture, une somme qu’il pouvait être dangereux parfois de leur refuser.
Les orphelins. C’étaient de jeunes garçons presque nus ; ils n’exerçaient que l’hiver, car leur rôle consistait à paraître gelés et à trembler de froid avec art.
Les piètres. Ils marchaient toujours avec des échasses et contrefaisaient les estropiés.
Les polissons. Ils marchaient quatre par quatre, vêtus d’un pourpoint, mais sans chemise. avec un chapeau sans fond et une sébile de bois à la main.
Les coquillards. C’étaient de faux pèlerins couverts de coquilles ; ils demandaient l’aumône afin, disaient-ils, de pouvoir continuer leur voyage.
Les collots. Ils faisaient semblant d’être atteints de la teigne et demandaient des secours pour se rendre à Flavigny, en Bourgogne, où sainte Reine avait la réputation de guérir miraculeusement et instantanément ces sortes de maladies.
Les sabouleux. C’étaient de faux épileptiques. Ils se laissaient tomber sur le pavé avec des contorsions affreuses et jetaient de l’écume au moyen d’un peu de savon qu’ils avaient dans la bouche.
Les cagous. On donnait ce nom aux anciens qui instruisaient les novices dans l’art de couper les chaînes de montre, d’enlever les bourses, de tirer les mouchoirs et de se créer des plaies factices.
Il y avait aussi les millards, les hubains, les morjauds.

Crâne

d’Hautel, 1808 : Tapageur, mauvaise tête, vaurien, qui ne cherche que dispute et querelle.
Mettre son chapeau en crâne. C’est-à-dire, sens-devant-derrière, à la façon des tapageurs et des mauvais sujets ; à la sacrée mon ame.

Larchey, 1865 : Beau.

C’est ça qui donne une crâne idée de l’homme !

(Gavarni)

Larchey, 1865 : Bon.

Quand j’étais sur la route de Valenciennes, c’est là que j’en avais du crâne du tabac !

(H. Monnier)

Vient de l’ancien terme : mettre son chapeau en crâne. C’était le mettre sens devant derrière, à la façon des tapageurs qui prétendaient faire partout la loi sous le premier Empire. V. d’Hautel.

Larchey, 1865 : Hardi.

Est-il crâne cet enragé-là !

(P. Lacroix, 1832)

Delvau, 1866 : adj. Superlatif de Beau, de Fort, d’Éminent, de Bon. Avoir un crâne talent. Avoir beaucoup de talent.

Delvau, 1866 : s. m. Homme audacieux, — dans l’argot du peuple. Faire son crâne. Faire le fanfaron.

France, 1907 : Beau, hardi, fort. Homme crâne, homme audacieux. Un crâne talent, un grand talent. Faire son crâne, faire le fanfaron.

Et le capitaine Marius Courtebaisse ne s’en portait pas plus mal, avait l’air crâne et heureux, se livrait à son innocente manie avec le calme d’un philosophe qui a beaucoup vu, beaucoup retenu, et trouve qu’après tout rien ne vaut de belles lèvres rouges et charnues et une croupe de femme éblouissante, rose et blanche aux fraicheurs de marbre, et une petite vigne où, à pointe d’aube, l’on ramasse des escargots, l’on cueille des grappes tout humides de rosée et une maison où nul importun ne vous gêne, où l’on mange sur du linge qui fleure la bonne lessive, ou l’on dort dans de beaux draps, souvent avec, à côté de soi, une passagère maîtresse qu’on ne reverra plus le lendemain…
N’est-ce pas là le bonheur — le vrai bonheur qui ne laisse pas de désillusions et de nostalgiques regrets ?

(Mora, Gil Blas)

Credo

Delvau, 1866 : s. m. Aveu, — dans l’argot des ouvriers, qui ne sont pas tenus de savoir le latin. Faire son credo. Avouer franchement ses torts.

Delvau, 1866 : s. m. Potence, — dans l’argot des voleurs, qu’ils aient voulu faire soit une anagramme de Corde, soit une allusion à la confession du condamné à mort, qui récite son Credo avant de réciter son mea culpa.

La Rue, 1894 : Potence. Aveu. Crédit.

France, 1907 : Aveu, emplové dans ce sens : faire son credo. Latinisme. Credo est évidemment mis là par le populaire, qui n’y regarde pas de si près, pour Confiteor. C’est aussi une profession de foi, une affirmation de principes.

D’un an à dix-huit mois, on soumet déjà l’enfant aux fatigues. Des marmots de cet âge trottent nu-pieds dans la neige sans s’en porter plus mal. Leur faire subir des fatigues qui tueraient un petit blanc, est le principe de leur éducation. Ils n’ont qu’un but : exceller dans l’art de la guerre. C’est une sorte de Credo, et la peine et la patience déployées à enseigner cet art aux enfants seraient dignes d’une cause meilleure.

(Hector France, Chez les Indiens)

Le Credo de ces gens-là est le Syllabus, et le Syllabus est le testament du jésuitisme. C’est lui qui l’a emprunté à de Maistre, formulé, rédigé, dicté à son vieillard du Vatican. Or, qu’est-ce que le Syllabus, ce chef-d’œuvre du genre qui ne dit pas directement ce qu’il dit, qui ne le dit que par voie inverse pour dérouter l’esprit du lecteur ? C’est le double esclavage du corps et de l’esprit. Mort à la science, mort à l’industrie, sa fille aînée, mort à la liberté, mort à la souveraineté nationale, mort enfin au siècle tout entier et au progrès de l’esprit humain ! Ne pense pas, je pense pour toi, et si tu t’avises de penser par toi-même, prends garde à toi ; l’inquisiteur est là, qui a toujours une allumette dans la poche de son capuchon. Il ne faut à une société bien organisée que le gendarme, le bourreau, le prêtre et le roi, et encore le roi n’est qu’une doublure, le prêtre du dehors.
Autrement dit, c’est l’Europe en général, et la France en particulier, décapitées, abruties, bestialisées, transformées en une jésuitière laïque, où chacun de nous ne serait plus qu’une variante du perinde ac cadaver, un bloc de cinq pieds quatre pouces, plus ou moins, de matière organisée, confessé et fessé régulièrement de la main paternelle d’un révérend pour tout ce qu’il lui plairait d’appeler un péché.
Voltaire, où es-tu ? Ta tombe est vide ; il ne reste plus de toi que ton cœur, — et c’est un sénateur clérical qui l’a reçu en héritage et qui le garde sous clé au fond d’un tiroir.

(Eugène Pelletan)

France, 1907 : Crédit, par changement de finale.

France, 1907 : Potence ; Anagramme de corde.

Crincrin

France, 1907 : Violon.

Quand une femme voulait une perruche, elle n’avait qu’à s’adresser au capitaine Courtebaisse, et si elle ne se dérobait pas, si elle consentait à lui donner quelques heures de rêve, quelques secondes de jouissance, si elle lui frôlait le cou de ses bras nus qui sentaient bon, le vieux arrivait, le lendemain, avec son aumône accoutumée. Il donnait lui-même la première représentation, dialoguait avec son oiseau, l’excitait, chantait en même temps que lui, si drôlement que la femme battait des mains, se roulait sur son lit, était plus heureuse d’être payée en cette monnaie, que s’il avait éparpillé des bank-notes sur la cheminée. Et toujours, à la fin, l’on refermait les volets et l’on recommençait la fête interrompue, l’on s’embrassait avec des rires fous, tandis que la perruche, effarée par ces brusques ténèbres, sacrait, glapissait tout son répertoire, vite, vite, comme on débite les psaumes, à vêpres, un dimanche de printemps, où le violonaire rôde sur la place avec son crincrin sous le bras.

(Mora, L’Éleveur de perroquets)

Croix de sa mère

France, 1907 : Virginité.

La belle petite compte à peine son vingtième printemps. C’est dans le beau pays bordelais qu’elle perdit son capital, ou, si vous le préférez, la croix de sa mère.

(Le Diable Boiteux, Gil Blas)

Croupière (allonger la)

Rigaud, 1881 : Augmenter une punition, — dans le jargon des soldats de cavalerie. Le capiston allongera la croupière de quatre jours et ça fera le compte.

Dabuge

France, 1907 : Bourgeoise, dame.

Une majestueuse dabuge ornée d’une paire de fesses sur l’estomac qui faisait loucher notre enrager capiston.

(Les Joyeusetés du régiment)

Dandinette

Delvau, 1866 : s. f. Correction, — dans l’argot du peuple, qui corrige ses enfants en les faisant danser.

Virmaître, 1894 : Diminutif de danse, battre légèrement. Dandinette est une correction infligée à un enfant désobéissant (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Petit poisson en étain garni d’un hameçon double que l’on descend et remonte du fond de l’eau pour prendre des perches ou brochets.

France, 1907 : Correction.

Furieux de l’insolence de cette petite maritorne, le capitaine n’en fit ni une ni deux : il se leva d’un bond, empoigna la donzelle et, la troussant jusqu’aux hanches, lui administra, devant l’assemblée ébahie, une forte dandinette.

(Les Propos du Commandeur)

Décapité parlant

Rigaud, 1881 : Imposteur. — Petit homme à grosse tête. — Le décapité parlant est un tour d’escamotage qui consiste à présenter au public une tête humaine sur une table recouverte d’une draperie. La tête répond aux questions qu’on lui adresse. Le tour s’exécute au moyen d’un système de miroirs combinés.

Dégorger

d’Hautel, 1808 : C’est un gros pigeon qu’il faut faire dégorger. Pour c’est un escroc, un voleur, qu’il faut forcer à restitution.
Dégorge. Se dit à un joueur de mauvaise foi, qui après avoir gagné frauduleusement finit par perdre.

Rigaud, 1881 : Avouer.

Il devait en jauger plus qu’il n’avait voulu certainement en dégorger.

(L. Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)

France, 1907 : Payer. Dégorger sa sangsue, avoir commerce avec une femme.

Trop de sang, nom de Dieu ! s’écriait le capitaine ; le sang m’étouffe ! J’ai besoin d’une saignée.
— Oui, répliqua le médecin-major, il vous faut dégorger votre sangsue.

(Les Propos du Commandeur)

Désert

France, 1907 : On appelle ainsi, dans l’argot de l’École Polytechnique, un coin de la salle d’études qui échappe au regard du surveillant.

C’est là que se réfugie l’élève qui veut griller une « sèche », c’est-à-dire fumer tranquillement une cigarette sans être vu ; c’est dans le désert qu’on s’allonge sur un lit confectionné à l’aide des cartons à dessin, cherchant dans le sommeil l’oubli momentané des intégrales et de l’arche biaise ; c’est encore là qu’on va piquer le bouquin, c’est-à-dire lire le journal où le roman nouveau, faire un mort ou cuisiner le chocolat du matin.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

Il existe dans chaque salle,
Dans l’coin en entrant, un désert.
C’est là que l’cuisinier s’installe,
Car de cuisine je lui sers.
L’gaz descend par un tub’ flexible,
Depuis le « rosto » jusqu’au fond’ment d’un brûleur,
Er j’rends la marmite invisible
Pour les regards inquisiteurs.
Ça va bien, ça va bien !
Ça va bien, ça va bien !
Grâce à moi, le capitaine
Qui dans le corri s’promène,
Ne s’apercevra de rien.

(J. Dreyfus et Onillon, 1882)

Deux sous du garçon

Delvau, 1866 : s. m. pl. Le pourboire que chaque consommateur est forcé — sous peine d’être « mal servi » — de donner aux garçons de café, qui s’achètent des établissements avec le produit capitalisé de cet impôt direct.

Dijonnier

Vidocq, 1837 : s. m. — Moutardier.

Larchey, 1865 : Moutardier (Vidocq). — Dijon est la capitale de la moutarde.

Delvau, 1866 : s. m. Moutardier, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Moutardier, la meilleure moutarde étant celle de Dijon.

Eau d’aff

Ansiaume, 1821 : Eau-de-vie.

Capitaine, donnes-moi une rouillade d’eau d’aff avant d’aller travailler.

Virmaître, 1894 : Eau-de-vie (Argot du peuple).

France, 1907 : Eau-de-vie. Eau d’aff chaune, bonne ; tartre, mauvaise.

Un mâle y en a pas un en France
Pus malin, pus intelligent,
Et comme y vous pouss’ la romance,
Et les guiboll’s : un vif-argent !
D’un r’gard y fascine un’ panturne ;
Dommage qu’y lich’ par trop d’eau d’aff,
Et quand y rapplique à la turne,
Y soit les trois quarts du temps paf,
Après tout, moi, j’suis pas frileuse,
Y peut cogner tant qu’y voudra :
C’est vraiment chouett’, pour un’ pierreuse,
D’avoir un mec comm’ celui-là.

(André Gill, L’Éponge à Polyte)

anon., 1907 : Eau-de-vie.

Échappé de capote

Rigaud, 1881 : Petit gommeux maigre et mal bâti, — dans l’argot des voyous. — Au XVIIIe siècle on désignait un bossu sous le sobriquet d’échappé d’Esope. — Eh ! va donc, échappé de capote, avec ta gueule à chier dessus.

Virmaître, 1894 : Chétif, malingre (Argot du peuple). V. Avorton.

France, 1907 : Personne chétive et malingre comme sortie d’un germe échappé d’une capote anglaise crevée, une partie étant restée dans l’instrument.

— Ne me parlez pas de ce sale petit rond de cuir, s’écria le capitaine, à aucun prix je n’en veux, c’est un faiblard, un foutriquet, un échappé de capote.

(Les Joyeusetés du régiment)

Écrouelleux

France, 1907 : Sobriquet que les Jacobins donnaient à la jeunesse doré du Directoire à cause de l’immense cravate où s’engloutissait leur menton et qui semblait cacher des écrouelles.

On aura peine croire qu’au milieu des victoires de Ney, de Championnet et du général Bonaparte, on n’observait dans la capitale, sur nos boulevards et places publiques, aucun enthousiasme, aucun mouvement de joie. S’il faut ajouter créance aux journaux contemporains, on passait froidement, avec la plus complète indifférence, à côté des crieurs qui annonçaient les plus grands succès de nos généraux… L’agiotage avait gagné toutes les classes, la griserie de la mascarade anéantissait les idées nobles dans tous ces cerveaux. Les Écrouelleux, les Inconcevables, des Merveilleux, le menton caché dans leurs cravates démesurées, maudissaient le gouvernement des Directeurs, méconnaissaient le mérite de nos soldats, disant d’un air affadé : Pa’ole victimée, cela ne peut pas du’er !

(Octave Uzanne, La Française du siècle)

Électrocution

France, 1907 : Mise à mort par l’électricité ; néologisme. Ce système, adopté par les Yankees, ne semble pas avoir donné les résultats les plus satisfaisants, puisqu’il a été prouvé qu’un condamné exécuté ainsi prouvait être ranimé à l’aide d’un traitement usité dans les cas d’asphyxie.

L’évidence est donc aussi que l’électrocution ne tue pas et que, pour mettre à mort, il faut la doubler d’un procédé qui produise une lésion mortelle, rupture ou section de la moelle allongée, par exemple, par pendaison ou décapitation. C’est la condamnation formelle de l’emploi des courants électriques, la mise à mort devant être, si possible, instantanée.
Il y a maintenant apparence que le scandale va cesser et que les Yankees retourneront à leur corde.

(Courrier de Londres)

Ce procédé, dont l’application a fait travailler le cerveau de tous les criminalistes européens, n’est certes pas appelé chez nous — du moins, nous l’espérons — à jouer un rôle quelconque. On a multiplié les discussions, entassé les mémoires, fait un appel aux savants de toutes les nationalités, pour aboutir à un résultat négatif. Il est surabondamment démontré que ce genre de mort est le plus barbare, le plus épouvantable qu’il soit possible de faire endurer à un patient. À la dernière électrocution qui a eu lieu, de nombreux spectateurs se sont évanouis, paraît-il, et tous ont remporté cette conviction que les procédés d’exécution de la vieille Europe valaient encore mieux que la cruelle invention de la jeune Amérique.

(Dr G. Legué)

Émécheur de parties

Fustier, 1889 : Certains fondateurs de cercles ou maisons de jeux réunissent un capital qui leur sert à spéculer sur les petits pontes qu’ils gagnent presque toujours. En argot des joueurs, on nomme ceux qui se livrent à des opérations de ce genre des voraces ou des émécheurs de parties.

France, 1907 : Grec qui fonde un cercle pour spéculer sur les petits joueurs. On dit aussi dans le même sens : vorace.

Emporteur

Vidocq, 1837 : s. m. — L’Emporteur, proprement dit, est le héros de la partie de billard dont nous avons ci-dessus promis les détails ; pour le truc dont nous allons parler, il faut de toute nécessité être trois : l’Emporteur, la Bête et le Bachotteur ; nous avons dit plus haut quelle était la tâche de ces deux derniers ; celle de l’Emporteur est beaucoup plus difficile, c’est lui qui doit chercher et trouver une dupe, et l’amener au lieu où elle doit être dépouillée.
Après avoir examiné si rien ne manque à son costume, qui doit être très-propre, l’Emporteur sort suivi de loin par ses deux acolytes, qui ne le perdent pas de vue, il se promène jusqu’à ce qu’il avise un individu tel qu’il le désire, c’est-à-dire qui annonce, soit par ses manières, soit par son costume, un étranger ou un provincial, et c’est ici le lieu de faire remarquer la merveilleuse perspicacité que possèdent ces hommes, et plusieurs autres espèces de fripons dont il sera parlé plus tard, qui savent tirer de la foule le seul individu propre à être dupé, ces hommes, presque toujours dépourvus d’éducation, savent cependant saisir le plus léger diagnostic ; ils jugent un homme à la coupe de ses habits, à la couleur de son teint, à celle de ses gants, et ils le jugent bien.
Lorsque l’Emporteur a rencontré ce qu’il cherche, il s’approche, et une conversation à peu-près semblable à celle-ci ne tarde pas à s’engager : « Monsieur pourrait-il m’indiquer la rue… — Cela m’est impossible, monsieur ; je suis étranger. — Eh ! parbleu, nous sommes logés à la même enseigne ; je ne suis à Paris que d’hier matin. »
L’Emporteur n’a pas cessé de marcher près du provincial. « Vous êtes étranger, ajoute-t-il après quelques instans de silence, vous devez désirer voir tout ce que la capitale renferme de curieux. » Signe affirmatif. « Si vous le voulez, nous irons ensemble voir les appartements du roi. J’allais, lorsque je vous ai rencontré, chercher ici près des billets que doit me donner un des aides-de-camp du duc d’Orléans ; c’est une occasion dont je vous engage à profiter. »
Le provincial hésite, il ne sait ce qu’il doit penser de cet inconnu si serviable ; mais, que risque-t-il ? Il n’est pas encore midi, et les rues de Paris ne sont pas dangereuses à cette heure ; et puis les appartemens du roi Louis-Philippe doivent être bien beaux ; et puis ce n’est pas lui, le plus mâdré des habitans de Landernau ou de Quimper-Corentin, qui se laisserait attraper : il accepte ; l’Emporteur fait le St-Jean à ses deux compagnons (voir ce mot), qui prennent les devans et vont s’installer au lieu convenu.
C’est un café estaminet d’assez belle apparence, dont le propriétaire est presque toujours affranchi. L’Emporteur y arrive bientôt, suivi de son compagnon ; en entrant il a demandé à la dame de comptoir si un monsieur à moustaches, et décoré, n’était pas venu le demander ; on lui a répondu que ce monsieur était venu, mais qu’il était sorti après toutefois avoir prié de faire attendre. « Eh bien, nous attendrons, » a-t-il répondu ; et il est monté au billard après avoir demandé quelques rafraichissemens qu’il partage avec son compagnon.
Le monsieur à moustaches n’arrive pas ; pour tuer le temps on regarde jouer les deux personnes qui tiennent le billard, et qui ne sont autres que la Bête et le Bachotteur. La Bête joue mal, et à chaque partie qu’elle perd elle veut augmenter son jeu, le Bachotteur ne veut plus jouer, et offre de céder sa place au premier venu, la Bête sort pour satisfaire au besoin, alors le Bachotteur s’exprime à-peu-près en ces termes, en s’adressant à l’Emporteur : « C’est une excellente occasion de gagner un bon dîner, le spectacle, et le reste, il est riche, il est entêté comme une mule ; rendez-lui quelque points, et son affaire est faite. — Si je savais seulement tenir une queue, répond l’Emporteur, j’accepterais la poposition. » Le provincial, qui a entendu cette conversation, et qui a vu jouer la Bête, trouve charmant de ce faire régaler par un parisien ; il pourra parler de cela dans son endroit. Il joue, il perd ; son adversaire raccroche toujours ; il s’échauffe, il joue de l’argent ; les enjeux sont mis entre les mains du Bachotteur ; le provincial envoie au diable l’Emporteur, qui l’engage à modérer son jeu. Somme totale, il sort du café les poches vides, mais cependant bien persuadé qu’il est beaucoup plus fort que son adversaire, qui n’est, suivant lui, qu’un heureux raccrocheur. (Voir Floueur.)

Delvau, 1866 : s. m. Filou qui a pour spécialité de raccrocher des provinciaux sous un prétexte quelconque, et de les amener dans un estaminet borgne, où ils sont plumés par le bachotteur et la bête. (Voir à propos de ce mot, le volume de Vidocq.)

Rigaud, 1881 : Filou qui vit au détriment des magasins. Après avoir fait un achat d’importance, l’emporteur se fait accompagner par un garçon de magasin, qu’il doit payer à domicile. Une fois en route, sous un prétexte quelconque, il écarte le garçon en ayant eu la précaution de se faire remettre la marchandise. Les hôtels garnis, les passages, les maisons à deux issues, favorisent beaucoup le jeu de l’emporteur.

France, 1907 : Filou qui racole des provinciaux ou des naïfs et les amène dans quelque cabaret borgne où ils sont dévalisés par des compères.

Es

Vidocq, 1837 : s. m. — L’Escroc, proprement dit, est une des nombreuses variétés de la grande famille des chevaliers d’industrie, Faiseurs et autres. Son nom même devrait être donné à ces derniers ; car, quelle que soit la manière dont ils procèdent ; le seul nom qui convienne à leurs exploits est celui d’escroquerie. Au reste, la catégorie des Escrocs est la plus nombreuse de toutes. Ce serait une entreprise difficile, pour ne pas dire, impossible, que d’énumérer les diverses manières de commettre le délit prévu par l’article 405 du Code Pénal ; les débats révèlent tous les jours de nouvelles ruses aux bénévoles habitués des tribunaux correctionnels. Mais les plus coupables ne sont pas ceux que frappe le glaive de Thémis ; aussi je ne les cite que pour mémoire ; je veux seulement m’occuper des grands hommes. La prison n’est pas faite pour ces derniers, ils se moquent des juges, et ne craignent pas le procureur du roi ; tous leurs actes cependant sont de véritables escroqueries. Quel nom, en effet, donner à ces directeurs de compagnie en commandite et par actions, dont la caisse, semblable à celle de Robert Macaire, est toujours ouverte pour recevoir les fonds des nouveaux actionnaires, et toujours fermée lorsqu’il s’agit de payer les dividendes échus ? Quel nom donner à ces fondateurs de journaux à bon marché, politiques, littéraires, ou des connaissances inutiles, qui promettent au public ce qu’ils ne pourront jamais donner, si ce n’est celui d’Escroc ? Nommera-t-on autrement la plupart des directeurs d’agences d’affaires, de mariages, déplacement ou d’enterrement ? oui, d’enterrement, il ne faut pas que cela vous étonne.
Je viens de dire que la qualification d’Escroc devait être donnée à ces divers individus ; il me reste maintenant à justifier cette allégation. Cela ne sera pas difficile.
Vous voulez, pour des raisons à vous connues, vendre ou louer, soit votre maison des champs, soit votre maison de ville ; vous avez, par la voie des Petites-Affiches, fait connaître vos intentions au public, et vous attendez qu’il se présente un acquéreur ou un locataire. Vous attendez vainement. Mais, s’il ne se présente ni acquéreur ni locataire, tous les matins votre portier vous remet une liasse de circulaires par lesquelles Messieurs tels ou tels vous annoncent qu’ils ont lu ce que vous avez fait insérer dans les Petites-Affiches, qu’ils croient avoir sous la main ce qui vous convient, et qu’ils terminent en vous priant de passer chez eux le plus tôt qu’il vous sera possible.
Vous vous déterminez enfin à voir un de ces officieux entremetteurs, et vous vous rendez chez lui. L’aspect de son domicile vous prévient d’abord en sa faveur. Avant d’être introduit dans son cabinet, on vous a fait traverser des bureaux dans lesquels vous avez remarqué plusieurs jeunes gens qui paraissaient très-occupés, et vous avez attendu quelques instans dans un salon élégamment meublé ; dans le cabinet de l’agent d’affaires, vous avez remarqué des gravures avant la lettre, des bronzes de Ravrio, des tapis ; aussi vous l’avez chargé de vendre ou de louer votre propriété, et vous lui avez remis sans hésiter un instant la somme plus ou moins forte qu’il vous a demandée, et qui est, à ce qu’il dit, destinée à le couvrir des premiers frais qu’il faudra qu’il fasse. Il vous a remis en échange de votre argent une quittance ainsi conçue :
« Monsieur *** a chargé Monsieur ***, agent d’affaires à Paris, de vendre ou de louer sa propriété, sise à ***, moyennant une somme de *** pour % du prix de la vente ou location, si elle est faite par les soins du sieur *** ; dans le cas contraire, il ne lui sera alloué qu’une somme de ***, pour l’indemniser de ses frais de démarches, publications et autres, dont il a déjà reçu la moitié ; l’autre moitié ne sera exigible que lorsque la propriété du sieur *** sera louée ou vendue. Fait double, etc., etc. »
Comme il est facile de le voir, l’adroit agent d’affaires a reçu votre argent et ne s’est engagé à rien, et vous ne pouvez plus vendre ou louer votre propriété sans devenir son débiteur. Un individu, nommé G…, qui demeure rue Neuve-Saint-Eustache, exerce à Paris, depuis plusieurs années, le métier dont je viens de dévoiler les ruses. Il a bien en quelques petits démêlés avec dame Justice, mais il en est toujours sorti avec les honneurs de la guerre, et il n’y a pas long-temps que, voulant vendre une de mes propriétés, il m’a adressé une de ses circulaires, en m’invitant à lui accorder le confiance dont il était digne.
L’agent d’affaires qui s’occupe de la vente des propriétés de ville et de campagne, fonds de commerce, etc., etc., n’est qu’un petit garçon comparativement à celui qui s’occupe de mariages. Le créateur de cette industrie nouvelle, feu M. Villiaume, aurait marié, je veux bien le croire, le doge de Venise avec la mer Adriatique, mais ses successeurs, quoique disent les pompeuses annonces qui couvrent la quatrième page des grands et petits journaux, ne font luire nulle part le flambeau de l’hyménée, ce qui ne les empêche pas de faire payer très-cher à ceux qui viennent les trouver alléchés par l’espoir d’épouser une jeune fille ou une jeune veuve dotée de quelques centaines de mille francs, le stérile honneur de figurer sur leurs cartons.
Ceux des individus dont je viens de parler, qui ne dépensent pas follement ou ne jouent pas l’argent qu’ils escroquent ainsi, acquièrent en peu de temps une brillante fortune, achettent des propriétés, deviennent capitaines de la milice citoyenne, chevaliers de la Légion-d’Honneur, électeurs, jurés, et condamnent impitoyablement tous ceux qui comparaissent devant eux. (Voir Suce-larbin.).
Les Escrocs auvergnats se sont à eux-mêmes donné le nom de Briseurs. Les Briseurs donc, puisqu’il faut les appeler par leur nom ; se donnent tous la qualité de marchands ambulans. Ils n’ont point de domicile fixe. Ils font passer à leur femme, qui réside en Auvergne, le fruit de leurs rapines, et celle-ci achette des biens que, dans tous les cas, les Briseurs conservent ; car, il faut remarquer qu’ils sont presque tous mariés sous le régime dotal, ou séparés de biens.
Lorsque les Briseurs : ont jeté leur dévolu sur un marchand, le plus intelligent, ou plutôt le plus hardi d’entr’eux, s’y présente, choisit les marchandises qui lui conviennent, achette et paie. Quelques jours après, il adresse au marchand son frère ou son cousin, qui se conduit de même. Cela fait, le premier revient, achette encore, paie une partie comptant, et, pour le surplus, laisse un petit billet à trois ou quatre mois de date. Mais quinze ou vingt jours sont à peine écoulés, qu’on le voit revenir, il demande si l’on a encore le billet, le reprend et ne demande qu’un léger escompte qu’on s’empresse de lui accorder.
Ce manège dure quelques mois, et si les Briseurs jugent le marchand bon, ils ne se lassent pas de le nourrir, ils lui amènent des parens, des amis, les crédits se montent, et, tout-à-coup vient la débâcle, et l’on apprend alors, mais trop tard, que l’on a été trompé.
Tous les membres d’une famille de l’Auvergne sont quelquefois Briseurs. Je puis, pour ma part, en citer sept ou huit qui portent le même nom.
Il faut remarquer que la brisure est héréditaire dans plusieurs familles de l’Auvergne. La bonne opinion que l’on a de ces enfans des montagnes facilite leurs escroqueries. Ces hommes paraissent doués d’une épaisseur et d’une bonhomie qui commande la confiance, aussi ils trouvent toujours des négocians qui se laissent prendre dans leurs filets ; cela prouve, si je ne me trompe, que personne n’est plus propre qu’une bête à tromper un homme d’esprit : ce dernier se laisse prendre plus facilement que tout autre ; car il compte sur sa supériorité et ne peut croire qu’un homme auquel il n’accorde que peu ou point de considération ait l’intention et le pouvoir de mettre sa perspicacité en défaut.
Les marchandises escroquées par les Briseurs sont, pour la plupart, achetées par des receleurs ad hoc, à 40 ou 50 pour % de perte. Au moment où j’écris, il existe à Paris plusieurs magasins garnis de marchandises brisées.
Les Briseurs changent entre eux de passeport, ce qui permet à celui qui est arrêté de prendre le nom de Pierre, lorsqu’il se nomme François, et que c’est François que l’on cherche.

Larchey, 1865 : Escroc (Vidocq). — Abréviation.

Delvau, 1866 : s. m. Apocope d’Escroc, — dans l’argot des voyous, qui se plaisent à lutter de concision et d’inintelligibilité avec les voleurs. Ils disent aussi Croc, par aphérèse.

Rigaud, 1881 : Escroc, — dans l’ancien argot ; le mot sert aujourd’hui à désigner un tricheur, vulgo grec.

France, 1907 : Abréviation d’escroc.

Escoffier

d’Hautel, 1808 : Ce mot a plusieurs significations dans le langage populaire. On l’emploie pour dérober, voler, et souvent aussi pour perdre, tuer, assommer.
C’est autant d’escofié. Pour c’est autant de pris, de volé, de perdu.
On dit d’un homme qui est mort, assommé de coups, qu’il a été escoffié.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Tuer, assassiner.

Vidocq, 1837 : v. a. — Tuer, assassiner. Ce terme est devenu populaire.

Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot du peuple, qui a emprunté ce mot au provençal escofir.

Rigaud, 1881 : Tuer au moyen d’une arme à feu.

La Rue, 1894 : Tuer d’un coup de feu.

Virmaître, 1894 : Blesser ou tuer quelqu’un. Se dit également au point vue moral.
— Je l’ai rudement escoffié dans l’estime de ses amis (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Tuer.

France, 1907 : Tuer.

Deux Marseillais se promènent dans les environs de la capitale de la Provence.
— Et il est sain, ce village ? demande l’un.
— Je te crois, mon bon. L’an dernier, il a fallu escoffier un habitant pour pouvoir inaugurer le cimetière. Zuze un peu !…

Étoffes

Boutmy, 1883 : s. f. pl. Écart entre le prix de revient et le prix marqué sur la facture du client. Les étoffes sont, en général, de 50 à 60 pour 100. Elles sont destinées à couvrir les frais généraux, l’usure du matériel, l’intérêt du capital engagé, et le restant, plus faible qu’on ne croit en général, constitue le bénéfice réalisé.

France, 1907 : Argent ; argot des voleurs. Bénéfice brut sur le travail ; argot des imprimeurs.

Faire des petits pains

Rigaud, 1881 : Courtiser avec attouchements, genre Tartuffe. — Qu’est-ce que tu faisais avec la bonne du capiston, tu faisais des petits pains ? — Probable.

Virmaître, 1894 : Faire des manières. Prendre des airs mystérieux pour causer avec quelqu’un, lui dire des riens et avoir l’air de lui parler de choses intéressantes. Faire la cour à une femme c’est faire des petits pains (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Faire la cour à quelqu’un, c’est lui faire des petits pains.

France, 1907 : Paire des mamours, flatter. On dit aussi dans le même sens : faire du plat ou du boniment.

Faire l’article

Delvau, 1866 : v. a. Vanter sa marchandise, — dans l’argot des marchands. Parler de ses titres littéraires, — dans l’argot des gens de lettres. Faire étalage de ses vices, — dans l’argot des petites dames.

France, 1907 : Vanter une chose, faire ressortir ses qualités, à l’instar des marchands qui offrent un article dont ils veulent se défaire et qu’ils vantent d’autant plus qu’il est difficile à placer.

— Vous cherchiez à me séduire par l’espoir de joies libertines que le mariage ne connait point. Vous vous vantiez — oh ! de quelle discrète et spirituelle façon — de n’être pas un amant ordinaire, borné à ces grossières façons de contenter les femmes qui sont à la porté du moindre capitaine. Vous saviez (disiez-vous) les mystérieuses incantations par où l’amant envoûte le cerveau et l’âme même de l’aimée, lui fait vivre mille amours en un seul, et se transforme lui-même en mille amants. Si j’ose m’exprimer si bassement à propos de vos mérites, mon pauvre Pierre, vous faisiez l’article non sans adresse… Je suis convaincue, d’ailleurs, que la réclame n’était point mensongère, et que vous devez être effectivement ce que vous annoncez : un artiste de l’amour.

(Marcel Prévost, Le Journal)

Faire la bête

Delvau, 1866 : v. a. Faire des façons. On dit aussi Faire l’âne pour avoir du son.

France, 1907 : Terme du jeu de « rallye-paper ».

Le capitaine Lambert apporta tous ses soins au tracé du parcours du rallye-paper et annonça son intention de faire la bête.

(Oscar Méténier)

Faire le persil

France, 1907 : Se promener le long du trottoir ou dans les rues pour racoler les hommes.

Point n’est besoin de vous expliquer ce que c’est que faire le persil. Un collégien de quatrième sait ça beaucoup mieux qu’il ne connait les Capitulaires de Charlemagne. Mais si tout le monde sait ce que c’est que le « persil » en général, bien peu de gens savent ce que c’est que le « persil au salé », par exemple, le « persil à la quitourne », le « persil évangélique », etc.

(Un ancien Inspecteur, La Prostitution à Paris)

Voir Persil.

À Mabille, il y avait deux catégories de femmes : les femmes chics, qui faisaient leur persil, et celles que l’administration engageait pour danser ; elles ne se mêlaient pas. Celles qui ne dansaient pas se promenaient dans les allées.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Tout cela ne dit pas d’où vient l’expression ; heureusement Lorédan Larchey, dans l’avant-propos de son Nouveau Supplément, nous en donne l’explication :

Sans un long séjour sur les bords de la Méditerranée, je ne me serais jamais douté que le mot persil en était venu pour faire le tour du bois de Boulogne après avoir fait celui de la prostitution parisienne. Dans les Alpes-Maritimes comme dans les Pyrénées-Orientales, on dit persil pour argent. Faire du persil, c’est donc par le fait chercher un gain d’argent.

Faiseur

d’Hautel, 1808 : C’est du bon faiseur. Se dit d’un ouvrage ou d’une chose quelconque faite par main de maître.

Vidocq, 1837 : s. m. — [Déjà, depuis plusieurs années, j’ai déclaré aux Faiseurs une guerre vigoureuse, et je crois avoir acquis le droit de parler de moi dans un article destiné à les faire connaître ; que le lecteur ne soit donc pas étonné de trouver ici quelques détails sur l’établissement que je dirige, et sur les moyens d’augmenter encore son influence salutaire.]
Lorsqu’après avoir navigué long-temps sur une mer orageuse on est enfin arrivé au port, on éprouve le besoin du repos ; c’est ce qui m’arrive aujourd’hui. Si tous les hommes ont ici-bas une mission à accomplir, je me suis acquitté de celle qui m’était imposée, et maintenant que je dois une honnête aisance à un travail de tous les jours et de tous les instans, je veux me reposer. Mais avant de rentrer dans l’obscurité, obscurité que des circonstances malheureuses et trop connues pour qu’il soit nécessaire de les rappeler ici, m’ont seules fait quitter, il me sera sans doute permis d’adresser quelques paroles à ceux qui se sont occupés ou qui s’occupent encore de moi. Je ne suis pas un grand homme ; je ne me suis (style de biographe) illustré ni par mes vertus, ni par mes crimes, et cependant peu de noms sont plus connus que le mien. Je ne me plaindrais pas si les chansonniers qui m’ont chansonné, si les dramaturges qui m’ont mis en pièce, si les romanciers qui ont esquissé mon portrait m’avaient chansonné, mis en pièce, ou esquissé tel que je suis : il faut que tout le monde vive, et, par le temps qui court, les champs de l’imagination sont si arides qu’il doit être permis à tous ceux dont le métier est d’écrire, et qui peuvent à ce métier

Gâter impunément de l’encre et du papier,

de glaner dans la vie réelle ; mais ces Messieurs se sont traînés à la remorque de mes calomniateurs, voilà ce que je blâme et ce qui assurément est blâmable.
La calomnie ne ménage personne, et, plus que tout autre, j’ai servi de but à ses atteintes. Par la nature de l’emploi que j’ai occupé de 1809 à 1827, et en raison de mes relations antérieures, il y avait entre moi et ceux que j’étais chargé de poursuivre, une lutte opiniâtre et continuelle ; beaucoup d’hommes avaient donc un intérêt direct à me nuire, et comme mes adversaires n’étaient pas de ceux qui ne combattent qu’avec des armes courtoises, ils se dirent : « Calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose. Traînons dans la boue celui qui nous fait la guerre, lorsque cela sera fait nous paraîtrons peut-être moins méprisables. » Je dois le reconnaître, mes adversaires ne réussirent pas complètement. L’on n’estime, au moment où nous sommes arrivés, ni les voleurs, ni les escrocs, mais grâce à l’esprit moutonnier des habitans de la capitale, le cercle de mes calomniateurs s’est agrandi, les gens désintéressés se sont mis de la partie ; ce qui d’abord n’était qu’un bruit sourd est devenu un crescendo général, et, à l’heure qu’il est, je suis (s’il faut croire ceux qui ne me connaissent pas) un être exceptionnel, une anomalie, un Croquemitaine, tout ce qu’il est possible d’imaginer ; je possède le don des langues et l’anneau de Gygès ; je puis, nouveau Prothée, prendre la forme qui me convient ; je suis le héros de mille contes ridicules. De braves gens qui me connaissaient parfaitement sont venus me raconter mon histoire, dans laquelle presque toujours le plus beau rôle n’était pas le mien. Mon infortune, si infortune il y a, ne me cause pas un bien vif chagrin : je ne suis pas le premier homme qu’un caprice populaire ait flétri ou ridiculisé.
Plus d’une fois cependant, durant le cours de ma carrière, les préjugés sont venus me barrer le chemin ; mais c’est surtout depuis que j’ai fondé l’établissement que je dirige aujourd’hui que j’ai été à même d’apprécier leur funeste influence. Combien d’individus ont perdu des sommes plus ou moins fortes parce que préalablement ils ne sont pas venus me demander quelques conseils ! Et pourquoi ne sont-ils pas venus ? Parce qu’il y a écrit sur la porte de mes bureaux : Vidocq ! Beaucoup cependant ont franchi le rocher de Leucade, et maintenant ils passent tête levée devant l’huis du pâtissier, aussi n’est-ce pas à ceux-là que je m’adresse.
Deux faits résultent de ce qui vient d’être dit : je suis calomnié par les fripons, en bien ! je les invite à citer, appuyé de preuves convenables, un acte d’improbité, d’indélicatesse, commis par moi ; qu’ils interrogent leurs souvenirs, qu’ils fouillent dans ma vie privée, et qu’ils viennent me dire : « Vous avez fait cela. » Et ce n’est pas une vaine bravade, c’est un défi fait publiquement, à haute et intelligible voix, auquel, s’ils ne veulent pas que leurs paroles perdent toute leur valeur, ils ne peuvent se dispenser de répondre.
Les ignorans échos ordinaires de ce qu’ils entendent dire ne me ménagent guère. Eh bien ! que ces derniers interrogent ceux qui, depuis plusieurs années, se sont trouvés en relation avec moi, avec lesquels j’ai eu des intérêts à débattre, et que jusqu’à ce qu’ils aient fait cela ils suspendent leur jugement. Je crois ne leur demander que ce que j’ai le droit d’exiger.
Et qu’ai-je fait qui puisse me valoir la haine ou seulement le blâme de mes concitoyens ? Je n’ai jamais été l’homme du pouvoir ; je ne me suis jamais mêlé que de police de sûreté ; chargé de veiller à la conservation des intérêts sociaux et à la sécurité publique, on m’a toujours trouvé éveillé à l’heure du danger ; payé par la société, j’ai plus d’une fois risqué ma vie à son service. Après avoir quitté l’administration, j’ai fondé et constamment dirigé un établissement qui a rendu au commerce et à l’industrie d’éminents services. Voilà ce que j’ai fait ! Maintenant, que les hommes honnêtes et éclairés me jugent ; ceux-là seuls, je ne crains pas de le dire, sont mes pairs.
Il me reste maintenant à parler des Faiseurs, du Bureau de renseignemens, et du projet que je viens soumettre à l’appréciation de Messieurs les commerçans et industriels.
Je ne sais pour quelles raisons les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs, comme on voudra les nommer, sont moins mal vus dans le monde que ceux qui se bornent à être franchement et ouvertement voleurs. On reçoit dans son salon, on admet à sa table, on salue dans la rue tel individu dont la profession n’est un secret pour personne, et qui ne doit ni à son travail ni à sa fortune l’or qui brille à travers les réseaux de sa bourse, et l’on honni, l’on conspue, l’on vilipende celui qui a dérobé un objet de peu de valeur à l’étalage d’une boutique ; c’est sans doute parce que les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs ont des manières plus douces, un langage plus fleuri, un costume plus élégant que le commun des Martyrs, que l’on agit ainsi ; c’est sans doute aussi parce que, braves gens que nous sommes, nous avons contracté la louable habitude de ne jamais regarder que la surface de ce que nous voyons. Les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs, sont cependant plus dangereux et plus coupables que tous les autres : plus dangereux, parce qu’ils se cachent pour blesser, et échappent presque toujours aux lois répressives du pays ; plus coupables, parce que la plupart d’entre eux, hommes instruits et doués d’une certaine capacité, pourraient certainement ne devoir qu’au travail ce qu’ils demandent à la fraude et à l’indélicatesse.
C’est presque toujours la nécessité qui conduit la main du voleur qui débute dans la carrière ; et, souvent, lorsque cette nécessité n’est plus flagrante, il se corrige et revient à la vertu. Les Faiseurs, au contraire, sont presque tous des jeunes gens de famille qui ont dissipé follement une fortune péniblement acquise, et qui n’ont pas voulu renoncer aux aisances de la vie faishionable et aux habitudes de luxe qu’ils avaient contractées. Ils ne se corrigent jamais, par la raison toute simple qu’ils peuvent facilement et presqu’impunément exercer leur pitoyable industrie.
Ils savent si bien cela, que lorsque j’étais encore chef de la police de la sûreté, les grands hommes de la corporation me défiaient souvent de déjouer leurs ruses. Aussi, jointe à celle d’être utile à mes concitoyens, l’envie d’essayer mes forces contre eux a-t-elle été une des raisons qui m’ont déterminé à fonder le bureau de renseignemens.
« C’est une nécessité vivement et depuis longtemps sentie par le commerce que celle d’un établissement spécial, ayant pour but de lui procurer des renseignemens sur les prétendus négocians, c’est-à-dire sur les escrocs qui, à l’aide des qualifications de banquiers, négocians et commissionnaires, usurpent la confiance publique, et font journellement des dupes parmi les véritables commerçans.
Les écrivains qui se sont spécialement occupés de recherches statistiques en ces matières, élèvent à vingt mille le chiffre des industriels de ce genre. Je veux bien admettre qu’il y ait quelque exagération dans ce calcul… » Les quelques lignes qui précédent commençaient le prospectus que je publiais lors de l’ouverture de mon établissement, et, comme on le voit, j’étais disposé à taxer d’exagération les écrivains qui élevaient à vingt mille le chiffre des industriels ; mais, maintenant, je suis forcé d’en convenir, ce chiffre, bien loin d’être exagéré, n’est que rigoureusement exact. Oui, vingt mille individus vivent, et vivent bien, aux dépens du commerce et de l’industrie. (Que ceux qui ne pourront ou ne voudront pas me croire, viennent me visiter, il ne me sera pas difficile de les convaincre.) Que l’on me permette donc de recommencer sur cette base nouvelle les calculs de mon prospectus. Nous fixons à 10 francs par jour la dépense de chaque individu, ce qui produit pour vingt mille :

Par jour. . . . . 200,000.
Par mois. . . .6,000,000.
Par an . . . . .70,200,000.

C’est donc un impôt annuel de 70,200,000 fr. que le commerce paie à ces Messieurs (et cette fois, je veux bien ne point parler des commissions qui sont allouées aux entremetteurs d’affaires, de la différence entre le prix d’achat et celui de vente.) L’œuvre de celui qui a diminué d’un tiers au moins ce chiffre énorme est-elle une œuvre sans valeur ? Je laisse aux hommes impartiaux et désintéressés le soin de répondre à cette question.
Je ne dois pas le cacher, mes premiers pas dans cette nouvelle carrière furent bien incertains ; tant de fripons avaient ouvert leur sac devant moi, que je croyais tout savoir : Errare hunanum est ! Pauvre homme que j’étais ! J’ai plus appris depuis trois ans que mon établissement existe, que pendant tout le temps que j’ai dirigé la police de sûreté. S’il voulait s’en donner la peine, le Vidocq d’aujoud’hui pourrait ajouter de nombreux chapitres au livre des Ruses des Escrocs et Filous, et jouer par dessous la jambe celui d’autrefois.
Les succès éclatans qui ont couronné mon entreprise, et m’ont engagé à marcher sans cesse vers le but que je voulais atteindre, malgré les clameurs des envieux et des sots, ont donné naissance à je ne sais combien d’agences, copies informes de ce que j’avais fait : Phare, Tocsin, Éclaireur, Gazette de Renseignemens, etc., etc. Il ne m’appartient pas de juger les intentions des personnes qui ont dirigé, ou qui dirigent encore ces divers établissemens, mais je puis constater ce qui n’est ignoré de personne ; le Phare est allé s’éteindre à Sainte-Pélagie, ses directeurs viennent d’être condamnés à une année d’emprisonnement, comme coupables d’escroquerie. Les affiches qui ont été placées à chaque coin de rue, ont permis à tout le monde d’apprécier à sa juste valeur le personnel des autres établissemens.
Pour qu’un établissement comme le Bureau de Renseignemens soit utile, il faut qu’il soit dirigé avec beaucoup de soin. S’il n’en était pas ainsi, les intérêts des tiers seraient gravement compromis ; un renseignement fourni trop tard pouvant faire manquer, au négociant qui l’a demandé, une affaire avantageuse. Si les chefs de l’établissement ne possèdent pas toutes les qualités qui constituent l’honnête homme, rien ne leur est plus facile que de s’entendre avec les Faiseurs, sur lesquels ils ne donneraient que de bons renseignemens. Cela, au reste, s’est déjà fait ; les affiches dont je parlais il n’y a qu’un instant le prouvent.
Pour éviter que de pareils abus ne se renouvellent, pour que les Escrocs ne puissent pas, lorsque je ne serai plus là pour m’opposer à leurs desseins, faire de nouvelles dupes, je donne mon établissement au commerce. Et, que l’on ne croie pas que c’est un présent de peu d’importance : j’ai, par jour, 100 francs au moins de frais à faire, ce qui forme un total annuel de 36,500 francs ; et, cependant, quoique je n’exige de mes abonnés et cliens que des rétributions modérées, basées sur l’importance des affaires qui me sont confiées, il me rapporte quinze à vingt mille francs par année de bénéfice net.
Et, néanmoins, je le répète, je ne demande rien, absolument rien ; je ne vends pas mon baume, je le donne, et cela, pour éviter que les Faiseurs, qui attendent avec impatience l’heure de ma retraite, ne puissent s’entendre avec les directeurs des agences qui seront alors simultanément établies.
Il a certes fallu que les services rendus par moi parlent bien haut, pour que, malgré les obstacles que j’ai dû surmonter, et les préjugés que j’ai eu à vaincre, je puisse, après seulement trois années d’exercice, avoir inscrit, sur mes registres d’abonnement, les noms de près de trois mille négocians recommandables de Paris, des départemens et de l’Étranger. Il n’est venu, cependant, que ceux qui étaient forcés par la plus impérieuse nécessité ; et, je dois en convenir, j’ai eu plus à réparer qu’à prévenir. Tels qui sont venus m’apprendre qu’ils avaient été dépouillés par tel ou tel Faiseur, dont le nom, depuis long-temps, était écrit sur mes tablettes, n’auraient pas échangé leurs marchandises ou leur argent contre des billets sans valeur, si, préalablement, ils étaient venus puiser des renseignemens à l’agence Vidocq.
Pour atteindre le but que je m’étais proposé, il fallait aussi vaincre cette défiance que des gens si souvent trompés, non-seulement par les Faiseurs, mais encore par ceux qui se proposent comme devant déjouer les ruses de ces derniers, doivent nécessairement avoir. Mais, j’avais déjà, lorsque je commençai mon entreprise, fait une assez pénible étude de la vie pour ne point me laisser épouvanter par les obstacles ; je savais que la droiture et l’activité doivent, à la longue, ouvrir tous les chemins. Je commençai donc, et mes espérances ne furent pas déçues ; j’ai réussi, du moins en partie.
A l’heure où nous sommes arrivés, je suis assez fort pour défier les Faiseurs les plus adroits et les plus intrépides de parvenir à escroquer un de mes cliens. Mais, le bien général n’a pas encore été fait ; il ne m’a pas été possible de faire seul ce que plusieurs auraient pu facilement faire. Aussi, il y a tout lieu de croire que les résultats seront plus grands et plus sensibles lorsque le Bureau de Renseignemens sera dirigé par le commerce, dont il sera la propriété.
Et cela est facile à concevoir, les préjugés alors n’arrêteront plus personne, et tous les jours on verra s’augmenter le nombre des abonnés ; car, quel est le négociant, quelque minime que soit son commerce, qui ne voudra pas acquérir, moyennant 20 francs par année, la faculté de pouvoir n’opérer qu’avec sécurité. Mais pourra-t-il compter sur cette sécurité qu’il aura payée, peu de chose, il est vrai, mais que, pourtant, il aura le droit d’exiger ? sans nul doute.
Le nombre des abonnés étant plus grand, beaucoup plus de Faiseurs seront démasqués ; car, il n’est pas présumable que les abonnés chercheront à cacher aux administrateurs le nom des individus par lesquels ils auraient été trompés. Tous les renseignemens propres à guider le commerce dans ses opérations, pourront donc être puisés à la même source, sans perte de temps, sans dérangement, ce qui est déjà quelque chose.
Mais on n’aurait pas atteint le but que l’on se propose, si l’on se bornait seulement à mettre dans l’impossibité de nuire les Faiseurs déjà connus, il faut que ceux qui se présenteraient avec un nom vierge encore, mais dont les intentions ne seraient pas pures, soient démasqués avant même d’avoir pu mal faire.
On ne se présente pas habituellement dans une maison pour y demander un crédit plus ou moins étendu, sans indiquer quelques-unes de ses relations. Celui qui veut acquérir la confiance d’un individu, qu’il se réserve de tromper plus tard, tient à ne point paraître tomber du ciel. Eh bien ! la nature de leurs relations donnera la valeur des hommes nouveaux, et ces diagnostics, s’ils trompent, tromperont rarement. Les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs forment une longue chaîne dont tous les anneaux se tiennent ; celui qui en connaît un, les connaîtra bientôt tous, s’il est doué d’une certaine perspicacité, et si le temps de monter à la source ne lui manque pas. Il ne faut, pour acquérir cette connaissance, que procéder par analogie et avec patience.
Si ma proposition est acceptée, on ne verra plus, à la honte du siècle, des hommes placés sur les premiers degrés de l’échelle sociale, et qui possèdent une fortune indépendante, servir de compères à des escrocs connus, partager les dépouilles opimes d’un malheureux négociant, et se retirer, lorsqu’arrivent les jours d’échéance, derrière un rideau que, jusques à présent, personne encore n’a osé déchirer. Lorsqu’ils pourront craindre de voir leur nom cloué au pilori de l’opinion publique, ils se retireront, et les Faiseurs auront perdu leurs premiers élémens de succès.
Les Faiseurs, chassés de Paris, exploiteront les départemens et les pays étrangers ? Mais, rien n’empêche que la correspondance déjà fort étendue du Bureau de Renseignemens ne reçoive encore de l’extension, et que ce qui aura été fait pour Paris ne soit fait pour les départemens et l’Étranger. Cela sera plus difficile, sans doute, mais non pas impossible.
En un mot, j’ai la ferme conviction, et cette conviction est basée sur une expérience de plusieurs années, que le Bureau de Renseignemens établi sur une vaste échelle, et placé sous le patronage d’hommes connus et honorables, est destiné à devenir la sauve-garde du commerce et de l’industrie, et doit anéantir à jamais les sangsues qui pompent sa substance.
Je me chargerai avec plaisir de la première organisation ; et, maintenant que le navire est en pleine mer, qu’il n’y a plus qu’à marcher sur une route tracée, il ne sera pas difficile de trouver des hommes intelligents et très-capables de conduire cette machine dont le mécanisme est peu compliqué. Un comité spécial, composé des plus notables abonnés, pourrait, au besoin, être chargé de surveiller la gestion des administrateurs qui seraient choisis. Envisagée sous le rapport des bénéfices qu’elle peut produire, l’opération que je propose ne perd rien de son importance. C’est ce qu’il me serait facile de prouver par des chiffres, si des chiffres étaient du domaine de ce livre.
Je ne sais si je me trompe, mais j’ai l’espérance que ma voix ne sera pas étouffée avant de s’être fait entendre ; j’ai trop franchement expliqué mes intentions pour qu’il soit possible de croire que l’intérêt est ici le mobile qui me fait agir.
Je ne me serais pas, il y a quelque temps, exprimé avec autant d’assurance ; mais, maintenant que l’expérience m’a instruit, je puis, je le répète, défier le premier Faiseur venu, de tromper un de mes abonnés. Aussi ai-je acquis le droit de m’étonner que tout ce qu’il y a en France d’honorables négocians ne soit pas encore abonné.
Depuis que j’exerce, les Faiseurs ont perdu le principal de leurs élémens de succès, c’est-à-dire l’audace qui les caractérisait ; mon nom est devenu pour eux la tête de Méduse, et peut-ètre qu’il suffirait, pour être constamment à l’abri de leurs tentatives et de leurs atteintes, de placer, dans le lieu le plus apparent de son domicile, une plaque à-peu-près semblable à celles des compagnies d’assurances contre l’incendie, sur laquelle on lirait ces mots : Vidocq ! Assurance contre les Faiseurs, seraient écrits en gros caractères.
Cette plaque, j’en ai l’intime conviction, éloignerait les Faiseurs des magasins dans lesquels elle serait placée. Le négociant ne serait plus exposé à se laisser séduire par les manières obséquieuses des Faiseurs ; il ne serait plus obligé de consacrer souvent trois ou quatre heures de son temps à faire inutilement l’article.
Cette plaque, je le répète, éloignerait les Faiseurs. Je ne prétends pas dire, cependant, qu’elle les éloignerait tous ; mais, dans tous les cas, le négociant devrait toujours prendre des renseignemens. Il résulterait donc de l’apposition de cette plaque au moins une économie de temps qui suffirait seule pour indemniser le négociant abonné de la modique somme payée par lui.
Les Faiseurs peuvent être divisés en deux classes : la première n’est composée que des hommes capables de la corporation, qui opèrent en grand ; la seconde se compose de ces pauvres diables que vous avez sans doute remarqués dans l’allée du Palais-Royal qui fait face au café de Foi. Le Palais-Royal est, en effet, le lieu de réunion des Faiseurs du dernier étage. À chaque renouvellement d’année, à l’époque où les arbres revêtent leur parure printanière, on les voit reparaître sur l’horizon, pâles et décharnés, les yeux ternes et vitreux, cassés, quoiques jeunes encore, toujours vêtus du même costume, toujours tristes et soucieux, ils ne font que peu ou point d’affaires, leur unique métier est de vendre leur signature à leurs confrères de la haute.
Les Faiseurs de la haute sont les plus dangereux, aussi, je ne m’occuperai que d’eux. J’ai dit des derniers tout ce qu’il y avait à en dire.
Tous les habitans de Paris ont entendu parler de la maison H… et Compagnie, qui fut établie dans le courant de l’année 1834, rue de la Chaussée d’Antin, n° 11. L’établissement de cette maison, qui se chargeait de toutes les opérations possibles, consignations, expéditions, escompte et encaissement, exposition permanente d’objets d’art et d’industrie, causa dans le monde commercial une vive sensation. Jamais entreprise n’avait, disait-on, présenté autant d’éléments de succès. La Société française et américaine publiait un journal, ordonnait des fêtes charmantes, dont M. le marquis de B… faisait les honneurs avec une urbanité tout-à-fait aristocratique. Il n’en fallait pas davantage, le revers de la médaille n’étant pas connu, pour jeter de la poudre aux yeux des plus clairvoyants. H…, comme on l’apprit trop tard, n’était que le prête-nom de R…, Faiseur des plus adroits, précédemment reconnu coupable de banqueroute frauduleuse, et, comme tel, condamné à douze années de travaux forcés.
Après avoir fait un grand nombre de dupes, R… et consorts disparurent, et l’on n’entendit plus parler d’eux.
Peu de temps après la déconfiture de la maison H… et Compagnie, une maison de banque fut établie à Boulogne-sur-Mer, sous la raison sociale Duhaim Père et Compagnie. Des circulaires et des tarifs et conditions de recouvremens furent adressés à tous les banquiers de la France. Quelques-uns s’empressèrent d’accepter les propositions avantageuses de la maison Duhaim Père et Compagnie, et mal leur en advint. Lorsqu’ils furent bien convaincus de leur malheur, ils vinrent me consulter. La contexture des pièces, et l’écriture des billets qu’ils me remirent entre les mains, me suffit pour reconnaître que le prétendu Duhaim père n’était autre que R... Je me mis en campagne, et bientôt un individu qui avait pu se soustraire aux recherches de toutes les polices de France, fut découvert par moi, et mis entre les mains de la justice. L’instruction de son procès se poursuit maintenant à Boulogne-sur-Mer.
R… est, sans contredit, le plus adroit de tous les Faiseurs, ses capacités financières sont incontestables, et cela est si vrai que, nonobstant ses fâcheux antécédens, plusieurs maisons de l’Angleterre, où il avait exercé long-temps, qui désiraient se l’attacher, lui firent, à diverses reprises, des offres très-brillantes. R… est maintenant pour long-temps dans l’impossibilité de nuire, mais il ne faut pas pour cela que les commerçans dorment sur leurs deux oreilles, R… a laissé de dignes émules ; je les nommerais si cela pouvait servir à quelque chose, mais ces Messieurs savent, suivant leurs besoins, changer de nom aussi souvent que de domicile.
Les Faiseurs qui marchent sur les traces de R… procèdent à-peu-près de cette manière :
Ils louent dans un quartier commerçant un vaste local qu’ils ont soin de meubler avec un luxe propre à inspirer de la confiance aux plus défians, leur caissier porte souvent un ruban rouge à sa boutonnière, et les allans et venans peuvent remarquer dans leurs bureaux des commis qui paraissent ne pas manquer de besogne. Des ballots de marchandises, qui semblent prêts à être expédiés dans toutes les villes du monde, sont placés de manière à être vus ; souvent aussi des individus chargés de sacoches d’argent viennent verser des fonds à la nouvelle maison de banque. C’est un moyen adroit d’acquérir dans le quartier cette confiance qui ne s’accorde qu’à celui qui possède.
Après quelques jours d’établissement la maison adresse des lettres et des circulaires à tous ceux avec lesquels elle désire se mettre en relation ; c’est principalement aux nouveaux négocians qu’ils s’adressent, sachant bien que ceux qui n’ont pas encore acquis de l’expérience à leurs dépens seront plus faciles à tromper que tous les autres. Au reste, jamais le nombre des lettres ou circulaires à expédier n’épouvante un de ces banquiers improvisés. On en cite un qui mit le même jour six cent lettres à la poste.
En réponse aux offres de service du Faiseur banquier, on lui adresse des valeurs à recouvrer, à son tour aussi il en retourne sur de bonnes maisons parmi lesquelles il glisse quelques billets de bricole, les bons font passer les mauvais, et comme ces derniers, aussi bien que les premiers, sont payés à l’échéance par des compères apostés dans la ville où ils sont indiqués payables, des noms inconnus acquièrent une certaine valeur dans le monde commercial, ce qui doit faciliter les opérations que le Faiseur prémédite.
Le Faiseur qui ne veut point paraître avoir besoin d’argent, ne demande point ses fonds de suite, il les laisse quelque temps entre les mains de ses correspondans.
Les Faiseurs ne négligent rien pour acquérir la confiance de leurs correspondans ; ainsi, par exemple, un des effets qu’ils auront mis en circulation ne sera pas payé, et l’on se présentera chez eux pour en opérer le recouvrement, alors ils n’auront peut-être pas de fonds pour faire honneur à ce remboursement imprévu, mais ils donneront un bon sur des banquiers famés qui s’empresseront de payer pour eux, par la raison toute simple que préalablement des fonds auront été déposés chez eux à cet effet.
Lorsque le Faiseur-Banquier a reçu une certaine quantité de valeurs, il les encaisse ou les négocie, et en échange il retourne des billets de bricole tirés souvent sur des êtres imaginaires ou sur des individus qui jamais n’ont entendu parler de lui.
L’unique industrie d’autres Faiseurs est d’acheter des marchandises à crédit. Pour ne point trop allonger cet article, j’ai transporté les détails qui les concernent à l’article Philibert.

Halbert, 1849 : Commerçant.

Larchey, 1865 : « On entend par faiseur l’homme qui crée trop, qui tente cent affaires sans en réussir une seule, et rend souvent la confiance publique victime de ses entraînements. En général, le faiseur n’est point un malhonnête homme ; la preuve en est facile à déduire ; c’est un homme de travail, d’activité et d’illusions ; il est plus dangereux que coupable, il se trompe le premier en trompant autrui. » — Léo Lespès. On connaît la pièce de Balzac, mercadet le faiseur. Son succès a été tel, qu’elle a doté le mot faiseur d’un synonyme nouveau. On dit un mercadet. — pour Vidocq, le faiseur n’est qu’un escroc et un chevalier d’industrie. — on dit aussi c’est un faiseur, d’un écrivain qui travaille plus pour son profit que pour sa gloire.

Delvau, 1866 : s. m. Type essentiellement parisien, à double face comme Janus, moitié escroc et moitié brasseur d’affaires, Mercadet en haut et Robert Macaire en bas, justiciable de la police correctionnelle ici et gibier de Clichy là — coquin quand il échoue, et seulement audacieux quand il réussit. Argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Terme générique servant à qualifier tout commerçant qui brasse toutes sortes d’affaires, qui se jette à tort et à travers dans toutes sortes d’entreprises. — Exploiteur, banquiste raffiné. Le vrai faiseur trompe en général tout le monde ; il fait argent de tout ; un jour il est à la tête du pavage en guttapercha, le lendemain il a obtenu la concession des chemins de fer sous-marins ou celles des mines de pains à cacheter. Les gogos sont les vaches laitières des faiseurs. Dans la finance, ils sont les saltimbanques de la banque. Ils font des affaires comme au besoin ils feraient le mouchoir. Il existe des faiseurs dans tous les métiers qui touchent au commerce, à l’art, à l’industrie, à la finance.

Il a été dernièrement commandé à Lélioux un roman par un faiseur ; j’y travaille avec lui.

(H. Murger, Lettres)

On a l’exemple de faiseurs parvenus à la fortune, à une très grande fortune : décorés, administrateurs de chemin de fer, députés, plusieurs fois millionnaires. Féroce alors pour ses anciens confrères, le faiseur les traite comme Je sous-officier qui a obtenu l’épaulette traite le soldat, comme traite ses servantes la domestique qui a épousé son maître.

La Rue, 1894 : Exploiteur. Escroc.

Hayard, 1907 : Escroc.

France, 1907 : Chevalier d’industrie, banquiste, brasseur d’affaires plus ou moins louches, Alfred Delvau dit que le faiseur est un type essentiellement parisien ; il est certain que Paris est la ville du monde qui contient le plus de faiseurs. Le mot n’est pas moderne. Le général Rapp, dans ses Mémoires, le met dans la bouche de Napoléon :

Il travaillait avec Berthier. Je lui appris les succès du grand-duc et la déroute de Tauenzien.
— Tauenzien ! reprit Napoléon, un des faiseurs prussiens ! C’était bien la peine de tant pousser à la guerre !

Fendant

d’Hautel, 1808 : Faire le fendant. C’est-à-dire, le petit-maître, l’olibrius ; prendre un air capable, tranchant et résolu ; se pavaner ; se carrer.

Larchey, 1865 : Faiseur d’embarras. V. Fignoler.

Ne fais donc pas tant ta fendante.

(1844, Catéch. Poissard)

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui marche d’un air conquérant, le chapeau sur le coin de l’oreille, les moustaches relevées en crocs, la main gauche sur la hanche, et de la droite manœuvrant une canne, — qui n’effraie personne. Il y a longtemps que le peuple emploie cette expression, comme le prouve ce passage de la Macette de Mathurin Régnier :

N’estant passe-volant, soldat ny capitaine,
Depuis les plus chétifs jusques aux plus fendants,
Qu’elle n’ait desconfits et mis dessus les dents.

Faire son fendant. Se donner des allures de matamore. Ou dit aussi Fendart.

France, 1907 : Matamore.

Fièvre cérébrale

Vidocq, 1837 : s. f. — Accusation dont le résultat, si elle est prouvée, doit être l’application de la peine de mort.

Larchey, 1865 : Accusation entraînant la perte de la tête (Vidocq). — Jeu de mots.

Delvau, 1866 : s. f. Condamnation à mort, — dans l’argot des assassins, à qui cela doit donner en effet le transport au cerveau, et même le delirium tremens.

Rigaud, 1881 : Accusation capitale, — dans l’ancien argot. — Aujourd’hui dans le monde des voleurs, fièvre typhoïde et vérole noire ont le même sens. — Redoublement de fièvre cérébrale, nouveau témoignage très grave à la charge de l’accusé.

La Rue, 1894 : Accusation entraînant la peine capitale.

Virmaître, 1894 : Condamné à mort. Il meurt en effet subitement (Argot des voleurs).

France, 1907 : Condamnation à mort.

Fiflot

Merlin, 1888 : Fantassin.

France, 1907 : Fantassin.

— Il fallait ouïr le vieux débagouler. Ah ! nom de Dieu ! c’est Jeanneton qui en a entendu de belles ! Sa vieille peau jaune comme le ménage du capitaine a pris la couleur d’une culotte de fiflot ; tandis que Crampon s’en flanquait une à la cuisine où il était allé trousser Jeannette.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Figure à hommes

Rigaud, 1881 : Figure qui plaît aux hommes. C’est pour ces dames un excellent capital qui rapporte de bonnes rentes dans le monde de la galanterie.

Fils à papa

France, 1907 : Jeune monsieur dont le principal mérite est d’être le fils d’un papa cossu ou appartenant au bataillon des grosses légumes.

Je sais comment cela se passe, dans les régiments de cavalerie, il en était ainsi de mon temps et les choses n’ont pas changé : sur les trente hommes dont se compose le corps des sous-officiers, vous avez quelques gaillards, fils à papa, qui ont raté l’École et qui sont protégés en haut lieu : on est pour eux plein d’attention et on s’efforce de leur adoucir les quelques mois qui les séparent du jour où ils passeront l’examen de Saumur.

(Général Du Barrail)

Une table surtout occupée par une demi-douzaine de sous-officiers, présentait une animation extraordinaire : toutes les armes étaient représentées ; il y avait des chasseurs, des cuirassiers, des dragons, des hussards, et le plus âgé n’avait pas vingt-deux ans. D’ailleurs la moustache hérissée en chat, la coiffure en racine droite, le linge fin, les bottes vernies et les bagues au doigt prouvaient que j’avais devant moi des fils à papa très à leur aise.

(Pompon, Gil Blas)

On dit aussi fils d’archevêques.

Voyons le dernier tableau des lieutenants de vaisseau proposés pour le grade de capitaine de frégate : sur 9 officiers que s’y trouvent portés, nous notons six fils d’archevêques, dont deux gendres, et cependant 150 lieutenants de vaisseau croyaient avoir des titres !…

(A. Saissy, Mot d’Ordre)

Fin courant

France, 1907 : Terme de coulissier.

De temps à autre, quelque pays du globe devient la proie d’un accès d’agiotophobie. Il a la rage du million et le délire de l’or, comme le choléra où l’influenza… Mais c’est à Paris que sévit le plus fréquemment le fléau. Le Mississipi et la rue Quicampoix sont pour la capitale de la France à l’état de tradition périodique. La contagion du jeu gagne alors tous les mondes ; celui où l’on s’amuse devient subitement sérieux, et les conversations frivoles habituelles aux boudoirs font place à des dialogues dans lesquels les mots : prime, report, fin courant dont dix et autres locutions argotiques de la Bourse tiennent la meilleure place. Les salons se transforment en corbeilles d’agents de change, et les clubs en parloirs de coulissiers. Les grandes dames et les petites demoiselles se mêlent de la partie. La cote est en permanence dans leur poche avec le miroir et la boîte à poudre de riz.

(Santillane, Gil Blas)

Fiole

Halbert, 1849 : Figure. On dit aussi fertille.

Larchey, 1865 : Bouteille de vin.

Nous avons presque entièrement vidé nos fioles.

(Frémy)

Fioler, c’est boire avec excès.

(d’Hautel, 1808)

C’est un mot de langue romane. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : s. f. Bouteille de vin, — dans l’argot du peuple, qui ne sait pas être si près de la véritable étymologie : φιάλη, (vase à boire).

Rigaud, 1881 : Tête, figure, — dans le jargon des voleurs. Fiole à cubèbe, à copahu, physionomie malsaine, figure de syphilitique.

Fustier, 1889 : Souper de la fiole de quelqu’un, en être fatigué, importuné.

La Rue, 1894 : Physionomie. Fioler, dévisager.

Rossignol, 1901 : Visage.

Je ne veux plus de toi comme maîtresse, j’ai soupé de ta fiole.

France, 1907 : Bouteille de vin ; du grec phialé, vase à boire.

France, 1907 : Figure, tête.

Sacré boutiquier ! Si t’avais la cervelle moines racornie, tu saisirais que, puisque personne ne crèvera plus de faim, on ne fera pas une exception pour ta fiole. Sache donc qu’une fois tes actions tombées en capilotade, tu auras, grâce à la Sociale, de quoi croûter sur tes vieux jours. M’est avis même que tu te la couleras plus heureuse qu’avec tes revenus.

(Père Peinard)

Oui, je l’sais ben, j’ai-z’une sal’ fiole,
J’ai vraiment pas l’air d’un rupin.
Aussi, bon Dieu, j’fais pas l’mariolle,
Ej’ cranott’ pas comme un youpin.

(Aristide Bruant)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique