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Bellemeresque

France, 1907 : Qui a rapport à la belle-mère. Cet adjectif, mis en circulation par Edmond Lepelletier, mérite de faire son chemin.

Ce gendre, qui pousse peut-être trop loin l’amour de sa belle-maman, vient d’enseigner à ses collègues la manière de traiter la terrible gent bellemeresque.

Voir Caisson.

Cancans (boîte à)

France, 1907 : Bavarde, médisante, potinière.

Je possède une belle-mère,
Dont je ne suis pas le bijou ;
Du matin au soir en colère,
Elle me frappe n’importe où.
La femme qui m’a mis au monde
Était toujours si bonne pour moi !
Papa préfère sa seconde,
Je voudrais bien savoir pourquoi ;
Car on la voit à tout moment,
Sans s’arrêter un seul instant,
Critiquer sur chaque passant ;
Du quartier tous les habitants
L’appellent la boîte à cancans.

Cent pieds de merde (je voudrais te voir dans)

Virmaître, 1894 : Souhait d’un gendre à sa belle-mere féroce ou à une femme crampon (Argot du peuple). N.

France, 1907 : « C’est, dit Ch. Virmaître, le souhait d’un gendre à sa belle-mère ou d’un mari à une femme crampon. »

Colis

Virmaître, 1894 : Les courtiers ou placeurs qui racolent les femmes sur la voie publique pour les expédier dans les maisons de tolérance ; nomment les femmes des colis :
— J’ai à vous expédier un colis de 50 kilos (Argot des souteneurs). N.

Rossignol, 1901 : Chose embarrassante. Votre belle-mère est parfois un colis qu’il faut emmener promener. Un placeur pour pensionnaires de maisons de tolérance, lorsqu’il expédie une femme, l’appelle un colis. Un agent de la sûreté qui arrête un assassin en province télégraphie à son chef : colis en gare ; s’il mettait« assassin arrêté » la dépêche serait interceptée, envoyée au ministère de l’intérieur, de là au préfet de police et ensuite au chef de la sureté qui, devant être le premier avisé, serait le dernier.

France, 1907 : « Les courtiers ou placeurs qui racolent les Femmes sur la voie publique, pour les expédier dans les maisons de tolérances, nomment les femmes des colis :
— J’ai à vous expédier un colis de 50 kilos. »

(Ch. Virmaître)

Dabe

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Maître, père, roi.

un détenu, 1846 : Père.

Halbert, 1849 : Père, maître.

Larchey, 1865 : « C’est notre dabe, notre maître. »

(Balzac)

L’étymologie de dabe est incertaine. Il est à noter que dam avait au moyen âge la même signification.

Larchey, 1865 : Dieu.

Mercure seul tu adoreras comme dabe de l’entrollement.

(Vidocq)

Larchey, 1865 : Père. — Dabuche : Mère. — Dabuchette : Jeune mère, belle-mère.

Rigaud, 1881 : Maîtresse, amante, — dans le jargon des souteneurs.

Ma dabe vient m’assister et me voir deux fois par semaine.

(Max. Du Camp, Paris, la Prostitution, t. m, 1875.)

anon., 1907 : Père. Mère.

Dabuche

anon., 1827 : Maîtresse, mère.

Bras-de-Fer, 1829 : Maîtresse, mère, reine.

un détenu, 1846 : Mère.

Halbert, 1849 : Mère, maîtresse.

Delvau, 1866 : s. f. Mère, nourrice.

Rigaud, 1881 : Patronne, maîtresse, mère. — Dabuchette, belle-mère, jeune mère. — Dabuge, dame, bourgeoise. — Frangine dabuche, tante.

La Rue, 1894 : Patronne, maîtresse, mère, nourrice. Bourgeoise.

Hayard, 1907 : Bourgeoise, mère.

France, 1907 : Mère, grand’mère ; nourrice. Argot des voleurs.

Dabuchette

Halbert, 1849 : Jeune mère ou belle-mère.

France, 1907 : Jeune mère, belle-mère.

Elle était vraiment gentille la dabuchette, avec sa croupe rondelette et ses seins mignons qu’elle offrait, l’un après l’autre, aux lèvres gourmandes du pourpard.

(Les Propos du Commandeur)

Daron, daronne

Larchey, 1865 : Père, mère. — Daron de la rousse : Préfet de police. — Daronne du mec des mec. Mère de Dieu. V. Rebâtir.

Rigaud, 1881 : Maître, maîtresse. — Père, mère. — Daron de la raille, de la rousse, préfet de police. — Daronne du Mec des Mecs, daronne du grand Avre ou Havre, la mère de Dieu, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Maître, maîtresse. Père, mère.

Hayard, 1907 : Père, mère.

France, 1907 : Patron, patronne. Se dit aussi pour père et mère. Ce mot signifiait, dans le vieux langage, vieillard rusé. Il est encore employé, dans la Flandre française, dans le sens de maître de maison, et comme équivalent de chef de famille. Selon toute probabilité, c’est une corruption de baron, autrefois employé dans le sens de maître, de mari ; à moins, comme le dit Larousse, qu’il ne vienne de la racine sanscrite dar, déchirer, diviser, le maître de la maison divisant, faisant les parts aux siens.

Le daron, à pas lents, parcourt du même jour
La ville, les faubourgs et jardins tour à tour.

(Anonyme)

La double signification de mère et maîtresse de maison se retrouve dans les lettres adressées, de la prison de Luxembourg, à sa chère Lucile, par Camille Desmoulins. Il appelle constamment daronne Mme Duplessis, sa belle-mère, avec qui il habitait à Cachan.

(Intermédiaire des chercheurs et curieux)

Empêcheur de danser en rond

Delvau, 1866 : s. m. Gêneur, — dans l’argot des coulisses.

Rigaud, 1881 : Importun ; celui qui vient, mal à propos, se mêler à une conversation, troubler une réunion intime. — Allusion à la défense faite, — sous la Restauration, par les curés de campagne, — de danser en plein air.

France, 1907 : Gêneur, puritain. Individu qui veut empêcher les autres de s’amuser, comme le curé de village dont parle Paul-Louis Courier, qui voulait empêcher ses ouailles me danser sur la place de l’église.

La belle-mère, une vieille empêcheuse de danser en rond, s’en aperçut et fit une vie de patachon.

(Gil Blas)

Un beau jour, le mari, pris de vertige, se décide à jouer le rôle d’empêcheur de danser en rond.
— Hé ! Là ! Monsieur le commissaire ?
— On y va.
Et ça y est. La petite femme surprise en adultère est bouclée : en route pour Saint-Lazare.

(Marco, Le Journal)

Estourbir

Larchey, 1865 : Tuer. — Mot à mot : mettre hors de combat. — Du vieux mot estor : choc, mêlée, duel (Roquefort).

En goupinant de cette sorte, les parains seront estourbis ; il sera donc impossible de jamais être marons.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot des faubouriens et des voleurs. Le vieux français avait esturbillon, tourbillon, et le latin exturbatio. L’homme que l’on tue au moment où il s’y attend le moins doit être en effet estourbillormé. Signifie aussi Mourir.

Rigaud, 1881 : Étourdir ; assommer à coups de poing, à coups de bâton.

La Rue, 1894 : Tuer.

Virmaître, 1894 : Tuer un individu par surprise (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Tuer.

France, 1907 : Tuer, éteindre une vie ou une chandelle.

Nuitamment, il s’était introduit chez elle sous prétexte de lui procurer la Liste officielle et complète des numéros gagnants des Bons de l’Exposition — et v’lan ! il l’avait estourbie avec un os de gigot.

(George Auriol)

— Allons, amis ! courage ! Empoignez-le, estourbissez-le et qu’il n’en soit plus parlé.

(Marc Mario et Louis Launay)

— Accusé, dit le président, avez-vous quelque chose à ajouter pour votre défense ?
L’accusé, qui a assassiné, à la fois, sa femme, sa belle-mère et sa belle-sœur : Une seule, mon juge, c’est que c’est la première fois que ça m’arrive d’estourbir des femelles : j’espère que vous m’en tiendrez compte et que vous m’appliquerez la loi Bérenger.

Femme de César ne doit pas même être soupçonnée (La)

France, 1907 : Il est certaine position sociale où l’ombre même du soupçon serait un déshonneur.
Pompéia, femme de César, avait un amant, Claudius. Brûlant de se trouver avec lui, elle choisit, avec cette audace de la femme passionnée, le temps des fêtes de Cérès. C’était en sa propre maison, en compagnie des vestales et de plusieurs patriciennes qu’elle les célébrait. On sait qu’à ses fêtes les hommes n’étaient pas admis, et le scrupule des dévotes était poussé si loin qu’elles couvrent d’un voile jusqu’au portrait de l’époux, les statues ou bustes des héros et les figures même des animaux mâles. Le mari donc n’était pas à craindre ; aussi l’amant déguisé en joueuse d’instrument pénétra hardiment dans le palais. Mais la mère de César, vigilante matrone et terrible belle-mère, soucieuse de l’honneur de son fils, aposta une de ses servantes pour surveiller sa bru, et Claudius fut reconnu au moment où, tout palpitant d’amour, il se cachait dans une des chambres de Pompéia. Elle poussa de grands cris, et les vestales et les patriciennes se jetèrent furieuses sur le sacrilège imprudent, le déchirèrent de leurs ongles et le chassèrent de la maison.
Il y eut un grand scandale, Claudius, accusé d’avoir voulu pénétrer les mystères de la Bonne déesse, fut mis en jugement, et il y avait peine de mort. Sa réputation était détestable et tous les honnêtes gens dont il avait séduit les femmes vinrent à l’envi déposer contre lui. César, qui, à la suite de l’esclandre, s’était hâté de répudier Pompéia, vint à son tour et, au grand étonnement de tous, refusa de déposer contre Claudius, affirmant qu’il ne savait rien.
— Alors pourquoi avez-vous répudié votre femme ? lui objecta-t-on.
— Parce que, répliqua-t-il, la femme de César doit non seulement être exempte de toute souillure, mais même de tout soupçon.
M. C. de Méry, qui raconte cette anecdote, ajoute :

Les bons maris ne savent jamais rien,
Et quand vous verriez tout, ne croyez jamais rien.

Larmes de crocodile

France, 1907 : Larmes feintes, comme celles d’un héritier qui pleure sur la tombe d’un vieux parent richard, ou, comme disaient les Romains d’un gendre sur celle de sa belle-mère. Cette locution vient des anciens qui croyaient que le crocodile gémissait en imitant la voix humaine, pour exciter la compassion des passants et les attirer dans les roseaux où il se cachait.

La bohème ! — elle a encore du bon ; — elle rit franchement à l’heure où les épiciers pleurent des larmes de crocodiles.

(Léon Rossignol, Lettres d’un mauvais Jeune homme à sa Nini)

Lavement

d’Hautel, 1808 : Il me tourmente comme un lavement. Se dit d’une personne pressante qui ne laisse pas de répit jusqu’à ce qu’on l’ait satisfaite.
Rendre quelque chose comme un lavement. C’est-à-dire, s’acquitter d’une obligation presqu’aussitôt qu’on l’a contractée ; rendre à quelqu’un avec une précipitation affectée les politesses qu’on a reçues de lui.

Delvau, 1866 : s. m. Homme ennuyeux, tracassier, canulant, — dans l’argot du peuple, qui n’aime pas les détersifs.

Rigaud, 1881 : Adjudant, — en style de régiment. Le mot se renverse. C’est pourquoi, à l’infirmerie, les lavements ont reçu le nom « d’adjudants ». — Laisse-moi vite passer, j’ai un adjudant dans le ventre.

Rigaud, 1881 : Ennuyeux personnage, rabâcheur, tannant. — Pressé comme un lavement, très pressé, allusion au lavement qui, une fois absorbé, n’aime pas à rester longtemps en place.

France, 1907 : Personne ennuyeuse.

— Je viens de subir un fameux lavement. — Qui donc ? — Ma belle-mère est restée plus d’une heure ici.

Panaris

Rigaud, 1881 : Belle-mère. Un panaris fait beaucoup souffrir, une belle-mère aussi.

Panaris crevé. Prendre train de plaisir, 11 heures 45.

(Tam-Tam, du 16 mai 1880)

Rossignol, 1901 : Femme méchante, mauvaise.

France, 1907 : Belle-mère ; allusion au mal irritant causé par le panaris.

Prise de bec

Larchey, 1865 : Engueulement.

Entendez-vous son organe. Elle a une prise de bec avec Angelina.

(1860, les Étudiants)

Delvau, 1866 : s. f. Engueulement.

France, 1907 : Échange de reproches et d’injures.

Elle eut d’abord, avec sa belle-mère, des échanges de mots vifs, des prises de becs, que Sosthène essayait de calmer, très bon, très maladroit, partagé entre son respect pour sa mère et un certain goût pour sa femme. Alors, elle se retourna contre lui.

(Gaëtan de Meaulne)

Rôtir le balai

Delvau, 1866 : v. a. Mener une vie obscure et misérable, — dans l’argot du peuple. Avoir rôti le balai. Se dit d’une fille qui a eu de nombreuses aventures galantes, par allusion aux chevauchées sabbatiques des sorcières.

France, 1907 : Mener une existence désordonnée.

Le jeune Gontran, après avoir rôti le balai jusqu’au manche, se décide à épouser sa cousine.
À la sortie de la mairie, la belle-mère s’adresse à son nouveau gendre :
— Eh bien ! beau neveu, c’est fini ; j’espère que vous ne ferez plus de sottises.
— C’est la dernière, chère tante et belle-maman.

(Ange Pitou)

Sorte

d’Hautel, 1808 : Plaisanterie, gausse, mensonge, gasconnade, conte fait à plaisir, récit peu digne de foi.
C’est une sorte, une bonne sorte. Pour dire, que ce que dit quelqu’un est controuvé ; que c’est une plaisanterie, un conte en l’air.

Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise raison, faux prétexte, balançoire, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Mensonge, bourde, mystification, — dans le jargon des typographes. — Au propre, les sortes sont les lettres de même caractère, de même sorte. — Chiquer des sortes, puiser dans la casse du voisin les lettres dont on a besoin.

Boutmy, 1883 : s. f. Quantité quelconque d’une même espèce de lettres. Au figuré, conte, plaisanterie, baliverne. « Conter une sorte », c’est narrer une histoire impossible interminable, cocasse, et que tout le monde raconte à peu près dans les mêmes termes. Les sortes varient à l’infini ; en voici quelques exemples : « Oui, Bidaut » est une réplique qui signifie « Oui, oui, c’est bien, soit ; je n’en crois pas un mot. » — « Il paraît qu’il va passer sur le nouveau labeur : le Rhinocéros. On dit que ça fait au moins 400 feuilles in-144, en cinq mal au pouce, cran sur l’œil. » Ou bien encore : « Le prote va mettre en main l’Histoire de la Chine dont la préface fera à elle seule 45 vol in-12. » C’est une scie qu’on monte aux nouveaux pour leur faire croire que le travail abonde. On dit aussi « Le pape est mort ! » quand on entend remuer l’argent de la banque, parce que ce bruit argentin rappelle celui des cloches qui annoncent la mort du pape. Quand un compositeur veut rompre le silence monotone observé depuis quelque temps, il s’écrie : « Tu disais donc, Matéo, que cette femme t’aimait ? » comme s’il reprenait tout à coup un dialogue commencé. Il y a aussi des sortes en action. Quand un compositeur n’est pas venu travailler, surtout le lundi, ses compagnons prennent sa blouse, la remplissent de maculatures, en font un mannequin qu’ils placent sur un tabouret devant sa casse, lui mettent en main un composteur et lui donnent l’attitude d’un compositeur dans son dur. « Quand un compositeur n’est pas matineux, dit l’auteur de Typographes et gens de lettres, ses compagnons, pendant son absence, lui font une petite chapelle. C’est l’assemblage de mille choses plus disparates les unes que les autres : blouses, vieux souliers, composteurs, galées, bouteilles vides, qu’on dispose artistement en trophée ; puis on allume autour tous les bouts de chandelle que l’on peut trouver. » Voici une autre sorte en action dont la victime s’est longtemps souvenue. C’était dans un atelier voisin du quai des Grands-Augustins. Il y a quelques années se trouvait sur ce quai le marché aux volailles connu sous le nom de la Vallée. Il arrivait parfois aux typographes de s’y égarer et d’acheter à la criée un lot de volailles : des poulets, des pigeons ou des oies. À l’atelier, on se partageait le lot acheté. Chacun contribuait au prorata de la dépense. On faisait des parts ; mais ces parts ne pouvaient jamais être égales : il était impossible, en effet, de disséquer les volatiles. Force était donc de tirer au sort. Il arriva un jour qu’un jeune fiancé gagna à cette loterie d’un nouveau genre une oie superbe, une oie de 15 livres, une oie grasse, blanche et dodue. Joyeux, il l’enveloppe soigneusement dans une belle feuille de papier blanc, à laquelle il adjoint un journal du jour, puis une maculature. Il ficelle le tout et dépose précieusement le paquet sous son rang. Le soir arrive ; notre jeune homme se hâte d’endosser son paletot, prend son paquet sous le bras et court, tout empressé, chez les parents de sa fiancée. « Je viens dîner avec vous », s’écrie-t-il. Puis, discrètement, avec un clignement d’yeux significatif, il remet à la ménagère son précieux fardeau ; c’en était un véritablement. On se met à table, on cause, on boit, on rit. La ménagère, curieuse de faire connaissance avec le cadeau du fiancé, profite d’un moment pour s’esquiver. Elle revient bientôt après, le visage allongé, et s’assied à sa place en grommelant. L’amoureux typo, s’apercevant de la mauvaise humeur de sa future belle-mère, veut en connaître la cause. On l’emmène à la cuisine, et quelle n’est pas sa stupéfaction de voir son oie changée en tiges de bottes moisies, en vieilles savates et autres objets aussi peu appétissants. Un compagnon facétieux avait accompli la métamorphose. L’oie fut mangée le lendemain chez un marchand de vin du voisinage. Le fiancé, dit-on, fut de la fête. Autre sorte en action, à laquelle ne manquent pas de se laisser prendre les novices. On a placé le long du mur, à une hauteur suffisante pour qu’il ne soit pas possible de voir ce qu’il contient, un sabot qui est censé vide. Le monteur de coup s’essaye à jeter une pièce de monnaie ; mais il n’atteint jamais le but. Un plâtre, impatienté de sa maladresse et tout heureux de se distinguer, tire une pièce de deux sous de sa poche, et, après quelques tentatives, la loge dans le sabot. Il est tout fier de son triomphe ; mais il ne veut pas laisser sa pièce. Pour l’avoir, il se hausse sur la pointe des pieds, plonge ses doigts dans le sabot, et les retire remplis… comment dire ? remplis d’ordure. Il existe des milliers de sortes dont beaucoup sont très vieilles et que la tradition a conservées jusqu’à nos jours.

La Rue, 1894 : Mensonge, bourde, mystification.

Virmaître, 1894 : Quand un camarade quitte son rang pour aller raconter à un copain une histoire de brigand inventée de toutes pièces, l’autre lui répond :
— Laisse-moi avec ta sorte.
Pour une mauvaise plaisanterie l’aile à un camarade, la réponse est la même. L’expression sorte vient de ce que, lorsqu’il manque des caractères dans une casse, la sorte est absente.
Sortier, celui qui fait des sortes (Argot d’imprimerie).

France, 1907 : Conte, baliverne, plaisanterie. Conter une sorte, dit Eugène Boutmy, c’est narrer une histoire impossible, interminable, cocasse, et que tout le monde raconte à peu près dans les mêmes termes. Les sortes varient à l’infini ; en voici quelques exemples : « Oui, Bidaut » est une réplique qui signifie : « Oui, oui, c’est bien, soit : je n’en crois pas un mot. » — On dit aussi : « Le pape est mort ! » quand on entend remuer l’argent de la banque, parce que ce bruit argentin rappelle celui des cloches qui annoncent la mort du pape.— Quand un compositeur veut rompre le silence monotone observé depuis quelque temps, il s’écrie : « Tu disais donc, Mateo, que cette femme t’aimait ? » comme s’il reprenait tout à coup un dialogue commencé.

Il y a aussi des sortes en action. Quand un compositeur n’est pas venu travailler, surtout le lundi, ses compagnons prennent sa blouse, la remplissent de maculatures, en font un mannequin qu’ils placent sur un tabouret devant sa casse, lui mettant en main un composteur et lui donnant l’attitude d’un compositeur dans son dur.

(L’Agot des typographes)

Tourner en bourrique (faire)

France, 1907 : Affoler quelqu’un, le rendre idiot à force d’obsessions.

Le commandant est le gendre de la plus acariâtre des femmes. Oh ! cette irascible belle-mère ! Quel crampon, quelle calamité … Et on parle de la peste ! Mais, positivement, ce n’est là qu’un fléau bénin quand on lui compare l’insupportable, l’intolérable vieille dame en question.
« Il serait si heureux, son foyer serait si calme, si tranquille, sans Mme Dutromblon. Bavarde comme une pie, têtue comme un baudet, fourrant le nez partout, faisant de la morale en veux-tu en voilà, elle lasserait la patience de tous les saints du calendrier. Elle est tannante, assommante, rasante… Bref, elle le fait tourner en bourrique. »

(Le Régiment illustré)

La chose est problématique,
Obscure, étrange, mystique
Et fait tourner en bourrique
Plus d’un ecclésiastique.

(Grosclaude)

Trouver mauvaise (la)

Delvau, 1866 : Se dit — dans l’argot des faubouriens et des petites dames — d’une histoire désagréable, d’un acte déplaisant, d’un événement ennuyeux. Un faubourien se casse le bras : Je la trouve mauvaise ! dit-il. On enlève son amant à une petite dame : Je la trouve mauvaise ! dit-elle.

Virmaître, 1894 : Quand, par un verglas abominable, on se casse la figure, elle est mauvaise. Quand votre femme vous pond un gosse tous les ans, elle est mauvaise. Quand on a acheté cent mille francs de Panama, elle est mauvaise. En un mot on trouve mauvais tout ce qui vous arrive de désagréable dans la vie (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Être mécontent ; expression populaire.

— Voici ma belle-mère qui s’amène pour dîner avec nous, je la trouve mauvaise.

Vie de bâtons de chaise

France, 1907 : Vie désordonnée, conduite scandaleuse ; allusion aux excès des gens ivres qui cassent tout et brisent les chaises dans leur folie bachique. On dit aussi noce de bâtons de chaises.

— Une farceuse, vous savez, Mme Wasly. Elle nous la fait à la pose et à la vertu et elle mène une vie de bâtons de chaise. Oui, oui, en cachette de sa belle-mère chez qui elle habite.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)


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