Rigaud, 1881 : As seul de sa couleur, — dans les mains d’un joueur de bouillotte. Les joueurs prudents n’engagent jamais le jeu avec un as percé.
As percé
Bouillotte
Virmaître, 1894 : La tête. Dans le peuple pour exprimer que l’on a une forte migraine on dit : Ma cervelle bout. Bouillotte est la conséquence (Argot du peuple). V. Tronche.
Rossignol, 1901 : La tête.
Hayard, 1907 / France, 1907 : Tête.
Charlemagne (faire)
Larchey, 1865 : Se retirer du jeu sans plus de façon qu’un roi, et sans laisser au perdant la faculté de prendre sa revanche.
Si je gagne par impossible, je ferai Charlemagne sans pudeur.
(About)
Rigaud, 1881 : Quitter une partie de cartes au moment où l’on vient de réaliser un bénéfice.
La comtesse fait Charlemagne à la bouillotte.
(Victor Ducange, Léonide ou la vieille de Suresnes, 1830)
Si je gagne par impossible, je ferai Charlemagne-sans pudeur, et je ne me reprocherai point d’emporter dans ma poche le pain d’une famille.
(Ed. About, Trente et quarante)
Les étymologistes ont voulu faire remonter l’origine du mot jusqu’à l’empereur Charlemagne, parce que cet empereur a quitté la vie en laissant de grands biens. Comme tous les noms propres familiers aux joueurs, le nom de Charlemagne a été, sans doute, celui d’un joueur appelé Charles. On a dit : faire comme Charles, faire Charles et ensuite faire Charlemagne. On appelle bien, dans les cercles de Paris, la dame de pique : « la veuve Chapelle », du nom d’un joueur. On a bien donné au second coup de la main au baccarat en banque, le nom de « coup Giraud », nom d’un officier ministériel, d’un notaire. Les joueurs ne connaissent rien que le jeu, rien que les joueurs et leurs procédés. La vie pour eux est toute autour du tapis vert. S’ils ont appris quelque chose, ils l’ont bientôt oublié, et ils professent le plus grand mépris pour tout ce qui ne se rattache pas directement au jeu. Ils se moquent bien de l’empereur Charlemagne et de tous les autres empereurs ! En fait de-monarque, ils ne connaissent que les monarques de carton.
Virmaître, 1894 : Se mettre au jeu avec peu d’argent, gagner une certaine somme et se retirer de la partie sans donner de revanche (Argot des joueurs).
France, 1907 : Se retirer du jeu, lorsqu’on est en gain, suivant un ancien privilège des rois. « Ce terme, dit Lorédan Larchey, contient en même temps un jeu de mots sur le roi de carreau, le seul dont le nom soit français. »
Mais rien ne doit étonner en cette terre des fééries. Tout y arrive, les gains les plus fantastiques, comme les désastres les plus complets.
Les prudents, entre les favorisés, partent pour ne plus revenir. Sans nulle vergogne, on peut faire charlemagne. Mais, ces sages, combien sont-ils ?
(Hector France, Monaco et la Côte d’azur)
Décavé
Larchey, 1865 : Homme ruiné, qui n’a plus de quoi caver à la roulette.
À Bade, les décavés vivent sur l’espérance aussi somptueusement que les princes de la série gagnante.
(Villemot)
Delvau, 1866 : s. m. Homme ruiné, soit par le jeu, soit par les femmes, — dans l’argot de Breda-Street.
Rigaud, 1881 : Ruiné. Allusion aux joueurs de bouillotte décavés.
La Rue, 1894 : Ruiné.
France, 1907 : Joueur ruiné. Mot à mot : qui ne peut plus caver, c’est-à-dire ponter à la roulette.
Oh ! soyez assuré que son exemple n’empêchera pas demain une autre fille de marchand de lavements ou de débitant de limonades purgatives d’épouser le premier inutile rencontré, décavé, vanné, vidé, éteint, mais apportant à sa femme le droit de mettre sur ses cartes de visite une couronne plus ou moins entortillée.
(Edmond Lepelletier, Écho de Paris)
Corrects et mis à peindre, en costume gris fers,
Tubés, rasés de près et la peau satinée,
Deux par deux, stick en main, toute la matinée,
On les voit faire au Bois les cent pas du « masher »,
L’un doit à son coiffeur sa moustache d’or clair,
L’autre à son corsetier sa taille bondinée,
Le troisième à Guerlain sa peau veloutinée,
Et chacun au mépris l’objet dont il est fier.
Vieux beaux, pourvus trop tard de conseils de famille,
Prétentieux chercheurs de mariages rêvés,
De la Concorde au Bois, ce sont les décavés.
(Jean Lorrain)
— Tiens ! le petit vicomte ! quelle tête il fait ! Encore décavé, sans doute !
(Adolphe Belot)
Filage
Rigaud, 1881 : Action, art de filer la carte, de ne pas engager le jeu, à la bouillotte.
France, 1907 : Art de tricher aux jeux de cartes.
Filard
Rigaud, 1881 : Terme de joueur de bouillotte. Celui qui file chaque fois qu’il n’a pas un très beau jeu, comme trente-un en main, ou quarante de face ou vingt-un et as premier.
Filer
d’Hautel, 1808 : Filer le parfait amour. Rechercher une personne dans le dessein de l’épouser ; l’aimer de bonne foi.
Filer sa corde. Commettre des actions contraires à l’honneur et à la probité.
Filer doux. Devenir souple, se soumettre sans murmurer à des ordres rigoureux.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Suivre, préparer. Filer une affaire, faire les dispositions d’un vol.
Vidocq, 1837 : v. a. — Aller à la salle.
Clémens, 1840 : Suivre, espionner.
Halbert, 1849 : Suivre un individu.
Larchey, 1865 : Suivre.
Un voleur se charge de filer la personne.
(Vidocq)
Être filé signifie, dans le langage des débiteurs, que le recors vous suit à la piste.
(Montépin)
Dans le même vocabulaire, Être fumé signifie être arrêté.
Delvau, 1866 : v. a. Suivre un malfaiteur, — dans l’argot des agents de police. Suivre un débiteur, — dans l’argot des gardes du commerce.
Delvau, 1866 : v. a. Voler, — dans l’argot des voyous. Filer une pelure. Voler un paletot.
Delvau, 1866 : v. n. Levare ventris onus, — dans le même argot [des faubouriens].
Delvau, 1866 : v. n. S’en aller, s’enfuir, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Faire l’école buissonnière, — dans le jargon des collégiens.
Les élèves de Louis-le-Grand filent, soit aux Ours, (le jardin des Plantes) soit au Luxembourg.
(Albanès, Mystères du collège)
Rigaud, 1881 : Ne pas engager le jeu, — dans le jargon des joueurs de bouillotte. Faire filer, intimider son adversaire qui, alors, n’engage pas le jeu, ou qui paye son premier engagement.
Rigaud, 1881 : Sacrifier à la compagnie Lesage.
Rigaud, 1881 : Suivre à la piste. La police file à pied, en voiture et en chemin de fer.
Virmaître, 1894 : Suivre. Pour organiser une filature, les agents se mettent deux, l’un devant le filé, l’autre derrière, de façon à ce qu’il ne puisse échapper. Il y a des filatures qui sont extrêmement mouvementées, c’est une véritable chasse où toutes les ruses sont mises en œuvre. Le gibier cherche toutes les occasions de se dérober pour éviter le sapement (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Suivre. Pour suivre un malfaiteur, il y a toujours deux agents de la sûreté, l’un suit le filé et l’autre son collègue. Lorsque le premier agent croit avoir été remarqué par le filé, il change de rôle avec son collègue. Un bon agent, qui fait le service dit de la voie publique, avait dans le temps toujours une blouse enroulée autour du corps, en guise de ceinture et une casquette dessous son gilet. Lorsque le premier agent croyait avoir été remarqué, et qu’il prenait la place de son collègue, il mettait tout en marchant sa blouse par-dessus son vêtement et sa casquette ; dans cette tenue, il pouvait reprendre sa place primitive, sans être reconnu. À une époque, j’avais un binocle sur lequel se trouvait collée une toute petite glace sur chaque verre, ce qui me permettait de voir quelqu’un eh lui tournant le dos.
Hayard, 1907 : Suivre.
France, 1907 : Partir, se sauver, échapper aux gendarmes.
Le jeune Crétinard passe ses examens.
— Pourriez-vous me citer, monsieur, lui demande l’examinateur, le nom d’une des femmes les plus fidèles de l’antiquité ?
— ???…
— Voyons, monsieur… Et Pénélope ?
Le jeune Crétinard, ouvrant de grands yeux :
— Pénélope !… Mais on m’a assure qu’elle filait tout le temps !…
(Gil Blas)
À la Bourse.
— Savez-vous la nouvelle ? Rapinard qu’on disait si solide !
— Filé en Belgique.
— Je n’en reviens pas.
— Lui von plus.
On dit aussi filer à l’anglaise pour s’esquiver, s’en aller sans rien dire. Les Anglais nous rendent le compliment en disant dans le même sens : to take a French leave, prendre congé à la française.
Facile à l’emballage, mais féroce, redoutable quand il tient une série. Précipitant les coups de pistolet, — non ! de revolver — puis, le résultat obtenu, et c’est toujours un résultat très sérieux, ramassant à pleines mains les jetons, l’or et les billets pêle-mêle dans la grande sébile, il réalise à la caisse et file à l’anglaise.
(Paul Alexis)
Au restaurant.
— Garçon, je vois sur la carte : Macaroni à l’anglaise ; pourquoi à l’anglaise ?
— Parce qu’il file, monsieur.
Pocker
Rigaud, 1881 : Jeu de cartes d’importation américaine. C’est une sorte de bouillotte, moins vivace que l’autre, et qui se joue à six.
Poussette
Rigaud, 1881 : Action de pousser de l’argent sur le tapis, après coup, — dans l’argot des grecs, joueurs de baccarat, qui ont encore donné à ce procédé le nom de mort, La poussette, quoique très surveillée dans les cercles, est très fréquente.
Après avoir vu les deux cartes de votre partenaire, comme son point était bon, vous avez, avec le doigt, poussé, en avant de votre masse, cinq francs qui ont doublé votre enjeu.
(Figaro, du 1er août 1878)
Le grec pratique également la poussette à la bouillotte, mais seulement quand il fait son reste ; s’il voit qu’il a gagné le coup, il lâche dans sa masse une pièce qu’il tenait cachée dans les deux derniers doigts.
(A. Cavaillé)
La retirette consiste à opérer le mouvement contraire pour retirer tout ou partie de l’argent engagé lorsqu’on a mauvais jeu.
Remède à l’amour
Virmaître, 1894 : Femme laide à faire reculer même le plus intrépide.
— Quelle bouillotte, mon vieux, s’il n’y avait qu’elle et moi sur terre nous ne ferions pas de petits. Elle guérirait de l’amour pour la vie (Argot du peuple).
Samovar
France, 1907 : Bouillotte russe, servant à faire le thé.
Dans la maison coquettement parée, où l’on avait rallumé les cierges de la Noël, autour du samovar étincelant, sur un large plateau de cuivre qui semblait de l’or, les gâteaux étaient amoncelés, saupoudrés comme si une neige très légère était tombée dessus.
(Armand Silvestre)
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