Rigaud, 1881 : Chandelle, — dans le jargon des ouvriers. — Estourbir la cabande, souffler la chandelle. — Tape-à-la mèche, honneur à la cabande, souffle la chandelle, — dans le jargon des chiffonniers. On disait autrefois : camoufle et camouflet, chandelier.
Cabande, Cabombe
Cabonte
Merlin, 1888 : On dit plus souvent camoufle, chandelle.
Camouffle
Ansiaume, 1821 : Chandelle.
Il faut surtout ne pas oublier de la camoufle pour cette sorgue.
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Chandelle.
Camoufle
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Chandelle. Esquinter la camoufle, souffler la chandelle.
Vidocq, 1837 : s.f. — Chandelle.
Clémens, 1840 : Déguisement, chandelle.
Halbert, 1849 : Chandelle.
Larchey, 1865 : Chandelle (Vidocq). — Camouflet : Chandelier. — Du vieux mot camouflet : fumée.
Delvau, 1866 : s. f. Chandelle, — dans l’argot des voleurs. La camoufle s’estourbe. La chandelle s’éteint.
La Rue, 1894 : Chandelle. Signalement.
Virmaître, 1894 : Chandelle (Argot du peuple). V. Cabombe.
Rossignol, 1901 : Chandelle, bougie.
Ma camoufle est jtourbe, Je n’ai plus de rifle, Déboucle-moi la lourde, Pour l’amour du meg.
Hayard, 1907 : Chandelle.
France, 1907 : Chandelle ; du vieux mot camouflet, fumée.
France, 1907 : Signalement.
Camouflé
France, 1907 : Homme qui porte une fausse barbe ou qui est déguisé. Être camouflé, avoir reçu l’extrême-onction, c’est-à-dire la dernière camoufle sacrée.
Camouflé (être)
Fustier, 1889 : Avoir reçu les derniers sacrements.
Dès qu’il fut, suivant la pittoresque expression, camouflé, c’est-à-dire dès qu’il eut reçu le sacrement de l’Extrême-Onction…
(Humbert, Mon bagne)
anon., 1907 : Être pris.
Camoufle, calbombe
anon., 1907 : Bougie.
Camoufle, stourbe
Clémens, 1840 : Chandelle éteinte.
Camouflement
Vidocq, 1837 : s. m. — Déguisement.
Delvau, 1866 : s. m. Déguisement, — parce que c’est à tromper que sert la camoufle de l’instruction et de l’éducation.
Rigaud, 1881 : Déguisement. — Se camoufler, se déguiser, — dans le jargon des voleurs. Vient de l’italien camuffare, se cacher la tête.
Camoufler
Vidocq, 1837 : v. a. — Déguiser.
M.D., 1844 : Se rendre méconnaissable.
Larchey, 1865 : Déguiser. — Mot à mot : cacher le muffle. — Camouflement : Déguisement (Vidocq).
Delvau, 1866 : v. pr. S’instruire, — se servir de la camoufle, de la lumière intellectuelle et morale.
Rigaud, 1881 : Falsifier. — Camoufler la bibine et le pive, falsifier la bière et le vin.
La Rue, 1894 : Falsifier. Arranger.
Virmaître, 1894 : Réparer. On camoufle un décor (Argot des artistes).
Rossignol, 1901 : Arrêter. Celui qui se fait arrêter se fait camoufler.
anon., 1907 : Voler.
Camoufler (se)
Delvau, 1866 : v. réfl. Se déguiser.
La Rue, 1894 : Se déguiser.
Virmaître, 1894 : Changer de costumes et de physionomie afin de n’être pas reconnu (Argot des souteneurs et Sûreté).
Rossignol, 1901 : S’habiller de façon à se rendre méconnaissable.
Hayard, 1907 : Machiner, se grimer, changer d’aspect.
France, 1907 : Se déguiser.
Je me camoufle en pélican,
J’ai du pellard à la tignasse.
(J. Richepin)
Camoufler la bibine
France, 1907 : Vendre des boissons frelatées. Tous les mastroquets camouflent la bibine. On dit dans le même sens : camoufler le pive, falsifier le vin.
Camouflet
d’Hautel, 1808 : Mortification, affront sanglant.
On donne aussi le nom de camouflet à une fumée épaisse qu’on souffle malicieusement au nez de quelqu’un avec un cornet de papier.
Vidocq, 1837 : s. m. — Chandelier.
Delvau, 1866 : s. m. Chandelier.
Rigaud, 1881 / France, 1907 : Chandelier.
Camoufleur
France, 1907 : Agent déguisé.
— Et il ne t’a pas reconnu ?
— Il n’y a pas mêche. Quand je suis en camoufleur, tout le monde s’y trompe.
(Louis Barron, Paris Étrange)
Changeur
Delvau, 1866 : s. m. Le Babin chez lequel les voleurs vont, moyennant trente sous par jour, se métamorphoser en curés, en militaires, en médecins, en banquiers, selon leurs besoins du moment.
Rigaud, 1881 : Filou partisan du libre échange qui, dans les restaurants, les cafés, troque son affreux pardessus contre un pardessus tout flambant neuf. En été cet honnête industriel en est réduit à l’échange du chapeau.
Rigaud, 1881 : Loueur de costumes pour messieurs les voleurs. Le changeur tenait une garderobe variée, grâce à laquelle sa clientèle pouvait se travestir selon les besoins du crime. Encore une industrie disparue, encore un industriel sur le pavé.
La Rue, 1894 : Marchand d’habits fournissant aux voleurs des vêtements pour se déguiser.
Virmaître, 1894 : Le fripier chez lequel les voleurs vont se camoufler moyennant un abonnement : tout comme les avocats chez le costumier du barreau. Ils trouvent là tous les costumes nécessaires pour leurs transformations (Argot des voleurs).
France, 1907 : Marchand d’habits qui fournit de déguisements les voleurs.
Escane (à l’)
La Rue, 1894 : Fuyons !
France, 1907 : Sauvons-nous ! Argot des voleurs.
— Comme j’vas pas à la retape et que j’ai pas d’aminche parmi les aiglefins, j’avais levé une brocante dans une boutanche, pour faire cascader une casinette ; v’là-t’y pas une affaire ! Mais y avait un arnache qui m’reluquait, et comme je sortais de la cambuse parce que la camoufle s’estourbait, v’là-t’y pas qu’y m’dévisage… J’crie à l’escane, et je veux baudrouiller, mais j’avais un caillou et j’m’affale.
(Félix Remo, La Tombeuse)
Farfouilleur de profondes
France, 1907 : Voleur, pickpocket.
Le café avait été laissé ouvert pendant la nuit à cause d’une fête de quartier. Les gens attardés, les camelots, les saltimbanques pouvaient s’y abreuver. Des agents, des pantriots requinqués, des farfouilleurs de profondes y venaient camoufler, les uns observant les autres.
(Louise Michel, Le Monde nouveau)
Griffonnante
France, 1907 : Plume.
Au clair de la luisante,
Mon ami Pierrot,
Refile-moi ta griffonante
Pour broder un mot.
Ma camoufle est morte,
Je n’ai plus de rif,
Déboucle-moi ta lourde
Pour l’amour du mec.
Jtourbe
Rossignol, 1901 : Éteint, mort.
Ma camoufle est jtourbe, je n’ai plus de rifle.
La camoufle s’exbigne
Halbert, 1849 : La chandelle s’éteint.
Mitte brun
Ansiaume, 1821 : Cachot noir.
Il est au mitte brune pour avoir donné un camouflet à un garde.
Porteur de camoufle
Fustier, 1889 : Souteneur.
France, 1907 : Souteneur ; allusion à l’expression « tenir la chandelle » pour favoriser les amours d’autrui.
Queue (faire la)
Larchey, 1865 : Escroquer. V. Perruque.
Giromont finissait de compter son argent et disait : le scélérat m’a fait la queue.
(E. Sue)
Faire la queue : Tromper.
Il faut se contraindre et vous avez un fameux toupet si vous parvenez à lui faire la queue.
(Phys. de la Chaumière. 1841)
Queue : Infidélité galante.
Je connais un général à qui on a fait des queues avec pas mal de particuliers.
(Gavarni)
Queue romantique : Jeu de mots altérant le sens raisonnable de la phrase. Murger a ridiculisé cet exercice dans sa Vie de Bohème. Dès 1751 paraissait une Histoire du prince Camouflet qui peut passer pour un recueil complet de ces stériles tours de force. C’est de là que datent « je le crains de cheval, — sous un beau ciel de lit bassiné, » etc.
Ruban de queue : « Comme ces grandes routes ruban de queue de quatre ou cinq lieues de long qui rien qu’à les voir toujours toutes droites, vous cassent les jambes. » — E. Sue.
Queue-rouge : Paillasse grotesque dont la perruque est nouée par un ruban rouge.
Le public préfère généralement le lazzi au mot et la queue-rouge au comédien.
(De la Fizelière)
Queue de rat : Tabatière dont le couvercle de bois était soulevé par une longue et étroite lanière de cuir.
Une de ces ignobles tabatières de bois vulgairement appelées queues de rat.
(Ch. Hugo)
Queue de renard : Trace de vomissement. V. Renard.
Rigaud, 1881 : Tromper en matière de payement.
Refiler
Clémens, 1840 : Remettre, rendre, donner.
un détenu, 1846 : Faire passer de main en main.
Halbert, 1849 : Donner le vol à un compère ou suivre quelqu’un.
Larchey, 1865 : Donner un vol nourri, suivre.
Delvau, 1866 : v. a. Rendre, restituer, — dans l’argot des voyous.
Delvau, 1866 : v. a. Suivre, rechercher, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Chercher ; suivre, — dans l’argot des voleurs. (A. Delvau)
Rigaud, 1881 : Passer, mettre en circulation.
Je n’ai refilé que cinq roues de derrière.
(X. de Montépin, Le Fiacre no 13)
Rigaud, 1881 : Perdre au jeu l’argent du bénéfice. — Avoir gagné 20 louis et les refiler. — Reperdre ce qu’on avait gagné au jeu.
La Rue, 1894 : Rendre. Restituer. Suivre. Rechercher. Donner. Céder. Passer. Reprendre. Refiler sa contremarque, mourir.
Virmaître, 1894 : Veut dire : donne-moi. Le souteneur dit à sa marmite :
— Refile-moi le pognon.
Refiler quelqu’un : c’est le suivre ou le rechercher.
— J’ai eu beau le refiler, c’est comme si j’avais cherché une aiguille dans une botte de foin (Argot des voleurs). N.
Rossignol, 1901 : Rendre, donner. — « Refile ce que tu me dois. » — « Refile-moi une cigarette. »
Hayard, 1907 : Donner.
France, 1907 : Donner. Un argotier s’est amusé à mettre en argot la chanson Au clair de la lune.
Au chair de la luisante,
Mon frangin Pierrot,
Refile-moi ta griffonnante,
Pour broder un mot.
Ma camoufle est chtourbe,
Je n’ai plus de rif ;
Déboucle-moi ta lourde
Pour l’amour du mec !
France, 1907 : Rendre.
Il allait se coucher jusqu’à midi, puis il irait déjeuner au cercle ; après an tour au Bois, retour au cercle pour y doubler ou y refiler le sac de la nuit dernière.
(Gil Blas)
France, 1907 : Suivre, surveiller.
Ma sœur est avec Éloi
Dont la sœur est avec moi :
L’soir, su’ l’boul’vard, ej’ la r’file
À Bell’ville :
Comm’ ça j’gagn’ pas mal de braise ;
Mon beau-frère en gagne autant,
Pisqu’i’ r’fil’ ma sœur Thérèse
À Ménilmontant.
(Aristide Bruant, Dans la Rue)
Quand on a des « lois scélérates »
Comme y en a dans not’ doux pays,
Quand on est toujours sous la patte
D’un tas d’argousins, de bandits,
Qui vous espionn’nt et qui vous r’file,
Toujours prêts à vous arrêter,
L’gouvernement, sans s’faire ed’bile,
Fait mettre sur les murs : Liberté !
(Le Père Peinard)
Souffler la camoufle
France, 1907 : Tuer.
C’est pour elle que son chevalier à soufflé la camoufle d’une vielle rentiére.
(Louise Michel)
Tendeur
Virmaître, 1894 : Homme qui est toujours prêt à satisfaire une femme gourmande et passionnée (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Voir rippeur.
France, 1907 : Homme de complexion amoureuse. Vieux tendeur, vieux débauché. Argot populaire.
Très tendeur, il se payait d’autor les plus girondes ouvrières…, et fallait pas qu’une lui résistât, — sinon, du balai !
Ce n’était pas qu’un coq, c’était aussi un cochon : un jour, il appela dans son bureau une ouvrière et, se débraillant, lui mit le marché en main.
(Père Peinard)
Pour les vieux tendeurs qu’assomme
Une ronfle à grippart,
On s’camoufle en p’tit jeune homme,
En tant’ figne-à-part,
Quand l’pant’ a l’doigt dans la miche,
S’i’n’ casque pas gros,
Gare au bataillon d’la guiche !
C’est nous qu’est les dos.
(J. Richepin, La Chanson des gueux)
Argot classique, le livre • Telegram