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Abatage

d’Hautel, 1808 : Avoir de l’abatage. Locution figurée et populaire, qui signifie être d’une haute stature ; être fort, vigoureux, taillé en Hercule.
En terme de police, ce mot signifie l’action de tuer les chiens errans ; c’est aussi un terme reçu parmi les acheteurs de bois vif.

Rigaud, 1881 : Action d’abattre son jeu sur la table, en annonçant son point, — dans le jargon des joueurs de baccarat. Il y a abatage, toutes les fois qu’un joueur a d’emblée le point de neuf ou de huit. — Bel abatage, fréquence de coups de neuf et de huit. — Il y a abatage sur toute la ligne, lorsque le banquier et les deux tableaux abattent simultanément leurs jeux.

Les abatages se succédaient entre ses mains, drus comme grêle.

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Rigaud, 1881 : Développement du bras, haute stature d’un joueur de billard. C’est un avantage qui lui permet de caramboler avec facilité et de se livrer, en été, à des effets de biceps.

Rigaud, 1881 : Forte réprimande. Écoper un abatage, recevoir une forte réprimande, — dans le jargon des ouvriers.

Le lendemain, tout le monde sur le tas. Avant de commencer, j’ai écopé mon abatage.

(Le Sublime)

Rigaud, 1881 : Ouvrage vivement exécuté. — Graisse d’abatage, ardeur à l’ouvrage.

Hayard, 1907 : Réprimande, de patron à ouvrier.

France, 1907 : Abattre son jeu au baccara, argot des joueurs.

Ainsi qu’un bon comptable, il laissa passer les premiers coups sans risquer aucun enjeu ; il attendait sa main. Quand les cartes lui vinrent, il poussa trois louis, et abattit huit ; mais, en consultant son point, ses mains tremblaient de plus en plus, et de la sueur lui coulait des cheveux sur les tempes. Il fit ce qu’on appelle paroli, et, toujours plus convulsif, abattit neuf.

(Maurice Montégut)

L’autre soir, au cercle. Le banquier perdait beaucoup. Un ponte qui venait de passer quatre fois prend les cartes pour le cinquième coup, et tombe sur le tapis, foudroyé par une attaque d’apoplexie.
Le banquier (très tranquillement). — Allons bon ! encore un abatage !

On appelle aussi abatage un ouvrage rapidement exécuté, d’après l’expression bien connue : abattre de la besogne.

Abatteur

d’Hautel, 1808 : Sobriquet injurieux et méprisant que l’on donne à un ouvrier brouillon et envahisseur, qui s’attache moins à bien travailler, qu’à faire beaucoup de besogne.
Abatteur de quilles, ou Abatteur de bois. Hâbleur, fat, fanfaron ; homme incapable de grandes actions, et dont tout le talent consiste dans un débordement de paroles frivoles et stériles.

Actionnaire

Delvau, 1866 : s. m. Homme crédule et simple, qui s’imagine que tout ce qu’on lui raconte est arrivé, que toutes les offres qu’on lui a faites sont sincères, etc. Argot des gens de lettres.

France, 1907 : Homme crédule et facile à duper comme quantité d’actionnaires, ceux du Panama par exemple ; argot des journalistes, qui prêtent trop souvent la main à cette sale besogne qui, d’après les récents scandales, rapporte gros.

Aide-mari

Delvau, 1864 : Amant, — qui aide en effet l’époux dans sa besogne conjugale, mais à son insu, bien entendu.

Il est assez égal que les enfants qu’elle pourra donner à son époux soient de lui ou du plus fécond des aide-mari qu’elle favorise.

(A. de Nerciat)

Virmaître, 1894 : L’amant. Il aide à la besogne conjugale, sans en avoir les désagréments. On dit aussi l’autre. Pour les omnibus traînés par trois chevaux, on dit : ménage à trois. Allusion à ce qu’ils tirent les uns après les autres (Argot du peuple). N.

Aller

d’Hautel, 1808 : Ça ne va pas pire. Réponse joviale que l’on fait à quelqu’un qui demande des nouvelles de votre santé, pour exprimer que l’on ne va pas plus mal que de coutume ; que l’on se porte passablement bien.
Faire aller quelqu’un. Le railler finement et sans qu’il s’en aperçoive ; le faire jaser dans le dessein de le tourner ensuite en ridicule.
Cette locution signifie aussi mener quelqu’un par le bout du nez ; faire un abus révoltant de sa foiblesse et de sa bonne foi.
Aller sur la hauteur. Façon de parler qui exprime, parmi une certaine classe du peuple de Paris, l’action d’aller riboter, prendre ses ébats, se divertir dans les guinguettes qui sont situées hors de la ville.
Tout son bien s’en est allé en eau de boudin, en brouet d’andouilles, à veau l’eau. Ces trois manières de parler ont à-peu-près le même sens et signifient qu’une fortune considérable s’est trouvée dissipée, anéantie, par la mauvaise conduite de celui qui la possédoit.
On dit aussi d’une affaire sur laquelle on comptoit, et qui ne prend pas une tournure favorable, qu’Elle s’en est allée en eau de boudin.
Il va et vient comme trois pois dans une marmite. Phrase burlesque qui exprime assez bien les allées et venues, le mouvement, l’agitation continuelle qu’un homme impatient et brouillon se donne pour des choses qui n’en valent souvent pas la peine.
Ne pas aller de main morte. Signifie frapper de toute sa force ; montrer de la vigueur et de l’énergie dans une affaire.
Un las d’aller. Paresseux, fainéant qui a toutes les peines du monde à travailler ; qui ne sait que faire de sa personne.
Cela va sans dire. Pour cela est clair, évident, incontestable.
Cela va et vient. Manière mercantile de parler, et qui signifie que le gain du commerce n’est pas réglé ; qu’il va tantôt en augmentant, et tantôt en diminuant.
Aller ou le roi va à pied. C’est-à-dire, aux privés, où l’on ne peut envoyer personne à sa place.
Tout y va la paille et le blé. Signifie, il se ruine en de folles dépenses ; il sacrifie toute sa fortune à l’objet de son enthousiasme.
Aller un train de chasse. Marcher avec précipitation ; mener une affaire tambour battant.
Tous chemins vont à Rome. Pour dire qu’il y a plusieurs voies pour parvenir dans un lieu, ou réussir à quelque chose.
Cela n’ira pas comme votre tête. Se dit par réprimande à quelqu’un, pour cela n’ira pas suivant votre désir ; selon que vous l’imaginez.
Cette maison est son pis aller. C’est-à-dire, il s’y emploie quand il ne trouve pas mieux ailleurs ; il y entre et il en sort à volonté.
Aller son petit bon-homme de chemin. Faire droitement sa besogne ; n’entendre finesse en rien ; se conduire avec prudence et probité.
Il y va de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. Se dit par raillerie d’une personne qui travaille avec une activité et une ardeur ridicules, sans faire pour cela beaucoup d’ouvrage.
Cela ne va que d’une fesse. Pour dire qu’une affaire, ou un ouvrage va lentement ; qu’on ne le pousse pas avec la vigueur et l’activité convenables ; qu’il est mal dirigé.
Cela va comme il plaît à Dieu. Manière fine et ironique de faire entendre qu’une affaire est mal menée ; qu’on en néglige absolument la conduite.
Toujours va qui danse. Voy. Danser.
Il va comme on le mène ; il va à tout vent. Se dit d’un homme foible et pusillanime, sans énergie, sans force de caractère, qui n’a d’autre impulsion que celle qu’on lui donne ; qui change continuellement de résolution.
À la presse vont les fous. C’est-à-dire qu’il faut être dénué de sens pour mettre l’enchère sur une chose que beaucoup de personnes veulent acquérir.
Que les plus pressés aillent devant. Se dit par humeur, quand on se trouve en société avec des personnes qui marchent fort vite, et qu’on ne peut pas suivre.
Qu’il aille au diable. Imprécation que l’on se permet dans un mouvement de colère, contre quelqu’un qui importune, et qui équivaut à qu’il aille se promener ; qu’il me laisse tranquille.
Tout va à la débandade. Pour tout est en désordre, dans la plus grande confusion.
Il s’en va midi. Pour dire l’heure de midi approche ; elle n’est pas éloignée.
On se sert souvent, et à tort, du verbe être au lieu du prétérit du verbe aller, et l’on dit : Je fus ou nous fûmes hier au spectacle ; pour J’allai ou nous allâmes, etc.

Aller l’amble

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien, soit parce que dans cette besogne l’homme imite l’allure des chevaux qui vont l’amble, autre le trot et le pas, entre fort et doucement, soit parce que pour aller l’amble amoureux il faut être deux — ambo.

Amuser à la moutarde (s’)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se laisser distraire de son devoir ou de sa besogne par des niaiseries, des frivolités — dans l’argot du peuple, qui trouve sans doute que la vie pourrait se passer de ces condiments.

Rigaud, 1881 : Perdre son temps à des bêtises.

Grande colère du père Duchêne de voir les sans-culottes s’amuser à la moutarde.

(Le Père Duchêne)

Arracher son copeau

Delvau, 1864 : C’est le to leacher des Anglais, qu’il ne faudrait pas croire spécial aux menuisiers, — parce qu’il n’y a pas que les menuisiers qui sachent se servir du rabot que la nature a placé au ventre de tous les hommes.

Delvau, 1866 : v. a. Travailler courageusement, faire n’importe quelle besogne avec conscience. Argot des ouvriers.

France, 1907 : Travailler courageusement et avec conscience ; argot des ouvriers.

Arracher un pavé

Rigaud, 1881 : Se livrer au travail d’Onan, — dans le jargon des voyous.

Virmaître, 1894 : V. Rouscailler.

Rossignol, 1901 : J’avais un vieil ami de 70 ans qui me disait : Mon cher Rossignol, quand je pouvais, je n’avais pas le temps ; maintenant que j’ai le temps, je ne peux plus.

France, 1907 : Monter sur l’autel de Vénus, acte qui pour certaines gens est aussi dur que d’arracher un pavé de la rue.

Deux minutes après, elle roulait dans ma voiture. Ah ! qu’il est doux parfois d’arracher un pavé…

(Pompon, Gil Blas)

Depuis le commencement de la langue on a usé de nombreuses périphrases dont voici les plus décentes : Accorder sa flûte, administrer une douche, aforer le tonnel, aller à la charge, aller aux armes, apaiser sa braise, avoir contentement ; faire bataille, bonne chère, dia hur haut, du bon compagnon, fête, la belle joie, la bonne chose, la chose pourquoi, la chosette, la culbute, la grenouille, la pauvreté, l’amoureux tripot, le déduit, le devoir, le heurte-bélin, le petit verminage, le saut de Michelet, ses besognettes, ses choux gras, une aubade de nuit, une grosse dépense, une libation à l’amour, une politesse, une sottise, un tronçon de bon ouvrage, un tronçon de chère-lie, virade ; fournir la carrière, franchir le saut, frétin frétailler, goûter les ébats ; jouer au reversis, aux cailles, aux quilles, des basses marches ; laisser aller le chat au fromage ; mettre à mal, en œuvre ; se mettre à la juchée, négocier, officier ; passer le pas, les détroits ; payer la bienvenue, son écot ; planter le cresson, le mai ; prendre pâture, passe-temps, provende, soulaz, une poignée ; régaler, rompre une lance, roussiner, sabouler, savonner, soutenir un entretien, tenir en chartre, thermométriser, travailler à la vigne, vendanger, etc… etc.

Atelier

Delvau, 1864 : La nature de la femme, — où se fabrique l’Humanité.

Quand on entre à l’atelier, il faut avoir son outil en bon état afin de besogner convenablement, et toi, tu ne bandes seulement pas !

(A. Manvoy)

Quoi, c’est là tout le stratagème ?
Dit un valet, voyant le drôle à l’atelier.

(Piron)

Delvau, 1866 : s. m. L’endroit où l’on se réunit — dans l’argot des francs-maçons.

Rigaud, 1881 : Chambre à coucher, — dans le jargon des femmes entretenues. — Venez visiter mon atelier.

Attrape-science

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Apprenti cordonnier. Pour laver la tête à l’apprenti, les ouvriers la lui plongent plus d’une fois dans le baquet de science, le baquet où trempent les cuirs.

Boutmy, 1883 : s. m. Nom ironique par lequel les ouvriers désignent quelquefois un apprenti compositeur. L’attrape-science est l’embryon du typographe ; la métamorphose demande trois à quatre ans pour s’accomplir ; vers seize ou dix-sept ans, la chrysalide est devenue papillon, et le gamin s’est fait ouvrier. À l’atelier, il a une certaine importance : c’est le factotum des compositeurs ; il va chercher le tabac et fait passer clandestinement la chopine ou le litre qui sera bu derrière un rang par quelque compagnon altéré. Il va chez les auteurs porter les épreuves et fait, en général, plus de courses que de pâté. Quand il a le temps, on lui fait ranger les interlignes ou trier quelque vieille fonte ; ou bien encore il est employé à tenir la copie au correcteur en première, besogne pour laquelle il montre d’ordinaire une grande répugnance. Parfois victime des sortes de l’atelier, il en est aussi le complice ou le metteur en œuvre. Il nous revient en mémoire une anecdote dont le héros fut un apprenti. Ses parents habitant dans un faubourg, notre aspirant Gutenberg apportait à l’atelier sa fripe quotidienne, dont faisait souvent partie une belle pomme. Le gaillard, qui était un gourmet, avait soin de la faire cuire en la plaçant sur un coin du poële. Mais plus d’une fois, hélas ! avant d’être cuite, la pomme avait disparu, et notre apprenti faisait retentir les échos de ses plaintes amères : « Ma pomme ! on a chipé ma pomme ! » La chose s’étant renouvelée plus souvent que de raison, l’enfant s’avisa d’un moyen pour découvrir le voleur. Un beau jour, il apporta une maîtresse pomme qu’il mit cuire sur le poêle. Comme le gamin s’y attendait, elle disparut. Au moment où il criait à tue-tête : « On a chipé ma pomme ! » on vit un grand diable cracher avec dégoût ; ses longues moustaches blondes étaient enduites d’un liquide noirâtre et gluant, et il avait la bouche remplie de ce même liquide. C’était le chipeur qui se trouvait pris à une ruse de l’apprenti : celui-ci avait creusé l’intérieur de sa pomme et avait adroitement substitué à la partie enlevée un amalgame de colle de pâte, d’encre d’imprimerie, etc. L’amateur de pommes, devenu la risée de l’atelier, dut abandonner la place, et jamais sans doute il ne s’est frotté depuis à l’attrape-science. Certains apprentis, vrais gamins de Paris, sont pétris de ruses et féconds en ressources. L’un d’eux, pour garder sa banque (car l’attrape-science reçoit une banque qui varie entre 1 franc et 10 francs par quinzaine), employa un moyen très blâmable à coup sûr, mais vraiment audacieux. Il avait eu beau prétendre qu’il ne gagnait rien, inventer chaque semaine de nouveaux trucs, feindre de nouveaux accidents, énumérer les nombreuses espaces fines qu’il avait cassées, les formes qu’il avait mises en pâte, rien n’avait réussi : la mère avait fait la sourde oreille, et refusait de le nourrir plus longtemps s’il ne rapportait son argent à la maison. Comment s’y prendre pour dîner et ne rien donner ? Un jour d’été qu’il passait sur le pont Neuf, une idée lumineuse surgit dans son esprit : il grimpe sur le parapet, puis se laisse choir comme par accident au beau milieu du fleuve, qui se referme sur lui. Les badauds accourent, un bateau se détache de la rive et le gamin est repêché. Comme il ne donne pas signe de vie, on le déshabille, on le frictionne, et, quand il a repris ses sens, on le reconduit chez sa mère, à laquelle il laisse entendre que, de désespoir, il s’est jeté à l’eau. La brave femme ajouta foi au récit de son enfant, et jamais plus ne lui parla de banque. Le drôle avait spéculé sur la tendresse maternelle : il nageait comme un poisson et avait trompé par sa noyade simulée les badauds, ses sauveurs et sa mère. — Nous retrouverons cet attrape-science grandi et moribond à l’article LAPIN. À l’Imprimerie nationale, les apprentis sont désignés sous le nom d’élèves. Il en est de même dans quelques grandes maisons de la ville.

France, 1907 : Apprenti, dans l’argot des typographes.

Autel de besoin

Rigaud, 1881 : Fille publique, — dans le jargon du peuple.

Virmaître, 1894 : Femme ou fille. Allusion à l’hôtel qui s’ouvre pour ceux qui paient. Autel sur lequel l’homme sacrifie par nécessité. Se dit souvent dans le peuple d’une femme légitime (Argot des souteneurs).

France, 1907 : Fille publique, pour autel à besogner.

La belle, en train de bien apprendre,
Serrait Lucas, qui, las de besogner,
Par un air abattu lui fit comprendre
Qu’on ne peut toujours enseigner.

(Vadé)

Avoir mal aux cuisses

Delvau, 1864 : Façon chaste de dire qu’on a beaucoup besogné avec sa voisine, ou avec toute autre femme, car c’est surtout à cet endroit du corps que se fait sentir la fatigue vénérienne. — On dit aussi, dans le même sens : avoir les cuisses coupées, ou encore, avoir les jambes brisées.

Bahut

d’Hautel, 1808 : Un petit bahut. Nom que l’on donne par raillerie à un homme court et trapu ; à un bambin.

Delvau, 1864 : La nature de la femme, dans laquelle l’homme serre — pour un instant — sa pine, comme chose précieuse.

Dans son bahut je flottais bien au large.

(Chanson anonyme moderne)

Larchey, 1865 : Institution académique.

Je te croyais au bahut Rabourdon. Jamais j’aurais pensé qu’t’étais devenu potache. Et Furet, as-tu de ses nouvelles ? en v’là un bahuteur. Il a fait la moitié des bahuts au Marais et une douzaine au moins dans la banlieue.

(Les Institutions de Paris, 1858)

Quelques fils de famille disent, par extension : le bahut paternel, en parlant du logis de leurs auteurs. Bahut spécial : École de Saint-Cyr.

L’École de Saint-Cyr ! j’ai le bonheur d’être admis à ce bahut spécial.

(La Cassagne)

Bahuter : Faire tapage. Terme propre aux élèves de Saint-Cyr. Pour eux, « ceci est bahuté » veut dire aussi : « Ceci a le chic troupier. » Bahuteur : Tapageur.

Cette écorce rude et sauvage qui allait au bahuteur de Saint-Cyr.

(La Barre)

Vient du vieux mot bahutier.

Quand un homme fait plus de bruit que de besogne, on dit qu’il fait comme les bahutiers. Car en effet les bahutiers, après avoir cogné un clou, donnent plusieurs coups de marteau inutiles avant que d’en cogner un autre.

Delvau, 1866 : s. m. Collège, — dans l’argot des collégiens. Se dit aussi de la maison du préparateur au baccalauréat, et, par extension de toute maison où il est désagréable d’aller. Bahut spécial. Saint-Cyr.

Delvau, 1866 : s. m. Les meubles en général. Argot des ouvriers.

Rigaud, 1881 : École, pensionnat, — dans le jargon des écoliers. — École de Saint-Cyr.

On est heureux en sortant du bahut d’avoir sa chambre, son ordonnance, son cheval.

(Vte Richard, Les Femmes des autres, 1880)

Rigaud, 1881 : Mobilier. — Bazarder tout le bahut, vendre tout le mobilier.

La Rue, 1894 : École. Mobilier.

France, 1907 : Pension, collège.

J’ai gardé bien des souvenirs du bahut, quelques-uns agréables et joyeux, un plus grand nombre, je ne dirai pas mauvais, mais mêlés d’amertume et souvent d’un certain étonnement sur la façon dont on entendait — je parle, hélas ! de plus d’une demi-douzaine de lustres — l’éducation de la jeunesse militaire.

(Hector France, Souvenirs du Prytanée)

Bahuter

Delvau, 1866 : v. n. Faire du vacarme, — dans l’argot des Saint-Cyriens.

Rigaud, 1881 : Faire du tapage. Au XVIIe siècle, ce mot signifiait faire plus de bruit que de besogne, par allusion aux ouvriers bahuteurs ou layetiers, « lesquels, après avoir cogné un clou, donnent plusieurs coups de marteau inutiles, avant d’en cogner un autre. ».

(Ch. Nisard, Parisianismes)

France, 1907 : Faire du vacarme ; même argot que le précédent [de Saint-Cyr et du Prytanée de La Flèche].

Bahutier

d’Hautel, 1808 : Il ressemble aux bahutiers, il fait plus de bruit que de besogne. Se dit d’un homme brouillon et turbulent ; d’un hâbleur qui fait beaucoup de bruit et très-peu d’ouvrage, ainsi que le pratiquent ordinairement les gens de ce métier.

Baiser ou foutre à la paresseuse

Delvau, 1864 : Se placer derrière une femme que l’on veut baiser, couché sur le côté comme elle, entrecroiser mutuellement les cuisses, insinuer doucement l’outil dans le trou qui l’attend, et besogner sans effort.

Celui dont la pine est mollasse, filandreuse,
Et lente à décharger, fout à la paresseuse.

(Louis Protat)

Besogne

d’Hautel, 1808 : Il est né un samedi, il aime bien la besogne faite. Se dit d’un paresseux, d’un homme indolent et oisif qui a une sainte horreur pour le travail.
Faire plus de bruit que de besogne. Voyez Bahutier.
Faire de belle besogne. Signifie ironiquement, ne faire rien qui vaille ; travailler en pure perte.

Delvau, 1864 : L’acte vénérien, que nous accomplissons sans douleur — mais non sans fatigue. C’est ce que Fourier appelle le travail attrayant.

Quand ils ont bien travaillé et qu’ils sont saouls de la besogne.

(Tabarin)

De le faire cent coups, voire à beau cul levé,
Avec votre Brillant, qui besogne en crevé.

(Trotterel)

La belle en train de bien apprendre,
Serrait Lucas, qui, las de besogner,
Par un air abattu lui fit assez comprendre
Qu’on ne peut toujours enseigner.

(VIDA)

Besogner

d’Hautel, 1808 : Expédier de l’ouvrage, travailler rapidement et avec ardeur.

Besoigner

France, 1907 : Faire la besogne conjugale ; du vieux français besoingner, « Avec gentille épousée le drôle besoignait. »

Quand Thibault, se voulant coucher
Avecques sa femme nouvelle,
S’en vint tout bellement cacher
Un gros maillet en la ruêlle.
« O ! mon doulx ami, ce dict-elle,
Quel maillet vous voi-je empoigner ?
— C’est, dit-il, pour mieux vous coingner.
— Maillet ? dist-elle, il n’en faut nul :
Quand gros Jean me vient besoingner,
Il ne me coingne que le cul. »

(Rabelais)

Bifteckifère

France, 1907 : Ce qui rapporte de quoi manger des biftecks. Besogne idiote, mais bifteckière, telle que celle d’employé de ministère ou des contributions indirectes.

Bœuf

d’Hautel, 1808 : Mettre la charrue devant les bœufs. Mettre devant ce qui doit être derrière.
Lourd comme un bœuf. Se dit d’un butord, d’un homme qui marche pesamment.
Saigner comme un bœuf. Pour dire, abondamment.
C’est la pièce de bœuf. Se dit d’une chose dont on fait un usage continuel, ou d’une personne que l’on a coutume de voir journellement et à des heures marquées.
Bœuf saignant, mouton bélant, porc pourri ; tout ne vaut rien s’il n’est bien cuit. Pour marquer le degré de cuisson qui convient à chacune de ces viandes.
Je ne lui ai dit ni œuf ni bœuf. Pour, je ne lui ai dit ni oui ni non ; je ne lui ai adressé aucune injure.
On dit des gens grossiers, sots et stupides ; qu’Ils sont de la paroisse Saint-Pierre-aux-Bœufs, patron des grosses bêtes.
Le bœuf ne doit pas aller avant le char. Pour dire que chacun, selon sa condition, doit se tenir à sa place.
Dieu donne le bœuf et non pas la corne. Signifie que Dieu donne les moyens et les grâces ; mais qu’elles demeurent sans efficacité lorsqu’on ne s’aide pas soi-même par un travail ardent et assidu.

Larchey, 1865 : Monstrueux. — Mot à mot : aussi énorme qu’un bœuf.

Regarde donc la débutante. Quel trac bœuf ! Elle va se trouver mal.

(Ces Petites Dames)

Se mettre dans le bœuf : Tomber dans une situation misérable. Allusion au bouilli qui représente le rôti des indigents. On lit dans une mazarinade de 1649 :

Auprès de la Bastille, Monsieur d’Elbeuf, Dans sa pauvre famille, Mange du bœuf, Tandis que Guénégaud Est à gogo.

Delvau, 1866 : adj. Énorme, extraordinaire, — dans l’argot des faubouriens. Avoir un aplomb bœuf. Avoir beaucoup d’aplomb.

Delvau, 1866 : s. m. Second ouvrier, celui à qui l’on fait faire la besogne la plus pénible. Argot des cordonniers.

Rigaud, 1881 : Énorme, colossal. — Un succès bœuf, un aplomb bœuf ; n’est guère employé qu’avec ces deux mots.

Rigaud, 1881 : Mauvaise humeur, emportement, colère. Dans le jargon des typographes, ce mot est synonyme de chèvre. — Prendre un bœuf, gober son bœuf, avoir son bœuf, se mettre en colère, être en colère.

Rigaud, 1881 : Roi d’un jeu de cartes.

Rigaud, 1881 : Second ouvrier cordonnier. — Ouvrier tailleur qui fait les grosses pièces. — Petit bœuf, ouvrier qui commence une pièce, qui l’ébauche.

Boutmy, 1883 : s. m. Colère, mécontentement ; synonyme de chèvre. V. ce mot. Ajoutons cependant que le bœuf est un degré de mécontentement plus accentué que la chèvre. Le bœuf est une chèvre à sa plus haute puissance. Gober, avoir son bœuf, être très contrarié, se mettre en colère.

Boutmy, 1883 : s. m. Composition de quatre ou cinq lignes qu’un compagnon fait gratuitement pour son camarade momentanément absent. S’emploie presque exclusivement dans les journaux. On disait autrefois tocage.

Fustier, 1889 : Joli, agréable. C’est rien bœuf ! dit le peuple.

La Rue, 1894 : Mauvaise humeur. Prendre un bœuf, se mettre en colère.

France, 1907 : Roi du jeu de cartes, appelé ainsi parce qu’il est le plus gros et le plus puissant du jeu. Avoir son bœuf, être en colère ; être le bœuf, être la dupe dans une affaire ; se mettre dans le bœuf, tomber dans une situation critique, allusion au bœuf bouilli ordinaire des ouvriers et des petits bourgeois. On appelle bœuf un apprenti tailleur en passe de devenir ouvrier et les seconds ouvriers cordonniers.

Bœuf (faire un)

Rigaud, 1881 : Remplacer momentanément à la besogne un compagnon qui est allé relever un factionnaire, par exemple, — dans le jargon des typographes.

Boîte à pandore

Virmaître, 1894 : C’est une boîte ronde qui a la forme exacte d’une montre ordinaire. Elle contient une cire molle très malléable préparée pour prendre les empreintes des serrures des maisons marquées pour être dévalisées. Ce travail est fait par les larbiniers qui préparent la besogne des cambrioleurs (Argot des voleurs).

Bouder

d’Hautel, 1808 : Il ne boude pas à l’ouvrage ; il ne boude pas à table. Se dit d’un grand travailleur, d’un homme habile et assidu à sa besogne ; et d’un luron de bon appétit qui se comporte parfaitement bien à table.
Bouder contre son ventre. Se priver par dépit d’une chose agréable.

Delvau, 1864 : Joli mot, sotte chose, dit Commernon — Laisser voir, par l’expression de son visage, qu’on a de l’humeur ou du ressentiment contre quelqu’un.

On ne saurait bouder longtemps
Quand on boude contre son ventre.

(Improvisateur français)

Tu sais que ta ci-devant femme, quant à ce qui est d’ça (foutre), n’aime à bouder ni contre son ventre, ni contre son bas-ventre.

(Sophie Arnould)

Delvau, 1866 : v. a. Avoir peur, reculer, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Reculer, craindre. Bouder à l’ouvrage, bouder au feu ; bouder aux dominos, avoir des dents de moins.

Boule

d’Hautel, 1808 : Pour dire tête. Perdre la boule. Signifie perdre la tête, la tramontane, devenir fou.
Tenir pied à boule. Être assidu, attache à besogne, ou marquer de la tenacité dans une affaire.
Rond comme une boule. Se dit d’un homme surchargé d’embonpoint, gros, bouffi et replet.

Vidocq, 1837 : s. f. — Foire ou fête.

Vidocq, 1837 : s. f. — Tête.

Halbert, 1849 : Foire.

Larchey, 1865 : Tête. — Allusion de forme.

Polissonne de boule ! en fais-tu des caprices ?

(Les Amours de Mayeux, chanson, 1833)

Perdre la boule : Perdre la tête.

Mais Javotte a perdu la boule.

(E. de Pradel, 1822)

Boule de son : Figure couverte de rousseurs. — Celles-ci sont appelées communément taches de son. L’image est juste. — Boule de son : Pain de munition. — Il contenait autrefois beaucoup trop de son. — Boulendos : Bossu (Vidocq). — Allusion à l’effet de la bosse sous l’habit : on paraît avoir une boule dans le dos.

Delvau, 1866 : s. f. Foire, — dans le même argot [des voleurs].

Delvau, 1866 : s. f. Tête, — dans l’argot du peuple. Bonne boule. Physionomie grotesque. Perdre la boule. Ne plus savoir ce que l’on fait.

Rigaud, 1881 : Chien boule-dogue, boule-terrier.

Rigaud, 1881 : Foire, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Tête, visage. — Boule de siam, visage grotesque. — Boule de singe, personne laide.

La Rue, 1894 : Foire. Tête.

France, 1907 : Tête. Bonne boule, physionomie drôle ou sympathique ; perdre la boule, ne pas savoir ce que l’on fait ; avoir la boule détraquée. Boule de Siam, tête grotesque ; boule de neige, nègre ; boule de son, figure marquée de taches de rousseur appelées aussi taches de son.

Bourreur de lignes

Rigaud, 1881 : Ouvrier typographe qui compose particulièrement des lignes pleines ou courantes, telles que celles des journaux, des labeurs, des brochures, etc. (Boutmy.)

Boutmy, 1883 : s. m. Ouvrier qui compose particulièrement des lignes pleines ou courantes, telles que celles des journaux, des labeurs, des brochures, etc. Se prend en bonne ou en mauvaise part. Un bon bourreur de lignes est celui qui compose habituellement et vite la ligne courante. Dire d’un ouvrier qu’il n’est qu’un bourreur de lignes, c’est dire qu’il n’est propre qu’à ce genre de besogne, qu’il ne pourrait faire ni titres, ni tableaux, ni d’autres travaux exigeant une parfaite connaissance du métier.

Bousiller

d’Hautel, 1808 : Faire quelque chose à la hâte ; estropier, sabrenauder.
Cet ouvrage est bousillé. C’est-à-dire mal fait, précipité et sans soins.

Delvau, 1866 : v. a. Faire vite et mal, — dans l’argot du peuple, qui sait avec quel sans-façon et quelle rapidité les maçons bâtissent les maisons des champs, avec du crachat et de la boue, ou mieux de la bouse.

La Rue, 1894 : Travailler vite et mal.

Virmaître, 1894 : Flâner, gouaper. Mettre quinze jours sur un ouvrage où il en faudrait deux et ensuite le terminer rapidement avec une mal façon (Argot du peuple). V. Saboter.

France, 1907 : Travailler rapidement et mal ; se hâter de faire une besogne.

Boutiquer

Delvau, 1866 : v. a. Faire à contre-cœur ; arranger mal une chose. Argot du peuple.

France, 1907 : Travailler avec répugnance, par conséquent faire de mauvaise besogne ; argot populaire.

Brisure

Vidocq, 1837 : s. m. — Escroquerie. Terme des escrocs auvergnats.

Rigaud, 1881 : Suspension momentanée de travail accordée aux compositeurs des journaux vers le milieu de leur besogne. (Boutmy.)

Boutmy, 1883 : s. f. Suspension momentanée de travail accordée aux compositeurs des journaux vers le milieu de leur besogne. Au Rappel, la pige dure six heures avec une brisure d’une demi-heure à dix heures. La grande brisure est la cessation définitive du travail, le journal étant achevé.

Fustier, 1889 / La Rue, 1894 / France, 1907 : Escroquerie.

Bruit

d’Hautel, 1808 : Faire plus de bruit, que de besogne. Voyez Bahutier.
C’est un bon cheval de trompette, il ne s’étonne point du bruit que l’on fait. Se dit d’un homme flegmatique, indifférent et froid, qui laisse tempêter les gens sans être ému de leur impétuosité et de leur colère.

Ça ne va que d’une fesse

Virmaître, 1894 : Chose qui va mal. Besogne accomplie avec répugnance. Être très malade (Argot du peuple). N.

Cagner

Fustier, 1889 : Faire la cagne ; reculer devant une besogne difficile ou dangereuse. (Littré).

France, 1907 : Reculer.

Caler

d’Hautel, 1808 : Être bien ou mal calé. Signifier être bien ou mal dans ses affaires.
On dit aussi d’un homme misérablement vêtu, qu’il est bien mal calé.
Se caler. Se mettre dans ses meubles, sortir de l’état d’indigence où l’on se trouvoit.
Le voilà bien calé. Pour, le voilà bien restauré, il doit être bien satisfait. Se dit ironiquement d’une personne à qui l’on accorde un foible secours pour le dédommager d’une perte considérable.

Delvau, 1866 : v. n. Appuyer sa main droite sur sa main gauche en jouant aux billes, — dans l’argot des enfants.

Delvau, 1866 : v. n. Céder, rabattre de ses prétentions, — ce qui est une façon de baisser les voiles. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : v. n. N’avoir pas de besogne, attendre de la copie, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Maltraiter, corriger à coups de poing, — dans le jargon des voyous.

Rigaud, 1881 : N’avoir rien à faire, se croiser les bras en attendant de l’ouvrage.

Boutmy, 1883 : v. intr. Rester sans ouvrage. Le typographe cale pour deux raisons : soit parce qu’il manque de copie, soit parce que les sortes font défaut ; quand il n’a pas de disposition au travail, il flème.

La Rue, 1894 : Avoir peur. Chômer. Se caler, manger.

Virmaître, 1894 : On cale un meuble avec un coin de bois. Un homme riche est calé. Les typographes emploient cette expression pour dire qu’ils attendent de la copie, ils calent (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Ne pas travailler.

France, 1907 : Rester sans ouvrage, du provençal calar, cesser de travailler, discontinuer. Caler de l’école, faire l’école buissonnière, paresser.

Si le compositeur n’est pas en train de jaser, il rêve. Sa plus grande jouissance est de caler, c’est-à-dire de ne rien faire : nunc libris, nunc somno.

(Jules Ladimir)

Camelotte

d’Hautel, 1808 : C’est de la camelotte ; ce n’est que de la camelotte. Se dit par mépris et pour rabaisser la valeur d’une marchandise quelconque, et pour faire entendre que la qualité en est au-dessous du médiocre.

Ansiaume, 1821 : Marchandise.

J’ai de la camelotte en rompant, mais pour du carle, niberg.

Vidocq, 1837 : s. m. — Sperme.

Vidocq, 1837 : s. f. — Toute espèce de marchandises.

M.D., 1844 : Marchandise.

un détenu, 1846 : Mauvaise marchandise.

Delvau, 1866 : s. f. « Femme galante de dix-septième ordre, » — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise marchandise ; besogne mal faite, — dans l’argot des ouvriers ; Livre mal écrit, dans l’argot des gens de lettres. Les frères Cogniard, en collaboration avec M. Boudois, ont adjectivé ce substantif ; ils ont dit : Un mariage camelotte.

Rigaud, 1881 : Le contenu en bloc de la hotte, — dans le jargon des chiffonniers. Au moment du triquage, du triage, chaque objet est classé sous sa dénomination. Ainsi, les os gras sont des chocottes ; les os destinés à la fabrication, des os de travail ; le cuivre, du rouget, le plomb, du mastar ; le gros papier jaune, du papier goudron ; le papier imprimé, du bouquin ; la laine, du mérinos ; les rognures de drap, les rognures de velours, des économies ; les croûtes de pain, des roumies ; les têtes de volaille, des têtes de titi ; les cheveux, des douilles ou des plumes ; les tissus laine et coton, des gros ; les toiles à bâche et les toiles à torchon, des gros-durs ; les rebuts de chiffons de laine, des gros de laine ou engrais.

Rigaud, 1881 : Mauvaise marchandise, objet sans valeur. Le camelot est une étoffe très mince et d’un mauvais usage, faite de poils de chèvre, de laine, de soie et de coton de rebut, d’où camelotte. — Tout l’article-Paris qui se fabrique vite, mal, à très bas prix, est de la camelotte.

Ah ! ce n’est pas de la camelotte, du colifichet, du papillotage, de la soie qui se déchire quand on la regarde.

(Balzac, L’Illustre Gaudissart)

Rigaud, 1881 : Prostituée de bas étage.

Rigaud, 1881 : Toute espèce de marchandise, — dans le jargon des voleurs. — Camelotte savonnée, marchandise volée. — Balancer la camelotte en se débinant, jeter un objet volé quand on est poursuivi. — Les revendeurs, les truqueurs, les petits étalagistes, désignent également leur marchandise sous le nom de camelotte. — J’ai de la bonne camelotte, j’ai de la bonne marchandise.

Virmaître, 1894 : Marchandise. Pour qualifier quelque chose d’inférieur on dit : c’est de la camelotte (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Marchandise.

France, 1907 : Objet de nulle valeur ou marchandise volée.

— Si elle ne veut pas de la camelotte, une autre en voudra.
— Si j’en étais sûr !…
— Viens avec moi chez ma fourgate.

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)

Camelotte en pogne, être pris en flagrant délit de vol. On dit aussi camelotte dans le pied. Prostituée de bas étage.

Carême

d’Hautel, 1808 : Si le carême dure sept ans, vous aurez fini cet ouvrage à Pâques. Se dit ironiquement et par reproche à une personne nonchalante et paresseuse qui ne termine rien ; à un ouvrier d’une lenteur extrême et dont on ne voit pas finir la besogne.
Carême-prenant. Les jours gras, saturnales, temps de folies et de divertissement.
Il a l’air de carême-prenant. Se dit par raillerie d’un homme habillé d’une manière grotesque et ridicule.
Cela vient comme mars en carême. Pour dire à point nommé, fort à-propos.
Hirondelles de carême. On donnoit autrefois ce nom à un ordre de frères mendians qui alloient quêter pendant tout le carême.
Pour trouver le carême court, il faut faire une dette payable à Pâques.
Face de carême.
Visage blême, maigre et décharné.
Amoureux de carême. Damoiseau ; homme qui affecte de l’indifférence, de la froideur. Voyez Amoureux transi.
Il faut faire carême prenant avec sa femme, et Pâques avec son curé. Maxime grivoise du bon vieux temps.
Tout est de carême. Se dit pour excuser les libertés que l’on prend, les folies que l’ont fait pendant le carnaval.

Cas

d’Hautel, 1808 : Mettre des si et des cas dans une affaire. Signifie, hésiter, tâtonner, barguigner ; être dans l’incertitude ; ne savoir à quoi se décider.
Tous vilains cas sont reniables. Parce qu’il est de la foiblesse humaine de nier les fautes que l’on a commises.
On dit faire son cas. Pour se décharger le ventre ; faire ses nécessités.

Delvau, 1864 : Le membre viril aussi bien que la nature de la femme.

Un capucin, malade de luxure,
Montroit son cas, de virus infecté…

(Piron)

Je croyois que Marthe dût être
Bien parfaite en tout ce qu’elle a ;
Mais, à ce que je puis connoître,
Je me trompe bien à cela,
Car, bien parfaite, elle n’est pas
Toujours en besogne à son cas.

(Berthelot)

Qui a froid aux pieds, la roupie au nez, et le cas mol, s’il demande à le faire, est un fol.

(Moyen de parvenir)

Mon cas, fier de mainte conquête.
En Espagnol portoit la tete.

(Régnier)

Il avoit sa femme couchée près de lui, et qui lui tenoit son cas à pleine main.

(Brantôme)

Les tétons mignons de la belle,
Et son petit cas, qui tant vaut.

(Marot)

Le cas d’une fille est fait de chair de ciron, il démange toujours ; et celui des femmes est de terre de marais, on y enfonce jusqu’au ventre.

(Brantôme)

La servante avait la réputation d’avoir le plus grand cas qui fût dans le pays.

(D’Ouville)

Delvau, 1866 : s. m. La lie du corps humain, les fèces humaines, dont la chute (casus) est plus ou moins bruyante. Faire son cas, Alvum deponere. Montrer son cas. Se découvrir de manière à blesser la décence.

France, 1907 : Le derrière, où ce qui en sort. Montrer son cas, faire son cas.

Et parce qu’un ivrogne a posé là son cas,
Pourquoi, mèr’ Badoureau, faire autant de fracas !
Cela pourra servir d’enseigne à votre porte
Il a l’odeur du cuir ; il est vrai qu’elle est forte.

(Vieux quatrain)

Les écrivains du XVIe siècle appellent cas ce que Diderot a plus tard appelé bijou. Au chapitre LXIV du Moyen de parvenir, l’auteur s’adresse aux femmes qui se font un revenu de leur cas. « Je vous dis que vous mesnagiez bien vos métairies naturelles. »

Chier

d’Hautel, 1808 : Il a chié dans ma malle jusqu’au cadenas. Se dit d’une personne dont on a sujet de se plaindre, et à laquelle on garde rancunes.
On dit bassement d’une personne grossière et mal élevée, qui est sujette à lâcher des vents, qu’elle ne fait que chier.
Bientôt, s’il n’y prend garde, on lui chiera sur le nez.
Locution grossière et exagérée qui signifie qu’un homme est d’une foiblesse impardonnable ; qu’il laisse trop abuser de sa patience et de son autorité.
On dit bassement d’une personne pour laquelle on a le plus grand mépris, que l’on chie sur elle.
Chier sur la besogne.
Dédaigner l’ouvrage dont on est chargé ; le laisser là.

Fustier, 1889 : Mot élégant qu’emploient les enfants qui, jouant aux billes, manquent leur coup. J’ai chié, je n’ai pas attrapé la bille.

Chier (envoyer)

Rigaud, 1881 : Envoyer au diable.

France, 1907 : Éconduire. Faire chier, obséder, importuner. Chier de petites crottes, vivre chichement. Ne pas chier de grosses crottes, même signification. Chier des carottes, des cordes, être constipé ; chier des châsses, pleurer ; chier dur, travailler ferme ; chier dans la main, manquer de parole, prendre trop de liberté ; chier du poivre, manquer au rendez-vous, s’esquiver au moment où l’on a besoin de vous ; chier sur la besogne, renoncer au travail : chier sur quelqu’un, sur quelque chose, sur l’œil, se moquer, mépriser, abandonner.

Faites du bien à un vilain, il vous chie dans la main.

(Vieux proverbe)

Chier dans la vanette, être sans façons ; chier dans le cassetin aux apostrophes, renoncer au métier d’imprimeur ; chier dans les bottes ou dans le panier de quelqu’un (on dit aussi dans le même sens : chier dans la malle), lui déplaire, lui jouer de mauvais tours. Gueuleton à chier partout, ripaille. Mine à chier dessus, figure antipathique.
Peut-être n’est-il pas inutile de donner ici l’étymolosie de ce verbe ordurier. Je l’ai trouvée tout au long dans un livre de « haulte graisse » : Mémoires de l’Académie des sciences, inscriptions, belles-lettres, etc., nouvellement élablie à Troyes en Champagne, et portant le millésime de MDCCLVI, et la donne telle quelle :

Robert et Henry Étienne, ainsi que tous les Hellenistes ont dérivé le mot chier du grec χέζω. Le Duchat le fait venir du flamand schyten. Tous ces sçavans sont dans l’erreur.
Chier vient du latin cadere. Dans son acception primitive, il ne signifioit autre chose que tomber, être assis…
Ce fut d’abord pour exprimer l’acte naturel d’une manière honnête et détournée, qu’on se servit du mot chier ; mais cette signification ayant rendu le terme ignoble dans son acception primitive, pour l’y réhabiliter on en changea la terminaison, et de chier l’on fit choir.
Voilà ce qui a trompé tous les sçavans. Car voyant à ces deux mots une terminaison et une signification différentes, ils ne se sont pas doutés qu’ils eussent la même origine ou plutôt que ce ne fut qu’un même mot.
À la fin du XVIe siècle, chier s’employait encore d’une manière honnête : « Pleurés donc et chiés bien des yeux, vous en pisserés moins », est-il dit dans le Moyen de parvenir : « Histoire du jeune homme fessé. »

Chier sur la besogne

Delvau, 1866 : Travailler mollement, et même renoncer au travail.

Chier sur le mastic

Rigaud, 1881 : Envoyer le travail au diable, — dans le jargon du peuple. J’en ai assez du turbin, je chie sur le mastic, à la fin des fins. La variante : Chier sur la besogne a en outre le sens de s’endormir sur le travail, travailler avec nonchalance.

Cochon (être)

Delvau, 1864 : Savoir bien besogner de l’outil, que la nature a eu l’obligeance de placer au bas du ventre de l’homme ; baiser fort et longtemps.

Ce n’est pas cela, mon, cher, qui m’amuse.
Sois moins poète et beaucoup plus cochon.

(Parnasse satyrique)

Delvau, 1864 : Se dit aussi des choses obscènes, des discours qui provoquent l’érection, — des cochonneries en un mot.

Antoine, c’est un joli nom,
Un peu cochon.

(Parnasse satyrique)

Cochonnerie

d’Hautel, 1808 : Malpropreté.
Dire des cochonneries. Signifie, au figuré, tenir des propos sales, déshonnêtes et obscènes.
Faire des cochonneries. Manquer aux lois de l’honneur et de la délicatesse ; montrer un intérêt sordide et de la petitesse dans une affaire.

Delvau, 1866 : s. f. Besogne mal faite ; marchandise de qualité inférieure ; nourriture avariée ou mal préparée. — Argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Ce que Cicéron appelle turpitudo verborum. — Argot des bourgeois.

Delvau, 1866 : s. f. Vilain tour, trahison, manque d’amitié.

Rigaud, 1881 : Ratatouille. Aliments de mauvaise qualité, salement préparés et mal servis. — Dire des cochonneries, tenir des propos très libres. — Faire des cochonneries, passer des paroles à l’action.

France, 1907 : Même sens que cochonaille. Se dit aussi d’aliments malpropres où mauvais, de vilains tours joués à son prochain, d’actes de trahison, etc.

Coton

d’Hautel, 1808 : Il jette un beau coton. Manière ironique de dire qu’un homme n’a ni crédit ni réputation, qu’il ne fait que végéter.
On dit aussi d’un homme ruiné par la débauche, ou qui a fait quelque méchante action qui l’ont rendu odieux et méprisable, qu’il jette un beau coton.

Halbert, 1849 : Dommage.

Delvau, 1866 : s. m. Coups échangés, — dans l’argot des faubouriens, dont la main dégaine volontiers. Il y a eu ou il y aura du coton. On s’est battu ou l’on se battra.

Delvau, 1866 : s. m. Douceur, — dans le même argot [du peuple]. Élever un enfant dans du coton. Le gâter de caresses.

Delvau, 1866 : s. m. Travail pénible, difficulté, souci, — dans le même argot [des faubouriens]. Il y a du coton. On aura de la peine à se tirer d’affaire.

Rigaud, 1881 : Rixe. — Besogne difficile. — Donner du coton, donner du mal à faire, en parlant d’un ouvrage.

La Rue, 1894 : Rixe, dommage. Travail pénible, long.

France, 1907 : Coups, bataille. Il va y avoir du coton, on va se battre.

France, 1907 : Peine, travail, fatigue. Avoir du coton, avoir fort à faire, travailler dur. Donner du coton à quelqu’un, lui causer des ennuis. Filer un mauvais coton, être en péril au moral ou au physique.

Couyonner

Delvau, 1866 : v. n. Manquer de courage. Signifie aussi Se moquer.

Rigaud, 1881 : Plaisanter. — Couyonner le service, ne pas faire sa besogne, ne pas faire un service commandé. Un bon troupier ne doit jamais couyonner le service.

France, 1907 : Voir Couillonner.

Crétiniser (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Faire toujours la même chose, avoir les mêmes habitudes, — dans le même argot [des peintres et des gens de lettres].

France, 1907 : S’encroûter dans les mêmes habitudes ; faire chaque jour la même besogne.

Cuisine d’un journal

France, 1907 : Dans l’argot des journalistes, se dit de tout ce qui concerne les détails, la routine et l’arrangement matériel d’un journal, sa composition, la distribution et l’ordre des articles, la correction des épreuves, la surveillance de la mise en pages.
De ceux-là, nous en connaissons des tas dans les journaux, dans la littérature. Pour vivre, ils acceptent les plus pénibles besognes, s’astreignent aux plus terribles engagements.

Danser devant le buffet

Larchey, 1865 : N’avoir rien à manger.

Tu bois et négliges ta besogne, Tu me fais danser devant le buffet.

(Aubry, Chansons)

Nous faudra danser sans musique devant le buffet, aux heures des repas.

(Chansons, Clermont, 1835)

Delvau, 1866 : v. n. N’avoir pas de quoi manger, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : N’avoir rien à se mettre sous la dent. — Pour égayer la situation on danse devant le buffet, comme David dansait devant l’arche.

Rossignol, 1901 : Ne rien avoir à manger.

France, 1907 : Jeûner par force, n’avoir rien à se mettre sous la dent.

Qu’on me nomme : alors plus de danses folles !
Adieu la bourrée et les farandoles !…
Ce sera bien fait !
On pourra, d’un air décent et sévère,
Danser seulement, quand je serai maire,
Devant le buffet !

(Daniel, Le Grelot)

Détacher

d’Hautel, 1808 : En détacher. Montrer beaucoup d’ardeur à l’ouvrage ; être très-habile dans un art ou profession.
Il en détache, quand il est à la besogne. Se dit d’un ouvrier fort expéditif, très-assidu.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Couper (Voyez Cosser).

Bras-de-Fer, 1829 : Couper.

Delvau, 1866 : v. a. Donner, — dans l’argot du peuple. Détacher un soufflet. Souffleter quelqu’un. Détacher un coup de pied. Donner un coup de pied.

Dévisser son billard

Delvau, 1866 : v. a. Mourir, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Mourir, — dans le jargon des piliers de café. Et par abréviation : dévisser. — Que devient, Machin ? Il a dévissé.

Virmaître, 1894 : Mourir. Quand le billard est dévissé, adieu la partie. Un à peu près dit qu’il n’y a plus Moyaux de faire une partie de Billoir quand on joue Troppmann (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Mourir.

France, 1907 : Mourir.

— Faut pas en dire du mal, car c’était une femme de bonne volonté, un peu portée sur sa bouche de l’opposée, mais vaillante à la besogne, ripostant bravement de la langue et du reste, et, pour un coup qu’on lui baillait, en rendant volontiers deux. Ah ! mais !… Du reste, elle s’est jamais plainte de moi, et j’ai rien à me reprocher sur cet article, car je lui faisais toujours bonne chère, remplissant comme il faut mon devoir de coquebas ! Pauvre vieille ! Elle a dévissé son billard, comme vous savez, en revenant des foires !

(Les Propos du Commandeur)

Donner du cœur au ventre

France, 1907 : Donner de l’aplomb, inspirer du courage.

— Moi, j’me disais : Faut ben que j’trouve la veine, nom de nom ! Oui, moi, la femme et les petits, nous sommes tous ad patres avant six mois. Et ça me donnait du cœur au ventre, fallait voir ! Là, voulez-vous que j’vous dise ? Faut que l’ouvrier mange bien, boive bien et rigole un brun pour bien travailler après. Tout le reste, c’est des histoires !

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

La façon de procéder des tireurs espagnols est la même que celle de leurs congénères anglais. Les uns et les autres, après avoir vérifié le contenu de quelques bons porte-monnaie ou portefeuilles enlevés, vont au premier cabaret venu absorber quelques verres de liqueur, pour se donner du cœur au ventre, comme disent les agents, et recommencer leur néfaste besogne.

(G. Macé, Un Joli monde)

Donner le plaisir à une femme

Delvau, 1864 : Besogner du membre dans son vagin.

Témoin son père, qui a donné le plaisir à Marguerite, la servante que vous avez chassée.

(Mililot)

Dormir sur le rôti

France, 1907 : S’endormir sur la besogne.

Dort-dans-l’auge

Delvau, 1866 : s. m. Paresseux, homme qui s’endort sur la besogne, — dans l’argot du peuple.

Écureuil (faire l’)

Virmaître, 1894 : Faire une besogne inutile, marcher sans avancer. A. D. On nomme écureuil les ouvriers qui tournent la roue chez les petits tourneurs en bois ; c’est au contraire un métier extrêmement fatiguant. Autrefois les écureuils se réunissaient au carré Saint Martin ; c’était un ramassis de toute la fripouille parisienne ; depuis que la machine à vapeur s’est vulgarisée ils ont presque disparu. On les nomme aussi chiens de cloutier. C’est une allusion au pauvre animal qui tourne la roue toute la journée pour actionner les soufflets de forge, allusion également à l’écureuil qui tourne sans cesse dans sa cage (Argot du peuple). N.

Embesogné

d’Hautel, 1808 : Être embesogné. Avoir beaucoup de besogne ; être pressé par l’ouvrage, avoir des affaires par-dessus les yeux.

France, 1907 : Occupé.

Emboîter

Rigaud, 1881 : Constituer le point de dix ou de vingt, au moyen d’une carte tirée, — dans le jargon des joueurs de baccarat. — Exemple : un sept sur un trois, un huit sur un dix et un deux. Être emboîté, avoir pris au tirage une carte qui constitue le point de dix ou de vingt, c’est-à-dire baccarat, zéro, le plus mauvais point.

Rigaud, 1881 : Donner un coup de poing, — dans le jargon des barrières.

Rigaud, 1881 : Gagner les bonnes grâces de quelqu’un, l’engager à faire quelque chose en votre faveur, — dans le jargon du régiment. Y a pas moyen de s’emboîter pour t’en faire payer pour deux sous.

Fustier, 1889 : Insulter. — Se faire emboîter, argot théâtral, être sifflé.

Rossignol, 1901 : Un soldat emboîte le pas à celui qui est devant lui. Emboîté veut aussi dire être puni, mis à la boîte (salle de police). Celui qui reçoit des reproches de son chef se fait emboîter.

France, 1907 : Injurier ; argot des coulisses.

France, 1907 : Serrer de près.

Un sous-lieutenant accablé de besogne
Laissa sa femme emboîtant le pas ;
Elle partit seule pour le bois de Boulogne
Elle s’en revint un dragon sous le bras.

(Vieille chanson)

Enfiler des perles

Rigaud, 1881 : Travailler avec nonchalance.

France, 1907 : Travailler avec lenteur et sans goût. Faire une besogne inutile ou de peu de valeur.

Ce n’est pour enfiler des perles,
Ce n’est pas pour chasser aux merles
Qu’on vit ce martial arroy.

(Scarron)

Enfonceur

d’Hautel, 1808 : Enfonceur de portes ouvertes. Hâbleur, fanfaron qui se vante de choses qu’il n’a pas faites, et qu’il est même incapable de faire.

Vidocq, 1837 : s. m. — Agent d’affaires, payeur de rentes, etc. On peut fort bien ne pas être partisan des privilèges, et cependant s’élever contre les abus qui résultent presque toujours d’une trop grande liberté. Il serait injuste sans doute de mettre des entraves au libre exercice de telle ou telle industrie ; mais, je crois que dans l’intérêt de la sécurité publique, on pourrait sans inconvénient en soumettre la pratique à certaines conditions.
Chacun, aujourd’hui, peut, sans contrôle, s’établir agent d’affaire ou receveur de rentes, aussi une foule d’individus, qui ne sont ni capables, ni moraux, ni solvables, puisqu’un grand nombre d’entre eux sont logés en garni, ont ouvert boutique, et se sont mis à faire les affaires de leurs concitoyens. L’incapacité notoire de ces individus cause quelquefois à leurs cliens un préjudice considérable ; mais cet inconvénient, tout grave qu’il est, est le moindre. Presque tous les agents d’affaires, receveurs de rentes sont d’insignes fripons ; je ne crains pas de m’exprimer ainsi, l’expérience a malheureusement prouvé ce que j’avance ; et au moment où j’écris, j’ai entre les mains un grand nombre de dossiers contre plusieurs agens d’affaires qui sont disparus furtivement de leur domicile, en enlevant à leurs cliens des sommes assez considérables.
Pour remédier aux maux que je signale, il faudrait que ceux qui se présentent pour exercer la profession d’agens d’affaires fussent forcés de se soumettre à un examen propre à donner la mesure de leur capacité, et tenus de déposer à la Caisse des Consignations un cautionnement proportionné à la classe à laquelle ils voudraient appartenir, et au loyer du local occupé par eux. Cette mesure ne déplairait qu’aux fripons ; ceux qui exercent leur profession avec loyauté et intelligence l’accueilleraient, au contraire, avec un vif plaisir. (Voir Ogre.)

Larchey, 1865 : Agent d’affaires, faiseur (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Mercadet gros ou petit, agent suspect d’affaires véreuses.

Rigaud, 1881 : Faiseur. (Vidocq.) — Critique violent. — Enfonceur de portes ouvertes. Celui qui fait plus de bruit que de besogne. — Homme qui cherche à faire croire qu’il a inauguré les faveurs d’une femme, et qui, en réalité, n’a été admis que bien longtemps après l’inauguration.

La Rue, 1894 : Faiseur. Escroc.

Virmaître, 1894 : Banquier qui promet 50 % par mois aux imbéciles et qui termine ses opérations en emportant la grenouille à l’étranger (Argot du peuple).

France, 1907 : Trompeur, homme d’affaires véreuses.

Toute la bande, voleurs et recéleur, fut écrouée à la Force dans l’expectation du jugement.
Là ils ne tardèrent pas à apprendre que le camarade qui avait joué le personnage de Vidocq enfoncé était Vidocq l’enfonceur.
Grande fut leur surprise ; comme ils durent s’en vouloir de s’être enferrés d’eux-mêmes avec un comédien aussi fort !

(Marc Mario et Louis Launay)

Esbrouffe

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Air important.

Vidocq, 1837 : s. m. — Embarras, plus de bruit que de besogne.

un détenu, 1846 : Avis vantards, air de grand seigneur.

Larchey, 1865 : Fanfaronnades, étalage de grands airs.

Pas d’esbrouffe ou je repasse du tabac.

(P. Borel, 1833)

Faut pas faire ton esbrouffe, vois-tu ! ça ne prendrait pas.

(Cogniard, 1831)

Vol à l’esbrouffe : V. Caroubleur.

Delvau, 1866 : s. f. Embarras, manières, vantardises. Faire de l’esbrouffe. Faire plus de bruit que de besogne.

Rigaud, 1881 : Embarras, jactance. Faire de l’esbrouffe, des esbrouffes, son esbrouffe, faire des es, faire des embarras.

Ce Prussien était donc là, le nez en l’air, lorgnant les bombes lumineuses et faisant son esbrouffe.

(É. de La Bédollière)

La Rue, 1894 : Embarras. Vol à l’esbrouffe, vol à la bousculade. Estourbir à l’esbrouffe, assassiner dans la rue.

Hayard, 1907 : Embarras.

Escarbouiller (s’)

France, 1907 : Se forcer, s’abîmer.

Et si tant est seulement qu’il eût une ombre de cœur, il lui dirait au contraire de prendre un peu de bon temps, de ne pas s’escarbouiller le tempérament comme elle faisait, du matin au soir, trimant sur la besogne.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Être dans tous ses états

Delvau, 1866 : Être très préoccupé d’une chose ; se donner beaucoup de mal, se remuer extrêmement à propos de n’importe quoi et de n’importe qui, et souvent ne pas faire plus de besogne que la mouche du coche. Même argot [des bourgeois].

France, 1907 : Voir États.

Étron

d’Hautel, 1808 : Faire d’un étron un pain de sucre. Signifie donner une grande importance à peu de chose ; faire un grand mystère de rien ; faire plus de bruit que de besogne.
Il brille comme un étron dans une lanterne. Se dit salement et par dérision de quelqu’ornement qui jette peu d’éclat, d’un homme qui a un emploi au-dessus de ses facultés, ou qui ne fait pas honneur à sa place.

Delvau, 1866 : s. m. Stercus, — dans le même argot [du peuple]. Signifie aussi : Homme mou, sans consistance, sans valeur. L’expression est ignoble, mais elle a de nobles parrains. Rabelais n’a-t-il pas dit, au chapitre des Meurs et conditions de Panurge : « Il fit une tarte bourbonnoise, composée de force de ailz…, d’estroncs tous chaulx, et la destrempit en sanie de bosses chancreuses ? »

Exhiber ses pièces

Delvau, 1864 : Présenter son membre à la putain que l’on veut baiser et qui, elle, veut auparavant s’assurer que l’engin qui va besogner est sain et propre au service.

Exhibe tes pièces, mon petit chat.

(J. Le Vallois)

Faire ça

France, 1907 : Faire la besogne amoureuse.

Le curé, profitant du tête-à-tête, entama ainsi la conversation : — Il est donc décidé, ma chère amie, que tu veux toujours me faire souffrir ? — Moi ! Et qu’est-ce que je vous fais ? — Tu ne me fait rien à la vérité, mais n’est-ce pas assez de m’empêcher de faire avec toi ce que je voudrais ? — Est-ce que les prêtres font ça ? — Sans doute, et mieux que les autres hommes. Pourquoi donc ne ferions-nous pas ça ? N’avons-nous pas tout ce qu’il faut pour cette besogne ? Nous y sommes même plus habiles que les autres, parce que nous le faisons plus rarement. Laisse-moi besoigner avec toi, je t’assure que tu l’en trouveras bien.

(Contes de Boccace)

Faire l’écureuil

Delvau, 1866 : Faire une besogne inutile, marcher sans avancer, — dans le même argot [du peuple].

France, 1907 : Se donner beaucoup de mal pour rien.

Faiseur

d’Hautel, 1808 : C’est du bon faiseur. Se dit d’un ouvrage ou d’une chose quelconque faite par main de maître.

Vidocq, 1837 : s. m. — [Déjà, depuis plusieurs années, j’ai déclaré aux Faiseurs une guerre vigoureuse, et je crois avoir acquis le droit de parler de moi dans un article destiné à les faire connaître ; que le lecteur ne soit donc pas étonné de trouver ici quelques détails sur l’établissement que je dirige, et sur les moyens d’augmenter encore son influence salutaire.]
Lorsqu’après avoir navigué long-temps sur une mer orageuse on est enfin arrivé au port, on éprouve le besoin du repos ; c’est ce qui m’arrive aujourd’hui. Si tous les hommes ont ici-bas une mission à accomplir, je me suis acquitté de celle qui m’était imposée, et maintenant que je dois une honnête aisance à un travail de tous les jours et de tous les instans, je veux me reposer. Mais avant de rentrer dans l’obscurité, obscurité que des circonstances malheureuses et trop connues pour qu’il soit nécessaire de les rappeler ici, m’ont seules fait quitter, il me sera sans doute permis d’adresser quelques paroles à ceux qui se sont occupés ou qui s’occupent encore de moi. Je ne suis pas un grand homme ; je ne me suis (style de biographe) illustré ni par mes vertus, ni par mes crimes, et cependant peu de noms sont plus connus que le mien. Je ne me plaindrais pas si les chansonniers qui m’ont chansonné, si les dramaturges qui m’ont mis en pièce, si les romanciers qui ont esquissé mon portrait m’avaient chansonné, mis en pièce, ou esquissé tel que je suis : il faut que tout le monde vive, et, par le temps qui court, les champs de l’imagination sont si arides qu’il doit être permis à tous ceux dont le métier est d’écrire, et qui peuvent à ce métier

Gâter impunément de l’encre et du papier,

de glaner dans la vie réelle ; mais ces Messieurs se sont traînés à la remorque de mes calomniateurs, voilà ce que je blâme et ce qui assurément est blâmable.
La calomnie ne ménage personne, et, plus que tout autre, j’ai servi de but à ses atteintes. Par la nature de l’emploi que j’ai occupé de 1809 à 1827, et en raison de mes relations antérieures, il y avait entre moi et ceux que j’étais chargé de poursuivre, une lutte opiniâtre et continuelle ; beaucoup d’hommes avaient donc un intérêt direct à me nuire, et comme mes adversaires n’étaient pas de ceux qui ne combattent qu’avec des armes courtoises, ils se dirent : « Calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose. Traînons dans la boue celui qui nous fait la guerre, lorsque cela sera fait nous paraîtrons peut-être moins méprisables. » Je dois le reconnaître, mes adversaires ne réussirent pas complètement. L’on n’estime, au moment où nous sommes arrivés, ni les voleurs, ni les escrocs, mais grâce à l’esprit moutonnier des habitans de la capitale, le cercle de mes calomniateurs s’est agrandi, les gens désintéressés se sont mis de la partie ; ce qui d’abord n’était qu’un bruit sourd est devenu un crescendo général, et, à l’heure qu’il est, je suis (s’il faut croire ceux qui ne me connaissent pas) un être exceptionnel, une anomalie, un Croquemitaine, tout ce qu’il est possible d’imaginer ; je possède le don des langues et l’anneau de Gygès ; je puis, nouveau Prothée, prendre la forme qui me convient ; je suis le héros de mille contes ridicules. De braves gens qui me connaissaient parfaitement sont venus me raconter mon histoire, dans laquelle presque toujours le plus beau rôle n’était pas le mien. Mon infortune, si infortune il y a, ne me cause pas un bien vif chagrin : je ne suis pas le premier homme qu’un caprice populaire ait flétri ou ridiculisé.
Plus d’une fois cependant, durant le cours de ma carrière, les préjugés sont venus me barrer le chemin ; mais c’est surtout depuis que j’ai fondé l’établissement que je dirige aujourd’hui que j’ai été à même d’apprécier leur funeste influence. Combien d’individus ont perdu des sommes plus ou moins fortes parce que préalablement ils ne sont pas venus me demander quelques conseils ! Et pourquoi ne sont-ils pas venus ? Parce qu’il y a écrit sur la porte de mes bureaux : Vidocq ! Beaucoup cependant ont franchi le rocher de Leucade, et maintenant ils passent tête levée devant l’huis du pâtissier, aussi n’est-ce pas à ceux-là que je m’adresse.
Deux faits résultent de ce qui vient d’être dit : je suis calomnié par les fripons, en bien ! je les invite à citer, appuyé de preuves convenables, un acte d’improbité, d’indélicatesse, commis par moi ; qu’ils interrogent leurs souvenirs, qu’ils fouillent dans ma vie privée, et qu’ils viennent me dire : « Vous avez fait cela. » Et ce n’est pas une vaine bravade, c’est un défi fait publiquement, à haute et intelligible voix, auquel, s’ils ne veulent pas que leurs paroles perdent toute leur valeur, ils ne peuvent se dispenser de répondre.
Les ignorans échos ordinaires de ce qu’ils entendent dire ne me ménagent guère. Eh bien ! que ces derniers interrogent ceux qui, depuis plusieurs années, se sont trouvés en relation avec moi, avec lesquels j’ai eu des intérêts à débattre, et que jusqu’à ce qu’ils aient fait cela ils suspendent leur jugement. Je crois ne leur demander que ce que j’ai le droit d’exiger.
Et qu’ai-je fait qui puisse me valoir la haine ou seulement le blâme de mes concitoyens ? Je n’ai jamais été l’homme du pouvoir ; je ne me suis jamais mêlé que de police de sûreté ; chargé de veiller à la conservation des intérêts sociaux et à la sécurité publique, on m’a toujours trouvé éveillé à l’heure du danger ; payé par la société, j’ai plus d’une fois risqué ma vie à son service. Après avoir quitté l’administration, j’ai fondé et constamment dirigé un établissement qui a rendu au commerce et à l’industrie d’éminents services. Voilà ce que j’ai fait ! Maintenant, que les hommes honnêtes et éclairés me jugent ; ceux-là seuls, je ne crains pas de le dire, sont mes pairs.
Il me reste maintenant à parler des Faiseurs, du Bureau de renseignemens, et du projet que je viens soumettre à l’appréciation de Messieurs les commerçans et industriels.
Je ne sais pour quelles raisons les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs, comme on voudra les nommer, sont moins mal vus dans le monde que ceux qui se bornent à être franchement et ouvertement voleurs. On reçoit dans son salon, on admet à sa table, on salue dans la rue tel individu dont la profession n’est un secret pour personne, et qui ne doit ni à son travail ni à sa fortune l’or qui brille à travers les réseaux de sa bourse, et l’on honni, l’on conspue, l’on vilipende celui qui a dérobé un objet de peu de valeur à l’étalage d’une boutique ; c’est sans doute parce que les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs ont des manières plus douces, un langage plus fleuri, un costume plus élégant que le commun des Martyrs, que l’on agit ainsi ; c’est sans doute aussi parce que, braves gens que nous sommes, nous avons contracté la louable habitude de ne jamais regarder que la surface de ce que nous voyons. Les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs, sont cependant plus dangereux et plus coupables que tous les autres : plus dangereux, parce qu’ils se cachent pour blesser, et échappent presque toujours aux lois répressives du pays ; plus coupables, parce que la plupart d’entre eux, hommes instruits et doués d’une certaine capacité, pourraient certainement ne devoir qu’au travail ce qu’ils demandent à la fraude et à l’indélicatesse.
C’est presque toujours la nécessité qui conduit la main du voleur qui débute dans la carrière ; et, souvent, lorsque cette nécessité n’est plus flagrante, il se corrige et revient à la vertu. Les Faiseurs, au contraire, sont presque tous des jeunes gens de famille qui ont dissipé follement une fortune péniblement acquise, et qui n’ont pas voulu renoncer aux aisances de la vie faishionable et aux habitudes de luxe qu’ils avaient contractées. Ils ne se corrigent jamais, par la raison toute simple qu’ils peuvent facilement et presqu’impunément exercer leur pitoyable industrie.
Ils savent si bien cela, que lorsque j’étais encore chef de la police de la sûreté, les grands hommes de la corporation me défiaient souvent de déjouer leurs ruses. Aussi, jointe à celle d’être utile à mes concitoyens, l’envie d’essayer mes forces contre eux a-t-elle été une des raisons qui m’ont déterminé à fonder le bureau de renseignemens.
« C’est une nécessité vivement et depuis longtemps sentie par le commerce que celle d’un établissement spécial, ayant pour but de lui procurer des renseignemens sur les prétendus négocians, c’est-à-dire sur les escrocs qui, à l’aide des qualifications de banquiers, négocians et commissionnaires, usurpent la confiance publique, et font journellement des dupes parmi les véritables commerçans.
Les écrivains qui se sont spécialement occupés de recherches statistiques en ces matières, élèvent à vingt mille le chiffre des industriels de ce genre. Je veux bien admettre qu’il y ait quelque exagération dans ce calcul… » Les quelques lignes qui précédent commençaient le prospectus que je publiais lors de l’ouverture de mon établissement, et, comme on le voit, j’étais disposé à taxer d’exagération les écrivains qui élevaient à vingt mille le chiffre des industriels ; mais, maintenant, je suis forcé d’en convenir, ce chiffre, bien loin d’être exagéré, n’est que rigoureusement exact. Oui, vingt mille individus vivent, et vivent bien, aux dépens du commerce et de l’industrie. (Que ceux qui ne pourront ou ne voudront pas me croire, viennent me visiter, il ne me sera pas difficile de les convaincre.) Que l’on me permette donc de recommencer sur cette base nouvelle les calculs de mon prospectus. Nous fixons à 10 francs par jour la dépense de chaque individu, ce qui produit pour vingt mille :

Par jour. . . . . 200,000.
Par mois. . . .6,000,000.
Par an . . . . .70,200,000.

C’est donc un impôt annuel de 70,200,000 fr. que le commerce paie à ces Messieurs (et cette fois, je veux bien ne point parler des commissions qui sont allouées aux entremetteurs d’affaires, de la différence entre le prix d’achat et celui de vente.) L’œuvre de celui qui a diminué d’un tiers au moins ce chiffre énorme est-elle une œuvre sans valeur ? Je laisse aux hommes impartiaux et désintéressés le soin de répondre à cette question.
Je ne dois pas le cacher, mes premiers pas dans cette nouvelle carrière furent bien incertains ; tant de fripons avaient ouvert leur sac devant moi, que je croyais tout savoir : Errare hunanum est ! Pauvre homme que j’étais ! J’ai plus appris depuis trois ans que mon établissement existe, que pendant tout le temps que j’ai dirigé la police de sûreté. S’il voulait s’en donner la peine, le Vidocq d’aujoud’hui pourrait ajouter de nombreux chapitres au livre des Ruses des Escrocs et Filous, et jouer par dessous la jambe celui d’autrefois.
Les succès éclatans qui ont couronné mon entreprise, et m’ont engagé à marcher sans cesse vers le but que je voulais atteindre, malgré les clameurs des envieux et des sots, ont donné naissance à je ne sais combien d’agences, copies informes de ce que j’avais fait : Phare, Tocsin, Éclaireur, Gazette de Renseignemens, etc., etc. Il ne m’appartient pas de juger les intentions des personnes qui ont dirigé, ou qui dirigent encore ces divers établissemens, mais je puis constater ce qui n’est ignoré de personne ; le Phare est allé s’éteindre à Sainte-Pélagie, ses directeurs viennent d’être condamnés à une année d’emprisonnement, comme coupables d’escroquerie. Les affiches qui ont été placées à chaque coin de rue, ont permis à tout le monde d’apprécier à sa juste valeur le personnel des autres établissemens.
Pour qu’un établissement comme le Bureau de Renseignemens soit utile, il faut qu’il soit dirigé avec beaucoup de soin. S’il n’en était pas ainsi, les intérêts des tiers seraient gravement compromis ; un renseignement fourni trop tard pouvant faire manquer, au négociant qui l’a demandé, une affaire avantageuse. Si les chefs de l’établissement ne possèdent pas toutes les qualités qui constituent l’honnête homme, rien ne leur est plus facile que de s’entendre avec les Faiseurs, sur lesquels ils ne donneraient que de bons renseignemens. Cela, au reste, s’est déjà fait ; les affiches dont je parlais il n’y a qu’un instant le prouvent.
Pour éviter que de pareils abus ne se renouvellent, pour que les Escrocs ne puissent pas, lorsque je ne serai plus là pour m’opposer à leurs desseins, faire de nouvelles dupes, je donne mon établissement au commerce. Et, que l’on ne croie pas que c’est un présent de peu d’importance : j’ai, par jour, 100 francs au moins de frais à faire, ce qui forme un total annuel de 36,500 francs ; et, cependant, quoique je n’exige de mes abonnés et cliens que des rétributions modérées, basées sur l’importance des affaires qui me sont confiées, il me rapporte quinze à vingt mille francs par année de bénéfice net.
Et, néanmoins, je le répète, je ne demande rien, absolument rien ; je ne vends pas mon baume, je le donne, et cela, pour éviter que les Faiseurs, qui attendent avec impatience l’heure de ma retraite, ne puissent s’entendre avec les directeurs des agences qui seront alors simultanément établies.
Il a certes fallu que les services rendus par moi parlent bien haut, pour que, malgré les obstacles que j’ai dû surmonter, et les préjugés que j’ai eu à vaincre, je puisse, après seulement trois années d’exercice, avoir inscrit, sur mes registres d’abonnement, les noms de près de trois mille négocians recommandables de Paris, des départemens et de l’Étranger. Il n’est venu, cependant, que ceux qui étaient forcés par la plus impérieuse nécessité ; et, je dois en convenir, j’ai eu plus à réparer qu’à prévenir. Tels qui sont venus m’apprendre qu’ils avaient été dépouillés par tel ou tel Faiseur, dont le nom, depuis long-temps, était écrit sur mes tablettes, n’auraient pas échangé leurs marchandises ou leur argent contre des billets sans valeur, si, préalablement, ils étaient venus puiser des renseignemens à l’agence Vidocq.
Pour atteindre le but que je m’étais proposé, il fallait aussi vaincre cette défiance que des gens si souvent trompés, non-seulement par les Faiseurs, mais encore par ceux qui se proposent comme devant déjouer les ruses de ces derniers, doivent nécessairement avoir. Mais, j’avais déjà, lorsque je commençai mon entreprise, fait une assez pénible étude de la vie pour ne point me laisser épouvanter par les obstacles ; je savais que la droiture et l’activité doivent, à la longue, ouvrir tous les chemins. Je commençai donc, et mes espérances ne furent pas déçues ; j’ai réussi, du moins en partie.
A l’heure où nous sommes arrivés, je suis assez fort pour défier les Faiseurs les plus adroits et les plus intrépides de parvenir à escroquer un de mes cliens. Mais, le bien général n’a pas encore été fait ; il ne m’a pas été possible de faire seul ce que plusieurs auraient pu facilement faire. Aussi, il y a tout lieu de croire que les résultats seront plus grands et plus sensibles lorsque le Bureau de Renseignemens sera dirigé par le commerce, dont il sera la propriété.
Et cela est facile à concevoir, les préjugés alors n’arrêteront plus personne, et tous les jours on verra s’augmenter le nombre des abonnés ; car, quel est le négociant, quelque minime que soit son commerce, qui ne voudra pas acquérir, moyennant 20 francs par année, la faculté de pouvoir n’opérer qu’avec sécurité. Mais pourra-t-il compter sur cette sécurité qu’il aura payée, peu de chose, il est vrai, mais que, pourtant, il aura le droit d’exiger ? sans nul doute.
Le nombre des abonnés étant plus grand, beaucoup plus de Faiseurs seront démasqués ; car, il n’est pas présumable que les abonnés chercheront à cacher aux administrateurs le nom des individus par lesquels ils auraient été trompés. Tous les renseignemens propres à guider le commerce dans ses opérations, pourront donc être puisés à la même source, sans perte de temps, sans dérangement, ce qui est déjà quelque chose.
Mais on n’aurait pas atteint le but que l’on se propose, si l’on se bornait seulement à mettre dans l’impossibité de nuire les Faiseurs déjà connus, il faut que ceux qui se présenteraient avec un nom vierge encore, mais dont les intentions ne seraient pas pures, soient démasqués avant même d’avoir pu mal faire.
On ne se présente pas habituellement dans une maison pour y demander un crédit plus ou moins étendu, sans indiquer quelques-unes de ses relations. Celui qui veut acquérir la confiance d’un individu, qu’il se réserve de tromper plus tard, tient à ne point paraître tomber du ciel. Eh bien ! la nature de leurs relations donnera la valeur des hommes nouveaux, et ces diagnostics, s’ils trompent, tromperont rarement. Les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs forment une longue chaîne dont tous les anneaux se tiennent ; celui qui en connaît un, les connaîtra bientôt tous, s’il est doué d’une certaine perspicacité, et si le temps de monter à la source ne lui manque pas. Il ne faut, pour acquérir cette connaissance, que procéder par analogie et avec patience.
Si ma proposition est acceptée, on ne verra plus, à la honte du siècle, des hommes placés sur les premiers degrés de l’échelle sociale, et qui possèdent une fortune indépendante, servir de compères à des escrocs connus, partager les dépouilles opimes d’un malheureux négociant, et se retirer, lorsqu’arrivent les jours d’échéance, derrière un rideau que, jusques à présent, personne encore n’a osé déchirer. Lorsqu’ils pourront craindre de voir leur nom cloué au pilori de l’opinion publique, ils se retireront, et les Faiseurs auront perdu leurs premiers élémens de succès.
Les Faiseurs, chassés de Paris, exploiteront les départemens et les pays étrangers ? Mais, rien n’empêche que la correspondance déjà fort étendue du Bureau de Renseignemens ne reçoive encore de l’extension, et que ce qui aura été fait pour Paris ne soit fait pour les départemens et l’Étranger. Cela sera plus difficile, sans doute, mais non pas impossible.
En un mot, j’ai la ferme conviction, et cette conviction est basée sur une expérience de plusieurs années, que le Bureau de Renseignemens établi sur une vaste échelle, et placé sous le patronage d’hommes connus et honorables, est destiné à devenir la sauve-garde du commerce et de l’industrie, et doit anéantir à jamais les sangsues qui pompent sa substance.
Je me chargerai avec plaisir de la première organisation ; et, maintenant que le navire est en pleine mer, qu’il n’y a plus qu’à marcher sur une route tracée, il ne sera pas difficile de trouver des hommes intelligents et très-capables de conduire cette machine dont le mécanisme est peu compliqué. Un comité spécial, composé des plus notables abonnés, pourrait, au besoin, être chargé de surveiller la gestion des administrateurs qui seraient choisis. Envisagée sous le rapport des bénéfices qu’elle peut produire, l’opération que je propose ne perd rien de son importance. C’est ce qu’il me serait facile de prouver par des chiffres, si des chiffres étaient du domaine de ce livre.
Je ne sais si je me trompe, mais j’ai l’espérance que ma voix ne sera pas étouffée avant de s’être fait entendre ; j’ai trop franchement expliqué mes intentions pour qu’il soit possible de croire que l’intérêt est ici le mobile qui me fait agir.
Je ne me serais pas, il y a quelque temps, exprimé avec autant d’assurance ; mais, maintenant que l’expérience m’a instruit, je puis, je le répète, défier le premier Faiseur venu, de tromper un de mes abonnés. Aussi ai-je acquis le droit de m’étonner que tout ce qu’il y a en France d’honorables négocians ne soit pas encore abonné.
Depuis que j’exerce, les Faiseurs ont perdu le principal de leurs élémens de succès, c’est-à-dire l’audace qui les caractérisait ; mon nom est devenu pour eux la tête de Méduse, et peut-ètre qu’il suffirait, pour être constamment à l’abri de leurs tentatives et de leurs atteintes, de placer, dans le lieu le plus apparent de son domicile, une plaque à-peu-près semblable à celles des compagnies d’assurances contre l’incendie, sur laquelle on lirait ces mots : Vidocq ! Assurance contre les Faiseurs, seraient écrits en gros caractères.
Cette plaque, j’en ai l’intime conviction, éloignerait les Faiseurs des magasins dans lesquels elle serait placée. Le négociant ne serait plus exposé à se laisser séduire par les manières obséquieuses des Faiseurs ; il ne serait plus obligé de consacrer souvent trois ou quatre heures de son temps à faire inutilement l’article.
Cette plaque, je le répète, éloignerait les Faiseurs. Je ne prétends pas dire, cependant, qu’elle les éloignerait tous ; mais, dans tous les cas, le négociant devrait toujours prendre des renseignemens. Il résulterait donc de l’apposition de cette plaque au moins une économie de temps qui suffirait seule pour indemniser le négociant abonné de la modique somme payée par lui.
Les Faiseurs peuvent être divisés en deux classes : la première n’est composée que des hommes capables de la corporation, qui opèrent en grand ; la seconde se compose de ces pauvres diables que vous avez sans doute remarqués dans l’allée du Palais-Royal qui fait face au café de Foi. Le Palais-Royal est, en effet, le lieu de réunion des Faiseurs du dernier étage. À chaque renouvellement d’année, à l’époque où les arbres revêtent leur parure printanière, on les voit reparaître sur l’horizon, pâles et décharnés, les yeux ternes et vitreux, cassés, quoiques jeunes encore, toujours vêtus du même costume, toujours tristes et soucieux, ils ne font que peu ou point d’affaires, leur unique métier est de vendre leur signature à leurs confrères de la haute.
Les Faiseurs de la haute sont les plus dangereux, aussi, je ne m’occuperai que d’eux. J’ai dit des derniers tout ce qu’il y avait à en dire.
Tous les habitans de Paris ont entendu parler de la maison H… et Compagnie, qui fut établie dans le courant de l’année 1834, rue de la Chaussée d’Antin, n° 11. L’établissement de cette maison, qui se chargeait de toutes les opérations possibles, consignations, expéditions, escompte et encaissement, exposition permanente d’objets d’art et d’industrie, causa dans le monde commercial une vive sensation. Jamais entreprise n’avait, disait-on, présenté autant d’éléments de succès. La Société française et américaine publiait un journal, ordonnait des fêtes charmantes, dont M. le marquis de B… faisait les honneurs avec une urbanité tout-à-fait aristocratique. Il n’en fallait pas davantage, le revers de la médaille n’étant pas connu, pour jeter de la poudre aux yeux des plus clairvoyants. H…, comme on l’apprit trop tard, n’était que le prête-nom de R…, Faiseur des plus adroits, précédemment reconnu coupable de banqueroute frauduleuse, et, comme tel, condamné à douze années de travaux forcés.
Après avoir fait un grand nombre de dupes, R… et consorts disparurent, et l’on n’entendit plus parler d’eux.
Peu de temps après la déconfiture de la maison H… et Compagnie, une maison de banque fut établie à Boulogne-sur-Mer, sous la raison sociale Duhaim Père et Compagnie. Des circulaires et des tarifs et conditions de recouvremens furent adressés à tous les banquiers de la France. Quelques-uns s’empressèrent d’accepter les propositions avantageuses de la maison Duhaim Père et Compagnie, et mal leur en advint. Lorsqu’ils furent bien convaincus de leur malheur, ils vinrent me consulter. La contexture des pièces, et l’écriture des billets qu’ils me remirent entre les mains, me suffit pour reconnaître que le prétendu Duhaim père n’était autre que R... Je me mis en campagne, et bientôt un individu qui avait pu se soustraire aux recherches de toutes les polices de France, fut découvert par moi, et mis entre les mains de la justice. L’instruction de son procès se poursuit maintenant à Boulogne-sur-Mer.
R… est, sans contredit, le plus adroit de tous les Faiseurs, ses capacités financières sont incontestables, et cela est si vrai que, nonobstant ses fâcheux antécédens, plusieurs maisons de l’Angleterre, où il avait exercé long-temps, qui désiraient se l’attacher, lui firent, à diverses reprises, des offres très-brillantes. R… est maintenant pour long-temps dans l’impossibilité de nuire, mais il ne faut pas pour cela que les commerçans dorment sur leurs deux oreilles, R… a laissé de dignes émules ; je les nommerais si cela pouvait servir à quelque chose, mais ces Messieurs savent, suivant leurs besoins, changer de nom aussi souvent que de domicile.
Les Faiseurs qui marchent sur les traces de R… procèdent à-peu-près de cette manière :
Ils louent dans un quartier commerçant un vaste local qu’ils ont soin de meubler avec un luxe propre à inspirer de la confiance aux plus défians, leur caissier porte souvent un ruban rouge à sa boutonnière, et les allans et venans peuvent remarquer dans leurs bureaux des commis qui paraissent ne pas manquer de besogne. Des ballots de marchandises, qui semblent prêts à être expédiés dans toutes les villes du monde, sont placés de manière à être vus ; souvent aussi des individus chargés de sacoches d’argent viennent verser des fonds à la nouvelle maison de banque. C’est un moyen adroit d’acquérir dans le quartier cette confiance qui ne s’accorde qu’à celui qui possède.
Après quelques jours d’établissement la maison adresse des lettres et des circulaires à tous ceux avec lesquels elle désire se mettre en relation ; c’est principalement aux nouveaux négocians qu’ils s’adressent, sachant bien que ceux qui n’ont pas encore acquis de l’expérience à leurs dépens seront plus faciles à tromper que tous les autres. Au reste, jamais le nombre des lettres ou circulaires à expédier n’épouvante un de ces banquiers improvisés. On en cite un qui mit le même jour six cent lettres à la poste.
En réponse aux offres de service du Faiseur banquier, on lui adresse des valeurs à recouvrer, à son tour aussi il en retourne sur de bonnes maisons parmi lesquelles il glisse quelques billets de bricole, les bons font passer les mauvais, et comme ces derniers, aussi bien que les premiers, sont payés à l’échéance par des compères apostés dans la ville où ils sont indiqués payables, des noms inconnus acquièrent une certaine valeur dans le monde commercial, ce qui doit faciliter les opérations que le Faiseur prémédite.
Le Faiseur qui ne veut point paraître avoir besoin d’argent, ne demande point ses fonds de suite, il les laisse quelque temps entre les mains de ses correspondans.
Les Faiseurs ne négligent rien pour acquérir la confiance de leurs correspondans ; ainsi, par exemple, un des effets qu’ils auront mis en circulation ne sera pas payé, et l’on se présentera chez eux pour en opérer le recouvrement, alors ils n’auront peut-être pas de fonds pour faire honneur à ce remboursement imprévu, mais ils donneront un bon sur des banquiers famés qui s’empresseront de payer pour eux, par la raison toute simple que préalablement des fonds auront été déposés chez eux à cet effet.
Lorsque le Faiseur-Banquier a reçu une certaine quantité de valeurs, il les encaisse ou les négocie, et en échange il retourne des billets de bricole tirés souvent sur des êtres imaginaires ou sur des individus qui jamais n’ont entendu parler de lui.
L’unique industrie d’autres Faiseurs est d’acheter des marchandises à crédit. Pour ne point trop allonger cet article, j’ai transporté les détails qui les concernent à l’article Philibert.

Halbert, 1849 : Commerçant.

Larchey, 1865 : « On entend par faiseur l’homme qui crée trop, qui tente cent affaires sans en réussir une seule, et rend souvent la confiance publique victime de ses entraînements. En général, le faiseur n’est point un malhonnête homme ; la preuve en est facile à déduire ; c’est un homme de travail, d’activité et d’illusions ; il est plus dangereux que coupable, il se trompe le premier en trompant autrui. » — Léo Lespès. On connaît la pièce de Balzac, mercadet le faiseur. Son succès a été tel, qu’elle a doté le mot faiseur d’un synonyme nouveau. On dit un mercadet. — pour Vidocq, le faiseur n’est qu’un escroc et un chevalier d’industrie. — on dit aussi c’est un faiseur, d’un écrivain qui travaille plus pour son profit que pour sa gloire.

Delvau, 1866 : s. m. Type essentiellement parisien, à double face comme Janus, moitié escroc et moitié brasseur d’affaires, Mercadet en haut et Robert Macaire en bas, justiciable de la police correctionnelle ici et gibier de Clichy là — coquin quand il échoue, et seulement audacieux quand il réussit. Argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Terme générique servant à qualifier tout commerçant qui brasse toutes sortes d’affaires, qui se jette à tort et à travers dans toutes sortes d’entreprises. — Exploiteur, banquiste raffiné. Le vrai faiseur trompe en général tout le monde ; il fait argent de tout ; un jour il est à la tête du pavage en guttapercha, le lendemain il a obtenu la concession des chemins de fer sous-marins ou celles des mines de pains à cacheter. Les gogos sont les vaches laitières des faiseurs. Dans la finance, ils sont les saltimbanques de la banque. Ils font des affaires comme au besoin ils feraient le mouchoir. Il existe des faiseurs dans tous les métiers qui touchent au commerce, à l’art, à l’industrie, à la finance.

Il a été dernièrement commandé à Lélioux un roman par un faiseur ; j’y travaille avec lui.

(H. Murger, Lettres)

On a l’exemple de faiseurs parvenus à la fortune, à une très grande fortune : décorés, administrateurs de chemin de fer, députés, plusieurs fois millionnaires. Féroce alors pour ses anciens confrères, le faiseur les traite comme Je sous-officier qui a obtenu l’épaulette traite le soldat, comme traite ses servantes la domestique qui a épousé son maître.

La Rue, 1894 : Exploiteur. Escroc.

Hayard, 1907 : Escroc.

France, 1907 : Chevalier d’industrie, banquiste, brasseur d’affaires plus ou moins louches, Alfred Delvau dit que le faiseur est un type essentiellement parisien ; il est certain que Paris est la ville du monde qui contient le plus de faiseurs. Le mot n’est pas moderne. Le général Rapp, dans ses Mémoires, le met dans la bouche de Napoléon :

Il travaillait avec Berthier. Je lui appris les succès du grand-duc et la déroute de Tauenzien.
— Tauenzien ! reprit Napoléon, un des faiseurs prussiens ! C’était bien la peine de tant pousser à la guerre !

Fantasia (faire la)

France, 1907 : Faire du bruit avec grand déploiement de costumes, à la façon des Arabes qui, dans les noces et à certaines fêtes, tirent des coups de fusil et déploient leurs brillants oripeaux. C’est faire, en un mot, plus de bruit que de besogne.
La fantasia est une course de chevaux particulière aux Arabes, une fête à cheval en guerre comme en paix.
La course se fait soit en ligne, soit par groupes de cavaliers, soit un à un. Au signal donné, on s’élance au galop en poussant le cri de guerre, chacun décharge son arme, et, debout sur les étriers, lance son fusil en l’air et le rattrape, toujours chargeant avec une merveilleuse dextérité. Aux noces, aux fêtes de la tribu, la fantasia s’exécute près des tentes devant les femmes réunies qui acclament les cavaliers par des you you prolongés.

Fantasia ! Fantasia ! les coups de feu se précipitent. Les cavaliers s’ébranlent ; les longs chelils de soie aux franges d’or flottent sur les croupes ; les fusils jetés en l’air retombent dans les mains habiles ; jeunes et vieux, courbés sur les encolures, sont lancés au galop et, suivis des éclats stridents des femmes, disparaissent dans les tourbillons de sable jaune. Et dans les grandes lignes dorées de la plaine on voit fuir les couples d’autruches et bondir les troupeaux d’antilopes et de gazelles.

(Hector France, L’Amour au pays bleu)

Farniente

France, 1907 : Désœuvrement ; italianisme. Littéralement, ne faire rien.

Ainsi s’était passé le printemps dans un farniente qui me plaisait étrangement. C’était avec effroi que je songeais à l’hiver, époque à laquelle il faudrait revenir à Paris et cesser cette douce existence qui ne pouvait toujours durer.

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

On ne dira jamais assez combien les boutiquières de Paris mettent, au service de l’entreprise dont leur époux est censément le seul maître, de labeur, d’intelligence, d’activité, de finesse et de bonne grâce.
Il n’est point rare que le mari, tout en restant le patron nominal, mais comprenant qu’il n’est pas du tout indispensable, accepte son infériorité, se contente d’une besogne de détail, ou même — pourvu qu’il soit enclin au farniente — se désintéresse tout à fait de son commerce.

(François Coppée)

Fendeur de naseaux

Delvau, 1866 : s. m. Faux brave, qui fait plus de bruit que de besogne. On dit aussi, et plus élégamment, Casse-gueule.

France, 1907 : Faux brave.

Fêtard, fêtarde

France, 1907 : Homme ou femme qui mène joyeuse vie.

Parmi les heureux du monde, les « fétards s’embêtent » souvent. Il y a des plis à leur couche de roses, quelquefois même une épine oubliée. Alors, ils se morphinent ou boivent de l’éther. Ils ne veulent jamais souffrir, et surtout ils ne veulent jamais travailler, ignorant que le travail, quel qu’il soit, c’est l’oubli des « rongements d’esprit », la délivrance, le rachat ; oubliant que le repos vrai est le prix des besognes pénibles, et que les durs travaux font paraître douce, quand l’heure est venue, la mort même, cet épouvantail des oisifs et des malfaisants.

(Émile Bergerat)

Figarisme

France, 1907 : « Le « figarisme », c’est-à-dire l’ironie mauvaise des satisfaits, heureux de vivre, ou des besogneux avides de jouir et insoucieux du reste, applaudissant à toutes les voltes-faces, et par là même les provoquant, était pour les rudes antagonistes du régime qui nous a conduits à Sedan le véritable adversaire ; les vaillants, morts pour la plupart à la peine pendant la durée de l’épreuve, étaient loin de ressentir que le figarisme survivrait à l’empire, qu’il le continuerait et qu’il constituait le grand péril de l’avenir. …
C’est le figarisme qui a été la grande tentation de l’opportunisme, qui a fait la déviation politique, en même temps que la déviation morale, qui est devenu le travers, l’écueil, le mauvais génie comme on voudra, de toute une époque, après avoir été l’industrie d’un journal auquel il serait injuste de trop le reprocher maintenant, puisque, en dépit de son titre, il n’est pas plus « figariste » que beaucoup d’autres. »

(Alceste, La Lanterne)

Filets (tendre les)

Rigaud, 1881 : « Cette besogne consiste à étaler sur les comptoirs les pièces (d’étoffe) qui ont de l’œil et qui doivent attirer l’attention, forcer le regard des clientes passant d’un rayon à la caisse. »

(L. Noir, Le Pavé de Paris.)

Foudrier

France, 1907 : Qui lance la foudre ; s’emploie ironiquement.

Quant à ce foudrier que semble mettre de la diffamation et de la calomnie en bouteilles pour l’expédition en France et à l’étranger, il est possible aux bonnes âmes de le plaindre comme un inconscient, mais on ne saurait, sans sévérité, considérer la triste besogne qu’il a entreprise aux applaudissements de toutes les réactions, à l’instigation et avec les fonds sans doute du comité de la rue de Sèze.

(Edmond Lepelletier)

Foulage

Delvau, 1866 : s. m. Besogne pressée, — dans l’argot des ouvriers. Il y a du foulage. Les travaux arrivent en foule.

Rigaud, 1881 : Travail pressé. — Foulage de la rate, ardeur au travail. — Il y a du foulage, la besogne marche.

France, 1907 : Besogne pressée.

Foutu

Larchey, 1865 : Mauvais.

À toy, foutu esprit, je fais ces foutus vers.

(Paroles grasses de Carême Prenant, 1589)

Chasser cette foutue canaille.

(Hébert, 1793)

V. Fichu dont toutes les acceptions sont les mêmes.

Delvau, 1866 : adj. Mal habillé. Foutu comme quatre sous. Habillé sans goût et même grotesquement.

Delvau, 1866 : adj. Mauvais, détestable, exécrable. Foutue besogne. Triste besogne. Foutue canaille. Canaille parfaite.

Rigaud, 1881 : Perdu, ruiné. Mauvais. — Mal foutu, mal fait, mal habillé.

Franc de collier

Virmaître, 1894 : Cheval qui remplit sa besogne en conscience. Homme franc, ouvert, loyal.
— Il est franc du collier (Argot du peuple). N.

Galipoter le fondement

Delvau, 1864 : Besogner dans le derrière au lieu de besogner dans le devant, faire acte de bougre au lieu de faire acte d’honnête homme.

Maint’nant que j’ t’ai, sacré’ vessie,
Galipoté le fondement,
J’ te préviens qu’ j’ai z’une avarie
Qui me rong’ tout le tour du gland.

(A. Karr)

Galoper

d’Hautel, 1808 : Travailler à la hâte, bousiller, sabouler un ouvrage.

Larchey, 1865 : Envahir au galop. Très-expressif et toujours pris au figuré.

Voilà la peur qui me galope. Qu’est-ce que je pourrai dire ?

(E. Sue) — Galoper :

Travailler à la hâte, bousiller un ouvrage.

(1808, d’Hautel)

Delvau, 1866 : v. n. Se dépêcher. Signifie aussi Aller çà et là. Activement, ce verbe s’entend dans le sens de Poursuivre, Courir après quelqu’un.

France, 1907 : Se dépêcher à une besogne, travailler à la hâte.

Galvaudeux

Delvau, 1866 : s. m. Fainéant, bambocheur. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Individu qui se plaît dans la fréquentation de la crapule, celui qui s’encanaille par goût.

Rigaud, 1881 : Vagabond. — Mauvais sujet. — Homme de peine qu’on emploie tantôt à une besogne, tantôt à une autre.

France, 1907 : Vagabond.

Gâte-métier

d’Hautel, 1808 : Celui qui donne ses peines, ses services ; sa marchandise à trop bon compte.

Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier qui met trop de cœur à l’ouvrage ; marchand qui vend trop bon marché, — dans l’argot du peuple, qui, s’il le connaissait, citerait volontiers le mot de Talleyrand : « Pas de zèle ! Pas de zèle ! »

France, 1907 : Ouvrier, commis ou employé qui prend au sérieux sa besogne et met trop de cœur à l’ouvrage. Il gâte le métier des fainéants.

Giberner

France, 1907 : Faire une besogne désagréable.

Grat

France, 1907 : Endroit d’une basse-cour où les poules ont gratté.

France, 1907 : Petit larcin, grattage. On dit plus communément gratte.

— Oh ! je ne veux pas grever ton budget, n’aie pas peur ! Mais rien ne t’empêcherait de me faire accorder une grat, en sus de mon avancement.

Effectivement, au 1er janvier suivant, M. de Massonge était nommé chevalier de la Légion d’honneur, et celle que la vertueuse Paula Stradelli qualifiait si aimablement de « femme de mauvaise vie » palpait mille balles, non pas de grat, il est vrai, mais d’indemnité, ce qui était tout comme, d’indemnité pour travail supplémentaire. Et quel travail ! Cinq colonnes d’additions, évaluées à raison de deux cents francs la colonne, évaluation tout à fait « raisonnable », comme on voit, besogne ingrate même ; c’était pour rien et donné, autant dire !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Gratter son devant

Delvau, 1864 : Se masturber.

Si j’eusse pensé que ma fille eût été si vite en besogne, je lui eusse laissé gratter son devant jusqu’à l’âge de vingt-quatre ans.

(Les Caquets de l’accouchée)

Griset

France, 1907 : Ce nom fut donné aux hommes qui s’alliaient ou vivaient avec les malheureuses filles de la classe du peuple qui, sous le règne de Louis XV, servaient d’instrument de plaisir aux seigneurs de la cour. Le nom de griset vient du costume gris que portaient les intermédiaires, généralement des laquais qui mettaient bas leur livrée pour remplir celle besogne. Après le maître, ils usaient de leurs victimes et les épousaient quand elles s’étaient créé de cette façon une dot.

Cette appellation passa dans le Midi après le retour à Toulouse du mari de la Dubarry. Bientôt, dit Eugène Dauriac, cette dénomination s’étendit dans tout le Languedoc. Le griset était connu auparavant, mais il n’était pas encore qualifié, et de ce moment il commença à être ce que nous le voyons aujourd’hui.

Grugeur

d’Hautel, 1808 : Dépensier, mangeur de tout bien ; dissipateur ; fripon qui vit de ce qu’il escroque.

Delvau, 1866 : s. m. Parasite, faux ami qui vous aide à vous ruiner, comme si on avait besoin d’être aidé dans cette agréable besogne.

Rigaud, 1881 : Parasite. Celui qui vit aux dépens de quelqu’un ou de plusieurs.

Hareng

d’Hautel, 1808 : (l’h s’aspire).
Maigre ou sec comme un hareng saure. Pour dire, maigre et décharné.
Il vivroit d’un hareng. Se dit de quelqu’un qui mange peu, qui est très-économe.
La caque sent toujours le hareng. V. Caque.
Ils sont pressés comme des harengs dans une caque. Se dit de personnes entassées les unes sur les autres dans un même lieu.
On vend plus de harengs que de soles. Pour dire qu’on a plus de débit des choses communes que des choses précieuses.
Le peuple n’aspire point l’h, et dit au pluriel, des zarengs.

Boutmy, 1883 : s. m. « Nom que donnent les imprimeurs aux compagnons qui font peu d’ouvrage. Ce nom vient de l’Allemagne. » (Momoro.) Cette expression n’est plus usitée. En Allemagne, ce mot est synonyme de gras ; on dit : il a reçu son hareng (hærring) pour : il a reçu son savon, son suif, son gras. V. ce mot.

France, 1907 : Nom que donnaient autrefois les typographes à ceux d’entre eux qui ne faisaient que peu de besogne. Hœhring, en argot allemand, signifie réprimande. L’ouvrier fainéant ou lambin s’expose aux réprimandes de son chef. Des reproches continuels on a fait le Hœhring, l’homme réprimandé qui, dans la langue du typo français, est devenu hareng.

Lampe bleue (la petite)

France, 1907 : L’œuvre de l’Hospitalité de nuit, appelée ainsi à cause de la lampe à verres bleus qui désigne le gite aux miséreux. L’expression pour caractériser cette hôtellerie où l’on a droit à trois nuits d’hospitalité seulement est de M. E. Caro ; elle est des plus heureuses, aussi est-elle restée.

La petite lampe bleue ! C’est ainsi, en effet, qu’elle se signale, sitôt la nuit close, quand la clientèle arrive, toujours trop nombreuse, hélas ! et quand les portes de l’admirable auberge gratuite se ferment forcément, pour cause de pléthore. Il y a plus de vagabonds, dans la grande ville, qu’il n’y a de places dans les quatre établissements de l’œuvre, obligés, tous les soirs de refuser du monde. Mais enfin, cela dure, sans bruit, sans tapage, faisant de la besogne salutaire, grâce à un concours qui ne se dément pas. Un abri pendant quelques nuits, des vêtements pour ceux qui n’en ont pas et aussi quelque nourriture réconfortante pour les plus malheureux, telle est la triple mission que des gens de cœur se sont donnée et qu’ils accomplissent avec un dévouement sans lacune et sans bornes.

(Charles Canivet, Le Soleil)

Lavette

d’Hautel, 1808 : C’est une lavette. Se dit par mépris d’une femme qui est mal vêtue ; qui est toute chiffonnée, toute mouillée.

Delvau, 1864 : Le membre viril — peu viril.

Mais c’machin, s’change en lavette,
Grâce au pouvoir d’la vertu,
Et j’ m’en tire quitte et nette
Avec un peu d’ colle au cul

(Parnasse satyrique)

Delvau, 1866 : s. f. Langue, — dans l’argot des faubouriens, qui le disent aussi bien à propos des hommes que des chiens.

Rigaud, 1881 : Langue. — Laveter, bavarder. — Laveteur, bavard.

La Rue, 1894 : Langue.

Virmaître, 1894 : Langue. Dans le peuple, cette expression veut dire mou. On dit aussi : Mou comme une chiffe, apocope de chiffon rouge, langue (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 / France, 1907 : Langue.

France, 1907 : Mou, personne sans consistance, sans parole, sans énergie, qu’on peut employer aux plus sales besognes.

Limer

Delvau, 1864 : Rester longtemps sur une femme sans arriver à l’éjaculation.

L’étudiant limant encore, pour l’acquit de sa conscience, car il ne bande plus aussi raide.

(H. Monnier)

Mais sans folle ivresse,
Il ne fait rien
Qu’il ne lime sans cesse.

(Collé)

Larchey, 1865 : Aller lentement en affaire.

Delvau, 1866 : v. n. « Aller lentement en affaire, » — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : S’exprimer difficilement. — Rester longtemps sur un ouvrage.

Virmaître, 1894 : Fait qui se produit après trente ans de mariage (Argot du peuple).

France, 1907 : Mettre longtemps à accomplir une certaine besogne.

— Je fus obligé de limer un quart d’heure durant, si bien qu’à la fin la gouge se fâcha.

(Les Propos du Commandeur)

Loup de mer

France, 1907 : Marin aguerri, rompu aux fatigues et aux dangers de son métier.

Par un heureux mélange des préjugés répandus dans le monde et des premières connaissances nautiques, l’élève de seconde classe qui vient enfin de recevoir sa lettre de nomination est seul réellement digne du nom de vieux loup de mer. Il a seize ou dix-huit ans au plus, et sort, ivre de joie, de l’école de marine. Il bourre alors ses phrases de jurons et de termes marins, fume par genre, roule en marchant, parle haut dans les lieux publics et affecte d’y paraître brusque et généreux ; il prend pour modèle Jean Bart à Versailles.

(G. de la Landelle)

Ils avaient de braves figures, hâlées pur l’embrun ; des mains d’honnêtes gens, durcies par la besogne, et, sous un accoutrement de rencontre, on les devinait loups de mer, fleuranut l’algue à dix pas.

(Séverine)

Si les loups de mer sont superbes sur leur navire, sur le dos d’un cheval ils n’ont pas le même prestige. Leur assiette est médiocre. On les voit exécuter sur la selle de leur monture les mêmes mouvements que le roulis et le tangage les obligent à faire sur le pont du vaisseau. À cheval, ils se croient encore à bord, et probablement à bord ils se croient encore à cheval.
Il s’ensuit qu’un très brillant officier de marine fait, sans s’en douter, un déplorable cavalier.

(Adolphe d’Ennery, Jacqueline)

Mâcher

d’Hautel, 1808 : Une santé de papier mâché. Complexion foible, mauvais état de santé.
Mâcher de haut. Manger sans appétit ; pignocher.
Mâcher à vide. Soupirer après une succession ; n’avoir ni pain ni pâte.
Il ne sait que mâcher. Se dit d’un homme qui ne fait rien qui vaille, excepté à table.
De l’ouvrage tout mâché. Pour dire tout préparé, tout disposé.
Il faut lui mâcher les morceaux. C’est-à-dire, lui faire le plus difficile de la besogne.

Mâcher les morceaux

Delvau, 1866 : v. a. Préparer un travail, faire le plus difficile d’une besogne qu’un autre achèvera. Argot du peuple.

France, 1907 : Faire le plus difficile d’une besogne, pour la laisser achever à un autre.

Machurer

d’Hautel, 1808 : Bousiller, faire de mauvaise besogne ; il signifie aussi barbouiller, noircir.

Delvau, 1866 : v. a. Barbouiller, noircir.

Manger

d’Hautel, 1808 : Manger l’ordre. Perdre mémoire de ce dont on avoit été chargé ; oublier totalement une commission.
Quand on est trop bon, le loup vous mange. Signifie que rien n’est plus pernicieux que l’excès de la bonté.
Elle mange comme un moineau. Se dit d’une femme qui fait la petite bouche, la sobre, ou qui est réellement d’une très-petite dépense sur la nourriture.
Cela se laisse manger. Pour dire qu’une chose sans être excellente, est fort agréable au goût.
Il en mangeroit deux comme lui. Pour marquer la supériorité d’une personne, et abaisser le mérite de quelqu’un qui exerce la même profession.
Il a mangé son pain blanc le premier. Pour dire que quelqu’un a fait l’ouvrage le plus facile en premier : que le commencement de sa vie a été plus heureux que n’est la suite.
Manger dans la main de quelqu’un. Pour, abuser de la bonté, de la complaisance de quelqu’un.
Manger de la vache enragée. Éprouver les angoisses de la faim, de la soif, et toutes les douleurs de la misère et de la fatigue ; apprendre à être sage à ses dépens.
N’as-tu pas peur qu’il te mange. Pour qu’as-tu à craindre ? pourquoi ne lui parlerois-tu pas ?
Se manger l’ame ; ou le blanc des yeux. Pour, se quereller ; vivre en mauvaise intelligence ; se disputer sans cesse sur des riens.
Manger quelqu’un des yeux. Le regarder avec affectation.
Manger quelqu’un de caresses. Lui faire de grandes amitiés ; le cajoler, lui faire des complimens à n’en plus finir.
Manger la moitié de ses mots. Bredouiller ; ne pas prononcer d’une manière intelligible ; serrer les dents en parlant.
Cela ne mange point de pain. Se dit de bijoux, ou d’effets quelconques dont on fait l’acquisition, afin de ne pas mal employer son argent ; pour faire entendre que ces objets ne coûtent rien à garder, et qu’on trouvera bien moyen d’en tirer parti au besoin. Se dit aussi, et dans le même sens, des papiers que l’on regarde comme inutiles, mais que quelques circonstances peuvent rendre nécessaires.
Manger son pain à la fumée du rôt. Voy. Fumée.
Manger son pain dans sa poche. Vivre heureux ; vivre dans l’aisance, sans y faire participer qui que ce soit.
Manger son blé en herbe, ou vert. Manger avance le bénéfice d’une affaire ou d’une spéculation ; vivre sur le crédit d’une succession qui n’est pas encore ouverte ; dépenser avec prodigalité, et généralement faire un mauvais usage de sa fortune.
Voilà ce que les rats n’ont pas mangé. Se dit ironiquement en montrant quelque chose que l’on avoit gardé secrètement.
Il sait bien son pain manger. Pour, il a soin de sa personne ; il sait vivre.

Ansiaume, 1821 : Révéler, déposer.

Mon camarade d’affaires ne mangera pas, mais j’ai le taff.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Dénoncer, avouer. Manger le morceau, avouer le crime.

Delvau, 1866 : v. a. Subir, avoir, faire, — dans l’argot du peuple. Manger de la misère. Être besogneux, misérable. Manger de la prison. Être prisonnier. Manger de la guerre. Assister à une bataille.

La Rue, 1894 : Faire chanter. Mangeur, maître chanteur (V. Chanter). Faire manger, faire profiter du produit d’une filouterie.

Mathurin

d’Hautel, 1808 : Des tranchées de St.Mathurin. Accès de folie ; parce que l’on a coutume d’invoquer ce saint pour la guérison des fous.

Fustier, 1889 : Matelot.

Je veux parler du simple matelot à qui l’on donne le nom de mathurin, de même qu’on gratifie le soldat du surnom de Dumanet.

(Figaro, 1882)

Fustier, 1889 : Nom que les marins, par plaisanterie, donnent aux navires en bois.

Est-ce que vous voudriez rétablir ces vieux mathurins, comme nous les appelons, pour remplacer les bateaux à vapeur ?

(Amiral Saisset : Journal officiel, janvier 1872)

Rossignol, 1901 : Matelot.

France, 1907 : Matelot, marin, homme attaché à la mâture.

J’ai passé une heure de ravissement au milieu des matelots qui étaient chargés de cirer le plancher, car ils avaient une amusante façon d’accomplir leur corvée : ils couchaient les moins lestes dans des couvertures et les traînaient sur le parquet sous prétexte d’activer la besogne. Je dois dire que leur quartier-maître trouvait ingénieux le procédé, et il avait raison ! Parlez-moi des mathurins pour agrémenter les corvées !

(Auguste Marin)

Parler mathurin, parler la langue des matelots.

Je ne suis pas de ces vieux frères premier brin
Qui devant qu’être nés parlaient ja mathurin,
Au ventre de leur mère apprenant ce langage,
Roulant à son roulis, tanguant à son tangage.

(Jean Richepin, La Mer)

Métier

d’Hautel, 1808 : Chacun son métier, les vaches sont bien gardées. Pour dire, que tout va bien quand chacun se mêle de sa besogne.
C’est un mauvais métier que celui qui ne nourrit pas son maître.
Il fait tous les métiers.
Se dit d’un intrigant, d’un fripon ; d’un homme qui n’a point d’état fixe.
Servir à quelqu’un un plat de son métier. Faire un tour de hardiesse, de fourberie ; on le dit aussi en bonne part, pour faire quelque chose avec délicatesse, d’une manière agréable et qui excite la surprise.
Le métier ne vaut plus rien depuis que tout le monde s’en mêle. Se dit en plaisantant d’une chose facile que tout le monde entreprend.
Elle fait le métier. Pour dire qu’une femme est prostituée, fait un commerce honteux.
Il en fait métier et marchandise. Pour dire qu’un homme a coutume de faire quelque chose ; qu’il en existe.
Gâte-métier. Sobriquet que l’on donne à un ouvrier qui travaille à bas prix ; à un marchand qui vend à bon compte.

Larchey, 1865 : Habileté d’exécution.

Vois toutes ces esquisses : il y a de la main, du métier ; mais où est la conception, où est l’idée ?

(L. Reybaud)

Delvau, 1866 : s. m. Habileté d’exécution, adresse de main, — dans l’argot des artistes. Avoir un métier d’enfer. Être d’une grande habileté.

Mettre quelqu’un à toutes les sauces

Rigaud, 1881 : Employer quelqu’un à toute sorte de besogne.

Monter le coup

Clémens, 1840 : Faire accroire ce qui n’est pas.

Larchey, 1865 : Tendre un piège.

C’est des daims huppés qui veulent monter un coup à un ennemi.

(E. Sue)

Larchey, 1865 : Tromper. V. coup.

La Rue, 1894 : Tromper. Monter un chopin, préparer un vol. Monter la couleur, monter un schtosse, mentir, tromper.

Rossignol, 1901 : Mentir, abuser, tromper.

France, 1907 : Tromper.

— Travailler…! Mais à quoi, je me le demande ! Que sais-tu faire ? De quelle besogne es-tu capable ? Paresseux, gourmand, jouisseur, il te faut la vie facile, toute faite, sans secousses, les petits repas bien préparés, et le chocolat le matin, dans ton lit. Ce n’est pas à moi que tu monteras le coup sur tes capacités !

(Adolphe Mayer, Le Moyen de parvenir)

Il la rencontra par hasard,
Comm’ i’ s’prom’nait sur le boul’vard,
Certain jour qu’il avait la flemme ;
Ell’ lui parut gentill’ comm’ tout,
I’ s’dit : « J’m’en vais lui monter l’coup ;
J’m’en vais lui fair’ gober que j’l’aime »

(Georges Mys)

Mulet

d’Hautel, 1808 : Une tête de mulet ; entêté comme un mulet. Se dit d’un homme très-entêté, très-obstiné, qui ne veut faire qu’à sa tête.
Faire garder le mulet à quelqu’un. Le faire attendre, lui faire croquer le marmot.
Travailler comme un mulet. Travailler à des ouvrages très-fatigans, porter de lourds fardeaux.

Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier qui aide le metteur en page, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Artilleur de marine.

Rigaud, 1881 : Diable. (F. Michel.) — Metteur en pages en second dans une imprimerie.

Boutmy, 1883 : s. m. Compositeur qui aide dans son travail un metteur en pages surchargé de besogne. Le mulet est en conscience ; son office reçoit encore le nom de fonctions ; il serre et desserre les formes, fait corriger les paquetiers, fait faire les épreuves et descend ou porte les formes aux machines.

France, 1907 : Artilleur de marine.

France, 1907 : Diable, à cause des longues oreilles.

France, 1907 : Ouvrier qui aide le metteur en pages ; argot des typographes.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique