Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Aboucher (s’)

d’Hautel, 1808 : Conférer avec quelqu’un, chercher à s’arranger avec lui, à dessein de terminer un différend à l’amiable ; parlementer.

Delvau, 1864 : Avoir trouvé chaussure à son pied, et mettre son pied — à moelle — dedans.

On veut chercher
À s’aboucher.

(Collé)

Aller à Niort

un détenu, 1846 : Ne rien dire, se taire, garder le silence.

Delvau, 1866 : v. a. Nier, — dans l’argot des voleurs, qui semblent avoir lu les Contes d’Eutrapel.

Virmaître, 1894 : Nier. Recommandation qu’ont soin de faire les voleurs à leurs complices quand ils vont à l’instruction. Ils se souviennent du mot du boucher Avinain qui, la tête sous le couteau, cria : N’avouez jamais (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Faire l’ignorant.

Un voleur qui ne veut rien avouer, s’il fait l’ignorant ou semblant de ne pas comprendre ce qu’on lui dit, va à Niort.

Hayard, 1907 : Nier, ignorer.

France, 1907 : Nier. Suivre le dernier avis d’Avinain : « N’avouez jamais. » Cette expression vient des contes d’Eutrapel et n’est guère plus employée que par les voleurs. On trouve dans Vidocq : « S’il va à Niort, il faut lui riffauder les paturons » (S’il nie il faut lui brûler les pieds).

Araigne

Rigaud, 1881 : Crochet en fer dont se servent les bouchers pour accrocher la viande. Primitivement ces crocs à plusieurs branches avaient la forme de pattes d’araignées.

Attoucheuse

Virmaître, 1894 : Fille publique. Le mot est suffisamment expressif. Allusion aux ménagères qui tâtent la viande chez le boucher pour s’assurer de son degré de fraîcheur (Argot des filles).

Bagasse ou bajasse

France, 1907 : Servante ou femme de mauvaise vie ; vieux mot. On disait aussi dans le même sens : bague, balances de boucher, bru, cagne, croupière, gueule, punaise, vache.

O Dieu ! que l’homme est malheureux qui épouse de telles chiennes et bagasses.

(Tournebu)

Et la bajasse tost accort
À sa dame que le clerc tint.

(Anciens fabliaux)

Florinde a bien la mise de ces ficheuses qui ressemblent aux balances d’un boucher qui pèsent toutes sortes de viande.

(La Comédie de chansons.)

Je suis nommée la vieille bru,
De toutes les autres brus, gouvernante.

(Farces et moralités)

Cette maraude, cette coigne
Enamoura l’abbé, mon frère.

(Jodelle)

Lise, cette insigne punaise,
Me fait montre de ses ducats.

(Le Cabinet satyrique)

Balance de boucher

Delvau, 1864 : Fille publique, — parce qu’elle pèse toutes sortes de viandes, des quéquettes de jouvenceaux, des courtes de maçons, des pines d’Auvergnats et des vits de maquereaux.

Barboter

Vidocq, 1837 : v. a. — Fouiller.

Clémens, 1840 : Fouiller.

Delvau, 1866 : v. a. Fouiller ; voler. Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Fouiller dans les poches du voisin ou de la voisine. Les voleurs barbotent beaucoup dans les omnibus. Ils fouillent dans la poche d’autrui comme les canards dans les ruisseaux.

Boutmy, 1883 : v. a. Voler des sortes dans la casse de ses camarades. Se dit souvent à la place de fricoter et de piller.

Merlin, 1888 : Fouiller dans les affaires d’autrui ; voler : pêcher en eau trouble.

Fustier, 1889 : Parler sans savoir ce que l’on dit.

Rossignol, 1901 : Fouiller, prendre.

On m’a barboté mon blavin.

France, 1907 : Fouiller, voler. Barboter la caisse, s’approprier le contenu d’un secrétaire ou d’un coffre-fort.

L’un de ces visiteurs occultes, l’abbé X…, avait même profité de la circonstance pour barboter deux livres obscènes, illustrés de galantes images inspirées par le péché peu mortel dont il aime tant à absoudre ses clientes de prédilection.

(Maxime Boucheron)

Baveux

M.D., 1844 : Du savon.

Fustier, 1889 : Qui ne sait ce qu’il dit ; qui bafouille.

Rossignol, 1901 : Les camelots qui vendent du savon à détacher sont des baveux.

Hayard, 1907 : Savon.

France, 1907 : Homme qui parle pour ne rien dire, sorte de gaga, nom donné aux parasites des premières. Le mot est dans Rabelais.

Ces fâcheux, ces encombrants, qui ne payent jamais leur fauteuil et sont les parasites de nos grandes premières, furent jadis qualifiés d’un mot : on les appela les baveux.
Le nom leur est resté.

(Maxime Boucheron)

On appelait autrefois baveux le camelot qui vendait le savon à détacher. « Il y a, dit Cofignon, la baveuse à la postiche qui racole sur la voie publique, et le baveux au racolage qui opère sur les quais. »

Allusion à la marque baveuse du savon avec lequel le baveux des quais prétendait nettoyer l’habit du passant. Son industrie est morte aujourd’hui.

(Lorédan Larchey)

Bête

d’Hautel, 1808 : Plus fin que lui n’est pas bête. Locution badine et dérisoire, qui signifie que quelqu’un n’est rien moins que malicieux.
Bête à Pain. Dénomination basse et satirique, que l’on donne communément à un homme peu intelligent, emprunté et inhabile dans tout ce qu’il entreprend.
Bête comme un pot, comme une cruche, comme un oie. Sot et stupide au suprême degré.
Remonter sur sa bête. Rétablir ses affaires ; réparer ses pertes ; reprendre son premier état ; rentrer en faveur après avoir été disgracié.
La bonne bête. Expression piquante qui se dit d’un hypocrite, d’une personne qui affiche des sentimens qu’elle ne ressent pas.
Prendre du poil de la bête. Reprendre ses travaux accoutumés, après un long divertissement ; et dans un sens opposé, se mettre de nouveau en ribotte.
C’est une méchante bête ; une fausse bête. Se dit grossièrement et par dénigrement, d’un homme qui sous des dehors mielleux cache une ame noire et perfide.
Morte la bête, mort le venin. Signifie qu’une fois mort, un méchant n’est plus à craindre.
Quand Jean-Bête est mort, il a laissé bien des héritiers. Pour dire qu’en ce monde, il y a plus de sots que de gens d’esprit.
C’est comme l’arche de Noé, il y a toutes sortes de bêtes. Voyez Arche.
On n’y voit ni bête ni gens. Se dit d’un lieu obscur, où l’on ne peut rien distinguer.
C’est la bête du bon Dieu. Manière ironique de dire que quelqu’un est bon jusqu’à la foiblesse ; qu’on le mène comme on veut.
Faire la bête, faire l’enfant. Jouer l’ingénu ; minauder, avoir l’air de ne pas comprendre une chose dont on a une parfaite connoissance.
Bête épaulée. Fille qui se réfugie sous les lois de l’hymen, pour réparer les désordres de l’amour.
Pas si bête ! Espèce, d’exclamation, pour exprimer que l’on n’a pas donné dans un piège ; que l’on n’a pas voulu consentir à des propositions artificieuses.

Vidocq, 1837 : s. m. — Dans la partie de billard dont les détails seront donnés à l’article Emporteur, la Bête est celui qui tient la queue.

Larchey, 1865 : Voir bachotteur.

Delvau, 1866 : s. f. Filou chargé de jouer le troisième rôle dans la partie de billard proposée au provincial par l’emporteur.

Rigaud, 1881 : Floueur qui, dans une partie de cartes ou de billard, allèche la dupe, en perdant quelques coups. Il fait la bête.

Rigaud, 1881 : Vache, — dans le jargon des bouchers.

Un boucher ne dit jamais : j’ai acheté une vache, mais bien : j’ai acheté une bête.

(É. de La Bédollière)

La Rue, 1894 : Compère qui allèche la dupe en perdant quelques coups au jeu.

France, 1907 : Compère d’un escroc au jeu qui allèche le dupe en perdant, en faisant la bête.

Boucher

d’Hautel, 1808 : Boucher la bouteille. C’est prendre un morceau de pain quand on a bu un coup, pour ne pas sentir le vin.
Bouche-toi le nez, tu ne sentiras rien. Se dit à quelqu’un qui fait le délicat et qui se plaint d’une odeur désagréable.
On dit aussi à quelqu’un qui témoigne son mécontentement de quelque chose qui se passe devant lui, qu’Il se bouche les yeux, s’il ne veut rien voir.

d’Hautel, 1808 : Nom insultant que l’on donne à un chirurgien inhabile et d’une grande ignorance.

Halbert, 1849 : Médecin.

Delvau, 1866 : s. m. Médecin, — dans l’argot des voleurs, très petites maîtresses lorsqu’il s’agit de la moindre opération chirurgicale.

Rigaud, 1881 : Chirurgien, — dans le jargon du peuple.

Virmaître, 1894 : Chirurgien. On dit aussi charcutier. Il charcute les chairs du patient (Argot du peuple).

France, 1907 : Médecin ; argot des voleurs.

Boucher de Cavaignac

France, 1907 : Sobriquet donné en 1848 aux gardes mobiles.

Boucher la lumière

Fustier, 1889 : Donner un coup de pied dans le derrière.

Boucher la serrure

Delvau, 1864 : Mastiquer le vagin de la femme à force de décharger dedans, et le rendre impropre à la fécondation.

Boucher un trou

Delvau, 1866 : v. a. Payer une dette, — dans l’argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Payer une dette lorsqu’on en compte plusieurs.

France, 1907 : Payer une dette.

Boucher un trou, une brèche, une fente

Delvau, 1864 : Introduire le membre viril dans le vagin d’une femme, sous prétexte d’en mastiquer les fissures.

Plus loin, j’ trouvons madam’ vot’ mère
Sous not’ aumônier Goupillon ;
J’ dis : Vous bouchez un’brèch’, not’ père,
Par où pass’rait un bataillon.

(Béranger)

Boucherait le trou du cul avec un grain de sable (on lui)

Rigaud, 1881 : Se dit en parlant de quelqu’un que la peur paralyse, parce que, alors, selon l’expression vulgaire, il serre les fesses.

Bouchère en chambre

Delvau, 1864 : Fille ou femme galante, qui pèse la viande — masculine — avec la main.

Boucherie

d’Hautel, 1808 : On dit de plusieurs personnes qui se battent entr’elles qu’Elles font une boucherie ; et d’un homme dont la réputation est ruinée, qu’il a du crédit comme un chien à la boucherie.

Delvau, 1864 : Bordel, où abondent les gros morceaux de viande, — humaine.

Je vais connaître cette maison et savoir quelle viande il y a à son étal, à cette boucherie-là.

(Lemercier de Neuville)

Bouchon

d’Hautel, 1808 : Faire sauter le bouchon. Pour dire boire dru et sec, sans se griser.
On appelle un petit cabaret un bouchon ; et l’on dit À bon vin, il ne faut point de bouchon, parce qu’un cabaret, ou tout autre lieu en bonne renommée n’a pas besoin d’enseigne.

Vidocq, 1837 : s. f. — Bourse.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Delvau, 1864 : Le membre viril, que la nature a destiné à fermer hermétiquement le goulot de la femme.

Larchey, 1865 : Qualité, genre. — Allusion aux produits sortant des débits de vins appelés bouchons. On a dit ironiquement : Ceci est d’un bon bouchon, comme : Ceci est d’un bon tonneau, — ou : Ceci est du bon coin.

Delvau, 1866 : s. m. Acabit, genre, — dans l’argot du peuple. Être d’un bon bouchon. Être singulier, plaisant, cocasse.

Delvau, 1866 : s. m. Bourse, — dans l’argot des voleurs, dont les ancêtres prononçaient bourçon.

Delvau, 1866 : s. m. Cabaret. On sait que les cabarets de campagne, et quelques-uns aussi à Paris, sont ornés d’un rameau de verdure, — boscus.

Rigaud, 1881 : Bourse, — dans le jargon des voleurs.

Fustier, 1889 : Bouteille de vin cacheté. (Richepin)

Virmaître, 1894 : Bourse. Allusion à l’argent qu’elle contient, qui sert à boucher des trous. Pour payer une dette, on dit : boucher un trou (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Mauvaise gargote où l’on vend du vin sans raisin. Allusion à l’usage ancien de placer comme enseigne, au-dessus de la porte d’entrée, une branche de sapin ou de houx ; cela se nomme un bouchon (Argot du peuple).

France, 1907 : Bourse, argot des voleurs, corruption de pouchon, pochon, poche. On disait aussi bourçon. — Bouteille de vin cachetée et, par métonymie, cabaret. — S’emploie aussi pour acabit, qualité : Être d’un bon bouchon, être amusant, de bonne humeur, gai compagnon. S’asseoir sur le bouchon, s’entendre condamner à la prison ; argot des voleurs.

Bousset

France, 1907 : Pot à vin en usage en Auvergne.

Ici, ce sont des propos grivois entre jeunes filles et jeunes gens. On les savoure, on s’en délecte. Des gaillardes aux mufles éveillés se pâment d’aise. Aucune n’est assez sotte pour se boucher les oreilles. N’est-ce pas exquis, les propos défendus ?
Là, ce sont des ariettes qui ricochent dans les airs, vives et légères, pleines d’un fol entrain. Et pas de danger que la bonne humeur menace de s’éteindre. Les boussets sont là pour l’aviver continuellement. De temps à autre, chacun y va boire une tassade.

(Jacques d’Aurelle)

Boutique

d’Hautel, 1808 : On dit en plaisantant d’une femme qui, en tombant, a laissé voir son derrière, qu’Elle a montré toute sa boutique.
C’est une mauvaise boutique où personne ne peut rester. Se dit par mépris d’une maison où l’on est mal payé et mal nourri.
Faire de son corps une boutique d’apothicaire. Voy. Apothicaire.
Adieu la boutique. Se dit par plaisanterie, lorsque quelqu’un laisse tomber à terre ce qu’il tenoit à la main.

Delvau, 1864 : Employé dans un sens obscène pour désigner la nature de la femme.

Oh ! ma mie, venez ici, et fermez la boutique, c’est aujourd’hui fête.

(Moyen de parvenir)

J’avais pourtant encor bonne pratique
Et pour cela ne fermai la boutique.

(J. Du Bellay)

Bien souvent à telle pratique
Les femmes ouvrent leur boutique.

(Variétés historiques et littéraires)

Vertu de ma vie ! c’était une belle boutique.

(Tabarin)

Larchey, 1865 : « Ce n’est pas une chose, c’est un esprit de petit négoce, de profits troubles et de soigneuses affaires, qui ne recule devant rien pour arriver à un gain quelconque. Il y a la boutique industrielle comme la boutique scientifique, artistique et littéraire. » — A. Luchet.

On dit en plaisantant d’une femme qui en tombant a laissé voir trop de choses, qu’elle a montré toute sa boutique.

(d’Hautel, 1808)

Quelle boutique ! : est synonyme de quelle baraque ! quelle mauvaise organisation !
Il est de la boutique : Il fait partie de la maison de l’administration ou de la coterie.
Boutiquer : Fagoter, mal faire. — Boutiquier : Homme à idées rétrécies, parcimonieuses.

Delvau, 1866 : s. f. Bureau, — dans l’argot des employés ; journal, — dans l’argot des gens de lettres. Esprit de boutique. Esprit de corps. Être de la boutique. Être de la maison, de la coterie.

Delvau, 1866 : s. f. Ce que les petites filles laissent voir si volontiers, — comme dans le tableau de l’Innocence. Argot du peuple. S’applique aussi à l’autre sexe. Montrer toute sa boutique. Relever trop haut sa robe dans la rue, ou la décolleter trop bas dans un salon.

La Rue, 1894 : L’étui aux couteaux et le fusil que les bouchers de l’abattoir portent suspendus à la ceinture.

France, 1907 : « La plus jolie chose du monde, suivant Delvau, que les petites filles laissent voir si volontiers. » Montrer toute sa boutique, laisser voir certains endroits que, d’après la morale bourgeoise, on ne doit montrer qu’entre époux.
Se dit aussi d’un bureau, d’un journal, d’une administration. Être de la boutique, faire partie de la maison. Esprit de boutique, idées, préjugés, sentiments dont on s’empreint en vivant dans un milieu. Parler boutique, parler de sa profession. Dans l’argot des bouchers, la boutique est leur tablier garni de couteaux.

Calfater le bec (se)

France, 1907 : Manger ; argot de marine. Le calfat est chargé du soin de boucher les trous faits par les boulets, ainsi que les voies d’eau.

Calfeutrer une femme

Delvau, 1864 : Boucher son trou avec une pine.

Le garçon de boutique calfeutra aussi bien mon bas, que maître juré qui soit du métier de culetis.

(Variétés historiques et littéraires)

Canasson

Delvau, 1866 : s. m. Cheval, — dans l’argot des faubouriens, qui savent que cet animal se nourrit de son aussi bien que d’avoine : cane-à-son.

Rigaud, 1881 : Mauvais cheval. Chapeau de femme, coiffure démodée. On prononce can’son, canasson est une forme de canard. — Vieux canasson : Mot d’amitié. (L. Larchey)

Merlin, 1888 : Cheval.

La Rue, 1894 : Vieux cheval. Rosse.

Virmaître, 1894 : Vieux cheval hors de service. On appelle aussi les vieillards : canasson (Argot du peuple). V. Gaye.

Rossignol, 1901 : Vieux, mauvais. Un mauvais cheval est un canasson. Une vieille prostituée est également un canasson.

Hayard, 1907 : Mauvais cheval.

France, 1907 : Vieillard ; argot populaire. Ce mot est souvent précédé de vieux et signifie alors vieil imbécile.
Cheval ; argot des cochers et des troupiers.

Un cocher hélé par l’un de nos confrères qui, d’une voix forte, lui criait : « Hop ! » à travers le boulevard des Capucines, s’arrêta aussitôt… mais pour lui dire :
— De quoi ? « hop » C’est pas mon nom… Vous pourriez au moins m’appeler « Mossieu » !
Puis, sans même écouter les humbles excuses du coupable, il cingla le canasson en ajoutant :
— Ces bourgeois… tous des mufles !

(Maxime Boucheron)

Nous, les bourgeois à la mince bourse,
Tombons aux fers d’un canasson ;
Et, s’il fait beau, pour une course,
Qu’il fixe l’prix… de la rançon !

(Henri Buquet)

Carabin

d’Hautel, 1808 : Sobriquet que l’on donne à un étudiant en chirurgie.

Delvau, 1866 : s. m. Étudiant en médecine, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Étudiant en médecine. Le nom de carabin était autrefois appliqué aux garçons barbiers, à l’époque où les barbiers étaient, en même temps, chirurgiens et apothicaires, ayant pour arme une seringue. On les appelait aussi carabin de Saint-Côme.

Et, dans une indignation qu’il n’analysa point, Fouesnel fut sur le point de s’écrier : « Barbares ! » quand il vit les carabins enfoncer leurs scalpels dans cette blancheur de marbre, avec l’impatience d’une meute à l’hallali, une joie sourde de dépecer, de scier, d’ouvrir, de débiter ce corps de supplicié comme une pièce de boucherie.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

— Il y a précisément un carabin qui habite sur mon carré. Vous savez, le grand blond qui était au café, un jour, comme nous passions… qui nous a arrêtées pour nous forcer à trinquer avec lui et ses amis… Il est interne à la Pitié et on le dit très fort, plus fort que biens des grands médecins…

(Albert Cim)

Caracot

France, 1907 : Bigorneau, dans l’argot brabançon.

Voici l’heure ou Bruxelles s’allume, où les galeries Saint-Hubert flamboient, où les coquettes marchandes de cigares sont sous les armes derrière leurs comptoirs éblouissants, où, dans les estaminets de la rue des Bouchers, les Bruxellois, fidèles aux vieilles coutumes, boivent le lambick, le faro, et s’éperonnent la soif en gobant des caracots bouillis au sel.

(Paul Arène)

Carne

Vidocq, 1837 : s. f. — Viande gâtée.

Halbert, 1849 : Charogne, mauvaise viande.

Larchey, 1865 : Mauvaise femme. — C’est la carogne de Molière.

Je la renfoncerais dedans à coups de souliers… la carne.

(E. Sue)

Larchey, 1865 : Mauvaise viande (Vidocq). — Du vieux mot caroigne : charogne.

Un morceau d’carne dur comme un cuir

(Wado)

Delvau, 1866 : s. f. Viande gâtée, ou seulement de qualité inférieure, — dans l’argot du peuple, qui a l’air de savoir que le génitif de caro est carnis. Par analogie, Femme de mauvaise vie et Cheval de mauvaise allure.

Rigaud, 1881 : Basse viande. — Italianisme. — Sale et méchante femme ; pour carogne.

Ah ! la carne ! voilà pour ta crasse. Débarbouille-toi une fois en ta vie.

(É. Zola)

Virmaître, 1894 : Viande dure. On dit d’un homme impitoyable :
— Il est dur connue une vieille carne.
L’ouvrier qui ne veut rien faire est également une carne (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Viande de mauvaise qualité. Un mauvais cheval est une carne ; une méchante femme est aussi une carne.

France, 1907 : Femme de mauvaises mœurs. Allusion à carne, mauvaise viande.

Elle l’accusait de faire la fière, ne la désignait jamais que par d’ironiques et insultantes épithètes : « cette fille », « cette chipie »… aussi tressaillit-elle de joie à l’aspect cette petite carne qui s’avançait vers elle et avait l’aplomb de venir lui parler.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

France, 1907 : Mauvaise viande ; de l’italien carne, viande.

Il a vagabondé par les rues : à reluquer les pains dorés des boulangers, la belle carne des bouchers, toutes les machines qui se bouffent aux étales des restaurants, il lui venait des envies de foutre le grappin dessus…

(Père Peinard)

anon., 1907 : Cheval.

Chasse (marquer de)

Rigaud, 1881 : Marquer d’une raie transversale les côtes d’un animal qu’on envoie à l’abattoir, — dans le jargon des bouchers.

Chevillard

Delvau, 1866 : s. m. Boucher sans importance, — dans l’argot des gros bouchers, qui n’achètent pas à la cheville, eux !

Rigaud, 1881 : Revendeur en gros et en demi-gros de viande dépecée, en terme de boucher ; c’est celui qui vend à la cheville.

France, 1907 : Boucher en gros.

Ce sont les chevillards, ou bouchers en gros des abattoirs de la Villette, Villejuif et Grenelle, qui prêtent, moyennant rétribution, à leurs clients, bouchers au détail, des animaux sur pied.

(Guy Tomel, Le Bas du Pavé parisien)

Se dit aussi du tueur :

Orlando travaillait maintenant comme chevillard chez un boucher de la Villette qui l’avait accepté pour sa force, pour la sûreté de son coup d’œil.
Robuste et dru comme un lutteur, les manches relevées à l’épaule sur la saillie des biceps, les reins sanglés, les hanches prises dans une triple serpillière, un mouchoir pittoresquement noué sur la tête, à la façon des bandits calabrais que l’on voit dans les gravures, sanglant de la tête Aux pieds, le tueur s’approchait avec son couteau bien aiguisé, et, régulièrement, suivant la rangée, il tranchait chaque gorge d’une entaille profonde. Pas un cri. Il y avait là douze vies qui bêlaient. Après le passage du chevillard, douze fontaines de sang jaillissaient en gros bouillons dans la même vasque.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Chien perdu

France, 1907 : Fait divers qui sert à boucher un trou dans la mise en pages d’un journal.

Chiens perdus ou bien chiens noyés

Boutmy, 1883 : s. m. pl. C’est ainsi que les journalistes désignent les nouvelles diverses. Le metteur en pages a besoin d’un chien perdu pour boucher un trou, quand les rédacteurs n’ont pas fourni assez de copie.

Chique

d’Hautel, 1808 : Une chique de tabac. On appelle ainsi une pincée de tabac que les soldats, les marins et la plupart des journaliers mettent dans leur bouche pour en prendre toute la substance. Voyez Chiquer.
Une chique de pain. Pour dire une bribe, un morceau de pain.

Ansiaume, 1821 : Voler les églises.

Thierry n’en veut qu’aux ratichons et aux antonnes.

Vidocq, 1837 : s. f. — Église.

Halbert, 1849 : Bon ton.

Larchey, 1865 : Église (Vidocq). V. Momir, Rebâtir. Couper la chique : Dérouter. — Du vieux mot chique : finesse (Roquefort).

De la réjouissance comme ça ! Le peuple s’en passera. C’est c’qui coupe la chique aux bouchers.

(Gaucher, Chansons)

Couper la chique à quinze pas : Se faire sentir de loin.

Larchey, 1865 : Voir chic. — chiquement — Avec chic.

Delvau, 1866 : s. f. Église, — dans l’argot des voleurs, qui, s’ils ne savent pas le français, savent sans doute l’anglais (Church), ou le flamand (Kerke), ou l’allemand (Kirch).

Delvau, 1866 : s. f. Griserie, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi mauvaise humeur, — l’état de l’esprit étant la conséquence de l’état du corps. Avoir une chique. Être saoul. Avoir sa chique. Être de mauvaise humeur.

Delvau, 1866 : s. f. Morceau de tabac cordelé que les marins et les ouvriers qui ne peuvent pas fumer placent dans un coin de leur bouche pour se procurer un plaisir — dégoûtant. Poser sa chique. Se taire, et, par extension, Mourir. On dit aussi, pour imposer silence à quelqu’un : Pose ta chique et fais le mort.

Rigaud, 1881 : Église, — dans l’ancien argot des voleurs ; vient de l’italien chièsa.

Rossignol, 1901 : Beau, bien, bon. Une bonne action est chique. Un bel objet est chique. Une femme bien mise est chique.

France, 1907 : Église ; germanisme, de Kirch.

France, 1907 : Mauvaise humeur. « Avoir sa chique. »

France, 1907 : Tabac roulé en corde, que les marins et les ouvriers mettent dans un coin de leur bouche, d’où plusieurs expressions. Couper la chique, désappointer, réduire au silence ; couper la chique à quinze pas, avoir mauvaise haleine ; coller sa chique, être honteux, courber la tête : poser sa chique, se taire, mourir. Pose ta chique, fais le mort.

Choléra

Delvau, 1866 : s. m. Viande malsaine, ou seulement de qualité inférieure, — dans l’argot des bouchers, qui disent cela depuis cinquante ans.

Rigaud, 1881 : Viande malsaine, viande de qualité inférieure, — dans le jargon des bouchers. (A. Delvau)

Rigaud, 1881 : Zinc, zingueur, — dans le jargon des couvreurs.

Fustier, 1889 : Débris de fromages. Argot du peuple.

— Que désire monsieur ?
— Deux sous de choléra, s’il vous plaît !
On peut entendre cette demande et cette réponse s’échanger chez certains marchands de fromage, soit aux alentours des halles, soit dans les grands quartiers populeux. Or, qu’est-ce que le choléra ? Ce sont les rognures, les bribes, les miettes des divers fromages que les marchands recueillent à la fin de chaque journée à l’étalage et sur les tables de service.

(Figaro, oct. 1886)

Hayard, 1907 : Épouse.

France, 1907 : Viande malsaine ; raclure de comptoirs des marchands de fromages et que l’on revend aux pauvres affamés, à deux sous l’assiette.

Choper

Vidocq, 1837 : v. a. — Prendre.

un détenu, 1846 : Prendre à l’improviste.

Larchey, 1865 : Voler (Vidocq). — Mot à mot : toucher quelque chose pour le faire tomber. — Roquefort donne choper dans ce sens.

Delvau, 1866 : v. a. Attraper en courant, — dans l’argot des écoliers.

Delvau, 1866 : v. a. Prendre, voler, — dans l’argot des voleurs. Se faire choper. Se faire arrêter.

Rigaud, 1881 : Voler, prendre. — Chopin, vol. — Choper une boîte, arrêter un logement, se loger, — dans le jargon des voleurs.

Merlin, 1888 : Comme chiper, voler. Se faire choper, se faire prendre, arrêter.

Rossignol, 1901 : Voir chipper.

France, 1907 : Prendre, voler ; vieux mot, aphérèse de achopper.

La loi n’est pas faite pour les chiens : à preuve qu’on ne les fourre jamais au violon ; ils peuvent choper de la bidoche à l’étal des bouchers, sans craindre la prison… tout ce qu’ils risquent, c’est un coup de trique ou un coup de soulier…

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Ma fleur d’orange, elle est perdue ;
Ell’ se s’ra fait choper dans la rue.

(Paris qui passe)

Après, ce fut un aut’ tabac ;
Comm’ je faisais recette,
J’devais être chopé par Meilhac…
Je suis la gigolette
À Meilhac,
Je suis sa gigolette…

(Le Journal)

France, 1907 : Se heurter, manquer de tomber.

Cliquettes

Rigaud, 1881 : Yeux, — dans le jargon des bouchers.

Virmaître, 1894 : Oreilles (Argot du peuple). V. Esgourdes.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Oreilles.

France, 1907 : Jambes. Se dit aussi pour oreilles.

Coquard

Delvau, 1866 : s. m. Œil, — dans l’argot des bouchers.

Delvau, 1866 : s. m. Œuf, — dans l’argot des enfants.

Rigaud, 1881 : Œil ; et les variantes : Cocarde, coquillard. S’en tamponner le coquillard, s’en moquer. Mot à mot : s’en battre l’œil, comme dit encore le peuple.

France, 1907 : Œil. S’en tamponner de coquard, s’en moquer, s’en battre l’œil.

France, 1907 : Œuf.

Corbillard de loucherbem

Fustier, 1889 : « Et voici, pour corser tous ces parfums et leur donner la note aiguë, voici passer au galop le corbillard de loucherbem, l’immonde voiture qui vient ramasser dans les boucheries la viande gâtée. »

(Richepin)

France, 1907 : Voiture qui ramasse, dans les boucheries, la viande gâtée. Loucherbem signifie, en largonji, boucher. Cet argot consiste à substituer la lettre l à la première consonne qu’on transporte à la fin du mot suivi de la désinence em.

Costeau

Hayard, 1907 : Fort, robuste.

France, 1907 : Fort, intellectuellement ou physiquement. On écrit aussi costo.

— Le chantage, suis-tu, mon p’tit, il n’y a qu’ça… Quand j’étais dans la boucherie, j’ai fait la connaissance d’un bonhomme, tout ce qu’il va de plus costeau… un vrai fil-de-soie (rusé)… il tenait un cabinet d’affaires…

(Edmond Lepelletier)

Coup de pouce

Rigaud, 1881 : Effraction, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Faux poids obtenu au moyen d’une légère et vive application du pouce sur celui des plateaux de la balance où repose la marchandise. — Être fort sur le coup de pouce, avoir l’habitude de vendre à faux poids.

Virmaître, 1894 : Systeme employé par certains commerçants pour aider la balance à pencher du côté de la pesée. Les bouchers jouissent d’une grande habileté pour le coup de pouce (Argot du peuple).

France, 1907 : Coup que donnent à la balance les boutiquiers peu scrupuleux, destiné à augmenter le poids.

France, 1907 : Petit fourbi des fourriers consistant à tenir le quart avec lequel ils font la distribution de vin ou d’eau-de-vie de façon à y enfoncer le pouce, ce qui diminue d’autan à leur profit la part de chaque homme.

Cousine

Delvau, 1864 : Pédéraste passif ; variété de Tante, — les enculés portant presque tous des noms de femme, tels que ceux de : la Rein d’Angleterre, la Grille, la Marseillaise, la Fille à la perruque, la Léontine, la Nantaise, la Folle’, la Fille à la mode, la Pipée, la Bouchère, etc.

Delvau, 1866 : s. f. L’Héphestion des Alexandres de bas étage, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Sodomite.

Crampon

Larchey, 1865 : Fâcheux dont on ne peut se débarrasser.

Delvau, 1866 : s. m. Homme ennuyeux qui ne lâche pas sa victime et qu’on tuerait sur place, — si le Code ne punissait pas le meurtre, même dans le cas de légitime défense.

Rigaud, 1881 : Maîtresse trop fidèle, amant trop assidu, qui se cramponne à votre existence, et dont vous ne pouvez vous débarrasser. Par extension tout individu tenace.

Virmaître, 1894 : Femme ou maîtresse qui ne vous lâche pas et dont rien ne peut vous débarrasser pas même la mort — quand on en rêve (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Individu tenace de qui on ne peut se débarrasser.

France, 1907 : Maîtresse ; la femme que l’amour ou l’intérêt accroche à un mâle et qui ne lâche pas sa proie.

— Ma foi, je n’ai pu quitter mon crampon plus tôt ! Jonas avait encore une scène de jalousie à me faire.

(Édouard Ducret, Paris-Canaille)

Nous savons que le sexe tenace (vulgo : crampon) se défend mieux, dans la vie, que le sexe fort.

(Maxime Boucheron)

France, 1907 : Raseur, homme ennuyeux, dont on ne peut se défaire aisément, d’où le verbe cramponner, ennuyer, obséder.

Crigne

Clémens, 1840 / M.D., 1844 / un détenu, 1846 : Viande.

Delvau, 1866 : s. f. Viande, — dans l’argot des voleurs et des filles. Ne serait-ce pas une contraction de carogne, mot dérivé du latin caro ? D’un autre côté, je trouve crie et criolle dans le dictionnaire d’Olivier Chéreau, et Bouchet lui donne la signification de Lard. Auquel entendre ?

Rigaud, 1881 : Viande, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Viande. Crignolier, boucher.

Virmaître, 1894 : Viande dure comme une vieille semelle (Argot des voleurs) V. Bidoche.

Rossignol, 1901 : La viande dure ou mauvaise est de la crigne.

Crignolier

Delvau, 1866 : s. m. Boucher.

Virmaître, 1894 : Boucher. Marchand de crigne (Argot du peuple).

France, 1907 : Boucher.

Crignolier, -ère

Vidocq, 1837 : s. — Boucher, -ère.

Crinollier, criollier

Rigaud, 1881 : Boucher, — dans le jargon des voleurs.

Criolier, crinolier

Larchey, 1865 : Boucher.

Nous allons barbotter demain la cambriolle d’un garçon crinolier.

(Canler)

Criollier, crinolier

France, 1907 : Débitant de criolle, boucher. Autre forme de crignolier.

Cul

d’Hautel, 1808 : Vos raisons n’ont ni cul ni tête. Pour dire sont pitoyables ; n’ont pas le sens commun.
Un petit bas-du-cul. Se dit par ironie d’un bambin, d’un homme extrêmement petit, qui se carre et fait le fanfaron
Pour vivre long-temps, il faut donner à son cul vent. Dicton facétieux et populaire, qui se dit en plaisantant, et par manière d’excuse, lorsqu’il est échappé quelqu’incongruité.
Avoir le cul nu et les manches de même. Phrase triviale et bouffonne qui signifie être à peine vêtu ; être dans l’indigence la plus honteuse.
Retirer son cul de la presse. Se retirer d’une mauvaise affaire ; d’un embarras où l’on étoit engagé.
Il perdroit son cul s’il ne tenoit. Se dit d’un étourdi ; d’un homme peu soigneux de ses affaires ; d’un joueur malheureux.
On dit d’un peureux, d’un poltron, qu’on lui boucheroit le cul d’un grain de millet ; et bassement d’une personne pour laquelle on n’a aucune considération, aucun respect, qu’On l’a dans le cul.
Être à cul. Être interdit ; confus ; n’avoir plus de ressource ; avoir dissipé tout ce qu’on possédoit.
Elles ne font plus qu’un cul et qu’une chemise. Se dit de deux personnes qui sont devenues intimes et familières ; qui sont continuellement en semble.
Tirer le cul en arrière. Avoir de la peine à se résoudre à quelque chose.
Il est demeuré entre deux selles le cul par terre. Se dit d’une personne qui, faute d’opter entre plusieurs affaires avantageuses qui se présentoient, les a toutes manquées ; de quelqu’un qui se trouve sans emploi.
Brûler le cul. Se retirer sans mot dire, d’une compagnie ; se sauver furtivement d’un endroit où l’on étoit retenu malgré soi.
Montrer le cul dans une affaire. S’en retirer avant de l’avoir achevée ; faire le poltron ; abandonner une affaire que l’on avoit entreprise avec éclat, et avant qu’elle soit achevée.
Elle est laide comme un cul. Manière excessivement grossière de dire qu’une personne est laide à faire peur ; qu’elle est hideuse.
Cul rompu. Nom injurieux que les jeunes soldats entr’eux, donnent aux vieux invalides qui s’immiscent aux plaisirs de la jeunesse.
Péter plus haut que le cul. S’élever au-dessus de sa condition ; entreprendre plus qu’on ne peut exécuter.
Baiser le cul à quelqu’un. Voyez Baiser.
Faire quelque chose à écorche cul. Le faire à contre-sens, en rechignant.
Faire le cul de poule. Pousser la lippe ; être grimaud et boudeur.
Arrêter quelqu’un par le cul. L’arrêter tout court ; déjouer ses projets ; ruiner ses espérances.
Donner sur le cul. Corriger, châtier un enfant, en lui donnant le fouet.
Cul-de-jatte. Au propre, estropié, perclu de ses jambes ; impotent. Au figuré, homme inhabile et sans capacité.
Cul-de-plomb. Homme sédentaire et peu alerte ; on donne aussi ce nom à un homme fort laborieux qui travaille avec une grande assiduité, qui ne remue pas de dessus sa chaise.
Se lever le cul devant. Être maussade, grondeur en se levant.
Être crotté jusqu’au cul. Être plein de boue et de crotte.
Renverser cul par-dessus tête. Bouleverser tout ; mettre tout en désordre.
Ils se tiennent tous par le cul, comme des hannetons. Se dit d’une coterie, d’une assemblée de marchands qui s’entendent ensemble pour ne pas rabattre du prix de leurs marchandises.
Baiser le cul de la vieille. Voyez Baiser.
Charger à cul. Se dit d’un porteur ou d’un cheval que ton charge trop en arrière.
Donner du pied au cul. Chasser quelqu’un ; le renvoyer d’une manière ignominieuse.
Il y va de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. Voyez Abattre.
On lui verra bientôt le cul. Se dit d’un homme déguenillé ; vêtu misérablement ; ou qui est fort négligent pour son habillement.
Tenir quelqu’un au cul et aux chausses. Le tenir étroitement, de manière qu’il ne puisse échapper.

Larchey, 1865 : Homme bête et grossier. — Cul goudronné : Matelot — Cul de plomb : Homme sédentaire, peu alerte (d’Hautel, 1808). — Cul rouge : Soldat porteur du pantalon rouge qui compose l’uniforme de presque toute l’armée. — Autre temps, autres culottes. Au dix-huitième siècle, on disait culblanc, témoin ce passage des Mémoires de Bachaumont : « Le 27 janvier 1774. Il est encore arrivé à Marseille à la Comédie une catastrophe sanglante. Un officier du régiment d’Angoulême était dans une première loge ; il s’était retourné pour parler à quelqu’un. Le parterre, piqué de cette indécence, a crié à bas, cul blanc ! (le blanc est le fond de l’uniforme de l’infanterie), » etc., etc.

Rigaud, 1881 : Homme stupide. Tournure de femme au dix-huitième siècle. Aujourd’hui on dit faux-cul.

En entrant dans la première salle, chaque femme était obligée de quitter son cul, sa bouffante, ses soutiens, son corps, son faux chignon, et de vêtir une lévite blanche avec une ceinture de couleur.

(Lettre d’un garde du roi, pour servir de suite aux Mémoires de Cagliostro, 1786.)

France, 1907 : Imbécile. Garçon stupide et grossier.

Déboucher une rue

Rigaud, 1881 : Payer les dettes qu’on a dans une rue. Les dettes bouchent la rue et empêchent le débiteur timide d’y passer.

Défoux

Rossignol, 1901 : Casquette de soie haute de forme que portent les bouchers et dont le prix est de cinq à six francs. Le créateur de cette casquette est le chapelier Défoux. Il y a quarante ans, il y avait une casquette qui se portait que l’on nommait la David, également du nom du fabricant.

Dégrossir

Delvau, 1866 : v. a. Découper des viandes, — dans l’argot des francs-maçons.

France, 1907 : Découper de la viande. Terme de bouchers

Déshabillé

France, 1907 : Terme de boucherie, synonyme d’écorcher, dépouiller. On déshabille un mouton ou un bœuf en lui enlevant la peau.

Les aides mettaient la main au couteau. En une seconde, la gorge était ouverte, la robe fendue du mufle aux mamelles, la bête déshabillée ; et sur le sol où ruisselait le sang, la peau traînait à terre, comme, après un bain, un peignoir foulé. Puis par les deux pieds de derrière, un treuil élevait le bœuf au-dessus du sol, la tête en bas.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Effets de biceps

Delvau, 1866 : s. m. pl. Vanité de boucher ou de débardeur, — dans l’argot du peuple. Faire des effets de biceps. Battre quelqu’un, uniquement pour lui prouver qu’on est plus fort que lui.

Rigaud, 1881 : Exhibition de force musculaire. (L. Larchey)

Emboucher

d’Hautel, 1808 : Emboucher quelqu’un. Pour dire, l’instruire des circonstances d’une affaire.
On dit d’un homme grossier, ignorant, et qui n’ouvre la bouche que pour dire des injures, qu’il est mal embouché.

En avoir dans la caboche

France, 1907 : Être entêté, obstinément stupide, avoir le cerveau fêlé.

Le proverbe vient d’un nominé Caboche, boucher de Paris, qui fut un des principaux chefs de tous les autres bouchers qui se mutinèrent sous le règne de Charles VI. Pendant la démence de ce prince, ceste canaille tenoit le party de Jean de Bourgogne, pour lequel ils estoient si zélés, et leur insolence alla si loin qu’ils forcèrent Charles, Dauphin de France, de prendre le chaperon blanc, qui estoit la marque et la livrée de leur faction, et tuèrent et firent périr plusieurs personnes de distinction qui estoient du party contraire au duc de Bourgogne. De la folie et de l’entestement de Caboche est venu ce proverbe, que l’on a appliqué à ceux qui ont la teste blessée.

(Histoire de France, par Duhaillan)

Entendre de corne

Delvau, 1866 : v. n. Entendre autre chose que ce qu’on dit, — dans l’argot des bourgeois.

France, 1907 : Prendre un mot pour un autre. Allusion à la corne des marchands campagnards au moyen de laquelle ils annoncent leur présence à leurs clients. Il arrive souvent que ceux-ci se trompent et prennent la corne du boulanger pour celle du boucher et vice versa.

Éponge (mettre une)

Delvau, 1864 : Moyen qui donne aux amants la liberté de se livrer à tous les transports et au feu du plaisir, sans crainte de faire des enfants.

J’engageai donc ta bonne, depuis le jour où tu nous a découverts, à se munir, avant nos embrassements, d’une éponge fine, avec un cordon de soie délicat qui la traverse en entier et qui sert à la retirer. On imbibe cette éponge dans de l’eau mélangée de quelques gouttes d’eau-de-vie ; on l’introduit exactement à l’entrée de la matrice, afin de la boucher, et quand bien même les esprits subtils de la semence passeraient par les pores de l’éponge, la liqueur étrangère qui s’y trouve, mêlée avec eux, en détruit la puissance et la nature. On sait que l’air même suffît pour la rendre sans vertu. Dès lors, il est impossible que l’on fasse des enfants.

(Mirabeau)

Être (l’)

Larchey, 1865 : Être trompé par sa maîtresse ou par sa femme.

C’est notre sort… C’en est fait… je le suis.

(Boucher de Perthes, 1836)

Delvau, 1866 : Être trompé par sa femme, — dans l’argot des bourgeois, qui se plaisent à équivoquer sur ce verbe elliptique.

Hayard, 1907 : Être cocu.

France, 1907 : Être cocu.

— To be or not to be… l’être ou ne pas l’être. Je le suis, voilà tout. L’accident ne vaut pas qu’on le souligne, Tout homme est le trompé de quelqu’un ou de quelque chose. Le joueur qui perd à la Bourse est le cocu de la chance ; le grand homme qui avorte est le cocu de la gloire. Chance et gloire : deux femelles.

(Clovis Hugues)

Faire

d’Hautel, 1808 : Pour tromper, duper, attraper, friponner ; filouter, voler.
Je suis fait. Pour dire attrapé, on m’a trompé.
Faire de l’eau. Pour dire uriner, pisser. Hors de ce cas, c’est un terme de marine qui signifie relâcher en quelqu’endroit pour faire provision d’eau.
Faire de nécessité vertu. Se conformer sans rien dire aux circonstances.
Faire et défaire, c’est toujours travailler. Se dit par ironie à celui qui a mal fait un ouvrage quelconque, et qu’on oblige à le recommencer.
Quand on fait ce qu’on peut, on fait ce qu’on doit. Signifie qu’il faut savoir gré à celui qui marque du zèle et de l’ardeur dans une affaire, lors même qu’elle vient à ne pas réussir.
Paris ne s’est pas fait en un jour. Signifie qu’il faut du temps à un petit établissement pour devenir considérable ; qu’il faut commencer par de petites affaires avant que d’en faire de grandes.
Allez vous faire faire. Pour allez au diable ; allez vous promener, vous m’impatientez. Ce mot couvre un jurement très-grossier.
Le bon oiseau se fait de lui-même. Signifie qu’un bon sujet fait son sort par lui-même.
Faire et dire sont deux. Signifie qu’il est différent de faire les choses en paroles et de les exécuter.
Il n’en fait qu’à sa tête. Se dit d’un homme entier, opiniâtre, qui se dirige absolument d’après sa volonté.
Qui fait le plus fait le moins. Pour dire qu’un homme qui s’adonne à faire de grandes choses, peut sans contredit exécuter les plus petites.
Faire ses orges. S’enrichir aux dépens des autres s’en donner à bride abattue.
Faire le diable à quatre. Signifie faire des siennes, faire des fredaines ; un bruit qui dégénère en tintamare.
Faire les yeux doux. Regarder avec des yeux tendres et passionnés.
Faire son paquet. S’en aller ; sortir précipitamment d’une maison où l’on étoit engagé.
Faire la vie. Mener une vie honteuse et débauchée.
Il en fait métier et marchandise. Se dit en mauvaise part, pour c’est son habitude ; il n’est pas autrement.
Faire la sauce, et plus communément donner une sauce, etc. Signifie faire de vifs reproches à quelqu’un.
Faire d’une mouche un éléphant. Exagérer un malheur ; faire un grand mystère de peu de chose.
L’occasion fait le larron. C’est-à-dire, que l’occasion suffit souvent pour égarer un honnête homme.
Ce qui est fait n’est pas à faire. Signifie que quand on peut faire une chose sur-le-champ, il ne faut pas la remettre au lendemain.
Allez vous faire paître. Pour allez vous promener.
Les première et seconde personnes du pluriel du présent de l’indicatif de ce verbe sont altérées dans le langage du peuple. À la première personne il dit, par une espèce de syncope, nous fons, au lieu de nous faisons ; et à la seconde, vous faisez, au lieu de vous faites.

Larchey, 1865 : Faire la place, commercialement parlant.

De tous les points de Paris, une fille de joie accourait faire son Palais-Royal.

(Balzac)

Je suis heureux d’avoir pris ce jour-ci pour faire la vallée de l’Oise.

(Id.)

Larchey, 1865 : Nouer une intrigue galante.

Est-ce qu’un homme qui a la main large peut prétendre à faire des femmes ?

(Ed. Lemoine)

Dans une bouche féminine, le mot faire indique de plus une arrière-pensée de lucre. C’est l’amour uni au commerce.

Et toi, ma petite, où donc as-tu volé les boutons de diamant que tu as aux oreilles ? As-tu fait un prince indien ?

(Balzac)

Tu as donc fait ton journaliste ? répondit Florine. — Non, ma chère, je l’aime, répliqua Coralie.

(id.)

Larchey, 1865 : Risquer au jeu.

Nous faisions l’absinthe au piquet à trois.

(Noriac)

Faire dans la quincaillerie, l’épicerie, la banque, etc. ; Faire des affaires dans la quincaillerie, etc.

Larchey, 1865 : Voler.

Nous sommes arrivés à faire les montres avec la plus grande facilité.

(Bertall)

Son fils qui fait le foulard à ses moments perdus.

(Commerson)

Delvau, 1866 : s. m. Façon d’écrire ou de peindre, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes.

Delvau, 1866 : v. a. Dépecer un animal, — dans l’argot des bouchers, qui font un veau, comme les vaudevillistes un ours.

Delvau, 1866 : v. a. Visiter tel quartier commerçant, telle ville commerçante, pour y offrir des marchandises, — dans l’argot des commis voyageurs et des petits marchands.

Delvau, 1866 : v. a. Voler, et même Tuer, — dans l’argot des prisons. Faire le foulard. Voler des mouchoirs de poche. Faire des poivrots ou des gavés. Voler des gens ivres. Faire une maison entière. En assassiner tous les habitants sans exception et y voler tout ce qui s’y trouve.

Delvau, 1866 : v. n. Cacare, — dans l’argot à moitié chaste des bourgeois. Faire dans ses bas. Se conduire en enfant, ou comme un vieillard en enfance ; ne plus savoir ce qu’on fait.

Delvau, 1866 : v. n. Jouer, — dans l’argot des bohèmes. Faire son absinthe. Jouer son absinthe contre quelqu’un, afin de la boire sans la payer. On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.

Delvau, 1866 : v. n. Travailler, être ceci ou cela, — dans l’argot des bourgeois. Faire dans l’épicerie. Être épicier. Faire dans la banque. Travailler chez un banquier.

Rigaud, 1881 : Dérober. — Faire le mouchoir, faire la montre. L’expression date de loin. M. Ch. Nisard l’a relevée dans Apulée.

Vous êtes de ces discrets voleurs, bons pour les filouteries domestiques, qui se glissent dans les taudis des vieilles femmes pour faire quelque méchante loque. (Scutariam facitis)

Rigaud, 1881 : Distribuer les cartes, — dans le jargon des joueurs de whist. — Jouer des consommations, soit aux cartes, soit au billard. Faire le café en vingt points, — dans le jargon des piliers de café.

Rigaud, 1881 : Exploiter, duper. — Faire faire, trahir. Il m’a fait faire, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Faire le commerce de ; être employé dans une branche quelconque du commerce. — Faire les huiles, les cafés, les cotons. Mot à mot : faire le commerce des huiles, des cotons, etc.

Rigaud, 1881 : Guillotiner, — dans le langage de l’exécuteur des hautes-œuvres.

M. Roch (le bourreau de Paris) se sert d’une expression très pittoresque pour définir son opération. Les criminels qu’il exécute, il les fait.

(Imbert.)

Rigaud, 1881 : Parcourir un quartier au point de vue de la clientèle, — dans l’argot des filles. Elles font le Boulevard, le Bois, les Champs-Élysées, comme les placières font la place.

Rigaud, 1881 : Séduire.

La puissante étreinte de la misère qui mordait au sang Valérie, le jour où, selon l’expression de Marneffe, elle avait fait Hulot.

(Balzac, La Cousine Bette)

L’artiste qui, la veille, avait voulu faire madame Marneffe.

(Idem)

Faire une femme, c’est mot à mot : faire la conquête d’une femme.

Le temps de faire deux bébés que nous ramènerons souper ; j’ai le sac.

(Jean Rousseau, Paris-Dansant)

Quand une femme dit qu’elle a fait un homme, cela veut dire qu’elle fonde des espérances pécuniaires sur celui qu’elle a séduit, qu’elle a fait une affaire avec un homme. — Les bals publics sont des lieux où les femmes vont faire des hommes, mot à mot : le commerce des hommes.

Rigaud, 1881 : Tuer, — dans le jargon des bouchers : faire un bœuf, tuer un bœuf et le dépecer.

Rigaud, 1881 : Vaincre, terrasser, — dans l’argot des lutteurs.

Il ajouta qu’en se glorifiant d’avoir fait le Crâne-des-Crânes, certains saltimbanques en avaient menti.

(Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)

Fustier, 1889 : Arrêter. Argot des voleurs. Être fait, être arrêté.

Le lendemain matin, il questionne la Lie-de-Vin… puis il part. Dans l’après-midi il était fait.

(Gil Blas, juin, 1886.)

La Rue, 1894 : Exploiter, duper. Arrêter. Jouer. Trahir. Séduire : faire une femme, faire un homme. Raccrocher. Dérober. Tuer. Vaincre, terrasser. Guillotiner.

Virmaître, 1894 : Les bouchers font un animal à l’abattoir. Faire : tuer, voler. Faire quelqu’un : le lever. Faire : synonyme de fabriquer (Argot du peuple et des voleurs).

France, 1907 : Exploiter.

Elles faisaient les bains de mer et les villes d’eaux, émigrant suivant la saison, comme les bohémiens, comme les hirondelles, des falaises grises de la Manche qu’un gazon plat encapuchonne aux côtes méditerranéennes où la blancheur luit dans l’azur.

(Paul Arène)

France, 1907 : Voler.

Deux filous causent de la future Exposition :
— C’est une bonne affaire pour nous… Ça fournit des occupations…
— Qu’est-ce que tu y faisais en 1869 ?
— Les montres.

(Le Journal)

Il lançait de vastes affaires sur le marché, comme la Caisse d’Algérie, et il ne dédaignait pas de vulgaires filouteries. Ses opérations se trouvèrent ainsi embrasser tous les cercles de la vie de Paris. Il ne dédaignait aucun coup à tenter. Il faisait le million aux riches gogos et le porte-monnaie aux passants.

(Edmond Lepelletier)

Un monsieur, très pressé, court dans la rue.
Un quidam le rejoint, lui frappe sur l’épaule et lui demande impérieusement :
— Où allez-vous ?
— Qu’est-ce que ça peut vous faire ? répond le monsieur furieux.
— Ça me fait beaucoup… on vient de me voler !
— Et vous m’accusez ?
— Oui.
— C’est trop fort !
— N’essayez pas de m’en imposer.
— Mais fouillez-moi, espèce de crétin !
Le quidam fouille le monsieur, et se retire en présentant de plates excuses.
Quand Le monsieur se fouille à son tour, il s’aperçoit qu’on lui a fait sa montre et son porte-monnaie.

(Gil Blas)

À la correctionnelle :
— Alors, dit familièrement le président au prévenu, vous vous vantez de faire la montre aves une remarquable dextérité ?
— Aussi bien que personne ici !
Puis il ajoute courtoisement :
— Soit dit sans vous offenser.

Femme de la troisième catégorie

Delvau, 1866 : s. f. Fille de mauvaise vie, — dans l’argot des faubouriens, qui ont saisi avec empressement, il y a quelques années, les analogies que leur offraient les divisions officielles de la viande de boucherie.

France, 1907 : Prostituée de bas étage.

Fenêtre

d’Hautel, 1808 : Il a sauté par la fenêtre, peur de salir les escaliers. Manière plaisante de dire qu’une personne que l’on poursuivoit s’est précipitée par la fenêtre ; qu’il n’a pas pris le temps de sortir par la porte.
Quand on le chasse par la porte, il rentre par la fenêtre. Se dit d’un importun dont on ne peut se débarrasser.
Jeter son bien par la fenêtre. Dépenser mal à-propos, faire un mauvais usage de son bien.
Il faut passer par-là, ou par la fenêtre. Pour dire, il faut absolument faire cette chose ; c’est une nécessité absolue.
On dit par raillerie, d’un freluquet, d’un fanfaron qui jette feu et flamme, que si l’on n’y prend garde, il jettera la maison par les fenêtres.

Rigaud, 1881 : Œil, — dans le jargon des voyous. Boucher une fenêtre, crever un œil.

Virmaître, 1894 : V. Carreau.

France, 1907 : Œil. Boucher La fenêtre, donner un coup de poing sur l’œil. Faire la fenêtre, raccrocher les passants en se montrant à sa fenêtre dans un costume plus ou moins négligé. Mettre la tête à la fenêtre, être guillotiné.

Fente

Delvau, 1864 : La nature de la femme, destinée à être fendue.

Rien ne fut soustrait à mes regards… Lucette, couchée sur lui, les fesses en l’air, les jambes écartées, me laissait apercevoir toute l’ouverture de sa fente, entre deux petites éminences grasses et rebondies.

(Mirabeau)

Toutes filles, en cas pareil,
Désireraient à leur réveil
Qu’un tel que moi leur fît de rente
Un bon vit pour boucher leur fente.

(Cabinet satyrique)

Et puis après il se vante
D’avoir bouché votre fente.

(Gautier-Garguille)

Pontgibaut se vante
D’avoir vu la fente
De la comtesse d’Alaïs.

(Tallemant des Réaux)

Feuilles de chou

Delvau, 1866 : s. f. pl. Les oreilles, — dans l’argot des bouchers. On dit aussi Esgourdes et Maquantes.

Hayard, 1907 : Oreilles, journal sans importance.

France, 1907 : Les oreilles.

Figure

d’Hautel, 1808 : Faire figure. Avoir de la représentation dans le monde ; y paroître avec éclat.
Faire une triste figure. Pour dire, avoir de l’humeur, faire la moue, bouder.

Delvau, 1866 : s. f. Tête de mouton, bonne pour le pot-au-feu, — dans l’argot des faubouriens. Demi-figure. Moitié de tête de mouton achetée chez le tripier.

Rigaud, 1881 : Personne, individu. — Ce n’est pas pour ta figure, ce n’est pas pour toi. — C’est pour ma figure, c’est pour moi.

Rigaud, 1881 : Tête de veau dans le baquet du boucher.

France, 1907 : Tête de mouton.

Flacon

Rigaud, 1881 : Botte, et particulièrement botte de vidangeur ou de cureur d’égouts. Des flacons qui renferment « l’essence de chaussette ». — Déboucher ses flacons, ôter ses bottes.

Ça doit rien schelmguer quand il débouche ses flacons.

(Réflexion d’un voyou à la vue d’un cureur d’égouts)

Flageolet

d’Hautel, 1808 : Être monté sur des flageolets. Signifie plaisamment avoir les jambes minces, fluettes et sans molets.

Delvau, 1864 : Le membre viril, dont les femmes savent si bien jouer et jouir, et dont elles se gardent bien de boucher la patte d’où sort cette précieuse musique qui leur chatouille si agréablement le vagin.

Elle n’est pas musicienne,
Mais elle est foll’ du flageolet
Et veux que chaqu’ jour de la s’maine
Je fredonne au moins un couplet.

(É. Debraux)

Je voudrais, ma belle brunette,
Voyant votre sein rondelet,
Jouer dessus de l’épinette
Et au-dessous du flageolet.

(Théophile)

Si tu veux danser, dispose
Du flageolet que voilà.

(Collé)

France, 1907 : Le pénis.

Flanchet

d’Hautel, 1808 : Dérivé de flanc, côté.
Il est sur le flanchet. Se dit d’un homme dangereusement blessé.
On dit aussi en terme de boucherie, un morceau de flanchet, pour un morceau pris sur le côté.

Delvau, 1866 : s. m. Part, lot, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Part, participation, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Part dans une affaire.

Virmaître, 1894 : Part de vol. Lot qui échoit à un brocanteur. Morceau de viande qui forme la pointe dans l’intérieur du bœuf (Divers Argots).

France, 1907 : Lot, sort, part de vol.

Tout passe dans la tigne
Et, quoiqu’on en jaspine,
C’est un foutu flanchet
Douz’ longes de tirade
Pour un moment d’attrait.

(Vidocq)

Flingot

Delvau, 1866 : s. m. Couteau, — dans l’argot des bouchers. Fusil, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Fusil de boucher.

Rigaud, 1881 : Fusil, — dans le jargon des troupiers.

On lui mettait un flingot entre les doigts et là, au soleil, à la pluie, au vent, il devait s’évertuer à jongler avec.

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

Ricornot, navré, faisait l’exercice dans la cour, ayant le sac au dos et le flingot sur l’épaule.

(Vicomte Richard, Les Femmes des autres)

Merlin, 1888 : Fusil.

La Rue, 1894 : Fusil. Couteau, dans l’argot des bouchers. Ventre.

Virmaître, 1894 : Fusil (Argot des troupiers). V. Bottoche.

Rossignol, 1901 : Fusil.

Flingot, flinque

France, 1907 : Fusil ; du provençal flinga, frapper. C’est avec le fusil qu’on frappe l’ennemi. C’est aussi le couteau des bouchers.

À la date du 13 novembre, le rejet de l’armistice qui écartait tout espoir de ravitaillement et qui affola Paris inspire à M. Blum de fines plaisanteries, dont la meilleure serait sifflée à Déjazet, et la mobilisation des gardes nationaux, armés de flingots hors d’usage, traînant leurs souliers sans semelles dans les rues boueuses, nous vaut sur son carnet un scénario dont il est bien capable de se servir un soir, contre le public !

(Mentor, Le Journal)

J’eus à entendre pas mal de gouailleries au sujet de mon fusil, à écouter vanter la supériorité des flèches et des dards, mas j’avais plus de confiance en mon vieux flingot qu’en leurs javelots et tout leur appareil ; et je crois qu’ils partageaient au fond mon avis, car, lorsque par plaisanterie je m’amusais à les mettre en joue, ils couraient comme des diables.

(Hector France, Chez les Indiens)

Garçon à deux mains

Rigaud, 1881 : Garçon boucher qui travaille tantôt à l’abattoir, tantôt à l’étal. (Vinçard)

Garçon de bidoche

France, 1907 : Garçon boucher.

Gargot

Delvau, 1866 : s. m. Petit restaurant où l’on mange à bon marché et mal. On dit aussi Gargote.

Rigaud, 1881 : Entrepreneur d’abatage pour bouchers et charcutiers. Celui qui débite de la viande aux bouchers et aux charcutiers.

Rigaud, 1881 : Restaurant de bas étage.

France, 1907 : Petit restaurant. Abréviation de gargotte, du latin gargustium, mauvaise hôtellerie. Le Duchat fait venir ce mot de l’allemand Garküche, cuisine toujours prête.

Elle tenait un gargot
À Maisons-Laffitte,
Chez elle le cheminot
Trouvait table et gîte.

(Jules Célès)

On appelle aussi gargot le restaurateur.

Un autre fourbi qui se pratique en grand dans les prisons de la Seine, c’est ce qu’on pourrait appeler « le truc des quartiers d’hiver ».
Quand le frio s’amène, le pauvre bougre qui se trouve sans feu ni lieu se fait poisser pour une couillonnade quelconque. Habituellement, le type s’en va dans une gargotte, s’appuie un bon gueuleton et, quand vient le quart d’heure de Rabelais, il appelle le patron et le prie d’aller quérir les sergots.
Si le purotin est par hasard tombé sur un bon frère qui l’envoie se faire pendre ailleurs, il en est quitte pour recommencer chez le gargot d’à côté. La muflerie commerçante est si répandue qu’il est rare que l’empileur ait besoin de s’y reprendre à trois fois.

(La Sociale)

Gobet

d’Hautel, 1808 : C’est un bon gobet. Se dit en plaisantant d’un enfant difficile à conduire, d’un petit polisson.
Des gobets de Montmorency. Nom qu’on donne aux cerises qui viennent de la vallée de Montmorency.
Prendre quelqu’un au gobet. Le prendre au collet, au moment où il y pense le moins.

Delvau, 1866 : s. m. Morceau de viande quelconque. — dans l’argot des bouchers, qui emploient ce mot à propos delà viande non encore détaillée.

Delvau, 1866 : s. m. Polisson ; ouvrier qui se débauche, — dans l’argot du peuple. Mauvais gobet. Méchant drôle.

Rigaud, 1881 : Quartier de viande, — dans le jargon des bouchers.

Rigaud, 1881 : Vaurien. C’est-à-dire individu qui gobe, qui trouve bon… à prendre tout ce qu’il voit.

Virmaître, 1894 : Morceau de viande, bœuf ou mouton entier.
— Je ne veux pas de cette viande coupée, elle a été tripotée.
— Je vais vous en couper dans un gobet, répond le boucher (Argot des bouchers).

France, 1907 : Morceau que l’on gobe ; pièce de viande, dans l’argot des bouchers.

— Laisse-moi faire, nous mangerons de bons gobets ensemble.

(Hauteroche, Crispin médecin)

France, 1907 : Polisson, ouvrier débauché ; méchant gobet, mauvais drôle.

Gouts lubriques (avoir des)

Delvau, 1864 : Être très corrompu en amour.

On l’accusa d’avoir des goûts lubriques,
Dont le récit fait dresser les cheveux ;
De dédaîgner Les amours platoniques
Et de boucher des trous incestueux.

(Ch. Boyle)

Gradaille

France, 1907 : Les gradés ; tout ce qui dans l’armée porte soutache ou galons.

Pour que le « libérateur » vienne vite, cette gradaille qui s’abstient même de prononcer le mot « république », crainte de s’écorcher la gueule, récite des chiées d’oremus et, en attendant que vienne le moment des grandes boucheries humaines, s’entretient les tripes en état en les bondant d’alcool.

(Le Père Peinard)

Grinchir

Ansiaume, 1821 : Voler.

Il ne veut grinchir que dans les entonnes, pour moi niberg.

Bras-de-Fer, 1829 : Voler, prendre.

Vidocq, 1837 : v. a. — Voler. J’ai réuni dans cet article quelques détails sur divers genres de vols. Quelques-uns se commettent encore tous les jours ; d’autres n’ont été commis que par ceux qui les ont inventés.
Grinchir au boulon. Le Grinchissage au Boulon a été inventé, dit-on, par un individu dont les antécedens sont bien connus, et qui a pour la pêche une passion pour le moins aussi grande que celle de certain député juste-milieu. Au reste, si l’individu dont je parle n’est pas l’inventeur du Grinchissage au Boulon, il a du moins excellé dans sa pratique, comme il excella par la suite dans la pratique des vols à la Tire et au Bonjour.
Pour Grinchir au Boulon, il ne s’agit que de passer par l’un des trous pratiqués dans la devanture des boutiques, pour donner passage aux boulons qui servent à les fermer, un fil de fer ou de laiton, terminé par un crochet qui sert à saisir l’extrémité d’une pièce de dentelle qu’on amène ainsi à l’extérieur avec une grande facilité.
Il ne s’agirait, pour se mettre à l’abri de ce genre de vol, que de boucher à l’intérieur l’entrée des boulons par de petites plaques de fer.
Grinchir à la cire. Un ou plusieurs individus se rendent chez un restaurateur, déjeunent ou dînent, et s’emparent d’une ou de plusieurs pièces d’argenterie qu’ils collent sous la table au moyen d’un emplâtre de cire ou de poix. Si le maître de l’établissement s’aperçoit du vol qui vient d’être commis à son préjudice, les coupables n’ont rien à craindre, quand bien même ils seraient fouillés. Il est inutile de dire qu’un compère vient quelques instans après leur départ, enlever les pièces d’argenterie.
Le Grinchissage à la Cire fut inventé, il y a vingt années environ, par une jeune et jolie personne, qui le pratiquait de concert avec sa mère, qui était chargée de venir prendre l’argenterie. Ces deux femmes exercèrent paisiblement pendant deux ans ; mais enfin elles subirent le sort de tous les voleurs : elles furent arrêtées et condamnées. Elles confessèrent, durant l’instruction de leur procès, deux cent trente-six vols de cette nature.
Grinchir à la limonade. Un individu dont la tournure est celle d’un domestique, se présente chez un limonadier, auquel il commande dix, douze, ou même quinze demi-tasses pour Monsieur un tel, qui demeure toujours dans la même rue que le limonadier auquel il s’adresse, mais à l’extrémité opposée. Cela fait, il prend les devans et va se poster sur la porte de livraison dont il a indiqué le numéro, et, lorsqu’il voit venir le garçon, il va au-devant de lui, prend la corbeille qu’il porte, et le prie d’aller chercher de l’eau-de-vie qu’il a oublié de commander. Le garçon, sans défiance, abandonne sa corbeille, et s’empresse d’aller chercher ce qu’on lui demande. Ce n’est que lorsqu’il arrive avec le flacon d’eau-de-vie qu’il apprend, du portier de la maison indiquée, qu’il vient d’être la victime d’un audacieux voleur.
Les traiteurs qui envoient de l’argenterie en ville sont aussi très-souvent victimes des Grinchisseurs à la Limonade. Il ne faudrait cependant, pour éviter leurs pièges, que monter toujours dans les lieux indiqués les objets demandés, et de prendre, auprès du concierge de la maison, des renseignemens minutieux.
Cette dernière précaution surtout ne devrait jamais être négligée. Souvent des intrigans louent un appartement, le font garnir de meubles appartenant à un tapissier. Ils se font ensuite apporter une ou deux fois à dîner par le restaurateur voisin, puis enfin une troisième. Mais alors le nombre des convives est plus considérable, et, pour ne point donner naissance aux soupçons, celui des Grinchisseurs qui joue le rôle de l’Amphytrion a soin de demander un garçon pour aider son domestique à servir les convives. Le dîner fini, le domestique, qui est une des principales chevilles du complot, prépare l’argenterie et disparaît avec elle au moment convenu. Pendant ce temps les maîtres passent au salon pour prendre le café, et y amusent le garçon jusqu’à ce qu’ils aient, les uns après les autres, trouvé le moyen de s’évader.
Grinchir à la desserte. Le Grinchissage à la Desserte n’est guère pratiqué qu’à Paris. Un individu, vêtu d’un costume de cuisinier, le casque à mèche en tête et le tranche-lard au côté, qui connaît parfaitement la situation de la cuisine et celle de la salle à manger de la maison dans laquelle il veut voler, s’y introduit à l’heure du dîner, et s’il peut arriver dans la salle à manger avant d’avoir été remarqué, il enlève avec dextérité toute l’argenterie que les domestiques ont laissée en évidence, et trouve le moyen de disparaître sans laisser d’autres traces de son passage que le vol qu’il a commis.
Qu’on se figure, s’il est possible, la surprise extrême du maître de logis ; il veut servir le potage et ne trouve point la cuillère, c’est un oubli de la servante ; il la sonne, elle vient, et après bien des pourparlers on trouve le mot de l’énigme.
Ces vols étaient jadis beaucoup plus fréquens qu’aujourd’hui, par la raison toute simple que les plus fameux Grinchisseurs à la Desserte se sont retirés des affaires, et se sont, je crois, amendés ; l’un s’est fait usurier, et l’autre amateur de tableaux.
Grinchir au voisin. Quoique ce vol ne soit pas de création nouvelle, il se commet encore presque tous les jours, et il n’y a pas bien long-temps que la Gazette des Tribunaux entretenait ses lecteurs d’un Grinchissage au Voisin, dont un horloger de la rue Saint-Honoré venait d’être la victime. Un homme vêtu en voisin, c’est-à-dire, suivant la circonstance, enveloppé d’une robe de chambre, ou seulement couvert d’une petite veste, entre chez un horloger et lui demande une montre de prix, qu’il veut, dit-il, donner à sa femme ou à son neveu ; mais, avant d’en faire l’emplette, il désire la montrer à la personne à laquelle elle est destinée. Il prend la montre qu’il a choisie et prie l’horloger de le faire accompagner par quelqu’un auquel il remettra le prix du bijou, si, comme il n’en doute pas, il se détermine à en faire l’acquisition. Il sort, accompagné du commis de l’horloger, et après tout au plus cinq minutes de marche, ils arrivent tous deux devant la porte cochère d’une maison de belle apparence ; le voleur frappe, et la porte est ouverte. « Donnez vous la peine d’entrer, dit-il au commis de l’horloger. — Après-vous, Monsieur, répond celui-ci. — Entrez, je vous en prie, je suis chez moi. — C’est pour vous obéir, » dit enfin le commis qui se détermine à passer le premier ; à peine est-il entré que le voleur tire la porte et se sauve, et lorsque le commis a donné au concierge de la maison dans laquelle il se trouve, les explications propres à justifier sa présence, explications que celui-ci exige avant de se déterminer à tirer le cordon, le voleur est déjà depuis long-temps à l’abri de toute atteinte.
Grinchir aux deux Lourdes. Un individu dont la tournure et les manières indiquent un homme de bonne compagnie, arrive en poste dans une ville, et prend le plus bel appartement du meilleur hôtel ; il est suivi d’un valet de chambre, et aussitôt son arrivée il a fait arrêter un domestique de louage ; ce noble personnage qui mène le train d’un millionnaire, daigne à peine parler aux hôteliers ; il laisse à son valet de chambre le soin de régler et de payer sa dépense ; mais ce dernier, qui n’additionne jamais les mémoires qu’il acquitte, et qui ne prononce jamais le nom de son maître sans ôter son chapeau, remplit de cette commission à la satisfaction générale. Les voies ainsi préparées, l’étranger fait demander un changeur, qui se rend avec empressement à ses ordres, et auquel il montre une certaine quantité de rouleaux qui contiennent des pièces d’or étrangères ; le changeur examine, pèse même les pièces que l’étranger veut échanger contre des pièces de 20 francs ; rien n’y manque, ni le poids, ni le titre ; le prix de change convenu, on prend jour et heure pour terminer. Lorsque le changeur arrive allèché par l’espoir d’un bénéfice considérable, Monsieur le reçoit dans sa chambre à coucher, assis devant un feu brillant, et enveloppé d’une ample robe de chambre ; le changeur exhibe ses pièce d’or ; les comptes faits, le fripon laisse la somme sur une table, et invite le changeur à passer dans son cabinet pour prendre les pièces étrangères qu’il doit recevoir ; durant le trajet de la chambre à coucher au cabinet, l’or du changeur est enlevé par le valet de chambre ; arrivé au cabinet avec le changeur, le noble personnage a oublié la clé de son secrétaire, il s’absente pour aller la chercher, mais au lieu de revenir, il sort par une seconde porte et va rejoindre son valet de chambre.
Ce n’est point toujours à des changeurs que s’adressent les Grinchisseurs aux deux lourdes. C’est ce que prouvera l’anecdote suivante.
Un individu arrive, en 1812 ou 1813, à Hambourg, son domestique ne parle, dans l’hôtel où son maître est descendu, que des millions qu’il possède et du mariage qu’il est sur le point de contracter, mariage qui doit, dit-il, augmenter encore les richesses de cet opulent personnage. La conduite du maître ne dément pas les discours du domestique, il paie exactement, et plus que généreusement ; l’or paraît ne rien lui coûter. Lorsque cet individu crut avoir inspiré une certaine confiance, il fit demander son hôte, et lorsque celui-ci se fut rendu à ses ordres, il lui dit qu’il désirait acheter plusieurs bijoux qu’il destinait à sa future ; mais, que, comme il ne connaissait personne à Hambourg, il le priait de vouloir bien lui indiquer le mieux assorti, le plus honnête des joailliers de la ville. Charmé de cette preuve de confiance, l’hôtelier s’empressa de faire ce que désirait son pensionnaire, et lui indiqua le sieur Abraham Levy. Le fripon alla trouver ce joaillier, et lui commanda pour une valeur de 150,000 fr. de bijoux.
Le jour de la livraison arrivé, le fripon, quoi qu’indisposé, se lève cependant, et vient en négligé recevoir le joaillier dans son salon. Après avoir attentivement examiné les diverses parures, il les dépose dans un des tiroirs d’un magnifique secrétaire à cylindre, qu’il ferme avec beaucoup de soin, mais sur lequel cependant il laisse la clé ; cela fait, il sonne son valet de chambre pour lui demander la clé d’un coffre-fort qui se trouve là. Le domestique ne répond pas, le noble personnage s’impatiente, sonne encore ; le domestique ne donne pas signe de vie ; il sort furieux pour aller chercher lui-même la clé dont il a besoin.
Un quart-d’heure s’est écoulé, et il n’est pas encore revenu. « Il ne revient pas, dit le joaillier au commis dont il est accompagné, cela m’inquiète. » — Cette inquiétude se comprendrait, répond le commis, s’il avait emporté les bijoux avec lui, mais ils sont dans ce secrétaire, nous n’avons donc rien à craindre ; patience, il peut avoir été surpris par un besoin, en allant chercher son domestique. — « Ce que vous dites est vrai, mon cher Bracmann, c’est à tort que je m’alarme, répond Abraham Levy ; mais, cependant, ajoute-t-il en tirant sa montre, voilà trente-cinq minutes qu’il est parti, une aussi longue absence est incompréhensible ; si nous l’appelions ? » Le commis se range à l’avis de son patron, et tous deux appellent monseigneur ; point de réponse. « Mais la clé est restée au secrétaire, dit encore le joaillier, si nous ouvrions ? — Vous n’y pensez pas, M. Abraham, et s’il rentrait et qu’il nous trouvât fouillant dans son secrétaire, cela ferait le plus mauvais effet. » Le joaillier se résigne encore ; mais enfin, n’y pouvant plus tenir, il sonne après trois quarts d’heure d’attente ; les domestiques de l’hôtel arrivent, on cherche le seigneur qu’on ne trouve plus ; enfin, on ouvre le secrétaire. Que le lecteur se représente, si cela est possible, la stupéfaction du pauvre Abraham Levy lorsqu’il vit que le fond du secrétaire et le mur contre lequel il était placé étaient percés, et que ces trous correspondaient derrière la tête d’un lit placé dans une pièce voisine, ce qui avait facilité l’enlèvement des diamans. On courut en vain après les voleurs qui s’étaient esquivés par la seconde porte de l’appartement qu’ils occupaient, et qui étaient déjà loin de Hambourg lorsque le joaillier Abraham Levy s’aperçut qu’il avait été volé. L’un des deux adroits Grinchisseurs aux deux Lourdes dont je viens de parler est actuellement à Paris, où il vit assez paisiblement. Je crois qu’il s’est corrigé.
Quand on échange des pièces d’or, quand on vend des diamans à une personne que l’on ne connaît pas parfaitement, il ne faut pas perdre de vue sa propriété, ni surtout la laisser enfermer.
Les Grinchisseurs aux deux Lourdes escroquent aussi des dentelles de prix. Une adroite voleuse, la nommée Louise Limé, dite la Liégeoise, plus connue sous le nom de la comtesse de Saint-Amont, loua en 1813 ou 1814, l’entresol de la maison sise au coin des rues de Lille et des Saints-Pères. Cet entresol avait deux sorties, l’une sur l’escalier commun, l’autre donnait entrée dans une boutique qui, alors, n’était pas louée. La comtesse de Saint-Amont fit apporter chez elle un nombre de cartons assez grand pour masquer cette seconde entrée. Tout étant ainsi disposé, elle se rendit chez un marchand, auquel elle acheta au comptant pour 36 à 40,000 francs de dentelles. Le lendemain, un commis lui apporte ses emplettes, qu’elle examine avec le plus grand soin ; cela fait, elle prend le carton qui les contient et le place derrière les siens. Un compère, aposté pour cela, l’enlève et s’esquive. Pendant ce temps, la comtesse assise devant un secrétaire compte des écus. Mais, tout-à-coup elle se ravise et dit au commis : « Il est inutile de vous charger, je vais vous payer en billets de banque » Elle remet les écus dans le sac qui les contenait, et passe derrière les cartons. Le commis entend le bruit que fait une clé en tournant dans une serrure ; il croit que c’est la caisse que l’on ouvre. A ce bruit succède un silence de quelques minutes. Le commis suppose que la comtesse compte les billets de banque qu’il va recevoir. Mais enfin, ne la voyant pas revenir, il passe à son tour derrière les cartons, et découvre le pot aux roses. Les recherches de la police, pour découvrir la fausse comtesse de Saint-Amont, furent toutes inutiles ; on n’a jamais pu savoir ce que cette femme était devenue.
Grinchir à Location. On ne saurait prendre, contre les Grinchisseurs à Location, de trop minutieuses précautions, car on peut citer un grand nombre d’assassinats commis par eux. Lacenaire a commencé par Grinchir à Location. Les Grinchisseurs à Location marchent rarement seuls, et, quelquefois, ils se font accompagner par une femme. Ils connaissent toujours le nombre, l’heure de la sortie, des habitans de l’appartement qu’ils veulent visiter. Ils examinent tout avec la plus scrupuleuse attention, et ne paraissent jamais fixés lors d’une première visite, car ils se réservent de voler à une seconde.
Lorsque le moment de procéder est arrivé, l’un d’eux amuse le domestique ou le portier qui les accompagne, tandis que l’autre s’empare de tous les objets à sa convenance. Un Grinchissage à Location réussit presque toujours, grâce à la négligence des serviteurs chargés de montrer aux étrangers l’appartement à louer.
Les Grinchisseurs à Location servent aussi d’éclaireurs aux Cambriolleurs et Caroubleurs. Ils se font indiquer les serrures qui appartiennent au propriétaire, et celles qui appartiennent au locataire ; ils demandent à voir les clés dont ils savent prendre l’empreinte.
Beaucoup de personnes accrochent leurs clés dans la salle à manger, c’est ce qu’elles ne devraient pas faire ; c’est bénévolement fournir aux voleurs le moyen de procéder avec plus de facilité.
Grinchir à la Broquille. Les Grinchisseurs à la Broquille sont, ainsi que les Avale tout cru et les Aumôniers, une variété de Détourneurs ; et, comme eux, ils exploitent les bijoutiers.
Ces derniers donc, s’ils veulent être à l’abri de leurs atteintes, devront avoir les yeux toujours ouverts, et leur montre ou vitrine toujours close ; mais ces précautions, quoique très-essentielles, ne sont que des prolégomènes qui ne doivent pas faire négliger toutes celles dont les evénemens indiqueraient la nécessité. Par exemple : lorsque quelqu’un se présente dans la boutique d’un joaillier pour marchander des bagues ou des épingles, si le marchand ne veut pas courir le risque d’être volé, il ne faut pas qu’il donne à examiner plus de deux bagues à la fois ; si la pratique désire en examiner davantage, il remettra à leur place les premières avant de lui en remettre deux autres ; les baguiers et pelottes devront donc être faits de manière à contenir un nombre déterminé de bagues ou d’épingles.
Malgré l’emploi de toutes ces précautions, le bijoutier peut encore être volé, et voici comme : Un Broquilleur adroit examine du dehors une épingle de prix placée à l’étalage, et il en fait fabriquer une toute semblable par un bijoutier affranchi ; puis après il vient marchander celle qu’il convoite, et comme le prix, quelque modéré qu’il soit, lui paraît toujours trop élevé, il rend au marchand l’épingle qu’il a fait fabriquer, et garde la bonne ; il est inutile de dire que le numéro, la marque, l’étiquette, et jusqu’à la soie qui l’attache, sont parfaitement imités.
D’autres Broquilleurs savent parfaitement contrefaire les anneaux à facettes dont les bijoutiers ont toujours un groupe à la disposition des acheteurs ; l’un d’eux marchande et achète une bague du groupe, dont il sait adroitement faire l’échange ; le bijoutier accroche à sa vitrine un paquet d’anneaux en cuivre, tandis que le voleur s’esquive avec les anneaux d’or.
Souvent encore deux femmes dont la mise est propre, quoiqu’un peu commune, se présentent pour acheter une chaîne, elles sont long-temps à trouver du jaseron dont la grosseur leur convienne, mais lorsqu’elles se sont déterminées elles veulent savoir combien de tours la chaîne devra faire ; pour en prendre la mesure exacte ; l’une d’elles passe plusieurs tours de jazeron autour du col de sa compagne, et avec une petite paire de cisailles, qu’elle tient cachée dans sa main, elle en coupe un morceau plus ou moins long, qui tombe entre la chemisette et le dos. Cela fait, ces femmes conviennent d’en prendre une longueur déterminée, donnent des arrhes et sortent ; elles recommencent plusieurs fois dans la même journée ce vol qu’elles nomment la Détourne à la Cisaille.

un détenu, 1846 : Voler à l’étalage.

Larchey, 1865 : Voler (Vidocq). V. Turbinement, Plan, Douille, Affranchir. — Grinchissage, Vol. V. Parrain.

Delvau, 1866 : v. a. Voler quelque chose. On dit aussi Grincher. Grinchir à la cire. Voler des couverts d’argent par un procédé que décrit Vidocq (p. 205).

Guindal

Delvau, 1866 : s. m. Verre, — dans l’argot des bouchers. Siffler le guindal. Boire.

Rigaud, 1881 : Verre, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 / Hayard, 1907 : Verre.

France, 1907 : Verre ; argot des bouchers. Siffler le guindal, boire.

Habiller

d’Hautel, 1808 : Habiller quelqu’un de tafetas à quarante sols. Le traiter sans ménagement, le gourmander d’une bonne manière.
Un habillé de soie. Pour dire un pourceau, un cochon. On nomme aussi cet animal un rossignol à gland.
Habiller quelqu’un.
Pour dire, maltraiter quelqu’un de paroles, en dire beaucoup de mal.
On l’a joliment habillé. Pour on l’a vivement réprimandé, on lui a donné une forte semonce.

Delvau, 1866 : v. a. Médire de quelqu’un, — dans l’argot du peuple. Habiller de taffetas à 40 sous. Mettre sur le dos de quelqu’un des sottises ou des méchancetés compromettantes pour sa réputation.

Delvau, 1866 : v. a. Préparer un animal pour l’étal, — dans l’argot des bouchers.

Rigaud, 1881 : Maltraiter en paroles, médire, réprimander ; c’est une variante de l’ancien draper.

C’est moi qui vous l’a habillé de taffetas noir.

(A. Dalès, La Mère l’anecdote, chansonnette)

Rigaud, 1881 : Préparer un animal pour l’étal, — dans le jargon des bouchers.

Habiller un animal

France, 1907 : Le préparer pour l’étal, dans l’argot des bouchers.

Horizontale

Fustier, 1889 : Femme galante. Il y a plusieurs sortes d’horizontales. D’abord l’horizontale de haute marque, celle dont certains journaux narrent les faits et gestes et qui fait partie du Tout-Paris où l’on s’amuse ; puis, l’horizontale de moyenne marque, moins haut cotée sur le turf de la galanterie ; enfin l’horizontale de petite marque qui n’a pas su réussir comme ses sœurs.
Le mot horizontale a été bien accueilli et s’est aujourd’hui répandu un peu partout. Il date de 1883 et fut mis à cette époque en circulation par M. Aurélien Scholl. Voici comment, d’après l’auteur même de Denise, les horizontales virent le jour.

Depuis longtemps le baron de Vaux (un rédacteur du Gil Blas) qualifiait du doux nom de tendresse les marchandes de sourire. Il disait « une tendresse » comme on dit un steamer, par abréviation.
Désireux de trouver une formule nouvelle, je cherchais un vocable qui pût détrôner la tendresse. Le Voyage autour de ma chambre, de X. de Maistre consacre un chapitre entier à la position horizontale. J’ai pris le mot de X. de Maistre pour l’appliquer à celles qui sont de son avis. L’horizontale fit fortune. Le baron de Vaux lui servit de parrain… Je n’en ai pas moins le droit de revendiquer ce mot dans l’intérêt des glossateurs…

Cette explication n’a pas été trouvée suffisante par certains étymologistes et d’aucuns veulent que ce mot horizontale soit une réminiscence de ce passage des Reisebilder où Henri Heine parle de la femme qui enseigne à Rauschenwasser la philosophie horizontale. Un abonné de La République française fait remonter jusqu’à Casanova l’emploi de ce mot horizontale dans l’acception spéciale qu’il a ici. Je trouve, en effet, dans le numéro du 10 mars 1887 de ce journal la note suivante : « On a discuté ces jours derniers la paternité du mot horizontale qui désigne les vieilles et jeunes personnes d’accès facile. On ne s’est pas avisé, au milieu de tous ces débats, de rechercher si le mot tant revendiqué n’appartient pas de prime-abord à l’un de nos grands amoureux. Celui-ci est Casanova qui parle deux fois des horizontales. V. à ce sujet l’édition italienne de Périno, à Rome. »

Les grandes dames, les cocodettes et celles que, dans leur langage extraordinaire, les mondains appellent les horizontales de la grande marque…

(Illustration, juin 1883)

D’horizontale est dérivé horizontalisme, désignant les usages, les habitudes, les mœurs des horizontales et aussi l’ensemble de ce monde spécial.

Le vrai monde ma foi, tout ce qu’il y a de plus pschutt… et aussi tout le haut horizontalisme…

(Figaro, juillet 1884)

La Rue, 1894 : Fille galante. V. Biche.

France, 1907 : Qualification inventée par Aurélien Scholl pour désigner les marchandes d’amour d’une certaine catégorie, celles qui vendent cher ce que d’autres plus humbles donnent pour presque rien.

Horizontale plaît aux gens de goût ; horizontale n’évoque des images gracieuses et séduisantes ; horizontale a du chic, de la ligne, et nous ouvre des horizons d’un parallélisme tout à fait aimable.
Mais en pareils sujets rien ne dure et les bons esprits ont toujours dû se torturer à l’extrême pour étiqueter, au gré de la mode, les ravissantes personnes qui veulent bien livrer ce qu’elles ont de plus cher à l’indiscrète volupté de contemporains.
Du plus loin qu’il me souvienne (je ne veux pas remonter au delà, histoire d’éviter de faire de l’histoire), celles que l’Académie qualifie de grenouilles, que Sarcey traite de Babyloniennes et que Bourget considère comme autant de dévoyées furent appelées cocottes.
La fortune de ce mot fut telle qu’il est encore employé dans certaines provinces de l’Ouest.
Belle-petite n’obtint qu’un succès de mésestime ; tendresse se fit apprécier pendant quelques mois seulement et mouquette passa.
De piquants sobriquets d’agenouillées et de pneumatiques avaient le tort d’être un jeu spéciaux.
Divers qualificatifs : momentanées, éphémères, impures, hétaires modernes, tours-de-lac, spongieuses, égarées, n’eurent qu’une notoriété éphémère.
Je ne signalerai que pour mémoire certaines définitions peu courtoises : filles du désert, porte-carres, monte-charge, déraillés, déraillés, paillassons, etc., etc. que, seuls, les gens sans éducation se permirent d’infliger à la courtisane parisienne.

(Maxime Boucheron, Écho de Paris, 1881)

Recherches et fouilles faites, je crois pouvoir affirmer que le mot n’est pas nouveau et que ce n’est, en somme, que du neuf retapé.
Je lis, en effet, dans la Petite Encyclopédie bouffonne, publiée par Passard en l’an de grâce 1853, le dialogue que voici :

Dans un boudoir de Bréda-Street, en attendant Mondor.
Ophélia, rêveuse. — La terre est ronde.
Héloise, idem. — C’est donc pour cela qu’il est si difficile de s’y tenir en équilibre ?
Ophélia. — Et d’y gagner sa vie autrement que penchée d’un côté ou d’un autre…
Héloise. — Le bureaucrate obliquement en avant…
Ophélia. — Le laquais de tilbury obliquement en arrière…
Héloise. — Le fantassin verticalement au port d’armes…
Ensemble. — Et nous ?…
— Serait-ce horizontalement ? fit observer Mondor en entrouvrant la porte…
 

On voit aux horizontales
Et même aux femmes comme il faut,
Des croupières monumentales…
Par ce temps-ci, ça doit t’nir chaud.

(Victor Meusy)

Hypnotiser (se faire)

France, 1907 : Se laisser séduire. Cette locution remonte à l’affaire Chambige qui occupa, avec l’affaire Prado en 1888, la badauderie parisienne. Un jeune décadent, Chambige, ayant assassiné une femme mariée, sa maîtresse, les protestants, auxquels la victime appartenait, déclarèrent qu’une personne de la religion réformée ne pouvait faillir de plein gré, et qu’il avait fallu qu’elle fut hypnotisée par son séducteur ! O Bérenger, tu reconnais là les tiens ! Ce mot, dit avec le grotesque sérieux qui caractérise les sectes moralistes, fut relevé par presque toute la presse, et l’on ne parla plus que des femmes hypnotisées par leurs amants. Maxime Boucheron donna, dans l’Écho de Paris (17 novembre 1888), d’amusantes définitions de ce nouveau genre d’hypnotisme : On ne dira plus : « Ma femme me trompe », mais : « Ma femme se fait hypnotiser » — « Je suis du dernier bien avec Clara », mais : « J’hypnotise Clara », etc., etc. Et, au moment où la jeune épouse innocente et naïve, entrée dans la chambre nuptiale, dira rougeissante à sa mère, chargée selon l’usage de lui adresser les dernières recommandations : « Oh ! maman, j’ai peur… Que va-t-il me faire ? — T’hypnotiser, mon enfant. »

Jabot

d’Hautel, 1808 : Faire jabot. Pour se glorifier, faire le vaniteux, l’orgueilleux.
Il a un bon jabot. Se dit d’un homme qui babille beaucoup.
Il a bien rempli son jabot. Pour, il a bien mangé ; il s’en est mis jusqu’au nœud de la gorge.

Delvau, 1866 : s. m. Estomac, — dans l’argot des faubouriens, qui savent pourtant bien que l’homme n’est pas un granivore. S’arroser le jabot. Boire. Faire son jabot. Manger. On dit aussi Remplir son jabot. L’expression est vieille :

De ce vin champenois dont j’emplis mon jabot
On ne me voit jamais sabler que le goulot !

dit le grand prêtre Impias de la tragédie-parade le Tempérament (1755).

Delvau, 1866 : s. m. Gorge de femme. Chouette jabot. Poitrine plantureuse.

Rigaud, 1881 : Estomac. — Se remplir le jabot, manger.

La Rue, 1894 : Estomac.

Virmaître, 1894 : La gorge. Allusion au jabot du dindon. Dans l’argot des voleurs, on dit aussi étal, sans doute par analogie avec l’étal du boucher, sur lequel il passe toutes sortes de viandes (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Estomac.

De ce vin champenois dont j’emplis mon jabot,
On ne me voit jamais sabler que le goulot !

(Tragédie-parade de 1755)

Se disait autrefois pour cœur.

L’amour qui dans mon cœur chante ville gaignée,
Excite en mon jabot exhalaison ignée.

(Scarron)

Se dit aussi pour poitrine de femme :

La commère avait du jabot, et si dodu et si ferme que toute la garnison en louchait.

(Les Joyeusetés du régiment)

Jarriller

Ansiaume, 1821 : S’aboucher.

Tu jarrilleras avec le daron et la daronne pendant que je ferai l’affaire

Javanais

Larchey, 1865 : « La Crécy parlait le javanais, cet argot de Bréda où la syllabe va, jetée après chaque syllabe, hache pour les profanes le son et le sens des mots, idiome hiéroglyphique du monde des filles qui lui permet de se parler à l’oreille — tout haut. » — Goncourt. — Ex. ; Jaunet, javaunavet ; jeudi, javeudavi ; etc., etc.

Delvau, 1866 : s. m. Langue de convention parlée dans le monde des coulisses et des filles, qui consiste à ajouter après chaque syllabe la syllabe va ou av, ad libitum, de façon à rendre le mot prononcé inintelligible pour les profanes. Les voleurs ont aussi leur javanais, qui consiste à donner des terminaisons en ar et en oc, en al ou en em, de façon à défigurer les mots, soit français, soit d’argot, en les agrandissant.
Quant aux bouchers, étaliers ou patrons, leur javanais consiste à remplacer toutes les premières lettres consonnes d’un mot, par un L et à reporter la première consonne à la fin du mot, auquel on coud une syllabe javanaise. Ainsi pour dire Papier, ils diront Lapiepem, ou Lapiepoc. Pour les mots qui commencent par une voyelle, on les fait précéder et suivre par un L, sans oublier de coudre à la fin une syllabe javanaise quelconque. Par exemple avis se dit Laviloc ou mieux Lavilour. Quelquefois aussi ils varient pour mieux dérouter les curieux ; ils disent nabadutac pour tabac, — quand ils ne disent pas néfoin du tré pour tréfoin, en employant les syllabes explétives na et qui sont du pur javanais, comme av et va.

Rigaud, 1881 : Langage de convention qui consistait, il y a une vingtaine d’années, à intercaler les syllabes va et av entre chaque syllabe. C’était idiot et antieuphonique au dernier point. Les filles parlaient fort couramment le javanais. Il y eut un moment une telle fureur de javanais qu’on vit paraître un journal entièrement écrit dans ce langage stupide.

La Rue, 1894 : Langage de convention qui consiste à intercaler les syllabes va et av entre chaque syllabe pour défigurer les mots.

France, 1907 : Langage de convention qui consiste à déformer les mots usuels en ajoutant à chaque syllabe une syllabe additionnelle de façon à rendre ce mot inintelligible pour ceux qui ne sont pas initiés. Vers la fin du second empire, ce furent les syllabes va et av que l’on ajoutait, ce qui sans doute fit donner à ce jargon le nom de la langue de Java.

Jeannot

d’Hautel, 1808 : Un Jeannot, un grand Jeannot. Terme d’injure et de mépris qui se dit d’un homme simple, borné et innocent. On donne aussi ce nom à un mari trop complaisant, ou qui se mêle des plus petits détails du ménage.

France, 1907 : Lapin.

Un sien cousin possédait des connaissances spéciales si développées, qu’il avait retenu toute la généalogie des lapins, dans la région qu’il habitait. Il savait, par exemple, que tel Jeannot était le propre neveu de tel autre, qui se trouvait parent par alliance de celui-ci ou de celui-là. Et comme il n’était pas de première force à la chasse, il exploitait à son profit cette érudition généalogique.

(Maxime Boucheron)

Joséphine

Delvau, 1866 : s. f. Mijaurée, bégueule, — dans l’argot des faubouriens, qui ont voulu donner une compagne à Joseph. Faire sa Joséphine. Repousser avec indignation les propositions galantes d’un homme.

Fustier, 1889 : La cagnotte, dans le jargon des joueurs. Bourrer Joséphine ; entretenir la cagnotte.

Le gérant propriétaire du cercle ne tolère cette débauche que parce que ledit croupier bourre fortement Joséphine.

(Tricolore, mars 1884)

V. sur une autre acception de Joséphine, infra au mot princesse.

Virmaître, 1894 : Mijaurée, bégueule. A. D. Joséphine est le nom donné à la tête de carton sur laquelle les modistes essayent l’effet des chapeaux avant de les ajuster sur la tête de la cliente (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Fausse clef ; argot des voleurs.

Tel grinche s’arrêtera à faire le barbot dans une cambriole (à voler dans une chambre). S’il a oublié sa Joséphine, jamais il ne se servira de la Joséphine d’un autre, de peur d’attraper des punaises, c’est-à-dire de manquer son coup ou d’avoir affaire à un mouchard.

(Mémoires de M. Claude)

France, 1907 : Mijaurée, bégueule. Il est en province, plus qu’à Paris, beaucoup de Joséphines. Faire sa Joséphine, repousser avec des airs indignés les avances même respectueuses d’un homme ; se boucher les oreilles en entendant des histoires un peu égrillardes qui faisaient franchement rire nos grand’méres. Même sens que faire sa Sophie.

L

d’Hautel, 1808 : Il en a dans l’L, ou elle. Se dit d’un homme qui commence à devenir âgé, qui a passé la cinquantaine par une allusion homonymique du mot aile avec la lettre l.

Rigaud, 1881 : Lettre que les bouchers, dans leur jargon, substituent à la première de chaque mot commençant par une consonne, tandis qu’ils rejettent celle-ci à la fin en l’accompagnant des désinences em, é, lem, sem, uche, fum. Exemple : Louchébem, boucher. — Linvé loussem, vingt sous. — Loucharmuche, mouchard. — Louave, saoûl. — Lésélemfum, fille publique. — D’autres fois, ils placent le mot lésé entre deux autres comme dans : linvé lésé loussem, vingt sous ; linvé lésé lousdré, vingt francs.

Languilleur

Fustier, 1889 : « Joseph deux fois par semaine, exerce au marché de la Villette la profession peu connue de languilleur. Le languilleur est l’homme auquel on amène, avant de les tuer, les cochons vivants. Il les empoigne par le cou et les serre jusqu’à ce qu’ils tirent la langue. Il la saisit et y cherche une tache qui, si elle existe, prouve que la bête n’est pas saine et doit être refusée par les bouchers. »

(Paris-Journal, 1882)

Lapin (poser un)

Hayard, 1907 : Promettre et ne pas tenir.

France, 1907 : Ne pas payer une femme galante. Il faut remonter au temps des diligences et des pataches pour trouver l’origine de cette expression. Les conducteurs avaient alors l’habitude de prendre en supplément un voyageur auquel ils faisaient payer un prix réduit dont ils ne rendaient pas compte à l’administration. Ils le prenaient hors du bureau et le faisaient descendre avant l’arrivée au bureau de la ville voisine. Quand toutes les places étaient prises, ils le juchaient où ils pouvaient, le plus souvent avec les bagages sous la bâche, et ils l’appelaient entre eux « un lapin ». « J’ai fait aujourd’hui deux lapins », disaient-ils dans l’argot de leur métier, ou « j’ai posé deux lapins au contrôleur des recettes ».
Par analogie, lorsqu’une dame du monde interlope, rendant ses comptes à son souteneur, passe un voyageur sous silence, elle pose un lapin ; de même lorsque l’amant de rencontre s’en va sans payer, il pose un lapin.
C’est surtout dans ce dernier sens que cette expression est couramment employée, et assez récemment d’ailleurs, car on ne la trouve pas dans le Dictionnaire de Delvau, ni dans son supplément par G. Fustier.

Il tira de sa poche un énorme portefeuille bourré de lettres ; et, tandis que je lisais ces lettres, toutes pleines de promesses qui n’avaient pas été tenues, le petit vieux au nez crochu murmura, en ricanant :
— Vous le voyez, Monsieur, d’humbles peaux de lapin, des peaux de lapin dont l’espèce vous est connue certainement, comme à tout homme, puisque c’est l’espèce des lapins qu’on pose.

(Jean Richepin)

Le vocable est consacré. Poser un lapin fut longtemps une définition malséante, bannie des salons où l’on cause. Maintenant elle est admise entre gens de bonne compagnie, et le lapin cesse, dans les mots, de braver l’honnêteté.

(Maxime Boucheron)

Car, et je n’y vois aucun mal,
Poser un lapin signifie :
Je vous paierai, foi d’animal !
Monsieur, bien folle est qui s’y fie.

(Théodore de Banville)

Largonji

La Rue, 1894 : Argot des bouchers consistant à déformer les mots en substituant la lettre l a la première consonne qu’on reporte à la fin du mot et qu’on fait suivre des finales é, em, es, oc, i, ique, uche. Ex. ; largonji pour jargon, lapierpès pour papier, alareilpé pour appareil, lianopuche, pour piano, élicierpem pour épicier. Quand le mot commence par in, an ou en c’est la seconde consonne oui est remplacée par l ; ex. ; enlerfem (enfer). Si la lettre l se trouve en présence de trois consonnes réunies elle se reporte à la suivante ; ex. ; entrelolsoc (entresol). Quelques mots échappent à ces règles générales : alibme (abîme), lajemcrès (jamais), etc.

France, 1907 : Argot, littéralement jargon. Cet argot, particulier aux garçons bouchers, consiste à déformer les mots en substituant la lettre l à la première consonne qu’on reporte à la fin du mot en la faisant suivre d’une finale quelconque. « Quand le mot commence par in, au ou en, dit Jean La Rue, c’est la seconde consonne qui est remplacée par l’l ; ex. : enlerfeu, enfer. Si la lettre l se trouve en présence de trois consonnes réunies, elle se reporte à la suivante ; ex. : entrelolsoc, entresol. »

Il apprit à parler l’argot,
Pas l’argot du pègre à la mie,
Ni l’argot chiqué des tatas…
Non… mais l’argot d’académie :
Largonji… chauffé sur le tas.

(Aristide Bruant)

Toutes mes chansons du pays de Largonji ont chanté dans ma tête comme des choses vécues, au cours ou au retour de mes visites à ce pays bizarre, et elles sont venues au monde telles quelles, costumées à la mode de leur pays, avec leur défroque originale, sans que j’eusse besoin de les rhabiller au décrochez-moi-ça des dictionnaires.

(Jean Richepin)

Latrompem

Rossignol, 1901 : Patron (argot de boucher).

Lésée, lésébombe

Rigaud, 1881 : Fille publique, — dans le jargon des voyous. — Les bouchers disent : lesélem ou lesèlumfum, lèséslem-fuch, en ajoutant lem, lumfum, ou lemfuch ; fum et fuch sont pour fumelle, altération de femelle. — Lésébombe en purée, fille publique mal mise, dans la misère.

Linspre ou l’insapré

Virmaître, 1894 : C’est plutôt cette dernière expression qui est la vraie, car elle signifie inspecteur et non prince (Argot des bouchers).

Linvé

Rigaud, 1881 : Un franc, vingt sous, — dans le jargon des voyous, par abréviation de linvé loussem ; emprunté au jargon des bouchers. Déformation argotique en et lem.

Virmaître, 1894 : Un franc (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Vingt. Ce mot est de l’argot de boucher, mais il est dit par tous les individus parlant un peu argot. Les chiffres se prononcent ainsi : 1. Unlaime ; 2. Leudé ; 3. Loitré ; 4. Latequé ; 5. Linqcé ; 6. Lixsé ; 7. Leptsaime ; 8. Luihaime ; 9. Leufnique ; 10. Lixdé ; 20. Linvé ; 40. Larantequé.

Hayard, 1907 : Vingt.

France, 1907 : Pièce d’un franc. Ce sont les mots vingt sous déformés et abrégés. On dit aussi loussem.

— N’en dites pas de mal, papa : c’est mon ami ! Il a l’air comme ça un peu fier, quand on ne le connait pas, mais vous allez voir tout à l’heure, quand il va sortir… Lorsqu’il est saoul, il n’y a pas plus gentil, plus généreux. Il me refile toujours un linvé, des fois larantqué : il ne s’agit que d’être à la distribution.

(Maurice Donnay)

anon., 1907 : Vingt sous.

Lironjaime

Rossignol, 1901 : Girond. C’est de l’argot de boucher qui veut dire : bien, beau. Un beau gars est lironjaime ou girond. Une jolie femme est lironjaime ou gironde.

Lorgne

Larchey, 1865 : Borgne (Vidocq). — Abréviation de Calorgne. — Lorgne : As (id.).

Delvau, 1866 : s. m. Borgne, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Lorgne-bè.

Rigaud, 1881 : As, — dans le jargon des voleurs. C’est-à-dire borgne. L’as est une carte borgne, n’ayant qu’un point au milieu. Les ouvriers disent « borgne » pour désigner un as. — Quatorze de borgnes, quatorze d’as. M. Fr. Michel donne lorgue ; ce doit être une faute d’impression.

Rigaud, 1881 : Borgne ; avec changement de la première lettre ; et la variante lorgnebé, — dans le jargon des bouchers.

La Rue, 1894 : Borgne. As.

Virmaître, 1894 : Borgne. On dit aussi : lorgnebé. Le borgne ne lorgne que d’un œil. On dit aussi : Il ne peut voir que d’un bon œil (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Le postérieur.

France, 1907 : As. Il n’a en effet qu’un œil.

France, 1907 : Borgne.

Lorquet

Rigaud, 1881 : Sou, — dans le jargon des voyous ; emprunté à celui des bouchers.

France, 1907 : Sou.

Losse

France, 1907 : Couteau de boucher.

Louave

Rigaud, 1881 : Soûl, — dans le jargon des bouchers. En substituant, comme dans la plupart des mots de leur jargon, L à la première lettre et ajoutant la désinence ave.

La Rue, 1894 : Ivre.

Loucherbème

France, 1907 : Argot des bouchers. Il consiste dans la désarticulation du substantif de la langue ordinaire en le faisant précéder de la lettre l et suivre de la désinence bèmes. Ainsi boucher fait loucherbème. Cet argot est assez difficile à parler et demande de la pratique ; il est encore plus difficile à saisir des oreilles profanes. On en a augmenté la difficulté en substituant à bème, tantôt muche, tantôt mar ou oque. Voir Largonji.

Moi, j’suis gonzesse d’loucherbème,
Un soir qu’a m’fera trop lierchème,
J’y fous mon vingt-deux dans la peau.

(Aristide Bruant)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique