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Brimade

Larchey, 1865 : Épreuve vexatoire infligée aux nouveaux de l’école Saint-Cyr.

Point de ces brimades, qui ont longtemps déshonoré Saint-Cyr.

(La Bédollière)

Brimer : Donner une brimade.

Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise plaisanterie, — dans l’argot des troupiers qui se plaisent à jouer des tours aux conscrits.

Rigaud, 1881 : Épreuve vexatoire, charge d’écoliers que les anciens infligeaient aux nouveaux venus dans les écoles militaires. Cet usage tend à disparaître tous les jours.

France, 1907 : De tous temps les anciens se sont plu à tourmenter ou à mystifier les nouveaux venus. Dans les écoles et surtout les écoles et collèges militaires, on appelle ce genre de vexation brimade. Il y en a d’anodines, il y en a de ridicules, de cruelles, de féroces, surtout dans les écoles anglaises ; à Woolwich, par exemple, les anciens ficelèrent un nouveau et l’étendirent devant le feu en guise d’amusement. Quand il fut à demi rôti d’un côté, on le retourna de l’autre Le malheureux demeura estropié toute sa vie. Les brimades de nos écoles militaires ne sont pas aussi féroces ; cependant celles de Saint-Cyr ont été longtemps vexatoires et l’épouvantail des cornichons. La seule excuse des brimades était, disait-on, qu’elles formaient le caractère des jeunes gens que les gâteries de la vie de famille avaient infatués. De brimade on a l’ail le verbe brimer et le substantif brimeur.

Canularium

Fustier, 1889 : Argot des élèves de l’École normale. Sorte d’investiture ; épreuves que subissent à l’École les nouveaux venus. Dans le numéro du 13 novembre 1887 du journal La Paix, M. Joseph Montet a fait une curieuse description de cette cérémonie.

France, 1907 : Sorte de brimade à l’École Normale, où les anciens font subir aux nouveaux un examen grotesque qui les canule fortement.

Couverte (battre la)

Merlin, 1888 : Dormir ; se coucher. Faire une heure de couverte.

France, 1907 : Dormir. Faire passer à la couverte, brimade militaire, consistant à faire sauter un homme dans une couverture ont chaque coin est tenu par un troupier.

Demi-tour

Fustier, 1889 : Jargon des élèves de l’école de Saint-Cyr. Le demi-tour est une sorte de brimade qui consiste à jeter bas de leurs lits les nouveaux élèves et à renverser leur literie.

Le soir, les élèves se livrèrent à ce qu’ils appellent le demi-tour.

(Événement, juillet 1884)

Gratter

d’Hautel, 1808 : S’il n’a pas de quoi, qu’il en gratte. Se dit de celui à qui on refuse des secours ; que l’on éconduit impitoyablement.
Qui se sent galeux se gratte. Se dit de ceux qui prennent pour eux personnellement les reproches que l’on fait en général.
J’aimerois mieux gratter la terre. Sert à exprimer l’aversion que l’on a pour une chose.
Un âne gratte l’autre. Se dit deux personnes de peu de mérite qui se louent réciproquement. Asinus asinum fricat, dit Phèdre.
Gratter quelqu’un où cela lui démange. Lui parler d’une chose qu’elle prend plaisir à entendre, qui la flatte.
Trop gratter cuit, trop parler nuit. V. Cuire.

Vidocq, 1837 : v. a. — Arrêter.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Raser.

Larchey, 1865 : Arrêter (Vidocq). V. Raclette.

Larchey, 1865 : Voler.

Au diable la gloire ! il n’y a plus rien à gratter.

(M. Saint-Hilaire)

Delvau, 1866 : v. n. et a. Prélever un morceau plus ou moins considérable sur une pièce d’étoffe, — de façon à pouvoir trouver un gilet dans une redingote et un tablier dans une robe.

Rigaud, 1881 : Arrêter, — dans l’ancien argot. — Garder l’excédent d’une marchandise confiée pour un travail à façon. — Chiper, retirer un profit illicite. — Il n’y a rien a gratter dans cette baraque, il n’y a pas de bénéfices à faire dans cette maison.

La Rue, 1894 : Rouer de coups. Gratter le pavé, vivre misérablement.

Virmaître, 1894 : Battre quelqu’un.
— Je vais te gratter.
Gratter : prendre, grapiller sur tout pour grossir son lopin (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Donner des coups à quelqu’un, c’est le gratter.

Rossignol, 1901 : Prendre.

Je lui ai gratté son tabac.

Rossignol, 1901 : Raser.

J’ai la barbe longue, je vais me faire gratter.

France, 1907 : Brimade militaire dont le colonel Bouchy, dans l’affaire de Lunéville, donne ci-dessous l’explication :

Il est faux que ces deux hommes aient passé à la couverte, comme l’ont prétendu certains journaux. Ils ont subi des molestations, bien plutôt qu’ils n’ont reçu de coups.
On leur a fait la plaisanterie de leur faire des moustaches avec du cirage, de les « gratter », comme on dit au régiment, — c’est-à-dire de leur frotter le corps avec le manteau roulé à l’ordonnance ; — enfin, je crois que les soldats les ont renvoyés après leur avoir donné trois ou quatre coups de pied au derrière.

Passer à la couverte

France, 1907 : Brimade militaire qui consiste à faire sauter un homme dans une couverture, à le berner.

À peine le Suisse venait-il de fermer l’œil que ses camarades de chambrée l’empoignèrent, lui jetèrent dans une couverture en compagnie d’une paire de bottes éperonnées, de deux pistolets et de deux étrilles, et bientôt, au commandement trois, le malheureux fut lancé dans l’espace à l’aide d’une savante et méthodique secousse imprimée à la couverture par huit vigoureuses poignes. C’est ce que s’appelle sauter en couverte. Le brigadier faisait mine de ronfler.

(Les Joyeusetés du régiment)

Prendre le train d’onze heures

Rigaud, 1881 : Farce de troupiers. Cette farce consiste à administrer à la victime une promenade nocturne dans son lit, lequel est traîné par de facétieux voisins au moyen de cordes à fourrages. Cette brimade a encore reçu le nom de « rouler en chemin de fer ». Le soldat qui a fait suisse est sûr qu’il prendra le train d’onze heures ; mais il n’y a qu’un bleu, un conscrit, qui, ignorant les usages du régiment, puisse commettre un si grand délit.

Quette

France, 1907 : Abréviation de casquette ; argot du Borda.

Quette ! Quette ! tel est le cri impératif qui accueille celui d’entre les nouveaux élèves se présentant devant ses anciens la tête couverte de sa casquette. Petite brimade bien innocente, ayant pour objet de faire comprendre aux fistots la dose de respect que les anciens exigent d’eux.

(Histoire de l’École navale, par un ancien officier)

Roufle

La Rue, 1894 : Coup.

France, 1907 : Coup en tournant sur le sommet de la tête, sorte de brimade des écoles des arts et métiers.

— Tu auras l’honneur d’apporter de l’étoupe aux baquets (lieux d’aisances) pour essuyer doucement le derrière de tes anciens… enfin tu feras toutes les corvées d’atelier, sans être récalcitrant, car si tu hésites, gare les roufles !

(R. Roos)

Salade de bottes

France, 1907 : Genre de brimade de l’École polytechnique où les anciens enlèvent perdant la nuit les bottes des conscrits et les jettent par la fenêtre dans la cour ou sur les toits, formant ainsi une immense salade où le conscrit ahuri a du mal à retrouver son bien. Quelquefois, c’est pendant la récréation, quelques minutes avant la rentrée des études, que les anciens font retirer leurs hottes aux nouveaux pour se livrer à cette aimable plaisanterie !


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique