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Agoua

Delvau, 1866 : s. f. Eau, — dans l’argot des canotiers, qui parlent espagnol (agua) on ne sait pas pourquoi.

Rossignol, 1901 : Eau ou aqua. Mot espagnol devenu arabe ; ce que l’on nomme du sabir. Ce mot a été rapporté par les Parisiens envoyés aux bataillons d’infanterie légère d’Afrique où vont tous les jeunes gens condamnés avant leur incorporation, de sorte que ces bataillons ne sont composés que de voleurs. Dans le temps, il n’y avait, dans ces bataillons, que des militaires condamnés par les conseils de guerre pour tout autre délit que pour vol, bris d’armes, vente d’effets, désertion, etc., etc. À cette époque celui qui avait servi aux Zéphirs ne s’en cachait pas.

Hayard, 1907 : Eau (de l’espagnol agua).

France, 1907 : Eau. Mot rapporté par les soldats d’Afrique, où il vient en ligne directe de l’espagnol agua.

Arbi, arbico

France, 1907 : Arabe et, par extension, ancien soldat d’Afrique.

C’était des turcos, ses hommes, un bataillon de grands arbis dégingandés, troupiers finis, ivrognes et chapardeurs, tous vieux soldats, beaucoup avec des brisques rouges sur leurs vestes bleu de ciel.

(Paul Bonnetain, En Campagne)

Chasseurs, la tribu est rasée,
Les arbis sont pincés ;
Pinçons les dératés
Qui voudraient nous escoffier.

Élégant chasseur,
Monte avec ardeur
Au haut de la montagne ;
Le Bédouin est là,
Il t’ajustera,
Mais il te ratera.

(Chanson d’Afrique)

As de pique

d’Hautel, 1808 : Terme équivoque et satirique qui veut dire en propres termes, un niais, un idiot, un stupide.
Il est là comme un as de pique. Pour dire ne sait quelle contenance tenir ; il a l’air gauche, hébêté. Molière a fait usage de cette expression dans le Dépit amoureux.

Rigaud, 1881 : Le fondement. — Écusson en drap noir apposé au collet de la capote des soldats du bataillon d’Afrique.

Virmaître, 1894 : Se dit d’une femme qui possède abondamment ce que d’autres n’ont que très peu… (Argot du peuple). V. Fournitures.

France, 1907 : L’anus ; argot populaire.

L’infirmier, la seringue au poing, cria au malade : « Allons, montre ton as de pique. »

(Les Joyeusetés du régiment)

Bataillon

d’Hautel, 1808 : Arranger son bataillon. Pour dire mettre ses affaires en ordre ; prendre ses mesures pour assurer le succès d’une entreprise.

Bazarder

Delvau, 1866 : v. a. Vendre, trafiquer. Bazarder son mobilier. S’en défaire, l’échanger contre un autre.

Rigaud, 1881 : Se défaire d’un objet. — Bazarder son mobilier, vendre son mobilier. — Dans l’argot du régiment, bazarder c’est vendre ses effets de linge et de chaussures.

Au bataillon d’Afrique, la fréquence de ce délit en fait une vertu de corps. Tout conscrit doit, au moins, vider une fois son havre-sac.

(A. Camus, Les Bohèmes du drapeau)

France, 1907 : Vendre.

Elle vendit, bazarda d’urgence, sans pitié, fermes et domaines, y compris le rustique castel où elle était née, le pigeonnier de ses ancêtres, comme elle l’appelait en ricanant.

(Albert Cim, Institution de Demoiselles)

Benoit

Virmaître, 1894 : Maquereau. Benoit, dans le langage populaire, est synonyme d’imbécile, de niais, n’en déplaise à ceux qui portent ce nom. Il veut dire aussi maquereau, dans le monde des filles (Argot des souteneurs). N.

France, 1907 : Imbécile, benêt ; argot des canuts.

France, 1907 : Souteneur.

… La vrai vérité
C’est que les Benoits toujours lichent
Et s’graissent les balots.
Vive eul bataillon d’la guiche !
C’est nous qu’est les dos.

(Jean Richepin, Chanson des Gueux)

Biribi

La Rue, 1894 : Médaillon. Le bataillon de discipline.

Rossignol, 1901 : Compagnies de discipline. À la suite d’un certain nombre de punitions, le militaire est envoyé après conseil de corps à biribi ; si là il se conduit mal, il est expédié dans une compagnie coloniale que l’on nomme les Cocos. À biribi il n’a rien de la tenue militaire, il porte veste, pantalon et képi en drap noir, il a les cheveux courts et la figure entièrement rasée ; c’est la différence qu’il y a entre le militaire envoyé aux travaux publics à la suite d’un conseil de guerre, car celui-ci porte toute sa barbe et a la tête entièrement rasée, de là le nom de « tête-de-veau ». Le travail du disciplinaire consiste à casser des cailloux et à faire du terrassement, mais tous trouvent la terre trop basse et qu’il serait plus facile de la travailler si elle était sur un billard. Ils feraient certainement autant de travail si on leur faisait botteler du sable ou piler du liège.

Rossignol, 1901 : Jeu qui se joue dans le genre du bonneteau, mais avec trois quilles creuses, trois coquilles de noix, ou encore trois dés à coudre et une petite boule de liège. À ce jeu bien connu des Arabes, il y a toujours escroquerie puisque la boule que l’on croit être sous une des coquilles, qu’il faut découvrir pour gagner, reste le plus souvent entre les doigts du teneur.

Hayard, 1907 : Les compagnies de discipline.

France, 1907 : Compagnie de discipline.

Un auteur, encouragé sans doute par les succès de Descaves, profita de son passage involontaire aux compagnies de discipline pour faire un livre à sensation. Il se plaint avec fracas du régime auquel on l’a soumis, et s’étonne que certains sous-officiers aient pu se départir vis-à-vis de lui de la plus exquise politesse. Biribi, à l’en croire, est un enfer effroyable où, sous le couvert de l’uniforme et avec la permission de l’État, des hommes peuvent impunément supplicier d’autres hommes et exercer leur pouvoir sans contrôle avec des raffinements de cruauté chinoise.

(Marzac, Gil Blas)

Y en a qui font la mauvais’ tête
Au régiment ;
I’s tir’ au cul, i’s font la bête
Inutil’ment ;
Quand i’s veul’nt pus fair’ l’exercice
Et tout l’fourbi,
On les envoi’ fair’ leur service
À biribi.

(Aristide Bruant)

Boucher un trou, une brèche, une fente

Delvau, 1864 : Introduire le membre viril dans le vagin d’une femme, sous prétexte d’en mastiquer les fissures.

Plus loin, j’ trouvons madam’ vot’ mère
Sous not’ aumônier Goupillon ;
J’ dis : Vous bouchez un’brèch’, not’ père,
Par où pass’rait un bataillon.

(Béranger)

Brutium

Fustier, 1889 : Le Prytanée militaire de La Flèche.

Tout le monde connaît le Prytanée militaire de La Flèche ; la règle y est grave et la discipline aussi sévère qu’au régiment même. Les classiques d’il y a cinquante ans imaginèrent que c’était là une éducation à la Brutus, d’où le terme Brutium pour caractériser l’école, d’où celui de Brutions pour qualifier les privilégiés soumis à cette éducation.

(Le siècle, 1880)

France, 1907 : Prytanée militaire de la Flèche, appelé ainsi à cause de la discipline sévère qui régnait autrefois dans cet établissement, où les élèves étaient traités en soldats. De Brutus, rigide républicain, assassin de son père César, ou peut-être encore de brutus, signifiant stupide, abruti par les punitions.

Je n’ai pas revu le Brutium depuis ma sortie, il y a de cela belle lurette. Des camarades qui y revivent en leurs fils m’écrivent que tout est bien changé ; le régime est plus doux, les punitions sont moins sévères et moins prodigalement distribuées.
On ne condamne plus un bataillon entier au piquet en des matinées glacées d’hiver, parce que quelques mutins ont murmuré, quelques turbulents ont parlé dans les rangs.

(Hector France)

Camisard

France, 1907 : Soldat des compagnies de discipline. On donne quelquefois aussi ce nom à ceux des bataillons d’Afrique composés, comme on le sait, de soldats ayant subi une condamnation.
Le mot vient des Cévenols calvinistes qui se révoltèrent après la révocation de l’édit de Nantes et firent, pendant deux ans, la guerre à Louis XIV. On les appelait camisards à cause de la chemise qu’ils portaient par-dessus leurs vêtements pour se reconnaître, et aussi pour échapper aux représailles. Des bandes irrégulières de catholiques les imitèrent. Il y eut les camisards blancs et les camisards noirs qui commirent tous les excès. Les blancs furent exterminés par le maréchal de Montrevel ; quant aux noirs, déserteurs, vagabonds, repris de justice, galériens fugitifs, ils se barbouillaient le visage de suie pour voler et tuer avec impunité. Jean Cavalier dut en faire pendre ou fusiller un grand nombre.

Châsse

France, 1907 : Œil. Balancer ou boiter des châsses, être louche. Se foutre l’apôtre dans la châsse, se tromper.

C’est nous les joyeux, les petits joyeux,
Les petits joyeux qui n’ont pas froid aux châsses ;
C’est nous les joyeux, les petits joyeux,
Qui n’ont pas froid aux yeux !

(Chanson des Bataillons d’Afrique)

Cocardier

Larchey, 1865 : Homme fanatique de son service, zélé jusqu’à l’exagération de ses devoirs. — Cette dénomination spéciale à l’armée se sent plus qu’elle ne s’explique. Le cocardier croit avoir toujours l’honneur de sa cocarde à soutenir.

Delvau, 1866 : s. m. Homme fanatique de son métier, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : « Le commandant du bataillon était ce que les troupiers appellent un cocardier, c’est-à-dire qu’il mettait une importance extrême à ce que ses hommes brillassent par leur tenue soignée et sévère. » (Louis Noir, Souvenirs d’un zouave.) Le maréchal de Castellane, qui prenait son bain, ayant, sur une chaise à côté de lui, le grand cordon de la légion d’honneur, est resté comme le type le plus réussi du cocardier.

Rossignol, 1901 : Celui qui se tient propre et qui est coquet est un cocardier. Un propre soldat est un cocardier.

France, 1907 : Homme qui pousse à l’exagération l’amour de son métier et l’accomplissement de ses devoirs, ignorant où dédaignant le sage précepte de Talleyrand : « Pas trop de zèle ! pas trop de zèle ! » Ce n’est guère que dans l’armée que l’on rencontre les cocardiers.

Était-ce un de ces hommes brillants, avides de tintamarre et de piaffe, dédaigneux de tout ce qui n’est pas une joie ou une jouissance, qui se morfondent d’ennui dans leurs lointaines garnisons de province et rêvent de Paris comme d’une terre promise et féérique ? Était-ce seulement un obscur, peu à peu arrivé au cinquième galon, un brisquard de fortune qui ne connait que la consigne, que ses vieilles manies de cocardier, et que les sous-lieutenants redoutent comme la peste ?

(Mora, Gil Blas)

Crapaudine

Delvau, 1864 : Expression tirée du langage culinaire. Les pigeons à la crapaudine ont les pattes rentrées en dedans. De même, la femme étendue sur le dos et recevant le vit dans son con, afin de mieux le faire glisser jusqu’au fond du vagin, lève ses deux jambes en l’air, les replie sur l’homme, les appuie sur son dos et l’attire à elle autant qu’elle peut. Il voudrait s’en défendre, ce serait inutile, il faut que sa pine pénètre jusqu’à la matrice, qui vient d’elle-même se présenter à ses coups. Plus les coups sont forts, plus ils plaisent à la femme jeune et bien portante. Bien des couchettes ont été cassées avec ce jeu-là ; aussi, maintenant, on les fait en fer.

Marie se colle à mon ventre
Et pour que tout mon vit entre
Jusques au fin fond de l’antre
Enflammé par Cupidon,
Elle fait la crapaudine.
Vraiment, cette libertine,
Si je n’étais qu’une pine
M’engloutirait dans son con.

(J. Choux)

France, 1907 : Genre de supplice infligé aux insubordonnés des bataillons d’Afrique et surtout des compagnies de discipline. Il consiste à fixer le soldat puni, au moyen de cordes et de courroies, soit à des piquets sur le sol, soit à un objet immobile : arbre, poteau, affût. Les Anglais connaissent ce châtiment sous le nom de picketting. Aboli vers 1835, ils le rétablirent en 1881, pendant la guerre contre les Boërs, et l’appliquèrent fréquemment en Égypte et au Soudan.
Les esclaves de nos colonies étaient, jusqu’en 1848, soumis à ce supplice.

Les malheureux esclaves sont ignominieusement couchés, nus, sans distinction d’âge ni de sexe, la face renversée ; seulement l’humanité veut qu’une excavation reçoive le ventre des femmes enceintes !… Leurs poignets et leurs pieds, étroitement serrés par des cordes, sont raidis et liés à des piquets enfoncés dans le sol, pour les empêcher de se débattre ; alors le commandeur, qui est peut-être le père, le frère, le fils ou l’époux de la victime, est obligé (sous peine d’être châtié lui-même) de faire l’office de bourreau… alors commence le supplice de la taille par les 29 coups de fouet, à la volée, du châtiment légal… C’est là ce qu’on appelle. dans ses modifications, le trois, le quatre piquets…

(Joseph France, L’Esclavage à nu)

À part les coups de fouet, la crapaudine n’est qu’une répétition du piquet.

Un jour, tirant la langue comme des pendus, pour avoir quelques bols d’air, ils défoncèrent une planche qui bouchait leur fenêtre. Illico, les caporaux et les sergents les firent sortir un à un, sous la menace des flingots, chargés et braqués. Puis on les colla à la crapaudine, et ils y restèrent vingt-quatre heures sans boire ni manger

(Le Père Peinard)

Damoiseau

France, 1907 : Petit-maître, jeune oisif, à tête vide. Le gommeux d’il y a cent ans.

Des damoiseaux la nation timide,
Quand il s’agit d’affronter bataillons,
A du courage et paraît intrépide,
Lorsqu’il ne faut qu’insulter cotillons.

(Grécourt)

Darbe

France, 1907 : Le père ou la mère. Grand ou grande darbe, l’aïeul ou l’aïeule. Sans darbe, orphelin.

— Il est de son intérêt de se réconcilier avec sa mère… d’autant plus que son père… inconnu au bataillon.
— Ah ! s’exclama la Noire, regardant le jeune homme avec un vif intérêt, monsieur est enfant de l’amour ?
— Oui, répondit Paméla, sa canaille de darbe s’est tiré les flûtes après s’être donné de l’agrément avec mademoiselle sa maman. Tous les mêmes, ces salauds d’hommes !

(Hector France, La Vierge Russe)

Descendre la garde

Larchey, 1865 : Mourir. — Mot à mot : n’être plus de service.

Amis, quand la camarde
M’fera descendre la garde.

(Festeau)

Delvau, 1866 : v. n. Mourir, — dans l’argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Mourir (Argot du peuple).

France, 1907 : Mourir. En style militaire, c’est, après avoir fini son service de garde, qui est de vingt-quatre heures, retourner au quartier.

— Eh bien, reprit Hulot, qui possédait éminemment l’art de parler la langue pittoresque du soldat, il ne faut pas que de bons lapins comme nous se laissent embêter par des chouans… Vous allez, à vous quatre, battre les deux côtés de cette route. Tâchez de ne pas descendre la garde, et éclairez-moi cela vivement.

(Balzac, Les Chouans)

On enterrait un soldat. Un bataillon accompagnait le convoi.
Passe un gavroche :
Ce que c’est que la vie, pourtant, dit-il ; il y en a qui montent la garde et d’autres qui la descendent.

Enflammés (bataillon des)

France, 1907 : Se dit, dans l’argot militaire, des amoureux qui partent tous les soirs battre les buissons de Cythère, c’est-à-dire courir la gueuse.

Envoûter

Rossignol, 1901 : Pendant la campagne de Chine, en 1859, Berger, caporal au 2e bataillon de chasseurs à pied, surprit un grand cadavre de spahi qui cherchait à déshabiller un Chinois qui se défendait autant qu’il pouvait.

Que fais-tu là, grand sauvage, tu vois bien que c’est un Chinois. — Scientifique, répond l’Arabe ; macache toucar nico basta, macache trouvé chinoise, trouve chinois, c’est kifkif : ça m’est égal veux pas faire de mal, en… brasser seulement ; pas trouvé chinoise, trouvé chinois, c’est la même chose.

Filature

Virmaître, 1894 : Terme employé par les agents de la sûreté pour indiquer qu’ils filent un voleur (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Suivre. Un agent de police fait une filature, lorsqu’il suit un voleur pour savoir ce qu’il fait.

Hayard, 1907 : Occupation d’un agent qui suit quelqu’un.

France, 1907 : Action de filer quelqu’un, en terme de policier.

Mais la police est en défaut quand l’individu observé change de costume ou prend une voiture. Son flair est dérouté par le moindre écart dans la marche, qu’elle suppose normale, de l’individu. Mais en filature, les agents ne chassent qu’à vue. Couper sa barbe et troquer une blouse contre un paletot suffit à les dévoyer. Quand l’homme filé à les moyens de prendre un fiacre, l’agent lâche la poursuite. Il n’ira pas se lancer à son tour dans un sapin. Quand il présenterait sa note de frais, on lui rayerait impitoyablement son véhicule, en le prévenant sévèrement de ne plus « tirer de ces carottes-là. »

(Edmond Lepelletier)

France, 1907 : Cantine. On dit aussi filature de poivrots.

Matra était un petit clairon à poil noir, aux yeux de souris, trapu comme une poutre, et si leste qu’il semblait cacher des ressorts dans sa culotte. Je le connus au 17e bataillon de vitriers.
— Combien veux-tu par mois ?
Il suçait son embouchoire :
— Sept sous par semaine.
— Ça y est.
Le clairon pivota.
— Où allons nous ? Demandai-je.
— À la filature des poivrots, dit Matra, faut bien arroser le marché.
Cette filature, c’était la cantine.

(Georges d’Esparbès)

Fils à papa

France, 1907 : Jeune monsieur dont le principal mérite est d’être le fils d’un papa cossu ou appartenant au bataillon des grosses légumes.

Je sais comment cela se passe, dans les régiments de cavalerie, il en était ainsi de mon temps et les choses n’ont pas changé : sur les trente hommes dont se compose le corps des sous-officiers, vous avez quelques gaillards, fils à papa, qui ont raté l’École et qui sont protégés en haut lieu : on est pour eux plein d’attention et on s’efforce de leur adoucir les quelques mois qui les séparent du jour où ils passeront l’examen de Saumur.

(Général Du Barrail)

Une table surtout occupée par une demi-douzaine de sous-officiers, présentait une animation extraordinaire : toutes les armes étaient représentées ; il y avait des chasseurs, des cuirassiers, des dragons, des hussards, et le plus âgé n’avait pas vingt-deux ans. D’ailleurs la moustache hérissée en chat, la coiffure en racine droite, le linge fin, les bottes vernies et les bagues au doigt prouvaient que j’avais devant moi des fils à papa très à leur aise.

(Pompon, Gil Blas)

On dit aussi fils d’archevêques.

Voyons le dernier tableau des lieutenants de vaisseau proposés pour le grade de capitaine de frégate : sur 9 officiers que s’y trouvent portés, nous notons six fils d’archevêques, dont deux gendres, et cependant 150 lieutenants de vaisseau croyaient avoir des titres !…

(A. Saissy, Mot d’Ordre)

Fricoteur

Larchey, 1865 : Parasite, maraudeur.

Ces mauvais troupiers pillaient tout sur leur passage. On les appelait des fricoteurs.

(M. Saint-Hilaire)

Quant a vos écuyers, chambellans et autres fricoteurs de même espèce.

(Van der Burch)

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui aime les bons repas. Signifie aussi Agent d’affaires véreuses.
Le bataillon des fricoteurs. « S’est dit, pendant la retraite de Moscou, d’une agrégation de soldats de toutes armes qui, s’écartant de l’armée, se cantonnaient pour vivre de pillage et fricotaient au lieu de se battre. » (Littré.)

Rigaud, 1881 : Soldat qui aime à faire bombance aux dépens des autres, à manger et à boire avec l’argent des camarades, — dans le jargon des troupiers.

Rigaud, 1881 : Typographe qui prend des lettres dans la casse des autres.

Boutmy, 1883 : s. m. Celui qui fricote, c’est-à-dire qui pille la casse de ses compagnons. Les fricoteurs sont heureusement assez rares.

Merlin, 1888 : Celui qui cherche à bien vivre, à ne rien faire, à éviter les corvées.

Virmaître, 1894 : Agent d’affaires, synonyme de tripoteur. Au régiment, les troupiers qui coupent aux exercices, aux corvées, en un mot au service, sont des fricoteurs (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : L’employé qui fait le moins possible de travail et qui évite les corvées est un fricoteur.

France, 1907 : Noceur, ripailleur peu scrupuleux sur les moyens à employer pour faire bombance. « L’ancienne armée était pleine de fricoteurs. »

En temps de paix, traînant ses grègues le long des routes ou aplatissant son nez contre les vitrines des garnisons, le soldat est comme un canard sans eau, une poule sans poussins… hors de son élément, privé de la tâche qui lui est dévolue.
Je parle du bon soldat, s’entend — ni des couards, ni des fricoteurs !

(Séverine)

Et le fricoteur — espèce précieuse, en campagne, prit du café en grain dans le sac que portait le gros S…, mon compagnon, l’écrasa avec la crosse de son fusil, pendant que d’autres enlevaient les cercles d’une barrique pour faire du feu.

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

C’est dans les premières guerres de la Révolution que ce sobriquet fut donné aux soldats de toutes armes qui abandonnent leurs corps pour marauder et piller. Ces mauvais troupiers jetaient leur sac, leur fusil, et armés de poêles à frire, de broches, ayant une marmite sur le dos, pillaient et dévastaient tout sur leur passage ; on les appelait les fricoteurs.
Le visage noirci par la fumée des bivouacs, ils couraient les uns sur les autres, confusément et par soubresauts, comme des moutons harcelés par des chiens. Parfois, une terreur panique s’emparait de ce hideux troupeau ; alors ils s éparpillaient à droite et à gauche, franchissaient haies et fossés, inondaient au loin la plaine et, dès que l’ennemi s’approchait, fuyaient honteusement en finissant toujours par refluer dans les rangs des braves troupiers, soumis aux rigueurs de la discipline ; mais le danger passé, ou leur frayeur dissipée, les fricoteurs isolés se reformaient en peloton et recommençaient leurs excès.

(Physiologie du troupier)

Pendant la retraite de Moscou, ils reparurent en grand nombre, cantonnèrent aussi loin que possible des horions, fricotant au lieu de se battre. Ils étaient connus sous le nom de Bataillon des fricoteurs.
Au temps de Napoléon, on fut pour les fricoteurs d’une sévérité terrible ; on tirait sur eux comme sur l’ennemi, et lorsqu’on pouvait en attraper, on les jugeait et on les fusillait impitoyablement.

(É. Marco de Saint-Hilaire)

Fruit sec

Larchey, 1865 : « Les fruits secs sont ceux qui, après leur examen de sortie, ne sont pas déclarés admissibles dans les services publics. » — La Bédollière. — Le mot s’explique de lui-même. Un fruit sec est un sujet dont les aptitudes n’ont pu mûrir. — L’intermédiaire (mai 1865) le fait remonter au premier polytechnicien déclaré non admissible (1800), et appelé fruit sec parce que sa famille lui envoyait beaucoup de provisions.

Delvau, 1866 : s. m. Jeune homme qui sort bredouille du lycée ou d’une école spéciale. Se dit aussi, par extension, d’un mauvais écrivain ou d’un artiste médiocre. « Cette appellation, — dit Legoarant, vient de l’École polytechnique, où un jeune homme de Tours qui travaillait peu fut interpellé par ses camarades pour savoir quelles étaient ses intentions s’il n’était pas classé. Il répondit : Je ferai comme mon père le commerce des fruits secs. Et en effet ce fut son lot. »
Les fruits secs de la vie. Les gens qui, malgré leurs efforts ambitieux, n’arrivent à rien, — qu’au cimetière.

Rigaud, 1881 : Élève d’une école spéciale qui n’a pas réussi à ses derniers examens. — Sortir fruit sec de l’École Polytechnique. — Fruit sec se dit par extension pour désigner celui qui, n’ayant pas réussi dans une profession libérale, en a embrassé une autre, ou qui est allé grossir le bataillon des déclassés.

France, 1907 : Jeune homme qui sort bredouille du collège on d’une école spéciale ; se dit par extension d’un mauvais écrivain, d’un artiste médiocre, de tout individu qui a manqué sa carrière.
L’on a été chercher bien loin l’étymologie de fruit sec, jusqu’à raconter que le nom en avait été donné à un élève de l’École polytechnique dont le père faisait le commerce de pruneaux et qui, refusé à son examen de sortie, continua le négoce paternel.
Il faut avoir bien envie de donner des explications pour en fournir de semblables ; le mot lui-même de fruit sec n’en est-il pas une suffisante sans aller chercher midi à quatorze heures.

Un pédant doublé d’un fruit sec
Devient un homm’ d’esprit avec
D’la braise !

(Aristide Bruant)

Les fruits secs de la vie, les gens qui, malgré leurs efforts ambitieux, n’arrivent à rien.

Guiche (le bataillon de la)

France, 1907 : Le monde des souteneurs.

Et si la p’tit’ ponif’ triche
Su’ l’compt’ des rouleaux,
Gare au bataillon d’la guiche !
C’est nous qu’est les dos.

(Jean Richepin)

Inconobré

Delvau, 1866 : s. et adj. Inconnu, étranger, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Inconnu.

Virmaître, 1894 : Inconnu ou étranger. On dit aussi : inconnu au bataillon (Argot des voleurs).

France, 1907 : Inconnu, étrangers ; argot des voleurs.

Joyeux

Rigaud, 1881 : Surnom des zéphirs, soldats du bataillon d’Afrique.

France, 1907 : Soldat des bataillons d’Afrique.

I’s sont d’la ru’, c’est des joyeux…
Oui… mais c’est des joyeux honnêtes,
Et malgré qu’ça soy’ que des bêtes
I’s ont d’la bonté plein les yeux.

(A. Bruant, Les Quat’ pattes)

Lignard

Larchey, 1865 : Officier ou soldat des troupes de ligne.

Delvau, 1866 : s. m. Soldat de la ligne, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Pêcheur à la ligne, — dans le jargon des canotiers de la Seine.

Rigaud, 1881 : Rédacteur de journal payé à la ligne.

Rigaud, 1881 : Soldat d’infanterie de ligne.

Rigaud, 1881 : Typographe chargé de la ligne courante.

Boutmy, 1883 : s. m. Compositeur qui fait spécialement la ligne courante.

Virmaître, 1894 : V. Fantaboche.

France, 1907 : Dans l’argot des typographes, c’est le compositeur chargé spécialement de la ligne courante.

France, 1907 : Peintre qui s’attache plus à la pureté du dessin, à la perfection de la ligne qu’à la couleur.

France, 1907 : Soldat d’infanterie de ligne. Les cavaliers désignent aussi les fantassins sous les sobriquets de homard, écrevisse de rempart, bigorneau, carapata, méfiant, mille-pattes, fiflot, etc.

Un dragon, de taille gigantesque, cause avec un tout petit lignard, lequel se plaint amèrement que le soleil lui tape sur la tête.
Alors le cavalier, d’un ton de supériorité dédaigneuse :
— Que dirais-tu si tu étais à ma place ? Car je crois que ma tête est infiniment plus près du soleil que la tienne !

C’est le printemps : dans sa cuisine,
Quand Madame va faire un tour,
Elle trouve avec Catherine
Un lignard jaspinant d’amour.

(Grammont)

Le petit lignard, si bon, si dévoué, si naïf, est la glorieuse personnification de notre armée. C’est un héros qui s’ignore lui-même. Dans l’âme de ce descendant des Gaulois couve le feu sacré qui fit de nous la grande nation ; au moindre choc, l’étincelle jaillit, l’odeur enivrante de la poudre éveille les instincts guerriers qui sommeillent dans sa poitrine ; quand les mâles accords du clairon retentissent, un frisson de fierté passe dans ses veines ; il s’exalte lorsque tonne la grosse voix du canon ; ses narines se dilatent en aspirant les émanations brûlantes du combat ; son sang s’échauffe, sa tête s’anime et resplendit, il pousse à pleins poumons la clameur stridente des batailles, et il s’élance avec une fougue indicible au milieu de la mêlée…
C’est alors que l’infanterie fournit ces charges fameuses, ces charges furieuses et échevelées comme les vagues de la tempête, terribles et foudroyantes comme les avalanches des Alpes.

(Dick de Lonlay, Au Tonkin)

Concluons par ces beaux vers que Geogres d’Esparbès a dédiés au 46e de ligne, à l’anniversaire de la mort du brave La Tour-d’Auvergne :

Ô lignard ! bleu soldat de France
À l’œil ferme, au cœur vivandier,
Troubade, fils du grenadier,
Pousse-caillou de l’espérance,
Coq des blés vermeils et des seigles,
Sonne l’appel des bataillons,
Arme ton ergot d’aiguillons,
Vole vers le Rhin ! sus aux aigles !
Hardi, biffin ! boucle ta hotte,
Gretchen prépare ton fricot,
Mets une aile à ton godillot,
Loge une âme sous ta capote,
Les clairons font signe aux trompettes…
Bois un quart de vieux vin gaulois,
Et comme D’Auvergne autrefois,
Vas emplir ton sac de conquêtes !

Marche de flanc

Delvau, 1866 : s. f. Le sommeil, ou seulement le repos, — dans l’argot des sous-officiers.

Rigaud, 1881 : Repos sur le lit de camp, — dans le jargon des troupiers. — Razzia, maraude, — dans le jargon des soldats du bataillon d’Afrique.

France, 1907 : Le repos ou le sommeil. Faire une marche de flanc, se coucher, s’allonger.

Marlou

Clémens, 1840 : Adroit.

un détenu, 1846 : Individu impropre a rien, un fainéant et un voleur adroit, fin, rusé, malin.

Delvau, 1864 : Variété de maquereau, d’homme sans préjugés, qui non-seulement consent à recevoir de l’argent des filles galantes, mais encore en exige d’elles le poing sur la gorge et le pied dans le cul.

La plus sublime de ces positions, c’est celle du marlou.

(Frédéric Soulié)

C’est des marlous, n’y prends pas garde.

(H. Monnier)

Larchey, 1865 : Souteneur. — Corruption du vieux mot marlier : sacristain. — Les souteneurs étaient de même appelés sacristains au dix-huitième siècle. On en trouve plus d’une preuve dans Rétif de la Bretonne.

Un marlou, c’est un beau jeune homme, fort, solide, sachant tirer la savate, se mettant fort bien, dansant la chahu et le cancan avec élégance, aimable auprès des filles dévouées au culte de Vénus, les soutenant dans les dangers éminents…

(Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8)

Par extension, on appelle marlou tout homme peu délicat avec les femmes, et même tout homme qui a mauvais genre.

(Cadol)

Delvau, 1866 : s. et adj. Malin, rusé, expert aux choses de la vie.

Delvau, 1866 : s. m. Souteneur de filles, — dans l’argot des faubouriens. Pourquoi, à propos de ce mot tout moderne, Francisque Michel a-t-il éprouvé le besoin de recourir au Glossaire de Du Cange et de calomnier le respectable corps des marguilliers ? Puisqu’il lui fallait absolument une étymologie, que ne l’a-t-il demandée plutôt à un Dictionnaire anglais ! Mar (gâter) love (amour) ; les souteneurs, en effet, souillent le sentiment le plus divin en battant monnaie avec lui. Cette étymologie n’est peut-être pas très bonne, mais elle est au moins aussi vraisemblable que celle de Francisque Michel. Il y a aussi le vieux français marcou.

Rigaud, 1881 : Mauvais drôle, malin. — Souteneur de filles, — dans l’ancien jargon du peuple.

La Rue, 1894 : Souteneur. Filou. Malin, rusé. Front.

Virmaître, 1894 : Individu qui vit de la prostitution des femmes. Marlou vient du vieux mot marlier, avec un changement de finale (Argot des filles).

Rossignol, 1901 : Malin. Un souteneur c’est aussi un marlou.

Hayard, 1907 : Souteneur.

France, 1907 : Souteneurs du vieux mot marlier, sacristain, dénomination que le souteneur portait autrefois. Par extension, quand un homme marié a des rapports intimes avec une femme mariée, on dit que c’est son marlou.

Un marlou, Monsieur le Préfet, c’est un beau jeune homme, fort, solide, sachant tirer la savate, se mettant fort bien, dansant le chahut et le cancan avec élégance, aimable auprès des filles dévouées au culte de Vénus, les soutenant dans les dangers, sachant les faire respecter et les forcer à se conduire avec décence, oui, avec décente et je le prouverai. Vous voyez donc qu’un marlou est un être moral, utile à la société ; et vous venez les forcer à en devenir le fléau, en forçant nos particulières à limiter leur commerce dans l’intérieur de leurs maisons…

(Réclamation des anciens marlous au Préfet le police)

Quand faut aller servir c’tte bon Dieu d’République,
Où qu’tout l’monde est soldat malgré son consent’ment.
On nous envoi’ grossir les bataillons d’Afrique,
À caus’ que les marlous aim’nt pas l’gouvernement.

(Aristide Bruant)

L’rendez-vous d’Alphonse et d’Polyte,
L’tremplin où Nana tient sa cour,
Où l’marlou conduit sa marmite,
C’est l’pont Caulaincourt !

(Aristide Bruant)

anon., 1907 : Souteneur.

Melon

d’Hautel, 1808 : Il est aussi difficile de trouver un bon melon qu’une bonne femme. L’un et l’autre cependant ne sont point introuvables.

Larchey, 1865 : Niais, élève de première année à l’École de Saint-Cyr.

Vous êtes si melons à Châtellerault.

(Labiche)

Qui viennent me brimer, moi, malheureux melon.

(Souvenirs de Saint-Cyr)

On dit aussi cantaloup.

Ah ça ! d’où sort-il, ce cantaloup ? Sur quelle couche monsieur son papa l’a-t-il récolté, ce jeune légume ?

(Ricard)

Delvau, 1866 : s. et adj. Imbécile, nigaud. Cette injure, — quoique le melon soit une chose exquise, — a trois mille ans de bouteille, et son parfum est le même aujourd’hui que du temps d’Homère : « Thersite se moquant des Grecs, dit Francisque Michel, les appelle πέπονες. » Il y a longtemps, en effet, que l’homme, « ce Dieu tombé », ne se souvient plus des cieux, puisqu’il y a longtemps que la moitié de l’humanité méprise et conspue l’autre moitié.

Delvau, 1866 : s. m. Élève de première année, — dans l’argot des Saint-Cyriens.

Rigaud, 1881 : Chapeau rond et bas de forme, à la mode en 1880. Pareil aux phares à éclipse, le melon paraît, disparaît et reparaît, suivant les caprices de la mode.

Rigaud, 1881 : Nouveau venu, élève de première année à l’école de Saint-Cyr.

En ma qualité de melon, j’avais reçu, comme ennemi, un nombre prodigieux de coups de traversin sur la tête.

(Vicomte Richard, Les Femmes des autres)

Merlin, 1888 : Jeune sous-lieutenant de l’école.

Fustier, 1889 : On appelle ainsi au prytanée militaire tout élève faisant partie du troisième bataillon.

C’est au troisième bataillon des élèves, c’est-à-dire au bataillon des melons que l’agitation est très grande.

(Revue alsacienne, juillet 1887)

(V. Melon au Dictionnaire.)

La Rue, 1894 : Imbécile. Élève de première année à Saint-Cyr.

France, 1907 : Chapeau à fond bombé.

Après avoir examiné des pieds à la tête Chrétien, qui, malgré la misère, était encore assez proprement mis :
— Mince de frusques ! dit Mahurel. Un complet, un melon, du linge… T’as donc un héritage ? Paies-tu un verre ?…

(François Coppée, Le Coupable)

France, 1907 : Nigaud. Nouveau, élève de première année dans l’argot de Saint-Cyr et du Prytané militaire de la Flèche. Ce sobriquet viendrait de ce que jadis les nouveaux saint-cyriens entraient à l’école le jour de la Saint-Mellon, 22 octobre.

Connaissez-vous une spirituelle caricature de Draner, dans laquelle un saint-cyrien imberbe, un vrai melon, murmure mélancoliquement, en cirant ses bottes maculées de boue :
— Avoir cent mille livres de rentes, descendre des croisades et cirer ses bottes ! Enfn, papa m’a dit : Noblesse oblige !

(René Maizeroy, Souvenirs d’un Saint-Cyrien)

Fanatisez à l’exercice
Devant l’ancien qui vous instruit,
Sans quoi la salle de police,
Melons, vous attend cette nuit.

(Vieille chanson de Saint-Cyr)

Mille-pattes

Merlin, 1888 : Infanterie, régiment ou bataillon de fantassins. Le mot fait image.

Fustier, 1889 : Fantassin.

France, 1907 : Sobriquet donné par les cavaliers aux fantassins.

Il arrive parfois
Que la bourse est bien plate,
On n’est pas des bourgeois
Quand on est mille-patte,
Si l’on n’peut se payer
Sa petite chopine,
Faut souvent se fouiller
Passant d’vant la cantine !…
Aussi vive mon quart de vin
Dont la distribution sonne !
Vive ce nectar purpurin !
Vive la France qui le donne !

Motte

Delvau, 1864 : Le Mont-Sacré, la petite éminence osseuse qui couronne la nature de la femme, et qui est quelquefois glabre, mais le plus souvent pubescente, c’est-à-dire, couverte de poils.

Et quand il trouve la chemise, il la lève et m’appuie la main sur la motte, qu’il pince et frise quelque temps avec les doigts.

(Mililot)

Le mécréant se reculons,
Et regagne ses bataillons ;
L’un va pleurer sur une motte,
Et l’autre hélas ! sur les couillons.

(B. de Maurice)

Ces petits cons à grosse motte,
Sur qui le poil encor ne glotte,
Sont bien déplus friands boucans.

(Cabinet satyrique)

Mais toutes ces beautés, mon Aline, croîs-moi,
Cèdent à la beauté de ta motte vermeille.

(Théophile)

Rigaud, 1881 : Maison centrale de force et de correction, — dans le jargon des voleurs. — Dégringoler de la motte, sortir d’une maison centrale.

France, 1907 : Maison centrale.

France, 1907 : Proéminence du pubis chez la femme : on l’appelle aussi mont de Vénus. Théophile Gautier l’a décrit en quatre vers :

Une touffe d’ombre soyeuse
Veloute, sur son flanc poli,
Cette envergure harmonieuse
Que trace l’aine avec son pli…
Voyez ce muguet trousse-cotte
Qui voudrait nous manier la motte !
Oui, c’est pour lui qu’on cuit cheu moi !
Quien, l’abbé, v’là toujours pour toi…

(Vadé)

Les galants du dernier siècle l’appelaient le verger de Cypris.

Niche

d’Hautel, 1808 : Faire des niches. Faire pièce à quelqu’un, l’agacer, lui jouer de malins tours ; le tourmenter, lui faire de la peine.
La belle niche que tu lui feras. Pour, tu te trompes, si tu crois lui faire de la peine.

France, 1907 : Maison, logis. « Rappliquer à la niche », rentrer chez soi.

Quand qu’all’ rapplique à la niche
Et qu’nous somm’s poivrots,
Gare au bataillon d’la guiche,
C’est nous qu’est les dos.

(J. Richepin, Chanson des Gueux)

Oreilles de chien

France, 1907 : Un des sobriquets donnés aux petits jeunes gens appartenant à la jeunesse, dite dorée, du Directoire.

Au commencement de l’an III, quand les patriotes furent écrases et qu’il n’y eut plus qu’à piétiner sur les vaincus, les crevés sortirent de leurs trous et promenèrent dans les sections leurs faces blêmies par la débauche et la peur, cette peur implacable du lâche et du corrompu ; ils se joignirent aux petits émigrés cachés chez les filles, aux élégants de contrebande travestis en aristocrates sous le sobriquet de jeunesse dorée… et toute cette canaille élégante régna sur Paris, au nom de la modération et du bâton plombé, assommant les patriotes quand ils étaient vingt contre un, et fouettant leurs femmes, aux applaudissements des nymphes… Dès cette époque, et bien avant déjà, la petite coterie s’était renforcée de l’élément plébéien dans une forte proportion ; car les petits du bourgeois ont toujours aimé jouer au gentilhomme. Cette coalition forma ce bataillon de singes qu’on a tour à tour nommés : muscadins, jeunes gens, jeunesse dorées, cadenettes, peignes retroussés, incroyables, merveilleux, oreilles de chien, et, sous le Directoire, pourris (ce mot-ci est bien aussi pittoresque que les nôtres).

(Louis Combes, Curiosités révolutionnaires)

Oseille (scène de l’)

Rigaud, 1881 : Scène où l’on exhibe le bataillon des femmes décolletées, dans une féerie ou autre pièce de même moralité. Oseille est là comme variante de persil. On a dit scène de l’oseille comme on aurait dit scène du persil, c’est-à-dire scène de la retape. (V. ces mots.)

Pas vu, pas pris

Merlin, 1888 : Refrain des bataillons d’Afrique.

Pékin de bahut

Rigaud, 1881 : Élève de Saint-Cyr qui a fini ses études. Il est affranchi de l’école, du bahut.

France, 1907 : Sobriquet donné par les saint-cyriens aux candidats admis à l’École militaire. Tous les ans, à l’époque des examens, les cornichons ou candidats à Saint-Cyr font un monôme partant de la place du Panthéon et chantent le Pékin de bahut, dont voici l’un des couplets :

Vous qui, dans l’espoir de Saint-Cyr,
Pâlissez sur vos noirs bouquins,
Puissiez-vous ne jamais réussir :
C’est le vœu de vos grands anciens.
Si vous connaissiez les horreurs
De la « pompe » et du « bataillon »,
Vous préféreriez les douceurs
De la vie que les fumist’ ont !!!
Oh ! Pékin de bahut,
Viens, nous t’attendons tous ;
Nous leur ferons tant de chahut
Qu’à la Pompe, ils en seront fous (bis).

Poivré

France, 1907 : Atteint de syphilis.

France, 1907 : Excitant, pimenté au figuré.

Elles s’en vont peu à peu, les héroïnes du bataillon sacré, qui surent tomber avec grâce durant un demi-siècle et, ayant excité des vieux messieurs avec l’innocence poivrée de leurs quinze ans, conservèrent au seuil du douzième lustre des mains assez roses pour nouer le bandeau de l’amour sur des yeux d’adolescents.

(Francis Chevassu)

Poniffe

un détenu, 1846 : Fille publique, prostituée.

Rossignol, 1901 : Femme.

France, 1907 : Prostituée ; argot des voyous et des souteneurs.

Et si la p’tit’ poniff’ triche
Su’ l’compt’ des rouleaux,
Gare au bataillon d’la guiche !
C’est nous qu’est les dos.

(Jean Richepin, La Chanson des gueux)

On écrit aussi ponifle.

Quatrième du trois

France, 1907 : Sobriquet donné par les cavaliers aux fantassins à cause de la réponse que ceux-ci font généralement quand on les interroge sur le corps auquel ils appartiennent : « Je suis de la première du deux ; … de la cinquième du quatre ; …. de la quatrième du trois… » Sous-entendus compagnie et bataillon.

Que dira cette chère petite Mme Étienne, du café des sous-officiers, lorsqu’elle nous verra revenu les mains vides ? Et ces dames de la rue de l’Échelle ? Allons-nous être obligés de rester, comme les fantassins de la quatrième du trois, en extase devant les étalages de chair fraîche de leur vestibule ? Serons-nous réduits à bazarder notre burnous blanc dans la rue des Juifs pour faire une honnêteté à notre amie ? Et passerons-nous nos soirées à errer par les rues, les mains dans les poches, le sabre battant tristement l’éperon, cherchant d’un œil en détresse le camarade du jour d’infortune qui offre chez Le Maltais du coin l’absinthe à quatre sous le verre ou le champoreau de l’amitié ?

(Hector France, L’Homme qui tue)

Radiner

Rigaud, 1881 : Rentrer, revenir, retourner.

Le cousin Gustave qui radine de la Nouvelle-Calédo, me dit que là-bas, la veille du jour de l’an, on se marie.

(Le père Duchêne, 1879)

Les badingredins annoncent toujours que leur gosse va radiner.

(Le Sans-Culotte, 1879)

Radiner à la condition, rentrer à la maison. Radiner est sans doute une déformation du verbe rabziner qui, dans le patois picard, a la même signification.

Virmaître, 1894 : Revenir.
— Je radine à la piaule.
Radiner :
faire le radin, voler le tiroir-caisse d’un comptoir.
Ce tiroir est nommé radin parce qu’il renferme des radis (sous) (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Venir, revenir.

Hayard, 1907 : Revenir.

France, 1907 : Revenir, arriver. Radiner à la piole, rentrer chez soi.

V’là les fanand’s qui radinent.
Ohé ! tas d’poch’tés,
Les gonciers qui nous jardinent
I’s’ront vraiment j’tés,
Nous la r’levons rien qu’dans l’riche,
Malgré nos rideaux.
Gare au bataillon d’la guiche !
C’est nous qu’est les dos.

(J. Richepin, La Chanson des gueux)

Roublard

Vidocq, 1837 : s. m. — Laid, défectueux.

Delvau, 1864 : Libertin qui connaît toutes les ruses féminines et qui, des deux rôles que les hommes jouent avec les filles, celui de miché et celui de maquereau, celui de jobard et celui d’écornifleur, préfèrerait encore le dernier au premier.

Ça me rappellera, à moi, vieux roublard, le temps où je l’avais encore, où j’étais si godiche avec le sexe.

(Lemercier de Neuville)

Larchey, 1865 : Richard. — Mot à mot : homme à roubles. — S’il faut en croire le Figaro du 27 novembre 1858, on appelle aussi roublart un chevalier d’industrie extorquant des directeurs de jeux une somme qui lui permette de regagner son pays, après une perte dont il exagère la valeur.

Delvau, 1866 : adj. et s. Rusé, adroit, qui a vécu, qui a de l’expérience, — dans l’argot des faubouriens. Si ce mot vient de quelque part, c’est du XVe siècle et de ribleux, qui signifiait Homme de mauvaise vie, vagabond, coureur d’aventures.

Delvau, 1866 : adj. Laid, défectueux, pauvre, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Laid, défectueux. — Blasé, malin. — Agent de police, — dans le jargon des voleurs. — Riche, c’est-à-dire homme aux roubles, — dans le jargon des demoiselles de Mabille.

La Rue, 1894 : Laid, défectueux. Rusé, malin. Riche, heureux. Agent de police.

Virmaître, 1894 : Les voleurs disent d’un homme affreusement laid qu’il est un roublard. A. D. Ce n’est pas le vrai sens aujourd’hui. Roublard veut dire malin, fin comme un renard. Un homme qui sait habilement se tirer d’un mauvais pas est un roublard. Roublard : homme qui cache soigneusement sa pensée, qui est pétri de roublardise (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Rusé, malin et sans scrupule.

France, 1907 : Heureux, richard, individu qui a de l’argent, des roubles. Argot populaire.

C’était un vieux roublard, un antique marlou,
Jadis on l’avait vu, denté blanc comme un loup,
Vivre pendant trente ans de marmite en marmite ;
Plus d’un des jeunes dos et des plus verts l’imite.

(Jean Richepin, La Chanson des gueux)

France, 1907 : Malin, rusé, fourbe.

… Nous assistons à une lutte homérique inégale : celle de l’honnête homme contre le gredin, du bonnard contre le roublard, et il est facile de prévoir que si l’on n’y met ordre, si l’on ne réagit énergiquement contre ce flot envahissant qui met la gangrène partout… l’argent des honnêtes gens passera dans les poches des filous… Ce qui déjà est aux trois quarts fait.

(Hogier-Grison, Les Hommes de proie)

Roublards comme cinq cents diables, ils se jettent partout, semant la division entre les bons bougres, cimentant au contraire l’union des jean-foutres.
Loups avec les loups, ils hurlent ou lèchent selon les milieux et les circonstances, se grimant en républicains, en socialistes, essayant de faire dévier la révolution.

(Le Père Peinard)

Le mot est aussi employé au féminin.

Ces vieilles roublardes, soldats chevronnés du bataillon qui se rend et ne meurt pas, sont les plus dangereuses des créatures. Elles connaissent l’homme dans tous les coins les plus secrets de son être et de son cœur et mettent au service du mal une expérience que n’a pas la jeunesse.

(Colombine, Gil Blas)

Scolo

Fustier, 1889 : C’est ainsi que le peuple, à Paris, appelle l’enfant qui fait partie d’un bataillon scolaire. Scolo est d’un usage courant.

Vous connaissez les scolos, n’est-ce pas ? C’est ainsi que l’on nomme en langage populaire, les bataillons scolaires.

(Liberté, février 1886)

France, 1907 : Bataillon scolaire.

Les municipalités, les autorités civiles, qui n’adorent rien tant que la pompe militaire, n’ayant plus à leur disposition la « garde citoyenne », se sont rabattues d’abord sur les scolos ; puis ils ont trouvé que ceux-ci manquaient un peu de prestige, et ç’a été le tour des pompiers.

(L’Avenir militaire)

Siam (bataillon de)

France, 1907 : Groupe des vénériens à l’infirmerie de l’École polytechnique.

Il est rare qu’on sait à y soigner quelque affection grave, car l’École, située an sommet de la montagne Sainte-Geneviève, est parfaitement saine… Les malades que l’on y voit habituellement sont ceux qui ne sont pas soignés par les sœurs, mais par un infirmier appelé autrefois Siam, d’où le nom de bataillon de Siam donné à ce petit groupe.

(Albert Lévy et G. Pinet)

Silo

France, 1907 : Les silos proprement dits sont des trous profonds creusés dans la terre où les Arabes renferment leurs graines. Dans les premiers temps des guerres d’Afrique, l’on s’est servi de ces trous pour y enfermer les soldats indisciplinés ou simplement punis lorsque ces silos, vidés au préalable, se trouvaient dans le voisinage des camps. Plus tard on en creusa spécialement l’usage de certains corps tels que les compagnies de discipline et les bataillons d’Afrique. On descendait le coupable dans le trou au moyen d’une échelle et on l’y laissait jusqu’à l’expiration de la peine infligée par le colonel ou même par un simple sous-officier.

La discipline des armées de mer est aussi sévère que celle des compagnies d’Afrique, et pèse sur des hommes qui n’ont jamais été condamnés. Huit jours de fers à fond de cale ne sont pas plus cruels que huit jours de fers dans les silos.

(Général Lewal)

Le silo, noir tombeau de forme circulaire,
Dans les camps africains, que l’on creuse sous terre,
Étroit à l’orifice et large dans le fond,
Humide, sale, obscur, implacable et profond,
Une trappe sinistre, une bouche béante
Qui saisit une proie et l’envahit vivante,
Un cercle ténébreux où l’homme jeté seul,
Semble un mur oublié, sans croix et sans linceul,
Car l’on vous y descend de la seule manière
Qu’en un sombre sépulcre on descend une bière !

(Léonce Fargeas, Le Silo)

Stercoraires (bataillon des)

France, 1907 : La réunion des équipes de vidangeurs.

Le maniaque qui veut tout réglementer, constitue, pour sa société idéale, des bataillons de stercoraires, revêtus d’un uniforme spécial.

(F. Coppée)

Suisse (faire)

Larchey, 1865 : « Le soldat a le point d’honneur de ne jamais manger ou boire seul. Cette loi est tellement sacrée, que celui qui passerait pour la violer serait rejeté de la société militaire, et on dirait de lui : Il boit avec son suisse, et le mot est une proscription. » — Vidal, 1833.

Un soldat français ne doit pas faire suisse, ne boit jamais seul.

(La Bédollière)

Le premier exemple donne la clé du mot. Le soldat, n’ayant pas de suisse, ne peut boire avec lui, donc il boit seul. Cette ironie a dû être inventée pour rappeler quelque engagé de bonne compagnie aux règles de la fraternité.

Rigaud, 1881 : « Ce mot, à la caserne, équivaut à une injure indélébile. — Faire suisse, c’est vivre seul, mesquinement, sans relations amicales et sans appui ; c’est entasser son prêt, lésiner, thésauriser, s’imposer des privations volontaires ou dépenser sournoisement son argent loin des autres. » (A. Camus)

Merlin, 1888 : Dans le langage ordinaire, on dit soûl comme un Polonais et boire comme un Suisse ; dans l’argot militaire, faire Suisse veut dire boire seul.

La Rue, 1894 : Boire seul.

France, 1907 : Boire seul. Cette expression viendrait de l’habitude qu’avaient les Cent-Suisses au service des rois de France de manger isolément. Dans l’ancienne armée, l’on faisait sauter en couverte les soldats qui faisaient suisse.

Le capitaine. — T’as beau bien te conduire, je sens qui t’as pas l’esprit de corps… l’amour de l’armée ? C’est une famille, l’armée ! Suffit pas d’être irréprochable… faut l’aimer, et puis être fier d’en faire partie, sacrebleu ! Avoir l’air gai-z-et content. Or, je me rappelle qu’on ne te voit jamais fricoter avec tes camarades… tu ne vas pas à la cantine…., tu ne jures point… jamais de salle de police… tu ne ris pas souvent… tu ne te saoules pas… tu ne chantes pas les chansons de route… t’es tout le temps tout seul à faire suisse et bande à part dans les coins. Ah, çà ! Ah çà ! Et puis, par dessus le marché… le dimanche… quand tous gueulent pour avoir des permissions, toi seul t’en demandes pas ? Et quand je t’en donne, malgré toi, espèce de caillou, tu refuses ! Qu’est-ce qui m’a foutu un pareil phénomène ? J’aime pas ça, les phénomènes… j’en veux pas dans mon bataillon. Allons, réponds à l’ordre, et lève les yeux…

(Henri Lavedan)

Tendeur

Virmaître, 1894 : Homme qui est toujours prêt à satisfaire une femme gourmande et passionnée (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Voir rippeur.

France, 1907 : Homme de complexion amoureuse. Vieux tendeur, vieux débauché. Argot populaire.

Très tendeur, il se payait d’autor les plus girondes ouvrières…, et fallait pas qu’une lui résistât, — sinon, du balai !
Ce n’était pas qu’un coq, c’était aussi un cochon : un jour, il appela dans son bureau une ouvrière et, se débraillant, lui mit le marché en main.

(Père Peinard)

Pour les vieux tendeurs qu’assomme
Une ronfle à grippart,
On s’camoufle en p’tit jeune homme,
En tant’ figne-à-part,
Quand l’pant’ a l’doigt dans la miche,
S’i’n’ casque pas gros,
Gare au bataillon d’la guiche !
C’est nous qu’est les dos.

(J. Richepin, La Chanson des gueux)

Tête de porc

France, 1907 : Ordre de combat adopté et désigné ainsi par le maréchal Bugeaud.

Le maréchal Bugeaud fit faire halte un instant, pour rectifier l’ordre de combat que nous avions pris, aussitôt après le passage du gué de l’Isly. C’était ln fameuse tête de porc, un grand losange dessiné par les bataillons d’infanterie, se flanquant de proche en proche et couverts par une ligne de tirailleurs assez largement espacés, mais appuyés sur des pelotons de soutien.

(Général du Barail, Mes souvenirs)

Tricorne

France, 1907 : Gendarme, à cause de la coiffure. Porter le tricorne en Sambre-et-Meuse, porter la coiffure sur l’oreille, à l’instar du célèbre bataillon de ce nom.

En tête marchaient cinq ou six élèves de l’École polytechnique, tricorne en Sambre-et-Meuse et l’épée à la main. Derrière eux, on portait en triomphe une femme en habits d’homme, ceinture rouge et pantalon collant, une héroïne de barricade que cette foule hurlante voulait présenter à mon père et qu’il fut obligé de recevoir. Cette scène me fit une impression de dégoût.

(Prince de Joinville)

Ventre de biche (couleur)

France, 1907 : Jaune clair, tirant sur chamois.

Le prince de Neufchâtel met beaucoup de pompe dans ses réceptions. Il tient excessive ment à sa principauté, est très fier d’avoir des sujets et un bataillon de Neufchâtel en habit ventre de biche, avec des doublures rouges.

(Maréchal de Castellane, Mémoires)

Vésuvienne

Delvau, 1866 : s. f. Femme galante. L’expression date de 1848, et elle n’a pas survécu à la République qui l’avait vue naître. Les Vésuviennes ont défilé devant le Gouvernement Provisoire ; mais elles n’auraient pas défilé devant l’Histoire si un chansonnier de l’époque, Albert Montémont, ne les eût chantées sur son petit turlututu gaillard :

Je suis Vésuvienne,
À moi le pompon !
Que chacun me vienne
Friper le jupon ?

France, 1907 : Sobriquet donné aux membres d’un club féminin qui se forma en 1848, appellation que justifiait la pétulance de ces dames et demoiselles et l’ardeur de leur feu pour la nouvelle république. Ces excentriques personnes devaient être âgées de 15 à 30 ans. Le 26 mars 1848, Le bataillon des vésuviennes, drapeau tricolore en tête, se rendit à l’Hôtel de Ville pour y solliciter la protection du gouvernement provisoire. Ce fut Lamartine qui les reçut. Le porte-parole de la bande l’apostropha en ces termes :

Citoyen, les vésuviennes out tenu à t’exprimer toute l’admiration que tu leur inspires. Au nom de toutes nos sœurs, nous avons mission de t’embrasser !

Lamartine frémit. Il ne se sentait nulle attraction pour ces viragos en dépit de leur costume qui participait de celui de la cantinière et de la danseuse de corde ; mais il se tira habilement de la corvée dont on le menaçait :

Citoyennes, s’écria-t-il, merci des sentiments que vous me témoignez ! mais laissez-moi vous le dire : des patriotes telles que vous ne sont pas des femmes : elles sont des hommes. Entre hommes, on ne s’embrasse pas, on se tend la main…

Elles finirent, dit-on, toutes ou presque toutes à la Closerie des Lilas. C’est ce qu’elles avaient à faire de mieux. Elles furent chantonnées dans des couplets moqueurs :

Je suis vésuvienne,
À moi le pompon ;
Que chacun me vienne
Friper le jupon !

Zéphir

Larchey, 1865 : « L’infanterie légère d’Afrique dont les hommes sont généralement désignés sous le nom de zéphyrs. »

(Gandon)

Delvau, 1866 : s. m. Soldat indiscipliné ou bon pour les compagnies de discipline. Argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Soldat du bataillon d’Afrique.

Les zéphirs, qu’on nomme aussi joyeux, se recrutent dans tous les régiments d’infanterie et Cavalerie, et forment une petite légion fougueuse, irascible, hostile aux règlements, rebelle au devoir, qui approvisionne très consciencieusement les prisons et les conseils de guerre.

(A. Camus)

Merlin, 1888 : Soldat des bataillons d’Afrique.

Virmaître, 1894 : Quand un troupier indiscipliné est envoyé on Afrique, aux compagnies de discipline, pour casser des cailloux sur les routes, il devient, de par son incorporation, un zéphir. Quand il fait un vent doux, on dit :
— Quel doux zéphir.
Quand un malpropre lâche une tubéreuse, c’est un sale zéphir pour celui qui est sous le vent (Argot du peuple).

Zéphirs

Rossignol, 1901 : Soldats des bataillons d’infanterie légère d’Afrique où sont envoyés tous les jeunes gens ayant été condamnés avant le tirage au sort, de sorte que ces bataillons ne sont composés que de gens tarés. Dans le temps, celui qui avait été aux zéphirs ne s’en cachait pas, parce qu’à cette époque on n’y incorporait qu’à la suite d’un conseil de guerre pour bris d’armes, vente d’effets ou autres délits, excepté pour vol. On les appelle aussi camisards. Ils chantaient une chanson dont je me rappelle les premiers mots :

Allons, camisards, Morbleu !
Narguons les hasards, Corbleu !

Zéphyr

Hayard, 1907 : Soldat des bataillons d’Afrique.

France, 1907 : Soldat des bataillons d’infanterie légère d’Afrique. C’est en 1831 que furent organisés ces bataillons avec des hommes de tous les régiments, infanterie et cavalerie, ayant subi une condamnation n’entraînant pas la dégradation militaire. Ces bataillons, qui étaient au nombre de trois avant la réorganisation de l’armée, avaient chacun leur surnom. Le premier s’appelait chacal ; le second, zéphyr ; le troisième, chardonneret. De ces trois surnoms zéphyr seul est resté ; chacal est devenu celui des zouaves ; quant à chardonneret, il a depuis longtemps disparu.

La plupart de ces soldats réfractaires ont d’excellents instincts, de vigoureuses qualités. Ils sont braves, spirituels, inventifs, plein de mépris pour le danger et toujours prêts aux entreprises extravagantes. Quelques-uns sont rétifs au joug, incorrigibles ; mais ceux-là même ont le mérite de la bravoure quand les balles sifflent et que le drapeau est menacé. Il y a parmi ces hommes des cœurs chauds, des bras dévoués, des intelligences élevées, et, pourquoi ne pas le dire, de véritables héros : Mazagran l’a prouvé.

(Dick de Lonlay, Au Tonkin)

V’là l’zéphyr qui passe,
L’joyeux, joyeux, joyeux !
Les laskars d’leur classe
Qu’ont pas froid aux yeux !

(Chant des Bataillons d’Afrique)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique