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Balancer

Ansiaume, 1821 : Abattre.

Il faut balancer la lourde pour arriver à la malouse.

Bras-de-Fer, 1829 : Remuer.

Vidocq, 1837 : v. a. — Jeter.

Clémens, 1840 : Jeter, refuser.

M.D., 1844 : Jeter.

M.D., 1844 : Renvoyer.

un détenu, 1846 : Chasser, renvoyer d’un emploi.

Larchey, 1865 : Jeter au loin. On sait que l’action de balancer imprime plus de force à une projection. V. Litrer. Balancer, envoyer à la balançoire : Congédier, renvoyer.

Elle m’a traité de mufle. — Alors il faut la balancer.

(Monselet)

Je l’envoie à la balançoire.

(id.)

On dit aussi exbalancer :

Je vais les payer et les exbalancer à la porte.

(Vidal, 1833)

Balancer son chiffon rouge : Parler, remuer la langue. — Balancer sa canne : Devenir voleur. — C’est-à-dire jeter la canne de l’homme qui marche dans l’unique but de se promener. — Balancer ses halènes : Cesser de voler, jeter ses outils de voleur. — Balancer une lazagne : Adresser une lettre. — Balancer ses chasses : Regarder à droite et à gauche. Balancement :

Le conducteur appelle son renvoi de l’administration un balancement.

(Hilpert)

Balançoire : mensonge, conte en l’air.

Non, monsieur ! je n’avais pas fait un accroc. — C’est une balançoire.

(P. de Kock)

Delvau, 1866 : v. a. Donner congé à quelqu’un, renvoyer un employé, un domestique, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas qu’il emploie là, et presque dans son sens originel, un des plus vieux mots de notre langue.
On dit aussi Envoyer à la balançoire.

Rigaud, 1881 : Jeter au loin, renvoyer, envoyer promener.

Quand votre femme vous ennuie… Toc ! on la balance.

(E. Grangé et Lambert-Thiboust. La Mariée du Mardi-Gras)

Rossignol, 1901 : Voir balanstiquer.

France, 1907 : Balancer quelqu’un, le renvoyer, lui donner son congé. Se dit aussi pour se moquer de lui, le berner.

Mais surtout tu te garderas
De l’amour d’un étudiant.
Toujours d’avance tu exigeras
Qu’il fasse tinter son argent,
Sinon tu le balanceras…
On ne vit pas de l’air du temps.

(Règles de la chasse aux hommes)

Baliverner

d’Hautel, 1808 : Dire ou conter des balivernes ; se jouer de quelqu’un, le berner ; donner son temps à des occupations vaines et frivoles ; niaiser, badauder.

Ballotter

d’Hautel, 1808 : Railler, berner, tourner quelqu’un en ridicule. Un honnête n’aime pas être ballotté, ou pour mieux dire, il ne se met jamais dans ce cas.

Berner

d’Hautel, 1808 : Berner quelqu’un. Au propre le faire sauter dans une couverture ; au figuré, ridiculiser une personne, la faire servir de jouet et de passe-temps à la société.

Bouffer la botte

Merlin, 1888 : Faire le pied de grue, l’amour platonique ; se laisser berner par une femme.

Virmaître, 1894 : Amour platonique… faute de mieux (Argot du peuple).

France, 1907 : Faire la cour à une femme qui se moque de vous, dans l’argot militaire. Bouffer son carme, manger son avoir ; se bouffer le nez, se battre.

Chèvre

d’Hautel, 1808 : Le vin fait danser les chèvres. Manière burlesque de dire qu’un vin est dur et détestable à boire, que c’est de la ripopée.
Prendre la chèvre. Ne pas entendre raillerie, bouder, se choquer de peu de chose, se fâcher.
Cette expression autrefois comique, n’est plus maintenant en usage que parmi les imprimeurs où elle a conservé ses acceptions primitives. Ainsi, en terme typographique :
Gober une bonne chèvre. Signifie être très en colère, se fâcher sérieusement.
Ménager la chèvre et les choux. Flatter le fort et l’opprimé ; ménager les intérêts de deux partis opposés.
Où la chèvre est attachée il faut quelle y broute. Voyez Attacher.
La chèvre a pris le loup. Se dit des trompeurs qui tombent eux-mêmes dans leur embûche.
On dit qu’un homme a une barbe de chèvre lorsqu’il n’a de la barbe que sous le menton et par bouquet.
Il aimeroit une chèvre coiffée. Se dit par raillerie d’un homme peu difficile en amour, et à qui toutes les femmes plaisent indistinctement.

Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise humeur, — dans l’argot des ouvriers, et spécialement des typographes. Avoir la chèvre. Être en colère. Gober la chèvre. Être victime de la mauvaise humeur de quel qu’un. Signifie aussi se laisser berner.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on disait, dans le même sens, Prendre la chèvre.

Boutmy, 1883 : s. f. Mécontentement, colère. Gober sa chèvre, c’est s’irriter, se fâcher, poussé à bout par les plaisanteries de l’atelier ou pour toute autre cause. Cette expression est très ancienne. Molière l’emploie en un sens très voisin de celui qu’elle a aujourd’hui, dans Sganarelle ou le Cocu imaginaire (scène XII), pièce représentée en 1660 :

D’un mari sur ce point j’approuve le souci ;
Mais c’est prendre la chèvre un peu bien vite aussi.

France, 1907 : Mécontentement. Gober sa chèvre, se mettre en colère. On dit aussi dans le même sens : avoir la chèvre. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, gober ou prendre la chèvre signifiait : se laisser berner. Ménager la chèvre et le chou, essayer de plaire à deux partis adverses ; jouer le rôle douteux d’ami de tout le monde.

Un vieux diplomate a donné, pour ses étrennes, à un de nos hommes d’État, une charmante chèvre et un superbe chou en sucre, avec ce mot d’envoi : « Ménagez-les bien ! »

(Dr Grégoire, Turlutaines)

Oh ! c’est un rusé compère ; il sait ménager la chèvre et le chou, il est en bons termes avec tout le monde…

(Michel Delines, La Chasse aux juifs)

Coïonner

d’Hautel, 1808 : Railler, berner, persiffler quelqu’un ; se divertir à ses dépens.

Couverte (faire passer à la)

Merlin, 1888 : Berner. Genre de punition infligée par les soldats à un mauvais camarade, à un mouchard, à un voleur.

Ébrener

d’Hautel, 1808 : Mot bas qui signifie nettoyer les petits enfans au maillot. Ce mot se trouve ainsi orthographie dans tous les dictionnaires français ; néanmoins, il est universellement reçu de dire éberner ; ce qui, selon quelques savans, est plus conforme à l’étymologie.

Faire aller

Delvau, 1866 : v. a. Se moquer de quelqu’un, le berner, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Se moquer, mystifier.

France, 1907 : Se moquer de quelqu’un, lui jouer un mauvais tour, soit en le bernant, soit en lui faisant faire des démarches inutiles.

Gabari (passer au)

Rigaud, 1881 : Perdre, perdre au jeu, être vaincu, — dans le jargon des ouvriers du fer. Avoir passé un camaro au gabari, avoir gagné une partie de cartes à un camarade.

France, 1907 : Perdre au Jeu ; de l’italien gabarre, se moquer, berner. Celui qui perd est berné. Gaberie, en vieux français, fraude.

Giberner

France, 1907 : Faire une besogne désagréable.

Lantiberner

d’Hautel, 1808 : Traîner en longueur, amuser par des discours frivoles ; abuser de la patience et de la complaisance de quelqu’un.

Passer à la couverte

France, 1907 : Brimade militaire qui consiste à faire sauter un homme dans une couverture, à le berner.

À peine le Suisse venait-il de fermer l’œil que ses camarades de chambrée l’empoignèrent, lui jetèrent dans une couverture en compagnie d’une paire de bottes éperonnées, de deux pistolets et de deux étrilles, et bientôt, au commandement trois, le malheureux fut lancé dans l’espace à l’aide d’une savante et méthodique secousse imprimée à la couverture par huit vigoureuses poignes. C’est ce que s’appelle sauter en couverte. Le brigadier faisait mine de ronfler.

(Les Joyeusetés du régiment)

Relais

d’Hautel, 1808 : Être de relais. Pour dire n’être pas occupé, pas employé.
Plaisanter, baffouer, berner quelqu’un en relais. Pour dire le railler, le plaisanter chacun à son tour, le tourmenter l’un après l’autre.

Scier

d’Hautel, 1808 : Berner, railler, persifler, ridiculiser, turlupiner quelqu’un ; se divertir à ses dépens. Il signifie aussi ennuyer, excéder, importuner.
Tu me scie le dos avec une latte. Se dit trivialement à quelqu’un dont les discours ennuient, excèdent, ou que les avis importunent.

Delvau, 1866 : v. a. Importuner, obséder sans relâche. On dit aussi Scier le dos.

La Rue, 1894 : Ennuyer, fatiguer.

France, 1907 : Ennuyer, importuner.

Scieur

d’Hautel, 1808 : Un scieur. Pour dire railleur, persifleur, qui se fait un jeu de berner les autres ; un conteur de fariboles, un Gascon.

Tourner en eau de boudin

Delvau, 1866 : v. n. Se dit d’une chose sur laquelle on comptait et qui vous échappe, d’une entreprise qui avorte, d’une promesse qu’on ne tient pas. Faire tourner quelqu’un en eau de boudin. Se moquer de lui, le berner par des promesses illusoires.

Trimballer

d’Hautel, 1808 : Traîner partout quelque chose avec soi ; railler, berner quelqu’un.
Il me trimballe depuis long-temps. Pour, il me berce de vaines espérances, il se moque de moi.

Vidocq, 1837 : v. a. — Conduire, transporter.

Halbert, 1849 : Conduire.

Larchey, 1865 : Marcher. — Mot à mot : baller sur la trime : se remuer dans la rue. V. Momir. — Trimballeur de coni, de refroidi : Croque-morts (Vidocq).

Delvau, 1866 : v. a. Promener quelqu’un, traîner quelque chose.

Delvau, 1866 : v. n. Se promener, — dans l’argot des faubouriens.

La Rue, 1894 : Conduire. Transférer d’une prison à une autre.

Turlupiner

d’Hautel, 1808 : Railler, berner, duper quelqu’un, l’impatienter, l’inquiéter, l’obséder.

Delvau, 1864 : Agacer, ennuyer, taquiner quelqu’un par paroles : — badiner, chatouiller, patiner ou peloter quelqu’un (gestes et attouchements réciproques) — afin de baiser ou d’être baisée.

Finissez donc, dame Jacq’line,
Disait gros Pierre ; j’ vas m’fâcher,
Où diable allez-vous me nicher ?
J’ n’aim’ pas ainsi qu’on m’turlupine.

(Blondel)

L’auteur a parfaitement l’intention de faire dire au chanteur :

J’ n’aim’ pas ainsi qu’on m’ tire la pine.

Delvau, 1866 : v. a. Agacer, ennuyer quelqu’un, se moquer de lui, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Ennuyer, agater, taquiner, tourmenter ; expression populaire.

Monsieur, l’homme demande — qu’on lui fiche — la paix ! Chacun est maître de soi-même, de ses opinions, de sa tenue et de ses actes, dans la limite de l’inoffensif. Les citoyens de l’Europe sont las de sentir à toute heure sur leur épaule la main d’une autorité qui se rend insupportable à force d’être toujours présente. Ils tolèrent encore que la loi leur parle au nom de l’intérêt publie, mais lorsqu’elle entend prendre la défense de l’individu malgré lui et contre lui, lorsqu’elle régente sa vie intime, son mariage, son divorce, ses volontés dernières, ses lectures, ses spectacles, ses jeux et son costume, l’individu à le droit de demander à la loi pourquoi elle l’embête et le turlupine avec tant de persévérance !

(Pierre Louys, Les Aventures du roi Pausole)

J’en ai par-dessus les épaules
De toujours parler de ces vieux.
Assez, n’est-ce pas ? Les plus drôles
Sont encore trop ennuyeux,
Et nous avons à faire mieux,
En ce temps de batailles fauves,
Que de turlupiner des pieux
Et de chercher des poux aux chauves.

(Jean Richepin, Étrennes pour tous les Académiciens)


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