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Bête (la)

Delvau, 1864 : La femme, — après l’homme.

Le plus sot animal, à mon avis, c’est l’homme.

(Boileau)

Si je veux croire les railleurs,
Elle a fort peu de cheveux à la tête ;
Les sujets qu’on en dit ne sont pas les meilleurs ;
Ce n’est pas bien l’endroit par où j’ai vu la bête,
Mais elle en a beaucoup ailleurs
Où elle est souvent arrosée
Par la plus douce des liqueurs.

(Le Zombi du grand Pérou)

Ciel ! poursuit-il, quand est-ce qu’on
Pourra désabuser le monde
De foutre ces bêtes à con
Des animaux le plus immonde.

(Collé)

Boileau

Rossignol, 1901 : Souliers percés.

Mes chaussures qui etaient des molières sont maintenant des boileaus.

Chapon

d’Hautel, 1808 : Gros comme un chapon.
Il a les mains en chapon rôti.
Se dit figurément d’un homme qui est sujet à prendre, qui s’empare de tout ce qui lui tombe sous la main ; et au propre de quelqu’un qui a les doigts crochus et retirés.
Qui chapon mange, chapon lui vient. Signifie que le bien vient souvent à ceux qui n’en ont pas besoin.
Deux chapons de rente. Se dit de deux personnes ou de deux choses inégales, parce que il y a toujours un de ces chapons gras et l’autre maigre.
Ce n’est pas celui à qui le bien appartient qui en mange les chapons. Se dit d’un bien, d’une terre dont le véritable propriétaire est frustré ; ou d’un homme qui porte le nom d’une terre, et n’en touche pas les revenus.
On appelle chapon de Limousin, des chataignes ou marrons, parce que ces fruits sont très-abondans en Limoge.
Se coucher en chapon. Se coucher après avoir bien bu, bien mangé ; ou se coucher les jambes recroquevillées.

Delvau, 1864 : (au figuré) ; Homme châtré ou impuissant.

En termes de cuisine, l’on appelle chapon le croûton de pain frotté d’ail qui aromatise la salade.
Un de nos confrères, célèbre par sa continence… forcée, dînait dimanche à la campagne.
— Aimez-vous le chapon ? lui demande la maîtresse de la maison.
— Oh ! non, je ne peux pas le sentir.
— Parbleu ! fit un convive, ça lui rappelle Boileau.

(Émile Blondet)

Pour ma part, moi j’en réponds,
Bien heureux sont les chapons.

(Béranger)

Delvau, 1866 : s. m. Morceau de pain frotté d’ail, — dans l’argot du peuple, qui en assaisonne toutes les salades. On dit aussi Chapon de Gascogne.

France, 1907 : Moine, dans l’argot populaire. Cage à chapons, monastère ; les moines s’engraissant généralement dans une douce oisiveté, comme le chapon en cage.

France, 1907 : Un croûton de pain frotté d’ail que l’on met dans la salade. On dit aussi dans le mème sens chapon de Gascogne.

Chat (appeler un chat un)

France, 1907 : Appeler les choses par leur nom suivant le conseil de Victor Hugo :

Ô fils set frères ! ô poètes !
Quand la chose est, dites le mot.

Expression tirée de la IXe Satire de Boileau :

J’appelle un chat un chat et Rollet un fripon.

Les Anglais disent : Appeler une biche biche.

Gras (parler)

Larchey, 1865 : Tenir des propos grivois (1808, d’Hautel).

France, 1907 : Dire les choses crûment, au risque d’effaroucher les pudibonds, suivre le conseil de Victor Hugo :

Ô fils, ô frères, ô poètes,
Quand la chose est, dites le mot.

ou celui de Boileau :

J’appelle un chat un chat…

 

Il rit, chantonne, célèbre bruyamment les plaisirs qu’il sème : il a pour présenter chaque plat une aimable insistance qui trahit le mondain rompu aux politesses distinguées des réceptions, sauf que son parler est parfois gras, à la bonne franquette.

(Paul Pourot, Les Ventres)

Hâtez-vous lentement

France, 1907 : Traduction par Boileau du fameux Festina lente, maxime favorite de l’empereur Auguste.

Imitez de Conrart le silence prudent

France, 1907 : Taisez-vous. Ce dicton est tiré de la première épitre de Boileau. Le salon de Valentin Conrart, où se réunissaient les beaux esprits du temps, devint le berceau de l’Académie, dont il fut à sa création nommé secrétaire perpétuel ; il ne publia jamais rien. bien qu’il fût homme d’un grand savoir et de beaucoup de bon sens, ce qui lui attire cette épigramme de Boileau :

Aussi, craignant toujours un funeste accident,
J’imite de Conrart le silence prudent.

S’il ne publia rien, il écrivit beaucoup, par imitation ou plutôt par singerie, s’il faut en croire Tallemant des Réaux qui l’a intimement connu : « A-t-on fait des rondeaux et des énigmes ? il en a fait ; a-t-on fait des paraphrases ? en voilà aussitôt de sa façon : du burlesque, des madrigaux, des satires même, quoiqu’il n’y ait chose au monde à laquelle il faille tant être né. Son caractère, c’est d’écrire des lettres couramment, pour cela il s’en acquittera bien : encore y a-t-il quelque chose de forcé ; mais s’il faut quelque chose de soutenu ou de galant, il n’y a personne au logis »
Voici quelques vers détachés d’une épitre de Conrart, et qui donneront l’idée de sa versification :

Au-dessous de vingt ans, la fille, en priant Dieu,
Dit : « Donnez-moi, Seigneur, un mari de bon lieu,
Qui soit doux, opulent, libéral, agréable. »
À vingt-cinq ans : « Seigneur, un qui soit supportable,
Ou qui, parmi le monde, au moins puisse passer. »
Enfin, quand par les ans elle se voit presser,
Qu’elle se voit vieillir, qu’elle approche de trente :
« Un tel qu’il te plaira, Seigneur, je m’en contente. »

Linière, s’étonnant de la réputation que Conrart avait su acquérir, fit à ce sujet l’épigramme suivante :

Conrart, comment as-tu pu faire
Pour acquérir tant de renom,
Toi qui n’as, pauvre secrétaire,
Jamais imprimé que ton nom ?

Mâcher les mots (ne pas)

Virmaître, 1894 : Dire carrément à quelqu’un ce que l’on pense. Parler grossièrement : ainsi, dans le peuple, quand on dit merde à quelqu’un, on répond : mâche (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Parler ouvertement, dire sa façon de penser, suivre le précepte de Boileau, appeler un chat un chat ou celui de Victor Hugo :

Ô fils et frères, ô poètes,
Quand la chose est, dites le mot.

Quelqu’un, dans ce dîner de camarades où l’on ne mâchait pas les mots, détailla l’ironique bouffonnerie où après tant d’autres, avec sa grosse verve brutale, son observation à fleur de peau a esquissé une tranquille association d’adultère, un de ces partages de femme entre le mari et l’amant qu’admet peu à peu le monde, qui finit par perdre son apparence de faute secrète, de scandale, que légitiment et que cimentent des années d’attachement.

(Champaubert, Le Journal)

Maille à partir (avoir)

France, 1907 : Avoir un démêlé avec quelqu’un. Partir (du latin partire) signifie partager, diviser, et était employé autrefois dans ce sens. Maille était une petite monnaie de billon, au-dessous du denier, de la valeur d’une obole environ et dont le nom servait et sert encore à exprimer une chose de très mince valeur : n’avoir ni sou ni maille.

Ne laisser de sa bourse échapper une maille.

(Boileau)

Avoir maille à partir avec quelqu’un veut donc dire avoir une maille à partager, c’est-à-dire une chose infime, avoir des discussions, des différends, des tracasseries.
Il y a plusieurs autres expressions proverbiales sur le mot maille :
Faire la maille bonne,
garantir que le compte est juste, à une maille prés.
À sou, maille et denier, faire exactement un compte.
Je vaux aujourd’hui plus de sous qu’hier je ne valais de mailles.
Il y avait les mailles parisis et les mailles tournois.

Muscade ? on en a mis partout (aimez-vous la)

France, 1907 : Cette locution proverbiale signifiant « On a tout fait pour vous être agréable » est un vers du Repas ridicule de Boileau :

Qu’avez-vous donc — dit-il — que vous ne mangez point ?
Je vous trouve aujourd’hui l’âme tout inquiète,
Et les morceaux entiers restent sur votre assiette,
Aimez-vous la muscade ? On en a mis partout.

Naturel revient au galop (le)

France, 1907 : On revient toujours à ses premières habitudes ; on subit malgré soi les exigences de son tempérament.

Chassez le naturel, il revient au galop.

C’est Destouches qui, dans le Philosophe marié, est l’auteur de ce vers devenu dicton ; confirmant ce qu’a dit lourdement Boileau dans sa XIe Satire :

Le naturel toujours sort et sait se montrer :
Vainement on l’arrête, on le force à rentrer ;
Il rompt tout, perce tour, et trouve enfin passage.

Combien La Fontaine est plus pittoresque et plus charmant, quoique plus prolixe !

Coups de fourches ni d’étrivières
Ne lui font changer de manières ;
Et fussiez-vous embâtonnés,
Jamais vous n’en serez les maîtres ;
Qu’on lui ferme la porte au nez,
Il rentrera par les fenêtres.

Horace avait dit avant eux :

Naturam expellas furca, tamen usque recurrit
Et mala perrumpit furtim fastidia victris.

Nommer un chat un chat

France, 1907 : Appeler les choses par leur nom.

J’appelle un chat un chat et Rollet un fripon.

a écrit Boileau. Et Victor Hugo, dans ses Chansons des rues et des bois :

Ô fils et frères, ô poètes,
Quand la chose est, dites le mot.

Les Romains disaient : Scapha dicenda est, scapha scapham appellat. « Quand on parle d’un pot de chambre, il faut dire un pot de chambre. » Et les Grecs avec Socrate : « L’on doit nommer les choses comme la nature veut qu’on les nomme. » Les Anglais, et avec eux nombre de pudibonds hypocrites, sont d’un avis tout opposé. Mais on sait que ceux qui affectent tant la pudeur des mots ne le font que pour dissimuler qu’ils ne l’ont pas de la chose. Rougir de tout est loin d’être une preuve d’innocence. La véritable innocence est naïve et ne cache pas d’arrière-pensée.
Tout le monde connait le vers de Boileau cité plus haut, mais ce qui est peu connu, c’est l’influence que ce vers satirique clouant au pilori un procureur fripon exerça sur sa descendance. Les Rollet furent des lors exposés à toutes sortes de sarcasmes et un petit-fils ou un petit-neveu du procureur, qui avait été mousquetaire et obtenu une compagnie, fut obligé, à cause des insultes continuelles et, par suite, des duels que ce nom lui valait, de demander au roi l’autorisation de le changer.

Pays de cocagne

France, 1907 : Pays où tout abonde, où l’on fait grande chère, où l’on vit bien sans travailler.
On n’est pas d’accord sur l’étymologie de ce nom. Le savant évêque Daniel Huet, qui fut adjoint à Bossuet pour l’éducation du Dauphin, prétend que c’est une corruption de gogaille, gogue, goguette. La Monnoye, l’auteur de la célèbre chanson de M. de la Palisse, philologue érudit, le fait venir de Merlin Coccaio, qui, dans sa manière macaronée, décrit une contrée qui serait un paradis pour les gastrolâtres. Mais bien avant le moine Théophile Falengo, caché pendant la première moitié du XVIe siècle sous le pseudonyme de Merlin Coccaie, on trouve le mot cocagne dans les vieux fabliaux. Un d’eux, écrit au XIIIe siècle, a même pour titre : C’est li fabliou de Coquaigne. Il est fort curieux et débute ainsi :

Li païs a nom Coquaigne,
Qui plus y dort, plus y gaaigne ;
Cil qui dort jusqu’a miedi,
Gaaigne cinc sols et demi,
De bars, de saumons et d’aloses
Sont toutes les maisons encloses ;
Li chevrons y sont d’esturgeons,
Les couvertures de bacons (jambons)
Et les lates sont de saucisses…
Par les rues vont rostissant
Les crasses oes (les grasses oies) et tornant
Tout par elles (d’elles-mêmes) et tout ades
Les suit la blanche aillie (sauce à l’ail) après.

C’est ce qui a fait croire à Geruzez et à Littré après lui que cocagne venait de coquina (cuisine) ou de coquere (cuire) en passant par le catalan coca.
Voilà bien de l’érudition et c’est remonter à bien des sources quand l’étymologie se trouvait, c’est le cas de le dire, sous la main.
Cocagne vient de coquaigne, justement comme on le trouve écrit dans de fabliau du recueil de Méon, et coquaigne est un pain de pastel du Languedoc. Comme la vie y était facile, la terre fertile, les fruits en abondance et le climat charmant, on appelait ce pays, pays de Coquaigne, c’est-à-dire où les habitants mangeaient d’excellents petits gâteaux à très bon marché, buvaient de bon vin à peu de frais, enfin ne travaillaient guère.
Legrand, dans le Roi de Cocagne, a donné de ce merveilleux pays un tableau qui est loin de valoir celui du fabliau du XIIIe siècle :

Veut-on manger, les mets sont épars dans les plaines ;
Les vins les plus exquis coulent de nos fontaines ;
Les fruits naissent confits dans toutes les saisons ;
Les chevaux tout sellés entrent dans les maisons ;
Le pigeonneau farci, l’alouette rôtie,
Vous tombent ici-bas du ciel comme la pluie.

Terminons par cette fin de la satire de Boileau :

Paris est pour le riche un pays de Cocagne ;
Sans sortir de la ville, il trouve la campagne ;
Il peut, dans son jardin tout peuplé d’arbres verts,
Recéler le printemps au milieu des hivers ;
Et, foulant le parfum de ses plantes fleuries,
Aller entretenir ses douces rêveries,
Mais moi, grâce au destin, qui n’ai ni feu ni lieu,
Je me loge où je puis, et comme il plaît à Dieu.

Phénix est la femme oisive et sage

France, 1907 : Ce dicton, tiré d’une maxime de Pythagore, corrobore cet autre parfaitement vrai que « l’oisiveté est la mère de tous les vices », car une honnête femme n’est jamais oisive. « Femme qui ennuy file, disaient nos pères, (femme désœuvrée) porte chemise vile. » Et encore : « Fille oisive, au mal est pensive. » On appelle phénix une chose rare, extraordinaire ; un sonnet sans défaut, comme disait Boileau, et la femme en question, plus rare encore à trouver que le susdit sonnet.
Le phénix était un oiseau fabuleux adoré par les Égyptiens. Ils le figuraient de la grandeur d’un aigle, la tête surmontée d’une huppe. Il n’y en avait jamais qu’un à la fois et toujours le même, car après avoir vécu 500 ans il volait sur les bords du Nil, se préparait un nid de plantes aromatiques qu’il exposait au soleil, l’allumait lui-même en battant des ailes, se posait dessus et se consumait. Mais de ces cendres naissait un ver qui se transformait peu à peu en un phénix semblable au premier. Ovide, dans ses Métamorphoses, raconte tout cela et fort sérieusement. Hérodote est le premier écrivain qui ait parlé du phénix. Sous ces fables ridicules se cachait le symbole de l’immortalité de l’âme.
C. de Méry a donné en vers la traduction d’Ovide :

Un oiseau merveilleux, unique dans le monde,
Ressuscite et renait de sa cendre féconde ;
C’est le phénix. Nourri dans des bois odorans
Et des sucs de l’amour et des pleurs de l’encens,
Il dédaigne du grain la pâture grossière.
Après cinq cents étés, terme de sa carrière,
Au sommet d’un palmier, à l’aide de son bec,
Il se bâtit un nid, ramasse du bois sec,
Y joint l’épi du nard, la myrrhe, la cannelle.
Couché sur ce bûcher, où la flamme étincelle,
Il meurt dans les parfums : sa tombe est son berceau.
Du phénix qui n’est plus, naît un phénix nouveau,
Qui vit cinq cents étés, et qui meurt pour revivre,
Quand l’âge à son essor a permis qu’il se livre,
De son nid suspendu dégageant le rameau,
Il l’enlève, et, chargé de ce pieux fardeau,
Au temple où du soleil on admire l’image,
Des cendres de son père il apporte l’hommage.

Pierrot

Larchey, 1865 : Collerette à grands plis comme celle du pierrot des Funambules.

Mme Pochard a vu les doigts mignons d’Anne aplatir sur son corsage les mille plis d’un pierrot taillé dans le dernier goût.

(Ricard, 1820)

Larchey, 1865 : Niais. — Même allusion funambulesque.

Le valet de cantine se fait rincer l’bec par les pierrots.

(Wado, Chansons)

Delvau, 1866 : s. m. Collerette à larges plis, du genre de celle que Debureau a rendue classique.

Delvau, 1866 : s. m. Couche de savon appliquée à l’aide du blaireau sur la figure de quelqu’un, — dans l’argot des coiffeurs, qui emploient ce moyen pour débarbouiller un peu leurs pratiques malpropres, auxquelles ils veulent éviter le masque de crasse que laisserait le passage du rasoir. Le pierrot n’est en usage que dans les faubourgs, où la propreté est une sainte que l’on ne fête pas souvent.

Delvau, 1866 : s. m. Vin blanc, — dans l’argot des faubouriens. Asphyxier le pierrot. Boire un canon de vin blanc.

Rigaud, 1881 : Au bout d’une année de présence sous les drapeaux, de « bleu » qu’il était, le soldat reçoit le sobriquet de pierrot, qu’il conservera jusqu’à la quatrième année, époque à laquelle il obtient le surnom de « la classe ».

Rigaud, 1881 : Le mâle de la pierrette, personnage de carnaval.

Merlin, 1888 : Terme injurieux et méprisant ; épithète donnée au mauvais soldat.

Fustier, 1889 : Argot d’école. Dans les écoles d’arts et métiers on désigne ainsi l’élève de première année.

Les anciens ont tous démissionné. Nous ne sommes plus que des pierrots et des conscrits.

(Univers, 1886)

France, 1907 : Collerette à larges plis.

France, 1907 : Conscrit ; argot militaire.
Quand les loustics d’une chambrée out affaire à un pierrot dont la physionomie offre tous les caractères du parfait du Jean-Jean, ils s’empressent de le rendre victime d’un certain nombre de plaisanteries, pas bien méchantes, pas bien spirituelles, mais qui prennent toujours. Elles consistent à l’envoyer chercher un objet quelconque qui n’existe que dans leur imagination et paré d’un nom plus ou moins abracadabrant. Le pauvre pierrot s’en va en répétant le nom, crainte de l’oublier, et il erre de chambre en chambre, de peloton en peloton, toujours renvoyé plus loin, faisant balle parfois, jusqu’au moment où il revient à son point de départ, bredouille naturellement, et salué à sa rentrée par les rires homériques de ses mystificateurs.

C’est ainsi qu’il part à la recherche :
De la boite à guillemets ;
De la boite à matriculer les pompons ;
Du moulin à rata ;
Du parapluie de l’escadron ;
De la clé du terrain de manœuvre ;
De la selle de la cantinière ;
Du surfaix de voltige du cheval de bois ;
De la croupière de la cantinière, etc.

France, 1907 : Couche de savon que le coiffeur applique sur le visage d’un client malpropre qui a oublié de se le laver en venant se faire faire la barbe, afin de ne pas laisser par le passage du rasoir une marque de crasse. « Le pierrot, dit Alfred Delvau, n’est en usage que dans les faubourgs, où la propreté est une sainte que l’on ne fête pas souvent. »

France, 1907 : Individu quelconque. Terme de mépris.

Les opportunards ont eu le pouvoir et ils n’ont fait rien de rien, — à part s’engraisser.
Après eux, la radicaille s’est assise autour de l’assiette au beurre — et ça a été le même fourbi : l’emplissage des poches par toute la racaille dirigeante.
Et on a eu de grands et fantastiques tripotages : le Tonkin, les Conventions scélérates, le Panama… Et des pierrots qui, la veille, s’en allaient le cul à l’air, se sont retrouvées millionnaires !…

(Le Père Peinard)

France, 1907 : Nom vulgaire du moineau franc. Georges d’Esparbès à fait une comparaison charmante entre le pierrot oiseau et le pierrot conscrit, au moment de l’appel.

Ce sont des voix niaises, des voix lestes qui me répondent, et d’escouade en escouade, ces cris voltigent par-dessus nos sacs, au ras des fusils, comme un essaim d’alouettes. Ha, ces petits noms ! ils arrivent du chaume et de l’impasse, et lorsqu’ils éclatent, lancés dans le silence des rangs, toute la joie libre des plaines et la gaminerie des squares chante en eux ! Ce sont les oiseaux des villes en cage avec ceux des bois. Ils se tiennent serrés, l’aile contre leur Lebel, hardis et frileux, avec du grain et des cartouches dans leur sac, de quoi picorer, de quoi se battre, et pendant que l’oiseleur au képi d’or attend l’appel, pour voir si les pierrots sont là, prêts à voler en campagne, la bande entière secoue ses plumes, raidit ses pattes rouges, et finalement s’immobilise, impatiente, le bec ouvert.

France, 1907 : Petit verre de vin blanc pris le matin à jeun ; argot militaire. Asphyxier un pierrot, boire un verre de vin blanc.

France, 1907 : Sobriquet donné autrefois par les régiments de ligne aux soldats des gardes.

On choisit huit compagnies de grenadiers, tant du régiment du roi que d’autres régiments, qui tous méprisent fort les soldats des gardes qu’ils appellent pierrots.

(Lettre de Racine à Boileau, 1691)

Polir le chinois (se)

Delvau, 1864 : Se branler le vit. Boileau ; qui n’aimait pas les femmes nous a dit : Polissez-le sans cesse et le repolissez.

Le noir cocu que la chair aiguillonne.
Tranquillement se polit le chinois.

(Chanson anonyme moderne)

On dit aussi : Se balancer le chinois.

Toujours loup est loup

France, 1907 : On ne change jamais de nature.
« Si l’on vient vous affirmer, disait Mahomet, qu’une montagne a changé de place, permis à vous de le croire, mais si l’on vous affirme qu’un homme a changé de caractère, n’en croyez rien » ; ce que Boileau a traduit par ce vers resté proverbial :

Chassez le naturel, il revient au galop.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique