Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Aminci

Fustier, 1889 : Elégant, à la mode, dans l’argot boulevardier. L’aminci a été le frère du boudiné ; tous deux n’ont fait qu’une courte apparition dans le jargon des précieux.

De jeunes amincis, à court de distractions, avaient eu l’intention de visser sur un tuyau de gaz… l’annonce en lettres de feu du bal à l’Elysée…

(Écho de Paris, février 1885)

Tous les soirs (dans la baraque d’un lutteur) au milieu d’horizontales de grande marque, au milieu d’amincis en frac et cravate blanche, il y a des luttes épiques.

(Univers illustré, juillet 1884)

Apéritive

Fustier, 1889 : Femme galante qui est à la grande demi-mondaine ce que la chrysalide est au brillant papillon. Comme son nom l’indique, l’apéritive fréquente d’ordinaire les grands boulevards, les cafés à la mode à la recherche de qui voudra bien lui offrir un rafraîchissement, un apéritif, comme on dit dans la langue boulevardière.

Le bal a été ouvert par une Hongroise superbe, encore à l’état d’apéritive… mais qui ne tardera pas à devenir une des étoiles les plus brillantes du firmament demimondain.

(Gil Blas, mai 1887)

Bécarre

Fustier, 1889 : Cet adjectif qui, il y a trois ans, fit florès dans le monde boulevardier comme synonyme d’élégant, n’est plus guère usité aujourd’hui.

Le parisien, en tant que langue vient de s’enrichir d’un nouveau mot… Le pschuk qui succédait au chic a fait son temps. C’est le bécarre qui gouverne. On est ou on n’est pas bécarre, comme on était jadis ou l’on n’était pas élégant. Il est bécarre de faire telle chose et non bécarre d’en faire telle autre… Bécarre, à tout prendre, ne veut rien dire, à moins que le bécarre qui, en musique, remet la note dans son ton naturel, ne signifie que le ton naturel de Paris est ce qui est élégant, agréable, distingué.

(Illustration, novembre 1885)

France, 1907 : Synonyme de dandy.

En 1885, on était bécarre, comme on avait été raffiné sous Charles IX, libertin sous Louis XV, talon rouge sous la Régence et plus tard incroyable. Le parfait bécarre devait porter des bottes pointues, un pantalon étriqué, le gilet blanc très ouvert, n’avoir qu’un seul gant à la main gauche et surtout paraître très gourmé, très Anglais et très sanglé.

(Frédéric Loliée)

Boulevardier

Rigaud, 1881 : Fidèle habitué des boulevards, qui, pour lui, commencent sur le trottoir du grand café de la Paix et finissent à l’angle de la rue du Faubourg-Montmartre. Là est tout le Paris du boulevardier, avec ses cafés, ses restaurants et ses drôlesses. Il dédaigne le trottoir d’en face qu’il abandonne aux provinciaux et aux gens en course.

France, 1907 : Bohême journaliste ou gommeux qu’on rencontre dans les cafés du boulevard.

Boulevardier, boulevardière

Rigaud, 1881 : Qui a rapport aux boulevards de Paris, qui exhale le parfum, qui porte le cachet des boulevards.

Génie de la gargote boulevardière, qui sait faire avaler des bisques, des huîtres, des quenelles fantastiques à des gens qui n’ont pas encore digéré

(Ed. Siebecker, Petit Parisien du 10 août 1877)

Le mot est de M. L. Veuillot.

Boulevardière

Rigaud, 1881 : Fille libre qui continue sur les boulevards le commerce que faisait sa mère sous les galeries du Palais-Royal.

France, 1907 : Femme galante qui a choisi les boulevards comme un champ fertile pour sa clientèle. Les boulevardières qui circulent le long des cafés, de cinq heures du soir à minuit, du faubourg Montmartre à la Madeleine, seront bientôt aussi nombreuses que les bocks que l’on y sert.

Depuis cinq heures du soir, la boulevardière va du Grand-Hôtel à Brébant avec la régularité implacable d’un balancier de pendule.

(Paul Mahalin)

Deuil (très)

Fustier, 1889 : Homme du monde ou mieux voulant se faire passer comme tel. Le mot, d’usage boulevardier, n’a fait qu’une courte apparition en 1886. Il faisait allusion au deuil porté avec ostentation par certaines personnes à l’occasion de la mort de la comtesse de Chambord.

Gomme (la)

Rigaud, 1881 : Manière d’être, état, genre du gommeux. Classification des élégants surnommés gommeux. Il y a la haute et la petite gomme. Les commis de magasin, les seconds clercs de notaires, les collégiens en rupture de bancs… de collège, qui veulent singer les gommeux du High-Life, font partie de la petite gomme.

France, 1907 : Le monde élégant. Ce mot signifiait autrefois excellence et n’était guère employé qu’en parlant des vins.

Mais non pas d’un pareil trésor
Que cette souveraine gomme.

(Parnasse des Muses)

L’Alcazar d’Hiver avait été adopté par la gomme ; dans les loges, les baignoires, en un décor vaguement mauresque, ce n’étaient qu’horizontales et entre-bâillées, toutes les fétarles que nous fêtons encore aujourd’hui (c’est pourquoi je propose pour elles ce nom : les immortelles). Ce n’étaient que boulevardiers en habit, cravate blanche, fleur à la boutonnière ; une fois par semaine, il tenait là ses assises, le chic, le copurchic, le pschutt, le gratin, le v’lan, le flan…
Sur la scène un défilé de femmes… des grosses, des maigres, des brunes et des blondes, des châtaines et des rousses ; elles égrenaient un chapelet de naïvetés lamentables et de turpitudes sanieuses.

(Le Journal, La Vie parisienne)

Puis, les fameuses de la gomme,
Passant tout le jour à chercher,
Ainsi que Diogène… un homme
Avec qui l’on va se… cacher.

(Jacques Rédelsperger, Nos ingénues au Salon)

Gratin

Fustier, 1889 : Le gratin, c’est dans l’argot boulevardier l’ensemble du monde élégant ou soi-disant tel.

Les échotiers mondains ont trouvé un mot assez pittoresque, mais par trop irrespectueusement culinaire, pour désigner ce que nos pères — non moins pittoresques, mais plus fleuris dans leur langage — appelaient le dessus du panier. Le mot des échotiers sus-mentionnés, c’est le gratin du gratin. Elles (les jolies femmes) essaiment comme des papillons. Plus de thés au coin du feu, plus de raoûts intimes où elles ne reçoivent que le gratin.

(Du Boisgobey, Le Billet rouge.)

De gratin, on a forgé le verbe gratiner, suivre la mode, être à la mode et l’adjectif gratinant, signifiant beau, joli, distingué.

La toquade pour l’instant, c’est la fête de Neuilly, c’est là qu’on gratine. Ce qui veut dire en français moins gommeux : c’est là que le caprice du chic amène tous les soirs hommes et femmes à la mode.

(Monde illustré, juillet 1882)

Grand raoût chez la comtesse S…, un des plus gatinants de la saison. Tout le faubourg y est convié.

(Figaro, mars 1884)

La Rue, 1894 : L’ensemble du monde à la mode.

Virmaître, 1894 : Il y a du gratin, il y a de quoi. Il est gratin : il est à la mode. Pour un homme du monde, on dit : C’est un homme du gratin. On traduit dans le peuple : personna grata par personne gratinée, du gratin. Les moutards préfèrent manger le gratin qui s’attache à la casserole, quand la mère prépare la bouillie du petit frère (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Le dessus du panier, la fine fleur, le choix du monde à la mode.

— Mais oui, une reine de la main gauche, comme la tendre La Vallière, comme la majestueuse Pompadour, comme la capricieuse Dubarry, comme la fringante Lola Montès, une reine exerçant un pouvoir absolu de par ses charmes, sa jeunesse et sa beauté une reine qui verra soupirer à ses pieds le Tout-Paris élégant, artistique et aristocratique, une reine qui fera dessécher et jaunir de jalousie tout le gratin des belles-petites et même le clan raffiné des demi-mondaines. Voulez-vous être cette reine ?

(Yveling Rambaud, Haine à mort)

Malgré le mauvais temps, il y avait foule hier dans l’allée de l’Impératrice, qui est demeurée le rendez-vous de tout le gratin. L’allée des Acacias est laissée aux petites gens et aux rastaquouérines cherchant fortune.

(Gil Blas)

S’emploie aussi comme adjectif :

Le bal donné, avant-hier soir, par Mme la comtesse de Pourtalès a été l’un des plus « gratin » de la saison.
Les artistiques salons de l’hôtel de la rue Tronchet contenaient le dessus du panier du grand monde parisien.

(Gaulois)

Grelottage

France, 1907 : Le dessus du panier de cancrerie boulevardière ; le monde des petits imbéciles dont l’art de mettre sa cravate est une des importantes préoccupations.

… S’imaginer qu’une jeune et jolie femme qui avait sa loge à toutes les premières et que toute la gomme et tout le grelottage parisien accompagnaient à la sortie des coulisses, allait se laisser séquestrer dans une maison située à Poitiers où tout le monde est couché à 9 heures du soir et où une femme qui se mettrait à la fenêtre pour respirer un peu serait arrêtée pour outrage aux mœurs ?

(Grimsel, Gil Blas)

Lait (boire du)

La Rue, 1894 : Être content, heureux. Être applaudi, félicité.

France, 1907 : C’est, dans l’argot boulevardier, éprouver une grande et vive satisfaction en voyant ou entendant certaines choses. Un amant qui contemple amoureusement sa maîtresse ou qui entend vanter ses qualités boit du lait ; à plus forte raison quand il entend vanter les siennes propres.

À peine le couplet est-il chanté au milieu des applaudissements qu’il salue… Il boit du lait, comme on dit en style de théâtre.

(Mémoires de M. Claude)

Malgache

Fustier, 1889 : Argot boulevardier. Ce mot, synonyme de chic, d’élégant, n’a pas vécu. D’ailleurs il n’était pas né viable et avait été mis en circulation en 1886, alors qu’un certain nombre de Malgaches étaient venus s’exhiber au Jardin d’acclimatation.

De mondaines, peu ou point ; en revanche, plusieurs de nos mousseuses les plus malgaches étaient là.

(Événement, février 1887)

Mousseuse

Fustier, 1889 : Femme galante, à la mode.

Mousseuse est pimpant, léger, provocant, vaporeux ; mousseuse donne bien l’idée du bruissement de la soie, du froufrou du satin, de la joyeuse envolée des jupes de batiste et de dentelles. La mousse est ce qui brille, scintille, pétille, émoustille. Voilà pourquoi mousseuse, un mot significatif et complet, mérite droit de cité ; voilà pourquoi mousseuse court grand’chance d’être adopté par la gent boulevardière… Les débutantes ès-galanterie deviendront des moussettes.

(Voltaire, 9 mars 1887)

France, 1907 : Nom par lequel quelques journalistes désignent les demoiselles qui trafiquent de ce que Dumas fils appelait leur capital.

Un de nos confrères du Voltaire propose d’appeler mousseuses les jolies créatures dénuées de préjugés qui, a dit M. Prudhomme, « passent une existence qui pourrait être plus chastement employée à faire des indécences qui leur rapportent de l’argnt ».
Mousseuse ne saurait nous déplaire ; le terme est galant et non dénué de signification.
Va donc pour mousseuse.
Je doute que mousseuse ait la fortune d’horizontale.

(Maxime Boucheron, Écho de Paris, 1881)

Musardine

Delvau, 1864 : Drôlesse qui hante les Concerts-Musard, où le miché donne plus qu’ailleurs.

On dit une musardine, comme jadis on disait une lorette.

(Albéric Second)

Larchey, 1865 : Habitué femelle des Concerts-Musards, de 1858 à 1860.

On dit une musardine, comme jadis on disait une lorette.

(A. Second)

Delvau, 1866 : s. f. Habituée des Concerts-Musard, — où n’allait pas précisément la fine fleur de l’aristocratie féminine. Le mot a été créé par Albéric Second en 1858.

France, 1907 : Habituée des bals Musard. Albéric Second mit en circulation vers 1858 ce mot qui remplaça pendant quelque temps lorette dans le langage boulevardier.

Rastaquère

Rigaud, 1881 : Étranger et principalement Brésilien en toilette riche et de mauvais goût, — dans le jargon des boulevardiers.

Il y avait à côté d’elle un gros monsieur, à cravate voyante, avec des gants de peau de chien extravagants, et couvert de bijoux. Ses cheveux noir-bleu frisaient sous un chapeau gris qui faisait paraître encore plus basanée la figure de son possesseur. C’était un rastaquère de la plus belle eau.

(Vicomte Richard, Les Femmes des autres)

Ruisselant d’inouïsme

Delvau, 1866 : adj. Extraordinairement inouï. L’expression appartient à M. Philoxène Boyer, — à qui on fera bien de ne pas la voler.

France, 1907 : Extraordinaire, merveilleux ; argot boulevardier.

Snob

Delvau, 1866 : s. m. Fat, ridicule, vaniteux, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression au Livre des Snobs de Thackeray, comme si nous n’avions pas déjà le même mot sous une douzaine de formes.

France, 1907 : Individu vulgaire, vaniteux, imitateur grotesque des gens qui lui paraissent supérieurs ; imbu de sots préjugés, Anglicisme ; le mot a été mis à la mode en Angleterre par William Thackeray dans son Livre des Snobs. Snob, en argot anglais, signifie gniaf.

Snob, venant de l’argot anglais, doit se traduire en argot français, et signifie non plus même savetier, mais par conséquent gniaf. Voilà, n’est-il pas vrai, une manière bien peu subtile, un tour bien peu approché pour définir tel jeune fat où tel vieux mais, telle petite poulette ou telle grosse dinde, chez qui nous ne faisons que sentir un léger ralentissement de diction, au moment où ils articulent les titres et noms de quelque hôte autour duquel ils s’enorgueillissent d’aller faire tas ?

(Paul Hervieu, Le Journal)

Les boulevardiers, clubmen, snobs et autres serins, qui se piquent de tout juger, d’être au courant de tout…

(Fernand Vandérem)

Soireux

France, 1907 : Mondain, viveur qui passe ses soirées dans les clubs ou les âneries mondaines. Ce néologisme est d’Émile Bergerat, ainsi qu’il appert par ce passage :

L’attitude systématiquement agressive d’une partie de la critique parisienne a été pour une bonne moitié, je pense, dans le crédit de ce mot de soireux, dont on me fait encore honneur. Et quand à « Cabotinville » qui fut le troisième cri de mon Mane-Theel-Pharès boulevardier, comme à un autre Rastignac sur la colline du Père-Lachaise, ce fut la clameur de la Ville qui me le mit tout composé dans les oreilles ; — le vent me le siffla des cheminées.

(Émile Bergerat)

Tignasse

d’Hautel, 1808 : Une tignasse. Mauvaise perruque.

Delvau, 1866 : s. f. Chevelure abondante, épaisse, bien ou mal peignée, — dans l’argot du peuple, pour qui ces chevelures-là sont autant de nids à teigne. A signifié au début Perruque. On dit aussi Tignon.

France, 1907 : Chevelure touffue, emmêlée ; de tigne, teigne, vieux français.

Elle avait quéqu’s cheveux graisseux,
Perdus dans un filet crasseux
Qu’avait vieilli su’ sa tignasse
À Montparnasse.

(Aristide Bruant, Dans la rue)

France, 1907 : Femme ; argot des boulevardiers.

Dans leur gracieux langage, deux crânes, trois tignasses, ce sont deux hommes, trois femmes.

(Frédéric Loliée, Parisianismes)

Trouvé (c’est)

France, 1907 : C’est bien, c’est réussi, nouveau ; expression boulevardière.

Tutoyer

Delvau, 1866 : v. a. S’emparer sans façon, familièrement, d’une chose. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : S’approprier un objet. — Tutoyer un porte-morningue. — Fréquenter, s’approcher de.

S’abstenir de tutoyer le zinc.

(Le Sans-culotte, 1879)

C’est-à-dire : Ne pas prendre des familiarités avec le comptoir du marchand de vin.

Fustier, 1889 : Dérober ; on dit aussi effaroucher.

France, 1907 : Fréquenter intimement, coïter ; argot boulevardier.

— Et je regrette de ne pas l’avoir un peu tutoyée avant qu’elle n’eût à servir comme aujourd’hui que des restes, d’ailleurs fort bien cuisinés et encore mieux présentés… Glissons…

(René Maizeroy, Leurs petits cahiers)

Tutoyer une chose, s’en emparer.

— Hé, dis donc, camarade, il me semble que tu tutoies un peu trop mon tabac.

(Charleton)

Vadrouille

Delvau, 1866 : s. f. Drôlesse ; fille ou femme de peu.

La Rue, 1894 : Basse prostituée. Aller en vadrouille, aller raccrocher dans la rue.

Virmaître, 1894 : Cette expression dans la marine signifie : brosse à plancher. Elle s’applique aux filles qui traînent dans les ports de mer (Argot des souteneurs).

Virmaître, 1894 : Faire une vadrouille, en pousser une. Vadrouiller : se déranger de ses habitudes, rôder dans des milieux auxquels on n’est pas habitué (Argot du peuple).

France, 1907 : Prostituée de la dernière catégorie, racoleuse des boulevards extérieurs. Charles Virmaître, dans Paris oublié, donne la gamme de la prostitution : « Vingt sous, dit-il, c’est une fille publique, une vadrouille, une pierreuse, cent sous, une fille de lupanar ; vingt francs, une boulevardière, de Montmartre à la Madeleine ; cinq louis, une horizontale, et enfin cinq cents francs, une femme qu’on salue et que certains imbéciles épousent. »
Le mot s’emploie adjectivement :

Blanche Rebus, qui l’avait à moitié timbré pendant cinq ou six semaines, qu’il avait regrettée plus que toutes les camarades, qui lui avait laissé dans toute la peau la brûlure de ses baisers savants et luxurieux. Il la revoyait si vadrouille, si excitante avec ses hanches rondes, sa croupe frissonnante, sa nuque blanche où l’on avait envie de mordre comme en un fruit mûr et son air effronté de moineau parisien, la bouche gourmande, les prunelles rieuses, le nez relevé comme d’une imperceptible chiquenaude…

(Mora, Gil Blas)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique