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Arracher un pavé

Rigaud, 1881 : Se livrer au travail d’Onan, — dans le jargon des voyous.

Virmaître, 1894 : V. Rouscailler.

Rossignol, 1901 : J’avais un vieil ami de 70 ans qui me disait : Mon cher Rossignol, quand je pouvais, je n’avais pas le temps ; maintenant que j’ai le temps, je ne peux plus.

France, 1907 : Monter sur l’autel de Vénus, acte qui pour certaines gens est aussi dur que d’arracher un pavé de la rue.

Deux minutes après, elle roulait dans ma voiture. Ah ! qu’il est doux parfois d’arracher un pavé…

(Pompon, Gil Blas)

Depuis le commencement de la langue on a usé de nombreuses périphrases dont voici les plus décentes : Accorder sa flûte, administrer une douche, aforer le tonnel, aller à la charge, aller aux armes, apaiser sa braise, avoir contentement ; faire bataille, bonne chère, dia hur haut, du bon compagnon, fête, la belle joie, la bonne chose, la chose pourquoi, la chosette, la culbute, la grenouille, la pauvreté, l’amoureux tripot, le déduit, le devoir, le heurte-bélin, le petit verminage, le saut de Michelet, ses besognettes, ses choux gras, une aubade de nuit, une grosse dépense, une libation à l’amour, une politesse, une sottise, un tronçon de bon ouvrage, un tronçon de chère-lie, virade ; fournir la carrière, franchir le saut, frétin frétailler, goûter les ébats ; jouer au reversis, aux cailles, aux quilles, des basses marches ; laisser aller le chat au fromage ; mettre à mal, en œuvre ; se mettre à la juchée, négocier, officier ; passer le pas, les détroits ; payer la bienvenue, son écot ; planter le cresson, le mai ; prendre pâture, passe-temps, provende, soulaz, une poignée ; régaler, rompre une lance, roussiner, sabouler, savonner, soutenir un entretien, tenir en chartre, thermométriser, travailler à la vigne, vendanger, etc… etc.

Arroser

d’Hautel, 1808 : Arroser ses créanciers. Leur donner à chacun de petits à-comptes, afin de les rendre plus traitables et arrêter leurs poursuites.

Delvau, 1864 : Éjaculer dans la nature de la femme — un charmant petit jardin dont nous sommes les heureux jardiniers. Pluie ou sperme, quand cela tombe à propos, cela féconde.

Pourquoi ne voudraient-elles pas être arrosées ?

(Cyrano de Bergerac)

Rigaud, 1881 : Ajouter de l’argent à une somme engagée après un coup gagné à la ponte. — Risquer une nouvelle mise en banque après décavage, — dans le jargon des joueurs. Ordinairement, à la ponte, on arrose après le premier coup de gain. C’est mot à mot : arroser le tapis avec de l’argent tiré de la masse. À force d’arroser sans succès, on finit par être à sec.

Rigaud, 1881 : Donner un à-compte à un créancier.

À quoi bon arroser ces vilaines fleurs-là ?

(V. Hugo, Ruy-Blas)

Virmaître, 1894 : Donner un accompte sur une dette. Un huissier cesse les poursuites commencées quand le débiteur arrose. Donner de l’argent à un fonctionnaire pour obtenir un privilège, c’est l’arroser. Nos députés le furent largement par Arton pour l’affaire du Panama. Martingaler son enjeu c’est arroser le tapis (Argot du peuple). JV.

Rossignol, 1901 : À la suite d’un achat on va boire une consommation pour arroser l’objet acheté.

Hayard, 1907 : Payer, donner des acomptes.

France, 1907 : Faire des dépenses. Arroser le tapis, terme de joueur à la roulette pour couvrir le tapis d’argent. Arroser ses galons, terme militaire, payer sa bienvenue dans son nouveau grade. Arroser un créancier, lui donner des acomptes.

Article 4 (payer son)

Boutmy, 1883 : v. Payer sa bienvenue en entrant dans un atelier. Voici l’origine de cette expression. Dans le temps où les compositeurs portaient l’épée, chaque imprimerie formait une sorte de confrérie ou chapelle régie par un règlement. Ce règlement stipulait le nombre d’exemplaires que les éditeurs et les auteurs devaient laisser à la chapelle. Ces exemplaires étaient vendus, et l’argent qu’on en retirait consacré à fêter la Saint-Jean-Porte-Latine et la Saint-Michel. L’article 4 de ce règlement, le seul qui soit par tradition resté en vigueur, déterminait tous les droits dus par les typographes. On ajoute quelquefois, en parlant de l’article 4, les mots verset 20, qu’il faut traduire : « Versez vin. » — Dans le nord de la France on dit : payer ses quatre heures au lieu de payer son article 4.

Graisser la marmite

Larchey, 1865 : Payer sa bienvenue.

À mon régiment, M’fallut graisser la marmite, Et j’n’ai plus d’argent.

(Vachelot, Chansons, 1855)

Rigaud, 1881 : Payer sa bienvenue, — dans le jargon des troupiers. — Battre sa maîtresse, — dans le jargon des souteneurs.

France, 1907 : Payer sa bienvenue.

Prévôt

Vidocq, 1837 : s. m. — La place de Prévôt appartient de droit au plus ancien détenu. Il y en a ordinairement un par chambrée ou par corridor. Il est chargé par l’administration de veiller à la propreté de son quartier, et de remettre à chaque prisonnier la ration de pain qui lui est allouée, et les prisonniers lui accordent le droit d’exiger des arrivans une certaine rétribution nommée bienvenue, dont il dispose à son gré.
Les voleurs émérites, les évadés du bagne ou des prisons étaient autrefois si vénérés de leurs compagnons de moindre importance que, lorsqu’ils arrivaient en prison, et que le Prévôt en exercice leur demandait la bienvenue, ils se contentaient de répondre : Je suis un garçon, un homme de peine, un fagot, un cheval de retour. À l’audition d’un de ces mots, le Prévôt en exercice remettait ses droits à l’arrivant ; les prisonniers se cotisaient, alors le vin coulait à flots, chacun racontait son histoire, et les plus criminels étaient les plus applaudis.
Lorsqu’un voleur en renom arrive au bagne, il a le droit de choisir la meilleure place du banc (lit de camp), les braves garçons (les bons voleurs) lui apportent tous les petits objets nécessaires à un forçat ; ils dégarnissent leur serpentin (matelas) pour améliorer celui du nouveau venu. Lorsque les Beaumont, les Goras, les Jambe-d’Argent, les Fossard, les Noël aux Bésicles arrivaient à Brest ou à Toulon, des souscriptions volontaires étaient aussitôt ouvertes en leur faveur.
Les argousins, les comes et sous-comes avaient pour ces hommes une sorte de respect, et des égards qu’ils n’accordaient ni aux voleurs de bas étage, ni à ceux qui expiaient un délit de peu d’importance.

Halbert, 1849 : Domestique de prison ou plus ancien de chambrée.

Delvau, 1866 : s. m. Chef de chambrée, — dans l’argot des prisons.

Rigaud, 1881 : Chef de chambrée dans une prison.

Quand est-ce (le) ?

Rigaud, 1881 : Bienvenue que doit payer un ouvrier embauché dans un atelier. Mot à mot : Quand est-ce que tu payes ta bienvenue ?

Quand est-ce (payer son)

France, 1907 : Payer sa bienvenue ; argot des typographes. Par abréviation, on dit et écrit quantès. Voir Quatre (article).

Quand-est-ce ?

Hayard, 1907 : Bienvenue d’un nouvel ouvrier dans un atelier. C’est lui qui le paie.

Quantès ?

Boutmy, 1883 : Corruption de Quand est-ce ? Lorsqu’un compositeur est nouvellement admis dans un atelier, on lui rappelle par cette interrogation qu’il doit payer son article 4 ; c’est pourquoi Payer son quantès est devenu synonyme de payer son article 4. Cette locution est usitée dans d’autres professions.

Virmaître, 1894 : Bienvenue que paie un ouvrier nouvellement embauché dans un atelier. Tant qu’il n’a pas satisfait à cette vieille coutume, qui date du compagnonnage, les camarades lui crient : quantès ? (Argot du peuple). N.

Quantès ou quand-est-ce

La Rue, 1894 : La bienvenue du nouvel arrivé.

Quatre (article)

France, 1907 : L’article quatre est la bienvenue que paye un ouvrier en entrant dans un atelier de typographie. D’après Eugène Boutmy, cette expression viendrai du temps où chaque imprimerie formait une sorte de confrérie ou chapelle régie pur un règlement, que stipulait le nombre d’exemplaires que les éditeurs et les auteurs devaient laisser à la chapelle. L’argent retiré de leur vente contribuait à fêter la Saint-Jean-Porte-Latine et la Saint-Michel. L’article 4, le seul resté en vigueur, déterminait tous les droits dus par les typographes. On ajoute quelquefois, dit E. Boutmy, en parlant de l’article 4, les mots verset 20, qu’il faut traduire : Verser vin. V. Quatre heures.

Quatre heures (payer ses)

France, 1907 : Payer sa bienvenue dans un atelier de typographie. Expression du Nord.

Réglette (arroser la)

Rigaud, 1881 : Payer sa bienvenue dans un atelier de typographes. Quand un paquetier passe metteur en pages, il est aussi d’usage qu’il arrose la réglette à coups de tournées. (Jargon des typographes.)

France, 1907 : En terme de typographie, la réglette est une petite lame mince et plate qui sert à mesurer la longueur des pages. Arroser la réglette, c’est régaler son équipe, lorsque de compositeur on passe metteur en pages.

Tablier (droit de)

Boutmy, 1883 : s. m. Bienvenue payée par les apprentis à leur entrée dans l’atelier. Cette coutume est tombée en désuétude à Paris ; mais elle est encore pratiquée, dit-on, en province, et particulièrement dans le nord de la France.

France, 1907 : Bienvenue que payent les apprentis admis dans un atelier.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique