Delvau, 1866 : s. m. pl. Reproches, — dans l’argot du peuple. L’expression se trouve dans Restif de la Bretonne.
Rigaud, 1881 : Reproches, blâme.
La Rue, 1894 / France, 1907 : Reproches.
Affres
Delvau, 1866 : s. m. pl. Reproches, — dans l’argot du peuple. L’expression se trouve dans Restif de la Bretonne.
Rigaud, 1881 : Reproches, blâme.
La Rue, 1894 / France, 1907 : Reproches.
Aguinettes
France, 1907 : Étrennes, dérivé du breton.
Après le repas, on est rentré au salon pour la distribution des aguinettes (étrennes), du vieux langage breton. Toutes les boîtes étaient surmontées d’une branche de la plante parasitique et druidique, du gui (d’où aguinettes).
Arguche
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Argot. Jaspiner arguche, parler argot.
Vidocq, 1837 : s. m. abst. — Argot. Jargon des voleurs et des filous, qui n’est compris que par eux seuls ; telle est du moins la définition du Dictionnaire de l’Académie. Cette définition ne me paraît pas exacte ; argot, maintenant, est plutôt un terme générique destiné à exprimer tout jargon enté sur la langue nationale, qui est propre à une corporation, à une profession quelconque, à une certaine classe d’individus ; quel autre mot, en effet, employer pour exprimer sa pensée, si l’on veut désigner le langage exceptionnel de tels ou tels hommes : on dira bien, il est vrai, le jargon des petits-maîtres, des coquettes, etc., etc., parce que leur manière de parler n’a rien de fixe, d’arrêté, parce qu’elle est soumise aux caprices de la mode ; mais on dira l’argot des soldats, des marins, des voleurs, parce que, dans le langage de ces derniers, les choses sont exprimées par des mots et non par une inflexion de voix, par une manière différente de les dire ; parce qu’il faut des mots nouveaux pour exprimer des choses nouvelles.
Toutes les corporations, toutes les professions ont un jargon (je me sers de ce mot pour me conformer à l’usage général), qui sert aux hommes qui composent chacune d’elles à s’entendre entre eux ; langage animé, pittoresque, énergique comme tout ce qui est l’œuvre des masses, auquel très-souvent la langue nationale a fait des emprunts importans. Que sont les mots propres à chaque science, à chaque métier, à chaque profession, qui n’ont point de racines grecques ou latines, si ce ne sont des mots d’argot ? Ce qu’on est convenu d’appeler la langue du palais, n’est vraiment pas autre chose qu’un langage argotique.
Plus que tous les autres, les voleurs, les escrocs, les filous, continuellement en guerre avec la société, devaient éprouver le besoin d’un langage qui leur donnât la faculté de converser librement sans être compris ; aussi, dès qu’il y eut des corporations de voleurs, elles eurent un langage à elles, langage perdu comme tant d’autres choses.
Il n’existe peut-être pas une langue qui ait un point de départ connu ; le propre des langues est d’être imparfaites d’abord, de se modifier, de s’améliorer avec le temps et la civilisation ; on peut bien dire telle langue est composée, dérive de telles ou telles autres ; telle langue est plus ancienne que telle autre ; mais je crois qu’il serait difficile de remonter à la langue primitive, à la mère de toutes ; il serait difficile aussi de faire pour un jargon ce qu’on ne peut faire pour une langue ; je ne puis donc assigner une date précise à la naissance du langage argotique, mais je puis du moins constater ces diverses époques, c’est l’objet des quelques lignes qui suivent.
Le langage argotique n’est pas de création nouvelle ; il était aux quatorzième, quinzième et seizième siècles celui des mendians et gens de mauvaise vie, qui, à ces diverses époques, infestaient la bonne ville de Paris, et trouvaient dans les ruelles sombres et étroites, alors nommées Cour des Miracles, un asile assuré. Il n’est cependant pas possible d’en rien découvrir avant l’année 1427, époque de la première apparition des Bohémiens à Paris, ainsi l’on pourrait conclure de là que les premiers élémens de ce jargon ont été apportés en France par ces enfans de la basse Égypte, si des assertions d’une certaine valeur ne venaient pas détruire cette conclusion.
Sauval (Antiquités de Paris, t. 1er) assure que des écoliers et des prêtres débauchés ont jeté les premiers germes du langage argotique. (Voir Cagoux ou Archi-suppôt de l’argot.)
L’auteur inconnu du dictionnaire argotique dont il est parlé ci-dessus, (voir Abbaye ruffante), et celui de la lettre adressée à M. D***, insérée dans l’édition des poésies de Villon, 1722, exemplaire de la Bibliothèque Royale, pensent tous deux que le langage argotique est le même que celui dont convinrent entre eux les premiers merciers et marchands porte-balles qui se rendirent aux foires de Niort, de Fontenay et des autres villes du Poitou. Le docteur Fourette (Livre de la Vie des Gueux) est du même avis ; mais il ajoute que le langage argotique a été enrichi et perfectionné par les Cagoux ou Archi-Suppôts de l’Argot, et qu’il tient son nom du premier Coësré qui le mit en usage ; Coësré, qui se nommait Ragot, dont, par corruption, on aurait fait argot. L’opinion du docteur Fourette est en quelque sorte confirmée par Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans, qui écrivait sous les règnes de François Ier et de Henri II, qui assure que de son temps le roi ou le chef d’une association de gueux qu’il nomme Belistres, s’appelait Ragot. (Voir Dialogues de Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans. À Rouen, chez Martin Lemesgissier, près l’église Saint-Lô, 1589, exemplaire de la Bibliothèque Royale, no 1208.)
La version du docteur Fourette est, il me semble, la plus vraisemblable ; quoi qu’il en soit, je n’ai pu, malgré beaucoup de recherches, me procurer sur le langage argotique des renseignemens plus positifs que ceux qui précèdent. Quoique son origine ne soit pas parfaitement constatée, il est cependant prouvé que primitivement ce jargon était plutôt celui des mendians que celui des voleurs. Ces derniers, selon toute apparence, ne s’en emparèrent que vers le milieu du dix-septième siècle, lorsqu’une police mieux faite et une civilisation plus avancée eurent chassé de Paris les derniers sujets du dernier roi des argotiers.
La langue gagna beaucoup entre les mains de ces nouveaux grammairiens ; ils avaient d’autres besoins à exprimer ; il fallut qu’ils créassent des mots nouveaux, suivant toujours une échelle ascendante ; elle semble aujourd’hui être arrivée à son apogée ; elle n’est plus seulement celle des tavernes et des mauvais lieux, elle est aussi celle des théâtres ; encore quelques pas et l’entrée des salons lui sera permise.
Les synonymes ne manquent pas dans le langage argotique, aussi on trouvera souvent dans ce dictionnaire plusieurs mots pour exprimer le même objet, (et cela ne doit pas étonner, les voleurs étant dispersés sur toute l’étendue de la France, les mots, peuvent avoir été créés simultanément). J’ai indiqué, toutes les fois que je l’ai pu, à quelle classe appartenait l’individu qui nommait un objet de telle ou telle manière, et quelle était la contrée qu’il habitait ordinairement ; un travail semblable n’a pas encore été fait.
Quoique la syntaxe et toutes les désinences du langage argotique soient entièrement françaises, on y trouve cependant des étymologies italiennes, allemandes, espagnoles, provençales, basques et bretonnes ; je laisse le soin de les indiquer à un philologue plus instruit que moi.
Le poète Villon a écrit plusieurs ballades en langage argotique, mais elles sont à-peu-près inintelligibles ; voici, au reste, ce qu’en dit le célèbre Clément Marot, un de ses premiers éditeurs : « Touchant le jargon, je le laisse exposer et corriger aux successeurs de Villon en l’art de la pince et du croc. »
Le lecteur trouvera marqué d’un double astérisque les mots extraits de ces ballades dont la signification m’était connue.
Delvau, 1866 : s. m. Argot. Arguche, arguce, argutie. Nous sommes bien près de l’étymologie véritable de ce mot tant controversé : nous brûlons, comme disent les enfants.
Rigaud, 1881 : Argot, avec changement de la dernière syllabe.
Rigaud, 1881 : Niais, — dans le jargon des voleurs.
France, 1907 : Argot du vieux mot argu, ruse, finesse, dont on a fait argutie.
Avoir de ce qui sonne
Delvau, 1866 : Être riche, — dans l’argot du peuple. L’expression se trouve dans Restif de la Bretonne.
Bigorne
d’Hautel, 1808 : Mot baroque tiré de l’argot des filous.
Jaspiner bigorne. Comprendre et parler le langage des filous. Voy. Jaspiner.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Jargon. Rouscailler bigorne, parler jargon.
Vidocq, 1837 : s.m.ab. — Argot. (Voir Arguche.)
Halbert, 1849 : Langue de l’argot.
Larchey, 1865 : Argot. — Du vieux mot biguer : changer, troquer. V. Roquefort. L’argot n’est qu’un langage bigué, d’où le diminutif bigorne. — V. Jaspiner.
Rouscaillons bigorne. Qui enterver le saura, à part sézière en rira, mais les rupins de la vergne ne sont dignes de cela.
(Vidocq)
Delvau, 1866 : s. m. L’argot des voleurs, — monstre bicorniger en effet, corne littéraire d’un côté, corne philosophique de l’autre, qui voit rouge et qui écrit noir, qui épouvante la conscience humaine et réjouit la science philologique.
Rigaud, 1881 : Argot. — Dans la langue régulière, une bigorne est une enclume à deux bouts, dont l’un finit en pointe. L’argot est une langue à double tranchant, à deux bouts, comme la bigorne. — Jaspiner bigorne, rouscailler bigorne comme daron et daronne, parler argot comme père et mère.
La Rue, 1894 : Argot. Jaspiner ou rouscailler bigorne, parler argot.
Rossignol, 1901 : Argot ; mot ancien peu usité, on dit plutôt argoji ou arlogaime. Voir Argonji.
France, 1907 : L’argot des voleurs, Jaspiner ou rouscailler bigorne, parler argot.
N’est-ce pas l’usage de cette langue que l’on appelle rouscailler bigorne ?
(Louis Barron)
J’ai rencontré la mercandière
Qui du pivois solisait ;
Je lui jaspine en bigorne,
Lonta malura dondaine !
Qu’as-tu donc à morfiller ?
Lonta malura dondé !
(Vidocq)
Sobriquet donné par les Bretons aux républicains. Salut aux vaillants bigornes !
Bousin
d’Hautel, 1808 : Terme bas et incivil qui signifie, tintamare, tapage, bruit scandaleux, esclandre ; et par extension, tripot, lieu de débauche et de prostitution.
Cette maison est un vrai bousin. Pour dire qu’elle est mal gouvernée, que chacun y est maître.
Faire un bousin de tous les diables. C’est-à-dire un vacarme, un bruit extravagant, semblable à celui que font ordinairement les gens vifs et emportés lorsqu’ils sont en colère, et les ivrognes dans leurs orgies.
Delvau, 1866 : s. m. Maison mal famée ; cabaret borgne. Argot du peuple.
M. Nisard, à propos de ce mot, éprouve le besoin de traverser la Manche et d’aller chercher bowsing, cabaret à matelots. C’est, me semble-t-il, renverser l’ordre naturel des choses, et faire descendre François Ier de Henri II. Bowsing n’est pas le père, mais bien le fils de bousin, qui lui-même est né de la bouse ou de la boue. Pour s’en assurer, il suffit de consulter nos vieux écrivains, depuis Régnier jusqu’à Restif de la Bretonne.
Delvau, 1866 : s. m. Vacarme, scandale, — dans l’argot du peuple. Faire du bousin. Faire du tapage du scandale ; se battre à coups de chaises, de tables et de bouteilles.
Rigaud, 1881 : Tapage. C’est un dérivé de bouis.
Briffe
Rigaud, 1881 : Gras-double. (L. Larchey) — Nourriture. Passer à briffe, manger.
Fustier, 1889 : Pain. (Richepin)
La Rue, 1894 : Pain. Nourriture.
Virmaître, 1894 : Pain (Argot des voleurs). V. Bricheton.
France, 1907 : Pain ; du breton brif, même sens.
Cesser de l’être
Delvau, 1864 : Ne plus être pucelle.
Je le suis encore, m’a-t-elle dit en riant, je voudrais cesser de l’être par un joli homme comme toi.
(Rétif de la Bretonne)
Chataud, chataude
Delvau, 1866 : adj. et s. Gourmand, gourmande, — dans l’argot du peuple. « J’étais chataude et fainéante, » dit la jolie Manon de Rétif de la Bretonne.
France, 1907 : Gourmand, gourmande,
Dada
d’Hautel, 1808 : Mot enfantin, qui signifie cheval.
Delvau, 1866 : s. m. Cheval, — dans l’argot des enfants. Fantaisie, manie, — dans l’argot des grandes personnes, plus enfants que les enfants.
France, 1907 : Marotte, manie, idée à laquelle on revient continuellement comme un cheval que l’on monte toujours, d’où : monter sur son dada, enfourcher son dada. « Une monture qui nous monte, dit le docteur Grégoire, et qui va toujours droit devant elle, à travers champs, à travers choux. Une espèce de bélier breton. »
Le dada d’une jeune fille, c’est d’avoir un mari ; quand elle a un mari, son dada est d’avoir un amant ; quand elle a un amant, son dada est de devenir veuve pour épouser son amant ; quand elle devient veuve, son dada est de mettre son amant à la porte.
(Jules Noriac)
— Mais la morale, la morale sans épithète, qui veut que la vertu soit toujours récompensée et le vice puni ?
— En voilà une blague ! fit Marthe en haussant les épaules. Est-ce que c’est vrai cela, dans la vie ? Et puis, qu’est-ce que la vertu et le vice ?
Puis, reprenant son dada ordinaire :
— La vertu, c’est d’être mariée ! Le vice, c’est de ne pas avoir un éditeur responsable ; il y a des femmes mariées qui aiment leurs cochers ou leurs valets de chambre ; n’importe, le mari est là ; son nom est le pavillon qui couvre la marchandise.
(E. Ducret, Le Baiser funeste)
Faire voir la feuille à l’envers
Delvau, 1864 : Baiser une femme dans les bois, parce qu’étant sur le dos et levant les yeux au ciel elle ne peut apercevoir que le dessous des feuilles d’arbre.
Bientôt, par un doux badinage,
Il la jette sur le gazon.
— Ne fais pas, dit-il, la sauvage,
Jouis de la belle saison…
Ne faut-il pas, dans le bel âge
Voir un peu la feuille à l’envers ?
(Rétif de la Bretonne)
Fesse-Mathieu
d’Hautel, 1808 : Avare ; égoïste, intéressé.
Cette affaire ne va que d’une fesse. Pour dire va lentement, sans activité.
Il en a eu dans les fesses. Se dit de quel qu’un qui a fait une grosse perte.
Delvau, 1866 : s. m. Avare, usurier, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : Sobriquet donné aux usuriers, aux avares, aux prêteurs sur gage.
Quelques étymologistes, Bescherelle entre autres, prétendent que fesse-mathieu est une altération de face de Mathieu en souvenir de l’apôtre Mathieu, grand usurier avant de devenir grand saint. Or, comme les usuriers portent généralement le cachet de leur profession gravé en marque indélébile sur leur visage, on disait d’un avare où d’un prêteur à la petite semaine : Il à une face de Mathieu.
D’un autre côté, l’auteur anonyme des Illustres Proverbes affirme que l’on disait au XVIIe siècle, non pas : « Il a une face de Mathieu », mais bien : « Il fesse Mathieu », locution qu’il explique ainsi : « C’est un abus du terme qui s’est glissé par ignorance, car on devrait dire comme on a dit dès le commencement : Il fait saint Mathieu, ou comme saint Mathieu. »
Noël du Fail — et Littré se range à son opinion — donne une interprétation toute différente : « Fesser Mathieu, dit-il, c’est battre saint Mathieu, lui tirer de l’argent. »
Tout cela est tiré par les cheveux et c’est chercher midi à quatorze heures.
C’est fête-Mathieu que l’on devrait dire, fesse étant une altération de feste : individu qui fête Mathieu, et voici pourquoi. Saint Mathieu, qui, avant de s’asseoir à la droite du Père Éternel, était de sa profession usurier et prêteur sur gages, devint naturellement le patron des honorables membres de cette corporation qui, le jour de sa fête, lui brûlaient des cierges, étaient en un mot leur patron. Le peuple les désigna sous le nom de feste-Mathieu, sobriquet qui se transforma, soit par ignorance, soit par malice, en celui de fesse-mathieu. Cette expression, souvent employée par Molière, est ancienne. On la trouve dans les Contes d’Eutrapel, ouvrage d’un gentilhomme breton du XVIe siècle, Noël du Fail, qui fait allusion à la profession du saint :
Et fut bruit commun que ce pauvre misérable avaricieux de père, usurier tout le saoûl et tant qu’il pouvait (à Rennes, on l’eût appelé Fesse-Mathieu, comme qui dirait batteur de saint Mathieu, qu’on croit avoir été changeur), en mourut de dépit, de rage et tout forcené d’avoir perdu ce monceau d’argent et trompé par ses propres entrailles,
« Ajoutons, dit le Radical, que les huissiers de Paris, dont la réputation est déjà fort ancienne, étaient de toute antiquité connus pour leur rapacité et leur ladrerie. Or, ces basochiens infiniment trop âpres au gain ne se mettaient en dépense qu’à l’occasion de deux solennités : la première était la cavalcade annuelle du lendemain de la Trinité, la seconde, la fête de Saint-Mathieu. »
Voilà comment les usuriers fessent leurs clients, et plus particulièrement Mathieu, lequel désigne le pauvre peuple anonyme connu aussi sous le nom de Jacques Bonhomme et, de nos jours, sous le pseudonyme de Tartempion.
Signalons pour mémoire — et surtout pour n’être point taxé de négligence — une autre étymologie empruntée à Béroalde.
« Il n’y a rien, dit-il, qui sangle si fort et qui donne de plus vilaines fessées que d’emprunter de l’argent à gros intérêts »
Malgré l’autorité de Béroalde, je me range sans hésitation à la première étymologie.
Donc, les usuriers et les grippe-sous festent saint Mathieu et ne le fessent point.
— Vous êtes la fable et la risée de tout le monde et jamais on ne parle de vous que sous les noms d’avare, de ladre, de vilain et de fesse-mathieu.
(Molière)
— Vous avez, dit-on, même, acquis en plus d’un lieu
Le titre d’usurier et de fesse-mathieu.
(Regnard)
— Eh bien ! alors vous devez savoir que c’est un fameux fesse-mathieu. mais, faut être juste, honnête et dévot… tous les dimanches à la messe et à vêpres, faisant ses pâques et allant à confesse ; s’il fricote, ne fricotant jamais qu’avec des prêtres, buvant l’eau bénite, dévorant le pain bénit… un saint homme, quoi !
(Eugène Sue, Les Mystères de Paris)
Feuille à l’envers (voir la)
Larchey, 1865 : « Sitôt, par un doux badinage, Il la jeta sur le gazon. Ne fais pas, dit-il, la sauvage ; Jouis de la belle saison. Ne faut-il pas dans le bel âge Voir un peu la feuille à l’envers ? » — Cet exemple est pris dans la 177e Contemporaine de Rétif (édit. 1783) ; mais la chanson est plus ancienne, car ses auditeurs ajoutent dans le texte : Charmante quoique vieille !
Rigaud, 1881 : S’asseoir avec une dame, à la campagne, au pied d’un arbre, et deviser des choses les plus tendres à la manière de Jasion et de Cérès.
Attendez-moi, n’avez-vous jamais vu les feuilles à l’envers ?
(Ane. Théâtre Italien.)
France, 1907 : Un couplet de Restif de la Bretonne donne l’explication de cette expression. La scène se passe entre le berger Colinet et la bergère Lisette :
Sitôt par un doux badinage
Il la jeta sur le gazon.
— Ne fais pas, dit-il, la sauvage,
Jouis de la belle saison.
Pour toi le tendre amour m’engage
Et pour toi je porte ses fers ;
Ne faut-il pas, dans le jeune âge,
Voir un peu de feuille à l’envers ?
En voici un autre de Théodore Hannon :
Dans l’herbe en pleurs mon pied s’emperle,
J’ai des éblouissements verts
La feuille implacablement brille,
Et, railleur, le merle me trille :
Viens-t’en donc la voir à l’envers !
(Rimes de joie)
On peut p’us, à la campagne,
Au fond des bois verts,
Aller voir, près d’sa compagne,
La feuille à l’envers,
On peut p’us prendr’ pour banquette
L’gazon tout crotté.
Sans se mouiller la jaquette !
Qué cochon d’été !
(Jules Jouy)
Fieu
d’Hautel, 1808 : Pour fils ; ce mot du vieux langage s’est conservé dans les campagnes.
C’est un bon fieu. Pour un bon enfant.
Delvau, 1866 : s. m. Enfant, — dans l’argot des nourrices.
France, 1907 : Fils, enfant.
Quand ils s’ront grands, ils d’viendront rosses
Ils commettront des crim’s atroces,
Ils surin’ront les beaux messieurs,
Les pauv’ p’tits fieux.
(Eugène Héros)
Quand leurs bateaux quittent la rive,
Le curé leur dit : « Mes bons fieux,
Priez souvent le grand saint Yve,
Qui vous voit des cieux toujours bleus. »
Et le pauvre gas
Fredonne tout bas :
« Le ciel est moins bleu, n’en déplaise
À saint Yvon
Notre patron,
Que les yeux de la Paimpolaise
Qui m’attend au pays breton ! »
(Théodore Botrel)
Football
France, 1907 : Jeu de la balle au pied ; anglicisme. C’est l’ancien jeu de la barette, que les Parisiens appelaient rabotte, et les Bretons la soule ou la nielle.
Les épreuves du football, où les représentants du Stade français ont été battus par les délégués du Rosslyn Park Foothall Club, de Londres, ont mis en lumière ce jeu brutal, et peu en honneur jusqu’à ce jour en France.
On a dit que c’était un jeu viril et, en somme, sans grand danger.
Le relevé des accidents arrivés de l’autre côté de la Manche, au jeu en question, suffira à édifier sur la « virilité sans danser » du football, au moins pour les trois années 1890 à 1892.
Qu’on en juge par ce tableau instructif :
| 1890 | 1891 | 1892 | |
| Morts | 23 | 22 | 26 |
| Jambes cassées | 30 | 52 | 39 |
| Bras cassés | 9 | 12 | 12 |
| Clavicules cassées | 11 | 18 | 25 |
| Blessures diverses | 27 | 56 | 75 |
| Totaux | 100 | 160 | 177 |
Soit, au total, pour trois saisons de six mois chacune, le chiffre aimable de 437 décès et blessés graves en général.
Et encore ne saurait-on dire que cette liste soit complète : on ne trouve là que la liste des blessures trop graves pour être cachées. Seuls les secrétaires de sociétés de football pourraient donner les chiffres exacts.
Four chaud
Vidocq, 1837 : La question. Une des maximes de l’ancienne magistrature était de ne condamner un accusé à la mort que sur ses propres aveux, qui devaient, dans tous les cas, venir corroborer les déclarations des témoins. Mais pour lui arracher ces aveux, qui devaient tranquilliser leur conscience, les juges ne reculaient devant aucuns moyens, et presque toujours la question ordinaire et extraordinaire était appliquée à l’accusé contre lequel s’élevaient quelques présomptions. Louis XVI signala son avènement au trône par plusieurs actes de haute justice dont l’histoire lui tiendra compte, et notamment par l’abolition de cette mesure cruelle.
Il ne fit en cela que céder aux cris de l’indignation publique qui, depuis déjà long-temps, s’était élevé contre cet usage barbare.
L’expérience, au reste, avait démontré l’inefficacité et l’inutilité de la question ; on avait acquis la certitude que des innocens, vaincus par les tourmens, avaient avoué des crimes qu’ils n’avaient pas commis, et que des coupables, au contraire, grâce à la force de leur constitution, avaient été acquittés après avoir supporté la question ordinaire et extraordinaire. Il ne faut, pour acquérir la preuve de ce que j’avance ici, que feuilleter le recueil des Causes Célèbres.
La question était venue remplacer en France les duels judiciaires, qui eux-mêmes avaient été précédés par les épreuves que l’on nommait jugemens de Dieu. Ceux de mes lecteurs qui ne connaissent pas parfaitement les anciens usages de la France, ne seront peut-être pas fâchés de trouver ici quelques détails sur la manière dont se rendait autrefois la justice.
Les ecclésiastiques qui tenaient des fiefs à titres féodaux, et qui, par conséquent, possédaient sur leurs terres, comme tous les tenanciers du roi, le droit de haute et basse justice, mirent les premiers les épreuves en usage. L’accusé qui n’avait pas cessé de protester de son innocence y était soumis sur sa demande. Il y en avait de plusieurs sortes, mais les plus usitées étaient les épreuves de l’eau et du feu. Dans le premier cas, on liait l’accusé de manière à ne point lui laisser la liberté de faire un seul mouvement, et dans cet état il était jeté dans une vaste cuve pleine d’eau, s’il allait au fond il était déclaré coupable, si, au contraire, il surnageait, personne ne songeait à douter de son innocence. Dans le second, il devait, pour donner la preuve de son innocence, tenir entre ses mains, durant un certain temps, et sans en être brûlé, une barre de fer rougie au feu. On conçoit tout ce que ces épreuves avaient d’incertain, aussi elles ne furent pas long-temps en usage et furent remplacées par les duels judiciaires. Celui qui accusait ou qui était accusé pouvait demander à prouver par le combat la vérité de son accusation ou de sa défense. L’histoire fait mention d’un grand nombre de combats de ce genre, parmi lesquels on cite celui de Jarnac contre La Chataigneraye, qui a donné naissance à un proverbe, et celui du chien d’Aubry de Montdidier contre le chevalier Macaire.
Je me suis un peu éloigné du sujet principal de cet article, auquel je me hâte de revenir. J’ai dit que lorsque la question fut abolie, l’expérience avait prouvé depuis long-temps son inutilité et son inefficacité, et que pour acquérir la preuve de ce que j’avançais, il ne fallait que feuilleter le recueil des Causes Célèbres, on y verrait en effet que la question n’arracha pas un aveu à la plupart des grands criminels qui y furent soumis, et que des accidens imprévus amenèrent seuls leur condamnation. Que l’on me permette de citer à l’appui de ce que j’avance, un fait encore récent, et dont j’ai été témoin oculaire et auriculaire.
En l’an V de la république, il y avait au bagne de Brest, salle Saint-Antoine, un Breton surnommé le Rifodé, qui avait été condamné aux travaux forcés à perpétuité par la cour de justice de Nantes ; cet homme avait fait partie d’une troupe de voleurs et d’assassins de grande route, et si ses aveux étaient venus corroborer les charges qui s’élevaient contre lui, il aurait été rompu vif ; mais il avait supporté avec une constance inaltérable la question ordinaire et extraordinaire, de sorte que les magistrats, quoique bien convaincus de sa culpabilité (que du reste il ne cherchait pas à mettre en doute lorsque je le vis, puisqu’il montrait avec une sorte d’orgueil ses membres mutilés et brûlés, et sa poitrine que l’eau, en tombant d’une grande hauteur, avait creusée) n’avaient pu le condamner au supplice de la roue ainsi que ses complices. Le Rifodé assurait que deux personnes compromises dans son affaire, et qui, moins vigoureuses que lui, avaient avoué tout ce qu’on avait voulu pour échapper aux tourmens, avaient subi, quoique très-innocentes du crime dont elles étaient accusées, cet horrible supplice.
Après la promulgation du Code de 1791, et vingt-quatre années de séjour au bagne, le Rifodé recouvra sa liberté, et quitta Brest très-bien portant.
Francs-bourgeois ou drogueurs de la haute
Vidocq, 1837 : s. m. — Les pauvres diables que l’on rencontre sur la voie publique, sales et éclopés, accroupis les genoux dans la boue au coin d’une borne, et auxquels on jette un sol sans seulement daigner laisser tomber sur eux un regard de commisération, ne sont pas les seuls mendians que renferme la bonne ville de Paris. Il y a des mendians là où on ne croit trouver que des gens possédant pignon sur rue, ou une inscription sur le grand livre ; au café de Paris, au concert Musard, par exemple, quelquefois même au balcon de l’opéra, assis entre un diplomate qui lorgne les tibias de Fanny Essler, ou un banquier qui se pâme aux roulades de Mlle Falcon. Ces mendians, il est vrai, ne sont pas couverts de haillons, ils ne sont ni tristes, ni souffreteux ; bien au contraire, leur linge est d’une blancheur éblouissante, leurs gants d’une extrême fraîcheur, le reste à l’avenant ; leur teint est fleuri et leur regard fixe.
Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable,
a dit quelque part le régent du Parnasse, et jamais ce vers ne fut cité plus à propos. Comment ! me direz-vous, ce jeune dandy, cette petite maîtresse pimpante et minaudière, ce vieillard à cheveux blancs qui porte à sa boutonnière une brochette de décorations, tous ces individus qui paraissent si gais, si contens, si insoucieux du temps qui passe, sont des mendians ? Eh ! mon Dieu oui ! Prenez seulement la peine de lire cet article, vous connaîtrez tous les mystères de leur existence ; et si, ce qu’à Dieu ne plaise, vous avez rompu avec tous les nobles sentimens, vous pourrez suivre leur exemple, et mener bonne et joyeuse vie sans vous donner beaucoup de peine.
C’est un agent de police, dit-on de l’homme qui mène, dans la moderne Babylone, la vie d’un sybarite, et auquel on ne connaît ni revenus ni industrie. Quelle profonde erreur ! Quelqu’élevé que soit le chiffre des fonds secrets, le nombre des agens soldés du ministère de l’intérieur, de la préfecture de police et de l’état-major de la place des Tuileries, du Palais-Royal, est trop considérable pour que chacun d’eux puisse recevoir mensuellement une bien forte somme ; l’individu dont l’existence paraît un problème insoluble, est tout simplement un Franc Bourgeois, ou Drogueur de la Haute, et voici comment il procède.
L’Almanach du Commerce, l’Almanach Royal, celui des vingt-cinq mille adresses, sont les mines qu’il exploite, et dans lesquelles il trouve tous les jours quelques nouveaux filons. Après avoir choisi une certaine quantité d’adresses, il se met en course et bientôt il arrive chez un personnage de haute volée ; il a décliné au valet-de-chambre de Monsieur ou à la camériste de Madame un nom bien sonore, toujours précédé de la particule aristocratique ; et, comme il serait malséant de faire faire antichambre à un noble personnage, on l’a immédiatement introduit près de la personne qu’il désire voir ; c’est ici que la comédie commence. Je vais prendre pour type certain personnage très-connu dans Paris, qui se dit le dernier rejeton d’une ancienne famille de la basse Normandie, famille si ancienne en effet qu’il serait vraiment impossible à tous les d’Hozier de l’époque de découvrir son écusson.
Monsieur le Baron, monsieur le Comte, monsieur le Duc (le Drogueur de la haute ressemble beaucoup au tailleur du Bourgeois Gentilhomme, il n’oublie jamais les titres de celui auquel il s’adresse, et, s’il savait que cela dût lui faire plaisir, il lui dirait très-volontiers votre majesté), je n’ai point l’honneur d’être connu de vous, et cependant je viens vous prier de me rendre un important service ; mais tout le monde sait que vous êtes bon, généreux, c’est pour cela que je me suis adressé à vous, ici il parle de ses aïeux : s’il s’adresse à un des partisans de la famille déchue, ce sont de vieux bretons, son père qui était un des compagnons de Sombreuil, est mort à Quiberon ; s’il s’adresse à un des coryphées du juste-milieu, il se donne pour le neveu ou le cousin de l’un des 221 ; s’il veut captiver les bonnes grâces d’un républicain, son père, conventionnel pur, est mort sur la terre étrangère, son frère a été tué le 6 juin 1832 à la barricade Saint-Merry. Après avoir fait l’histoire de sa famille, le Drogueur de la haute passe à la sienne, venu à Paris pour la première fois, dit-il, j’ai donné tête baissée dans tous les pièges qui se sont trouvés sur mes pas : j’ai été dépouillé par d’adroits fripons, il ne me reste rien, absolument rien, je ne veux pas demeurer plus longtemps dans la capitale, et je viens, Monsieur, vous prier de vouloir bien me prêter seulement la somme nécessaire pour payer ma place à la diligence, plus quelques sous pour manger du pain durant la route, cela me suffira ; je dois supporter les conséquences de ma conduite, et sitôt mon arrivée, mon premier soin sera de m’acquitter envers vous. J’aurais pu, pour obtenir ce que je sollicite de votre obligeance, m’adresser à monsieur le Comte, à monsieur le Marquis un tel, intime ami de ma famille ; mais j’ai craint qu’il ne jugeât convenable de l’instruire de mes erreurs.
Il est peu d’hommes riches qui osent refuser une somme modique à un gentilhomme qui s’exprime avec autant d’élégance. Au reste, si sur dix tentatives deux seulement réussissent, ce qu’elles produisent est plus que suffisant pour vivre au large pendant plusieurs jours. Quelquefois, et ici le cas est beaucoup plus grave, ce n’est point pour leur compte que les Drogueurs de la haute mendient, c’est pour une famille ruinée par un incendie, pour un patriote condamné à une forte amende. Sous la restauration, ils quêtaient pour les braves du Texas, pour les Grecs ; ils ont, à cette époque reçu d’assez fortes sommes, et les compagnons du général Lefebvre Desnouettes ou d’Ypsilanti n’en virent jamais la plus petite parcelle.
Il vaut mieux, sans doute, lorsque l’on est riche, donner quelques pièces de vingt francs à un fripon que de refuser un solliciteur dont la misère peut-être n’est que trop réelle, aussi je n’ai point écrit cet article pour engager mes lecteurs à repousser impitoyablement tous ceux qui viendront les implorer, mais seulement pour leur faire sentir la nécessité de ne point donner à l’aveuglette, et sans avoir préalablement pris quelques renseignemens, et surtout pour les engager à ne point perdre un instant de vue ceux de ces adroits et audacieux solliciteurs qui sauront leur inspirer le plus de confiance ; car les événemens qui peuvent résulter de leur visite sont plus graves qu’on ne le pense ; plusieurs d’entre eux sont liés avec des voleurs de toutes les corporations, auxquels ils servent d’éclaireurs ; il leur est facile de savoir si les concierges sont attentifs, si les domestiques se tiennent à leur poste, si les clés dont, à l’aide de la Boîte de Pandore, ils chercheront à prendre les empreintes, restent sur les portes ; s’ils ont remarqué un endroit vulnérable, ils pourront l’indiquer à un voleur praticien du genre qu’ils auront jugé le plus facile à exécuter, et au premier jour on sera volé avec des circonstances telles, que l’on sera pour ainsi dire forcé de croire que le vol a été commis par des habitans de la maison.
Que conclure de ce qui précède ? Qu’il ne faut recevoir personne, et ne point soulager l’infortune ? Non, sans doute, ce serait se priver du plus doux de tous les plaisirs ; mais on peut sans inconvénient avoir continuellement l’œil ouvert, et ses portes constamment fermées.
Fricot
d’Hautel, 1808 : Mot bas et trivial, qui signifie ragoût, viande fricassée, et qui sert généralement à désigner la bonne chère.
Faire un bon fricot. Ripailler, faire chère lie.
Delvau, 1866 : s. m. Ragoût ; mets quelconque, — dans l’argot du peuple, qui dit cela depuis plus d’un siècle. Le mot se trouve dans Restif de La Bretonne.
Hayard, 1907 : Argent monnayé.
France, 1907 : Viande cuite.
C’est si charmant la gourmandise du mari, du grand garçon qui rentre de son travail ou de ses affaires, dont les narines battent à la bonne odeur des fricots, qui soulève, en croyant n’être pas vu, les couvercles pour regarder ce qui mijote au fond, et qui a sur le visage une joie de collégien en vacances pour qui la maman à fait une chatterie.
(Jacqueline, Gil Blas)
Galipette
La Rue, 1894 : Cabriole. Galipeteur, clown.
France, 1907 : Saut, cabriole, culbute ; du breton galipein.
Le mot galipein — il a un grand air de ressemblance, entre parenthèse, avec les vocables galoper et galopin — est constamment employé à Lorient et aux environs.
Si vous charger le premier marin venu d’une commission, vous ajoutez :
— Galipet founus ! (cours vite !)
Les habitants de Lorient connaissent tous cette expression — et aussi celle-ci :
— Je viens de faire une galipette, c’est-à-dire une course rapide.
Les paysans l’emploient pour vanter la rapidité de leurs chevaux :
— Me yo galipet mad (mon cheval court bien).
Les jeunes officiers l’emploient encore pour indiquer leurs recherches galantes et disent :
— Je vais faire une galipette.
C’est même, ajouterons-nous, dans ce sens qu’on emploie le plus souvent le terme de galipette.
(Intermédiaire des chercheurs et curieux)
Les gigolots, les gigolettes
S’tenant la main,
S’en vont faire des galipettes
Loin du chemin
Et, quand ils croient l’père et la mère
Moins attentifs,
Ils s’épous’nt, sans l’secours du maire,
Sur les fortifs !
(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)
Garçaille
France, 1907 : Petite garce, fillette. Provincialisme breton.
Vous connaissez tous la Fanchette
Que j’aimais avant d’embarquer ;
C’était ben la plus mignonnette
Des garçailles à reluquer
Entre la Vilaine et la Loire,
Verse à boire !
Entre Douarnenez et Redon,
Buvons donc !
(Théodore Rotrel)
Goffeur
Rigaud, 1881 : Serrurier, — dans l’ancien argot, du celte goff, forgeron.
La Rue, 1894 : Serrurier.
France, 1907 : Serrurier ; du breton goff, même sens.
Gourde
d’Hautel, 1808 : Une gourde. Calebasse dans laquelle on met du vin ou des liqueurs pour se réconforter en voyage.
Un gros gourdin. Pour tricot, gros bâton.
Fustier, 1889 : Niais, imbécile.
La Rue, 1894 : Boucle d’oreille. Benêt.
Virmaître, 1894 : Homme pâteux, paysan mal dégrossi. Au superlatif : crème de gourde (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Boucle d’oreille.
France, 1907 : Sot.
Georgette continue de se lamenter ! Dame ! le vicomte représentait vingt-cinq mille francs par an ; et solide, le Breton ! Leur liaison avait débuté par de la passion, et regrets de l’argent et regrets de l’amant, Georgette mêle tout dans une seule exclamation…
— Faut-il que je sois gourde… Faut-il que je sois gourde !
(Jean Ajalbert)
— Quand par malheur je hasardais une timide observation, j’étais immédiatement gratifié d’une foule de qualificatifs empruntés, pour la plupart, au règne végétal.
Les plus doux étaient ceux de gros melon, de cornichon, de gourde, etc., quand elle ne prétendait pas que je n’étais bon qu’à manger du foin.
(Marc Mario)
Guimbarde
Larchey, 1865 : Vieille voiture, grosse voiture a quatre roues.
Monsieur, pourquoi votre guimbarde n’est-elle pas prête ?
(Cormon)
Delvau, 1866 : s. f. Voiture mal suspendue, comme les coucous d’il y a cinquante ans, — dans l’argot des faubouriens, qui emploient aussi cette expression à propos de n’importe quelle voiture. L’expression se trouve dans Restif de la Bretonne, qui l’emploie à propos d’une « grande voiture à quatre roues chargée de marchandises ». Se dit aussi en parlant d’une vieille guitare.
Rigaud, 1881 : Horloge, — dans le jargon des voyous.
Au moment juste où douze plombes se sont décrochées à la guimbarde de la tôle.
(Le Père Duchêne, 1879)
Rigaud, 1881 : Porte, — dans le jargon des ouvriers. — Bousculer la guimbarde, faire claquer la porte.
Rigaud, 1881 : Voix, parole, — dans le jargon des halles. — Couper la guimbarde, imposer silence.
Mon gesse et surtout mon n’harangue
Coupent la guimbarde aux plus forts.
(L. Festeau, Le Tapageur)
La Rue, 1894 : Mauvaise ou vieille voiture.
La Rue, 1894 : Porte. Guitare.
Rossignol, 1901 : Fiacre.
France, 1907 : Femme bonne à rien, qui ne sait pas se remuer, se tirer d’affaire.
Oui, une femme devrait savoir se retourner, mais la sienne avait toujours été une guimbarde, un tas. Ce serait sa faute, s’ils crevaient sur ls paille.
(Émile Zola, L’Assommoir)
France, 1907 : Porte.
France, 1907 : Voiture, fiacre.
L’autr’ soir un’ guimbard’ de l’Urbaine
Accroch’ mon pal’tot et m’entraîne
Sur l’pavé,
Je crie au cocher qui m’renverse :
Tu vois donc pas quand on traverse ?
Il m’répond : Fais pas tant l’mariole…
Y’a vingt ans que j’traîn’ ma carriole :
Quand j’te démolirais les côtes,
Heu !… j’en ai bien démoli d’autes.
(Aristide Bruant)
Le cocher, droit sur sa guimbarde,
À croire qu’un pal le retient,
Dédaigneusement me regarde
Et me traite de propre à rien !
(Henry Buguet)
Jaboter
d’Hautel, 1808 : Caqueter ; parler à tort et à travers ; ne dire que des choses frivoles et inutiles.
Larchey, 1865 : Causer.
Asseyez-vous donc un peu… nous jaboterons.
(Ricard)
On trouve jaboter avec ce sens dans Roquefort.
Delvau, 1866 : v. n. Parler, bavarder. L’expression se trouve dans Restif de la Bretonne :
Lise était sotte,
Maintenant elle jabotte ;
Voyez comme l’esprit
Dans un jeune cœur s’introduit.
Rossignol, 1901 : Causer, parler.
France, 1907 : Bavarder.
Lise était sotte,
Maintenant elle jabotte.
(Restif de la Bretonne)
Le babillage politique de Léonide Leblanc, ses prétentions d’Égérie attestaient assurément plus de bonne volonté que d’information. Son esprit s’honora, du moins, par quelques curiosités intellectuelles. Elle déclarait un jour à un des plus spirituels rédacteurs en chef parisiens « Téléphonez-moi vers 5 heures, tous les jours : nous jaboterons politique… »
(Francis Chevassu)
Sous la brise fraîche,
Filant comme flèche,
Des bateaux de pêche
Passent au lointain ;
Les baigneurs barbotent,
Les vagues clapotent,
Les dames jabotent,
C’est l’heure du bain.
(L. Xanrof)
Jugeotte
Larchey, 1865 : Jugement, avis.
Dis-moi z’un peu franchement,
Là dessus ta petite jugeotte.
(Léonard, parodie, 1863)
Delvau, 1866 : s. f. Jugement, logique, raison, bon sens, — dans l’argot du peuple, pour qui cela remplace la judiciaire.
Rigaud, 1881 : Bon sens ; jugement sain.
Hayard, 1907 : Jugement, intelligence.
France, 1907 : Bon sens, jugement.
Comme beaucoup de gens à cette époque, il me semblait qu’une République fédérale était ce qui pouvait le mieux convenir à notre pays. Je m’étais dit, dans ma jugeotte de gamin de Paris, que les citoyens de Montmartre ne ressemblant en rien à des Bretons, il était criminel et inepte de vouloir faire vivre les uns et les autres sous les mêmes lois.
(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)
Au lieu de dire, ce qui serait juste : « Un Tel est une canaille, quoique avocat ! » la simpliste jugeotte des foules englobe la collectivité tout entière dans l’abaissement d’un seul. Et les raffinés amplifient : « Un Tel, etc., parce que avocat ! » L’agréable chose, pour la très grande majorité d’honnêtes gens confondus ainsi avec les brebis galeuses !
(Séverine)
Légumard
France, 1907 : Gros fonctionnaire, officier supérieur, homme haut placé.
L’autre samedi, pendant que Bibi pestait à travers champs contre les garces de giboulées de mars et que les frangins des villasses moisissaient dans leurs ateliers, savez-vous de quoi s’occupaient les porcs de la Chambre ? Ne sachant à quoi tuer le temps, ils s’étaient foutus à jaboter de la mévente des autres porcs, — de ceux à quatre pattes.
La mévente… un diable de mot qui a fait son chemin depuis qu’il y a trois ans et demi les vignerons du Bas-Languedoc et du Roussillon firent de la rouspétance et engueulèrent gentiment préfets et autres légumards à cause de la mévente de leurs picolos.
Et c’est contagieux ces sacrées méventes. À celle du piéton succède celle du blé ; les Bretons se plaignent de la mévente des beurres et les gas du Sud-Ouest de la mévente du bétail.
(Le Père Peinard)
Louffe
Rossignol, 1901 : Celui qui lâche une louffe est un mal élevé, car il n’est pas convenable de louffer en société ; il est vrai qu’une louffe ne s’entend pas, mais se sent.
France, 1907 : Vesse : du provençal loufia, ou du breton louf.
Mangeuse de viande crue
Delvau, 1866 : s. f. Fille publique. L’expression est vieille : elle se trouve dans Restif de la Bretonne.
Virmaître, 1894 : Cette figure dégoûtante, mais très caractéristique, désigne une fille publique qui a une certaine spécialité (Argot des souteneurs).
France, 1907 : Prostituée exerçant une certaine industrie.
Marlou
Clémens, 1840 : Adroit.
un détenu, 1846 : Individu impropre a rien, un fainéant et un voleur adroit, fin, rusé, malin.
Delvau, 1864 : Variété de maquereau, d’homme sans préjugés, qui non-seulement consent à recevoir de l’argent des filles galantes, mais encore en exige d’elles le poing sur la gorge et le pied dans le cul.
La plus sublime de ces positions, c’est celle du marlou.
(Frédéric Soulié)
C’est des marlous, n’y prends pas garde.
(H. Monnier)
Larchey, 1865 : Souteneur. — Corruption du vieux mot marlier : sacristain. — Les souteneurs étaient de même appelés sacristains au dix-huitième siècle. On en trouve plus d’une preuve dans Rétif de la Bretonne.
Un marlou, c’est un beau jeune homme, fort, solide, sachant tirer la savate, se mettant fort bien, dansant la chahu et le cancan avec élégance, aimable auprès des filles dévouées au culte de Vénus, les soutenant dans les dangers éminents…
(Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8)
Par extension, on appelle marlou tout homme peu délicat avec les femmes, et même tout homme qui a mauvais genre.
(Cadol)
Delvau, 1866 : s. et adj. Malin, rusé, expert aux choses de la vie.
Delvau, 1866 : s. m. Souteneur de filles, — dans l’argot des faubouriens. Pourquoi, à propos de ce mot tout moderne, Francisque Michel a-t-il éprouvé le besoin de recourir au Glossaire de Du Cange et de calomnier le respectable corps des marguilliers ? Puisqu’il lui fallait absolument une étymologie, que ne l’a-t-il demandée plutôt à un Dictionnaire anglais ! Mar (gâter) love (amour) ; les souteneurs, en effet, souillent le sentiment le plus divin en battant monnaie avec lui. Cette étymologie n’est peut-être pas très bonne, mais elle est au moins aussi vraisemblable que celle de Francisque Michel. Il y a aussi le vieux français marcou.
Rigaud, 1881 : Mauvais drôle, malin. — Souteneur de filles, — dans l’ancien jargon du peuple.
La Rue, 1894 : Souteneur. Filou. Malin, rusé. Front.
Virmaître, 1894 : Individu qui vit de la prostitution des femmes. Marlou vient du vieux mot marlier, avec un changement de finale (Argot des filles).
Rossignol, 1901 : Malin. Un souteneur c’est aussi un marlou.
Hayard, 1907 : Souteneur.
France, 1907 : Souteneurs du vieux mot marlier, sacristain, dénomination que le souteneur portait autrefois. Par extension, quand un homme marié a des rapports intimes avec une femme mariée, on dit que c’est son marlou.
Un marlou, Monsieur le Préfet, c’est un beau jeune homme, fort, solide, sachant tirer la savate, se mettant fort bien, dansant le chahut et le cancan avec élégance, aimable auprès des filles dévouées au culte de Vénus, les soutenant dans les dangers, sachant les faire respecter et les forcer à se conduire avec décence, oui, avec décente et je le prouverai. Vous voyez donc qu’un marlou est un être moral, utile à la société ; et vous venez les forcer à en devenir le fléau, en forçant nos particulières à limiter leur commerce dans l’intérieur de leurs maisons…
(Réclamation des anciens marlous au Préfet le police)
Quand faut aller servir c’tte bon Dieu d’République,
Où qu’tout l’monde est soldat malgré son consent’ment.
On nous envoi’ grossir les bataillons d’Afrique,
À caus’ que les marlous aim’nt pas l’gouvernement.
(Aristide Bruant)
L’rendez-vous d’Alphonse et d’Polyte,
L’tremplin où Nana tient sa cour,
Où l’marlou conduit sa marmite,
C’est l’pont Caulaincourt !
(Aristide Bruant)
anon., 1907 : Souteneur.
Mener pisser
Delvau, 1866 : v. a. Forcer un homme à se battre en duel. Argot des troupiers. On ne le mène pas pisser ! Une phrase de l’argot du peuple, qui emploie pour indiquer le caractère d’un nomme qui ne fait que ce qu’il veut, et non ce que les autres veulent. Elle se trouve dans Restif de La Bretonne.
Rigaud, 1881 : Pousser quelqu’un à se battre en duel, — dans le jargon des troupiers.
France, 1907 : Forcer un homme à se battre en duel. On sait quel effet produit la peur sur la vessie. Henri IV déclarait bravement qu’avant chaque bataille il pissait dans ses chausses.
Mère-abbesse
Delvau, 1866 : s. f. Grosse femme qui tient un pensionnat de demoiselles — indignes d’orner leur corsage du bouquet de fleurs d’oranger traditionnel. L’expression se trouve dans Restif de la Bretonne.
Mitan
Delvau, 1866 : s. m. Milieu, — dans l’argot du peuple.
Hayard, 1907 : Milieu.
France, 1907 : Milieu, moitié. Provincialisme ; du latin medietas, moitié. Au mitan, au milieu, dans l’Est et la plupart des provinces. En tudesque, on écrit mittau ; en bas breton, mittain. La mer du mitan, la Méditerranée.
Le boufon qui vist cela dit : Et moi je voudrois estre au beau mitan.
(Brantôme)
Ai fai tremblai les quatre quarres
Et le mitan de l’univers.
(Noël bourguignons)
Jadis on disait mer du mitan, pour mer Méditerranée.
D’autre part, il voyait monter de la Bretagne
Grand nombre de vaisseaux sur l’ondeuse campagne,
Aux armes des François, et la mer du mitan
Ses galères conduire ès eaux de l’Océan.
(Jacques Corbin, La Sainte Franciade)
Moc
France, 1907 : Gobelet breton.
Les enquêtes et les contre-enquêtes s’étaient succédé à grand renfort de mocs de cidre et de coups de penbass. La question tournait à l’aigre ; la politique commençait à l’exploiter à propos d’une élection prochaine : il était temps d’en finir.
(Léon de Tinseau, La Meilleure Part)
Moussaillon
France, 1907 : Diminutif de mousse. Sobriquet donné aux aspirants de marine.
Tout le temps où il ne dormait pas, où il n’était pas à table, où il ne courait pas derrière les jupes d’une gamine, s’écoulait à dresser ainsi ses oiseaux, à leur enfoncer dans le cerveau des exclamations de caserne, des brailleries de beuglant. Cet élevage difficile lui servait à payer ses frais d’amour, à acquitter ses dettes dans les alcôves nombreuses où il s’attardait de ci de là, comme s’il avait eu encore des reins souples de moussaillon.
(Mora, Gil Blas)
Pour combattre la flotte anglaise
Comme il faut plus d’un moussaillon,
J’en f’rons deux à ma Paimpolaise
En rentrant au pays breton !
(Théodore Botrel, La Paimpolaise)
Nid d’amour
France, 1907 : Échancrure au dos du corsage des femmes ; expression bretonne.
La femme était une brunette, au teint de pêche et aux cheveux crépus. Je lui connus deux toilettes, qui, l’une et l’autre, étaient décolletées par devant de matière à découvrir la naissance d’une gorge dont on pouvait apprécier qu’elle venait très bien au monde ; et, par derrière, le corsage avait, sous la nuque, cette échancrure que l’on nomme en Bretagne : « Nid d’amour. »
(Paul Hervieu)
Nigousse
France, 1907 : Conscrit. Argot militaire ; corruption de nigaud.
Le conscrit pousse la porte.
Et aussitôt il s’arrête, immobile d’étonnement. Une vingtaine d’anciens bondissent à cloche-pied par-dessus les lits, où d’autres, étendus, la tête sous un bras, fumotent, les yeux fermés, de longues pipes noires. Un grand barbu, que les camarades appellent « l’ordonnance », nettoie son fusil et siffle un air de chasseur. Trois jeunes brossent leurs godillots, le pied sur un banc, une serviette sur l’épaule. Il y a dans l’air de cette chambre de la nicotine et des jurons. Le grand barbu voit entrer le conscrit, et pose à terre la gueule de son Lebel.
— Tiens, un nigousse !
(George d’Esparbès)
Les pomm’s de terre pour les cochons,
Les épluchur’s pour les Bretons
À la nigousse, gousse, gousse.
(Chanson de caserne)
Piautre
Delvau, 1866 : s. m. Mauvais garnement, — dans l’argot du peuple. Envoyer au piautre. Envoyer au diable. Vieille expression se trouvant dans Rétif de la Bretonne.
France, 1907 : Mauvais garnement. « Envoyer aux piautres », envoyer au diable.
On l’eût pris, sans mentir, à son air, à sa grâce,
À son joli menton non encor cotoné,
Pour le jeune Apollon ou Cupidon l’aîné.
J’avais pour cet ingrat écartés tous les autres,
Les envoyant tretous, comme l’on dit, aux piautres.
(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)
Pine
Delvau, 1864 : L’outil masculin, l’engin avec lequel l’humanité pine et se perpétua. On n’ose pas prononcer le mot, mais on adore la chose, et il n’est pas de rêve de jeune fille qui ne soit agréablement troublé par ce dieu qui n’a pas encore trouvé d’athée. Pine vient, soit du grec πηνη, corde, soit du latin pénis, queue, soit du français pénil.
L’autre la nommait sa pine.
(Rabelais)
En notre troupe il y avait un prêtre breton qui avait la pine si offensée.
(Moyen de parvenir)
Ton valet a mal à la pine,
Ton anus est en désarroi,
Fort aisément je m’imagine
Ce qu’il a pu faire avec toi.
(Épigrammes)
Elle me dit qu’elle était fort étonnée qu’à mon âge je ne fusse pas plus instruite que cela sur le pinage, et qus si je voulais être discrète, elle m’instruirait parfaitement.
(Anaïs)
Pour lors, un bracquemard du plus fort calibre la finit et la venge cinq ou six fois de l’insuffisante pinette qui vient de l’émoustiller.
(Les Aphrodites)
Attends que je défasse tout cela : nous verrons la pine après.
(La Popelinière)
… Piner est le mot des maçons.
(L. Protat)
Dieu…
Pour les sétons et les cautères
Il fit les pois,
Et pour les pines solitaires
Il fit les doigts,
(Parnasse satyrique)
Pivoiner
Vidocq, 1837 : v. a. — Rougir. Terme des voleurs bretons.
Delvau, 1866 : v. n. Rougir, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Rougir ; par allusion à la couleur de la pivoine.
France, 1907 : Rougir ; argot populaire.
Raccrocher
d’Hautel, 1808 : Raccrocher quelqu’un. L’arrêter en passant, l’accoster librement ; il ne se dit, guères que des prostituées qui arrêtent les passans dans les rues.
Se raccrocher aux branches. Regagner en tout ou en partie les avantages que l’on avoit perdus.
Delvau, 1864 : Arrêter un homme sur le trottoir, la nuit, et l’inviter à monter pour baiser et jouir.
J’ai été un an à l’hôpital. Une autre que moi, en sortant de là, aurait raccroché.
(Rétif de la Bretonne)
Delvau, 1866 : v. a. Se promener sur le trottoir en robe décolletée et en bas bien tirés, — dans l’argot du peuple.
La Rue, 1894 : Appeler les hommes dans la rue, dans l’argot des filles.
France, 1907 : Arrêter les hommes pour les convier à fêter Vénus.
La prostituée qui raccroche sur les bancs, la femme adultère où la concubine qui trompent soit le mari, soit l’amant, et la courtisane de haute marque qui descend de cheval à l’avenue des Poteaux, se fait trainer au Bois dans son équipage ou assiste à toutes les premières dans l’avant-scène de gauche, toutes ces créatures sont du même monde, du même acabit et finiront toutes par puer le même relent.
(Louis Davyl)
Ruf
France, 1907 : Feu ; argot des voleurs, de l’argot italien ruffio ; en argot breton, rufan.
France, 1907 : Geôlier ; argot des voleurs. Est-ce l’abréviation de rufian, ou le mot anglais rough, rude, grossier, qui se prononce reuf, passé dans la langue des voleurs ?
Voir Rufe.
Tétons (casses à)
France, 1907 : Pour composer facilement, il faut éviter de trop emplir sa casse ; certains compositeurs se plaisent à faire ce qu’on appelle en argot d’atelier des casses à tétons, c’est-à-dire de petits monticules de lettres dépassant les parois des cassetins en hauteur. En agissant ainsi, on s’expose, en composant, à faire dégringoler le trop-plein d’un cassetin dans un cassetin inférieur, ce qui fait que souvent dans les casses trop bondées, les lettres, lorsqu’on arrive en composant à fond de cale, sont tellement mélangées, qu’on est obligé, pour ainsi dire, de les regarder une à une et de perdre un temps considérable à relire ses lignes si on ne veut pas avoir une composition constellée de coquilles.
(V. Breton, Causerie typographique)
Truc
Vidocq, 1837 : s. f. — Une des diverses manières de voler, profession d’un voleur.
un détenu, 1846 : Tout faire. Homme à truc : métier.
Halbert, 1849 : Industrie quelconque.
Larchey, 1865 : Manière de voler (Vidocq). — Du vieux mot truche (V. Roquefort). — La truche était l’art d’exploiter la pitié des gens charitables.
Grand Coësre, dabusche des argotiers et des trucheurs le grand maître, vivent les enfants de la truche ! vivent les enfants de l’argot !
(Vidocq)
Cette juxtaposition de truche et de argot confirme notre pensée sur l’origine de ce dernier mot… Argot n’est qu’une forme d’argue : ruse, subtilité. — Au moyen âge, les mots truffe, trulle et trut avaient le même sens de finesse et d’imposture. Ce dernier, qui ne diffère pas beaucoup de truc, se trouve, dès le quatorzième siècle, dans une chronique rimée du duc de Bretagne, Jean IV (Lobineau, t. II, col.730) :
François prenoient trop divers noms Pour faire paour aux Bretons, Mais ils avoient plus de viel Trut Que vueille truie qui est en rut.
V. Roustir, Lem. Notre société a adapté le mot truc, au théâtre c’est la machine destinée à produire un changement à vue, les féeries sont des pièces à trucs, pour un auteur dramatique, le truc est la science des détails. On dit d’un écrivain qui file la scène avec difficulté, qu’il manque de truc.
Delvau, 1866 : s. m. Ficelle, secret du métier, — dans l’argot des saltimbanques. Débiner le truc. Révéler le secret d’un tour.
Delvau, 1866 : s. m. Machine destinée à produire un changement à vue, — dans l’argot des coulisses. Signifie aussi Entente des détails et de la mise en scène.
Delvau, 1866 : s. m. Tromperie ; malice, — dans l’argot du peuple. Avoir du truc. Avoir un caractère ingénieux. Connaître le truc. Connaître le secret d’une chose.
Le truc était, au commencement du XVIIIe siècle, un billard particulier, plus long que les autres, et pour y jouer proprement il fallait en connaître le secret.
Rigaud, 1881 : Commerce infime en plein air, petit trafic de toute sorte d’objets sans valeur.
Le gamin de Paris fait tous les petits commerces qu’on désigne sous l’appellation de trucs. C’est sa qualité native.
(Ménetier, Les Binettes des cafés-concerts)
Rigaud, 1881 : Machine servant à produire un changement à vue au théâtre. — Le changement à vue lui-même. Les féeries sont des pièces à truc.
Rigaud, 1881 : Métier, — dans l’argot des voleurs. — À la Cour des Miracles le truc était un genre de vol qui consistait à dépouiller celui dont on implorait la charité.
Rigaud, 1881 : Ruse, mensonge ingénieux.
Est-ce que je ne connais pas toutes les couleurs ? J’ai le truc de chaque commerce.
(Balzac, L’Illustre Gaudissart)
Son chef-d’œuvre est l’invention du truc à l’amour.
(Mémoires de Thérésa)
Ce farceur de Mes-Bottes avait eu le truc d’épouser une dame très décatie.
(É. Zola)
Boutmy, 1883 : s. m. Façon d’agir, bonne ou mauvaise ; plus souvent synonyme de ruse, de tromperie : Tu sais, mon vieux, je n’aime pas ces trucs-là. Usité aussi dans d’autres argots. Piger le truc, découvrir la ficelle, la ruse. Rebiffer au truc, recommencer une chose déjà faite, à manger et à boire, par exemple.
La Rue, 1894 : Métier. Ruse, tromperie. Secret d’un métier, d’un tour. Petit commerce. Racolage.
Virmaître, 1894 : Connaître le truc, être malin. Avoir du truc, avoir les moyens de réussir. Truc : machine de théâtre employée dans les féeries pour un changement de décors à vue. Truc : moyen secret que possède un individu de faire quelque chose (Argot des camelots et des saltimbanques).
Hayard, 1907 : Signifie n’importe quoi, comme fourbi.
France, 1907 : Tromperie, ficelle, ruse, secret de métier. On appelait autrefois truc une sorte de billard qu’il fallait étudier et dont il était nécessaire de connaitre le secret pour pouvoir y jouer avec avantage.
— Si jamais Monsieur avait besoin de moi… et de mon associé, nous serions bons, là, pour n’importe quelle besogne… — et nous avons pas mal de trucs dans notre sac… et des fameux… — Il ne s’agit que d’y mettre le prix. — Monsieur nous trouverait à ses ordres.
(Xavier de Montépin, Le Mariage de Léone)
Lorsqu’un de ses protecteurs lui fait une scène et parle de la lâcher, la petite Simonne de L…, qui n’est pas une sotte, a trouvé un bon truc.
Elle se couche, absolument nue, devant la porte de son boudoir, en s’écriant d’une voix dramatique :
— Avant de sortir d’ici, Monsieur, vous me passerez sur le corps.
Ça lui a toujours réussi.
(Le Diable amoureux)
Voir la feuille à l’envers
Delvau, 1866 : v. a. Le couplet suivant, tiré d’une très vieille chanson reproduite par Restif de la Bretonne dans sa LXXII-CLXXVIIe Contemporaine, expliquera cette expression mieux que je ne le pourrais faire :
Sitôt, par un doux badinage,
Il la jeta sur le gazon.
— Ne fais pas, dit-il, la sauvage,
Jouis de la belle saison.
Pour toi, le tendre amour m’engage
Et pour toi je porte ses fers ;
Ne faut-il pas, dans le jeune âge,
Voir un peu la feuille à l’envers ?
chante le berger Colinet à la bergère Lisette, chapitre des Jolies Crieuses.
Virmaître, 1894 : Pour la voir, il ne faut certes pas être sur le ventre (Argot du peuple). Il existe plusieurs chansons qui célèbrent les joies de voir la feuille à l’envers :
Sitôt, par un doux badinage,
Il la jeta sur le gazon.
— Ne fais pas, dit-il, la sauvage,
Jouis de la belle saison.
Pour toi, le tendre amour m’engage,
Et pour toi je porte ses fers.
Ne faut-il pas, dans le jeune âge.
Voir un peu la feuille à l’envers ?
(Restif de la Bretonne, Les Jolies Crieuses)
Un autre auteur a écrit sur le même sujet :
Oh ! la drôle de chanson
Que chantaient Blaise et Toinon.
France, 1907 : Coïter.
Les deux bobonnes se roulaient sur l’herbe, en poussant des gloussements à faire croire qu’il y avait dans l’épaisseur du fourré une demi-douzaine de pintades ; quant à nos lascars, ils voyaient le septième ciel sous le prisme enchanteur de la feuille à l’envers.
(Le Régiment illustre)
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