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Abbaye ruffante (four chaud)

Vidocq, 1837 : s. f. — Ce mot appartient au vieux langage argotique, il est précédé d’un astérisque ainsi que tous ceux qui sont empruntés à un petit ouvrage très-rare, publié au commencement du seizième siècle, et qui est intitulé : « Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne, comme il est à présent en usage parmi les bons pauvres ; tiré et recueilli des plus fameux argotiers dece temps ; composé par un Pilier de Boutanche qui maquille en molanche, en la vergne de Tours ; à Troyes, et se vend à Paris, chez Jean Musier, marchand libraire, rue Petit-Pont, à l’image Saint-Jean. »

Babillaudier

Halbert, 1849 : Libraire.

Delvau, 1866 : s. m. Libraire, vendeur de babillards.

France, 1907 : Libraire.

Barbe

d’Hautel, 1808 : Ivresse, passion du vin chez les ouvriers imprimeurs. Les lundi, mardi, mercredi de chaque semaine outre le dimanche, sont les jours consacrés à prendre la barbe ; jours perfides qui font la désolation des auteurs, des libraires, la mine des maîtres, et qui conduisent infailliblement les compagnons à l’hôpital.
Avoir la barbe. Être complètement ivre.
Prendre la barbe. Faire la ribotte, se griser, se souler, se laisser abrutir par le vin. Lorsque quelqu’un tient des discours déraisonnables, ou fait des propositions ridicules, on lui demande, S’il a la barbe. Toutes ces locutions ne sont usitées que parmi les imprimeurs.
Rire sous barbe. Rire intérieurement et avec malice ; ressentir un plaisir secret que l’on manifeste à l’extérieur par des signes ironiques.
Il s’en torchera les barbes. C’est-à-dire, il s’en passera ; il n’y a rien pour lui dans cette affaire.
Faire la barbe à quelqu’un. Le surpasser dans une science ou un art quelconque ; lui être infiniment supérieur.
À son nez, à sa barbe. Pour dire que l’on a fait quelque chose à la vue de quelqu’un, à dessein de se moquer de lui, de l’insulter.

Delvau, 1866 : s. f. Ivresse, — dans l’argot des typographes. Avoir sa barbe. Être ivre.
On dit aussi Prendre une barbe. Se griser.

Rigaud, 1881 : Ivresse, dans le jargon des ouvriers. — Prendre une barbe, se griser. Avoir sa barbe, être soûl.

Boutmy, 1883 : s. f. La barbe dit l’auteur de Typographes et gens de lettres, c’est ce moment heureux, ce moment fortuné, qui procure au malheureux une douce extase et lui fait oublier ses chagrins, ses tourments et sa casse ! Que ne trouve-t-on, pas dans cette dive bouteille ? Pour tous, elle est un soulagement aux travaux ennuyeux ; pour quelques-uns moyen de distraction ; d’autres y cherchent l’oubli, un certain nombre l’espérance.

La barbe a des degrés divers. Le coup de feu est la barbe commençante. Quand l’état d’ivresse est complet, la barbe est simple : elle est indigne quand le sujet tombe sous la table, cas extrêmement rare. Il est certains poivreaux qui commettent la grave imprudence de promener leur barbe à l’atelier ; presque tous deviennent alors Pallasseurs, surtout ceux qui sont taciturnes à l’état sec.

Fustier, 1889 : Répétition.

Une barbe, c’est une répétition de bachot donnée à un aspirant au diplôme. Il s’assied, on le rase, il paye, c’est une barbe !

(Richepin)

Virmaître, 1894 : Beau mâle, gars solide.
— Mon homme est un rude barbe.
Il y a des barbes qui, dans certains quartiers, sont en réputation comme autrefois les terreurs (Argot des filles et des souteneurs).

Virmaître, 1894 : Vieux. Par corruption on dit : birbe. On appelle les vieux de 1848 qui survivent : des vieilles barbes (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Ennuyer quelqu’un en lui causant est lui faire la barbe ; on dit aussi raser.

France, 1907 : Souteneur. Abréviation de barbot. Vieille barbe, politicien de la vieille école, homme de 1848. Avoir sa barbe, être ivre, d’où : prendre une barbe, pour se griser. On appelle aussi barbe une répétition donnée à un candidat au bachot. Faire sa barbe, c’est, en argot des coulisses, gagner de l’argent.

Blanc

d’Hautel, 1808 : Un mangeur de blanc. Libertin, lâche et parresseux, qui n’a pas honte de se laisser entretenir par les femmes.
Il a mangé son pain blanc le premier. Pour dire que dans un travail quelconque, on a commencé par celui qui étoit le plus agréable, et que l’on a gardé le plus pénible pour la fin.
Se manger le blanc des yeux. Pour se quereller continuellement ; être en grande intimité avec quelqu’un.
Quereller quelqu’un de but en blanc. C’est chercher dispute à quelqu’un sans motif, sans sujet, lui faire une mauvaise querelle.
On dit à quelqu’un en lui ordonnant une chose impossible, que s’il en vient à bout, On lui donnera un merle blanc.
Rouge au soir, blanc au matin ; c’est la journée du pèlerin.
Voyez Pélerin.
S’en aller le bâton blanc à la main. Voyez Bâton.
Il faut faire cette chose à bis ou à blanc. C’est-à-dire, de gré ou de force.

M.D., 1844 : Connu.

Delvau, 1866 : s. m. Légitimiste, — dans l’argot du peuple, par allusion au drapeau fleurdelisé de nos anciens rois.

Delvau, 1866 : s. m. Vin blanc, — dans le même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Partisan de la monarchie héréditaire. Allusion à la couleur du drapeau des anciens rois de France.

Dans les trois jours de baccanal !
Les blancs n’étaient pas à la noce
Tandis que moi j’étais t’au bal.

(L. Festeau, Le Tapageur)

Rigaud, 1881 : Terme de libraire : livre en feuille non encore broché.

Hayard, 1907 : Argent.

France, 1907 : Eau-de-vie de marc ; pièce d’un franc ; légitimiste, à cause du drapeau blanc des anciens rois de France. Blancs d’Espagne, légitimistes qui considèrent Don Carlos comme l’héritier de la couronne de France. Être à blanc, avoir un faux nom ; expression qui vient de l’habitude qu’on avait autrefois d’inscrire sur les registres des actes de naissances les enfants trouvés sous le nom de « blanc », d’où l’appellation d’enfants blancs.

L’invasion des « blanc » dans l’état civil motiva une circulaire, adressée, le 30 juin 1812, aux préfets par le ministre de l’intérieur, qui blâma cet usage, en invitant les officiers d’état civil à ne plus accepter ces désignations et notamment celle de blanc : « Cette sorte de désignation vague, jointe à un nom de baptême qui lui-même peut être commun à plusieurs individus de la même classe, disait le ministre, ne suffit pas pour les distinguer ; il en résulte que les mêmes noms abondent sur la liste de circonscription, etc. »
Quelle en était l’origine ? Le mot blanc s’emploie souvent à titre négatif, spécialement on dit : « Laissez le nom en blanc », c’est-à-dire n’en mettez pas. Or, l’enfant naturel, né de père et de mère inconnus, n’a pas de nom qu’on puisse inscrire sur son acte de naissance, d’ou probablement le nom blanc qu’on a mis pour en tenir lieu, et comme exprimant l’absence de tout nom patronymique.

(L’Intermédiaire des chercheurs et curieux)

Jeter du blanc, interligner ; argot des typographes.
N’être pas blanc. Se trouver en danger, être sous le coup d’une mauvaise affaire.

France, 1907 : Rondelle de métal que les filles de maisons de prostitution reçoivent de la matrone après une passe et qui représente le tarif ; d’où mangeurs de blancs, pour désigner un individu se faisant entretenir par les prostituées.

Bouquin

d’Hautel, 1808 : Un vieux bouquin. Terme de mépris ; paillard, vieil homme qui courtise les filles, qui mène une vie, libertine.
Sentir le bouquin. Sentir mauvais, exhaler l’odeur d’un bouc.

Delvau, 1866 : s. m. Livre neuf ou vieux, — dans l’argot des gens de lettres. C’est une corruption ou une ironie du mot anglais book.

Rigaud, 1881 : Tout livre que l’on vend après l’avoir lu ou même sans l’avoir lu est un bouquin, dans le jargon des hommes de lettres. — Livre de peu d’importance au point de vue de la vente, — dans le jargon des libraires.

France, 1907 : Livre ; corruption de l’anglais book.

Braire

Delvau, 1866 : v. n. Pleurer. C’est un vieux mot. On le trouve dans la Chanson de Roland.

France, 1907 : Pleurer, crier.

Chanter comme un rossignol d’arcadie

France, 1907 : Braire comme un âne.

Déboulonner

Rigaud, 1881 : Enlever les plaques de métal qui recouvrent la maçonnerie de certains monuments. — Le peintre Courbet voulait seulement déboulonner la colonne Vendôme. Sa pensée, paraît-il, fut mal interprétée, et la colonne fut renversée.

Rigaud, 1881 : Vendre, écouler, — dans le jargon des libraires. — Déboulonner dix mille exemplaires d’un ouvrage.

Défaits

Rigaud, 1881 : Ce sont, en terme de libraire, les feuilles d’un livre qui ne sont pas suivies et qui servent à compléter celles qui peuvent manquer.

Dur

Ansiaume, 1821 : Fer.

Ils m’ont mis des durs aux paturons de 18 plombes.

Vidocq, 1837 : s. m. — Fer.

Larchey, 1865 : Eau-de-vie. V. Chenique.

Pour faire place aux petits verres de dur.

(Th. Gautier)

Larchey, 1865 : Fer (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Raide.

Delvau, 1866 : s. m. Fer, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Durin.

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie.

Rigaud, 1881 : Fer, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Vente difficile d’un livre, — en terme de libraire. Ce n’est pas un mauvais ouvrage, mais c’est dur.

La Rue, 1894 : Fer. Eau-de-vie. Travaux forcés. Travailler sur le dur. Voler en chemin de fer.

Virmaître, 1894 : Il est au dur : en prison. C’est dur : pénible, difficile. C’est dur à digérer : grosse sottise ou blague impossible à avaler. Dur à cuire : vieux troupier qui ne ressent rien. Dur (être dans son) : être ce jour-là plus courageux qu’à l’ordinaire (Argot des voleurs).

France, 1907 : Eau-de-vie. On dit aussi raide.

France, 1907 : Fer.

France, 1907 : Foie de veau ou de bœuf, par opposition au poumon appelé mou.

France, 1907 : Travaux forcés.

— Un gars, le daron !… Il tire huit longes de dur pour avoir refroidi un ligordeau avec qui il avait eu de la renaude.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Étouffeur

Delvau, 1866 : s. m. Libraire qui ne sait pas lancer ses livres ou qui ne veut pas lancer les livres édités par les autres libraires.

Rigaud, 1881 : Libraire, éditeur, qui connaît mal son métier. Celui qui lance mal, qui ne sait pas lancer un ouvrage. Faute de quelques réclames dans les journaux, l’étouffeur voit moisir les éditions au fond de sa boutique.

Virmaître, 1894 : On étouffe une affaire, un scandale. Un libraire étouffe un livre qu’il ne sait pas lancer. Le caissier qui vole son patron étouffe la monnaie. C’est surtout dans les cercles que les croupiers étouffent les jetons. On étouffe un perroquet. Étouffer, en un mot, est le synonyme de voler (Argot du peuple).

France, 1907 : Éditeur qui, ne sachant pas lancer ses livres on se refusant à la dépense d’un lancement, étouffe les auteurs. Se dit aussi d’un libraire-éditeur qui ne vent vendre que les livres édités par lui.

France, 1907 : Voleur, grec.

Gâte-sauce littéraire

France, 1907 : Petit journaliste sans talent, sans instruction, sans style, médisant et envieux, qu’on emploie à toutes les sauces, surtout les plus sales.

Mais à côté des écrivains honnêtes, il y a malheureusement dans la presse une foule d’écrivains — que je pourrais nommer — pour qui toutes les renommées sont un sujet d’envie et de haine, et qui cherchent par tous les moyens à ternir les réputations les mieux acquises. On pourrait les nommer les petits polissons de la littérature, les gâte-sauce littéraires, les saute-ruisseaux de libraires, les ahuris et les abrutis de la petite presse.

(Victorien Monnier)

Gober

d’Hautel, 1808 : Pour dire manger, prendre de la nourriture.
Gober des mouches. Croquer le marmot, passer une vie oisive et désœuvrée.
Il a gobé le morceau. Se dit de quelqu’un qui dans une bataille ou un duel a été blessé ; d’un homme sur lequel sont tombés tous les frais d’une affaire.
Gober la chèvre. Voyez Chèvre.
Gober. Pour, prendre, se saisir.
On l’a gobé. Pour, on s’en est saisi, on l’a mis en prison.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Attraper. Être gobé, être pris sur le fait.

un détenu, 1846 : Aimer, affectionner.

Delvau, 1866 : v. a. Avoir de la sympathie pour quelqu’un ; ressentir de l’enthousiasme pour certaines idées. Argot des faubouriens. Éprouver un sentiment subit de tendresse pour un compagnon, — dans l’argot des petites dames.

Delvau, 1866 : v. a. Croire légèrement aux choses qu’on dit, avaler les mensonges avec autant de confiance que si c’étaient des vérités.

Rigaud, 1881 : Trouver bien ; trouver à son goût. Se dit principalement des personnes. Gober quelqu’un. — Ils se gobent, ils s’aiment, ils se plaisent mutuellement. — Se gober, avoir une haute opinion de sa personne, être infatué de soi-même.

Boutmy, 1883 : v. a. Avoir de la sympathie pour : C’est un bon compagnon, je le gobe. Se gober, être infatué de sa personne.

Virmaître, 1894 : Aimer quelqu’un. Gober : croire à quelque chose, même à une chose fausse.

Virmaître, 1894 : la pilule. Gober une aventure extraordinaire. Gober (se) : s’imaginer valoir plus que les autres (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Aimer.

France, 1907 : Aimer.

Autrefois, j’aimais les gendarmes.
Drôle de goût, me direz-vous.

Mais je les gobais tout de même,
Comme on prise de bons enfants.
Élitre de l’armée et crème
Et fleur, ils m’étaient triomphants.

(Paul Verlaine)

Je te parlerais bien de Millaud et du Petit Journal, mais le soir même je recevrais du papier timbré. Il ne plaisante pas, le papa Millaud. Le voilà, à l’heure qu’il est, intentant trois procès à trois journaux différents, qui ne gobent pas son papier à chandelle, et qui trouvent étranges les prétentions littéraires de ce banquier journaliste, libraire et marchand de tortues.

(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)

Moi, je n’gob’ pas
El’ son du glas
D’l’églis’ du Maine,
J’aim’ cent fois mieux
Les chants joyeux
Ed’ la Mad’leine.

(Aristide Bruant)

Gontran, vous voulez m’épouser ;
Je n’dis pas non, car vous m’plaisez,
Vous n’êt’s pas trop laid, pas trop bête,
Vous vous habillez… proprement,
Vous êtes très rich’ : (Naturell’ment !)
Et J’gob’ vot’ tête.

(L. Xanrof, L’Ingénue moderne)

France, 1907 : Croire légèrement, attraper au vol ce que l’on dit ; du gaélique gob, bouche, bec. Gober le morceau, se laisser duper.

Il lui semblait qu’elle était quelque chose de plus qu’avant, reniflait à pleines narines la senteur musquée du cosmétique mangé sur les cheveux de Ginginet, en même temps s’amusait, comme d’un bon tour, de ce mari cornard et qui n’en saurait rien. Elle lui collerait une histoire, qu’il goberait comme toutes les autres, et bernique pour le reste.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Songez-y bien et croyez-le : il n’y a chez nous que ceux partis, deux, et point davantage. Ceux qui « gobent » et ceux qui « blaguent ». Car il convient de parler la langue de son temps.
Telle est la grande division. Le reste n’est que subtilite électorale.

(Émile Bergerat)

Lanceur

Delvau, 1866 : s. m. Libraire qui sait vendre les livres qu’il édite, — dans l’argot des gens de lettres. Bon lanceur. Éditeur intelligent, habile, qui vendrait même des rossignols, — par exemple Dentu, Lévy, Marpon, etc. Le contraire de lanceur c’est Étouffeur, — un type curieux, quoiqu’il ne soit pas rare.

France, 1907 : Homme d’affaires habile. Libraire où éditeur qui sait vendre, qui fait de la réclame autour d’un livre ; argot des gens de lettres. « Le contraire de lanceur — dit Alfred Delvau — est étouffeur, un type curieux, quoi qu’il ne soit pas rare. »

Lancier du préfet

Delvau, 1866 : s. m. Balayeur, — dans l’argot des faubouriens.

Virmaître, 1894 : Balayeur. Allusion au long manche du balai qui ressemble à celui de la lance des lanciers (Argot du peuple).

France, 1907 : Balayeur des rues.

Après la cérémonie bondieusarde, au lieu d’aller prendre les instruments qui leur ont fait donner le surnom de lanciers du préfet et de se mettre à faire la toilette de la voie, les insatiables cantonniers allèrent continuer la fête religieuse au siège de leur société, sans négliger toutefois d’y mélanger quelques distraction profanes.
À chaque signe de croix, il paraît que l’on buvait un coup.

(L. Sourdillon)

Dans l’argot de l’École de cavalerie, le lancier du préfet est le commissionnaire.

Les maîtres d’hôtel défilèrent d’abord. Puis les cafetiers, les loueurs de voitures, les bijoutiers, les libraires, les artistes capillaires ; enfin la noble corporation des commissionnaires et que nous appelions les lanciers du préfet. Ce sont eux qui portent les billets doux à ces dames, et vous donnent toutes les indications nécessaires ; de plus, ils sont électeurs.

(Théo-Critt, Nos Farces à Saumur)

Mille

d’Hautel, 1808 : Il a des mille et des cents. Pour dire, que quelqu’un a beaucoup d’argent ; qu’il est très à son aise.

Fustier, 1889 : Argot des libraires. L’édition totale d’un ouvrage, d’un roman quelconque, étant donné — ce qui est une supposition — que cet ouvrage est tiré à mille exemplaires.

Depuis quelque temps on lit sur la couverture des volumes d’une maison de librairie : Premier mille ou sixième mille ou dixième mille. Mille quoi ? Mille exemplaires, cela se devine, mais cela n’en est pas moins de l’argot et quel argot !

(Événement, 1883)

Le dernier roman de M. Daudet a eu une envolée heureuse. Le cinquantième mille est depuis longtemps dépassé.

(Français, juillet 1884)

France, 1907 : Voir Mettre dans le mille.

Fera-t-il beau, fera-t-il laid ?
C’est un problème difficile,
Chacun prédit ce qui lui plaît :
Tant mieux si l’on met dans de mille !

Nouveauté

Delvau, 1866 : s. f. Livre qui vient de paraître, — dans l’argot des libraires, qui souvent rééditent sous cette rubrique de vieux romans et de vieilles histoires.

Paille

d’Hautel, 1808 : Cela se vend comme de la paille. Manière exagérée de dire qu’une marchandise a un grand débit, une grande vogue ; qu’on l’enlève.
Lorsqu’un auteur traite de son manuscrit avec un libraire, il ne cesse de répéter à ce dernier : monsieur, mon ouvrage est unique en son genre ; il se vendra, s’enlèvera comme de la paille ; imprimez, tirez à grand nombre… Mais malheur au trop crédule libraire qui se laisse aller à ces prophéties présomptueuses que l’on voit si rarement se réaliser.
Un homme de paille vaut une fille d’or. Se dit pour montrer la supériorité de l’homme sur la femme.
À la paille. Terme de soldat qui se dit quand l’exercice est fini, et qui équivaut à, allez vous-en ; allez vous reposer.
Il est dans la paille jusqu’au ventre. Se dit de quelqu’un qui est dans un lieu où il a toutes ses commodités, tout en abondance.
On dit dans le même sens, Ils sont comme rats en paille.
Tirer à la courte-paille.
Se dit d’une chose que l’on tire au sort pour savoir à qui elle appartiendra.
Il a bien mis de la paille dans ses souliers. Se dit de quelqu’un qui s’est enrichi en fort peu de temps, et d’une manière illicite.
Il mourra sur la paille. Se dit d’un homme qui se ruine, qui dépense plus que sa fortune le lui permet.
Elle tire la paille. Se dit pour donner de la valeur à une chose quelconque, pour exprimer qu’elle est excellente, et par allusion à l’ambre, qui a la vertu de lever la paille.
Jeter la paille au vent. Ne savoir de quel côté on dirigera ses pas ; abandonner au hasard la marche d’une affaire.

Vidocq, 1837 : s. f. — Dentelle.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Larchey, 1865 : Dentelle (Vidocq). — Allusion à sa légèreté.

Delvau, 1866 : s. f. Dentelle, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Bombage des cartes destiné à favoriser le coupage dans le pont. (Argot des grecs). Paille, dans leur jargon, est synonyme de pont.

France, 1907 : Bagatelle ; le mot est employé dans un sens ironique, signifiant justement le contraire. « Huit jours de clou ! Une paille à tirer ! »

France, 1907 : Dentelle ; argot des voleurs.

France, 1907 : Tricherie au jeu de cartes, consistant à en onduler une et à la placer de façon à la reconnaitre, d’où l’expression couper dans la paille. C’est la même filouterie que le pont : « couper dans le pont. »

Pas cuit

Virmaître, 1894 : Un courtier demande à un libraire un livre ou une revue ; s’ils ne sont pas parus, on lui répond laconiquement : pas cuit. Mot à mot : ils sont encore au four (en confection) (Argot des libraires). N.

Pigeon

d’Hautel, 1808 : Un niais, un sot, un homme simple et crédule, que les fripons attirent dans un piège pour le duper ; l’escroquer.
Plumer le pigeon. Filouter, duper, tromper un homme simple et naturel.
Il ne faut pas laisser de semer, par la crainte des pigeons. Signifie qu’il ne faut abandonner une affaire, pour quelque léger inconvénient qu’on y rencontre ; ni se laisser décourager par les clameurs des sots et des ignorans.

Clémens, 1840 : Facile à gagner au jeu.

Delvau, 1864 : Jeune homme innocent, ou vieillard crédule, dont les filles se moquent volontiers, prenant son argent et ne lui laissant pas prendre leur cul, et le renvoyant, plumé a vif, au colombier paternel ou conjugal.

Près de là je vois un pigeon,
Qui se tenait droit comme un jonc,
Le nez au vent et l’âme en peine,
Il regardait d’un air vainqueur,
Ma nymphe qu’avait mal au cœur :
Pour un cœur vierge, quelle aubaine !

(Ant. Watripon)

J’lui dit : Ma fille, allons, n’fais pas d’ manière. Et j’ la conduit moi-même au pigeonnier.

(Chanson nouvelle)

J’ai ma colombe.
— Moi, je tiens mon pigeon.

(les Bohémiens de Paris)

Delvau, 1866 : s. m. Acompte sur une pièce à moitié faite, — dans l’argot des vaudevillistes.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui se laisse volontiers duper par les hommes au jeu et par les femmes en amour. Avoir son pigeon. Avoir fait un amant, — dans l’argot des petites dames. Plumer un pigeon. Voler ou ruiner un homme assez candide pour croire à l’honnêteté des hommes et à celle des femmes. On dit aussi Pigeonneau. Le mot est vieux, — comme le vice. Sarrazin (Testament d’une fille d’amour mourante, 1768), dit à propos des amants de son héroïne, Rose Belvue :

…De mes pigeonneaux
Conduisant l’inexpérience,
Je sus, dans le feu des désirs,
Gagner par mes supercheries
Montres, bijoux et pierreries,
Monuments de leurs repentirs.

Rigaud, 1881 : Avance sur un livre, sur une pièce de théâtre, — dans le jargon des libraires.

La Rue, 1894 : Dupe. Acompte. Pigeon voyageur, prostituée exploitant les trains de banlieue.

Virmaître, 1894 : Homme facile à plumer. Plumer un pigeon, c’est plumer un individu qui a un béguin pour une fille.
— Je tiens mon pigeon, il laissera sa dernière plume dans mon alcôve (Argot des filles).

France, 1907 :

Qui veut tenir nette sa maison
N’y mette prêtre ni pigeon.

(Vieux dicton)

France, 1907 : Dupe, simple, naïf, facile à attraper. Élever des pigeons, engager des dupes à jouer pour les tricher et leur vider les poches.

Il est malheureusement avéré qu’une partie de la population des grandes villes sert de pâture a l’autre, mais il faut avouer aussi que l’étourderie et la distraction de certains pigeons font la partie trop belle aux exploiteurs.

(Charles Reboux, Les Ficelles de Paris)

Au salon — quelques bambins absorbés par l’innocent jeu de « pigeon vole », les yeux fixés sur la jeune fille qui parle :
— Hanneton vole !
Une douzaine de petits doigts montrent le plafond.
— Mon oncle Charles vole !
Personne ne bouge.
— Tout le monde un gage, dit Bébé.
Récriminations sur toute la ligne ; intervention de l’oncle Charles qui demande une explication.
— Mais oui, que tu voles, faut l’espiègle, parce que petite mère a dit que pour te faire plumer comme ça tous les jours à la Bourse, il fallait que tu sois un fameux pigeon.

(Aladin, Germinal)

France, 1907 : Part des recettes dues à un auteur par un directeur de théâtre ou acompte que reçoit l’auteur sur une pièce à l’étude.

Rossignol

d’Hautel, 1808 : Rossignol à gland. Pour dire un pourceau, un cochon.
Rossignol d’Arcadie. Et plus souvent roussin d’Arcadie, un âne.

Halbert, 1849 : Haut-bois. On appelle ainsi un outil d’un casseur de porte.

Delvau, 1864 : Le membre viril.

Aussitôt qu’elle eut aperçu
Le rossignol que tenait Catherine.

(La Fontaine)

Larchey, 1865 : « Ce sobriquet de rossignol était donné par les libraires aux ouvrages qui restent perchés sur les casiers dans les profondes solitudes de leur magasin. » — Balzac. — Les marchands de nouveautés donnent le même nom aux étoffes passées de mode.

Larchey, 1865 : Fausse clé.

Après, j’ne manquerai pas de raisons Pour rossignoler les maisons.

(Festeau, 1832)

Delvau, 1866 : s. f. Fausse clé, — dans le même argot [des voleurs].

Delvau, 1866 : s. m. Livre qui ne se vend pas, — dans l’argot des libraires. Marchandise qui n’est pas de bonne défaite, — dans l’argot des boutiquiers.

Rigaud, 1881 : Marchandise défraîchie, passée de mode.

La Rue, 1894 : Fausse clé. Marchandise démodée et depuis longtemps en magasin.

Virmaître, 1894 : Fausse clef (Argot des voleurs).

Virmaître, 1894 : Marchandises défraîchies ou hors de saison. Dans les magasins, les commis qui écoulent les rossignols touchent une prime qui se nomme la guelte (Argot des bourgeois).

Rossignol, 1901 : Fonds de magasin, marchandises défraîchies.

Hayard, 1907 : Fausse clef.

Hayard, 1907 : Marchandise défraîchie.

France, 1907 : Fausse clé.

L’un d’eux fit briller une allumette. Ils se trouvaient dans la cuisine. Ils ouvrirent, à l’aide d’un rossignol, la porte de la salle à manger. Les tiroirs des buffets furent aussitôt allégés de leur argenterie, qui passa dans un sac.

(Yveling-Rambaud, Haine à mort)

France, 1907 : Hautbois.

France, 1907 : Mauvaise marchandise ; objet démodé ou de rebut, reste de magasin.

La tenue des troupes allemandes est d’une correction remarquable. Nous constatons la solidité du fourniment, la coupe des effets, la qualité du drap, etc., etc., et nous nous demandons dans quelles proportions scandaleuses les fournisseurs de notre armée doivent encaisser des bénéfices. Quelle camelotte chez nous que ces havresacs, ceinturons, gibernes, bidons, souliers, casqueittes, etc., hors de service après quinze jours de campagne !… Après cela, rien dans les magasins, et une nation comme la France forcée de demander au monde entier ses rossignols pour habiller, chausser et armer ses soldats. J’entends encore M. Rouher disant avec emphase : « Sire, la France est prête… » Oui, prête pour le sacrifice de son sang et de son honneur militaire.

(Lieut.-colonel Meyret, Carnet d’un prisonnier de guerre)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique