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Abloquir

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Acheter.

Vidocq, 1837 : v. a. — Acheter à prix d’argent ; se dit aussi pour acquérir.

Clémens, 1840 / Halbert, 1849 : Acheter.

Larchey, 1865 : Acheter en bloc (Vidocq).Bazarder a, au point de vue de la vente, le même sens. — Du vieux mot bloquer : arrêter un marché. V. Lacombe.

Aboyeur

d’Hautel, 1808 : Terme de mépris, nom que l’on donne aux crieurs des rues, et généralement à ces hommes qui n’ont sans cesse à la bouche que des injures et des obscénités. Ce mot servoit aussi, pendant la révolution, à désigner les esprits exaspérés que les chefs de parti mettoient en ayant, pour exciter le peuple à l’insubordination et à la révolte.

Vidocq, 1837 : s. m. — Celui qui dans une prison est chargé d’appeler les prisonniers demandés au parloir.

Delvau, 1866 : s. m. Crieur public ou particulier qui se tient dans les marchés ou à la porte des théâtres forains.

Rigaud, 1881 : Employé chargé, dans une prison, d’appeler les prisonniers au parloir. — Individu qui crie des imprimés dans les rues. — Crieur dans les ventes publiques, dans les bals de barrière, devant la porte de certains bazars. À l’Hôtel Drouot, le célèbre Jean, de grimaçante mémoire, est resté comme le type du parfait aboyeur. — Dans les réunions publiques, les aboyeurs sont ceux qui empêchent par leurs cris l’orateur de parler ou de continuer.

(Le Sublime)

La Rue, 1894 : Crieur dans les bazars, les ventes publiques ou dans les rues. Dans les prisons, le détenu qui appelle les prisonniers.

Virmaître, 1894 : Nom donné dans les prisons à l’auxiliaire chargé d’appeler les détenus à voix haute pour le greffe ou pour l’instruction. Ce nom est également donné aux crieurs qui, dans les ventes publiques, aboient la mise à prix des objets à adjuger (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Détenu chargé d’appeler par un acoustique les prisonniers qui sont dans la salle commune du dépôt, pour aller soit au greffe, soit à l’instruction.

France, 1907 : Crieur, qui se tient aux portes des ventes publiques ou privées, ou devant les théâtres forains pour appeler les clients. On nomme également ainsi les journalistes qui aboient constamment dans la presse contre les hommes publics ou les personnalités en vue.

Allumeur

Delvau, 1866 : s. m. Compère, homme qui fait de fausses enchères, — dans l’argot des habitués de l’hôtel Drouot.

Rigaud, 1881 : Entraîneur, compère dans les bazars, les ventes publiques, les théâtres forains.

Les allumeurs sont des employés aux gages des saltimbanques, qui entraînent le public à leur suite, en donnant l’exemple.

(G. Escudier, Les Saltimbanques)

Exploiteur du public crédule,
Fripons exerçant leurs talents,
Depuis la fausse somnambule
Jusqu’à l’allumeur de chalands.

(A. Pommier, Paris, 1867)

Rigaud, 1881 : Juge d’instruction, dans le jargon des voleurs. Il éclaire l’affaire, il porte la lumière sur l’affaire.

Fustier, 1889 : Voleur. Les allumeurs ont pour mission de racoler les ouvriers les samedis de paye et de les emmener chez le marchand de vin. Là, ils leur offrent libéralement à boire jusqu’à ce que les malheureux rentrent chez eux complètement ivres. Alors commence le rôle des meneuses et des travailleurs. V. ces mots. — Grec dont les fonctions consistent à mettre une partie en train.

Maintenant les deux allumeurs qui se trouvent mêlés à la partie reçoivent également une subvention.

(Gil Blas, 29 mars 1882)

La Rue, 1894 : Juge d’instruction. Compère des saltimbanques qui entraine le public en donnant l’exemple d’entrer.

Virmaître, 1894 : Agent provocateur chargé d’organiser un complot politique quand le gouvernement a besoin d’effrayer la population pour faire voter une loi réactionnaire. On en trouve un curieux exemple dans les Mémoires de Claude, à propos de l’Internationale et des allumeurs de la rue des Gravilliers. (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Agent provocateur.

France, 1907 : Aiglefin qui pousse à la boisson les ouvriers au jour de paye et, lorsqu’ils sont ivres, les fait voler par ses complices males ou femelles.

Au jour dit, nos trois gaillards sont venus dans un cabinet du restaurant en question et, après le dîner, l’allumeur, qui attend un peu de confiture, propose un écarté, qui est accepté.

(Gil Blas)

Article (faire l’)

Delvau, 1864 : Se dit des maquerelles plantées le soir sur le seuil des bordels, qui essaient d’y faire entrer les passants en leur dépeignant rapidement, avec des couleurs un peu fortes mais saisissantes, les beautés diverses et les talents particuliers de leurs pensionnaires.

Tu resteras sur le seuil du bazar et tu feras l’article pour nos demoiselles.

(Lemercier)

Larchey, 1865 : Faire valoir une personne ou une chose comme un article de commerce.

Malaga ferait l’article pour toi ce soir.

(Balzac)

Examinez-moi ça ! comme c’est cousu ! — Ce n’est pas la peine de faire l’article.

(Montépin)

Être à l’article : Être à l’article de la mort, sur le point de mourir.
Porté, fort sur l’article : Enclin à la luxure.

Rigaud, 1881 : Faire valoir une marchandise, faire ressortir les qualités d’une personne. Le boutiquier et la fille s’entendent mieux que personne à faire l’article.

Bahut

d’Hautel, 1808 : Un petit bahut. Nom que l’on donne par raillerie à un homme court et trapu ; à un bambin.

Delvau, 1864 : La nature de la femme, dans laquelle l’homme serre — pour un instant — sa pine, comme chose précieuse.

Dans son bahut je flottais bien au large.

(Chanson anonyme moderne)

Larchey, 1865 : Institution académique.

Je te croyais au bahut Rabourdon. Jamais j’aurais pensé qu’t’étais devenu potache. Et Furet, as-tu de ses nouvelles ? en v’là un bahuteur. Il a fait la moitié des bahuts au Marais et une douzaine au moins dans la banlieue.

(Les Institutions de Paris, 1858)

Quelques fils de famille disent, par extension : le bahut paternel, en parlant du logis de leurs auteurs. Bahut spécial : École de Saint-Cyr.

L’École de Saint-Cyr ! j’ai le bonheur d’être admis à ce bahut spécial.

(La Cassagne)

Bahuter : Faire tapage. Terme propre aux élèves de Saint-Cyr. Pour eux, « ceci est bahuté » veut dire aussi : « Ceci a le chic troupier. » Bahuteur : Tapageur.

Cette écorce rude et sauvage qui allait au bahuteur de Saint-Cyr.

(La Barre)

Vient du vieux mot bahutier.

Quand un homme fait plus de bruit que de besogne, on dit qu’il fait comme les bahutiers. Car en effet les bahutiers, après avoir cogné un clou, donnent plusieurs coups de marteau inutiles avant que d’en cogner un autre.

Delvau, 1866 : s. m. Collège, — dans l’argot des collégiens. Se dit aussi de la maison du préparateur au baccalauréat, et, par extension de toute maison où il est désagréable d’aller. Bahut spécial. Saint-Cyr.

Delvau, 1866 : s. m. Les meubles en général. Argot des ouvriers.

Rigaud, 1881 : École, pensionnat, — dans le jargon des écoliers. — École de Saint-Cyr.

On est heureux en sortant du bahut d’avoir sa chambre, son ordonnance, son cheval.

(Vte Richard, Les Femmes des autres, 1880)

Rigaud, 1881 : Mobilier. — Bazarder tout le bahut, vendre tout le mobilier.

La Rue, 1894 : École. Mobilier.

France, 1907 : Pension, collège.

J’ai gardé bien des souvenirs du bahut, quelques-uns agréables et joyeux, un plus grand nombre, je ne dirai pas mauvais, mais mêlés d’amertume et souvent d’un certain étonnement sur la façon dont on entendait — je parle, hélas ! de plus d’une demi-douzaine de lustres — l’éducation de la jeunesse militaire.

(Hector France, Souvenirs du Prytanée)

Baraque

d’Hautel, 1808 : Cahutte, masure, maison en mauvais état et de nulle valeur. Au figuré, terme de dénigrement ; atelier, boutique, maison où les ouvriers sont mal payés, et les domestiques mal nourris.

Delvau, 1866 : s. f. Maison où les maîtres font attention au service, — dans l’argot des domestiques. Journal où l’on est sévère pour la copie, — dans l’argot des aspirants journalistes.

Rigaud, 1881 : Chevron, — dans le jargon du régiment. Par abréviation de baraquement, campement. — Un vieux pied de banc à trois baraques.

Rigaud, 1881 : Pupitre d’écolier.

Sa baraque, en étude, ressemble à ces sacs-bazars qui donnaient tant d’originalité à nos zouaves de l’expédition de Crimée.

(Les Institutions de Paris, 1808)

Rigaud, 1881 : Terme de mépris pour désigner une maison, un magasin, un établissement. Baraque, le magasin dont le patron paye mal ses commis ; baraque, l’administration qui surmène ses employés ; baraque, la maison où les domestiques ne peuvent pas voler à leur aise.

Merlin, 1888 : Chevron ; peut-être en raison de sa forme de V renversé, imitant un toit.

Fustier, 1889 : Sorte de jeu en vogue il y a quelque temps, et dans lequel les filous avaient la partie belle.

Le jeu de la baraque se compose d’une planchette de cuivre casée à l’angle d’un billard et percée de 25 petites cuvettes numérotées de 1 à 25. Vous faites une poule à 2, à 5 ou à 20 francs et, si vous avez la chance, pardon ! l’adresse de pousser votre bille dans la cuvette cotée le plus haut, c’est vous qui touchez les enjeux. Le baraqueur ne prélève que 10 p. 100 sur le montant de chaque poule. C’est pour rien ! Toutefois ce petit impôt me paraît plus dur que le zéro de la roulette.

(Paris-Journal, 1882)

Virmaître, 1894 : Maison construite en plâtre, en torchis, provisoirement. Maison où la patronne va par méfiance au marché avec sa bonne. Maison où l’on enferme le vin et les liqueurs. Maison où l’on chipote sur tout, où l’on rogne même la nourriture.
— Tenez, voilà mon tablier, je n’en veux plus de votre baraque, j’en ai plein le dos (Argot du peuple).

France, 1907 : Nom donné par les domestiques à la maison de leurs maîtres. Chevron que les soldats portaient autrefois sur la manche gauche et qui indiquait un certain temps accompli sous les drapeaux. La première baraque après sept ans de service ; la deuxième après onze ans, et la troisième après quinze. Sorte de jeu qui se compose d’une planchette de cuivre à l’angle d’un billard et percée de 25 cuvettes numérotées.

Bazar

Delvau, 1864 : Bordel, — qui est en effet un endroit où l’on expose la femme comme marchandise.

Je suis la patronne de ce bazar, la mère de dix-huit petites dames.

(Lemercier de Neuville)

Larchey, 1865 : Maison chétive, ou mal distribuée.

Petit bazar entre cour et jardin.

(Labiche)

Bazar : Mobilier.

J’ai vendu la moitié de mon bazar pour payer le médecin.

(E. Sue)

Mot contemporain de notre entrée en Afrique. Bazarder : Vendre.

J’ai bazardé mon pantalon.

(Les Tribunaux)

Delvau, 1866 : s. m. Ensemble d’effets mobiliers, — dans l’argot de Breda-Street.

Delvau, 1866 : s. m. Maison où les maîtres sont exigeants, — dans l’argot des domestiques paresseux ; maison quelconque, — dans l’argot des faubouriens ; maison de filles, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Maison de tolérance. Terme de mépris pour désigner une maison, un établissement quelconque. Envoyer promener tout le bazar, envoyer promener toute la maison.

Rigaud, 1881 : Mobilier, vêtements. — Laver tout le bazar, vendre tout le mobilier.

Rigaud, 1881 : Or étranger, or à bas titre, — dans le jargon des bijoutiers.

Fustier, 1889 : Lycée, pension.

Les jeunes citoyens de l’avenir, vulgo les potaches, ont réintégré avant-hier leurs prisons respectives. Ils se sont acheminés vers le bazar.

(Événement, 1881)

France, 1907 : Maison de tolérance, bordel, terme militaire ; précédé de sale, appellation que donne les domestiques à la maison de leurs maîtres. Se dit aussi des menus objets que possèdent dans leurs pupitres les écoliers. Bazar signifie aussi lycée et pension, dans l’argot des potaches.

Bazardement

France, 1907 : Enlèvement, destruction, vente.

Sans être un puits de science, je ne suis pas pourtant l’ignorant passionné que tout homme a le droit d’être par ces temps de doute historique et de bazardement général des traditions.

(Émile Bergerat, Écho de Paris)

Bazarder

Delvau, 1866 : v. a. Vendre, trafiquer. Bazarder son mobilier. S’en défaire, l’échanger contre un autre.

Rigaud, 1881 : Se défaire d’un objet. — Bazarder son mobilier, vendre son mobilier. — Dans l’argot du régiment, bazarder c’est vendre ses effets de linge et de chaussures.

Au bataillon d’Afrique, la fréquence de ce délit en fait une vertu de corps. Tout conscrit doit, au moins, vider une fois son havre-sac.

(A. Camus, Les Bohèmes du drapeau)

France, 1907 : Vendre.

Elle vendit, bazarda d’urgence, sans pitié, fermes et domaines, y compris le rustique castel où elle était née, le pigeonnier de ses ancêtres, comme elle l’appelait en ricanant.

(Albert Cim, Institution de Demoiselles)

Bazardier

Rigaud, 1881 : « C’est le petit commerçant qui loue à la journée le rez-de-chaussée d’un immeuble à peine achevé, moyennant une redevance généralement assez modique, qui varie suivant Je quartier. »

(Élie Frébault, Les Industriels du macadam, 1868)

France, 1907 : Propriétaire d’un bazar ambulant qui loue provisoirement le rez-de-chaussée ou la boutique d’une maison non achevée.

Boniment

Vidocq, 1837 : s. m. — Long discours adressé à ceux que l’on désire se rendre favorables. Annonce d’un charlatan ou d’un banquiste.

M.D., 1844 : Conversation.

un détenu, 1846 : Parole, récit ; avoir du boniment : avoir de la blague.

Halbert, 1849 : Couleur, mensonge.

Larchey, 1865 : Discours persuasif. — Mot à mot : action de rendre bon un auditoire.

Delvau, 1866 : s. m. Discours par lequel un charlatan annonce aux badauds sa marchandise, qu’il donne naturellement comme bonne ; Parade de pitre devant une baraque de « phénomènes». Par analogie, manœuvres pour tromper.

Rigaud, 1881 : Annonce que fait le pitre sur les tréteaux pour attirer la foule ; de bonir, raconter. — Discours débité par un charlatan, discours destiné à tenir le public en haleine, à le séduire, coup de grosse caisse moral. Depuis le député en tournée électorale, jusqu’à l’épicier qui fait valoir sa marchandise, tout le monde lance son petit boniment.

C’était le prodige du discours sérieux appelé le boniment : boniment a passé dans la langue politique où il est devenu indispensable.

(L. Veuillot, Les Odeurs de Paris)

Le coup du boniment, le moment, l’instant où le montreur de phénomènes, le banquiste, lance sa harangue au public. — Y aller de son boniment, lâcher son boniment, dégueuler, dégoiser, dégobiller son boniment.

La Rue, 1894 : Propos, discours.

Virmaître, 1894 : Discours pour attirer la foule. Forains, orateurs de réunions publiques, hommes politiques et autres sont de rudes bonimenteurs. Quand un boniment est par trop fort, on dit dans le peuple : c’est un boniment à la graisse de chevaux de bois (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Discours.

France, 1907 : Discours destiné à tromper le public ; camelots, charlatans, bazardiers, orateurs de mastroquets, candidats électoraux et bonneteurs font tous leur boniment.

Accroupi, les doigts tripotant trois cartes au ras du sol, le pif en l’air, les yeux dansants, un voyou en chapeau melon glapit son boniment d’une voix à la fois trainante et volubile… « C’est moi qui perds. Tant pire, mon p’tit père ! Rasé le banquier ! Encore un tour, mon amour. V’là le cœur, cochon de bonheur ! C’est pour finir. Mon fond, qui se fond. Trèfle qui gagne. Carreau, c’est le bagne. Cœur, du beurre pour le voyeur. Trèfle, c’est tabac ! Tabac pour papa. Qui qu’en veut ? Un peu, mon n’veu ! La v’là. Le trèfle gagne ! Le cœur perd. Le carreau perd. Voyez la danse ! Ça recommence. Je le mets là. Il est ici, merci. Vous allez bien ? Moi aussi. Elle passe ! Elle dépasse. C’est moi qui trépasse, hélas… Regardez bien ! C’est le coup de chien. Passé ! C’est assez ! Enfoncé ! Il y a vingt-cinq francs au jeu ! etc… »

(Jean Richepin)

Caboulot

Larchey, 1865 : « Le caboulot est un petit café où l’on vend plus spécialement des prunes, des chinois et de l’absinthe. » — Daunay, 1861. — Une monographie des Caboulots de Paris a paru en 1862. — C’est aussi un cabaret de dernier ordre. V. Camphrier.

Delvau, 1866 : s. m. Boutique de liquoriste tenue par de belles filles bien habillées, qui n’ont pour unique profit que les deux sous du garçon.
Ce mot a une vingtaine d’années. Au début, il a servi d’enseigne à un petit cabaret modeste du boulevard Montparnasse, puis il a été jeté un jour par fantaisie, dans la circulation, appliqué à toutes sortes de petits endroits à jeunes filles et à jeunes gens, et il a fait son chemin.

Rigaud, 1881 : Débit de liqueurs servies par des femmes aimables, trop aimables. Les fruits à l’eau-de-vie et l’absinthe y tiennent le premier rang.

Mot pittoresque du patois franc-comtois, qui a obtenu droit de cité dans l’argot parisien. Il désigne un trou, un lieu de sordide et mesquine apparence, par extension petit bazar, petit café. Le caboulot de la rue des Cordiers, qui est le plus ancien de tous, s’ouvrit en 1852.

(Ces dames, 1860)

Le caboulot, c’est-à-dire le débit de la prune et du chinois, du citron confit à l’état de fœtus dans l’esprit-de-vin, le tout couronné par une femme à peu près vêtue, belle comme la beauté diabolique d’Astarté… et elle rit et elle chante et elle trinque, et elle passe ensuite derrière le rideau… et le caboulot a multiplié comme la race d’Abraham.

(Eug. Pelletan, La Nouvelle Babylone)

La Rue, 1894 : Petit débit de liqueurs.

Virmaître, 1894 : Cabaret de bas étage. Brasserie où les consommateurs sont servis par des femmes. Caboulot n’est pas juste, on devrait dire maison tolérée. Cette expression a pour berceau le quartier latin (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Débit de bas étage.

Hayard, 1907 : Cabaret.

France, 1907 : Petit café où l’on vend plus spécialement des liqueurs et où l’on est généralement servi par des femmes.

Le mot, écrivait Delvau en 1880, au début, servait d’enseigne à un petit cabaret du boulevard Montparnasse, puis il a été jeté un jour, par fantaisie, dans la circulation, appliqué à toutes sortes de petits endroits à jeunes filles et à jeunes gens, et il a fait son chemin.
Les artistes ne sont pas payés par l’établissement. Après chaque chanson, ils font le tour des tables, un plateau à la main, et ce sont les clients qui rémunèrent eux-mêmes leurs distractions. Absolument comme dans les caboulots de province, avec cette différence pourtant que la chanteuse légère — oh ! oui, légère ! — ne met pas la clé de sa chambre en tombola.

Casser (à tout)

Fustier, 1889 : Considérable, fantastique, inouï.

Le public voit la quatrième page de son journal occupée par la réclame à tout casser du grand bazar.

(Giffard, Les grands bazars)

France, 1907 : Superlatif exprimant une exagération dans les plaisirs, les dépenses, le scandale. Noce à tout casser ; potin à tout casser ; branle-bas à tout casser.

Rasetamouche, ayant surpris sa volage moitié en flagrant délit, lui fait une scène à tout casser.
Madame se jette aux pieds de son mari et, fondant en larmes :
— Pardonne-moi, mon ami, je t’en supp’ie… Pour une fois que ça m’arrive !

Catin

d’Hautel, 1808 : Une franche Catin. Femme impudique et dévergondée.

Delvau, 1866 : s. m. Un nom charmant devenu une injure, dans l’argot du peuple, qui a bien le droit de s’en servir après Voltaire, Diderot, et Mme de Sévigné elle-même.

Virmaître, 1894 : Fille publique. Catin : petite poupée. Catin : nom d’amitié donné à une maîtresse. (Argot du peuple).

C’est aujourd’hui la St-Crépin
Les savetiers se frisent
Mon cousin ira voir catin.

France, 1907 : Fille de mœurs légères. Ce nom n’a été que récemment employé en mauvaise part. C’est le diminutif de Catherine, du grec kataros, sans tache.

— Pourquoi nommer Cali votre charmante fille ?

(Almanach des Muses)

Vivandière du régiment,
C’est Catin qu’on me nomme :
Je vends, je donne et bois gaiment
Mon vin et mon rogomme.
J’ai le pied leste et l’œil mutin,
Tintin, tintin, tintin, r’tin tintin ;
J’ai le pied leste et l’œil mutin :
Soldats, voilà Catin !

(Béranger)

Ce n’était pourtant que de vulgaires filles, des catins du monde chic, du monde qui ne marchande pas ; il est vrai que l’argent leur coûte si peu ; pourtant la viande était la même que dans les plus borgnes des bals de barrières ; c’est l’histoire des poupées de carton : au bazar de la rue Mouffetard, elles valent cinq sous ; chez Giroux, elles valent cent francs ; c’est une question d’enveloppe.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Cassagnac, on ne sait comment
Arrive juste à ce moment
Toujours sévère,
Et Gambetta, plus libertin,
Fixe ardemment sur la catin
Son œil de verre.

(Chanson du Père Lunette)

Il existe certainement des couples qui se plaisent et se chérissent, mais combien rares sont-ils ? Dans la haute société, l’homme va de son côté et la femme du sien : lui a des maîtresses, elle des amants, et sans les toilettes dont elles sont parées, elles seraient pareilles à de vulgaires catins, quoique celles-ci n’aient pas l’excuse du bien-être qu’ont les autres. Et cela sous le plus parfait cachet aristocratique, sous la plus pure étiquette mondaine.

(Pierre Kropotkine)

Dans certaines campagnes, les petites filles appellent catin leur poupée.

Chicanou

France, 1907 : Avocat, avoué, homme d’affaires.

Enfin, j’aurais pu ajouter à ceux-ci une foule d’autres chicanous subalternes, parmi lesquels il faut bien nous garder d’oublier l’avocat que sa profession a repoussé ; pauvre diable tué par la concurrence, et qui, après avoir. sans succès, étalé dans le bazar des Pas-Perdus sa loquèle au rabais, tombe, de chute en chute, jusque dans l’humble poussière de quelque greffe, ou bien sous l’échoppe de l’écrivain public, à moins toutefois que le patronage administratif ne s’empare de cette incapacité si bien éprouvée.

(Old Nick, L’Avocat)

C’est les enjuponnés, les marchands d’injustice : chats fourrés, grippe-minauds, chicanous, avocats bêcheurs, et toute la vermine qui vit de leur maudit métier.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Cleptomanie

Fustier, 1889 : « On imagina le mot de cleptomanie, ou manie du vol, pour désigner l’état de ces voleuses maladives. »

(Giffard, Les grands bazars)

Démarqueur de linge

Rigaud, 1881 : Journaliste qui s’approprie l’article d’un confrère en changeant quelquefois un peu la rédaction. Par laconisme on dit démarqueur.

M. de P. est ce qu’on peut appeler un de nos bons démarqueurs.

(H. de Villemessant, Figaro du 6 août 1877)

Dans une autre acception, démarqueur sert à désigner celui qui ôte les marques d’un objet dans un but de tromperie ou de vol. (Littré, Supplément au Dict. franc.)

Virmaître, 1894 : Homme de lettres qui pille ses confrères sans façon. Démarquer un article de journal : changer simplement les phrases. Allusion aux voleurs qui démarquent le linge avant de le bazarder au fourgat (Argot du peuple).

France, 1907 : Plagiaire.

Enculeur

Delvau, 1864 : Sodomite ou pédéraste, selon que sa pine s’adresse à un cul féminin ou à un cul masculin, ce qui, en somme, est toujours la même chose — et la même merde.

C’était comme un immense et splendide bazar
Dans lequel enculeurs, enculés, maquerelles,
Maquereaux et putains, tous grouillaient pêle-mêle.

(L. Protat)

Falzar, falzard

France, 1907 : Pantalon de travail ; abréviation et déformation de pantalzar, qui est lui-même une déformation de pantalon avec changement de finale. Pourquoi la finale zar ? « Parce que, dit Lorédan Larchey, le mot bazar était sans doute en ce temps-là une nouveauté, et peut-être aussi parce que le pantalon, comme le bazar, contient toutes sortes d’objets. De même on terminait jadis les mots en rama lorsque les panoramas commencèrent à être de mode. »

Il n’y a vraiment qu’à Paris
Qu’on peut avoir autant d’esprit !

ainsi que le dit un distique de mirliton.

A veul’nt pas, comme la calotte,
Rester en jupon ;
À veul’nt porter la culotte…
Moi, j’coup’ pas dans l’pont,
Nous aut’s, si nous t’nons à l’homme,
Bien qu’c’est des démons,
C’est plus qu’son falzard, en somme,
Que nous réclamons.

(Blédort)

Fouilleuse

Fustier, 1889 : Argot de police. Femme chargée de fouiller dans les prisons soit les détenues soit les visiteuses qui les viennent voir.

Le soir, la Fouilleuse du Dépôt explore les poches et les vêtements de la femme…

(Gazette des Tribunaux, 1875.)

France, 1907 : Femme employée dans les grands magasins pour fouiller les femmes soupçonnées de vol.

Voulez-vous connaitre toutes ces femmes du monde portant des noms honorables qu’un soupçon n’a jamais effleurées, qui ont été cependant déshabillées dans les pièces où se trouvent les fouilleuses du Grand Bazar ? Elles sont enregistrées ici, comme ailleurs, sur le répertoire des voleuses, parmi les domestiques, les filles galantes et les pickpockettes.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Religieuse chargée, au Dépôt, de fouiller les nouvelles arrivées.

Voici le Dépôt. Tout le monde attend pêle-mêle. Enfin arrive la fouilleuse. Les sœurs aux voiles blanc, bleu, noir, dirigées par la sœurs assistante, prennent les tickets qui sont marqués d’un trait au crayon bleu, si la fille est soumise, et d’un crayon rouge, si la fille est insoumise.

(Hogier-Grison, La Police)

Enfin on appelle aussi fouilleuse la salle où l’on fouille les prévenus.

Il lui fallait défiler à la permanence sous les yeux fouilleurs et devant les mines rébarbatives d’inspecteurs de police, en costumes civils, dévisageant les arrivants et cherchant à reconnaître les ordinaires habitués des lieux de détention.
Conduit ensuite dans une vaste salle, il passa devant le guichet où veille le brigadier, fut conduit à la fouilleuse, où on le débarrassa de son argent et de ses bijoux, puis, après qu’on lui eut fait relever les manches de son veston et de sa chemise afin de vérifier si ses bras ne portaient pas de tatouages révélateurs, il dut donner ses nom, prénoms au greffe et se trouva immatriculé.

(Edmond Lepelletier)

Frotteur

Fustier, 1889 : Argot de Police.

Maniaques qui suivent la foule pour se frotter à elle ; pour toucher d’une main frémissante les femmes de toutes catégories qui se pressent autour d’eux.

(Giffard : Les grands bazars)

France, 1907 : Maniaque sadique qui se frotte aux jupes des femmes.

Il est souvent difficile de distinguer un pickpocket d’un… frotteur, car dans une foule leur façon de procéder est la même. Je dois ajouter que certains individus à passions honteuses deviennent, à la longue, des pickpockets de profession. Ils commencent par un mouchoir de dame, objet de leur convoitise érotique ; puis ils arrivent à enlever aussi le porte-monnaie qu’ils sentent sous ce mouchoir… On les reconnait à leur regard plongeant de haut en bas, et qu’ils dirigent vers l’échancrure des robes pour voir la gorge des femmes. Leur choix fait dans un but obscène, ils frôlent la femme, l’obsèdent des heures entières, allument, entretiennent leurs désirs en chiffonnant sa robe.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Goureurs

Virmaître, 1894 : Les goureurs sont des individus qui se déguisent en marins étrangers venant des pays lointains. Ils offrent au public des marchandises qu’ils ont soi-disant rapportées de l’Inde ou de la Perse, et qui proviennent tout bonnement d’un bazar quelconque (Argot des voleurs).

Grec

d’Hautel, 1808 : Être grec. Signifie être avare, être lâdre et chiche ; tenir de trop près à ses intérêts ; être égoïste, sans pitié pour les maux d’autrui.
C’est du grec pour lui. Se dit d’une personne ignorante, simple et bornée, pour laquelle les plus petites choses sont des montagnes.
Ce n’est pas un grand grec. Pour dire, c’est un ignorant ; un homme peu industrieux.

Vidocq, 1837 : s. m. — Les Grecs n’ont pas d’âge, il y a parmi eux de très-jeunes gens, des hommes mûrs, et des vieillards à cheveux blancs ; beaucoup d’entre eux ont été dupes avant de devenir fripons, et ceux-là sont les plus dangereux, ceux qu’il est moins facile de reconnaître, car ils ont conservé les manières et le langage des hommes du monde ; quant aux autres, quels que soient les titres qu’ils se donnent, et malgré le costume, et quelquefois les décorations dont ils se parent, il y a toujours dans leurs manières, dans leurs habitudes, quelque chose qui rappelle le baron de Vorsmpire ; souvent quelques liaisons dangereuses se glissent dans leurs discours, et quelquefois, quoiqu’ils se tiennent sur la défensive, ils emploient des expressions qui ne sont pas empruntées au vocabulaire de la bonne compagnie. Au reste, si les diagnostics propres à les faire reconnaître ne sont pas aussi faciles à saisir que ceux qui sont propres à diverses corporations de voleurs, ils n’en sont pas moins visibles, et il devient très-facile de les apercevoir si l’on veut bien suivre les Grecs dans le salon où sont placées les tables d’écarté.
Lorsqu’ils se disposent à jouer, ils choisissent d’abord la chaise la plus haute afin de dominer leur adversaire, pour, de cette manière, pouvoir travailler les cartes à leur aise ; lorsqu’ils donnent à couper, ils approchent toujours les cartes le plus près possible de la personne contre laquelle ils jouent, afin qu’elle ne remarque pas le pont qui a été fait.
Les Grecs qui travaillent avec des cartes bisautées, qu’ils savent adroitement substituer aux autres, les étendent devant eux sans affectation lorsqu’ils les relèvent ; ceux qui filent les cartes les prennent trois par trois, ou quatre par quatre, de manière cependant à ce que celles qu’ils connaissent et ne veulent pas donner à leur adversaire restent sous leur pouce jusqu’à ce qu’ils puissent ou les tourner, ou se les donner, suivant la manière dont le jeu se trouve préparé.
Ce n’est pas seulement dans les tripots que l’on rencontre des Grecs ; ces messieurs, qui ne gagneraient pas grand chose s’ils étaient forcés d’exercer leur industrie dans un cercle restreint, savent s’introduire dans toutes les réunions publiques ou particulières. Ils sont de toutes les fêtes, de tous les bals, de toutes les noces ; plusieurs ont été saisis in flagrante delicto dans des réunions très comme il faut, et cependant ils n’étaient connus ni du maître du salon dans lequel ils se trouvaient, ni d’aucuns des invités.
Les Grecs voyagent beaucoup, surtout durant la saison des eaux ; on en rencontre à Bade, à Bagnères, à Saint-Sauveur, au Mont-d’Or, ils ont, comme les francs-maçons, des signaux pour se reconnaître, et quand ils sont réunis plusieurs dans le même lieu, ils ne tardent pas à former une sainte-alliance et à s’entendre pour dévaliser tous ceux qui ne font pas partie de la ligue ; ils emploient alors toute l’industrie qu’ils possèdent, et ceux qui combattent contre eux ne tardent pas à succomber. Comment, en effet, résister à une telle réunion de capacités ? Lorsque les Grecs vous donnent des cartes, ils savent avant vous ce que vous avez dans la main ; dans le cas contraire, leur compère, qui a parié pour vous une très-petite somme, leur apprend au moyen des Serts (voir ce mot) tout ce qu’ils désirent savoir.

Delvau, 1866 : s. m. Filou, homme qui triche au jeu, — dans l’argot des ennemis des Hellènes. Le mot a une centaine d’années de bouteille.

Rigaud, 1881 : Tricheur. — Dans le jargon des cochers de fiacre, un grec est un bourgeois, un voyageur qui manque de générosité ou qui ne donne pas de pourboire. Il floue le cocher.

La Rue, 1894 : Tricheur au jeu.

France, 1907 : Filou, voleur au jeu.
Pourquoi toute une nation se trouve-t-elle apostrophée de la sorte et à quelle époque remonte l’origine du mot grec au sens filou ? Cela remonte très haut, car du temps de Plaute le Grec avait déjà piètre réputation, Græca fide mercori, dit-il dans son Asinaria, commercer comme avec des Grecs, c’est-à-dire argent comptant sans leur faire crédit. « Nous avons aussi, est-il relaté dans l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, dans les Epistolæ ad familiares de Cicéron (VII, 18, 1) : Græculo cautio chirographi mei, où il veut dire que sa signature valait de l’or en barre, faisant allusion à l’argent comptant qu’on exigeait des Grecs, auxquels on ne faisait jamais crédit. Voilà deux citations du IIe et du Ier siècle avant Jésus-Christ. On trouvera aussi dans Tertullien, IIIe siècle de notre ère : Revera enim quale est, græcatim depilari magis quam amiciri, qui fait voir que dans ce temps-là les Grecs plumaient déjà les oies.
Je puis ajouter que les habitants de l’île de Mytilène jouissaient d’une grande réputation pour la ruse et la finesse. On raconte que, jadis, quelques marchands juifs allaient à Mytilène, se proposant de s’y établir ; mais que, se promenant dans les bazars le matin après leur arrivée, en voyant les Mytiléniotes qui pesaient les œufs qu’ils achetaient pour voir s’ils valaient bien les quelques paras qu’ils les payaient : « Les affaires vont mal ici, dit un juif aux autres, filons. » Ils s’en allèrent, et même aujourd’hui il n’y a pas encore de juifs à Mytilène. »
Dans le Virgile travesti, Scarron dit au sujet du cheval de Troie :

Enfin donc dans la ville il entre
Le maudit Roussin au grand ventre,
Farcy de grecs dont les meilleurs
Étaient pour le moins des voleurs !

Aujourd’hui, comme l’écrivait Léon Gozlan, le grec est partout ; il y a le grec marquis, le grec de passage, le grec ancien colonel, le grec homme de lettres, le grec anglais ; il est peu probable senlement qu’il y ait des grecs grecs.

— Et ces voleurs au jeu que vous nommez des grecs, y en a-t-il beaucoup ?… Ici s’en trouve-t-il ?…
— Pas plus qu’ailleurs !… Le grec est du reste l’indispensable auxiliaire du directeur de cercle… S’il n’y avait pas de grecs dans un cercle, on en ferait venir, car sans eux la partie périrait…
— Ils doivent être connus, signalés, éconduits et évincés à la longue ?
— Bah ! on s’y fait… Les joueurs à qui l’on signale un grec vous regardent avec incrédulité et semblent vous dire : « Vous croyez ?… » Si vous insistez, ils vous demandent des preuves toujours difficiles à fournir… On vous parle de diffamation, alors vous vous taisez… Souvent même on vous prie de vous taire sur un ton qui n’admet pas de réplique… c’est que l’on craint que vous n’empêchiez la partie… que vous ne troubliez le jeu… à moins d’une très grande maladresse des grecs et philosophes qui se contentent de n’opérer qu’à des intervalles raisonnables et seulement lorsqu’il y a un coup…

(Edmond Lepelletier)

Car le grec est rapace
(J’entends grec, un filou),
C’est une triste race
Qu’on rencontre partout.

(Alfred Marquiset)

Jouer du vingt-deux

Bras-de-Fer, 1829 : Jouer du poignard.

France, 1907 : Donner des coups de couteau ; allusion aux couteaux dont se servent MM. les chourineurs de barrière, achetés un franc dix centimes dans les bazars. Ils entaillent le cuir humain tout comme les couteaux de dix francs.

Lupanar

Delvau, 1864 : Bordel. Mot solide… bâti par les Romains ; on s’en sert encore.

J’ai rêvé que j’étais au fond d’un lupanar ;
C’était comme un immense et splendide bazar
Dans lequel enculeurs, enculés, maquerelle,
Maquereaux et putains se ruaient pêle-mêle.

(Louis Protat)

Je suis roublard
Et j’ pourrais écrir’ les mémoires
Du lupanar.

(Lemercier de Neuville)

Main (acheter à la)

Fustier, 1889 : Acheter comptant.

Il joignait à ce commerce connu… les prêts usuraires à la petite semaine et la vente au bazar avec de gros bénéfices, d’objets fabriqués en salle et qu’il achetait à la main, bien au-dessous de leur valeur.

(Humbert, Mon bagne)

Monsieur Bazar

Fustier, 1889 : Argot de l’école de Saint-Cyr. Le Saint-Cyrien lui-même.

La dernière quinzaine a été dure pour Monsieur Bazar, ainsi que se qualifie l’élève de l’École militaire.

(Soleil, 1887)

Nippé

Virmaître, 1894 : Bien habillé.
— J’avais plus rien, les requins m’avaient bazardée pour payer mon probloque j’ai dégotté un miché qui m’a renippée, à présent je suis rupine je peux trimarder (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Habillé. Celui qui est bien habillé est bien nippé.

Noce de bâtons de chaises

Delvau, 1866 : s. f. Débauche plantureuse de cabaret, — dans l’argot des faubouriens, qui, une fois en train de s’amuser, cassent volontiers les tables et les bancs du « bazar ».

France, 1907 : Amusement bachique qui se termine par des bris de tables et de chaises.

Peau de tambour (faire)

France, 1907 : Ne rien faire ; même sens que peau de balle et balai de crin.

Première femme. — C’est pas tout cela ; il faut payer. Què’que t’as fait, toi, ce soir ?
Seconde femme. — Moi ? peau de tambour.
Troisième femme. — C’est que c’est vrai. On ne f… plus rien. Si on n’avait pas des amis à passion, il faudrait tout bazarder.

(Le Gil Blas)

Petit crevé

France, 1907 : Petit jeune homme élégant, oisif et nul.
Ces parasites sociaux ont existé de tout temps. L’antiquité grecque et romaine après les Medes, les Perses et les Égyptiens a fourni ses contingents de jeunes riches inutiles. On trouve chez les Grecs, dit le Courrier de Vaugelas dans son étude sur les Métamorphoses du fat à travers les âges, le kinaïdos ou mignon, qui s’épilait les jambes ; le kelidonios, aux joues enduites de vermillon, aux yeux peints, au regard mobile ; le hierogamos, paré pour les noces sacrées ; le kalos, genre Alcibiade ; le néanios ou neaniskos, petit jeune homme.
Les Romains avaient, eux, les bene barbati ou belles barbes, portant des gants et des tuniques longues jusqu’au talon ; les barbatuli, blancs-becs, dont s’entourait Catilina ; les formosuli, jeunes gens bien tournés qui marchent sur la plante des pieds, effleurant à peine le sol ; les forosi, élégants adorateurs de leur propre ventre ; les delicati, les précieux ; les gloriosi, les fanfarons ; les lepidi, les agréables ; les comatuli, les cincionatuli, les petits bouclés, les petits frisés ; les cirrati, les pommadins ; les calamistrati ; les trossuli ou petits-maîtres, dont la vague dura plus de trois cents ans.
On voit que nos petits crevés, nos boudinés, nos faucheurs ne proviennent pas d’une génération spontanée. En cela comme pour beaucoup de choses nous ne faisons que recommencer l’antiquité.

Pendant qu’aristos et millionnaires, mâles et femelles, godaillaient au bazar de la Charité, étalant leurs falbalas et se foutant du pauvre monde autant qu’un poisson d’un parapluie, voilà que la fatalité s’abat sur eux !
L’incendie les mange !
Et alors, dans ce grand bazar d’où, avec de la présence d’esprit, y aurait en mèche de sortir sans grands avaros, voilà que les petits crevés de la haute se sont fichus à cogner dur sur les femmes, à coups de canne, afin de leur passer sur le corps.

(Le Père Peinard)

Petite dame

Delvau, 1864 : Fille ou femme souvent grande, ou tout au moins de taille ordinaire, qui ne se trouve pas dans le cas de la fille de Jephté, pleurant de n’avoir pu perdre sa virginité.

Je suis la patronne de ce bazar, la mère de dix-huit petites dames auxquelles il te sera défendu de toucher, par exemple.

(Lemercier de Neuville)

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme, grande ou petite, qui depuis plus ou moins de temps, a jeté son bonnet par-dessus les moulins et sa pudeur par-dessus son bonnet et qui fait métier et marchandise de l’amour.

Rigaud, 1881 : Femme plus ou moins entretenue.

Quatrième du trois

France, 1907 : Sobriquet donné par les cavaliers aux fantassins à cause de la réponse que ceux-ci font généralement quand on les interroge sur le corps auquel ils appartiennent : « Je suis de la première du deux ; … de la cinquième du quatre ; …. de la quatrième du trois… » Sous-entendus compagnie et bataillon.

Que dira cette chère petite Mme Étienne, du café des sous-officiers, lorsqu’elle nous verra revenu les mains vides ? Et ces dames de la rue de l’Échelle ? Allons-nous être obligés de rester, comme les fantassins de la quatrième du trois, en extase devant les étalages de chair fraîche de leur vestibule ? Serons-nous réduits à bazarder notre burnous blanc dans la rue des Juifs pour faire une honnêteté à notre amie ? Et passerons-nous nos soirées à errer par les rues, les mains dans les poches, le sabre battant tristement l’éperon, cherchant d’un œil en détresse le camarade du jour d’infortune qui offre chez Le Maltais du coin l’absinthe à quatre sous le verre ou le champoreau de l’amitié ?

(Hector France, L’Homme qui tue)

Rendu

Fustier, 1889 : « Petit ou gros, cher ou bon marché, l’objet qui déplaît au public rentre dans le grand bazar, et le caissier qui a reçu l’argent rend cet argent… Dans le sous-sol on appelle ces objets les rendus. »

(Giffard : Les grands bazars.)

Tétines

Delvau, 1866 : s. f. pl. Gorge avachie, — sumen plutôt qu’uber. Argot des faubouriens. Nous sommes loin du

Tétin, qui fait honte à la rose,
Tétin, plus beau que nulle chose,

de Clément Marot.

France, 1907 : Seins avachis.

Les femmes accouraient, se ruaient sur les deux groupes, — des femmes, ces sorcières bariolées, quelques-unes travesties en bébés, les autres vêtues de peignoirs montrant leur peau brune et leurs tétines flasques, toutes fardées, et vieilles, même les jeunes, puantes enfin d’une puanteur d’ail, de linge humide et de parfumerie de bazar.

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

Tire-enfants

France, 1907 : Sage-femme ; argot populaire.

Elle avait plein le dos de l’existence avec sa mère… l’ouvrage du bazar était trop abimant… elle ne voulait pas devenir une tire-enfants…

(Edmond de Goncourt, La Fille Élisa)

Tiremirettes

Hayard, 1907 : Bazar.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique