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Amour

d’Hautel, 1808 : C’est un amour en culotte. Expression facétieuse et dérisoire dont on se sert en parlant d’un damoiseau, d’un petit garçon rempli de prétentions et d’amour de soi même, et qui, comme Adonis, se croit un chef-d’œuvre de beauté et de perfection.
Un remède d’amour. Epithète injurieuse : femme d’une extrême laideur et totalement dépourvue de graces et d’amabilité.
Il n’y a pas de belles prisons ni de laides amours. C’est-à-dire quelque beau que soit un lieu, il paroit toujours affreux à celui qui y est détenu ; et que l’on s’aveugle facilement sur les imperfections d’une personne que l’on aime passionnément.

Delvau, 1864 : Sentiment de création moderne. Les anciens ne connaissaient que la fouterie, — ce que Théophile Gautier, un poète, a si fort à tort appelé un « sentiment ridicule accompagné de mouvements malpropres, » — et il était donné à notre génération, épuisée par tant de masturbations intellectuelles, d’inventer cette sinistre plaisanterie qui dépeuplerait promptement la terre, si les Auvergnats n’étaient pas là.

L’amour est une affection
Qui, par les yeux, dans le cœur entre,
Et par forme de fluxion
S’écoule par le bas du ventre.

(Régnier)

Delvau, 1864 : Substantif des deux genres : échange de deux fantaisies ; privilège pour toutes les folies que l’on peut faire ; pour toutes les sottises que l’on peut dire. — On a de l’amour pour les fleurs, pour les oiseaux, pour la danse, pour son amant, quelquefois même pour son mari : jadis on languissait, on brûlait, on mourait d’amour ; aujourd’hui, on en parle, on en jase, on le fait, et le plus souvent on l’achète.

(E. Jouy)

De son vit couturé de chancreuses ornières,
Pénétrer, chancelant, au fond d’un con baveux,
Mettre en contact puant les canaux urinaires,
De scrofules pourris, nous créer des neveux.
De spermes combinés faire un hideux fromage ;
Au fond de la cuvette, humide carrefour,
En atomes gluants voir le foutre qui nage…
Voilà l’amour !

(Paul Saunière)

Larchey, 1865 : Aimable comme l’Amour.

Armée de son registre, elle attendait de pied ferme ces amours d’abonnés.

(L. Reybaud)

Comme j’ai été folle de Mocker, quel amour de dragon poudré.

(Frémy)

Bavasser

Virmaître, 1894 : Personnage qui ne sait ce qu’il dit, qui bavasse à tort et à travers. Mot à mot baver des paroles vides de sens (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Parler à tort et à travers.

Baver

Delvau, 1866 : v. n. Parler, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Bavarder, bredouiller, s’embrouiller dans ses discours. Le mot date de 1754.

Rigaud, 1881 : Railler, médire, — dans le jargon des filles.

France, 1907 : Parler ; argot des faubouriens. Baver des clignots, pleurer ; baver sur quelqu’un, médire, calomnier. La bave est, en ce sens, la salive de l’impuissance et de l’envie. On dit aussi bavasser.

Baver des clignots

Fustier, 1889 : Pleurer.

Virmaître, 1894 : Pleurer. Le peuple plus expressif dit : chier des chasses (Argot du peuple). V. ce mot.

Bavette

d’Hautel, 1808 : Causerie, bavarderie, commérage.
Tailler des bavettes. Jaser, babiller, caqueter à qui mieux mieux, comme le font les femmes entre elles ; et notamment ces sortes de commères qui passent des jours entiers à médire du tiers et du quart et auxquelles on donne à juste titre le nom de Tailleuse de bavettes.

Baveux

M.D., 1844 : Du savon.

Fustier, 1889 : Qui ne sait ce qu’il dit ; qui bafouille.

Rossignol, 1901 : Les camelots qui vendent du savon à détacher sont des baveux.

Hayard, 1907 : Savon.

France, 1907 : Homme qui parle pour ne rien dire, sorte de gaga, nom donné aux parasites des premières. Le mot est dans Rabelais.

Ces fâcheux, ces encombrants, qui ne payent jamais leur fauteuil et sont les parasites de nos grandes premières, furent jadis qualifiés d’un mot : on les appela les baveux.
Le nom leur est resté.

(Maxime Boucheron)

On appelait autrefois baveux le camelot qui vendait le savon à détacher. « Il y a, dit Cofignon, la baveuse à la postiche qui racole sur la voie publique, et le baveux au racolage qui opère sur les quais. »

Allusion à la marque baveuse du savon avec lequel le baveux des quais prétendait nettoyer l’habit du passant. Son industrie est morte aujourd’hui.

(Lorédan Larchey)

Bête à deux dos (faire la)

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien, pendant lequel les deux fouteurs, cellés ensemble par le ventre, ont l’air de n’avoir que des dos. — L’expression a de l’usage. Coquillart s’en est servi, Rabelais après lui, et, après Rabelais, Shakespeare — dans la première scène d’Othello :

Your daughter and the Moor are now making the beast with two backs…

On s’en sert toujours avec avantage dans la conservation.

France, 1907 : Faire l’amour ; accomplir l’acte qui perpétue l’espèce humaine. L’expression est de vieille date.

Il est difficile à un auteur dramatique de s’échapper des sujets reconnus d’utilité théâtrale et de pratiquer une conception supérieure au mensonge sempiternel de l’amour et aux variations écœurantes de la bête à deux dos. En vain, nous réclamons, pour l’art dramatique avili, un champ plus vaste et plus haut d’expérience : il semble condamné au bagne de la pornographie macabre, sinistre ou farceuse, aux truculences de la pièce rosse, poncif du Théâtre-Libre, ou aux éjaculations idiotes du Vaudeville.

(Henry Bauër, Les grands Guignols)

… Les rideaux
Sont tirés. L’homme, sur la femme à la renverse,
Lui bave entre les dents, lui met le ventre en perce,
Leurs corps, de par la loi, font la bête à deux dos.

(Jean Richepin, Les Blasphèmes)

Chier des yeux

Delvau, 1866 : Avoir les yeux chassieux. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Pleurer.

Mais patience passe science, il ne faut pas tant chier des yeux.

(La Comédie des proverbes)

Virmaître, 1894 : Pleurer (Argot du peuple). V. Baver des clignots.

Rossignol, 1901 : Pleurer.

Clignot

Fustier, 1889 : Œil. Baver des clignots. Pleurer.

La Rue, 1894 : Œil.

Clignots

Virmaître, 1894 : Yeux (Argot des voleurs). V. Chasses.

Hayard, 1907 : Yeux.

France, 1907 : Yeux. Baver des clignots, pleurer.

Con baveux

Delvau, 1864 : Qui a des flueurs ou quelque chose de pis.

Coquille

d’Hautel, 1808 : Vendre bien ses coquilles. Être avare, intéressé ; faire trop valoir son travail ; vendre tout au poids de l’or.
Rentrer dans sa coquille. Se retirer prudemment d’une mauvaise affaire.
On dit aussi d’un homme dont on a réprimé le caquet et les mauvais propos, qu’on l’a fait rentrer dans sa coquille.
Qui a de l’argent a des coquilles.
Pour dire qu’avec de l’argent, on se procure tout ce qui peut faire plaisir.
À qui vendez-vous vos coquilles ? Locution usitée, en parlant à des marchands, pour leur faire entendre qu’on n’est pas leurs dupes ; que l’on sait apprécier la valeur de leurs marchandises.
À peine s’il est sorti de sa coquille. Espèce de reproche que l’on adresse à un jeune rodomont, qui prend trop de familiarité avec des gens plus âgés et plus expérimentés que lui.

Delvau, 1864 : La nature de la femme — dans laquelle l’homme aime à faire entrer son petit limaçon, qui y bave tout à son aise. Con, cha ? demanderait un Auvergnat.

Et Laurette, à qui la coquille démangeait beaucoup, s’y accorda facilement.

(Ch. Sorel)

Delvau, 1866 : s. f. Lettre mise à la place d’une autre, — dans l’argot des typographes.

La Rue, 1894 / France, 1907 : Assiette.

France, 1907 : Lettre ou mot mis à la place d’un autre. Il est des mots curieux, et d’autres fort désagréables pour les auteurs, qui voient leurs articles non seulement défigurés, mais rendus incompréhensibles et souvent ridicules. Un ouvrier compositeur s’est amusé, dans le Paris Vivant, à énumérer quelques-unes des espiègleries de la coquille.

Toi qu’à bon droit je qualifie
Fléau de la typographie,
Pour flétrir tes nombreux méfaits,
Ou, pour mieux dire, tes forfaits,
Il faudrait un trop gros volume,
Et qu’un Despréaux tint la plume,
S’agit-il d’un homme de bien,
Tu m’en fais un homme de rien ;
Fait-il quelque action insigne,
Ta malice la rend indigne,
Et, par toi, sa capacité
Se transforme en rapacité ;
Un cirque à de nombreux gradins,
Et tu Ie peuples de gredins ;
Parle-t-on d’un pouvoir unique,
Tu m’en fais un pouvoir inique,
Dont toutes les prescriptions
Deviennent des proscriptions…
Certain oncle hésitait à faire
Un sien neveu son légataire :
Mais il est enfin décidé…
Décidé devient décédé…
À ce prompt trésor, pour sa gloire,
Ce neveu hésite de croire,
Et même il est fier d’hésiter,
Mais tu le fais fier… d’hériter ;
A ce quiproquo qui l’outrage,
C’est vainement que son visage
S’empreint d’une vive douleur,
Je dis par toi : vive couleur ;
Plus, son émotion visible
Devient émotion risible,
Et si allait s’évanoir,
Tu le ferais s’épanouir…
Te voilà, coquille effrontée !
Ton allure devergondée
Ne respecte raison ni sens…

Dans la constitution Exurge, Domine, donnée par le pape Léon X en 1520, se trouve une coquille qui a fait bondir de nombreuses générations de dévots. Au lieu de Sauveur, Jésus-Christ y est traitée de sauteur ! Le mot saltator est imprimé dans le texte, au lieu de salvator.

Deux dos (bête à)

France, 1907 : Accouplement de l’homme et de la femme.

… Les rideaux
Sont tirés. L’homme, sur la femme à la renverse,
Lui bave entre les dents, lui met le ventre en perce,
Leurs corps, de par la loi, font la bête à deux dos.

(Jean Richepin, Les Blasphèmes)

Droitier

France, 1907 : Membre de la droite de l’Assemblée nationale, c’est-à-dire réactionnaire et clérical. Hâtons-nous d’ajouter que tous les réactionnaires et les cléricaux ne sont pas assis à la droite.

Le grand crime des droitiers, qui s’allient aux plus impurs chéquards et aux plus cyniques non-lieu pour organiser le monstrueux régime qui commence à fonctionner, est précisément de rendre impossible cette conciliation de tous les Français qui auraient fini par se supporter réciproquement.

(Édouard Drumont, La Libre Parole, 1894)

D’la tribune à la buvette,
Les gauchers et les droitiers
Vont avaler des d’mi-s’tiers,
Ou bien tailler un’ bavette,
Oh ! dis-moi, simple électeur,
Tu n’connais pas ton bonheur.

(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

Écarter du fusil

Delvau, 1866 : v. n. Envoyer, en parlant, une pluie de salive au visage de son interlocuteur. On disait autrefois Écarter la dragée.

Rigaud, 1881 : Lancer, en parlant une petite pluie de salive. Les brèche-dents, ceux qui zézaient, écartent ordinairement du fusil. Le synonyme est : postillonner. Jadis on disait : Écarter la dragée.

La Rue, 1894 : Sentir mauvais de la bouche ou lancer des postillons en partant.

Virmaître, 1894 : Lancer en parlant des jets de salive. On dit aussi : lancer des postillons. Quand quelqu’un a cette infirmité on ouvre son parapluie en l’écoutant et on ajoute :
— Tu baves et tu dis qu’il pleut (Argot du peuple).

France, 1907 : Envoyer, en parlant, de la salive ou des postillons au visage ou dans l’assiette de son voisin. On disait autrefois : écarter la dragée.

Ensuite une vieille carogne, qui écartait la dragée, prit la parole.

(Recueil de pièces comiques)

Se dit aussi pour avoir mauvaise haleine.

Empiergeonner

Fustier, 1889 : S’empêtrer. (Richepin)

France, 1907 : S’embarrasser, s’embrouiller, s’empêtrer.

Ah ! ah ! l’amant qu’était point brave,
Laissa Margot avé l’Frisé.
Oh ! oh ! l’Frisé, mâchant d’la bave,
Tira son eustach’ raiguisé,
Margot, dans sa cotte et ses bas
S’empiergeonnant là-bas, là-bas.

(Jean Richepin)

Filet coupé (avoir le)

Delvau, 1866 : Être extrêmement bavard, — dans l’argot du peuple, qui, en entendant certains avocats, souhaiterait qu’on ne leur eût pas incisé le repli triangulaire de la membrane muqueuse de la bouche. On dit de même : Il n’a pas le filet.

France, 1907 : Être bavard.

— Quelle platine ! quelle platine ! as-tu fini de baver ! Ah ! mon pauv’ vieux ! la garce qui t’a coupé le filet n’a pas volé ses cinq sous.

(Les Joyeusetés du régiment)

Gadoue

Larchey, 1865 : Sale femme. — Du vieux mot gadoue : ordure, fumier.

Fils, mon fiston, roule ta gadoue, mon homme, ça pue.

(Cat. poissard, 1844)

Rouler veut dire ici Mener plus loin.

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, — dans l’argot des faubouriens, sans pitié pour les ordures morales.

Delvau, 1866 : s. f. Immondices des rues de Paris, qui servent à faire pousser les fraises et les violettes des jardiniers de la banlieue. D’où l’on a fait Gadouard, pour Conducteur des voitures de boue.

Rigaud, 1881 : Sale femme. Mot à mot : femme qui se traîne dans la gadoue, la boue.

Rossignol, 1901 : Femme de rien, rouleuse.

France, 1907 : Prostituée, du vieux mot gadoue, ordure, dérivé de l’allemand godau, jus de fumier.

— Sentez-vous cette odeur nauséabonde qu’elle exhale ? C’est un mélange d’absinthe et de puanteur de gadoue, son parfum habituel à cette fille. Elle est jeune encore, trente ans à peine. À travers ses lèvres lippues et baveuses, on aperçoit d’assez belles dents. Elle a dû être jolie.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Cette fille avait le mot dur, l’attaque brusque, et la riposte insolente. Elle en avait vu de toutes les couleurs, et dans la crudité de son langage elle disait en parlant d’elle, et en faisant allusion à l’affreux métier de sa Jeunesse : « Je suis une vieille gadoue. »

(Louis Davyl, 13, rue Magloire)

Gluant

d’Hautel, 1808 : On dit par raillerie d’un homme qui est enclin à la rapine, qui dérobe tout ce qui lui tombe sous la main, qu’il a les mains gluantes.

Delvau, 1866 : s. m. Enfant à la mamelle que le lait qu’il tette et qu’il laisse baver sur lui rend tout poisseux et désagréable à toucher pour quiconque n’est ni son père ni sa mère.

Rigaud, 1881 : Enfant à la mamelle. (A. Delvau) Il est attaché au sein de la mère comme de la glu.

La Rue, 1894 : Enfant à la mamelle.

France, 1907 : Enfant à la mamelle. Personne tenace dont on se débarrasse difficilement, qui se colle à vous. Une femme qu’on n’aime plus est toujours gluante.

Parait que j’suis dab ; ça m’esbloque,
Un p’tit sale, a moi l’salaud !
Ma rouchi doit batt’ la berloque,
Un gluant, ça m’f’rait pas mon blot.

(Jean Richepin)

Jactage, jacquetage

France, 1907 : Bavardage, causerie.

— Me voilà, Père Peinard, tu sais, la conversation d’il y a huit jours… Si on continuait la bavette commencée ?
C’était mon trimardeur qui rappliquait. Comme il tirait à lui un tabouret pour y poser ses fesses :
— Viens donc, que j’y fais, la mère Peinard a tellement foutu de sel dans le frichti que je n’en peux pas ouvrir le bec. Viens, nous licherons une chopotte.… Rien de tel, d’ailleurs, qu’un coup de picolo pour rafraîchir les idées.
Pour lors, on va s’installer chez le bistrot et, une fois bien calés sur la banquette, nous commençons le jacquetage.

(Le Père Peinard)

Javotte

d’Hautel, 1808 : Surnom railleur et de mépris, que l’on donne à un homme tatillon et d’une grande loquacité ; à une commère, une tailleuse de bavettes.

Delvau, 1866 : s. f. Homme bavard, indiscret, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Bavard, indiscret, chipotier. « Quelle javotte que cet Édouard ! »

France, 1907 : Nom que l’on donne à la gardeuse de véhicules des environs des Halles. Le fort qui apporte sur sa tête une manne pleine de légumes l’interpelle ainsi : Ohé ! Javotte ! La gardeuse arrive aussitôt et fait placer la marchandise dans la voiture du client.

Nez sale (avoir le)

Rossignol, 1901 : Ivre.

France, 1907 : Être ivre. L’ivrognerie engendre la malpropreté, et les ivrognes, généralement peu soucieux de leur personne, bavent dans leur barbe et se mouchent dans leurs moustaches, ce qui a donné lieu à cette expression populaire.

Le chanteur des rues. — Do, mi, sol, do !… Sol ! sol ! sol !… Do, mi, sol, do ! (Bas.) Vieille saleté, qui dit que je suis saoul.
La femme, bas, — Dis donc, tu sais, saleté toi-même !
L’homme, même jeu, — Vrai, faut que tu en aies, du culot, pour aller dire que j’ai le nez sale !… — Do, mi, sol !… Do, mi, sol !… Sol ! sol ! — C’est toujours pas avec ce que tu m’as offert, que je me l’aurais sali, le nez !… — Sol ! sol ! Do, mi, sol ! Do, mi, sol !… Ça y est. — La Cinquantaine, romance. (Bas) Charogne ! (Haut) Premier couplet.

(Georges Courteline)

Pituiter

Larchey, 1865 : Déblatérer. — Allusion au caractère pernicieux de la pituite.

On en a déjà assez pituité sur notre compte.

(Lynol)

Delvau, 1866 : v. a. Médire, faire des indiscrétions, bavarder. Argot des faubouriens.

France, 1907 : Médire, bavarder, lancer au figuré sa pituite, sa bave sur le prochain ; argot populaire.

Pleuvoir des châsses

France, 1907 : Pleurer ; argot des voyous qui disent aussi baver des clignots.

Postillon

Larchey, 1865 : « Un postillon est une boulette de mie de pain pétrie entre les doigts et renfermant un avis adressé à un détenu. »

(Canler)

Delvau, 1866 : s. m. Éclaboussure de salive ou de nourriture que lancent en parlant les gens à qui il manque des dents ou ceux qui ont la malhonnête habitude de parler en mangeant.

Ces postillons sont d’une maladresse !

Delvau, 1866 : s. m. La première dame mise en circulation, — dans l’argot des joueurs de jacquet.

Rigaud, 1881 : Boulette de mie de pain recélant un billet qu’un détenu lance d’une cour à l’autre, lorsqu’il a quelque communication à faire à un camarade. — Envoyer le postillon, correspondre entre prisonniers.

Rigaud, 1881 : Carte servant de point de repère — peut-être vaudrait-il mieux orthographier repaire — pour reconnaître soit le début, soit la fin, soit la reprise d’une passe au baccarat, — dans le jargon des grecs. Nommé postillon parce qu’il conduit le char de la fortune sur le tapis vert.

Rigaud, 1881 : Insinuation déplacée. — Faire postillon.

Rigaud, 1881 : Petite pluie de salive dont le postillonneur asperge, bien innocemment, le visage de son interlocuteur.

Virmaître, 1894 : Baver en parlant, c’est lancer des postillons (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Boulette de mie de pain dans laquelle est un billet laconique. Cette boulette est lancée dans la cour où se trouve le prisonnier que l’on veut prévenir qu’un de ses complices s’est mis à table. Le postillon est aussitôt ramassé, et ouvert ; le billet est collé sur la muraille ; quand les gardiens s’aperçoivent du coup, il est trop tard (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : C’est une bouchée de pain, dans laquelle on met beaucoup de poivre, à la portée de la main d’un voisin de table, qui ne manque jamais de la manger.

Rossignol, 1901 : Salive que des personnes envoient en parlant.

Hayard, 1907 : Jet de salive en parlant.

France, 1907 : Boulette de mie de pain pétrie entre les doigts et qui sert de communication entre les prisonniers entre eux ou entre les prisonniers et leurs visiteurs. Elle contient um mot, un avis. « Envoyer le postillon », correspondre à l’aide de la dite boulette. Argot des voleurs.

Saliver

France, 1907 : Parler avec abondance, bavarder à en baver, comme maints orateurs de réunions publiques.

Vous pouvez, ô suaves crapules, saliver, baver, calomnier à gueule que veux-tu. Vous n’aurez jamais autant de haine que j’ai de mépris.

(A. Maujan)

Socialo à la manque

France, 1907 : Faux socialiste.

L’antisémitisme est, au point de vue économique, un dérivatif de la question sociale — tout comme l’est, au point de vue gouverne mental, le socialisme politicard.
Les socialos à la mangue nous jacassent : « Foutez-nous au timon gouvernemental et on fera votre bonheur. »
Les antisémites nous bavent : « Serrez le kiki aux richards juifs et c’en sera fait de l’exploitation. »
Ces deux boniments sont — autant l’un que l’autre — deux couleuvres.

(Le Père Peinard)

Tailler des bavettes

Delvau, 1866 : v. a. Bavarder comme font les commères à la veillée, — dans l’argot du peuple, qui sait que les femmes déchirent plus de réputations à coups de langue qu’elles ne cousent de robes à coups d’aiguille.

Tailler une bavette

France, 1907 : Bavarder.

D’la tribune à la buvette
Les gauchers et les droitiers
Vont avaler des d’mi-setiers
Ou bien tailler une bavette.

(Victor Meusy)

Fournir des tailles de bavette, faire surgir des prétextes à bavardage.

Tourner le cadran

France, 1907 : Tourner le derrière.

Madame est fort amoureuse,
Mais près d’son époux, la nuit,
Ell’ se montre très boudeuse,
N’ayant pas d’attrait pour lui.
S’il veut tailler une bavette,
Elle lui tourne le cadran,
En s’écriant : « Tu m’embêtes,
J’ai bien assez d’mes amants. »

(A. Poupay)

Turbiner

Vidocq, 1837 : v. a. — Travailler honnêtement.

un détenu, 1846 : Travailler.

Delvau, 1866 : v. n. Travailler.

Rigaud, 1881 : Travailler beaucoup, se donner beaucoup de mal.

Il y a des gens qui arrivent avec une mise de fonds de dix francs, turbinent toute l’après-midi et font dix opérations pour gagner quarante sous.

(Le Figaro, du 30 nov. 1878)

Boutmy, 1883 : v. intr. Travailler avec activité.

Merlin, 1888 : Synonyme de pivoter.

France, 1907 : Se prostituer.

— T’es marié ?
— Q’t’es moule ! j’suis bien trop gosse !… La vrille aussi est trop « loupiotte » ; elle n’a que quatorze « bergues ».
— Elle turbine ?
— Pas encore ; mais je la forme !

(Dubut de Laforest)

On dit aussi dans le même sens : turbiner sur le bitume.

Ne dites pas de mal des mômes qui turbinent sur le bitume, jeune homme. vous ne savez pas ce que vous deviendrez un jour…

(Edmond Lepelletier)

France, 1907 : Travailler de quelque façon que ce soit, mais péniblement.

On était voisins, on taillait des bavettes, le soir, dans la rue, avant de s’aller fourrer dans le dodo ; on en disait de roides, naturellement ; on se sentait pincé l’un pour l’autre, mais là, pincé ! sérieusement ; bref, on se colla. — Puis, reconnaissant le tort qu’elle avait fait à son mari en ne lui apportant pas une bonne dot, comme une jeune fille du monde chic, Chloé s’est mise à turbiner.

(Montfermeil)

À quinze ans, ça rentre à l’usine,
Sans éventail,
Du matin au soir, ça turbine,
Chair à travail.
Fleur de fortifs, ça s’étiole,
Quand c’est girond,
Dans un guet-apens, ça se viole,
Chair à patron.

(Jules Jouy)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique