Hayard, 1907 : Police.
France, 1907 : Policier, appelé aussi bec de gaz, bourrique, cierge, flique, laune, peste, vache.
Arnif
Hayard, 1907 : Police.
France, 1907 : Policier, appelé aussi bec de gaz, bourrique, cierge, flique, laune, peste, vache.
Basta
Merlin, 1888 : Assez, — de l’espagnol. On dit aussi Barka, — de l’arabe.
France, 1907 : Assez ; mot rapporté par les troupiers d’Algérie.
— Vous pouvez nous fouiller, vous m’avez fait flanquer deux semaines à l’ours et vous avez le toupet de me réclamer de l’argent ! Vous vous montez joliment le bourrichon. J’ai soupé de votre fiole, mon bon ami, basta !
(Hector France, L’Homme qui tue)
Bizet
Merlin, 1888 : Garde national ou réserviste.
France, 1907 : Garde national réfractaire ou qui persiste ou qui se refuse à porter un uniforme. Cette appellation viendrait du beau-frère de Bourrienne qui, en 1815, refusa d’obéir aux ordres du général russe qui exigeait que les patrouilles de Paris fussent composées d’un nombre égal de Russes, de Prussiens et de gardes nationaux. De là on donna le nom de Bizet d’abord aux gardes nationaux récalcitrants, puis à ceux qui persistaient à faire leur service vêtus en civil.
Bobéchon (se monter le)
Virmaître, 1894 : On dit aussi se monter le bourrichon. Croire qu’une chose fausse est vraie et prendre un désir pour une réalité (Argot du peuple). N.
Bourrache
Rigaud, 1881 : Cour d’assises. Comme la plante de ce nom, la Cour d’assises est pour le voleur un puissant sudorifique ; elle lui procure une de ces émotions qui trempent des chemises. En outre, par quasi-homonymie, le mot rappelle celui de bourrade et offre à l’oreille une corrélation avec ceux de bourrique et de bourreur de pègres, sous lesquels le voleur désigne les agents de la sûreté et le code pénal. — Marguillier de bourrache. Juré. Le banc du jury présente une analogie avec le banc des marguilliers.
Bourriche
un détenu, 1846 : Tête.
Rigaud, 1881 : Sorte d’ollapodrida bibliographique.
Un feuilleton, un article aux quatre-vingt-cinq compartiments, dans lequel on fait entrer bon gré, mal gré, toutes sortes de livres, comme des harengs dans une caque. On octroie à chacun de ces livres deux ou trois lignes de critique.
(Paris-Journaliste, 1854)
Bourrichon
Delvau, 1866 : s. m. La tête, — dans l’argot des faubouriens, qui prennent les imbéciles pour des huîtres. Se monter le bourrichon. Se faire une idée fausse de la vie, s’exagérer les bonheurs qu’on doit y rencontrer, et s’exposer ainsi, de gaieté de cœur, à de cruels mécomptes et à d’amers désenchantements.
Rigaud, 1881 : Tête. — Se monter le bourrichon, se monter la tête.
Bourrichon (se monter le)
France, 1907 : S’illusionner, se monter l’imagination.
— Elle dort déjà ; tu comprends bien, n’est-ce pas, que son amour ne la tient pas éveillée. Je crois qu’il lui serait assez difficile de se monter le bourrichon en pensant aux lunettes de cet oiseau-là.
(Louis Davyl, 13, rue Magloire)
Bourrier
France, 1907 : Ordure, fumier.
Bourrique
d’Hautel, 1808 : Sotte bête, ignorant, stupide à l’excès.
C’est une vraie bourrique. Pour dire un âne fieffé.
Delvau, 1866 : s. f. Imbécile, — dans l’argot du peuple, qui calomnie l’âne. Tourner en bourrique. S’abrutir ne plus savoir ce que l’on fait. Faire tourner quelqu’un en bourrique. L’obséder de reproches ou d’exigences ridicules.
Rigaud, 1881 : Agent de police, — dans le jargon des voleurs. L’agent de police bourre le voleur, d’où le surnom de bourrique.
Nous sommes tous les victimes des bourriques.
(La France, du 13 mars 1879)
La Rue, 1894 : Agent de police. Dénonciateur.
Virmaître, 1894 : Indicateur (Argot des voleurs). N.
Rossignol, 1901 : Agent de police et indicateur. Celui qui signale ou fait connaître des voleurs est une bourrique.
Hayard, 1907 : Indicateur de la police.
France, 1907 : Agent de la sûreté, délateur, sans doute par allusion aux oreilles, les mouchards écoutant aux portes. Tourner en bourrique, devenir stupide. Faire tourner quelqu’un en bourrique, lui faire perdre la tête par des reproches, des exigences ou des caprices.
Qu’on blague mon goût si l’on veut,
Mais j’aime la liberté franche ;
Fier comme un oiseau sur la branche,
Je peux bien formuler mon vœu.
Loin de tous les flics, des bourriques,
J’ai le droit d’aller dans les bois
Pour narguer la rousse aux abois
Et pour elle couper des triques.
(Edmond Bourgeois)
anon., 1907 : Agent de la sûreté.
Bourrique (tourner en)
Larchey, 1865 : Abrutir.
C’est ce gueux de Cabrion qui l’abrutit… Il le fera bien sûr tourner en bourrique.
(E. Sue)
Bourrique à Robespierre
Delvau, 1866 : s. f. Animal aussi fantastique que la bête du Gévaudan, que le peuple se plaît à mettre à toutes les sauces, sans qu’on sache pourquoi. Quand il a dit : Bête (ou saoûl, ou méchant) comme la bourrique à Robespierre, c’est qu’il n’a pas trouvé de superlatif péjoratif plus énergique.
France, 1907 : « Animal aussi fantastique que la bête du Gévaudan, que le peuple se plait à mettre à toutes les sauces, sans qu’on sache pourquoi. Quand il a dit : Bête (ou saoul, ou méchant) comme la bourrique à Robespierre, c’est qu’il n’a pas trouvé de superlatif péjoratif plus énergique. » (Alfred Delvau)
Bourrique a tourné le foiron (la)
Rigaud, 1881 : La mauvaise chance a tourné ; c’est-à-dire : a tourné le derrière.
Bourriquer
Delvau, 1864 : Baiser une femme comme l’âne saillit sa femelle, avec la même impétuosité et la même absence de précautions — et de délicatesse.
…Aux champs, le paysan bourrique.
(Louis Protat)
Bourriquer ou faire la bourrique
France, 1907 : Dénoncer ses complices ; argot des voleurs. Accomplir l’acte vénérien ; argot des faubourgs.
Bourriquet
d’Hautel, 1808 : Diminutif de bourrique ; enfant qui ne veut rien apprendre ; qui a l’intelligence étroite et bornée.
Charpenter le bourrichon
France, 1907 : Se monter la tête, prendre feu, s’exciter, s’emballer.
Charpenter le bourrichon (se)
Delvau, 1866 : v. réfl. S’enflammer à propos de n’importe qui ou de n’importe quoi, — dans l’argot des ouvriers.
Comme un pied (faire quelque chose)
France, 1907 : Le faire mal, comme si l’on se servait de son pied au lieu de sa main.
— Eh bien ! Sébastien, la bourriche de gibier pour ma tante n’est donc pas prête ?
— Non, monsieur le comte, c’est que…
— Quoi ?
— Je préférerais, avec votre permission, y mettre les pièces que j’ai tuées moi-même à l’ouverture.
— Pour quelle raison ?
— Les vôtres sont trop saccagées ; nous avons été ensemble au 28e, et monsieur le comte sait bien qu’il tire comme un pied !
(Le Masque de fer)
Être chargé à cul
Delvau, 1866 : Être pressé, scatologiquement parlant, — dans l’argot des commissionnaires.
Virmaître, 1894 : Être saoul comme la bourrique à Robespierre. Allusion à une voiture chargée à cul qui ne peut avancer ; l’ivrogne fait de même (Argot du peuple).
France, 1907 : Être pressé de décharger ses entrailles.
Éventail à bourrique
Delvau, 1866 : s. m. Bâton, — dans le même argot [des faubouriens].
Rigaud, 1881 : Bâton.
Rossignol, 1901 : Trique, fouet, bâton.
France, 1907 : Forte trique.
Je demandais un jour à un chef arabe comment il s’y prenait pour maintenir le bon ordre dans son ménage composé de quatre femmes d’âges différents. Sans dire un mot, il me montra du doigt en un coin de la tente une forte trique flexible et noueuse, autrement dit un éventail à bourrique.
(Hector France)
Faire la bourrique
France, 1907 : Dénoncer.
Genre
d’Hautel, 1808 : Avoir le genre ; prendre le genre ; être dans le bon genre. Ces locutions signifient, en termes de petit maître, avoir la tournure à la mode, les airs musqués ; faire l’important.
Pour parvenir à ce que l’on nomme le bon genre, ou le suprême bon ton, il faut d’abord maniérer son langage et grasseyer en parlant ; prendre un air hautain, délibéré et suffisant ; occuper continuellement la conversation de sa personne, de ses qualités, de son savoir, de ses goûts, de ses fantaisies ; parler tantôt de son coiffeur, de son tailleur, de son bottier ; puis de ses maîtresses, de chevaux ; des spectacles, de Brunet, de Forioso, et de mille autres objets de cette importance : un homme du bon genre doit en outre avoir en main une badine, avec laquelle, lorsqu’il ne la porte pas à sa bouche, il frappe à tort et à travers sur tous les meubles qui sont autour de lui ; et s’il n’est vautré sur un sopha, en présence de toutes les femmes, debout devant une glace, sur laquelle ses yeux sont constamment fixés, il s’enthousiasme des charmes de sa personne ; et, tout en fredonnant quelqu’air fade et langoureux, il s’occupe négligemment à réparer les désordres d’une Titus ébourriffée ; enfin tout ce qui est ridicule, outré, insipide et féminin, doit se trouver réuni dans ce qu’on appelle un homme du bon genre.
On ne sait de quel genre il est, s’il est mâle ou femelle. Se dit d’un homme sournois, et qui mène une vie très-retirée.
Larchey, 1865 : Ostentation.
Un éteignoir d’argent, pus que ça de genre !
(La Bédollière)
Monsieur fait du genre : Monsieur fait ses embarras.
Delvau, 1866 : s. m. Manières ; embarras ; pose, — dans l’argot du peuple. Que ça de genre ! est son exclamation favorite à propos de choses ou de gens qui « l’épatent ».
Hippiquer (s’)
France, 1907 : Voici un mot qui devrait entrer dans la langue, car il remplace à lui seul quantité de périphrases pour dire se tenir bien à cheval. Il est d’Édouard Cavailhou qui, dans un dîner chez M. Paul Chirey, le sportsman bien connu, à improvisé une chanson de circonstance intitulée : Qui s’y frotte s’hippique, dont voici le premier couplet et le refrain :
Si vous voulez, de par la vie,
Gagner bonne position,
Livrez-vous à la folle orgie
De l’ardente équitation.
Au début, la jambe se gerce
Et l’on souffre dans ses dessous,
Mais une volupté vous berce,
Vous chatouille, Vrai Dieu ! c’est doux.
L’on trouve une caresse
Au galop.
L’on n’a de celte ivresse
Jamais trop.
Qui s’y frotte s’hippique,
Eyohé !
Irait-on en bourrique ?
C’est forcé !
Kif-kif
Delvau, 1866 : adv. Ric-à-ric, — dans l’argot des faubouriens qui ont servi dans l’armée d’Afrique.
Boutmy, 1883 : Expression qui vient des Arabes, importée assurément dans l’atelier par quelque zéphyr ou quelque zouave typographe. Dans le patois algérien, kif-kif signifie semblable à : kif-kif bourricot, semblable à un âne. Les compositeurs l’emploient pour dire qu’une chose est la même qu’une autre : C’est kif-kif, c’est équivalent, c’est la même chose.
Merlin, 1888 : Synonyme à identique, de semblable, — de l’arabe.
France, 1907 : Même chose. Mot arabe rapporté par les troupiers d’Afrique. Il s’emploie toujours pour indiquer la similitude.
Ya dix ans les pauvres bougres que les Versaillais avait envoyés à la Nouvelle radinaient. Y avait eu d’abord des grâces, puis l’amnistie. Le populo mené en bateau par les politicailleurs commencait à ruminer : jusque-là on avait cru qu’une fois Grévy président de la République, les 363 devenus les maîtres de tout, ça allait marcher comme sur des roulettes.
Ah ouat ! Kif-kif comme sous Mac-Mahon.
(Le Père Peinard)
L’exemple ? On s’en moque, remoque et contre-moque ! Avoir le cou tranché net on crever des boyaux vides, c’est kif-kif ! Au moins, avant de mourir, on est nourri !
(Séverine)
On dit aussi dans le même sens kif-kif bourico, comme le baudet.
Que ce soit le printemps rose
Où tout dit : « J’aime ! » à l’écho,
Que ce soit l’hiver morose,
Pour eux : kif-kif bourriko !
(Octave Pradels)
Jules Jouy, dans sa chanson des Gardiens de la paix, qui fit jadis les délices des habitués du Chat Noir, termine par ce couplet sur l’air des Canards tyroliens :
Quand les sergots restent chez eux,
À mon avis, ça vaut bien mieux,
Qu’ils s’occupent de leurs conjungos,
Car, des sergots, ou pas d’sergots,
Pour nous, c’est kif-kif bourrico,
Tralalalala, tralalala !
Paix ! paix ! paix ! paix !
Voilà les gardiens de la paix !
Je ne sais pourquoi Dubut de Laforest a, dans la Femme d’affaires, dénaturé l’orthographe pourtant si rationnelle de kif-kif :
— Laissez-moi là, puisque je ne suis pas un homme !
— Un singe, c’est quif quif !
Kifkif
Rossignol, 1901 : Mot arabe qui veut dire : la même chose, semblable. On dit aussi kifkif-bourriquot (semblable à l’âne). Beaucoup de personnes se servent de cette phrase sans savoir ce qu’elles disent. Ainsi, Sarcey, lorsqu’il a écrit un article ayant ce titre. On a donné bien des versions de ces mots, mais la seule, la vraie, et il n’y en a pas d’autre, c’est la comparaison du superflu des Arabes qui l’ont tous comme un bourriquot. Un jour dans la brousse, plusieurs camarades et moi, nous surprenions un bico, Arabe, qui cherchait à posséder une jeune indigène de onze ou douze ans : « Tu vas tuer cette enfant, avec ton zobi kifkif-bourriquot, » lui dit l’un de nous, et l’Arabe, sans se déconcerter et avec un air bon enfant, se retourna vers celui qui l’avait interpellé et lui répondit : « Chauffe (regarde) macache kifkif-bourriquot, moi comme les hommes. »
Monter le bourrichon (se)
Delvau, 1864 : Se monter la tête, ou plutôt l’imagination à propos d’une femme avec qui l’on désire coucher ou d’un homme que l’on se rêve pour amant. Se dit spécialement des filles qui ont des toquades pour tel ou tel homme, coiffeur ou poète, peintre ou goujat, qui a un grand talent ou un gros paquet.
Conserve tes vers pour une autre Muse
Qui se montera mieux te bourrichon.
(Parnasse satyrique)
France, 1907 : S’illusionner.
— Le mariage ? mais personne ne veut de nous, ma chatte ! Ne faut pas nous monter le bourrichon ! Nous n’avons pas le sou, et les hommes de notre condition, les hommes que nous pourrions épouser, petits commerçants ou bureaucrates, n’ont que faire de filles sans dot.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Panade
Vidocq, 1837 : s. — Chose mauvaise, de peu de valeur ; femme de mauvaise tournure, laide, sale.
Larchey, 1865 : Chose sans valeur (Vidocq). — De Panne.
Larchey, 1865 : Sans consistance. — Allusion à la soupe de ce nom.
Notre gouvernement est joliment panade !
(Ricard)
Delvau, 1866 : s. et adj. Chose molle, de peu de valeur ; femme laide. Argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Personne mal mise, malpropre, laide. — Personne sans énergie. — Objet de rebut. En un mot tout ce qui est panne : homme, femme ou chose.
La Rue, 1894 : Personne laide ou misérable, vannée. Objet de rebut. Misère.
Virmaître, 1894 : Soupe de pain qui mijote lentement sur un feu doux. Dans le peuple, être dans la panade, c’est être dans, la misère. Allusion à ce que la panade est généralement faite avec des croûtes de pain (Argot du peuple). N.
Hayard, 1907 : Être dans la misère.
France, 1907 : Misère, embarras, détresse ; synonyme de purée.
Le chicanous, muni de bons tuyaux, convoquait les types et leur expliquait qu’ils se trouvaient dans une sale panade et allaient sûrement être fichus à Mazas. Puis, après leur avoir mis la peur au ventre, la bourrique devenait patelin et peloteur et faisait entrevoir qu’un bon graissage de pattes rendrait Madame Justice coulante… et clairvoyante !
(Le Père Peinard)
Du peuple c’est la promenade,
L’attraction :
Ceux-là qui sont dans la panade,
L’inaction,
Aussi bien qu’ceux qui, tout’ la s’maine,
Turbin’nt captifs,
L’dimanch’, tout monde se promène
Sur les fortifs !
(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)
France, 1907 : Personne laide, dénuée ; objet de rebut.
Plein (être)
Delvau, 1866 : Être ivre — à ne plus pouvoir avaler une goutte, sous peine de répandre tout ce qu’on a précédemment ingéré. Argot du peuple. On dit aussi explétivement Plein comme un œuf et Plein comme un boudin.
France, 1907 : Être ivre.
On dit aussi : avoir son plein, être plein comme un œuf, comme la bourrique à Robespierre.
Les Anglais disent : « Plein comme la truie de David. »
H’u !… nom de Dieu !… j’suis amoureux !
Mais ce soir, Cecil’ f’ra la rosse :
Madam’ ne veut pas m’rende heureux,
Quand j’suis plein… alle a peur d’un gosse ;
J’en ai soupé du boniment,
Ej’vas m’payer eune odalisque…
Après, si a’devient maman,
Cell’-là j’m’en fous, h’u !… qu’est-ce que j’risqu’ ?
(Aristide Bruant)
Porter un chapeau
France, 1907 : Être de la police secrète.
— Sautreuil, c’est pour te parler de ça que je t’ai arrêté. Tous ils disent que je porte un chapeau. Je vais leur donner raison. Je veux me faire bourrique.
(Hugues Le Roux)
Sabir
Virmaître, 1894 : Bois, forêt. Quelques-uns écrivent : sabri. C’est la finale retournée (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Forêt.
France, 1907 : Jargon hétéroclite des soldats et colons d’Algérie, composé d’arabe, de français, d’italien, d’espagnol, de maltais ; de l’espagnol saber, savoir. On dit généralement petit sabir.
Il nous amusa pendant plus d’une heure avec son comique petit sabir où les chouias, les besefs, les macache bono et les kifkif bourrico se trouvaient en profusion.
(Hector France)
Sabre
d’Hautel, 1808 : Sabre de bois ! Interjection badine et populaire ; juron dont on se sert pour intimider ou faire peur aux enfans ; ou leur faire croire que l’on est irrité contre eux.
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Un bâton.
Larchey, 1865 : Bâton. — Sabri : Forêt. — V. Rebâtir.
Delvau, 1866 : s. m. Bâton, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Bâton, — dans l’ancien argot.
La Rue, 1894 : Bâton.
Virmaître, 1894 : Bâton. Sabre : être gris. A. D. C’est sas qu’il faudrait dire. Être sas, être blindé, saoûl, est un vieux mot normand très fréquemment employé dans le peuple.
— Quitte-nous le coude, t’es sas comme une bourrique (Argot du peuple).
France, 1907 : Bâton.
Saoul comme la bourrique à Robespierre
France, 1907 : Cette singulière expression date de la Révolution et fait allusion au fameux « général » Henriot, âme damnée du célèbre conventionnel, que son peu d’intelligence avait fait surnommer la bourrique et qui était presque toujours en état d’ébriété.
Sombriolle
France, 1907 : Nuit très noire.
— La cafarde est une vache, le relui une bourrique, mais la sombriolle est une frangine.
(Hogier-Grison)
Tireflûter par la tangente (se)
France, 1907 : Se tirer d’affaire par des mensonges ; prendre des faux-fuyants.
Et qu’ils n’essayent pas de se tireflûter par la tangente, en prétextant que des faits pareils ne se voient qu’en Angleterre.
Tralala ! c’est partout kif-kif bourriquot.
Ceux qui ont goûté des prisons de France peuvent en témoigner.
En ce qui me concerne, j’en sais quelque chose.
Plus d’une fois j’ai vu des pauvres vieux se lamenter et pleurer comme des madeleines parce que l’heure de déguerpir de la prison était venue.
« Que faire ?… Que devenir ?… disaient-ils avec raison. Nous allons entrer dans la société et nous y serons montrés au doigt : on nous traitera en pestiférés. Notre seule ressource sera de refaire vivement un coup quelconque afin de nous faire emboiter à nouveau. »
Et ça ne ratait pas !
(Le Père Peinard)
Tourner en bourrique (faire)
France, 1907 : Affoler quelqu’un, le rendre idiot à force d’obsessions.
Le commandant est le gendre de la plus acariâtre des femmes. Oh ! cette irascible belle-mère ! Quel crampon, quelle calamité … Et on parle de la peste ! Mais, positivement, ce n’est là qu’un fléau bénin quand on lui compare l’insupportable, l’intolérable vieille dame en question.
« Il serait si heureux, son foyer serait si calme, si tranquille, sans Mme Dutromblon. Bavarde comme une pie, têtue comme un baudet, fourrant le nez partout, faisant de la morale en veux-tu en voilà, elle lasserait la patience de tous les saints du calendrier. Elle est tannante, assommante, rasante… Bref, elle le fait tourner en bourrique. »
(Le Régiment illustré)
La chose est problématique,
Obscure, étrange, mystique
Et fait tourner en bourrique
Plus d’un ecclésiastique.
(Grosclaude)
Vache
d’Hautel, 1808 : C’est une vache. Se dit injurieusement d’une femme dont l’embonpoint et trop volumineux. C’est du mot vache que l’on a fait le verbe populaire Avachir, épaissir à la manière des vaches.
Bon homme garde ta vache. Pour dire, prends garde à tes intérêts, à ce qui te concerne.
Il a pris la vache et le veau. Se dit d’un homme qui s’est uni à une femme qui a anticipé sur le sacrement de mariage.
Vache à lait. Personne à l’appui de laquelle on obtient toute espèce de considération, qui fournit à toutes les dépenses, à tout ce dont on a besoin.
La vache a bon pied. Pour dire cette personne est capable de soutenir tous les frais de l’entreprise.
Delvau, 1864 : Fille de la dernière catégorie, — par allusion à ses énormes tétons, sa seule beauté, et aussi à sa nonchalance de ruminante.
Comme on connaît les seins, on les honore.
(Vieux proverbe)
Avoue, Zidore, que ta Fifine est une bonne vache, et une vache à lait encore.
(Lireux)
Larchey, 1865 : Prostituée avachie. V. Blagueur.
Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme, de mauvaises mœurs, — dans l’argot du peuple. On dit souvent Prendre la vache et le veau, pour épouser une femme enceinte des œuvres d’un autre, — uxorem gravidam nubere.
Delvau, 1866 : s. f. Homme sans courage, avachi.
Rigaud, 1881 : Agent de la sûreté, — dans le jargon des voleurs.
Partout (à la prison de la Santé) on lit cette imprécation : Mort aux vaches ! Les vaches sont les agents de police.
(H. Cochin, Le Moniteur universel, du 13 fév. 1881)
Rigaud, 1881 : Femme avachie. — Dans ce sens-là une vache peut être encore honnête. Les Italiens disent en parlant de ce genre de femmes : grossa vacca, ou grossa porca.
Fustier, 1889 : Qui se vend à la police, mouchard.
La Rue, 1894 : Femme de mauvaises mœurs. Homme vil, sans courage. Agent de police. Dénonciateur. Temps chaud, lourd, orageux.
Virmaître, 1894 : Expression fréquemment employée dans le peuple pour qualifier une femme qui se livre au premier venu. Dans le peuple, quand on a dit d’une femme : c’est une vache, il est impossible de rien dire de plus. Quand un homme épouse une femme enceinte, on lui dit :
— Tu prends la vache et le veau (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Homme mou, bon à rien. Vache, quand il dénonce ses camarades ou travaille au rabais.
— Tu n’es qu’un cochon, tu passes ta vie à faire des vacheries (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Sergent de ville ou agent de la sûreté. Dans les prisons, malgré les règlements et la surveillance active pour les faire observer, les détenus écrivent leurs pensées sur les murs. Les plus communes sont celles-ci :
— Mort aux vaches.
— Quand je serai désenflaqué, gare à la vache qui m’a fait chouette et qui m’a fait tirer un bouchon (Argot des voleurs). N.
Rossignol, 1901 : On désigne ainsi les agents de police. On voit fréquemment écrit sur les murs :
Mort aux vaches, on les pendra, les bourriques.
Hayard, 1907 : Tout agent de la police.
France, 1907 : Fille ou femme de mœurs légères ; injure que les femmes du peuple adressent ouvertement et les bourgeoises mentalement à celles qu’elles n’aiment pas.
France, 1907 : Mouchard, magistrat, agent de police ; argot des souteneurs, des voleurs et des escarpes.
Elle avait été amenée là par deux horribles petits drôles… Ils étaient en train de dresser la gonzesse avant de l’envoyer battre le trimar, lorsque les roussins, les vaches, survinrent.
(Albert Cim, Institution de Demoiselles)
…Et si les bochons
Suffis’nt pas… on a des eustaches
Pour les saigner comm’ des cochons !
À bas les pant’s et mort aux vaches !
(Aristide Bruant)
anon., 1907 : Agent de police.
Viatique
Fustier, 1889 : « Littré appelle viatique l’argent qu’on donne aux religieux pour leurs dépenses de voyage. Enlevez les religieux, expulsez-les, remplacez-les par des joueurs et vous aurez la véritable signification du mot en langage monégasque. »
(Revue politique et littéraire, 1882)
France, 1907 : Somme d’argent que l’on donne dans les grosses maisons de jeu, telles que celle de Monte-Carlo, aux joueurs décavés, afin qu’ils puissent rentrer chez eux. C’est généralement le prix du voyage ; d’où le nom, du latin viaticum, provision de route.
À Monac’ si t’es pas bourrique,
Soutire trois fois le viatique.
(Hogier-Grison)
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