Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Air (se donner ou se pousser de l’)

France, 1907 : Figures pour partir, se sauver.
Jouer la fille de l’air a la même signification : c’est une réminiscence d’une ancienne pièce du boulevard du Temple, La Fille de l’air. A. Barrère, dans son Argot et Slang, a réuni les différentes expressions du même acte. Elles sont aussi nombreuses que pittoresques :

Faire le patatrot, le lézard, le jat-jat, la paire, crie, gilles ; jouer la fille de l’air, se déguiser en cerf, s’évanouir, se cramper, tirer sa crampe, se lâcher du ballon, se la couler, se donner de l’air, se pousser du zeph, se sylphider, se la trotter, se la courir, se faire la débinette, jouer des fourchettes, se la donner, se la briser, ramasser un bidon, se la casser, se la tirer, tirer ses grinches, valser, se tirer les pincettes, se tirer des pieds, se tirer les baladoires, les pattes, les trimoires ou les flûtes ; jouer des guibes ou des quilles, se carapater, se barrer, baudrouiller, se cavaler, faire une cavale, jouer des paturons, happer le taillis, flasquer du poivre, décaniller, décarrer, gagner les gigoteaux, se faire une paire de mains courantes à la mode, fendre l’ergot, filer son nœud, se défiler, s’écarbouiller, esbalonner, filer son câble par le bout, faire chibis, déraper, fouiner, se la fracturer, jouer des gambettes, s’esbigner, ramoner ses tuyaux, foutre le camp, tirer le chausson, se vanner, ambier, chier du poivre, se débiner, caleter, attacher une gamelle, décamper.

Anglaise (s’esbigner à, pisser à l’)

Rigaud, 1881 : Quitter une société sans rien dire à personne. Cela évite des salutations et des serrements de main qui n’en finiraient plus.

Beigne

Delvau, 1866 : s. f. Soufflet ou coup de poing, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce mot depuis des siècles. On dit aussi Beugne.

Rigaud, 1881 : Soufflet, contusion. — Donner, flanquer, recevoir, encaisser une beigne.

À une lettre près, c’est ainsi qu’on écrivait ce mot au XVIe siècle, et il avait la même signification. On disait mieux : bigne.

(Ch. Nisard, de l’Étymologie française)

Se me dévoyé au iront faire une beigne.

(Anciennes poésies françaises, Eglogue sur le retour de Bacchus)

La Rue, 1894 : Coup. Soufflet.

France, 1907 : Coup ; argot populaire. Recevoir une beigne, être battu.

Et pis, mon p’tit loup, bois pas trop,
Tu sais que t’es teigne
Et qu’quand t’as un p’tit coup de sirop
Tu me fous la beigne.

(Aristide Bruant, Dans la rue)

Brugne

Larchey, 1865 : Coup violent. — Corruption des vieux mots beigne, bigne, employés dans le même sens. V. Roquefort.

Casser (se la)

Larchey, 1865 : S’enfuir.

Vous vous esbignez. Ils se la cassent.

(A. Second)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’en aller de quelque part ; s’enfuir.

Rigaud, 1881 : Quitter un endroit où l’on s’ennuie. — À tout casser, énorme, prodigieux, auquel rien ne résiste. — Un succès à tout casser. Ne s’emploie guère qu’en parlant d’un succès, par allusion à ceux de théâtre, où le public manifeste son enthousiasme en frappant à coups de talons de bottes, à coups de petits bancs, au risque de tout casser.

Chienlit (gueuler à la)

France, 1907 : Appeler au secours.

— Tu t’esbignes avec mon pelot, et un instant après, quand toute la chienlit s’est tue, je m’en vais en père peinard et je te retrouve… c’est pas plus malin que ça !

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Compter les clous de la porte

France, 1907 : Attendre longtemps devant une porte, de façon à pouvoir en compter tous les clous. Allusion aux anciennes portes qui étaient généralement solidifiées et ornementées de gros clous. On trouve dans d’Aubigné :

Les Catholiques se plaignoient de ce que Montauban, Sancerre, etc., faisoient compter les cloux de leurs portes aux garnisons qu’on leur envoyoit.

Culbute

d’Hautel, 1808 : Au bout du fossé la culbute. Dicton joyeux et gaillard qui signifie qu’il faut faire vie qui dure, et ne point s’embarrasser des événemens futurs ; qu’il arrivera ce qui pourra.

anon., 1827 : Culotte.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Culotte. Esbigner le chopin dans sa culbute, cacher l’objet volé dans sa culotte.

Bras-de-Fer, 1829 : Culotte.

Vidocq, 1837 : s. f. — Culotte.

Clémens, 1840 / Halbert, 1849 : Culotte.

Larchey, 1865 : Culotte (Vidocq). — Jeu de mots. C’est dans la culotte qu’on butecul. (Buter : Pousser. V. Du Cange.) — V. Affure.

Delvau, 1866 : s. f. Faillite, — dans l’argot des bourgeois. Faire la culbute. Faire banqueroute.

Delvau, 1866 : s. f. Pantalon, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Culotte, — en terme de tailleur.

Rigaud, 1881 : Faillite. Faire la culbute, suspendre ses paiements.

Rossignol, 1901 : Faire faillite. Le camelot qui vend un objet le double du prix d’achat est un article qui fait la culbute.

Rossignol, 1901 : Synonyme de culbutant.

France, 1907 : Pantalon.

Ah ! mince, on prend des airs de flûte,
On s’régal’ d’un p’tit quant à soi…
Va, mon vieux, pêt’ dans ta culbute,
T’es dans la ru’, va ! t’es chez toi.

(Aristide Bruant)

Esbigner le chopin dans sa culbute, cacher un objet volé dans son pantalon.

Esbigner

M.D., 1844 : Se sauver.

Esbigner (s’)

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Se sauver. Esbignez-vous, les marsoins ! contrebandiers, sauvez-vous !

Halbert, 1849 : S’enfuir, s’en aller.

Larchey, 1865 : S’enfuir.

Et l’amant qui s’sent morveux, Voyant qu’on crie à la garde, S’esbigne en disant : Si j’tarde, Nous la gobons tous les deux.

(Désaugiers)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’en aller, s’enfuir, — dans l’argot des faubouriens, à qui Désaugiers a emprunté cette expression.

Rigaud, 1881 : Se sauver. Celui qui s’esbigne, se sauve pour ne pas rendre un service, ou pour ne pas être reconnu.

La Rue, 1894 : Partir, s’esquiver. Voler.

Virmaître, 1894 : Se sauver. Dans les faubourgs, quand un voyou sait qu’il va recevoir une maîtresse correction, il s’esbigne (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Se sauver.

France, 1907 : Se sauver, s’esquiver, s’enfuir.

La raclée devait être divisée en douze leçons. Après la troisième, je pris la poudre d’escampette.
Elles devenaient de plus en plus chaudes chaque fois, et commençant à me demander ce que pourrait bien être la douzième, je jugeai préférable de m’esbigner avant l’échéance.

(Hector France, Chez les Indiens)

Plus tard, la chance s’ensuivant,
S’il ne se fait pas prendre avant
Ou ne s’esbigne,
Notre homme, par un coup savant,
Nous supprime le plus souvent…
Comble de guigne !

(Blédort)

Esbigner dans sa boite à puces (s’)

France, 1907 : Rentrer chez soi.

Esbigner dans sa boîte à puces (s’)

Fustier, 1889 : Rentrer chez soi.

Si c’est comme ça qu’on vous reçoit dans le monde chic, des mâches ! J’aime mieux m’esbigner dans ma boîte à puces.

(Mahalin, La patte de fer)

Esbigner en jargue

M.D., 1844 : S’en aller d’un endroit sans payer.

Esbigner, esbignonner

Rigaud, 1881 : Voler, faire disparaître un objet, — dans le jargon du peuple. C’est-à-dire faire partir un objet.

Laronneux, n’crois pas m’esbignonner mon maquereau.

(Le Nouveau Vadé)

Esbigner un porte morningue dans la profonde d’un girondin.

Foucade

Delvau, 1866 : s. f. Lubie, envie subite, fougue d’un moment, coup de tête. Travailler par foucades. Irrégulièrement. On prétend qu’il faut dire fougade, et même fougasse. Je le crois aussi, mais le peuple dit foucade, — comme l’écrivait Agrippa d’Aubigné.

Rigaud, 1881 : Caprice amoureux.

France, 1907 : Lubie, caprice ; évidemment de fougue.

Le maréchal Pélissier, ce bourru bienfaisant, que ses coups de boutoir, ses foucades de caractère rendaient si insupportable aux gens qui ne le jugeaient qu’à la surface, possédait l’esprit le plus prime-sautier, le plus original, le plus pittoresque même qui fût. Il avait des traits à l’emporte-pièce, des reparties hautes en couleur qui faisaient la joie ou le désespoir de ses familiers. Épris de poésie badine, l’intrépide soldat taquinait volontiers la Muse et rimait des madrigaux ou des épigrammes. De temps à autre même, il se lançait dans la chanson, et je vous prie de croire qu’alors il ne travaillait pas précisément pour les pensionnats de demoiselles.

(Santillane, Gil Blas)

— J’ai eu la sottise de croire qu’elle s’amendait, qu’elle me revenait guérie de cette foucade avortée, qu’elle m’aimait à nouveau passionnément, je me suis laissé prendre à ses baisers, à ses cajoleries, à son air inquiet et troublé et pour un peu, parce qu’elle avait retrouvé le chemin de notre amour, parce qu’elle m’accordait des miettes de sa vie, parce qu’elle ne m’abandonnait plus, parce qu’elle était venue quatre jours de suite, j’eusse embrassé ses genoux avec une contrition parfaite.

(Champaubert, Crépuscule d’amour)

Travailler par foucade.

Gober (la)

Larchey, 1865 : Mourir, avaler une bourde, être victime d’un accident. — V. Esbigner.

Ce poltron-là, c’est lui qui la gobe le premier.

(L. Desnoyer)

Si bien que j’suis dupé, C’est moi qui la gobe.

(Chanson, 1854)

Delvau, 1866 : Être ruiné pour avoir trop cru aux Mercadets. Par extension : Mourir.

Rigaud, 1881 : Être dupe ; être victime, ne pas avoir de chance dans une affaire, perdre de l’argent dans une entreprise.

Job

Bras-de-Fer, 1829 : Niais.

Vidocq, 1837 : s. m. — Niais.

Larchey, 1865 : Niais. — Abrév. du vieux mot jobelin V. Roquefort.

Si j’étais assez job pour croire que vous me donnez toute une fortune.

(E. Sue)

Jobarder : Duper.

Je ne veux pas être jobardé.

(Balzac)

Joberie : Niaiserie (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Innocent, imbécile, dupe, — dans l’argot des faubouriens, qui parlent comme écrivaient Noël Du Fail en ses Propos rustiques et d’Aubigné en sa Confession de Sancy.

Delvau, 1866 : s. m. Tromperie, mensonge. Monter un job. Monter un coup. Monter le job. Tromper, jouer une farce.

Rigaud, 1881 : Niais, dupe. C’est jobard par apocope. — Se monter le job, se monter la tête, l’imagination. Une femme dit d’un homme qui prétend être aimé pour lui-même qu’il se monte joliment le job.

La Rue, 1894 : Imbécile. Tromperie.

France, 1907 : Niais, imbécile, dupe. Vieille allusion sans doute au biblique Job qui, devenu le pauvre que l’on sait, couvert de plaies et d’ulcères, couché sur son fumier, remerciait le ciel de ses maux. En qualifiant de son nom les niais et les dupes, le bon sens populaire indiquait qu’il se révoltait de celte insanité.

France, 1907 : Tromperie. Se monter le job, s’illusionner, se monter le coup.

France, 1907 : Veau ; argot des chauffeurs de l’an VIII.

Jouer du croupion, ou du cul

Delvau, 1864 : Jouer des fesses, faire l’acte vénérien.

Et en même temps, lui, de jouer du croupion.

(Les Aphrodites)

Ne jouez plus du cul, ma tante,
Ni moi aux dés, je le promets.

(Agrippa d’Aubigné)

Le vieux Jaquet dans une étable,
Voyant Lise jouer du cu
Avec un valet à gros rable,
En va faire plainte au cocu.

(Théophile)

La camoufle s’exbigne

Halbert, 1849 : La chandelle s’éteint.

Laffe

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : La vie. Esbigner la laffe, avoir la vie sauve.

Halbert, 1849 : La vie.

Delvau, 1866 : s. f. Potage, soupe, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Soupe. On dit aussi : mouise, tambouille. Les maçons disent mortier, parce qu’ils empilent du pain dans le bol tant qu’il en peut tenir, ce qui forme une pâtée épaisse qui ressemble à du mortier (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Soupe.

Loup

d’Hautel, 1808 : Faire un loup ou des loups. Jargon typographique, qui signifie faire des dettes criardes, devoir au marchand de vin, au boucher, au boulanger, à la fruitière, etc. C’est surtout pour les marchands de vin que les loups sont le plus redoutables.
La faim chasse le loup hors du bois. Pour dire que la nécessité contraint à faire ce à quoi on répugne.
Cette chose est sacrée comme la patte d’un loup. Pour faire entendre qu’il ne faut pas s’y fier.
Il ou elle a vu le loup. Se dit d’une personne qui a beaucoup voyagé, qui a une grande expérience ; et d’une jeune fille qui a eu plusieurs enfans.
Aller à la queue loup loup. Aller les uns après les autres.
Il est comme le loup, il n’a jamais vu père. Se dit d’un enfant naturel ; parce que, dit-on, le loup déchire par jalousie celui qui a couvert la louve.
Marcher à pas de loup. Doucement, dans le dessein d’attraper quelqu’un.
Quand on parle du loup, on en voit la queue. Se dit quand quelqu’un arrive dans le moment où on parloit de lui.
Manger comme un loup. Pour, manger avec excès.
Être enrhumé comme un loup. Avoir un très gros rhume. Voy. Brebis, Bergerie, Chien.

Larchey, 1865 : Dette criarde, créancier. V. d’Hautel, 1808. — Au théâtre, c’est une scène manquée. on dit faim de loup et froid de loup ! pour dire grande faim et grand froid. — ces deux causes font en effet sortir les loups du bois.

Delvau, 1866 : s. m. Absence de texte, solution de continuité dans la copie. Même argot [des typographes].

Delvau, 1866 : s. m. Créancier, — dans l’argot des typographes. Faire un loup. Faire une dette, — et ne pas la payer.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui se plaît dans la solitude et qui n’en sort que lorsqu’il ne peut pas faire autrement. Argot du peuple. Malgré le væ soli ! de l’Écriture et l’opinion de Diderot : « Il n’y a que le méchant qui vit seul, » les loups-hommes sont plus honorables que les hommes-moutons : la forêt vaut mieux que l’abattoir.

Delvau, 1866 : s. m. Pièce manquée ou mal faite, — dans l’argot des tailleurs. On dit aussi Bête ou Loup qui peut marcher tout seul.

Rigaud, 1881 : Dette criarde. Créancier nécessiteux que la faim fait souvent sortir des bornes de la modération.

Rigaud, 1881 : Solution de continuité dans un manuscrit envoyé à l’imprimerie.

Boutmy, 1883 : s. m. Créancier, et aussi la dette elle-même. Faire un loup, c’est prendre à crédit, principalement chez le marchand de vin. Le jour de la banque, le créancier ou loup vient quelquefois guetter son débiteur (nous allions dire sa proie) à la sortie de l’atelier pour réclamer ce qui lui est dû. Quand la réclamation a lieu à l’atelier, ce qui est devenu très rare, les compositeurs donnent à leur camarade et au créancier une roulance, accompagnée des cris : Au loup ! au loup !

Fustier, 1889 : Dans l’argot théâtral, défaut que produit un vide dans l’enchaînement des scènes.

Les auteurs ont fort bien senti qu’il y avait là un loup comme on dit en style de coulisse, et ils ont essayé de le faire disparaître…

(A. Daudet)

Virmaître, 1894 : V. Contre-coup.

France, 1907 : Créancier et aussi la créance. Faire un loup, prendre à crédit, principalement chez le marchand de vin.

Le samedi de banque donc, à la porte de l’imprimerie sont embusqués des individus prêts à se jeter sur le passage de l’imprévoyant débiteur. C’est le tailleur, le chapelier, le bottier, le gargotier. Ils sont désignés sous la dénomination pittoresque de loups. Alors on entend crier il toutes parts : Gare aux loups !

(Jules Ladimir, Le Compositeur-typographe)

Quand la réclamation a lieu à l’atelier, ce qui est devenu très rare, les compositeurs donnent à leur camarade et au créancier une roulance, accompagnée des cris : Au loup ! au loup !

(Eug. Boutmy, Argot des typographes)

Faire un loup signifie aussi, dans l’argot des typographes, remplacer un camarade qui désire quitter un moment son travail. Un jeune margeur voulant s’absenter quelques minutes appelle un apprenti : « Viens, Aristide, fais-moi un loup, que je m’esbigne. »

France, 1907 : En architecture, le loup est une erreur commise par l’architecte dans certaine partie d’une construction. Dans l’argot des théâtres, c’est le défaut qui produit un vide dans l’enchainemenut des scènes.

Il me parut que ce silence faisait, comme on dit au théâtre, un loup — c’est un synonyme assez pittoresque de jeter un froid.

(Hugues Le Roux)

Patatrot (faire le)

France, 1907 : Décamper, se sauver ; corruption de pattes au trot. « Faire un patatrot », poursuivre à grande vitesse.
Les synonymes sont nombreux ; en voici les principaux :

Jouer la fille de l’air, faire le lézard, le jat jat, la paire, cric, gilles ; se déguiser en cerf, s’évanouir, se cramper, tirer sa crampe, se lâcher du ballon, se la couler, se donner de l’air, se pousser du zeph, se sylphider, se la trotter, se la couvrir, se faire la débinette, jouer des fourchettes, se la donner, se la briser, ramasser un bidon, se la casser, se la tirer, tirer ses grinches, valser, se tirer les pincettes, se tirer des pieds, se tirer les baladoires, les pattes, les trimoires ou les flûtes ; jouer des guibes ou des quilles, se carapater, se barrer, bandrouiller, se cavaler, faire une cavale, jouer des paturons, happer le taillis, flasquer du poivre, décaniller, décarer, exhiber son prussien, démurger, désarrer, gagner les gigoteaux, se faire une paire de mains courante à la mode, fendre l’ergot, filer son nœud, se défiler, s’écarbouiller, esballonner, filer son câble par le bout, faire chibis, déraper, fouiner, se la fracturer, jouer des gambettes, s’esbigner, ramoner ses tuyaux, foutre le camp, tirer le chausson, se vanner, ambier, chier du poivre, se débiner, caleter, attacher une gamelle, camper.

Pique

d’Hautel, 1808 : Il a passé par les piques. Se dit lors que quelqu’un s’est trouvé dans des circonstances périlleuses, qu’il a essuyé quelque perte ; qu’il a couru de grands dangers.
Voilà bien rentrée de piques noires. Se dit de celui qui interrompt mal à propos un autre.
C’est un bon as de pique. Se dit par injure d’un stupide, d’un sot.
Pique. Signifie aussi bisbille, mésintelligence, querelle.

Delvau, 1864 : Le membre viril.

Laquelle passa et repassa par les piques de neuf amoureux.

(Brantôme)

Lors la lascive imprudemment applique
Son savoir grec pour redresser ma pique.

(Cabinet satyrique)

Mais voyez ce brave cynique,
Qu’un bougre a mis au rang des chiens,
Se branler gravement la pique
À la barbe des Athéniens.

(Piton)

De vieilles bigornes qui n’épargnent ni or ni argent pour se faire piquer.

(Molière)

Il piquait ses pages au lieu de piquer ses chevaux.

(Agrippa d’Aubigné)

En jouant au piquet,
Ma Philis me disait :
Je me sens tout en feu
De vie voir si beau jeu ;
Mais que me sert, hélas !
Que j’écarte si bien,
Si, dans ce que je porte,
Il n’entre jamais rien.

(Goguette du bon vieux temps)

Delvau, 1866 : s. f. Petite querelle d’amis, petite brouille d’amants, — dans l’argot des bourgeois.

Pulvériser (se la)

Rigaud, 1881 : Synonyme de se la briser, se déguiser en cerf, jouer la fille de l’air, se travestir en chamois, s’esbigner, se débiner, se cavaler, démarrer, se mettre une gamelle, etc., etc.

Rebigner

France, 1907 : Chasser, repousser.

Récompenser en peinture

Larchey, 1865 : Payer de belles promesses.

Henri IV ayant envoyé d’Aubigné en plusieurs provinces, ne lui donna pour récompense que son portrait. D’Aubigné y ajouta ce quatrain : — Ce prince est d’étrange nature. Je ne sais qui diable l’a fait ! Il récompense en peinture Ceux qui le servent en effet.

Renard

d’Hautel, 1808 : Un vieux renard. Pour dire un homme adroit, fin, rusé.
Se confesser au renard. Découvrir son secret à quelqu’un qui en tire avantage, qui en fait son profit, et qui est intéressé à empêcher l’affaire dont il s’agit.
Écorcher le renard. Pour dire vomir, rendre les alimens, ou le vin qu’on a pris immodérément.
Le renard cache sa queue. Pour dire que les gens adroits cachent leurs finesses, leurs ruses.
Le renard prêche aux poules. Se dit d’un imposteur, qui cherche à attrapper, par ses discours, des gens simples et crédules.
Le renard a pissé dessus. Se dit en parlant du raisin, que l’ardeur du soleil a rendu roux, et qui est très-mûr.

Larchey, 1865 : « Pour être compagnon, tu seras lapin ou apprenti, plus tard tu passeras renard ou aspirant. » — Biéville. — V. Chien.

Delvau, 1866 : s. m. Aspirant compagnon, — dans l’argot des ouvriers.

Delvau, 1866 : s. m. Pourboire, — dans l’argot des marbriers de cimetière, forcés d’employer toutes les ruses de leur imagination pour en obtenir un des familles inconsolables, mais « dures à la détente ».

Delvau, 1866 : s. m. Résultat d’une indigestion, — dans l’argot du peuple. Piquer un renard. Vomir. Du temps de Rabelais et d’Agrippa d’Aubigné, on disait Écorcher le renard. Les Anglais ont une expression analogue : to shoot the cat (décharger le chat).

Rigaud, 1881 : Aspirant au compagnonnage.

Rigaud, 1881 : Pourboire, — dans l’argot des marbriers de cimetière. (A. Delvau) C’est le résultat prévu du pourboire.

La Rue, 1894 : Pourboire. Vomissement. Trahison. Espion de bagne.

France, 1907 : « Livre rare et curieux déterré par un amateur dans l’étalage d’un brocanteur qui en ignorait le prix. »

(Gustave Fustier)

France, 1907 : Mouchard, espion ; argot des forçats.

Sur ce fond de boue et de sang se détache une troisième physionomie, la physionomie du forçat mouchard ou du renard.

(A. Dauvin)

France, 1907 : Postulant compagnon au temps où les ouvriers faisaient leur tour de France.

— Nous étions dix ou douze renards qui s’étaient donné le mot pour se faire initier. On avait déjà passé une nuit dans la cave de la Mère, à boire et à chanter. Eux nous avaient fait « piquer » et « battre le cordeau », pour vérifier notre savoir.

(Hugues Le Roux)

France, 1907 : Résultat d’une absorption trop copieuse. Voir Renarder.

S’esbigner

Rossignol, 1901 : Se sauver. — « Je vais me montrer, tu vas les voir s’esbigner. »

Tirer (se)

France, 1907 : S’en aller. On dit aussi se la tirer.

Les hommes, c’est d’la mauvais graine,
C’est à peu près comme l’melon,
Faudrait en avoir six douzaines
Pour en trouver un de bon
Fuyez Léon, Paul, Anatole
Vous que j’eus le tort d’adorer.
Maintenant qu’j’ai soupé d’vot’ fiole.
Vous pouvez vraiment vous tirer.

(René Esse)

Se tirer des flûtes, s’en aller.

Aux Buttes-Chaumont.
La grande sœur. — Où est Mimile ?
Le petit frère. — I’ vient d’f… le camp.
— Tu sais bien qu’on t’a défendu de dire des gros mots.
— Comment qu’i’ faut dire, alors ?
— Il faut dire : il a décanillé, il s’est esbigné, ou mieux il s’est tiré les flûtes.

Se tirer à la douce, s’esquiver rapidement et sans bruit.

À ce moment, un coup de sifflet retentit au dehors.
Tous tressaillirent.
— Attention ! dit Mille-Pattes, c’est ma femme qui avertit… et, vous savez, elle à le nez creux, la Sardine…
— C’est les fliques !… dit Peau-de-Zébi, qui avait entr’ouvert la porte… Ils n’osent pas avancer… tirons-nous à la douce par le jardin…

(Edmond Lepelletier)

Se tirer des pattes, s’en aller, se sauver.

Deux amis de collège, qui ne se sont pas vus depuis le bahut, se rencontrent, en wagon, sur la ligne du Nord.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Je suis dans le commerce… Je me tire d’affaire, Et toi ?
— Moi, je suis dans la finance, et je me tire des pattes.

Se tirer des pieds, même sens.

Dans l’musée qu’était solitaire,
Soudain, j’dis à Pascal tout bas :
Regard’ donc cett’ Vénus en pierre,
Comment qu’ça s’fait qu’a n’a pas de bras ?
Il m’fait : Ça c’est une sale histoire,
Mon vieux, faut nous tirer des pieds.
Si on nous voit là, on va croire
Qu’c’est nous qui les avons cassés.

(Eugène Rimbault)

Tourtoure

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Corde. S’esbigner à la tourtoure, s’évader de prison au moyen d’une corde.

Vougri

France, 1907 : Auvergnat, dénommé ainsi à cause du juron qui lui est familier et qui n’est autre que notre mot bougre.

— Chouette, patron ! Ça y est !… C’est aujourd’hui que nous allons en mouiller. La gonzesse est seule. Le larbonchem vient de s’esbigner de sa turne. En dimanche, oui, madame ! habillé comme un astre : tromblon et rédingue, mince d’épate ! Longue course, rentrera pas avant souper. Hé ! là, vous y êtes ?
— Et j’y chuis, vougri !

(Jean Richepin)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique