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Abigoter (s’)

France, 1907 : Devenir bigot. Vieux mot tombé à tort en désuétude et conserver seulement par le peuple.

Abigotir (s’)

Delvau, 1866 : v. réfl. Devenir bigot, hanter assidûment les églises après avoir hanté non moins assidûment d’autres endroits, — moins respectables. Le mot a trois ou quatre cents ans de noblesse.

Bigotter

Vidocq, 1837 : v. a. — Prier.

Larchey, 1865 : Prier (Vidocq). — Mot à mot : faire le bigot.

Delvau, 1866 : v. a. Prier Dieu, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Faire l’hypocrite, le religieux.

Cafard

Rigaud, 1881 : Écolier rapporteur, petit espion de collège, — dans le jargon des collégiens.

Fustier, 1889 : Argot militaire. Insecte qui travaille la tête d’un officier et le rend intolérable pour ses hommes. Par extension, l’officier lui-même, atteint de cette infirmité. (Ginisty, Manuel du réserviste)

Virmaître, 1894 : Individu qui affecte des dehors religieux. Hypocrite qui n’en croit pas un traître mot et exploite la crédulité publique. Cafard est employé comme terme de mépris (Argot du peuple). N.

Virmaître, 1894 : Ouvrier qui, dans les ateliers, capte la confiance de ses camarades pour rapporter aux patrons ce qu’ils pensent et ce qu’ils disent (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Rapporteur. Celui qui rapporte au patron ce que font ou disent ses camarades.

Hayard, 1907 : Mouchard.

France, 1907 : Mouchard, terme d’atelier ; de l’arabe caphara, renégat.
Cafard s’écrivait autrefois caphards, ainsi qu’on le trouve dans Rabelais.

Ci n’entrez pas hypocrites, bigots,
Vieulx matagots, marmiteux, boursouflés…

Haires, cagots, caphards, empantouphlés…

Chevaucher

Delvau, 1864 : Monter sur une femme comme sur une cavale pleine d’ardeur, et la conduire au bonheur à grands coups de cet éperon que nous avons tous au bas du ventre.

Il m’a dit que, lorsqu’il me pouvait tirer à l’écart, il était si animé à me chevaucher sur-le-champ, qu’il ne pouvait plus commander à son vit roide.

(Mililot)

Vous me promîtes que quand vous seriez mariée, je vous chevaucherois.

(Les Cent Nouvelles nouvelles)

Carmes chevauchent nos voisines,
Mais cela ne m’est que du moins.

(F. Villon)

Un médecin, toi sachant,
Va ta femme chevauchant.

(Tabourot, S. Des Accords)

Les dévotes beautés qui vont baissant les yeux,
Sont celles le plus souvent qui chevauchent le mieux.

(Piron)

France, 1907 : Besoigner une femme, faire ce que Rabelais appelait la bête à deux dos.

Comme sur un fumier fond un oiseau de proie,
Le soudard, bondissant sur la fille de joie,
La chevauche…

(Jean Richepin)

Telles d’un air bigot qui vont baissant les yeux
Sont celles bien souvent qui chevauchent le mieux.

Églisier

Delvau, 1866 : s. m. Bigot, homme qui hante trop les églises. Argot des faubouriens.

France, 1907 : Bigot, hypocrite, pilier d’église, rat de sacristie.

Lèche-curé

Rigaud, 1881 : Bigot, bigote, — dans le jargon du peuple.

France, 1907 : Dévot, dévote. Si elles ne léchaient que le curé, mais elles lèchent aussi les vicaires !

Un tas de lèche-curés assiégeaient le confessionnal du beau vicaire et, ne lui laissant pas un moment de repos, venaient le relancer jusque dans la sacristie. Ah ! les enragées bougresses ! comme je leur aurais donné du bâton !

(Les Propos du Commandeur)

Mangeur de bon Dieu

Delvau, 1866 : s. m. Bigot, homme qui hante plus volontiers l’église que le cabaret. Argot du peuple.

France, 1907 : Dévot qui communie souvent, avale et digère son créateur.

— Et c’est du propre d’aller manger le bon Dieu en guignant les honmnes.

(Émile Zola)

On dit aussi mangeur de messes.

Mangeur de crucifix

France, 1907 : Bigot, hypocrite. Allusion à l’habitude qu’ont les fanatiques religieux de couvrir de baisers les crucifix, les médailles et autres images.

Matagot

Delvau, 1866 : s. m. Homme bizarre, original, amusant par son esprit ou par sa laideur de singe.

France, 1907 : Plaisant, amusant, grotesque ; Rabelais employait ce mot dans le sens de singe.

Ci n’entrez pas, hypocrites, bigots,
Vieux matagots, marmiteux, boursouflés.

Mesurer de l’avoine (pas fait pour)

France, 1907 : Expression populaire, employée comme critique d’une fille ou d’une femme qui repousse les amoureux. Ce n’est pourtant pas fait pour mesurer de l’avoine, dit-on en parlant du déduit d’amour.

Guérigny est un patelin de la Nièvre où les bigottes qui ne sont pas encore aussi racornies que des peaux de bique sont dans la désolation.
Elles avaient un curé qui, en compagnie de son vicaire et d’un ratichon ami, menait une vie de patachon. C’est foutre pas ces trois frocards qui ont contribué à la dépopulation de la France !
Ces corbeaux-là se payaient des noces à tout casser, — et ils n’oubliaient pas le sexe !
La supérieure du couvent, une vieille guenon, plus laide que les sept péchés capitaux, et chipie en diable, est allée casser du sucre à mossieu l’évêque.
Sur ce, le curé et le vicaire ont été fichus à la porte.
Mais, avant de prendre la poudre d’escampette, le ratichon est monté en chaire et s’est fendu d’un sermon gondolant :
« Mes très chers frères, qu’il a dégoisé, la supérieure, jalouse de ma popularité, m’a débiné parce que je ne fréquente pas les riches et que j’en pince pour les bonheurs terrestres. Dame, je crache pas dessus… on m’a dit que c’était pas fait pour mesurer de l’avoine, et j’ai voulu m’en rendre compte, malgré mes jupons… »

(Le Père Peinard)

Normand boulieux, normand bigot

France, 1907 : Les Origines de coutumes anciennes et de diverses façons de parler triviales expliquent le sobriquet de boulieux, c’est-à-dire mangeur de boullie, donné aux Normands en s’appuyant sur Plaute qui appelle les Carthaginois Normani pulmentarii, Normans mangeurs de bouillie, à cause des bas Normands qui mangeaient force bouillie, pulmentum. Dans l’une de ses élégies, Jean Tixier de Ravisi, surnommé Ravisius Textor, recteur de l’Université de Paris en 1520, faisant une longue énumération des choses impossibles, dit entre autres :

On ostera plustot aux Flamans le beure, aux Auvergnats les raves, et aux Normands la bouillie qu’on ne lui ostera le souvenir de son amy…

Un chapon de Normandie,
Croûte de pain dans de la bouillie.

Quant au second sobriquet de bigot, le peuple de Normandie le méritait dès le XIIe siècle par sa dévotion outrée.

Poireau (faire le)

Rossignol, 1901 : Attendre quelqu’un.

Je n’ai pas de clé pour entrer, je fais le poireau en attendant ma femme ; pourvu qu’elle ne me fasse pas poireauter longtemps.

France, 1907 : Attendre.

C’est des bigots et autres ostrogoths à qui les ratichons ont monté le job avec la paille humide du Vatican qui, à leur crevaison, ont fait Léon XIII héritier — dans l’espoir d’être admis en paradis sans faire le poireau.
Tout dernièrement encore, en France une de ces moules crétines a, par testament, fait cadeau au pape d’une dizaine de millions.

(Le Père Peinard)

Le grand poireau, levant sa tête à l’ombre,
En redressant son vert et blanc fourreau,
Semble me dire : Espèce de concombre,
Sous sa fenêtre il faut fair’ le poireau.

(René Esse, Le Langage des légumes)

Priante

Vidocq, 1837 : s. f. — Église. Terme des voleurs des provinces du nord.

Halbert, 1849 : Messe.

Delvau, 1866 : s. f. Église, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Église. Messe.

France, 1907 : Église ; argot des voleurs.

— On voit bien que vous venez de la priante, car vous bigotez.

(Mémoires de Vidocq)

Raboin

Vidocq, 1837 : s. m. — Diable.

Larchey, 1865 : Diable (Vidocq). V. Abadis.

France, 1907 : Le diable. Voir Rabouin.

En v’là un de bigoteur qui a le taffetas d’aller englier où le raboin le retournera pour le faire riffauder.

(Mémoires de Vidocq)

Suisse (point d’argent, point de)

France, 1907 : Sans argent, on ne peut rien avoir. Ce dicton, injurieux pour nos voisins qu’il fait considérer comme des mercenaires, est cependant à leur honneur. On sait que, sous l’ancien régime et pendant le moyen âge, les Suisses fournissaient pour les guerres de nombreux contingents. De Charles VII à Louis XVIII les rois de France entretinrent des compagnies appelées les Cent-Suisses, et des régiments entiers composés de Suisses. Pendant les guerres du Milanais, vers la fin du XVe siècle, et au commencement du XVIe siècle, ces régiments se retirèrent plusieurs fois faute de solde. — « Payez-vous sur l’ennemi », disaient les généraux, en d’autres termes « Pillez. » Mais leurs chefs refusaient, disant : « Nous ne sommes pas des brigands, nous sommes des soldats. » Étant pauvres et leur pays n’offrant alors que peu de ressources, ils se faisaient soldats, mais entendaient qu’on les payât, ou point d’argent, point de Suisse. Et ils tenaient bon, car d’après un proverbe du XVIIe siècle, ils avaient une réputation d’entêtés :

D’un Suisse n’entends point raison,
Ni d’un bigot en oraison,
Ou d’une femme en sa maison
Quand elle crie hors de saison.

Racine, dans les Plaideurs, fait dire à Petit-Jean :

On n’entrait pas chez nous sans graisser le marteau
Point d’argent, point de suisse ; et la porte était close.

Tortubossu

France, 1907 : Mal bâti, contrefait ; expression familière.

Ma vie est devenue un véritable enfer. À commencer par toutes ces bigotes, que jusqu’alors j’avais tenues en lisière (je n’aime pas, moi, ces évaporées qui font les petites folles avec le bon Dieu) et qui, terribles, sont revenues à la charge et se multiplient. Il n’en est pas une qui ne vienne à confesse deux et trois fois le jour, me réservant un tas de vieux péchés, toujours les mêmes, et pour lesquels, dix coups de suite, je leur ai donné l’absolution. Et puis, voilà-t-il pas qu’à force de creuser, une source a jailli près du tombeau de la sainte, et, depuis, tout ce qu’il y a de boiteux, tortubossus et béquillards dans le pays se fait porter à la fontaine. Porter par moi, cela va sans dire. J’ai sur les bras toute la cour des Miracles.

(Jean Richepin)

Trou-du-cul

Rigaud, 1881 : Sot, niais, gros imbécile.

France, 1907 : Imbécile ; synonyme de c…

Les ventrepleins de la Croix ont préché trois jours de jeûne et de prières aux bigottes et aux trous-du-cul qui coupent dans leurs bourdes, pour le succès électoral des cléricochons.

(Père Peinard)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique