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Attraper

Delvau, 1866 : v. a. Engueuler, — dans le même argot [du peuple]. Se faire attraper. Recevoir, sans l’avoir demandée, une bordée d’injures poissardes.

Delvau, 1866 : v. a. Éreinter un livre ou un confrère. Argot des journalistes.

Delvau, 1866 : v. a. Siffler. Argot des coulisses. Se faire attraper. Recevoir des pommes crues et des sifflets.

Rigaud, 1881 : Réprimander. — Critiquer à haute voix, avec une malveillance marquée, soit une pièce, soit un acteur en scène. Au XVIIIe siècle, on disait entreprendre dans le même sens. — S’attraper, se disputer.

Boutmy, 1883 : v. a. Faire des reproches, chercher noise à un compagnon dont on croit avoir à se plaindre.

Battage

Halbert, 1849 : Menée astucieuse.

Delvau, 1866 : s. m. Tromperie ; mensonge ; menée astucieuse. Argot des ouvriers. Signifie aussi Accident arrivé à une chose, accroc à une robe, brisure à un meuble, etc.

Rigaud, 1881 : Abordage commis par malveillance ; bordée d’injures lancées d’un canot à l’autre, farces de mauvais goût faites aux paisibles bourgeois en pleine Seine, — dans le jargon des canotiers.

Boutmy, 1883 : s. m. Plaisanterie, mensonge ; synonyme de montage.

Virmaître, 1894 : Se moquer de quelqu’un, dire ce que l’on ne pense pas.
— C’est du battage il n’est pas plus malade que moi (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Dire une chose qu’on ne pense pas est du battage. Celui qui fait le malade, c’est du battage.

Hayard, 1907 : Mensonge, fausseté.

France, 1907 : Mensonge, tromperie ; argot des ouvriers. Signifie aussi dommage.

Boîte à canaille

France, 1907 : C’est ainsi que, dans Germinie Lacerteux, MM. de Goncourt font désigner, par un de leurs personnages, le populaire omnibus. Le mot, tout malséant qu’il soit, et sans doute à cause de cela, méritait de faire fortune. Il rappelle celui de ce cocher de fiacre qui, après un échange de bordée d’injures avec un confrère de la Compagnie des Omnibus, lui lança comme suprême insulte : « Eh ! va donc, cocher d’indigents ! »

Le bon peuple qui travaille, qui peine, qui bûche ; les ouvrières de tous corps d’état, « petites mains » très lasses, petits pieds chaussés dur ; les employés, les institutrices gantées de filoselle noire ; l’intime bourgeoisie, si voisine de l’artisan que l’on ne saurait distinguer, tels sont les assidus de la boîte à canaille.

(Séverine)

Bombe (partir en)

Rigaud, 1881 : C’est l’expression dont se servent les unitaires qui vont courir une bordée… de plaisirs, comme dit le peuple.

Merlin, 1888 : S’absenter sans permission.

Bordé (être)

Rigaud, 1881 : Avoir renoncé aux plaisirs de l’amour. Mot à mot : être couché dans son lit, les couvertures bordées. Ne pas être encore bordé, ne pas avoir dit adieu à Vénus, en parlant des vieillards, — dans le jargon des filles.

France, 1907 : Avoir renoncé aux amours ; argot des filles.

Bordée

Delvau, 1866 : s. f. Débauche de cabaret, — dans l’argot des ouvriers, qui se souviennent d’avoir été soldats de marine. Courir une bordée. S’absenter de l’atelier sans permission. Tirer une bordée. Se débaucher.

France, 1907 : Débauche. Être en bordée, courir ou tirer une bordée, s’absenter de son travail pour faire la noce ; terme venant des soldats ayant servi dans la marine.

La paie de grande quinzaine emplissait le trottoir d’une bousculade de gouapeurs tirant une bordée.

(Zola)

Bordée (tirer une)

Rigaud, 1881 : Quitter son travail sans motif, sans permission, déserter la maison pour aller courir de mauvais lieux en mauvais lieux, avec stations obligatoires chez le marchand de vin.

Bordée (tirer, courir une)

Larchey, 1865 : S’absenter sans permission. — Terme de marine. — On dit d’un navire louvoyant, qu’il court des bordées. Or, un matelot en bordée ne tarde pas à en imiter les capricieux zig-zags.

C’est un brave garçon qui ne boit jamais et qui n’est pas homme à tirer une bordée de trois jours.

(Vidal, 1833)

Bricole

d’Hautel, 1808 : Meuterie, gasconnade, raillerie, subterfuge.
Un ami de bricole. Signifie un ami de rencontre et sur lequel on ne peut faire aucun fonds.
Une fortune de bricole. Un bien que l’on a amassé de côté et d’autre, souvent d’une manière illicite.
Donner une bricole à quelqu’un. Faire entendre une chose pour une autre.
Jouer de bricole. Tricher, ne pas jouer de bonne foi.

Larchey, 1865 : Petit travail mal rétribué.
Bricoler : « M. Jannier bricolait à la Halle, c’est-à-dire qu’il y faisait à peu près tout ce qu’on voulait, qu’il était au service de qui désirait l’occuper. » — Privat d’Anglemont. — Vient de bricole : harnais qui fait de l’homme qui le porte une sorte de cheval bon à tout traîner.
Bricoler : Faire effort, donner un coup de collier ou bricole.

Et bricolons tout plus vite que ça, car j’ai les pieds dans l’huile bouillante.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise affaire, affaire d’un produit médiocre. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Travail de peu d’importance ; travail mal rétribué, fait à temps perdu.

Le soir même, le zingueur amena des camarades, un maçon, un menuisier, un peintre, de bonszigs, qui feraient cette bricole après leur journée.

(É. Zola)

Au XVIIIe siècle, bricole avait le sens de mauvaise excuse, menterie.

France, 1907 : Petit travail de peu de profit.

Grâce à son travail — lequel consistait le plus souvent en bricoles — il eut presque constamment de quoi se nourrir et se vêtir.

(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)

Se dit aussi dans le sens d’équipe : Toute la bricole est en bordée.

Camisard en bordée

Rigaud, 1881 : Soldat des compagnies de discipline.

Croché

France, 1907 : Attraper, saisir ; abréviation de crocheter.

Si le matelot est en bordée (c’est-à-dire hors de son bord sans autorisation), l’hôtesse sort pour explorer les lieux, elle guette le gendarme, prévient à temps et a toujours quelque moyen tout prêt de cacher ou de faire évader son protégé : une échelle est jetée d’une fenêtre à une autre, et le matelot s’esquive dans la maison en face, tandis que le gendarme visite le domicile. Tout le quartier s’intéresse à la ruse ; mais, si le délinquant est croché, un dernier verre de cognac lui sera offert par sa logeuse elle-même avant que son escorte l’emmène.

(G. de La Landelle, Les Gens de mer)

Désenberluer

France, 1907 : Désennuyer.

Il était bien le fils de ce bonhomme qui se vantait de n’avoir jamais bu qu’à sa soif, ne s’étant grisé qu’une fois, le jour de con mariage, par révérence pour son beau-père, un vieux bibard. Simonard, pour le désenberluer, à plusieurs reprises, avait essayé de l’entraîner à des bordées.

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

Drive (être en)

Rigaud, 1881 : Tirer une bordée, prolonger de son autorité une permission, — dans l’argot de la marine. Drive est par altération pour dérive.

France, 1907 : Être en bordée ; argot des marins.

Empiffrer (s’)

d’Hautel, 1808 : Manger avec voracité, à la manière des goinfres et des dindons.
Il s’est empiffré d’une bonne manière. Pour, il s’en est mis jusqu’au nœud de la gorge ; il en a pris à regorger.

Delvau, 1866 : v. réfl. Manger gloutonnement, comme un animal plutôt que comme un homme, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce verbe depuis longtemps.

Rigaud, 1881 : Mettre les bouchées doubles. C’est faire passer les bouchées sous le pif, avec autant de promptitude qu’un prestidigitateur fait passer la muscade.

Hayard, 1907 : Manger avec gloutonnerie.

France, 1907 : Manger et boire gloutonnement.

Le vrai restaurant de nuit, comme l’ont connu nos pères, tend de plus en plus à disparaître. Les jeunes gens de notre époque, pour singer leurs aînés, ont trouvé à remplacer le cabinet particulier, le vrai café de nuit, par le bouge et la taverne. Où l’on riait jadis, on hurle ; où l’esprit français pétillait dans les flots du champagne, on jette à présent les éclats d’une blague indécente dans un salicylate malsain. Le niveau moral s’abaissant, les gentilshommes ont fait place aux rastaquouères, les grisettes aux prostituées. On ne se grise plus, on s’empiffre.

(La Nation)

On lui offrait un bock ou une grenadine ou une pièce de quarante sous ; et les amants partis, comme elle voulait du plaisir et que les messieurs la dédaignaient, elle s’enfonçait vers des nocturnes de qualité inférieure. Là-bas, un terrassier où un maçon en bordée l’invitait à partager le saladier des fiançaillés, et elle ronflait entre les bras de l’homme, dans un garni lointain, au Tigre-qui-Pelote ou au Matelas-Épatant.
Dès midi, elle courait à la maison de la Belle déjà veuve du citoyen : elle y trouvait les restes d’une orgie, s’empiffrait de foie gras, se grisait de champagne, dénichait une ancienne robe, un vieux corset, un vieux chapeau, de vieilles bottines, — et, le soir, elle recommençait le lamentable esclavage.

(Dubut de Laforest)

Engueulage

France, 1907 : Même sens que engueulade.

Et à entendre ces jurons rudes de mathurins, ces bouts de chansons qui traînent le soir dans les rues diffamées des ports, ces engueulages rauques qui se dispersaient sous le ciel bleu, ces appels libertins comme il en sort des lèvres avinées, des portes qui bâillent sur quelque corridor noir vaguement éclairé d’une lampe fumeuse, l’on se serait cru en un bouge où les rires se heurtent, où les gabiers en bordée ont des filles sur chaque genou et les dépoitraillent, les embrassent à pleine bouche.

(Mora, Gil Blas)

Engueulement

Larchey, 1865 : Bordée d’injures.

Vadé est le Démosthènes de l’engueulement.

(Catéch. poissard, 1844)

Delvau, 1866 : s. m. Injure de parole, — dans l’argot du peuple. Injure de plume, — dans l’argot des gens de lettres.

Rigaud, 1881 : Avalanche d’injures. Langage particulier aux dames des halles du temps jadis. Les bals masqués sont des écoles d’engueulement.

France, 1907 : Même sens que engueulade et engueulage.

Néanmoins, un rien l’arrête le long du chemin : parfois il regarde en badaud, soit des journaux ouverts à l’éventaire des librairies, soit une boutique nouvelle, soit un embarras de voitures provoquant un engueulement de cochers.

(Paul Pourot, Les Ventres)

Fignard, figne

France, 1907 : Le derrière.

Les trois prisonniers sortirent de la boîte.
L’ivrogne zigzagait le premier. Une bourrade l’envoya rouler vers la porte.
Le camelot suivait, il emboursa pour sa part une taloche, mais se baissant, avec l’agilité d’un gaillard accoutumé à passer par les mains de la police, il esquiva le coup de pied que lui décochait l’agent qui tenait la porte.
Quant à Lucien, il eut à essuyer une formidable bordée de horions.
— Tiens, sale poisson, voilà pour toi… Attends, marlou, porte ça à la cuisine… Attends, qu’on te dessale à coups de bottes dans le figne !
Telles furent les agréables paroles qui accompagnèrent le « passage à tabac » précédant la sortie.

(Edmond Lepelletier)

Longchamp

Larchey, 1865 : « D’autres font une excursion au longchamp, cour oblongue, bordée d’une file de cabinets dont nous laissons deviner la destination. Comme c’est le seul endroit où pendant les heures d’étude, les élèves de l’École polytechnique puissent aller humer l’air, filer, causer, chercher des distractions, le lonchamp a acquis une grande importance. »

(La Bédollière)

Delvau, 1866 : s. m. Procession plus ou moins considérable de gens, — dans l’argot du peuple, qui consacre ainsi le souvenir d’une mode dont on ne parlera plus dans quelques années.

Delvau, 1866 : s. m. Promenade favorite, — dans l’argot des Polytechniciens. C’est une cour oblongue, bordée d’une file de cabinets dont nous laissons deviner la destination, et où les élèves viennent fumer et causer pendant les heures d’étude.

Rigaud, 1881 : Cour réservée aux latrines de l’École Polytechnique.

Panthe (pousser sa)

Rigaud, 1881 : Abréviation de pousser sa panthère, c’est-à-dire se promener d’un côté, de l’autre, dans l’atelier ; courir une bordée de marchand de vin en marchand de vin. La variante est : Faire sa panthère ; par allusion à la panthère du Jardin-des-Plantes qui n’a d’autre occupation que d’arpenter sa cage.

Rappliquer

Clémens, 1840 : Revenir.

Larchey, 1865 : Revenir (V. Flacul), Répliquer (V. Suage).

Rigaud, 1881 : Retourner, revenir, rentrer. Rappliquer à la taule, rentrer à la maison.

Merlin, 1888 : Arriver, revenir. — On rapplique à la caserne, à l’exercice, à la soupe, etc.

La Rue, 1894 : Retourner, revenir.

Virmaître, 1894 : Revenir.
— Depuis huit jornes que je suis en bordée, je rapplique à la piaule, mince de suif à la clé (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Venir, aller, se rendre.

Hayard, 1907 : Revenir.

France, 1907 : Revenir, rentrer.

Ratinel marie sa fille au petit de la Rochepurée ; on convient qu’on achètera le mobilier à frais communs. Ils vont chez le tapissier, le beau-père et le gendre : ils discutent, choisissent ce qu’il y a de mieux, se font faire un prix approximatif ; ils s’en vont et, dix minutes après leur départ, le tapissier voit arriver le beau- père qui lui dit : « Ce n’est pas tout ça, je vous ai amené mon gendre » et il demande une commission de vingt mille francs. L’autre est épaté, lorsque, dix minutes après le beau-père, il voit rappliquer le gendre, qui lui dit : « Ce n’est pas tout ça, je vous ai amené mon beau-père et il réclame une commission de trente mille francs. »

(Maurice Donnay)

Servir quelqu’un sur les deux toits

France, 1907 : Faciliter une chose, terme tiré de l’ancien jeu de paume.

La salle était bordée de deux plans inclinés superposés, appelés toits. La balle, lancée sur ces plans, devait retomber dans l’arène, ce qui permettait au joueur adverse de l’atteindre et de la renvoyer presque à coup sûr.

Tirer des bordées

France, 1907 : Expression militaire venue de la marine. S’amuser au lieu d’être à son service ; faire la noce. Être en bordée, être absent du quartier sans permission et pour s’ébaudir.

À l’infirmerie et à la salle de police, il s’était lié avec toutes les fortes têtes du régiment et lui-même, désormais, était cité comme une pratique, véritable gibier de biribi. Il découchait et tirait des bordées.

(Émile Gaboriau, Le 13e hussards)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique