Delvau, 1864 : Bordel, — dans l’argot militaire ou populaire. — Voir aussi boxon et bousin.
Le meilleur bocan du Marais
Devient presque une solitude.
(Cyrano de Bergerac)
Chez la grosse Catedu, vas-tu donc au bocan ?
(La Fontaine)
Boc, bocan, boucan ou bocard
Boucan
d’Hautel, 1808 : Au propre, lieu où les sauvages font fumer leurs viandes. Au figuré ; terme de mépris ; lieu de débauches et de prostitution ; tripot ; maison sans ordre, sans tenue.
Boucan. Signifie aussi charivari ; vacarme ; bruit que l’on fait soit en se divertissant, soit en querellant ou en grondant quelqu’un.
Faire boucan. Se divertir d’une manière scandaleuse ; faire, un tintamare, un tapage affreux en se réjouissant.
Il m’a fait un beau boucan. Pour, il m’a grondé d’importance ; il m’a fait de vifs reproches.
Delvau, 1866 : s. m. Vacarme ; rixe de cabaret, — dans l’argot du peuple. Faire du boucan. Faire du scandale, — ce que les Italiens appellent far bordello. Donner un boucan. Battre ou réprimander quelqu’un.
Rigaud, 1881 : Tapage. Faire du boucan. — Donner un boucan, gronder en élevant très fort la voix, à grand bruit.
C’est un lieu de débauche, dans les petites rues, écarté du grand monde ; les chambres y sont obscures et malpropres, parce que les jeunes gens qui y vont, et qui ont gagné quelques faveurs, c’est-à-dire du mal, y font souvent tapage, et jettent tous les meubles par la fenêtre ; c’est pourquoi les pourvoyeuses ont grand soin de ne garnir leur académie que de quelques chaises avec quelques paillasses.
(Le Roux, Dict. comique)
Tout se retrouve. Nos troupiers appellent, aujourd’hui, une maison de tolérance « un bouc » par abréviation de boucan.
Virmaître, 1894 : Bruit, tapage, chahut, scandale. Un boucan s’organise pour empêcher un orateur de parler ou un acteur de remplir son rôle. Les étudiants sont passés maîtres dans l’art d’organiser un boucan (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Faire du bruit, du tapage, est faire du boucan.
France, 1907 : Vacarme, bruit discordant ; de bouc, animal querelleur. Donner du boucan à quelqu’un, réprimander ou battre.
Boucan (faire du)
France, 1907 : Faire du bruit, du tapage, du désordre. Agir comme des boucaniers ; du mot caraïbe Bou-Kann, lieu où les Indiens de l’Amérique séchaient leurs viandes.
Les boucaniers, dont l’origine remonte à l’an 1660, étaient des aventuriers anglais, et surtout normands, organisés en troupes pour chasser le bœuf sauvage, alors très abondant dans les Antilles, et dont ils vendaient le cuir. Ils chassaient aussi le sanglier et élevaient des meutes de 25 à 30 chiens. Ce rude métier était en quelque sorte l’apprentissage et la préparation au métier plus difficile et plus dangereux de flibustier, qui exigeait une grande intrépidité et une énergie hors ligne. Ils furent en guerre constante avec les Espagnols, qui redoutaient leur voisinage et craignaient qu’ils ne devinssent maître de Saint-Domingue, le paradis des Antilles. Bien que les boucaniers défissent constamment les troupes espagnoles, comme il se recrutaient difficilement, leur nombre diminuait sans cesse ; ils abandonnèrent leurs comptoirs et, sous le nom de Frères de la Côte, devinrent, pendant un demi-siècle, la terreur des mers des Antilles et du golfe du Mexique.
Boucanade
Vidocq, 1837 : s. f. — Corruption. L’action de corrompre avec de l’argent une personne qui connaît un fait que l’on ne veut pas laisser divulguer ; ainsi l’on pourra dire : J’ai coqué la boucanade, lorsque l’on aura acheté le silence d’un témoin, l’indulgence d’un juge.
Larchey, 1865 : Corruption à prix d’argent d’un juge ou d’un témoin. — Coquer la boucanade : Corrompre. Mot à mot : donner pour boire. En Espagne, la boucanade est une gorgée du vin renfermé, selon l’usage, dans une peau de bouc.
Delvau, 1866 : s. f. Corruption d’un témoin, — dans l’argot des voleurs, qui redoutent le boucan de l’audience. Coquer la boucanade. Suborner un témoin.
Rigaud, 1881 : Faux témoignage. Action de corrompre, d’acheter un témoin. — Coquer la boucanade, corrompre un témoin, acheter un témoignage.
France, 1907 : Corruption d’un témoin ; pot-de-vin donné à un juge. Une boucanade, en Espagne, est une libation prise à l’embouchure d’une peau de bouc, récipient du vin.
Boucaner
d’Hautel, 1808 : Faire tapage ; réprimander ; gronder ; vespériser.
Delvau, 1866 : v. n. Faire du bruit, du boucan.
Delvau, 1866 : v. n. Sentir mauvais, sentir le bouc, — dans l’argot des ouvriers.
Rigaud, 1881 : Faire du bruit. Dérivé de boucan. Boucaner la pièce, siffler une pièce de théâtre, empêcher qu’on entende les acteurs, — dans le jargon du théâtre.
On m’assure que toutes vos pièces vont être désormais boucanées.
(L’Étrille, 1879)
Rigaud, 1881 : Sentir mauvais, faire concurrence au bouc comme odeur.
France, 1907 : Faire du boucan ou bien puer comme un bouc.
Boucaneur
Delvau, 1866 : s. et adj. Qui se débauche et hante les mauvais lieux.
Rigaud, 1881 : Pilier de lieux de débauche, celui qui se plaît au milieu du vacarme. Boucanière, au féminin.
France, 1907 : Coureur de femmes, le bouc étant l’emblème de la luxure.
Boucanière
Delvau, 1866 : s. f. Femme légère, qui vit plus volontiers dans les lieux où l’on fait du Boucan que dans ceux où l’on fait son salut.
France, 1907 : Femme qui recherche les hommes. « J’embrassai la gente boucannière et nous devînmes bons amis et quelque chose de plus. »
Chourineur
Halbert, 1849 : Tueur de chevaux.
Delvau, 1866 : s. m. Assassin, — par allusion au personnage des Mystères de Paris, qui porte ce nom, lequel avait, à ce qu’il paraît, grand plaisir à tuer. L’étymologie voudrait que l’on dit Surineur ; mais l’euphonie veut que l’on prononce Chourineur.
Rigaud, 1881 : Tueur de chevaux — dans l’ancien argot. Celui qui se sert du chourin. Type d’un des principaux personnages des Mystères de Paris.
Ainsi ce boucanier, ainsi ce chourineur
A fait d’un jour d’orgueil un jour de déshonneur.
(V. Hugo, Châtiments)
France, 1907 : Donneur de coups de couteau ; tiré du type célèbre des Mystères de Paris.
Par le meurtre de la rue Trévise, la loge de Pipelet se colore d’un reflet sanglant. Les Parisiens ne dormiront plus leur franche nuitée sur les deux oreilles si leur ennemi familier, qui était aussi leur gardien, s’imagine de faire sa partie dans le chœur des escarpes, malandrins, chourineurs et autres pernicieux visiteurs nocturnes.
(Henry Bauër, La Ville et le Théâtre)
Emboucaner
Rigaud, 1881 : Sentir mauvais.
La Rue, 1894 : Puer. Agacer, irriter. S’emboucaner, s’ennuyer.
Rossignol, 1901 : Puer, sentir mauvais.
France, 1907 : Ennuyer, agacer.
France, 1907 : Sentir mauvais, puer le bouc.
Elle (Jeanne d’Arc) devait avoir, non le roseau que les sculptures nous montrent, mais une épée pesante, de trente livres, suspendue à son poing paysan. Aucune étoffe de soie : la bure des moines. Rien des parfums qui amollissent ; emportée à grand galops fous, l’aisselle ruisselante sous ses rouges bras tournoyants, elle devait emboucaner, puer l’action, rouler autour d’elle l’épaisse odeur enivrante d’un sexe vierge et des militaires fatigués.
(Georges d’Esparbès)
Emboucaner (s’)
Fustier, 1889 : S’ennuyer. Argot des voyous.
Fourneau
Rigaud, 1881 : Imbécile, — dans le jargon des voyous.
Fustier, 1889 : Vagabond, — dans l’argot des saltimbanques.
La Rue, 1894 : Vagabond.
Virmaître, 1894 : Vagabond, mendiant habitué du fourneau de charité. L. L. Fourneau, signifie crétin, imbécile. Quand on imprime dans les journaux que nos ministres et nos députés sont des fourneaux ils ne sont pas je pense habitués des asiles de nuit (Argot du peuple). N.
Hayard, 1907 : Naïf, imbécile.
France, 1907 : Imbécile, inoffensif.
— Allons ! messieurs, n’y aurait-il pas parmi vous un fourneau qui ait besoin d’une âne sœur ?… J’en connais une, dans la peau d’une bonne fille, un peu loufoque, mais une vraie pâte tout de mème… Elle a déjà servi… Mais parait que c’est dans les vieux fours qu’on fait les meilleures galettes…
(Jean Adalbert)
Alors, furieux, étouffant
Il fit, le pauvre ministre
Un formidable boucan
Dans cet appareil sinistre :
Allô, mad’moiselle, allô, plus qu’un mot ?
Veuillez seul’ment m’dir’ quel est le fourneau
Qui changera d’la sort’ les noms d’tout’s nos rues.
La d’moisell’ répond de sa bouche en cœur :
Mon pauvre monsieur,
C’est un vieux farceur
Qui s’app’lait, je crois, monsieur Mesureur.
(D. Bonnaud, La France)
On jouait, dans une grande ville de province, un vieux drame de Bouchardy.
L’acteur en scène, poursuivi par des malfaiteurs, tient entre les mains un portefeuille gonflé de billets de banque.
— Oh ! s’écrie-t-il, miséricorde… je suis perdu ! ce portefeuille qui contient ma fortune… où le cacher ?
Une voix des galeries :
— Dans ta poche !… hé… fourneau !
France, 1907 : Vagabond, vagabonde.
— Sal’ chaudron ! Sal’ calorifère !…
Sal’ fourneau ! paillasse à homm’s saouls !
A fait mes michets pour trent’ sous
Quand ej’suis pas là pour les faire.
(Aristide Bruant)
Merlan
d’Hautel, 1808 : Un merlan à frire. Sobriquet que l’on donne à un perruquier, à cause de la poudre qui couvre ordinairement ses habits.
Larchey, 1865 : « Sobriquet donné à un perruquier à cause de la poudre qui couvre ordinairement ses habits. » — d’Hautel, 1808.
La Peyronie est chef de perruquiers qu’on appelle merlans parce qu’ils sont blancs.
(Journal de Barbier, 1744)
Delvau, 1866 : s. m. Coiffeur, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression depuis l’invention de la poudre à poudrer, parce qu’alors les perruquiers étaient toujours enfarinés comme prêts à mettre en la poêle à frire. Le Journal de Barbier en fait mention, ce qui lui donne plus d’un siècle de circulation.
Rigaud, 1881 : Surnom donné autrefois à celui qui s’appelle aujourd’hui « artiste en cheveux ».
La Rue, 1894 : Perruquier.
Virmaître, 1894 : Coiffeur perruquier. Quand le perruquier met de la poudre de riz à son client, il l’enfarine comme le merlan avant d’être mis dans la poêle à frire (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Perruquier, coiffeur.
Hayard, 1907 : Coiffeur.
France, 1907 : Coiffeur, perruquier. Ce sobriquet date de l’époque où la mode était de porter des perruques poudrées. Les perruquiers, constamment occupés à poudrer les têtes, se trouvaient enfarinés comme des merlans que l’on va frire.
M. Edmond, le coiffeur de Madame, sollicitait chaque matin l’honneur de renouveler les raies de Mademoiselle : Madeleine acceptait volontiers. Alors, le perfide merlan crêpait, embrouillait, démêlait et remêlait à plaisir l’épaisse chevelure de la jeune fille, afin d’avoir tout le temps possible de lui débuter des sornettes…
(Jules Noriac, Le Grain de sable)
Et donc, je tire mon chapeau
À ces bonnes têtes de canne,
Mais auparavant, dans leur peau,
Que l’immortalité boucane,
Un dernier coup de sarbacane !
À ces bribes, dont le merlan,
Quand ils se font coiffer, ricane,
Je veux offrir leur jour de l’An.
Motte
Delvau, 1864 : Le Mont-Sacré, la petite éminence osseuse qui couronne la nature de la femme, et qui est quelquefois glabre, mais le plus souvent pubescente, c’est-à-dire, couverte de poils.
Et quand il trouve la chemise, il la lève et m’appuie la main sur la motte, qu’il pince et frise quelque temps avec les doigts.
(Mililot)
Le mécréant se reculons,
Et regagne ses bataillons ;
L’un va pleurer sur une motte,
Et l’autre hélas ! sur les couillons.
(B. de Maurice)
Ces petits cons à grosse motte,
Sur qui le poil encor ne glotte,
Sont bien déplus friands boucans.
(Cabinet satyrique)
Mais toutes ces beautés, mon Aline, croîs-moi,
Cèdent à la beauté de ta motte vermeille.
(Théophile)
Rigaud, 1881 : Maison centrale de force et de correction, — dans le jargon des voleurs. — Dégringoler de la motte, sortir d’une maison centrale.
France, 1907 : Maison centrale.
France, 1907 : Proéminence du pubis chez la femme : on l’appelle aussi mont de Vénus. Théophile Gautier l’a décrit en quatre vers :
Une touffe d’ombre soyeuse
Veloute, sur son flanc poli,
Cette envergure harmonieuse
Que trace l’aine avec son pli…
Voyez ce muguet trousse-cotte
Qui voudrait nous manier la motte !
Oui, c’est pour lui qu’on cuit cheu moi !
Quien, l’abbé, v’là toujours pour toi…
(Vadé)
Les galants du dernier siècle l’appelaient le verger de Cypris.
Saquer
France, 1907 : Chasser, renvoyer ; littéralement, donner à quelqu’un son sac.
À Saint-André, un petit patelin près de Lille, il y a un nom de dieu d’animal, proprio, patron, conseiller et tout ce qui s’en suit… Ce salop-là avait pour bonne une pauvrette, naturellement plus gironde et plus jeune que sa guenon de femme, — il en a profité et l’a fichue enceinte.
La patronne ayant fait un boucan monstre, la petite bonne a été saquée.
Quand une bonne engrossée par le papa ou par le fils à papa, a été saquée par le patron… quand, pour une raison quelconque, une gosseline est sur le pavé… les dames patronnesses racolent les pauvrettes et leur jabotent : « À tout péché miséricorde ! Il ne vous faut que du travail pour vous relever… on vous en procurera ! »
Et on enferme la malheureuse…
(La Sociale)
Dans le patois de la Meuse, saquer signifie hâter le pas, fuir.
Vif (faire le)
France, 1907 : Se dit des ouvrières en plumes qui maquillent les têtes et les ailes d’oiseaux.
S’il est un turbin où les femmes sont salement exploitées, c’est sûrement dans les fleurs et les plumes.
Les boîtes où se fignolent les panaches que les catins de la haute se collent sur la tronche sont d’infects foyers de mort. Les pauvrettes qui, pendant dix heures consécutives, turbinent dans ces ateliers respirent la poison à pleins poumons ; les plus à plaindre sont celles qui font ce qu’on appelle le vif, c’est-à-dire celles qui maquillent des ailes ou des têtes d’oiseaux, car des restants de peau y adhérent encore et ça emboucane salement.
(Le Père Peinard)
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