M.D., 1844 : Une canne.
Assurance (une)
Avalé sa canne ou son sabre (avoir)
France, 1907 : Être gourmé et raide comme le sont la plupart de nos voisins d’outre-Manche.
Enfin un troisième gentleman, Archibald Stiffy, absolument taciturne et si raide qu’on supposait que, par quelque manœuvre maladroite, il avait avalé sa canne. Malgré ses vingt ans, il affichait aussi, par un signe à sa boutonnière, le renoncement aux futiles passions et la sagesse de l’âge mûr, son amour de la tempérance et son enrôlement dans l’armée du ruban bleu, en même temps que son mutisme obstiné était sans doute destiné à rappeler aux bavards que le silence est d’or.
(Hector France, La Taverne de l’Éventreur)
Balancer
Ansiaume, 1821 : Abattre.
Il faut balancer la lourde pour arriver à la malouse.
Bras-de-Fer, 1829 : Remuer.
Vidocq, 1837 : v. a. — Jeter.
Clémens, 1840 : Jeter, refuser.
M.D., 1844 : Jeter.
M.D., 1844 : Renvoyer.
un détenu, 1846 : Chasser, renvoyer d’un emploi.
Larchey, 1865 : Jeter au loin. On sait que l’action de balancer imprime plus de force à une projection. V. Litrer. Balancer, envoyer à la balançoire : Congédier, renvoyer.
Elle m’a traité de mufle. — Alors il faut la balancer.
(Monselet)
Je l’envoie à la balançoire.
(id.)
On dit aussi exbalancer :
Je vais les payer et les exbalancer à la porte.
(Vidal, 1833)
Balancer son chiffon rouge : Parler, remuer la langue. — Balancer sa canne : Devenir voleur. — C’est-à-dire jeter la canne de l’homme qui marche dans l’unique but de se promener. — Balancer ses halènes : Cesser de voler, jeter ses outils de voleur. — Balancer une lazagne : Adresser une lettre. — Balancer ses chasses : Regarder à droite et à gauche. Balancement :
Le conducteur appelle son renvoi de l’administration un balancement.
(Hilpert)
Balançoire : mensonge, conte en l’air.
Non, monsieur ! je n’avais pas fait un accroc. — C’est une balançoire.
(P. de Kock)
Delvau, 1866 : v. a. Donner congé à quelqu’un, renvoyer un employé, un domestique, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas qu’il emploie là, et presque dans son sens originel, un des plus vieux mots de notre langue.
On dit aussi Envoyer à la balançoire.
Rigaud, 1881 : Jeter au loin, renvoyer, envoyer promener.
Quand votre femme vous ennuie… Toc ! on la balance.
(E. Grangé et Lambert-Thiboust. La Mariée du Mardi-Gras)
Rossignol, 1901 : Voir balanstiquer.
France, 1907 : Balancer quelqu’un, le renvoyer, lui donner son congé. Se dit aussi pour se moquer de lui, le berner.
Mais surtout tu te garderas
De l’amour d’un étudiant.
Toujours d’avance tu exigeras
Qu’il fasse tinter son argent,
Sinon tu le balanceras…
On ne vit pas de l’air du temps.
(Règles de la chasse aux hommes)
Balancer sa canne
Vidocq, 1837 : v. a. — De vagabond devenir voleur.
Delvau, 1866 : v. a. De vagabond devenir voleur, — ce qui est une manière comme une autre de franchir le Rubicon qui sépare l’honneur du vice.
Signifie aussi Rompre son ban, s’évader.
Rigaud, 1881 : Passer du vagabondage au vol.
La Rue, 1894 : Passer du vagabondage au vol. C’est le Rubicon du vagabond.
France, 1907 : Se transformer de simple vagabond en voleur. Signifie aussi rompre son ban.
Bâton rompu
Fustier, 1889 : « — Quels gens appelez-vous vieilles cannes ? — Les repris de justice. — Et bâtons rompus ? — Les surveillés de la haute police en rupture de ban. »
(Barron, Paris-Étrange)
France, 1907 : Surveillé de la haute police en rupture de ban.
— Tout le monde tranquille ici ! ou gare à la « sourde » pour les bâtons rompus et les « vieilles cannes » !
— … Quels gens appelez-vous « vieilles cannes » ?
— Les repris de justice.
— Et les bâtons rompus ?
— Les surveillés de la haute police en rupture de ban.
(Louis Barron, Paris Étrange)
Bazof
France, 1907 : Sous-officier, argot de Saint-Cyr ; de l’ancien mot dont on les désignait avant la Révolution : bas officiers.
Et les méchants tours tant de fois joués aux bazofs, ces bêtes noires, les omelettes topographiques arrosées de vin blanc dans les auberges de Bouviers et de Fontenay-le-Fleury, les sorties sans permission, le dimanche, où l’on se défilait au retour, le cœur battant, devant le « ringard » appuyé sur sa canne.
(René Maizeroy)
Béquillards (les)
Virmaître, 1894 : Vieillards infirmes et mendiants que la police arrête quotidiennement et qu’elle est forcée de relâcher faute de délit. Ainsi nommés parce qu’ils ont des béquilles ou qu’ils boitent s’appuyant sur une canne (Argot des voleurs). N.
Bête à deux fins
France, 1907 : Trique ou canne ; ce que les Arabes appellent Sidi Matraque, Monseigneur le Bâton, Privat d’Aiglemont explique cette dénomination : « Cet aimable époux prenait sa bête à deux fins (c’est ainsi qu’il nommait sa canne, parce qu’elle lui servait à faire taire et à faire crier sa femme). »
Bougie
Vidocq, 1837 : s. f. — Canne.
Larchey, 1865 : Canne (Vidocq). — Allusion de forme. — Bougie grasse : Chandelle. — Ironique.
Delvau, 1866 : s. f. Canne d’aveugle parce qu’elle sert à l’éclairer. Même argot [des faubouriens].
Rigaud, 1881 : Bâton d’aveugle. Il lui sert de bougie, il guide sa marche. — Bougie grasse, chandelle, — dans le jargon des chiffonniers.
Fustier, 1889 : Argent.
France, 1907 : Argent ; métonymie du verbe éclairer, payer. Canne d’aveugle, parce qu’elle lui sert en effet de bougie pour se guider. Bougie grasse, chandelle.
Bourgeois
d’Hautel, 1808 : Il se promène la canne à la main comme un bourgeois de Paris. Se dit d’un marchand qui a fait fortune et qui est retiré du commerce. On se sert aussi de cette locution et dans un sens ironique en parlant d’un ouvrier sans emploi, sans ouvrage et qui bat le pavé toute la journée.
Cela est bien bourgeois. Pour dire vulgaire, sot, simple et bas : manière de parler, usitée parmi les gens de qualité, à dessein de rabaisser ce qui vient d’une condition au-dessous de la leur.
Mon Bourgeois. Nom que les ouvriers donnent au maître qui les emploie.
Halbert, 1849 : Bourg.
Larchey, 1865 : Le bourgeois du cocher de fiacre, c’est tout individu qui entre dans sa voiture.
Chez les artistes, le mot Bourgeois est une injure, et la plus grossière que puisse renfermer le vocabulaire de l’atelier.
Le Bourgeois du troupier, c’est tout ce qui ne porte pas l’uniforme.
(H. Monnier)
Delvau, 1866 : s. m. Expression de mépris que croyaient avoir inventée les Romantiques pour désigner un homme vulgaire, sans esprit, sans délicatesse et sans goût, et qui se trouve tout au long dans l’Histoire comique de Francion : « Alors lui et ses compagnons ouvrirent la bouche quasi tous ensemble pour m’appeler bourgeois, car c’est l’injure que ceste canaille donne à ceux qu’elle estime niais. »
Delvau, 1866 : s. m. Patron, — dans l’argot des ouvriers ; Maître, — dans l’argot des domestiques. On dit dans le même sens, au féminin : Bourgeoise.
Delvau, 1866 : s. m. Toute personne qui monte dans une voiture de place ou de remise, — à quelque classe de la société qu’elle appartienne. Le cocher ne connaît que deux catégories de citoyens ; les cochers et ceux oui les payent, — et ceux qui les payent ne peuvent être que des bourgeois.
Rigaud, 1881 : Anti-artistique, — dans le jargon des artistes. Ameublement bourgeois.
Rigaud, 1881 : Imbécile, homme sans goût, — dans le jargon des peintres qui sont restés des rapins, — Voyageur, — dans le jargon des cochers. — Individu dans la maison duquel un ouvrier travaille. — Maître de la maison dans laquelle est placé un domestique.
France, 1907 : Terme de mépris pour désigner un homme vulgaire, sans délicatesse, sans goût, sans connaissances artistiques ou littéraires. Certains fabricants de romans ou de tableaux ont souvent des idées plus bourgeoises que beaucoup d’épiciers. Mener une vie bourgeoise, c’est couler une existence tranquille, monotone, sans incidents. Le mot n’est pas neuf, Alfred Delvau l’a relevé dans l’Histoire comique de Francion : « Alors, lui et ses compagnons ouvrirent la bouche quasi tous ensemble pour m’appeler bourgeois, car c’est l’injure que ceste canaille donne à ceux qu’elle estime niais. »
Ce nom, depuis si longtemps en discrédit chez les amis de l’art pour l’art, a reçu une très bonne définition de Théophile Gautier : « Bourgeois, dit-il, ne veut nullement dire un citoyen ayant droit de bourgeoisie. Un duc peut être bourgeois dans le sens détourné où s’accepte ce vocable. Bourgeois, en France, a la même valeur ou à peu près que philistin en Allemagne, et désigne tout être, quelle que soit sa position, qui n’est pas initié aux arts, ou ne les comprend pas. Celui qui passe devant Raphaël et se mire aux casseroles de Drolling, est un bourgeois. Vous préférez Paul de Kock à lord Byron ; bourgeois ; les flonflons du Vaudeville aux symphonies de Beethoven : bourgeois. Vous décorez votre cheminée de chiens de verre filé : bourgeois. Jadis même, lorsque les rapins échevelés et barbus, coiffés d’un feutre à la Diavolo et vêtus d’un paletot de velours, se rendaient par bandes aux grandes représentations romantiques, il suffisait d’avoir le teint fleuri, le poil rasé, un col de chemise en équerre et un chapeau tuyau de poêle pour être apostrophé de cette qualification injurieuse par les Mistigris et les Holophernes d’atelier. Quelquefois le bourgeois se pique de poésie et s’en va dans la banlieue entendre pépier le moineau sur les arbres gris de poussière, et il s’étonne de voir comment tout cela brille romantiquement au soleil.
Maintenant il est bien entendu que le bourgeois peut posséder toutes les vertus possibles, toutes, les qualités imaginables, et même avoir beaucoup de talent dans sa partie : on lui fait cette concession ; mais, pour Dieu, qu’il n’aille pas prendre, en face d’un portrait, l’ombre portée du nez pour une tache de tabac, il serait poursuivi des moqueries les plus impitoyables, des sarcasmes les plus incisifs, on lui refuserait presque le titre d’homme ! »
Nous, les poètes faméliques
Que bourgeois, crétins et pieds-plats
Lorgnent avec des yeux obliques…
(Paul Roinard, Nos Plaies)
Henri Monnier, en 1840, a expliqué complètement les différentes significations de ce mot : « Les grands seigneurs, si toutefois vous voulez bien en reconnaître, comprennent dans cette qualification de bourgeois toutes les petites gens qui ne sont pas nés. Le bourgeois du campagnard, c’est l’habitant des villes. L’ouvrier qui habite la ville n’en connaît qu’un seul : le bourgeois de l’atelier, son maître, son patron. Le bourgeois du cocher de fiacre, c’est tout individu qui entre dans sa voiture. Chez les artistes, le mot bourgeois est une injure, et la plus grossière que puisse renfermer le vocabulaire de l’atelier. Le bourgeois du troupier, c’est tout ce qui ne porte pas l’uniforme. Quant au bourgeois proprement dit, il se traduit par un homme qui possède trois ou quatre bonnes mille livres de rente. »
Ajoutons qu’à l’heure actuelle, pour certains ouvriers obtus, bourgeois est un terme de mépris ou de haine à l’égard de tout individu qui porte redingote et chapeau et ne vit pas d’un travail manuel, ne se rendant pas compte que nombre de ces prétendus bourgeois, employés de bureaux, commis de magasins, gagnent moins qu’eux, et sont plus à plaindre, ayant à garder un décorum dont l’ouvrier est exempt.
Mon bourgeois, dans l’argot populaire, se dit pour : mon mari. Se mettre en bourgeois se dit d’un militaire qui quitte l’uniforme. Se retirer bourgeois, ambition légitime des ouvriers et paysans, ce qui a fait dire à l’auteur du Prêtre de Némi : « Un bourgeois est un anarchiste repentant. »
Quand un bourgeois est cocu.
Mon cœur, triste d’ordinaire,
Est heureux d’avoir vécu
Et ce fait le régénère.
(A. Glatigny)
Cancanner, pincer le cancan
Larchey, 1865 : Danser le cancan — Pincer un léger cancan n’est pas tout à fait cancaner ; c’est une chorégraphie mixte où se fait deviner seulement le fruit défendu. — Chahuter, c’est épuiser au contraire toutes les ressources pittoresques de ce fandango national.
On va pincer son petit cancan, mais bien en douceur.
(Gavarni)
J’ai cancané que j’en ai pus de jambes.
(Id.)
Caner
Vidocq, 1837 : v. a. — Agoniser, être prêt à mourir.
Larchey, 1865 : Avoir peur, reculer au lieu d’agir, faire le plongeon comme le canard ou la cane.
Par Dieu ! Qui fera la canne de vous aultres, je me donne au diable si je ne le fais moyne.
(Rabelais)
Oui, vous êtes vraiment français, vous n’avez cané ni l’un ni l’autre.
(Marco Saint-Hilaire)
Larchey, 1865 : Mourir (Vidocq). — Les approches de la mort vous font peur, vous font caner. — V. Rengracier.
Delvau, 1866 : v. a. Ne pas faire, par impuissance ou par paresse. Argot des gens de lettres. Caner son article. Ne pas envoyer l’article qu’on s’était engagé à écrire.
Delvau, 1866 : v. n. Avoir peur, s’enfuir, faire la cane ou le chien.
Delvau, 1866 : v. n. Mourir, — dans l’argot des voyous.
Rigaud, 1881 : Agoniser, mourir, tomber. — Sacrifier à Richer. — Reculer, avoir peur, par altération, du vieux mot caler qui avait la même signification. Dans le supplément à son dictionnaire, M. Littré donne caler pour reculer, comme ayant cours dans le langage populaire. Pour ma part, je ne l’ai jamais entendu prononcer dans aucun atelier.
C’est un art que les canes possèdent d’instinct… Cette expression se rencontre souvent dans les écrivains des seizième et dix-septième siècles, principalement dans les poètes comiques et burlesques.
(Ch. Nisard, Curiosités de l’Étymologie française)
Déjà dans Rabelais, nous relevons l’expression de : faire la cane, expression équivalente à notre caner :
Parbleu qui fera la cane de vous autres, je le fais moine en mon lieu.
(L. L.)
Virmaître, 1894 : Avoir peur, reculer. Caner : synonyme de lâcheté (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Avoir peur ou ne pas oser faire une chose. Un gamin cane l’école, lorsqu’il ne s’y rend pas.
Hayard, 1907 : Avoir peur.
France, 1907 : Avoir peur, reculer, vieux mot qu’on trouve dans Rabelais et Montaigne ; argot populaire. Du latin canis, chien, qui recule et fuit quand on lui montre le bâton.
À la sortie de ses bals, des rixes terribles avaient lieu fréquemment ; les habitués se disputaient la possession d’une fille publique, à coups de poings et souvent à coups de couteau. Ils se battaient dans les rues… le suprême du genre, le comble de la force, consistait à manger le nez de l’adversaire ; les camarades faisaient cercle autour des combattants… C’était une grosse affaire que de posséder une fille en vogue qui ne renâclait pas sur le turbin, et qui régnait en souveraine au bon coin du trottoir ; l’existence du souteneur en dépendait : luxueuse si la fille rendait, médiocre ou décharde si elle canait.
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
Mourir. Caner la pégrenne, mourir de faim.
— Que veux-tu, mon bonhomme, quand on cane la pégrenne, on ne rigole pas.
— Caner la pégrenne ! C’est un peu fort, toi qui passe pour un ami (voleur).
— C’est pourtant comme ça.
(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)
Mettre bas culotte.
Canne
un détenu, 1846 : Surveillance Imposée par un jugement ; casser la canne : rompre la surveillance ou son ban.
Delvau, 1866 : s. f. Congé, renvoi plus ou moins poli, — dans l’argot des gens de lettres, dont quelques-uns ont une assez jolie collection de ces rotins. Offrir une canne. Prier un collaborateur de ne plus collaborer ; l’appeler à d’autres fonctions, toutes celles qu’il voudra — mais ailleurs.
Delvau, 1866 : s. f. Surveillance de la haute police, — dans le même argot [des voleurs].
Rigaud, 1881 : Démission donnée à un rédacteur de journal. Mot à mot : lui offrir sa canne pour le voir partir.
Rigaud, 1881 : Surveillance de la haute police.
Il y a la canne majeure et la canne mineure.
(L. Larchey)
Être en canne, résider dans une localité désignée ; se dit d’un libéré.
France, 1907 : Surveillance de la haute police et, par la suite, individu sous ladite surveillance ; récidiviste.
— Mais à propos, quels gens appelez vous vieilles cannes ?
— Les repris de justice.
— Et bâtons rompus ?
— Les surveillés de la haute police, en rupture de ban.
(Louis Barron)
Être en canne, c’est, pour un libéré, habiter une localité que l’autorité lui désigne. S’il quitte cette localité sans autorisation, s’il rompt son ban, il casse sa canne.
Congé : flanquer sa canne à quelqu’un, c’est le renvoyer. On dit aussi : offrir une canne.
Canne (être en)
Rossignol, 1901 : Dans le temps, lorsqu’un individu soumis à la surveillance par suite d’une condamnation quittait sa résidence obligée, il était en canne et pouvait être arrêté pour rupture de ban ; il en est de même aujourd’hui pour les interdits.
Canne (la)
Halbert, 1849 : Surveillance de la haute police.
Canne (vieille)
Fustier, 1889 : « Quels gens appelez-vous vieilles cannes ? — Les repris de justice. »
(Barron, Paris-Étrange)
Canne à pêche
Rigaud, 1881 : Individu très maigre.
Canne d’aveugle
Virmaître, 1894 : Bougie. Allusion à la forme droite comme la canne sur laquelle s’appuie l’aveugle (Argot des voleurs).
France, 1907 : Bougie ; argot des voleurs.
Canne, trique
La Rue, 1894 : Surveillance de la haute police.
Cannelle
d’Hautel, 1808 : Être cannelle. Pour dire être d’une grande simplicité, d’une rare bêtise.
Mettre quelqu’un en cannelle. Le mettre en pièce ; tenir des discours outrageans sur son compte.
Mettre quelque chose en cannelle. Le briser, le mettre en morceaux.
Canner
un détenu, 1846 : Tomber, mourir.
Canon
d’Hautel, 1808 : Il est bourré comme un canon. Se dit d’un goinfre, d’un gouliafre, qui a mangé avec excès
Larchey, 1865 : Mesure de liquide en usage chez les marchands de vins de Paris. — N’oublions pas que canon signifie verre dans le vocabulaire des francs-maçons. — Prendre un can sur le comp : Prendre un canon sur le comptoir.
Les canons que l’on traîne à la guerre Ne valent pas ceux du marchand de Vin.
(Brandin, Chansons, 1826)
Delvau, 1866 : s. m. Verre, — dans l’argot des francs-maçons ; petite mesure de liquide, — dans l’argot des marchands de vin. Petit canon. La moitié d’un cinquième. Grand canon. Cinquième.
Rigaud, 1881 : Verre, de vin. Il y a le canon du broc et le canon de la bouteille. Selon nous, c’est un mot du jargon des francs-maçons entré dans le domaine de l’argot du peuple. — D’après M. Génin, canon qu’il faut écrire cannon, est le diminutif de la canne, mesure pour les liquides. C’est un mot saxon conservé dans l’anglais et dans l’allemand. « Tant va la canne à l’eau qu’il li convient briser. » Vieux proverbe que nous avons rajeuni par le : « Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise. » — Siffler un canon sur le zinc, boire un verre de vin sur le comptoir.
Virmaître, 1894 : Verre de vin. Allusion à la forme sphérique du verre (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Petit verre contenant du vin rouge, qui se vendait il y a vingt ans dix centimes sur le comptoir des marchands de vins. Ce modèle de verre sans pied a disparu, mais le nom est reste et le prix augmente ; la contenance était d’environ six centilitres. Il y avait alors une chanson en vogue dans laquelle on disait :
N’ayez pas peur du canon, C’n’est pas la mer à boire.
France, 1907 : Verre de vin. Petit canon, la moitié d’un cinquième. Grand canon, cinquième. Se bourrer le canon, manger avec excès.
Casser
d’Hautel, 1808 : Se casser le ventre. Terme badin et militaire ; se passer de dîner, ou de manger aux heures accoutumées.
Casser les vitres. Signifie ne plus garder de mesures dans une affaire ; en venir aux gros mots, aux termes injurieux.
Je t’en casse, Minette. Manière badine et plaisante de parler, qui signifie, ce n’est pas pour toi ; tu n’auras rien de ce que tu demandes.
Il est cassé aux gages. Pour, il est tombé en défaveur en disgrace. Se dit aussi d’un domestique que l’on a congédié.
Se casser le cou ou le nez. Se blouser dans des spéculations, dans une affaire ; faire un faux calcul.
Qui casse les verres les paye. Vieille maxime, fort peu mise à exécution ; car la plupart du temps ceux qui cassent les verres ne sont pas ceux qui les payent.
Elle a cassé ses œufs. Manière basse et triviale de dire qu’une femme a fait une fausse couche.
Vidocq, 1837 : v. a. — Couper.
un détenu, 1846 : Rompre. Casser sa canne : rompre son ban. Casser sur quelqu’un : révéler.
Delvau, 1866 : v. a. Couper, — dans l’argot des voyous.
Delvau, 1866 : v. n. Mourir, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Chiffonner un sac de bonbons en le préparant, — dans le jargon des confiseurs.
Rigaud, 1881 : Dire du mal, par abréviation de casser du sucre.
Rigaud, 1881 : Frapper, battre. — Je te vas casser. — Casser la gueule, casser la margoulette, casser la figure.
Rigaud, 1881 : Manger. Le mot date du XVIIIe siècle. On dit, dans le langage courant : « Casser une croûte », pour manger un morceau. — Casser le cou à un lapin, manger un lapin.
La Rue, 1894 : Mourir. Dénoncer. Manger. Se la casser, se sauver.
Rossignol, 1901 : Dire, avouer. Un détenu qui a fait des aveux a cassé. Dire une chose est casser.
Il me l’a dit, il me l’a cassé.
France, 1907 : Le verbe a de nombreuses significations : manger, dénoncer, avouer, couper, mourir.
— Voyons, Nib, pas tant de magnes !… On vous dit qu’on n’est pas des assassins… si vous faites du mal à la petite môme…. tant pis pour vous, nous casserons…
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Casser sa canne
Casser sa canne, sa trique
La Rue, 1894 : Rompre son ban. Dormir.
Casser sa pipe
Delvau, 1866 : v. a. Mourir, dans l’argot des faubouriens et des rapins.
Boutmy, 1883 : v. Mourir. Cette expression est passée dans le langage du peuple parisien.
La Rue, 1894 : Mourir.
Virmaître, 1894 : Mourir. On donne pour origine à cette expression qu’un fumeur, attablé dans un cabaret, mourut subitement. Sa pipe lui tomba des lèvres et se cassa. Quand on le releva, un des assistants s’écria :
— Tiens il a cassé sa pipe (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Mourir.
France, 1907 : Mourir.
Mais voilà que le vieux a cassé sa pipe, lui aussi. Ce matin on l’a cloué entre six planches et on l’a placé sur le char funèbre pour le voiturer au lieu du repos. Les petits ont beaucoup pleuré en voyant leur grand-père ne plus leur sourire, et en le sentant froid comme la glace. Ils ont crié, la frimousse rougie et ruisselante de larmes : « Grand-père, réveille-toi donc ! Grand-père, réveille-toi donc ! »
(Jacques d’Aurélle)
Quand Mirecourt sentit venir sa fin prochaine,
Tournant ses yeux mourants, pleins d’une sombre haine,
Vers le clan des écrivassiers,
Il s’écria : « Je vais casser ma pipe ! Était-ce
La peine d’amasser tant d’amers tristesse,
Et de dechaîner tant d’huissiers ! »
(A. Glatigny)
L’argot populaire est riche en expressions de ce genre, tant il parait plaisant de mêler le grotesque au lugubre : on dit : casser son câble, sa canne, son crachoir, son fouet.
Bob, sur les genoux de grand-père, joue avec la montre du vieillard. Il en écoute le mouvement, s’extasie sur la richesse de la boîte.
— Quand je serai mort, elle sera pour toi, dit le grand-père.
Quelques jours après, Bob s’amuse de nouveau avec le chronomètre. Puis, soudain :
— Dis donc, grand-papa, est-ce que tu ne vas pas bientôt casser ton crachoir ?
Casser une canne
Rigaud, 1881 : Se sauver, dans le jargon des voleurs.
Cheval de trompette
Larchey, 1865 : Personne ne s’effrayant pas plus des menaces, que le cheval d’un trompette, du son aigre de son instrument. — Usité en 1808.
Moi d’abord, je suis bon cheval de trompette, le bruit ne m’effraie point.
(H. Monnier)
Delvau, 1866 : s. m. Homme aguerri à la vie, comme un cheval de cavalerie à la guerre. Argot du peuple. Être bon cheval de trompette. Ne s’étonner, ne s’effrayer de rien.
France, 1907 : Se dit d’un homme aguerri qui ne s’effraye de rien. Le cheval de trompette, en effet, est habitus au bruit.
— Oh ! je suis bon cheval de trompette ! J’ai réussi à coffrer tout le tas… même un grand bougre qui n’avait pas l’air d’avoir froid aux veux… Il tapait comme un sourd avec sa canne… Ça doit être un ancien prévôt…
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Chevalier d’industrie
Vidocq, 1837 : s. m. — Les chevaliers d’industrie, quelles que soient d’ailleurs les qualités qu’ils possèdent, n’ont pas marché avec le siècle, ils sont restés stationnaires au milieu des changemens qui s’opéraient autour d’eux, je crois même qu’ils ont reculé au lieu d’avancer ; car j’ai beau regarder autour de moi, je ne reconnais pas, parmi les illustrations comtemporaines, les dignes successeurs des Cagliostro, des comte de Saint-Germain, des Casanova, des chevalier de la Morlière, et de cent autres dont les noms m’échappent.
Ces messieurs de l’ancien régime étaient pour la plupart des cadets de famille, mousquetaires, chevau-légers ou chevaliers de Malte, qui, avant de devenir fripons, avaient commencé par être dupes. Ils portaient la cravate, le jabot et les manchettes de point de Bruxelles, l’habit nacarat, la veste gorge de pigeon, la culotte noire, les bas de soie blancs et les souliers à talons rouges ; l’or et les pierreries étincelaient sur toute leur personne ; ils étaient toujours pimpans, frisés, musqués et poudrés, et lorsqu’il le fallait ils savaient se servir de l’épée qui leur battait le mollet. Un nom illustre, un titre quelconque, qui leur appartenait réellement, ou qu’ils savaient prendre, leur ouvrait toutes les portes ; aussi on les rencontrait quelquefois à l’œil de bœuf, au petit lever, ou dans les salons de la favorite ; comme les plus grands seigneurs ils avaient leur petite maison, ils entretenaient des filles d’opéra ; et le matin avant de sortir, ils demandaient à leur valet s’il avait mis de l’or dans leurs poches, le Chevalier à la Mode de Dancourt, le marquis du Joueur ; et celui de l’École des Bourgeois, sont des types que le lecteur connaît aussi bien que moi.
À cette époque un homme de bonne compagnie devait nécessairement avoir des dettes, et surtout ne pas les payer ; Don Juan faisait des politesses à M. Dimanche, mais Don Juan est une spécialité. Les grands seigneurs et les chevaliers d’industrie du dix-huitième siècle faisaient rosser par leurs gens ou jeter par les fenêtres ceux de leurs créanciers qui se montraient récalcitrants. Les chevaliers d’industrie de l’époque actuelle sont, sauf les qualités qu’ils ne possèdent pas, à-peu-près ce qu’étaient leurs prédécesseurs ; l’humeur des créanciers est plus changée que tout le reste ; ces messieurs, maintenant, ne se laissent ni battre, ni jeter par la fenêtre, mais ils se laissent duper : les chevaliers spéculateurs n’en demandent pas davantage.
Voici l’exposé des qualités physiques et morales que doit absolument posséder celui qui veut suivre les traces des grands hommes de la corporation :
Un esprit vif et cultivé, une bravoure à toute épreuve, une présence d’esprit inaltérable, une physionomie à la fois agréable et imposante, une taille élevée et bien prise.
Le chevalier qui possède ces diverses qualités n’est encore qu’un pauvre sire, s’il ne sait pas les faire valoir ; ainsi il devra, avant de se lancer sur la scène, s’être muni d’un nom d’honnête homme ; un chevalier d’industrie ne peut se nommer ni Pierre Lelong, ni Eustache Lecourt.
Sa carrière est manquée s’il est assez sot pour se donner un nom du genre de ceux-ci : Saint-Léon, Saint-Clair, Saint-Firmin, ou quelque autre saint que ce soit ; le saint est usé jusqu’à la corde.
Pourvu d’un nom, l’aspirant doit se pourvoir d’un tailleur. Ses habits, coupés dans le dernier goût, sortiront des ateliers de Humann, de Barde ou de Chevreuil : le reste à l’avenant ; il prendra ses gants chez Valker, son chapeau chez Bandoni, ses bottes chez Concanon, sa canne chez Thomassin ; il ne se servira que de foulards de l’Inde, et de mouchoirs de fine batiste ; il conservera ses cigares dans une boîte élégante, des magasins de Susse ou de Giroux.
Il se logera dans une des rues nouvelles de la Chaussée-d’Antin. Des meubles de palissandre, des draperies élégantes, des bronzes, des globes magnifiques, des tapis de Lamornaix, garniront ses appartements.
Ses chevaux, seront anglais, son tilbury du carrossier à la mode.
Son domestique ne sera ni trop jeune ni trop vieux ; perspicace, prévoyant, audacieux et fluet, il saura, à propos, parler des propriétés de monsieur, de ses riches et vieux parents, etc., etc.
Lorsque l’aspirant se sera procuré tout cela, sans débourser un sou, il aura gagné ses éperons de chevalier.
Un portier complaisant est la première nécessité d’un chevalier d’industrie, aussi le sien sera choyé, adulé, et surtout généreusement payé.
Lorsque toutes ses mesures sont prises, le chevalier entre en lice et attaque l’ennemi avec l’espoir du succès ; alors les marchands et les fournisseurs attendent dans son antichambre qu’il veuille bien les recevoir ; quelquefois même un escompteur délicat apporte lui-même de l’argent au grand personnage ; à la vérité, cet honnête usurier vend ses écus au poids de l’or, il ne prend que 4 ou 5 p. % par mois, et l’intérêt en dedans, de sorte que l’emprunteur ne reçoit que très-peu de chose, mais toujours est-il qu’il reçoit, tandis qu’il est positif que le marchand d’argent ne recevra jamais rien.
Croc
d’Hautel, 1808 : Aphérèse d’escroc.
C’est un fameux croc. Dénomination injurieuse, et qui équivaut à fourbe, fripon, misérable, qui ne vit que de vols et de rapines.
Fier comme un croc. Sans doute par analogie avec croc, espèce de moustache qu’on laisse croître au-dessus des lèvres supérieures, et qui donne au visage un air noble, male et vigoureux.
Pendre une affaire au croc. La mettre à l’arriéré.
On dit aussi pendre son épée au croc. Pour se retirer du service militaire.
France, 1907 : Aphérèse d’escroc.
France, 1907 : Eau-de-vie : forme de cric.
Les trois cents marins s’abandonnaient à leur joie avec frénésie ; les marchandes leur vendaient des cannes, des étuis de fer-blanc pour leurs feuilles de route, et leur distribuaient de larges verres de croc.
(G. de La Landelle, Les Gens de mer)
France, 1907 : Pièce de vingt sous.
C’pauv’ Erness’, mince c’qui r’naude !
(C’est pour lui qu’est mon jaspin.)
Pus un croc dans sa bagn’aude :
Sa Louise y pose un lapin.
(Blédort)
Dandy
France, 1907 : Fat oisif dont la seule occupation est de se parer. Le dandy est l’ancien petit-maître du XVIIe siècle, le marquis de Molière, ridicule espèce de parasite social, que l’immortel moraliste La Bruyère a si bien décrit et qui traverse les âges avec de simples variations de costumes, étalant son outrecuidance et sa nullité sous des noms divers : élégant, incroyable, merveilleux, dameret, muscadin, gandin, cocodès, petit crevé, gommeux, pschutteux, etc.
Dandy, comme fashionable, est une importation d’outre-Manche. Apocope du vieil anglais dandeprat ou dandiprat, terme usité quelquefois en signe de mépris, dit Johnson dans son Dictionnaire, pour petit drôle, moutard, « a little fellow, an urchin ». Il est donc erroné de prétendre, comme le fait Littré, que ce mot vient du français dandin, avec lequel, du reste, il n’a aucun rapport.
L’importation date de 1838 ; Mme de Girardin, dans ses Lettres Parisiennes, protestait déjà à cette époque contre l’anglomanie :
Les dandys anglais ont fait invasion à Paris ; leur costume est étrange : habit bleu flottant, col très empesé, dépassant les oreilles, pantalon de lycéen, dit à la Brummel, gilet à la maréchal Soult, manteau Victoria, souliers à boucles, bas de soie blancs, mouchetés de papillons bruns, cheveux en vergette, un œil de poudre, un scrupule de rouge, l’air impassible et les sourcils rasés, canne assortie.
George Brummel, dit le beau Brummel, plus tard, chez nous, le comte d’Orsay furent les plus célèbres type du dandysme.
« Le dandy, dit Barbey d’Aurevilly, a l’impertinence somptueuse, la préoccupation de l’effet extérieur. » Le même écrivain donne de curieux exemples des raffinements que les dandies apportaient dans la conception de leur toilette.
Un jour, ils eurent la fantaisie de l’habit râpé. Ils étaient à bout d’impertinence, ils n’en pouvaient plus. Ils trouvèrent celle-là, qui était si dandy, de faire râper leurs habits avant de les mettre, dans toute l’étendue de l’étoffe, jusqu’à ce qu’elle ne fût plus qu’une espèce de dentelle — une nuée.
Ils voulaient marcher dans leur nuée, ces dieux ! L’opération était très délicate et très longue, et on se servait, pour l’accomplir, d’un morceau de verre aiguisé. Eh bien ! voilà un véritable fait de dandysme. L’habit n’est presque plus. — Et en voici un autre encore : Brummel portait des gants qui moulaient ses mains comme une mousseline mouillée. Or, le dandysme n’était pas dans la perfection de ces gants, qui prenaient le contour des ongles comme la chair le prend, c’était qu’ils eussent été faits par quatre artistes spéciaux, trois pour la main, et un pour le pouce.
Telle est la façon subtile dont les dandys pratiquaient l’élégance.
Le dandy n’est qu’une transformation du raffiné, du muguet, du roué, de l’homme à la mode, de l’incroyable et du merveilleux.
(Frédéric Soulié, L’Âme méconnue)
J’ai dit que ce type avait existé en tous temps et dans tous les pays ; rapprochons des lignes de Barbey d’Aurevilly ces lignes de Sénèque sur les dandies de son époque, qu’il considérait comme les gens les plus occupés du monde.
Jouissent-ils du repos, ceux qui passent les heures entières chez un barbier pour se faire arracher les poils qui ont pu croître dans la nuit précédente, pour prendre conseil sur l’arrangement de chaque cheveu, sur la façon de les faire revenir ou de les ramener sur le front, afin de remplacer ceux qui leur manquent ? Voyez comme ils se mettent en colère quand le barbier n’y a point apporté toute son attention et s’est imaginé qu’il avait affaire à des hommes !
Voyez comme ils entrent en fureur lorsqu’on leur a coupé quelques cheveux des côtés, lorsque quelques-uns passent les autres et ne forment pas la boucle ! Est-il un de ces personnages qui n’aimât mieux voir la république en désordre que sa coiffure, qui ne soit plus inquiet de sa frisure que de sa santé et qui ne préfère la réputation d’être l’homme le mieux coiffé à celle d’être le plus honnête ? Jouissent-ils du repos, ces hommes perpétuellement occupés d’un peigne et d’un miroir ?
Dauffer
Rossignol, 1901 : Il y a des gens qui prétendent qu’en mettant un fût en perce, poser la cannelle devant ou derrière, le vin a le même goût : c’est affaire d’appréciation.
Descendre son crayon sur la colonne
Rigaud, 1881 : Administrer une volée de coups de canne, — dans le jargon des voyous.
Épousseter
d’Hautel, 1808 : Épousseter les épaules à quelqu’un. Lui donner des coups de canne ou de nerfs de bœuf ; le frapper sur les épaules.
Escanne (à l’)
Rigaud, 1881 : Fuyons. (Fr. Michel.)
Escanner
Delvau, 1866 : v. n. Fuir, — dans l’argot des voleurs. À l’escanne ! Fuyons !
Faraud
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Monsieur comme il faut.
Halbert, 1849 : Monsieur.
Delvau, 1864 : Amant de cœur, maquereau.
Monsieur, il faut vous déclarer
Que c’est une femme effrontée.
Qui fit assassiner son homme
Par son faraud…
dit l’auteur de la chanson sur le supplice de la Lescombat.
Delvau, 1866 : s. m. Monsieur, — dans l’argot des voleurs et du peuple, qui ont remarqué que les messieurs avaient assez ordinairement l’air fiérot. A signifié aussi, à l’origine, souteneur de filles, comme le prouvent ces vers cités par Francisque Michel :
Monsieur, faut vous déclarer
Que c’est une femme effrontée
Qui fit son homme assassiner
Par son faraud…
Faire son faraud. Se donner des airs de gandin quand on est simple garçon tailleur, ou s’endimancher en bourgeois quand on est ouvrier.
Rigaud, 1881 : Monsieur, — dans l’ancien argot. — En patois provençal, faraud désigne un homme bien mis. — Faraude, faraudesse, madame. — Faraudette, mademoiselle.
La Rue, 1894 : Monsieur. Faraudec, mademoiselle. Faraudène, madame.
France, 1907 : Gommeux, petit jeune homme, qui fait ses embarras.
Le calicot, rêveur, pour m’admirer, s’arrête,
Tandis que je vais, crâne et redressant la crête,
Et sonnant du talon, et faisant mon faraud,
Grâce à lui, je suis un jeune homme comme il faut ;
Un jonc en main, un gros partagas à la bouche,
Je m’épanouis sur les trottoirs de Lyon ;
Je suis gommeux, pschutteux, très v’lan, un vrai lion.
(George Bois, Cœur au vent)
Signifiait autrefois amant :
… C’est une femme effrontée
Qui fit son homme assassiner
Par son faraud.
On écrivait aussi fareau :
Tout allait bien, quand des fareaux,
Sur l’oreille ayant leurs chapeaux,
Canne en main, cheveux en béquilles,
Entrent sans façon, et les drilles
Dansent sans en être priés.
(J.-J. Vadé)
Faucheur
Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Bourreau.
Delvau, 1866 : s. m. Le bourreau, — dans l’argot des prisons où l’allégorie du Temps est une sinistre réalité.
Rigaud, 1881 : Bourreau. — Coupe-bourse, — dans l’ancien argot. — La faucheuse, la guillotine, — dans l’argot moderne.
Fustier, 1889 : Type de l’homme à la mode qui a fleuri en l’an de grâce 1885. Ça a été le successeur du grelotteux.
Paris a eu ses dandys, ses lions, ses gommeux, ses pschutteux. Il a maintenant un type nouveau qui s’appelle le faucheur. Le faucheur est cet individu, situé entre vingt et vingt-cinq ans, que vous rencontrez sur les boulevards une canne à la main et qui représente à vos yeux la quintessence du chic parisien. Le faucheur est ainsi nommé à cause de sa façon de marcher et surtout de porter sa canne. Il la tient par le petit bout, laissant traîner la pomme à terre ; le bras droit qui se balance énergiquement de gauche à droite ou bien du nord-ouest au sud-est, rappelle l’allure des gens de la campagne fauchant les blés murs et les foins odorants. De là le sobriquet.
(Figaro, 1885.)
Virmaître, 1894 : Le bourreau (Argot des voleurs).
France, 1907 : Le bourreau.
France, 1907 : Voleur qui coupe les chaînes de montre.
Fendant
d’Hautel, 1808 : Faire le fendant. C’est-à-dire, le petit-maître, l’olibrius ; prendre un air capable, tranchant et résolu ; se pavaner ; se carrer.
Larchey, 1865 : Faiseur d’embarras. V. Fignoler.
Ne fais donc pas tant ta fendante.
(1844, Catéch. Poissard)
Delvau, 1866 : s. m. Homme qui marche d’un air conquérant, le chapeau sur le coin de l’oreille, les moustaches relevées en crocs, la main gauche sur la hanche, et de la droite manœuvrant une canne, — qui n’effraie personne. Il y a longtemps que le peuple emploie cette expression, comme le prouve ce passage de la Macette de Mathurin Régnier :
N’estant passe-volant, soldat ny capitaine,
Depuis les plus chétifs jusques aux plus fendants,
Qu’elle n’ait desconfits et mis dessus les dents.
Faire son fendant. Se donner des allures de matamore. Ou dit aussi Fendart.
France, 1907 : Matamore.
Flânocher
Rigaud, 1881 : Flâner un peu, diminutif de flâner. Flânocheur, celui qui flâne un moment, par instant.
France, 1907 : Flâner, muser, passer son temps à des vétilles, regarder les mouches voler.
Tout le long des sentiers, Coppée
Flânochera, la canne aux doigts,
Les yeux en l’air, l’âme occupée
Du nid des pinsons dans les bois.
(Clovis Hugues)
Fouataison
Rigaud, 1881 : Canne, — dans le jargon des voleurs. — Fouataison lingrée, canne à épée. — Fouataison mastarée, canne plombée.
La Rue, 1894 : Canne. Fouataison lingrée, canne à épée. Fouataison mastarée, canne plombée.
France, 1907 : Canne, trique. Fouataison lingrée, canne à épée ; fouataison mastarée, canne plombée.
Fourgaine
Halbert, 1849 : Canne en jonc.
France, 1907 : Canne de jonc.
Foutaise, foutèse
France, 1907 : Bagatelle, rien que vaille. « C’est de la foutaise. » Mot venu du provençal.
Comme l’on vantait, devant un natif de la Cannebière, l’intelligence d’un chien qui va chercher, au kiosque, les journaux de son maître :
— Tout ça, fit le Marseillais, c’est de la foutaise ! Nous avons à Marseille un chien autrement stylé… Dès qu’il voit que quelqu’un, dans la maison, à mauvaise mine, il court chercher le médecin !
Au lieu de s’acharner après des pauvres bougres sans sou ni maille, qui — s’ils ont quelques foutaises sur la conscience — ont pour excuse la dèche noire, les chats-fourrés seraient rudement mieux avisés en bouzillant un tantinet chez les aristos et les richards.
(La Sociale)
Gendarme déguisé en bourgeois
Rigaud, 1881 : Canne à épée.
Ah ! fit-il, en repoussant vivement le poignard, ton gendarme déguisé en bourgeois.
(V. Hugo)
Gommeux
Rigaud, 1881 : Fashionable qui se trouve charmant, et que le bon gros public avec son gros bon sens trouve ridicule. Le Figaro a beaucoup contribué à mettre le mot à la mode.
Le gommeux succède au petit crevé, qui avait succédé au gandin, qui avait succédé au fashionable, qui avait succédé au lion. qui avait succédé au dandy, qui avait succédé au freluquet, qui avait succédé au merveilleux, à l’incroyable, au muscadin, qui avait succédé au petit-maître.
(Bernadille, Esquisses et Croquis parisiens)
J’ai rencontré tout à l’heure un gommeux de la plus belle pâte, ridiculement prétentieux de ton, de manières, d’allures.
(Maxime Rude)
Quant à l’étymologie, les opinions sont partagées. Pour les uns, ils sont empesés, gommés dans leur toilette, dans leurs cols, d’où leur surnom. — D’autres veulent que l’état misérable de leur santé, à la suite d’une série d’orgies, en les réduisant à l’usage du sirop de gomme, soit la source du sobriquet. Déjà, avant que le mot eût fait fortune, les étudiants appelaient « amis de la gomme, gommeux », ceux de leurs camarades qui mettaient du sirop de gomme dans leur absinthe.
Rigaud, 1881 : Pris adjectivement a le sens de joli, agréable. (L. Larchey)
La Rue, 1894 : Voir Copurchic.
France, 1907 : Jeune désœuvré, prétentieux et ridicule. C’est en 1873 que cette épithète a remplacé celle de petit crevé qui avait remplacé gandin en 1867.
Le gommeux, cet inutile, parfait modèle de ces ridicules petits jeunes gens pour lesquels la vie se résume dans le cercle, les demi-mondaines et les modes anglaises, de ces êtres qui se croient beaux parce qu’ils ont des cols cassants, des cannes dont ils sucent le bout pour se donner une contenance, des bas verts et des souliers blancs, une fleur à la boutonnière dès qu’ils sortent du lit.
(Théodore Cahu, Vendus à l’ennemi)
Dans le monde, de vieux et de jeunes gommeux attendent la sortie de pension de ces ingénues pour les épouser ; et les moins fatigués d’entre eux auront le triomphe de déniaiser ces lis élevés à l’ombre du cloître.
(Jeanne Thilda)
Maint gommeux voit de sa figure
Sortir des boutons dégoûtants,
Il faut boire de l’iodure
De potassium… C’est le printemps !
(Gramont)
Les gommeux des ancienn’s couches
Qu’ont souvent des tas d’bobos,
Jour et nuit, se flanqu’nt des douches
Afin d’se r’caler les os.
(Victor Meusy)
Au sujet des gommeux, des boudinés, des crevés, de tous ces petits atrophiés de cervelle que l’éducation et la civilisation modernes ont faits, je ne puis manquer de citer le regretté Guy de Maupassant, qui écrivait dans le Gil Blas que pour composer une galerie de grotesques à faire rire un mort, il suffirait de prendre les dix premiers passants venus, de les aligner et de les photographier avec leurs tailles inégales, leurs jambes trop longues on trop courtes, leurs corps trop gros ou trop maigres, leurs faces rouges ou pâles, barbues ou glabres, leur air souriant ou sérieux.
Jadis, aux premiers temps du monde, l’homme sauvage, l’homme fort et nu, était certes aussi beau que le cheval, le cerf ou le lion. L’exercice de ses muscles, la libre vie, l’usage constant de sa vigueur et de son agilité entretenaient chez lui la grâce du mouvement, qui est la première condition de la beauté, et l’élégance de la forme, que donne seule l’agitation physique. Plus tard, les peuples artistes, épris de plastique, surent conserver à l’homme intelligent cette grâce et cette élégance par les artifices de la gymnastique. Les soins constants du corps, les jeux de force et de souplesse, l’eau glacée et les étuves firent des Grecs les vrais modèles de la beauté humaine, et ils nous laissèrent leurs statues comme enseignement, pour nous montrer ce qu’étaient leurs corps, ces grands artistes.
Mais aujourd’hui, ô Apollon, regardons la race humaine s’agiter dans les fêtes ! Les enfants ventrus dès le berceau, déformés par l’étude précoce, abrutis par le collège qui leur use le corps, à quinze ans, en courbaturant leur esprit avant qu’il soit nubile, arrivent à l’adolescence avec des membres mal poussés, mal attachés, dont les proportions normales ne sont jamais conservées.
Et contemplons la rue, les sens qui trottent avec leurs vêtements sales ! Quant au paysan ! Seigneur Dieu ! allons voir le paysan dans les champs, l’homme souche, noué, long comme une perche, toujours tors, courbé, plus affreux que les types barbares qu’on voit aux musées d’anthropologie.
Et rappelons-nous combien les nègres sont beaux de forme, sinon de face, ces hommes de bronze, grands et souples ; combien les Arabes sont élégants de tournure et de figure !
Si l’un de nos ancêtres, un homme du XVIe ou au XVIIe siècle pouvait ressusciter, quelle stupéfaction serait la sienne en présence de l’être profondément burlesque qu’on appelle aujourd’hui la fin de siècle, un élégant !
Illico
Larchey, 1865 : De suite.
En se promettant bien de l’envoyer illico.
(Balzac)
Latinisme.
Illico : Grog d’alcool, d’eau et de sucre en usage dans les pharmacies d’hôpital. — Allusion à un terme de formulaire.
Delvau, 1866 : adv. Sur-le-champ, tout de suite, — dans l’argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. m. Potion improvisée, — dans l’argot des pharmaciens, qui composent ordinairement ce garus de teinture de cannelle, de sucre et d’alcool.
France, 1907 : Grog confectionné en fraude dans les hôpitaux, avec l’alcool destiné aux compositions pharmaceutiques. C’est sans doute la rapidité avec laquelle on le confectionne et on l’avale qui lui a fait donner ce nom.
France, 1907 : Immédiatement, de suite. Latinisme.
Y en aurait long à dégoiser sur ce qu’on ne fit pas, et sur ce qu’on aurait dû faire en 1871.
Et d’abord, on ne marcha pas sur Versailles et on respecta la Banque.
Si, illico, les Parisiens avaient foncé sur Versailles, ils auraient pigé leurs ennemis sans défense et tout désorientés. C’eût été l’écrabouillage complet de la réaction !
(Le Père Peinard)
Jais
d’Hautel, 1808 : Substance bitumineuse solide et d’un noir luisant.
Ce mot est continuellement pris hors de son sens, et employé pour jonc (roseau). On dit : Une canne de jais. Pour une canne de jonc. C’est un beau jais, pour un beau jonc.
Jérôme
Delvau, 1866 : s. m. Canne, bâton, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : Gourdin, canne, bâton ; argot populaire.
Jet
Delvau, 1866 : s. m. Canne, jonc, — dans le même argot [des voleurs].
France, 1907 : Canne, jonc.
Lain
France, 1907 : Liqueur très piquante que les Siamois composent avec du riz et de la chaux. Les Européens y ajoutent du sucre et de la cannelle. Cette liqueur, qu’on laisse fermenter au soleil, est plus capiteuse que le vin. On l’appelle aussi vaque.
Loi de Moïse
France, 1907 : Nom que les pirates donnaient autrefois à une bastonnade de quarante coups.
Le major… traçait de sa canne toutes les manœuvres navales de ces grands capitaines et menaçait de la loi de Moïse quiconque ne comprendrait pas la finesse des évolutions tactiques propres à la flibuste.
(Marcel Schwob)
Malbête
d’Hautel, 1808 : Chicanneur, querelleur, homme dangereux, dont il faut se méfier.
Marron sculpté
Delvau, 1866 : s. m. Tête grotesque, personnage ridicule, — dans l’argot du peuple, qui a fait allusion à ces fantaisies découpées dans les marrons d’Inde, à la mode il y a une vingtaine d’années. On dit aussi Pomme de canne.
Rigaud, 1881 : Tête grotesque rappelant celles qu’on sculpte dans des marrons. (L. Larchey)
La Rue, 1894 : Figure laide ou ridicule.
France, 1907 : Tête grotesque, vilaine figure.
Matraque
Delvau, 1866 : s. m. Bâton, canne, — dans l’argot des faubouriens qui ont servi dans l’armée d’Afrique. Ils ont entendu des Arabes, s’essayant au français, dire : ma traque pour ma trique, et ils ont pris cela pour du sabir.
France, 1907 : Bâton. Mot rapporté par les soldats d’Afrique.
Entre la Calle et Souk-Arras nous avions brûlé le pays. Vous dire pourquoi, j’en serais bien en peine ; une poule volée à un colon influent, un coup de matraque appliqué par un Bédouin ruiné sur la tête d’un juif voleur, quelques centaines de mille francs à faire passer dans la caisse d’un fournisseur ami d’un ministre, et pif, paf, boum, coups de fusil, obus, fusées, coups de canon, coups de sabre et finalement le feu aux gourbis, aux jardins et aux moissons.
(Hector France, Sous le Burnous)
Merlan
d’Hautel, 1808 : Un merlan à frire. Sobriquet que l’on donne à un perruquier, à cause de la poudre qui couvre ordinairement ses habits.
Larchey, 1865 : « Sobriquet donné à un perruquier à cause de la poudre qui couvre ordinairement ses habits. » — d’Hautel, 1808.
La Peyronie est chef de perruquiers qu’on appelle merlans parce qu’ils sont blancs.
(Journal de Barbier, 1744)
Delvau, 1866 : s. m. Coiffeur, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression depuis l’invention de la poudre à poudrer, parce qu’alors les perruquiers étaient toujours enfarinés comme prêts à mettre en la poêle à frire. Le Journal de Barbier en fait mention, ce qui lui donne plus d’un siècle de circulation.
Rigaud, 1881 : Surnom donné autrefois à celui qui s’appelle aujourd’hui « artiste en cheveux ».
La Rue, 1894 : Perruquier.
Virmaître, 1894 : Coiffeur perruquier. Quand le perruquier met de la poudre de riz à son client, il l’enfarine comme le merlan avant d’être mis dans la poêle à frire (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Perruquier, coiffeur.
Hayard, 1907 : Coiffeur.
France, 1907 : Coiffeur, perruquier. Ce sobriquet date de l’époque où la mode était de porter des perruques poudrées. Les perruquiers, constamment occupés à poudrer les têtes, se trouvaient enfarinés comme des merlans que l’on va frire.
M. Edmond, le coiffeur de Madame, sollicitait chaque matin l’honneur de renouveler les raies de Mademoiselle : Madeleine acceptait volontiers. Alors, le perfide merlan crêpait, embrouillait, démêlait et remêlait à plaisir l’épaisse chevelure de la jeune fille, afin d’avoir tout le temps possible de lui débuter des sornettes…
(Jules Noriac, Le Grain de sable)
Et donc, je tire mon chapeau
À ces bonnes têtes de canne,
Mais auparavant, dans leur peau,
Que l’immortalité boucane,
Un dernier coup de sarbacane !
À ces bribes, dont le merlan,
Quand ils se font coiffer, ricane,
Je veux offrir leur jour de l’An.
Môme noir
Rigaud, 1881 : Séminariste, dans le jargon des voleurs. Variante : Canneur du mec des mecs : c’est-à-dire qui a peur de Dieu.
Monsieur Bambou
Delvau, 1866 : s. m. Canne, — dans l’argot des souteneurs, qui en procurent la connaissance aux épaules des filles réfractaires à leur demande d’argent.
Muscade
d’Hautel, 1808 : Partez muscade. Pour dire, allez vous-en ; retirez-vous.
Partez muscade, vous reviendrez cannelle. Locution burlesque très-usitée parmi le peuple.
Partez muscade. Expression des joueurs de gobelets, des escamoteurs, en faisant leurs tours.
Ouicou
France, 1907 : Boisson américaine composée de grosses cassaves rompues, de patates, de bananes, le tout fermenté dans l’eau et arrosé de sirop de canne. « Cette liqueur ressemble à la bière, sa couleur est rougeâtre et sa saveur est forte ; l’ouicou mêlé à l’eau rafraîchit ; pur, il est enivrant. Les sauvages le font très fort. »
(A. F. Aulagnier)
Pare à lance ou en tous cas
Vidocq, 1837 : Parapluie. Je crois qu’il serait difficile de mieux désigner ce petit meuble. Un parapluie est en effet destiné à servir dans tous les cas possibles. On ouvre son parapluie pour se mettre à l’abri de la pluie, de la neige, du soleil ; il sert de canne aux paisibles rentiers du Marais, il donne de l’aplomb aux grisettes ; il n’est déplacé qu’entre les mains du militaire ; les soldats du pape en portent cependant. Ce mot en tous cas a été trouvé par un individu nommé Coco, détenu à Bicêtre.
Pas un rotin (n’avoir)
France, 1907 : D’après un document signé Dubourguier dans l’Écho du Public, l’origine de cette expression viendrait du temps où l’on introduisit en France, pour en faire des cannes, les tiges de rotin ou rotang. Ces cannes solides et peu coûteuses firent fureur. Tout le monde voulait avoir son rotin, et il fallait être bien pauvre pour ne pas se le paver ; d’où l’on a pu dire pour désigner une personne dans la misère : « Elle ne peut même pas avoir son rotin », et, par corruption : « Elle n’a pas un rotin. »
Passez-moi la casse, je vous passerai le séné
France, 1907 : Échange de bons procédés. Louangez-moi, je vous louangerai à mon tour. C’est le dicton de la camaraderie, celle de gens de lettres surtout. La casse est l’ancien nom de la cannelle, le séné est également une plante aromatique ; mais, en fait de casse, c’est généralement le sucre que l’on casse sur la tête des camarades.
Au lieu de casse, on dit parfois rhubarbe.
Permission de dix heures
Delvau, 1866 : s. f. Pardessus de femme, à capuchon, taillé sur le patron du manteau des zouaves, et fort à la mode il y a vingt-ans.
Rigaud, 1881 : Canne à épée, gourdin, bâton ferré.
France, 1907 : Rotin, canne à épée, coup de poing américain.
Permission de dix heures, de minuit
La Rue, 1894 : Gourdin, canne à épée.
Persillard
France, 1907 : Pédéraste qui erre dans les lieux publics à la recherche d’un client ; argot populaire. On dit aussi persilleuse.
Voici comment un douillard, celui qui cherche son persillard ou sa persilleuse, se reconnait… Le douillard porte une canne à bec recourbé. Il fait un léger attouchement de sa canne ou de l’épaule gauche à l’épaule droite du persillard.
(Mémoires de M. Claude)
Petit crevé
France, 1907 : Petit jeune homme élégant, oisif et nul.
Ces parasites sociaux ont existé de tout temps. L’antiquité grecque et romaine après les Medes, les Perses et les Égyptiens a fourni ses contingents de jeunes riches inutiles. On trouve chez les Grecs, dit le Courrier de Vaugelas dans son étude sur les Métamorphoses du fat à travers les âges, le kinaïdos ou mignon, qui s’épilait les jambes ; le kelidonios, aux joues enduites de vermillon, aux yeux peints, au regard mobile ; le hierogamos, paré pour les noces sacrées ; le kalos, genre Alcibiade ; le néanios ou neaniskos, petit jeune homme.
Les Romains avaient, eux, les bene barbati ou belles barbes, portant des gants et des tuniques longues jusqu’au talon ; les barbatuli, blancs-becs, dont s’entourait Catilina ; les formosuli, jeunes gens bien tournés qui marchent sur la plante des pieds, effleurant à peine le sol ; les forosi, élégants adorateurs de leur propre ventre ; les delicati, les précieux ; les gloriosi, les fanfarons ; les lepidi, les agréables ; les comatuli, les cincionatuli, les petits bouclés, les petits frisés ; les cirrati, les pommadins ; les calamistrati ; les trossuli ou petits-maîtres, dont la vague dura plus de trois cents ans.
On voit que nos petits crevés, nos boudinés, nos faucheurs ne proviennent pas d’une génération spontanée. En cela comme pour beaucoup de choses nous ne faisons que recommencer l’antiquité.
Pendant qu’aristos et millionnaires, mâles et femelles, godaillaient au bazar de la Charité, étalant leurs falbalas et se foutant du pauvre monde autant qu’un poisson d’un parapluie, voilà que la fatalité s’abat sur eux !
L’incendie les mange !
Et alors, dans ce grand bazar d’où, avec de la présence d’esprit, y aurait en mèche de sortir sans grands avaros, voilà que les petits crevés de la haute se sont fichus à cogner dur sur les femmes, à coups de canne, afin de leur passer sur le corps.
(Le Père Peinard)
Phénix est la femme oisive et sage
France, 1907 : Ce dicton, tiré d’une maxime de Pythagore, corrobore cet autre parfaitement vrai que « l’oisiveté est la mère de tous les vices », car une honnête femme n’est jamais oisive. « Femme qui ennuy file, disaient nos pères, (femme désœuvrée) porte chemise vile. » Et encore : « Fille oisive, au mal est pensive. » On appelle phénix une chose rare, extraordinaire ; un sonnet sans défaut, comme disait Boileau, et la femme en question, plus rare encore à trouver que le susdit sonnet.
Le phénix était un oiseau fabuleux adoré par les Égyptiens. Ils le figuraient de la grandeur d’un aigle, la tête surmontée d’une huppe. Il n’y en avait jamais qu’un à la fois et toujours le même, car après avoir vécu 500 ans il volait sur les bords du Nil, se préparait un nid de plantes aromatiques qu’il exposait au soleil, l’allumait lui-même en battant des ailes, se posait dessus et se consumait. Mais de ces cendres naissait un ver qui se transformait peu à peu en un phénix semblable au premier. Ovide, dans ses Métamorphoses, raconte tout cela et fort sérieusement. Hérodote est le premier écrivain qui ait parlé du phénix. Sous ces fables ridicules se cachait le symbole de l’immortalité de l’âme.
C. de Méry a donné en vers la traduction d’Ovide :
Un oiseau merveilleux, unique dans le monde,
Ressuscite et renait de sa cendre féconde ;
C’est le phénix. Nourri dans des bois odorans
Et des sucs de l’amour et des pleurs de l’encens,
Il dédaigne du grain la pâture grossière.
Après cinq cents étés, terme de sa carrière,
Au sommet d’un palmier, à l’aide de son bec,
Il se bâtit un nid, ramasse du bois sec,
Y joint l’épi du nard, la myrrhe, la cannelle.
Couché sur ce bûcher, où la flamme étincelle,
Il meurt dans les parfums : sa tombe est son berceau.
Du phénix qui n’est plus, naît un phénix nouveau,
Qui vit cinq cents étés, et qui meurt pour revivre,
Quand l’âge à son essor a permis qu’il se livre,
De son nid suspendu dégageant le rameau,
Il l’enlève, et, chargé de ce pieux fardeau,
Au temple où du soleil on admire l’image,
Des cendres de son père il apporte l’hommage.
Pioncer
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Dormir.
Vidocq, 1837 : v. a. — Dormir.
M.D., 1844 : Dormir.
un détenu, 1846 : Dormir. — Pionçage, sommeil.
Larchey, 1865 : Dormir. — De pieu : lit.
Nous nous sommes mis à pioncer, nous ne pensions plus à l’appel.
(Vidal, 1833) — V. Boc.
Delvau, 1866 : v. n. Dormir.
Rigaud, 1881 / Merlin, 1888 / La Rue, 1894 : Dormir.
Virmaître, 1894 : Dormir à poings fermés (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Dormir.
France, 1907 : Dormir ; argot populaire. Les synonymes sont : casser une canne, compter des pauses, faire le lézard, faire son michaud, mettre le chien au cran de repos, piquer un chien, piquer une romance, roupiller, se recueillir, taper de l’œil.
— Les lits et moi nous sommes brouillés ! Jamais pu pioncer ma mesure. Tout petit et puis plus tard… jamais la grasse matinée. Les ponts, les bancs, le plein air, et par tous les temps. Ah ! mes draps n’ont pas coûté cher de blanchissage !
(Henri Lavedan)
Quoi ? Vrai ! Vous allez m’ramasser ?
Ah ! c’est muf ! Mais quoi qu’on y gagne !
J’m’en vas vous empêcher d’pioncer,
J’ronfle comme un’ toupi’ d’All’magne.
(Richepin, Chanson des gueux)
Pipe (casser sa)
Larchey, 1865 : Mourir. — Ceux qui sont morts ne fument plus.
Papa avait beaucoup de blessures, et un jour il cassa sa pipe, comme on dit au régiment.
(Méry)
Rigaud, 1881 : Mourir. Les morts ne fument plus… que la terre. — Cette expression a, sans doute, été consacrée par le peuple qui a voulu faire une vulgaire allusion à un usage emprunté au cérémonial des funérailles des évêques. D’après le cérémonial, la crosse d’un évêque mort est brisée et figure placée sur un coussin, dans le cortège funèbre.
On place aux pieds du prélat (Mgr Dupanloup), sur un second coussin cramoisi, la crosse brisée en trois tronçons.
(Figaro, du 24 octobre 1878, funérailles de Mgr Dupanloup)
Nous avons prédit cent fois pour une que Dupanloup briserait sa crosse sans être cardinal.
(Tam-Tam, du 20 octobre 1878)
France, 1907 : Mourir. Les synonymes sont aussi nombreux que variés : avaler sa langue, sa gaffe, sa cuiller, ses baguettes ; n’avoir plus mal aux dents ; aller manger les pissenlits par la racine ; avoir son coke ; baiser la camarde ; cracher son âme ; claquer ; cracher ses embouchures ; casser son crachoir ; canner ; camarder ; casser son câble, son fouet ; couper sa mèche ; calancher ; dévisser ou décoller son billard ; déposer ses bouts de manche ; déteindre ; donner son dernier bon à tirer ; descendre la garde ; défiler la parade ; dévider à l’estorgue ; déralinguer ; déchirer son faux col, son habit, son tablier ; dégeler ; éteindre son gaz ; épointer son foret ; être exproprié ; fumer ses terres ; fermer son parapluie ; faire ses petits paquets, sa crevaison ; fuir ; graisser ses bottes ; ingurgiter son bilan ; lâcher la perche, la rampe ; laisser fuir son tonneau ; ; laisser ses bottes quelque part ; mettre la table pour les asticots ; poser sa chique ; péter son lof ; perdre son bâton ; passer l’arme à gauche ; perdre le goût du pain ; piquer sa plaque ; pousser le boum du cygne ; recevoir son décompte ; remercier son boulanger ; rendre sa secousse ; saluer le public ; souffler sa veilleuse ; tourner de l’œil, etc.
Pipéridine
France, 1907 : Matière servant à falsifier le poivre. Nouvelle invention des falsificateurs signalée par le docteur Crinon dans le Répertoire de pharmacie de Belgique.
C’est une matière pulvérulente tout à fait semblable au poivre, mais d’en contenant aucun grain : on y trouve 70 % de produits minéraux et 30 % d’une substance végétale inquiétante, inconnue : les chimistes sont sur les dents pour la déterminer.
Plus simple est la pseudo-cannelle que les promoteurs recommandent pour donner du montant au riz et au vin chaud. Elle se prépare avec 80 % de brique pilée et 20 % de bois colorié provenant surtout des chantiers de construction de navires. Peut-être y a-t-il une utilisation indiquée des escadres de réserve que renferment les arsenaux des diverses nations.
Le record, au point de vue alimentaire, est détenu par l’australiana, délicieuse poudre cristalline rouge clair, formée d’acide borique coloré à la fuchsine. Elle sert à falsifier les poudres de viande si largement prescrites aux estomacs débilités !!
Pisse d’en pied
France, 1907 : Tonneau de piquette défoncé par un bout et portant de l’autre sur chantier. Ainsi placé, débotit Où dun pied, re tonvean laisse échapper la boisson qu’il contient par UNE cannelle mise au bas, au pied,
(Gloss. du Centre)
Pomme
d’Hautel, 1808 : C’est une véritable pomme cuite. Se dit par ironie d’un homme foible, que tout incommode.
On l’appaisera avec une pomme. Se dit de quelqu’un dont la colère n’est pas dangereuse, qui est facile à calmer.
Delvau, 1866 : s. f. Tête, — dans l’argot des faubouriens. Pomme de canne. Figure grotesque, physionomie bouffonne.
La Rue, 1894 : Tête. Pomme de canne, visage laid.
Rossignol, 1901 : Tête, visage.
France, 1907 : Tête, figure ; synonyme de poire. On dit aussi pomme de canne.
Allons, ho ! fais-moi voir ta pomme,
Rapplique un peu sous l’bec de gaz,
J’te gob’ : faut profiter d’l’occas’,
Y a pas d’erreur, va ; j’suis un homme.
(André Gill, La Muse à Bibi)
Se payer la pomme de quelqu’un, s’en moquer, se jouer de lui.
Omessa, qu’est un brave homme
Qui n’aim’ pas les quiproquos,
Occit l’officier d’turcos
Qui s’était payé sa pomme.
(É. Blédort, Chansons de faubourg)
« Se sucer la pomme », s’embrasser.
Porte-respect
d’Hautel, 1808 : Bâton, canne, ou toute autre arme que l’on porte pour sa défense.
Postiche (faire une)
Vidocq, 1837 : Rassembler la foule sur la voie publique, pour ensuite expliquer les cartes ou vendre de la pommade propre à faire croître les cheveux, du savon à détacher, etc., etc.
Un homme sage, s’il a une montre, une bourse ou un portefeuille, doit fuir la postiche avec autant de soin que le choléra. Il y a toujours quelques Tireurs dans la foule qui entoure l’escamoteur ou le marchand de chansons.
Les saltimbanques, escamoteurs, tireurs de cartes sont souvent de mèche (de moitié) avec les voleurs. Au signal de ceux-ci, le saltimbanque prend une canne qu’il fait tourner sous le nez des spectateurs pour agrandir la circonférence du cercle. La foule se met en mouvement, les Fourlineurs saisissent à propos l’instant favorable, et les curieux sont dévalisés.
On n’a pas oublié l’âne savant, ce quadrupède intéressant, qui savait désigner le plus jaloux, la plus amoureuse de la société. Une brigade de Tireurs suivait toujours le propriétaire de l’âne savant ; lorsque l’animal ruait, ces Messieurs exploraient les poches de leurs voisins.
Pouvoir exécutif
Delvau, 1866 : s. m. Énorme canne en spirale que portaient les Incroyables sous le Directoire. L’expression est encore employée de temps en temps.
France, 1907 : Nous donné, sous Directoire, à une forte trique ou canne en spirale que portaient les incroyables.
Je tenais dans la main gauche une valise et une couverture, dans la droite un pouvoir exécutif sérieux, souvenir des réunions électorales des dernières élections.
(Naudin)
Pucelage (avoir son)
Delvau, 1864 : Façon de parler hyperbolique, qui signifie seulement : N’avoir pas fait l’œuvre de chair depuis plus ou moins de temps.
Tu tombes à pique, mon bonhomme : tu vas avoir mon pucelage, car il y a bien trois grands jours que je n’ai cassé une canne.
(A. François)
Quiller à l’oie
Delvau, 1866 : v. a. Envoyer un bâton dans les jambes de quelqu’un, — par allusion à un jeu cruel qui était encore en honneur chez nous il y a une vingtaine d’années. Argot du peuple.
France, 1907 : Lancer sa canne où une pierre à quelqu’un. Allusion au jeu cruel dans certaines campagnes où une brute à deux pieds, les veux bandés, cherche à frapper à coups de bâton une oie pendue par les pattes.
Rendre sa canne au ministre
Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot des troupiers, qui disent cela à propos des tambours-majors.
Rôleur
Rigaud, 1881 : « Dans toutes les sociétés, chaque compagnon, à tour de rôle, consacre une semaine à embaucher et à lever les acquits ; de plus, il convoque les assemblées, il accueille les arrivants, il accompagne les partants, en portant sur son épaule leur canne et leur paquet jusqu’au lieu de séparation. Telles sont les fonctions du rôleur. » (Almanach des métiers, 1852)
Rondine
Ansiaume, 1821 : Bague.
Avec une rondine j’affranchirai la gothon.
Vidocq, 1837 : s. f. — Bague.
un détenu, 1846 : Bague.
Halbert, 1849 : Boule, canne.
Larchey, 1865 : Bague. — Même allusion. V. Vague.
Delvau, 1866 : s. f. Bague, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Bague. — Canne.
La Rue, 1894 : Bague. Canoë. Rondiner, battre à coups de bâton.
France, 1907 : Canne.
Sang-gris
France, 1907 : Boisson en usage dans les Antilles, composée de vin, de jus de citron, de muscade et de cannelle.
Sans camelotte ou solliceur de zif
Vidocq, 1837 : Quelqu’un sonne à la porte d’une bonne ménagère ; la servante s’empresse d’aller ouvrir, et introduit auprès de sa maîtresse un Monsieur très-bien couvert, qui ne cesse de s’incliner que lorsqu’on l’a prié de s’asseoir, et qui témoigne le désir d’entretenir sans témoin le maître ou la maîtresse de la maison. La ménagère fait un signe à la servante qui sort aussitôt ; et le Monsieur, après avoir pris la peine de regarder si la porte est bien fermée, s’exprime en ces termes :
« Il n’y a pas, dans un ménage bien organisé, de petites économies ; c’est pour cela, Madame, que j’ai osé prendre la liberté de venir vous proposer le nouveau produit d’une fabrique hollandaise destiné à remplacer très-avantageusement le sucre, et qui peut être livré à un prix excessivement modéré. Les fondateurs de la fabrique hollandaise dont j’ai l’honneur de vous parler ont trouvé les moyens d’épurer, par la vapeur, les résidus de sucre de canne et de betterave qui, jusqu’à ce jour, n’avaient pas été utilement employés, et d’en extraire une composition aussi blanche, aussi dure que le plus beau sucre royal, et qui possède toutes ses propriétés. Voici, du reste, un échantillon de ce nouveau produit, auquel on a donné le nom de zif, mot grec qui signifie parfait. Cet échantillon, je l’espère, vous prouvera mieux que tous les discours possibles la vérité de ce que j’ai eu l’honneur de vous dire. »
Le fripon, en achevant cette première partie de son discours, tire un petit paquet de sa poche, et remet à la dame qui, depuis un quartd’heure, l’écoute avec la plus sérieuse attention, un morceau de sucre royal.
« Mais c’est du sucre, Monsieur, dit la dame.
— Du tout, Madame, c’est du zif, composition extraite des résidus de sucre de canne et de betterave épurés par la vapeur, destinée à remplacer avantageusement le sucre royal première qualité, et qui peut être livré à un prix excessivement modéré. »
La dame ne peut se lasser d’examiner le zif ; elle admire son éclat, sa blancheur. Enfin, elle se détermine à appeler son mari, qui arrive le menton savonné et le rasoir à la main.
« Qu’est-ce que cela, dit-elle ? — Eh ! parbleu, c’est du sucre, répond le mari. — Non, mon ami, c’est du zif. — Du zif, ajoute le mari, et à quoi cela sert-il ? » Ici le Solliceur recommence son boniment, que le mari écoute les yeux fixes et la bouche béante.
« Que de choses l’on fait avec la vapeur, dit-il ; et combien vendez-vous ce Zif ? — Quatorze sous la livre. — Mais il faut en prendre une certaine quantité, Poupoule, peut-être que plus tard nous ne pourrons pas nous en procurer au même prix.
— Un instant, Monsieur, dit la dame, qui est douée d’une grande perspicacité, et qui veut connaître par l’expérience les propriétés de ce que son mari est déjà déterminé à acheter ; vous êtes bien pressé de terminer, le zif de Monsieur est très-blanc et très-dur, mais sucre-t-il ? voilà le point capital. »
Cette observation lumineuse impose silence au mari, qui se contente de répéter les dernières paroles de sa chaste moitié, le zif sucre-t-il ?
« J’ai déjà eu l’honneur de vous le dire, répond le Solliceur, le zif est destiné à remplacer avantageusement le sucre royal première qualité ; et, si je ne me trompe, la première qualité de ce sucre est de sucrer ; si madame veut bien avoir l’extrême complaisance de faire venir un verre d’eau nous y mettrons un morceau de zif, et si madame n’est pas satisfaite de l’expérience, je consens à perdre tout ce que Madame voudra. »
Une proposition aussi raisonnable ne peut être refusée, la servante apporte un verre d’eau dans lequel la dame met un morceau de zif.
« Le zif sucre, dit-elle après avoir bu, mais cependant pas autant que le sucre.
— Vous m’étonnez, Madame, jamais avant vous on ne s’était plaint de mon zif.
— Mon cher Poulot, dit la dame à l’oreille de son mari, le zif sucre parfaitement, ce que j’en dis n’est que pour l’avoir à douze sols la livre. Quoique votre zif ne vaille pas à beaucoup près le sucre de seconde qualité, continue la dame en s’adressant au Solliceur, je veux bien cependant en prendre quelques pains, à la condition que vous me le laisserez à douze sols.
— Vous ne voulez rien me laisser gagner, Madame, cependant comme c’est la première affaire que j’ai l’honneur de faire avec vous, je ne veux pas vous refuser. Si avec votre zif vous voulez que je vous envoie des cafés Bourbon et Martinique fins verts, première qualité, je suis mieux que tout autre en mesure de vous satisfaire » ; le Solliceur montre alors des échantillons de cafés de qualités supérieures, qu’il ne vend pas, mais qu’il donne.
La dame fait une commande plus ou moins forte de zif et de café, et le Solliceur, après l’avoir remerciée, se dispose à sortir lorsqu’il se ravise tout à coup.
« Je m’adresse à d’honnêtes gens, incapables de nuire à un père de famille ? — Sans doute, Monsieur, répondent en chœur la dame et son mari. — Vous devez bien penser, continue le Solliceur après avoir regardé autour de lui et s’être assuré que le nombre de ses auditeurs ne s’est pas augmenté, que si je puis vous livrer à des prix modérés mon zif et mes cafés, c’est qu’ils ne m’arrivent pas par les voies ordinaires. Avec mon zif je fais passer en contrebande d’autres marchandises : de magnifiques foulards de l’Inde, de superbes madras, des châles de l’Inde, des draps de Ségovie admirables ; permettez-moi de vous faire voir quelques échantillons de ces produits merveilleux des fabriques étrangères. » Et le Solliceur, sans attendre une réponse qui ne serait peut-être pas favorable, fait un signal, et la servante introduit dans l’appartement un compère qui porte sous son bras un assez volumineux paquet de marchandises. « Voyez, Madame, dit le premier en déployant une pièce de foulards, le grain de ce tissu, l’éclat et l’heureux mélange de ces couleurs, 18 fr. la demi-douzaine. Admirez, Monsieur, la finesse, la force et le luisant de ce drap, le roi n’en porte pas de plus beau, 28 fr. l’aune, ce qui coûte ordinairement 60 francs. Voici des madras de l’Inde, tout ce qu’il y a de plus beau. » Le Solliceur vante ses marchandises, dont l’aspect du reste ne laisse vraiment rien à désirer ; avec une telle assurance, il est si persuasif, si engageant, qu’il parvient à vendre à ses auditeurs, qui croient faire avec lui d’excellentes affaires, une partie notable de ce que contient le ballot que porte son compagnon.
Les foulards de l’Inde ne sont que de mauvais foulards de Lyon parfumés d’une légère odeur de goudron ; le drap de Ségovie du drap de Verviers, et les madras des mouchoirs de Chollet apprêtés et calandrés.
« Madame, dit le Solliceur après avoir reçu le prix des marchandises vendues, si vous désirez recevoir promptement votre zif et votre café, il faut que vous vous déterminiez à me rendre un léger service. On vient de me saisir à la barrière pour 24,000 francs de marchandises ; pour faire honneur à divers engagemens, j’ai été obligé de laisser toutes celles qui me restaient entre les mains d’une personne qui a bien voulu me prêter quelques billets de mille francs, et maintenant je suis obligé de remettre à cette personne une somme égale à la valeur des marchandises que je lui demande. Ainsi, Madame, ayez donc la bonté de me payer d’avance la commande que vous avez eu la bonté de me faire, cette obligeance me procurera les moyens de vous servir plus tôt. Il est bien entendu que je vous laisserai en garantie ce paquet de marchandises que vous ne me rendrez que si le zif et le café qui vous seront livrés sont conformes aux échantillons que voici. »
La dame, qui est impatiente de montrer à ses voisines le zif et le café en question, satisfait presque toujours le Solliceur qui part les poches pleines et ne revient plus. On vend de cette manière toutes sortes de marchandises.
Rigaud, 1881 : Escroc qui se fait avancer de l’argent sur une marchandise imaginaire, sur une marchandise qu’il ne livrera jamais.
Sans canne (être)
Delvau, 1866 : En rupture de ban, — dans le même argot [des voleurs].
Serviette
Vidocq, 1837 : s. f. — Canne.
Halbert, 1849 : Portefeuille.
Delvau, 1866 : s. f. Aniterge en papier, — dans l’argot des bourgeois.
Delvau, 1866 : s. f. Portefeuille, — dans l’argot des avocats.
Rigaud, 1881 : Canne.
France, 1907 : Bâton, trique ; argot des malfaiteurs.
France, 1907 : Morceau de papier qui sert à s’essuyer le contraire de la bouche ; argot faubourien.
Soleil (chevalier du)
France, 1907 : Sobriquet donné aux vieux militaires et aux employés retraités qui vont chauffer leurs rhumatismes au soleil, sur les bancs des promenades.
Les vieux chevaliers du soleil sont toujours à leur poste, à l’Esplanade. Ces braves officiers en retraite, dont Metz est remplie, paraissent anxieux, ils tracent des plans sur le sable, tiennent leurs cannes comme jadis ils tenaient l’épée, leurs regards s’animent et ils se redressent en écoutant les péripéties de ces batailles livrées sous leurs yeux, tout en regrettant de n’avoir pu y prendre part.
(Lieut.-col. Meyret, Carnet d’un prisonnier de guerre)
Soutenante
Ansiaume, 1821 : Canne.
Pomme la soutenante, elle a une boussole d’Orient.
Vidocq, 1837 : s. f. — Canne.
Delvau, 1866 : s. f. Canne, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Canne.
La Rue, 1894 : Canne. Bretelle.
France, 1907 : Canne.
Stick
Delvau, 1866 : s. m. Petite canne, — dans l’argot des « young gentlemen », qui mettent cela dans leur bouche comme un sucre d’orge, au lieu d’appuyer leurs mains dessus comme sur un bâton. Ce mot entrera sans peine dans la prochaine édition du Dictionnaire de l’Académie, plus hospitalier pour les mots anglais que pour les mots français. Même observation à propos de derby, turf, studbook, handicap, steeple-chase, match, etc.
France, 1907 : Canne légère ; anglicisme.
Voyez-moi cet étourdi,
Méprisant Phèdre et Sophocle.
Il arbore, en vrai dandy,
Col cassé, stick et monocle,
Et mange à papa ferme, étang, château.
Il se fait plumer comme un dindonneau,
Et sa pauvre mère est sous le boisseau,
Mais il met Phryné sur un socle…
J’en suis convainvu,
Il eût mieux vécu
Si l’on m’eût chargé de cingler son… chut.
Suce-cannelle
France, 1907 : lvrogne.
Sucre d’orge
France, 1907 : Canne d’élégant, allusion à l’habitude des jeunes gommeux de sucer le pommeau de leur canne.
Surin
Clémens, 1840 : Sabre.
un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Couteau.
Larchey, 1865 : Couteau. V. Chemin.
Les artistes en surin commencent à s’expatrier.
(Delvau)
Delvau, 1866 : s. m. Couteau, — dans le même argot [des voleurs]. Surin muet. Canne plombée ; casse-tête.
Rigaud, 1881 : Couteau. — Suriner, tuer à coups de couteau. — Surineur, assassin qui travaille au couteau. Ce sont des dérivés de suer, suage.
La Rue, 1894 : Couteau. Suriner, tuer à coups de couteau.
Virmaître, 1894 : Couteau. Surin muet : canne plombée ; elle surine sans bruit.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Couteau.
France, 1907 : Couteau, poignard.
Après dix heures, tous les commissariats sont définitivement fermés jusqu’au lendemain matin… Et c’est à ce moment, quand les filous sortent, quand les filles encombrent le trottoir, quand les escarpes aiguisent leurs surins, que la police ferme sa porte !
(Hogier-Grison, La Police)
Dans c’t’auberge lamentable,
À coups de surins,
On égorge sur la table
De fameux lapins.
(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)
Tête de Turc
Delvau, 1866 : s. f. Homme connu par ses mœurs timides et par son courage de lièvre, sur lequel on s’exerce à l’épigramme, à l’ironie, à l’impertinence, — et même à l’injure, — assuré qu’on est qu’il ne protestera pas, ne réclamera pas, ne regimbera pas, et ne vous cassera pas les reins d’un coup de canne ou la tête d’un coup de pistolet. C’est une expression de l’argot des gens de lettres, qui l’ont empruntée aux saltimbanques.
Rigaud, 1881 : Dynamomètre vivant, souffre-douleur, mystifié, bouc émissaire.
France, 1907 : Personne timide, faible et débonnaire que l’on croit pouvoir vexer et bafouer avec impunité. Allusion aux têtes de Turc des fêtes foraines généralement remplacées depuis la guerre de 1870 par des têtes de Prussien, et sur lesquelles on tape pour essayer sa force. Servir de tête de Turc.
Je savais que dans les réunions publiques, mes collègues et moi étions la tête de Turc sur laquelle s’exerçaient à plaisir et essayaient leurs forces les orateurs plébéiens de l’époque.
(Gustave Macé)
Tireur
Ansiaume, 1821 : Filoux.
Il y a là deux tireurs qui nous entravent, décarrons de rif.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Filou.
Vidocq, 1837 : Le vol à la Tire est très-ancien, et a été exercé par de très-nobles personnages, c’est sans doute pour cela que les Tireurs se regardent comme faisant partie de l’aristocratie des voleurs et membres de la Haute Pègre, qualité que personne au reste ne cherche à leur refuser.
Le Pont-Neuf était autrefois le rendez-vous des Tireurs de laine ou manteaux, et des coupeurs de bourse, qu’à cette époque les habitans de Paris portaient suspendue à la ceinture de cuir qui entourait leur corps. Ces messieurs, qui alors étaient nommés Mions de Boulles, ont compté dans leurs rangs le frère du roi Louis XIII, Gaston d’Orléans ; le poète Villon, le chevalier de Rieux ; le comte de Rochefort ; le comte d’Harcourt, et plusieurs gentishommes des premières familles de la cour ; ils exerçaient leur industrie à la face du soleil, et sous les yeux du guet qui ne pouvait rien y faire. C’était le bon temps ! Mais maintenant les grands seigneurs qui peuvent puiser à leur aise dans la caisse des fonds secrets, ce qui est moins chanceux et surtout plus productif que de voler quelques manteaux rapés ou quelques bourses étiques, ont laissé le métier aux manans ; et, à l’heure qu’il est, grâce à l’agent Gody, ces derniers sont très-souvent envoyés en prison par leurs compagnons d’autrefois.
Les Tireurs sont toujours bien vêtus, quoique par nécessité ils ne portent jamais ni cannes ni gants à la main droite ; ils cherchent à imiter les manières et le langage des hommes de bonne compagnie, ce à quoi quelques-uns d’entre eux réussissent parfaitement. Les Tireurs, lorsqu’ils travaillent, sont trois ou quelquefois même quatre ensemble ; ils fréquentent les bals, concerts, spectacles, enfin tous les lieux où ils espèrent rencontrer la foule. Aux spectacles, leur poste de prédilection est le bureau des cannes et des parapluies, parce qu’au moment de la sortie il y a toujours là grande affluence ; ils ont des relations avec presque tous les escamoteurs et chanteurs des rues qui participent aux bénéfices de la Tire.
Rien n’est plus facile que de reconnaître un Tireur, il ne peut rester en place, il va et vient, il laisse aller ses mains de manière cependant à ce qu’elles frappent sur les poches ou le gousset dont il veut connaître approximativement le contenu. S’il suppose qu’il vaille la peine d’être volé, deux compères que le Tireur nomme ses Nonnes ou Nonneurs, se mettent chacun à leur poste, c’est-à-dire près de la personne qui doit être dévalisée. Ils la poussent, la serrent, jusqu’à ce que l’opérateur ait achevé son entreprise. L’objet volé passe entre les mains d’un troisième affidé, le Coqueur, qui s’éloigne le plus vite possible, mais, cependant sans affectation.
Il y a parmi les Tireurs des prestidigitateurs assez habiles pour en remontrer au célèbre Bosco, et les grands hommes de la corporation sont doués d’un sang-froid vraiment admirable. Qu’à ce sujet l’on me permette de rapporter une anecdote bien ancienne, bien connue, mais qui, cependant, est ici à sa véritable place.
Toute la cour de Louis XIV était assemblée dans la chapelle du château de Versailles ; la messe venait d’être achevée, et le grand roi, en se levant, aperçut un seigneur qui tirait de la poche de celui qui était placé devant lui une tabatière d’or enrichie de diamans. Ce seigneur, qui avait aperçu les regards du roi attachés sur lui, lui adressa, accompagné d’un sourire, un signe de la main pour l’engager à se taire. Le roi, qui crut qu’il s’agissait seulement d’une plaisanterie, lui répondit par une inclination de tête qui pouvait se traduire ainsi : Bon ! Bon ! Quelques instans après, celui qui avait été volé se plaignit ; on chercha l’autre seigneur, mais ce fut en vain. « Eh ! bon Dieu, dit enfin le roi, c’est moi qui ai de servi de compère au voleur. »
Il y avait entre les Tireurs du moyen-âge beaucoup plus d’union qu’entre ceux de notre époque. Ils avaient, pour n’être point exposés à se trouver en trop grand nombre dans les lieux où ils devaient opérer, imaginé un singulier expédient. Le premier arrivé mettait dans une cachette convenue, un dé qu’il posait sur le numéro un, le second posait le dé sur le numéro deux, et ainsi de suite jusqu’à ce que le nombre fût complet. Bussi Rabutin, qui rapporte ce fait dans ses Mémoires secrets, ajoute que plusieurs fois il lui arriva de retourner le dé qui était sur le numéro un, pour le mettre sur le numéro six, ce qui, dit-il, empêcha que beaucoup de personnes fussent volées.
Méfiez-vous, lecteurs, de ces individus qui, lorsque tout le monde sort de l’église ou du spectacle, cherchent à y entrer ; tordez le gousset de votre montre, n’ayez jamais de bourse, une bourse est le meuble le plus inutile qu’il soit possible d’imaginer, on peut perdre sa bourse et par contre tout ce qu’elle contient ; si, au contraire, vos poches sont bonnes vous ne perdrez rien, et dans tous les cas la chute d’une pièce de monnaie peut vous avertir du danger que courent ses compagnes. Ne mettez rien dans les poches de votre gilet, que votre tabatière, que votre portefeuille soient dans une poche fermée par un bouton, que votre foulard soit dans votre chapeau, et marchez sans craindre les Tireurs.
Clémens, 1840 : Voleur de bourse.
Larchey, 1865 : Voleur à la tire, dont la spécialité est de tirer, dans la foule, ce que contiennent les poches des voisins.
Delvau, 1866 : s. m. Pick-pocket.
Rigaud, 1881 : Voleur à la tire.
La Rue, 1894 : Voleur à la tire, pick-pocket.
France, 1907 : Voleur à la tire.
Tomber en cannelle
France, 1907 : Être ahuri.
Tricard
La Rue, 1894 : Homme en rupture de ban. Il a cassé sa canne ou sa trique.
France, 1907 : Individu en rupture de ban. Voir Trique.
Mais voilà, lui, a fait des bètises en rentrant du service, une condamnation, puis deux… Bref, il est tricard, et il bibelote à la frontière.
(Jean Lorrain)
Trique
Halbert, 1849 : Cabriolet.
Halbert, 1849 : Dents.
Delvau, 1866 : s. f. Canne, bâton, gourdin, — dans l’argot du peuple. On disait autrefois Tricot ; d’où la loi du Tricot, pour signifier l’Argument brutal, le syllogisme du poignet, non prévu par Aristote.
Virmaître, 1894 : Surveillance. Casser sa trique, rompre sa surveillance. Triquer (Être) : être condamné à la surveillance. Allusion ancienne, quand autrefois les condamnés étaient pendant cinq ou dix ans sous la trique des argousins (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Surveillance de la haute police, remplacée par l’interdiction de séjour.
Hayard, 1907 : Surveillance.
France, 1907 : Dent. Trique à gueule, cuillère.
France, 1907 : Raclée, correction. Administrer une trique, battre.
Trique à larder
France, 1907 : Canne à épée.
Trique à larder, trique à picoter
Rigaud, 1881 : Canne à épée. — Faire flamber la trique à larder, jouer de la canne à épée, porter un coup de canne à épée.
Triquer
Delvau, 1866 : v. a. Donner des coups de canne ou de bâton.
Delvau, 1866 : v. a. Trier les chiffons.
Rigaud, 1881 : Trier le contenu d’une hotte de chiffonnier.
La Rue, 1894 : Trier des chiffons. Donner des coups de trique.
France, 1907 : Battre avec une trique.
On dit que l’barb’, quand ça lui prend,
Nous triqu’ les côtes ;
Mais, comme y a qu’lui qui nous comprend
Mieux que les autres,
Et que n’y a qu’lui qui sache au fond
Nous rend’ heureuses,
Y a qu’avec lui que les femmes font
Les amoureuses.
(Blédort)
France, 1907 : Condamner à la, surveillance de la haute police.
France, 1907 : Trier des chiffons ou autres objets ramassés sur les tas d’ordures.
Tuel
France, 1907 : Tuyau, goulot. Vieux français. Quand au dixième siècle les hosties furent substituées au pain, les fidèles qui communiaient buvaient Le vin au moyen d’un chalumeau ou tuyau, et non plus à même le calice. Ces tuyaux étaient appelés fistules, cannes, pipes ou tuels. On s’en servait également dans la vie privée pour boire plus frais. Ils étaient, dans les églises et les familles riches, en or ou en argent.
Ulster
France, 1907 : Longue houppelande à la mode vers 1876 ; anglicisme. Ce vêtement vient de l’une des quatre grandes provinces de l’Irlande qui porte ce nom.
Tandis que cette conversation avait lieu dans le cabinet du député, sept ou huit reporters, impatients d’être renseignés, attendaient dans le cabinet du secrétaire, qui les introduisit chez Thuringe. Ils étaient là sept ou huit jeunes gens portant d’énormes cannes, coiffés de chapeaux à bords plats et vêtus d’amples ulsters.
(Georges Bonnamour)
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