France, 1907 : Nom donné en Basse-Bretagne aux embouchures de quelques cours d’eau formant une échancrure de rivage favorablement disposée pour offrir un abri aux navires. C’est de ce nom qu’on a fait havre.
(E. Peiffer)
Aber
France, 1907 : Nom donné en Basse-Bretagne aux embouchures de quelques cours d’eau formant une échancrure de rivage favorablement disposée pour offrir un abri aux navires. C’est de ce nom qu’on a fait havre.
(E. Peiffer)
Accoutumer
d’Hautel, 1808 : Il est accoutumé à cela comme un chien d’aller nu-tête. Comparaison basse et burlesque, qui équivaut à, il a une grande habitude de ce travail ; il le fait sans effort, sans y penser le moins du monde.
Acrée donc !
Delvau, 1866 : Cette interjection, qui signifie « Tais-toi ! » se jette à voix basse pour avertir qu’un nouvel arrivant est ou peut être suspect. On dit aussi Nibé donc !
France, 1907 : Tais-toi.
Adorer
d’Hautel, 1808 : Adorer le veau d’or. Faire la cour, flatter bassement un homme dont tout le mérite consiste dans la fortune et les emplois.
Alêne
d’Hautel, 1808 : Il se laisseroit donner cent coups d’alêne dans les fesses, plutôt que de se battre. Se dit bassement d’un homme dénué de courage et d’énergie, qui souffre lâchement les outrages et les insultes qu’on lui fait, sans en demander raison.
Aligner
d’Hautel, 1808 : S’aligner. Se mettre sur ses gardes, prendre ses dimensions pour réussir dans une affaire.
Aligner les affaires. Locution basse et figurée, qui veut dire arranger, disposer les choses de manière à n’en être pas dupé ; se garder un quant à part ; faire son lot dans une distribution.
Delvau, 1866 : v. n. Mettre le couvert, — dans l’argot des francs-maçons.
Rossignol, 1901 : Se battre.
Si tu n’es pas content, allons nous aligner.
Dans l’armée lorsque deux militaires vont en duel, ils vont s’aligner.
Aller se faire couper les cheveux
Delvau, 1864 : Aller au bordel. — L’expression date de l’établissement des bains de mer de Trouville, fréquentés par la meilleure société parisienne. Trouville est pour ainsi dire un faubourg du Havre, mais un faubourg sans bordels. Les messieurs sans dames qui ont des besoins de cœur s’échappent, vont au Havre et reviennent l’oreille basse, la queue entre les jambes, comme honteux de leurs mauvais coups. D’où venez-vous ? leur demandent les dames. — J’ai été me faire couper les cheveux, répond chaque coupable. — Les dames trouvaient — trouvillaient, dirait Commerson — qu’ils allaient bien souvent se faire arranger — la chevelure.
Alpiou
Delvau, 1866 : s. m. Homme qui triche au jeu, — par allusion au nom donné autrefois à la marque que l’on faisait à sa carte en jouant à la bassette.
Ami
d’Hautel, 1808 : Ils vont ensemble comme une paire d’amis. Pour dire, bras dessus bras dessous ; ils vivent dans une grande familiarité.
Ami jusqu’à la bourse. Comme le sont les soi-disant amis du jour ; c’est-à-dire, tant qu’on n’a besoin ni de leur bourse, ni de leur crédit, ni de leur protection.
Ils sont amis comme cochons. Manière basse et triviale de parler, pour exprimer que des personnes qui, naguères, se détestoient, se sont rapprochées par intérêt, et affectent de se donner réciproquement de grands témoignages d’amitié.
Les bons comptes font les bons amis. Proverbe dont on ne sauroit trop se pénétrer, et qui signifie, que pour conserver la bonne intelligence dans une association quelconque, il faut apporter mutuellement beaucoup d’ordre et de probité dans les comptes.
Delvau, 1864 : Synonyme décent d’amant, qui est lui-même synonyme de fouteur.
Les autres qui auront plus de hâte et prendront des amis par avance pour en essayer…
(Mililot)
Rigaud, 1881 : Voleur émérite, d’après Balzac. Voleur qui professe un culte pour son métier, et ne met rien au-dessus du vol.
Après
d’Hautel, 1808 : Après lui, il faut tirer l’échelle. Pour dire il a atteint le plus haut degré de perfection ; il n’y a plus rien à faire après lui.
Après la pluie vient le beau temps. Signifie que le mauvais temps, les circonstances malheureuses, ne peuvent pas toujours durer ; et qu’un temps orageux présage assez ordinairement des jours calmes et sereins.
Après la pause vient la danse. C’est-à-dire qu’après avoir fait honneur à la table, il cst naturel de rechercher les agrémens que procure la danse.
Il va trop de chiens après cet os. Se dit bassement en parlant d’une succession où il y a beaucoup d’héritiers, pour exprimer que la part de chacun sera fort petite ; d’un emploi brigué par un grand nombre de concurrens ; d’une femme qui, comme Pénélope, est obsédée de galans et d’adorateurs.
Arguche
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Argot. Jaspiner arguche, parler argot.
Vidocq, 1837 : s. m. abst. — Argot. Jargon des voleurs et des filous, qui n’est compris que par eux seuls ; telle est du moins la définition du Dictionnaire de l’Académie. Cette définition ne me paraît pas exacte ; argot, maintenant, est plutôt un terme générique destiné à exprimer tout jargon enté sur la langue nationale, qui est propre à une corporation, à une profession quelconque, à une certaine classe d’individus ; quel autre mot, en effet, employer pour exprimer sa pensée, si l’on veut désigner le langage exceptionnel de tels ou tels hommes : on dira bien, il est vrai, le jargon des petits-maîtres, des coquettes, etc., etc., parce que leur manière de parler n’a rien de fixe, d’arrêté, parce qu’elle est soumise aux caprices de la mode ; mais on dira l’argot des soldats, des marins, des voleurs, parce que, dans le langage de ces derniers, les choses sont exprimées par des mots et non par une inflexion de voix, par une manière différente de les dire ; parce qu’il faut des mots nouveaux pour exprimer des choses nouvelles.
Toutes les corporations, toutes les professions ont un jargon (je me sers de ce mot pour me conformer à l’usage général), qui sert aux hommes qui composent chacune d’elles à s’entendre entre eux ; langage animé, pittoresque, énergique comme tout ce qui est l’œuvre des masses, auquel très-souvent la langue nationale a fait des emprunts importans. Que sont les mots propres à chaque science, à chaque métier, à chaque profession, qui n’ont point de racines grecques ou latines, si ce ne sont des mots d’argot ? Ce qu’on est convenu d’appeler la langue du palais, n’est vraiment pas autre chose qu’un langage argotique.
Plus que tous les autres, les voleurs, les escrocs, les filous, continuellement en guerre avec la société, devaient éprouver le besoin d’un langage qui leur donnât la faculté de converser librement sans être compris ; aussi, dès qu’il y eut des corporations de voleurs, elles eurent un langage à elles, langage perdu comme tant d’autres choses.
Il n’existe peut-être pas une langue qui ait un point de départ connu ; le propre des langues est d’être imparfaites d’abord, de se modifier, de s’améliorer avec le temps et la civilisation ; on peut bien dire telle langue est composée, dérive de telles ou telles autres ; telle langue est plus ancienne que telle autre ; mais je crois qu’il serait difficile de remonter à la langue primitive, à la mère de toutes ; il serait difficile aussi de faire pour un jargon ce qu’on ne peut faire pour une langue ; je ne puis donc assigner une date précise à la naissance du langage argotique, mais je puis du moins constater ces diverses époques, c’est l’objet des quelques lignes qui suivent.
Le langage argotique n’est pas de création nouvelle ; il était aux quatorzième, quinzième et seizième siècles celui des mendians et gens de mauvaise vie, qui, à ces diverses époques, infestaient la bonne ville de Paris, et trouvaient dans les ruelles sombres et étroites, alors nommées Cour des Miracles, un asile assuré. Il n’est cependant pas possible d’en rien découvrir avant l’année 1427, époque de la première apparition des Bohémiens à Paris, ainsi l’on pourrait conclure de là que les premiers élémens de ce jargon ont été apportés en France par ces enfans de la basse Égypte, si des assertions d’une certaine valeur ne venaient pas détruire cette conclusion.
Sauval (Antiquités de Paris, t. 1er) assure que des écoliers et des prêtres débauchés ont jeté les premiers germes du langage argotique. (Voir Cagoux ou Archi-suppôt de l’argot.)
L’auteur inconnu du dictionnaire argotique dont il est parlé ci-dessus, (voir Abbaye ruffante), et celui de la lettre adressée à M. D***, insérée dans l’édition des poésies de Villon, 1722, exemplaire de la Bibliothèque Royale, pensent tous deux que le langage argotique est le même que celui dont convinrent entre eux les premiers merciers et marchands porte-balles qui se rendirent aux foires de Niort, de Fontenay et des autres villes du Poitou. Le docteur Fourette (Livre de la Vie des Gueux) est du même avis ; mais il ajoute que le langage argotique a été enrichi et perfectionné par les Cagoux ou Archi-Suppôts de l’Argot, et qu’il tient son nom du premier Coësré qui le mit en usage ; Coësré, qui se nommait Ragot, dont, par corruption, on aurait fait argot. L’opinion du docteur Fourette est en quelque sorte confirmée par Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans, qui écrivait sous les règnes de François Ier et de Henri II, qui assure que de son temps le roi ou le chef d’une association de gueux qu’il nomme Belistres, s’appelait Ragot. (Voir Dialogues de Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans. À Rouen, chez Martin Lemesgissier, près l’église Saint-Lô, 1589, exemplaire de la Bibliothèque Royale, no 1208.)
La version du docteur Fourette est, il me semble, la plus vraisemblable ; quoi qu’il en soit, je n’ai pu, malgré beaucoup de recherches, me procurer sur le langage argotique des renseignemens plus positifs que ceux qui précèdent. Quoique son origine ne soit pas parfaitement constatée, il est cependant prouvé que primitivement ce jargon était plutôt celui des mendians que celui des voleurs. Ces derniers, selon toute apparence, ne s’en emparèrent que vers le milieu du dix-septième siècle, lorsqu’une police mieux faite et une civilisation plus avancée eurent chassé de Paris les derniers sujets du dernier roi des argotiers.
La langue gagna beaucoup entre les mains de ces nouveaux grammairiens ; ils avaient d’autres besoins à exprimer ; il fallut qu’ils créassent des mots nouveaux, suivant toujours une échelle ascendante ; elle semble aujourd’hui être arrivée à son apogée ; elle n’est plus seulement celle des tavernes et des mauvais lieux, elle est aussi celle des théâtres ; encore quelques pas et l’entrée des salons lui sera permise.
Les synonymes ne manquent pas dans le langage argotique, aussi on trouvera souvent dans ce dictionnaire plusieurs mots pour exprimer le même objet, (et cela ne doit pas étonner, les voleurs étant dispersés sur toute l’étendue de la France, les mots, peuvent avoir été créés simultanément). J’ai indiqué, toutes les fois que je l’ai pu, à quelle classe appartenait l’individu qui nommait un objet de telle ou telle manière, et quelle était la contrée qu’il habitait ordinairement ; un travail semblable n’a pas encore été fait.
Quoique la syntaxe et toutes les désinences du langage argotique soient entièrement françaises, on y trouve cependant des étymologies italiennes, allemandes, espagnoles, provençales, basques et bretonnes ; je laisse le soin de les indiquer à un philologue plus instruit que moi.
Le poète Villon a écrit plusieurs ballades en langage argotique, mais elles sont à-peu-près inintelligibles ; voici, au reste, ce qu’en dit le célèbre Clément Marot, un de ses premiers éditeurs : « Touchant le jargon, je le laisse exposer et corriger aux successeurs de Villon en l’art de la pince et du croc. »
Le lecteur trouvera marqué d’un double astérisque les mots extraits de ces ballades dont la signification m’était connue.
Delvau, 1866 : s. m. Argot. Arguche, arguce, argutie. Nous sommes bien près de l’étymologie véritable de ce mot tant controversé : nous brûlons, comme disent les enfants.
Rigaud, 1881 : Argot, avec changement de la dernière syllabe.
Rigaud, 1881 : Niais, — dans le jargon des voleurs.
France, 1907 : Argot du vieux mot argu, ruse, finesse, dont on a fait argutie.
Arlatenque
France, 1907 : Arlésienne.
Il sera bon de se trouver en Arles le dimanche et de s’égarer dès l’aurore dans le frais dédale des rues, courtes, se coupant à angle droit, où les diligentes Arlatenques, coiffées du mouchoir matinal à cornes, donnent un suprême coup de pinceau aux façades basses des maisons dont le rez-de-chaussée, jusqu’au premier étage, reçoit chaque samedi, comme chacun sait, une couche de lait de chaux.
(Paul Arène)
Arracher un pavé
Rigaud, 1881 : Se livrer au travail d’Onan, — dans le jargon des voyous.
Virmaître, 1894 : V. Rouscailler.
Rossignol, 1901 : J’avais un vieil ami de 70 ans qui me disait : Mon cher Rossignol, quand je pouvais, je n’avais pas le temps ; maintenant que j’ai le temps, je ne peux plus.
France, 1907 : Monter sur l’autel de Vénus, acte qui pour certaines gens est aussi dur que d’arracher un pavé de la rue.
Deux minutes après, elle roulait dans ma voiture. Ah ! qu’il est doux parfois d’arracher un pavé…
(Pompon, Gil Blas)
Depuis le commencement de la langue on a usé de nombreuses périphrases dont voici les plus décentes : Accorder sa flûte, administrer une douche, aforer le tonnel, aller à la charge, aller aux armes, apaiser sa braise, avoir contentement ; faire bataille, bonne chère, dia hur haut, du bon compagnon, fête, la belle joie, la bonne chose, la chose pourquoi, la chosette, la culbute, la grenouille, la pauvreté, l’amoureux tripot, le déduit, le devoir, le heurte-bélin, le petit verminage, le saut de Michelet, ses besognettes, ses choux gras, une aubade de nuit, une grosse dépense, une libation à l’amour, une politesse, une sottise, un tronçon de bon ouvrage, un tronçon de chère-lie, virade ; fournir la carrière, franchir le saut, frétin frétailler, goûter les ébats ; jouer au reversis, aux cailles, aux quilles, des basses marches ; laisser aller le chat au fromage ; mettre à mal, en œuvre ; se mettre à la juchée, négocier, officier ; passer le pas, les détroits ; payer la bienvenue, son écot ; planter le cresson, le mai ; prendre pâture, passe-temps, provende, soulaz, une poignée ; régaler, rompre une lance, roussiner, sabouler, savonner, soutenir un entretien, tenir en chartre, thermométriser, travailler à la vigne, vendanger, etc… etc.
Artilleurs de la pièce humide
Merlin, 1888 : Infirmiers, par allusion à l’instrument de l’emploi. — On dit aussi : Artilleurs à genoux.
France, 1907 : Infirmiers militaires.
« C’est les mitrons », disait le bourgeois connaisseur sur un petit ton de pitié. « Ce sont les artilleurs de la pièce humide », soulignaient les voisins, des frondeurs plus méchants. Et sur nos fronts planait, non la Gloire aux ailes largement déployées, aux gestes superbes, à l’allure héroïque, mais la seringue du matassin, la seringue de Molière, la seringue d’étain, énorme, à canule, la seringue de café-concert, la seringue classique et démodée, emblème des basses œuvres médicales.
(« Germinal », Mot d’Ordre)
C’est un sauveur
Que l’artilleur
De la pièce humide ;
Dans son coup de feu,
C’est un vrai preu’ ;
Là, rien ne l’intimide,
Il est souvent couvert d’éclat,
Il n’en est pas plus fier pour c’la
L’artilleur de la pièce humide.
On dit, dans l’argot du peuple : Artilleur à genoux.
Avale-tout-cru
Rigaud, 1881 : Voleur qui exploite les bijoutiers. Il est myope, paraît-il, car il examine de si près les diamants non montés, qu’il lui arrive toujours d’en avaler un ou deux parmi les plus beaux. Mais il les rend… chez lui, avec ou sans le secours d’un purgatif, suivant qu’il est plus ou moins pressé.
La Rue, 1894 : Voleur qui exploite les bijoutiers. Il avale les diamants.
Virmaître, 1894 : Synonyme de Va de la gueule, Gueulard, Bouffe-tout et Ventre a tous grains. Ces expressions, dans le peuple, signifient : gros mangeur. Une certaine catégorie de voleurs se sont emparés de l’expression : Avale-tout-cru, pour désigner un genre de vol assez original. Le voleur se fait montrer par le bijoutier des diamants non montés, sur carte ; il paraît avoir la vue basse, il les regarde de près et d’un coup de langue habile il en avale quelques-uns (Argot des voleurs).
Bachasse
Ansiaume, 1821 : Galère.
Gerbé à vioc, si tu rejoins la bachasse, tu es marron.
Vidocq, 1837 : s. — Travaux forcés, galères.
Halbert, 1849 : Galère.
Larchey, 1865 : Galère. — Augmentatif de bac : bateau.
En bachasse tu pégrenneras jusqu’au jour du décarement.
(Vidocq)
Delvau, 1866 : s. f. Travaux forcés. Même argot [des voleurs].
Rigaud, 1881 : Travaux forcés, — dans l’ancien argot.
La Rue, 1894 : Travaux forcés.
France, 1907 : Travaux forcés. Abréviation de basses-chasses, allusion aux châssis bas desquels sortaient les avirons des anciens rameurs de galères. (Lorédan Larchey)
Baise-cul
d’Hautel, 1808 : Terme ignoble et de mépris. Homme vil et rampant, à qui aucune bassesse ne coûte pour en venir à ses fins.
Bas
d’Hautel, 1808 : Un petit bas du cul. Terme de mépris. Bambin, marmouset ; homme extrêmement petit de taille, qui fait le j’ordonne et l’entendu.
Déchirez-vous les jambes, vous aurez des bas rouges. Baliverne usitée en parlant à un homme oisif et désœuvré, qui se plaint continuellement de ne savoir que faire.
Descendez, on vous demande en has. Se dit par raillerie lorsque quelqu’un monte sur une échelle ou sur un arbre, vient à tomber par terre.
Il a le cœur haut et la fortune basse. Se dit d’un homme qui veut prendre un ton au-dessus de ses moyens, et faire des libéralités quand il n’a pas lui-même de quoi subsister.
Les eaux sont basses. Pour, dire qu’on n’a presque plus d’argent ; que les moyens et les ressources sont presqu’épuisées.
À bas couvreur, la tuile est cassée. Se dit pour faire descendre quelqu’un d’un lieu élevé.
À bas la motion. Cri d’improbation qui, des assemblées révolutionnaires, est passé dans la conversation du peuple ; et qui signifie qu’une chose proposée doit être rejetée sans appel. On dit à peu-près dans le même sens, À bas la cabale.
Il y a du haut et du bas dans son esprit, dans sa conduite, dans son humeur. Signifie qu’un homme est inconstant et rempli d’inégalités.
Il est bien bas percé. Pour il est dans un grand dénûment. Se dit aussi en parlant d’un malade, pour faire entendre qu’il est en très-grand danger.
Les hirondelles volent basses. Un usage vicieux fait continuellement employer l’adjectif féminin pour l’adverbe bas, dans cette locution. Il faut dire pour bien parler, Les hirondelles volent bas.
Basse
Delvau, 1866 : s. m. La terre par opposition au ciel. Argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Terre. Elle est surtout basse pour les paysans. — « La terre est basse » dit-on, proverbialement dans le Midi, lorsqu’un travail exige beaucoup de fatigue.
La Rue, 1894 : La terre.
France, 1907 : Terre ; argot des voleurs.
Basse (la)
Virmaître, 1894 : La terre. Pour qualifier un fainéant qui ne veut pas travailler on dit : il a les côtes en long, ce qui l’empêche de se baisser. La terre est trop basse (Argot du peuple). N.
Hayard, 1907 : La terre.
Basses-chasses
France, 1907 : Les galères, telles qu’elles étaient autrefois quand les forçats ramaient. — Voir Bachasse.
Bâton
d’Hautel, 1808 : C’est un bâton merdeux, on ne sert par où, le prendre. Locution, basse et grossière pour dire qu’un homme est revêche et acariâtre ; qu’on ne peut l’aborder sans en recevoir quelques duretés, quelques malhonnêtetés.
Le tour du bâton. Espèce de correctif que l’on aux monopoles, aux exactions, aux friponneries que se permettent certaines gens dans leur emploi. L’homme probe a en horreur le Tour du bâton.
Faire quelque chose à bâtons rompus. C’est-à-dire, après de fréquentes interruptions.
S’en aller le bâton blanc à la main. Se ruiner dans une entreprise, dans une spéculation ; se retirer sans aucune ressource.
C’est son bâton de vieillesse. Pour dire le soutien de ses vieux jours.
Martin bâton. Bâton avec lequel on frappe les ânes.
Avoir le bâton haut à la main. C’est-à-dire être pourvu d’une grande autorité, d’un grand pouvoir.
C’est un aveugle sans bâton. Se dit d’un homme inhabile dans son métier, ou qui manque des choses nécessaires à sa profession.
Tirer au court bâton. Disputer, contester quelque chose avec vigueur et opiniâtreté ; ne céder qu’à la dernière extrémité.
Il crie comme un aveugle qui a perdu son bâton. Voy. Aveugle.
Delvau, 1864 : Le membre viril, à cause de ses fréquentes érections qui lui donnent la dureté du bois — dont on fait les cocus. Les femmes s’appuient si fort dessus qu’elles finissent par le casser.
Vous connaissez, j’en suis certaine,
Derrière un petit bois touffu,
Dans le département de l’Aisne,
Le village de Confoutu.
Par suite d’un ancien usage
Qui remonte au premier humain,
Tout homme y fait pèlerinage,
La gourde et le bâton en main.
(Eugène Vachette)
Virmaître, 1894 : Juge de paix (Argot des voleurs). N.
Battant
d’Hautel, 1808 : Un habit tout battant neuf. Pour dire un habit nouvellement fait, nouvellement acheté.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Estomac. Faire trimer le battant, ne rien manger, jeûner.
Vidocq, 1837 : s. m. — Cœur.
Larchey, 1865 : Cœur (Vidocq). — Mot imagé. C’est le cœur à son état ordinaire. Il ne mérite pas encore le nom de palpitant.
Delvau, 1866 : s. m. Le cœur, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Cœur. — Estomac.
Rigaud, 1881 : Neuf, luisant de propreté. La langue régulière a le mot « battant neuf. »
La Rue, 1894 : Cœur. Langue. Neuf : tout battant neuf.
Virmaître, 1894 : L’estomac.
— J’ai le ventre creux, rien à me coller dans le battant (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Le cœur (Argot des voleurs). V. Grand ressort.
Rossignol, 1901 : Le cœur ; on dit aussi le palpitant.
France, 1907 : Le cœur ; argot des voleurs. Lorsqu’il bat fort, ils l’appellent palpitant, Se pousser dans le battant, boire ; faire trimer le battant, manger ; n’avoir rien dans le battant, être à jeun. Battant se dit aussi pour neuf ; on a conservé l’expression battant neuf.
Hier, sur le coup de deux heures de l’après-midi, le nouveau ministère, tout battant neuf, reluisant, tiré à quatre épingles, frais, coquet, est entré à la Chambre ; — moins de trois heures après il en est ressorti, l’oreille basse, le pan de l’habit déchiré, un œil au beurre noir, trébuchant, lamentable, avec toute l’apparence d’un lutteur qui, peut-être, est sorti victorieux d’une lutte à main plate, mais qui, assurément, a reçu, au cours de l’engagement, de sérieux horions.
(Victor Meunier, Le Rappel)
Berlo
Rossignol, 1901 : Celui qui louche est berlo. Se dit aussi de celui qui a la vue basse.
Bête
d’Hautel, 1808 : Plus fin que lui n’est pas bête. Locution badine et dérisoire, qui signifie que quelqu’un n’est rien moins que malicieux.
Bête à Pain. Dénomination basse et satirique, que l’on donne communément à un homme peu intelligent, emprunté et inhabile dans tout ce qu’il entreprend.
Bête comme un pot, comme une cruche, comme un oie. Sot et stupide au suprême degré.
Remonter sur sa bête. Rétablir ses affaires ; réparer ses pertes ; reprendre son premier état ; rentrer en faveur après avoir été disgracié.
La bonne bête. Expression piquante qui se dit d’un hypocrite, d’une personne qui affiche des sentimens qu’elle ne ressent pas.
Prendre du poil de la bête. Reprendre ses travaux accoutumés, après un long divertissement ; et dans un sens opposé, se mettre de nouveau en ribotte.
C’est une méchante bête ; une fausse bête. Se dit grossièrement et par dénigrement, d’un homme qui sous des dehors mielleux cache une ame noire et perfide.
Morte la bête, mort le venin. Signifie qu’une fois mort, un méchant n’est plus à craindre.
Quand Jean-Bête est mort, il a laissé bien des héritiers. Pour dire qu’en ce monde, il y a plus de sots que de gens d’esprit.
C’est comme l’arche de Noé, il y a toutes sortes de bêtes. Voyez Arche.
On n’y voit ni bête ni gens. Se dit d’un lieu obscur, où l’on ne peut rien distinguer.
C’est la bête du bon Dieu. Manière ironique de dire que quelqu’un est bon jusqu’à la foiblesse ; qu’on le mène comme on veut.
Faire la bête, faire l’enfant. Jouer l’ingénu ; minauder, avoir l’air de ne pas comprendre une chose dont on a une parfaite connoissance.
Bête épaulée. Fille qui se réfugie sous les lois de l’hymen, pour réparer les désordres de l’amour.
Pas si bête ! Espèce, d’exclamation, pour exprimer que l’on n’a pas donné dans un piège ; que l’on n’a pas voulu consentir à des propositions artificieuses.
Vidocq, 1837 : s. m. — Dans la partie de billard dont les détails seront donnés à l’article Emporteur, la Bête est celui qui tient la queue.
Larchey, 1865 : Voir bachotteur.
Delvau, 1866 : s. f. Filou chargé de jouer le troisième rôle dans la partie de billard proposée au provincial par l’emporteur.
Rigaud, 1881 : Floueur qui, dans une partie de cartes ou de billard, allèche la dupe, en perdant quelques coups. Il fait la bête.
Rigaud, 1881 : Vache, — dans le jargon des bouchers.
Un boucher ne dit jamais : j’ai acheté une vache, mais bien : j’ai acheté une bête.
(É. de La Bédollière)
La Rue, 1894 : Compère qui allèche la dupe en perdant quelques coups au jeu.
France, 1907 : Compère d’un escroc au jeu qui allèche le dupe en perdant, en faisant la bête.
Bibasse
M.D., 1844 : Vieille femme.
Delvau, 1866 : s. f. Vieille femme.
Virmaître, 1894 : Vieille femme. Arrivée à un certain âge, la femme c’est comme les vieux souliers, ça boit ; elle bibasse dans les bars (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Vieux, âgé.
Hayard, 1907 / France, 1907 : Vieille femme.
Bibasse (la)
Boutmy, 1883 : s. f. Nom familier sous lequel était désignée la Société typographique de Lyon.
Bibasserie
un détenu, 1846 : Vieillesse.
Delvau, 1866 : s. f. Vieillesse. On dit aussi Bibarderie.
France, 1907 : Vieillesse ; on dit aussi bibarderie.
Bibassier
Delvau, 1866 : s. m. Vieil homme. Signifie aussi Ivrogne, — le vin étant le lait des vieillards.
Boutmy, 1883 : s. m. Qui a l’habitude de boire, de bibasser (du latin bibere) ; ivrogne. Signifie plutôt maintenant radoteur, maussade, tatillon, gourgousseur : Vieux bibassier, va !
Rossignol, 1901 : Synonyme de bibasse.
France, 1907 : Radoteur, tatillon, comme le sont généralement les vieilles barbes.
Bibine
Delvau, 1866 : s. m. Cabaret de barrière, — dans l’argot des chiffonniers.
Rigaud, 1881 : Bière, — dans le jargon des voyous.
Rigaud, 1881 : Cabaret. Espèce de taverne où vont manger et boire les pauvres diables qui n’ont que trois ou quatre sous à dépenser par jour. Bibine signifie débine.
On en compte plusieurs sur la rive gauche, aux environs de la place Maubert… Il est des bibines aristocratiques. Rue de Bièvre, à la Taverne anglaise : la canette y coûte 10 centimes.
(Imbert, À travers Paris inconnu)
Rigaud, 1881 : Sœur de charité, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Sœur de charité. Bière de basse qualité. Mauvais petit cabaret.
Virmaître, 1894 : Assommoir de bas étage, où tous les liquides les plus étranges, connue jadis à la bibine du Lapin blanc chez le père Mauras, sont servis aux consommateurs (Argot du peuple). V. Assommoir.
Rossignol, 1901 : Un liquide de mauvaise qualité ou pas frais, c’est de la bibine.
Hayard, 1907 : Assommoir, mauvaise bière.
France, 1907 : Cabaret de bas étage ; du latin bibere, boire, espagnol beber. On trouve dans Un Joli monde, de l’ancien chef de la sûreté, G. Macé, une intéressante description de bibine.
Ces gens-là mangent peu, l’acool les nourrit ; mais quand la fin les talonne par trop, ils vont dans un restaurant à bon marché. Chaque quartier a les siens. L’un des plus curieux est celui de la Moc-aux-beaux, situé rue de Bièvre, à côté de la place Maubert. L’entrée se trouve au bout d’un long couloir, précédant une cour boueuse et sombre. Sur une porte, garnie de petites vitres recouvertes d’un rideau transparent aux couleurs indécises, au tissu rongé par le temps, on lit le mot Bibine. La porte poussée, on se trouve dans l’unique pièce servant de cuisine et de salle à manger. Bien que vaste, cette salle, au plafond bas, a plutôt l’aspect d’une cave, que d’un restaurant. Une quinzaine de tables permettent de recevoir à la fois un assez grand nombre d’affamés.
Outre les ivrognes du quartier, cette gargote est fréquentée par des mendiants, manchots, aveugles, culs-de-jatte, tondeurs de chiens, ramasseurs de bouts de cigares, ouvreur de portières, et les joueurs de serinette aux sons nasillards et sans force qui n’empêcheraient plus Fualdès d’être assassiné.
Là, point de filles de débauche, ni de voleurs ; aussi ne s’y passe-t-il jamais rien d’anormal.
Depuis le potage jusqu’au dessert, tous les mets sont à dix centimes. La nourriture est saine et la boisson potable. Naturellement on paie comptant. Le restaurateur ne s’enrichit pas ; mais il gagne sa vie, et cela lui suffit.
Bibine signifie aussi sœur de charité, ou petite bière dans certains département de l’Est.
Biche, cocotte, grue, horizontale, persilleuse, bergeronnette, Louis XV
La Rue, 1894 : Fille galante, maîtresse. Les prostituées de basse catégorie ont reçu beaucoup de noms : crevette, bourdon, passade, fesse, galupe, catau, catin, gerse, gaupe, ruttière, gouge, gouine, baleine, chausson, roubion, grognasse, gourgandine, truqueuse, asticot, morue, brancard, autel ou outil de besoin, dossiers, roulante, roulasse, rouleuse, roulure, traînée, trouillarde, camelotte, volaille, carogne, blanchisseuse de tuyaux de pipes, pouffiasse, moellonneuse, pontonnière, pilasse, ponante, ponifle, pierreuse, vadrouille, chiasse, avale-tout, taupe, paillasse, cambrouse, wagon à bestiaux, voirie, rouchie, gadoue, etc.
Bicherie
Rigaud, 1881 : Le monde de la galanterie. Haute bicherie, le grand monde de la galanterie, le monde des femmes qui, à quarante ans, vendent à prix d’or et de diamants ce qu’à vingt ans elles donnaient pour un dîner de trente sous.
France, 1907 : Le mode des petites dames ou biches.
On voit défiler, avec un frou-frou de soie, la haute et la basse bicherie en quête d’une proie, quærens quem devoret.
(Frébault, La Vie à Paris)
Birbade, birbasse
France, 1907 : Vieille femme.
Birbasse
Vidocq, 1837 : s. f. — Vieille.
Birbasse ou birbade
Halbert, 1849 : Vieille femme.
Birbasserie
Vidocq, 1837 : s. f. — Vieillerie.
Birbe, birbon, birbette
Larchey, 1865 : « Les dames des tables d’hôte ont adopté trois mots pour peindre la vieillesse : à cinquante-cinq ans, c’est un birbon ; à soixante ans, c’est un birbe ; passé ce délai fatal, c’est une birbette. »
(Lespès)
Vidocq donne un quatrième synonyme : birbasse. — Birbe dabe : grand-père. — Birbasserie : vieillerie. — Id.
Biribi
La Rue, 1894 : Médaillon. Le bataillon de discipline.
Rossignol, 1901 : Compagnies de discipline. À la suite d’un certain nombre de punitions, le militaire est envoyé après conseil de corps à biribi ; si là il se conduit mal, il est expédié dans une compagnie coloniale que l’on nomme les Cocos. À biribi il n’a rien de la tenue militaire, il porte veste, pantalon et képi en drap noir, il a les cheveux courts et la figure entièrement rasée ; c’est la différence qu’il y a entre le militaire envoyé aux travaux publics à la suite d’un conseil de guerre, car celui-ci porte toute sa barbe et a la tête entièrement rasée, de là le nom de « tête-de-veau ». Le travail du disciplinaire consiste à casser des cailloux et à faire du terrassement, mais tous trouvent la terre trop basse et qu’il serait plus facile de la travailler si elle était sur un billard. Ils feraient certainement autant de travail si on leur faisait botteler du sable ou piler du liège.
Rossignol, 1901 : Jeu qui se joue dans le genre du bonneteau, mais avec trois quilles creuses, trois coquilles de noix, ou encore trois dés à coudre et une petite boule de liège. À ce jeu bien connu des Arabes, il y a toujours escroquerie puisque la boule que l’on croit être sous une des coquilles, qu’il faut découvrir pour gagner, reste le plus souvent entre les doigts du teneur.
Hayard, 1907 : Les compagnies de discipline.
France, 1907 : Compagnie de discipline.
Un auteur, encouragé sans doute par les succès de Descaves, profita de son passage involontaire aux compagnies de discipline pour faire un livre à sensation. Il se plaint avec fracas du régime auquel on l’a soumis, et s’étonne que certains sous-officiers aient pu se départir vis-à-vis de lui de la plus exquise politesse. Biribi, à l’en croire, est un enfer effroyable où, sous le couvert de l’uniforme et avec la permission de l’État, des hommes peuvent impunément supplicier d’autres hommes et exercer leur pouvoir sans contrôle avec des raffinements de cruauté chinoise.
(Marzac, Gil Blas)
Y en a qui font la mauvais’ tête
Au régiment ;
I’s tir’ au cul, i’s font la bête
Inutil’ment ;
Quand i’s veul’nt pus fair’ l’exercice
Et tout l’fourbi,
On les envoi’ fair’ leur service
À biribi.
(Aristide Bruant)
Bonjour (vol au)
Vidocq, 1837 : (Voir ci-dessous Bonjourier, ou chevalier grimpant.).
Delvau, 1866 : s. m. Espèce de vol que son nom désigne clairement. Le chevalier d’industrie, dont c’est la spécialité, monte de bonne heure dans un hôtel garni, où on laisse volontiers les clés sur les portes, frappe au hasard à l’une de celles-ci, entre s’il n’entend pas de réponse, et, profitant du sommeil du locataire, fait main basse sur tout ce qui est à sa portée, — quitte à lui dire, s’il se réveille : « Bonjour, Monsieur ; est-ce ici que demeure M. *** ? »
France, 1907 : Vol appelé ainsi à cause de l’heure matinale choisie par le voleur, qui s’introduit de grand matin dans les hôtels garnis où l’on laisse d’ordinaire les clés sur les portes, frappe au hasard et, ne recevant pas de réponse, entre. En cas d’absence ou de sommeil du locataire, il fait main basse sur tout ce qui est à sa convenance.
Bosse
d’Hautel, 1808 : Se faire une bosse. Locution basse et triviale qui signifie ribotter, s’empiffrer, se mettre dans les vignes du seigneur.
Donner dans la bosse. Se laisser aller à des paroles artificieuses ; être pris pour dupe ; tomber dans un piège.
Il ne demande que plaies et bosses. Se dit d’un esprit séditieux, querelleur, qui ne se plaît qu’à semer le trouble et la division partout où il se trouve.
Delvau, 1866 : s. f. Excès de plaisir et de débauche. Si donner une bosse. Manger et boire avec excès. Se faire des bosses. S’amuser énormément. Se donner une bosse de rire. Rire à ventre déboutonné.
France, 1907 : Excès de toute nature. Se flanquer, se foutre une bosse, boire sec, manger fort, s’amuser avec les filles ; se faire des bosses, s’amuser, boire, rire et chanter ; se donner une bosse de rire, rire à gorge déployée ; rouler sa bosse, cheminer gaiment, vivre sans préoccupation ; tomber sur la bosse, attaquer quelqu’un ; on dit aussi tomber sur le casaquin.
Bouldogue
d’Hautel, 1808 : Un bouldogue ; de l’anglais, bull dog. Gros chien de basse-cour ; au figuré, sobriquet injurieux que l’on donne à un homme très-corpulent, grossier, brutal et sans aucune éducation.
Bourdon
d’Hautel, 1808 : On dit de quelqu’un qui parle continuellement, que c’est un bourdon perpétuel.
Bourdon. En terme d’imprimerie, omission que fait le compositeur dans le manuscrit qu’il compose.
Halbert, 1849 : Femme prostituée.
Delvau, 1864 : Le membre viril, — sur lequel s’appuie si volontiers la femme qui va en pèlerinage a Cythère.
La croix et le bourdon en main.
(B. de Maurice)
Extasiée, fendue par l’énorme grosseur du vigoureux bourdon de mon dévirgineur, les cuisses ensanglantées, je restai quelque temps accablée par la fatigue et le plaisir.
(Mémoires de miss Fanny)
Delvau, 1866 : s. m. Fille publique, — dans l’argot des voleurs.
Delvau, 1866 : s. m. Mots oubliés, — dans l’argot des typographes.
Rigaud, 1881 : Fille de joie, — dans le jargon des voleurs.
Boutmy, 1883 : s. m. Omission d’un mot, d’un membre de phrase ou d’une phrase. Ces omissions exigent souvent un grand travail pour être mises à leur place quand la feuille est en pages et imposée dans les châssis. V. Jacques (Aller à Saint-), Aller en Galilée, en Germanie. Le bourdon défigure toujours le mot ou la phrase d’une façon plus ou moins complète. On raconte que la guerre de Russie, en 1812, fut occasionnée par un bourdon. Le rédacteur du Journal de l’Empire, en parlant d’Alexandre et de Napoléon, avait écrit : « L’union des deux empereurs dominera l’Europe. » Les lettres ion furent omises et la phrase devint celle-ci : « L’UN des deux empereurs dominera l’Europe. » L’autocrate russe ne voulut jamais croire à une faute typographique. Avouons-le tout bas, nous sommes de son avis ; car trois lettres tombées au bout d’une ligne, c’est… phénoménal. L’exemple suivant n’est que comique : il montre que le bourdon peut donner lieu quelquefois à de risibles quiproquos ; nous copions textuellement une lettre adressée au directeur du Grand Dictionnaire : « Monsieur, accoutumé à trouver dans votre encyclopédie tout ce que j’y cherche, je suis étonné de ne pas y voir figurer le mot matrat, qui est pourtant un mot français, puisqu’il se trouve dans le fragment de la Patrie que je joins à ma lettre. Agréez, etc. », Voici maintenant le passage du journal auquel il est fait allusion : « La cérémonie était imposante. Toutes les notabilités y assistaient ; on y remarquait notamment des militaires, des membres du clergé, des matrats, des industriels, etc. » M. X*** ne s’était pas aperçu du bourdon d’une syllabe et s’était torturé l’esprit à chercher le sens de matrats, quand un peu de perspicacité lui eût permis de rétablir le mot si français de magistrats.
Virmaître, 1894 : Fille qui fait le trottoir. Cette expression vient de ce que les filles chantent sans cesse, ce qui produit aux oreilles des passants un bourdonnement semblable à celui du petit insecte que l’on nomme bourdon (Argot des souteneurs).
Virmaître, 1894 : Quand le metteur en page ne s’aperçoit pas qu’un mot a été oublié en composant un article, ce dernier devient incompréhensible. S’il s’en aperçoit et qu’il faille remanier le paquet, c’est enlever le bourdon (Argot d’imprimerie).
Rossignol, 1901 : Nom donné à un mauvais cheval par les cochers et charretiers. Une fille publique qui ne gagne pas d’argent est aussi un bourdon.
France, 1907 : Prostituée, dans l’argot des voleurs, sans doute à cause des paroles basses qu’elle murmure à l’oreille des passants et qui ressemblent à un bourdonnement. Faute typographique, argot des imprimeurs.
L’on oublie, en composant, des mots, des lignes, même des phrases. Ces omissions portent le nom de bourdons. Les dits bourdons exigent un grand travail pour être replacés, lorsque la feuille est imposée, ou serrée avec des coins de bois dans un cadre de fer.
(Jules Ladimir, Le Compositeur-typographe)
Bras
d’Hautel, 1808 : Droit comme mon bras quand je me mouche. Se dit par dérision de quelque chose qui est de travers.
Un fort à bras. Pour dire un portefaix, un homme de peine ; et par extension, un fanfaron, un hâbleur, qui se vante de tout ce qu’il n’a pas fait.
Couper à quelqu’un bras et jambes. Lui ôter tout moyen d’agir dans une affaire ; le décourager par des paroles dures ou piquantes.
C’est son bras droit. Signifie il tire d’un autre homme toute sa gloire, toute sa réputation ; il met à profit ses conseils et ses talens.
Ils se tiennent bras dessus bras dessous. Se dit de personnes qui sont très-familières entr’elles, qui se comblent de caresses et d’amitié.
Traiter quelqu’un de monsieur gras comme le bras. Marquer beaucoup de respect à une personne de basse condition.
Il est manchot des deux bras. Manière railleuse de dire qu’un homme est aussi maladroit d’une main que de l’autre.
Si on lui donne un doigt, il prend long comme le bras. Pour, il abuse de la liberté qu’on lui donne.
Avoir quelqu’un sur les bras. L’avoir entièrement à sa charge.
Les bras retroussés. Se dit par hypallage, pour manches retroussées.
Avoir les bras longs. Avoir un grand crédit, un grand pouvoir.
Halbert, 1849 : Grand.
Delvau, 1864 : Le membre viril, qui nous sert a prendre les femmes par le — sentiment. — On dit aussi un bras d’enfant pour donner une idée de la longueur et de la grosseur de l’objet.
Delvau, 1866 : adj. m. Grand, — dans l’argot des voleurs, qui exagèrent la longueur de la brasse.
La Rue, 1894 : Grand. Avoir le bras long, être puissant.
Brave
d’Hautel, 1808 : Un brave. Sobriquet que l’on donne à un mauvais cordonnier, à un savetier.
Brave comme César. C’est-à-dire, vaillant, courageux.
Brave comme l’épée qu’il porte. Cette locution adressée à quelqu’un qui ne porte pas l’épée se prend en mauvaise part, et signifie que celui dont on parle est lâche et poltron.
Brave comme un lapin. Peureux, poltron à l’excès.
Mon brave. Terme dont se servent les gens de qualité en parlant à quelqu’un de basse extraction.
Delvau, 1866 : adj. Beau, bien vêtu, — comme paré pour le combat. Brave comme un jour de Pâques. Richement habillé.
Delvau, 1866 : s. m. Vieux soldat, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : Cordonnier.
Cabasser
Vidocq, 1837 : v. a. — Tromper.
(Villon)
Delvau, 1866 : v. n. Bavarder, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi Tromper, et même Voler.
Virmaître, 1894 : Bavarder sans cesse à tort et à travers (Argot du peuple).
France, 1907 : Tromper, voler, bavarder ; vieux mot français.
Cabasseur
Delvau, 1866 : s. m. Faiseur de cancans. Signifie aussi Voleur.
Rigaud, 1881 : Bavard. — Cabasser, bavarder, tromper.
Virmaître, 1894 : Cancanier ou cancanière (Argot du peuple).
Cabotinage
Delvau, 1866 : s. m. Le stage de comédien, qui doit commencer par être sifflé sur les théâtres de toutes les villes de France, avant d’être applaudi à Paris.
Rigaud, 1881 : Le cabotinage consiste à savoir se passer de talent, à se montrer plus souvent au café que sur les planches, à préférer les petits verres sur le comptoir aux alexandrins des classiques et même à la prose de M. Anicet-Bourgeois.
Le cabotinage est aussi la basse diplomatie des coulisses ; cabotiner c’est faire des affaires théâtrales comme certains courtiers font des affaires de bourse, écouter aux portes d’un comité pendant qu’un confrère lit son drame, et porter au théâtre voisin l’idée de, l’ouvrage qu’on vient de surprendre, mendier ou acheter des tours de faveur, monter une cabale contre un ouvrage, tout cela est du cabotinage.
(Petit dict. des coulisses, 1835.)
France, 1907 : Art perfectionné de la réclame qui devient de plus en plus commun chez les artistes, les plumitifs, et, ô horreur ! les hommes dits d’État.
Cet art s’étend partout, à tel point qu’on accuse même les anarchistes « militants » d’être des cabotins.
Faire du cabotinage quand la tête est en jeu, c’est raide.
France, 1907 : Vie de déceptions, de travail, de hauts et de bas de l’acteur avant qu’il prenne la place dont parlait Edmond Deschaumes, et décroche le ruban de la Légion d’honneur.
Cachotter
d’Hautel, 1808 : Faire des cachoteries ; parler à voix basse et mystérieusement, à dessein de cacher des choses d’une médiocre importance.
Cadet
d’Hautel, 1808 : Un cadet hupé. Le coq du village ; campagnard qui a du foin dans ses bottes ; garçon jeune, robuste et vigoureux.
Le cadet. Pour dire le derrière.
C’est un torche cadet ; ce n’est bon qu’à torcher cadet. Se dit d’un papier inutile, ou pour marquer le mépris que l’on fait d’un mauvais ouvrage.
Cadet de haut appétit. Voy. Appétit.
Ansiaume, 1821 : Pince pour voler.
Il faut un fameux cadet pour débrider la lourde de l’antonne.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Pince en fer (Voyez Monseigneur).
Vidocq, 1837 : s. m. — Pince de voleur.
M.D., 1844 : Instrument avec lequel on casse une porte.
un détenu, 1846 : Principal outil pour casser les portes.
Halbert, 1849 : Outil pour forcer les portes.
Larchey, 1865 : Derrière.
Sur un banc elle se met. C’est trop haut pour son cadet.
(Vadé)
Larchey, 1865 : Individu. — Pris souvent en mauvaise part.
Le cadet près de ma particulière s’asseoit sur l’ banc.
(Le Casse-Gueule, chanson, 1841)
Larchey, 1865 : Pince de voleur (Vidocq). — Cadet a ici le sens d’aide, de servant. On sait que le nom de cadet est donné aux apprentis maçons. V. Caroubleur.
Delvau, 1866 : s. m. Les parties basses de l’homme, « la cible aux coups de pied ». Argot du peuple. Baiser Cadet. Faire des actions viles, mesquines, plates. Faubouriens et commères disent fréquemment, pour témoigner leur mépris à quelqu’un ou pour clore une discussion qui leur déplaît : « Tiens, baise Cadet ! »
Delvau, 1866 : s. m. Outil pour forcer les portes. Même argot [des voleurs].
Delvau, 1866 : s. m. Synonyme de Quidam ou de Particulier. Tu es un beau cadet ! Phrase ironique qu’on adresse à celui qui vient de faire preuve de maladresse ou de bêtise.
Rigaud, 1881 : Apprenti maçon.
Rigaud, 1881 : Derrière. — Baiser cadet, se conduire ignoblement. — Baise cadet, apostrophe injurieuse à l’adresse d’un importun, d’un ennuyeux personnage ; locution autrefois très répandue dans le grand monde des halles où, pour un rien, Cadet était sur le tapis et quelquefois à l’air.
Rigaud, 1881 : Pince à l’usage des voleurs, petite pince.
La Rue, 1894 : Petite pince de voleur. Le postérieur. Paquet d’objets votés ; fargué au cadet, chargé du vol.
Virmaître, 1894 : Le postérieur.
— Viens ici, bibi, que je torche ton petit cadet.
— Tu as une figure qui ressemble à mon cadet (Argot du peuple).
France, 1907 : Individu quelconque ; apostrophe adressée à quelqu’un qui vient de faire une bêtise : Vous êtes un fameux cadet. Se dit aussi pour un paquet d’objets volés. Cadet de mes soucis, chose qui n’importe pas et dont je ne m’inquiète nullement.
Les femmes veulent qu’on obéisse, non à ce qu’elles disent, mais à ce qu’elles pensent. Avec elles, il faut sentir et non pas raisonner. Aussi bien la logique est-elle le cadet de leurs soucis. Un jour, une de mes bonnes amies m’a donné là-dessus une leçon dont j’ai fait mon profit. Je veux que vous en ayez votre part.
(Hugues Le Roux)
France, 1907 : Le derrière.
— Monsieur Coquelin cadet ?
Et, debout devant son armoire à glace, en manches de chemise, un bonnet de coton rouge sur la tête, la figure navrée, j’aperçus Cadet !
J’éclatai de rire.
— Pourquoi ce bonnet ? vous êtes malade ?
— J’ai un clou.
— Sur le crâne ?
— Non, plus bas… Ici. Mais ne le dites pas.
— Pourquoi cela ?
— Parce qu’il ne serait pas content… mon homonyme, sur lequel je ne puis plus m’asseoir.
(Lucien Puech, Gil Blas)
Bon pour Cadet, chose de nulle valeur. Baiser Cadet, faire des actions basses, se mettre à plat ventre devant un chef, ce que les faubouriens appellent lécher le cul.
France, 1907 : Pince de voleurs ; paquet d’objets volés.
Calebasse
d’Hautel, 1808 : Frauder la calebasse. Pour dire tromper quelqu’un, le frustrer de la part qui lui revient.
Bras-de-Fer, 1829 : Tête.
Larchey, 1865 : Tête. — Allusion de forme.
Faudrait pas gros de sens commun pour remplir une calebasse comm’ ça.
(Gavarni)
Delvau, 1866 : s. f. Tête, — dans l’argot des faubouriens, qui ont trouvé une analogie quelconque entre l’os sublime et le fruit du baobab, presque aussi vides l’un que l’autre. Grande calebasse. Femme longue, maigre et mal habillée.
Fustier, 1889 : Secret. Vendre la calebasse, révéler le secret. (Littré)
La Rue, 1894 : Tête.
Virmaître, 1894 : Seins. Se dit quand les malheureux sont sans consistance, qu’ils pendent et se répandent (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Objets, marchandises, produit d’un vol.
France, 1907 : Tête ; argot des faubouriens. Grande Calebasse, femme maigre et mal tournée.
Calebasse signifie aussi secret. Vendre la calebasse, dénoncer.
— Toujours est-il, reprit le recéleur, que c’est lui qui a vendu la calebasse, et que sans lui…
(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)
Calebasses
Delvau, 1866 : s. f. pl. Gorge molle, qui promet plus qu’elle ne tient.
Rossignol, 1901 : Seins pendants. Il y a une quantité de noms selon l’âge : titis, tétés, tétons, tétasses, tripasses, calebasses, blagues à tabac, cuirs à rasoirs.
France, 1907 : Gorges de femme, longue et molle.
Cambrioleur
Delvau, 1866 : s. m. Homme qui dévalise les chambres, principalement les chambres de domestiques, en l’absence de leurs locataires. Cambrioleur à la flan. Voleur de chambre au hasard.
La Rue, 1894 : Dévaliseur de chambres.
Virmaître, 1894 : Vol à la cambriotte. Ce vol fut célébré par B. Maurice :
Travaillant d’ordinaire,
La sorgue dans Pantin,
Pour mainte et mainte affaire,
Faisant très bon chopin.
Ma gente cambriotte,
Rendoublée de camelotte,
De la dalle au flaquet.
Je vivais sans disgrâce,
Sans regout ni morace,
Sans taf et sans regret.
Le quart-d’œil lui jabotte :
Mange sur tes nonneurs ;
Lui tire une carotte.
Lui montrant la couleur.
L’on vient, l’on me ligotte,
Adieu, ma cainbriotte,
Mon beau pieu. mes dardants.
Je monte à la Cigogne.
On me gerbe à la grotte,
Au tap et pour douze ans.
France, 1907 : Voleur dont la spécialité est de faire main basse dans les appartements ou les villas en l’absence des propriétaires. Cambrioleur à la flan, voleur de chambres au hasard.
On estime, à la Sûreté, que sur vingt-cinq mille individus n’ayant à Paris d’autre moyen d’existence que le vol, dix mille au moins sont des cambrioleurs, soit professionnels, soit occasionnels.
(Guy Tomel, Le Bas du Pavé parisien)
Camelot
d’Hautel, 1808 : Il est comme le camelot, il a pris son pli. Signifie qu’une personne a contracté des vices ou de mauvaises inclinations dont il ne peut se corriger.
Ansiaume, 1821 : Marchand.
Le camelot est marloux, et puis il a deux gros cabots.
Vidocq, 1837 : s. m. — Marchand.
M.D., 1844 : Marchands des rues.
un détenu, 1846 : Marchand ambulant ou marchand de contre-marques.
Larchey, 1865 : « C’est-à-dire marchand de bimbeloteries dans les foires et fêtes publiques. »
(Privat d’Anglemont)
Delvau, 1866 : s. m. Marchand ambulant, — dans l’argot des faubouriens, qui s’aperçoivent qu’on ne vend plus aujourd’hui que de la camelotte.
Rigaud, 1881 : Marchand ambulant, porte-balle, étalagiste sur la voie publique. Le soir, le camelot ouvre les portières, ramasse les bouts de cigares, mendie des contre-marques, donne du feu, fait le mouchoir et même la montre s’il a de la chance.
La Rue, 1894 : Petit marchand dans les rues. Crieur de journaux. Signifie aussi voleur.
France, 1907 : Marchand d’objets de peu de valeur qui vend dans les villages ou expose sur la voie publique. Le terme vient du grec camelos, chameau, par allusion au sac qu’il porte sur le dos et qui contient sa camelotte.
Depuis quelque temps, une véritable révolution s’accomplit dans les mœurs publiques. Dans les luttes politiques, un facteur nouveau s’est introduit et les procédés de polémique, les moyens de propagande et de conviction sont transformés du tout au tout.
Le camelot a pris dans l’ordre social qui lui est sinon due, au moins payée. L’ère du camelot est venue et les temps sont proches où le revolver sera l’agent le plus actif d’une propagande bien menée.
Le camelot n’a qu’un inconvénient ; il coûte cher. Dans les premiers temps de son accession à la vie publique, c’était à six francs par soirée qu’il débordait d’enthousiasme et fabriquait de la manifestation. Depuis les prix ont un peu baissé, vu l’abondance des sujets. Lors du dernier banquet, c’était à quatre francs la soirée mais on fournissait le revolver.
(La Lanterne, 1888)
Au-dessus de tout le bruit, du roulement des voitures, des grincements des essieux, des galopades des beaux chevaux rués dans le travail comme des ouvriers courageux, — au-dessus de tout, retentissaient les cris des camelots du crépuscule, l’annonce vociférée des crimes de la basse pègre, des vols de la haute, l’essor des derniers scandales.
(Gustave Geffroy)
Le camelot, c’est le Parisien pur sang… c’est lui qui vend les questions, les jouets nouveaux, les drapeaux aux jours de fête, les immortelles aux jours de deuil, les verres noircis aux jours d’éclipse… des cartes obscènes transparentes sur le boulevard et des images pieuses sur la place du Panthéon.
(Jean Richepin, Le Pavé)
Il faisait un peu de tout… c’était un camelot, bricolant aujourd’hui des journaux illustrés, demain des plans de Paris, un autre jour offrant aux amateurs des cartes qualifiées de transparentes, débitant ensuite, coiffé d’un fez, des confiseries dites arabes ou des olives dans les cafés…
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Capatrat
France, 1907 : Tête ; argot des voleurs.
La bataille allait prendre une tournure plus sérieuse, car Nib avait dit à voix basse à ses acolytes, parodiant, sans le connaître, le mot de César recommandant à ses soldats de frapper au visage :
— Escarpez à la capatrat, vieux fiasses !… (Tapez à la tête vieux frères).
Ses compagnons, suivant ce conseil, s’efforçaient d’atteindre le comte à la tête avec leurs bouteilles et leurs verres lancés à toute volée.
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Caque
d’Hautel, 1808 : La caque sent toujours le hareng. Pour dire que quelle que soit la fortune que l’on ait acquise, on se sent toujours de la bassesse de son extraction, et qu’il est bien difficile de se défaire des mauvaises habitudes que l’on a contractées dans sa jeunesse. Fortuna non mutat genus.
Être serré comme des harengs dans une caque. Pour être serré, gêné dans un lieu ; y être fort à l’étroit.
Carle
Ansiaume, 1821 : Argent.
Oui, c’est lui qui a déplanqué mon carle, je l’ébobis aujourd’hui.
Bras-de-Fer, 1829 : Argent.
Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.
Larchey, 1865 : Argent (Vidocq). — De Carolus, ancienne monnaie de Charles VIII. V. Bayafe.
Le cidre ne vaut plus qu’un carolus.
(Ol. Basselin)
Carne
Vidocq, 1837 : s. f. — Viande gâtée.
Halbert, 1849 : Charogne, mauvaise viande.
Larchey, 1865 : Mauvaise femme. — C’est la carogne de Molière.
Je la renfoncerais dedans à coups de souliers… la carne.
(E. Sue)
Larchey, 1865 : Mauvaise viande (Vidocq). — Du vieux mot caroigne : charogne.
Un morceau d’carne dur comme un cuir
(Wado)
Delvau, 1866 : s. f. Viande gâtée, ou seulement de qualité inférieure, — dans l’argot du peuple, qui a l’air de savoir que le génitif de caro est carnis. Par analogie, Femme de mauvaise vie et Cheval de mauvaise allure.
Rigaud, 1881 : Basse viande. — Italianisme. — Sale et méchante femme ; pour carogne.
Ah ! la carne ! voilà pour ta crasse. Débarbouille-toi une fois en ta vie.
(É. Zola)
Virmaître, 1894 : Viande dure. On dit d’un homme impitoyable :
— Il est dur connue une vieille carne.
L’ouvrier qui ne veut rien faire est également une carne (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Viande de mauvaise qualité. Un mauvais cheval est une carne ; une méchante femme est aussi une carne.
France, 1907 : Femme de mauvaises mœurs. Allusion à carne, mauvaise viande.
Elle l’accusait de faire la fière, ne la désignait jamais que par d’ironiques et insultantes épithètes : « cette fille », « cette chipie »… aussi tressaillit-elle de joie à l’aspect cette petite carne qui s’avançait vers elle et avait l’aplomb de venir lui parler.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
France, 1907 : Mauvaise viande ; de l’italien carne, viande.
Il a vagabondé par les rues : à reluquer les pains dorés des boulangers, la belle carne des bouchers, toutes les machines qui se bouffent aux étales des restaurants, il lui venait des envies de foutre le grappin dessus…
(Père Peinard)
anon., 1907 : Cheval.
Carottes
d’Hautel, 1808 : Tirer des carottes à quelqu’un. Locution basse et tout-à-fait populaire, qui signifie sonder quelqu’un avec adresse ; le faire jaser, le tourner en tout sens, afin de savoir ce qu’il n’a pas dessein de révéler ; ce que l’on appelle d’une manière moins triviale, Tirer les vers du nez.
Il ne mange que des carottes. Pour dire qu’un homme vit misérablement ; qu’il fait maigre chère.
Cascaret
d’Hautel, 1808 : Nom baroque et injurieux que l’on donne à un homme de basse extraction. Ce mot ne s’applique qu’aux animaux ; particulièrement aux chiens et aux cochons.
Vidocq, 1837 : s. m. — Écu de trois francs.
Delvau, 1866 : s. m. Homme sans importance, de mine malheureuse ou d’apparence chétive. Argot du peuple.
France, 1907 : Homme malingre, de mine chétive. Pièce de deux francs.
Casse-gueule
d’Hautel, 1808 : Pour dispute, batterie ; lieu obscur et dangereux.
Larchey, 1865 : Bal public de dernier ordre, où on se bat souvent.
Veux-tu v’nir aux Porcherons, Ou j’irons au cass’gueule à la basse Courtille.
(Duverny, Chanson, 1813)
Delvau, 1866 : s. m. Bal de barrière, — dans l’argot des faubouriens qui s’y battent fréquemment.
Rigaud, 1881 : Bal public fréquenté par des gentilshommes du ruisseau qui, à la moindre contestation, ponctuent le visage de leurs contradicteurs.
Rigaud, 1881 : Eau-de-vie tout à fait inférieure.
Elle regarda ce que buvaient les hommes, du casse-gueule, qui luisait pareil à de l’or dans les verres.
(É. Zola)
On dit aussi casse-poitrine.
La Rue, 1894 : Mauvaise eau-de-vie. Bal public du dernier ordre.
France, 1907 : Eau-de-vie. Bal de bas étage où le temps se partage entre les coups de poing et les entrechats.
Casser
d’Hautel, 1808 : Se casser le ventre. Terme badin et militaire ; se passer de dîner, ou de manger aux heures accoutumées.
Casser les vitres. Signifie ne plus garder de mesures dans une affaire ; en venir aux gros mots, aux termes injurieux.
Je t’en casse, Minette. Manière badine et plaisante de parler, qui signifie, ce n’est pas pour toi ; tu n’auras rien de ce que tu demandes.
Il est cassé aux gages. Pour, il est tombé en défaveur en disgrace. Se dit aussi d’un domestique que l’on a congédié.
Se casser le cou ou le nez. Se blouser dans des spéculations, dans une affaire ; faire un faux calcul.
Qui casse les verres les paye. Vieille maxime, fort peu mise à exécution ; car la plupart du temps ceux qui cassent les verres ne sont pas ceux qui les payent.
Elle a cassé ses œufs. Manière basse et triviale de dire qu’une femme a fait une fausse couche.
Vidocq, 1837 : v. a. — Couper.
un détenu, 1846 : Rompre. Casser sa canne : rompre son ban. Casser sur quelqu’un : révéler.
Delvau, 1866 : v. a. Couper, — dans l’argot des voyous.
Delvau, 1866 : v. n. Mourir, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Chiffonner un sac de bonbons en le préparant, — dans le jargon des confiseurs.
Rigaud, 1881 : Dire du mal, par abréviation de casser du sucre.
Rigaud, 1881 : Frapper, battre. — Je te vas casser. — Casser la gueule, casser la margoulette, casser la figure.
Rigaud, 1881 : Manger. Le mot date du XVIIIe siècle. On dit, dans le langage courant : « Casser une croûte », pour manger un morceau. — Casser le cou à un lapin, manger un lapin.
La Rue, 1894 : Mourir. Dénoncer. Manger. Se la casser, se sauver.
Rossignol, 1901 : Dire, avouer. Un détenu qui a fait des aveux a cassé. Dire une chose est casser.
Il me l’a dit, il me l’a cassé.
France, 1907 : Le verbe a de nombreuses significations : manger, dénoncer, avouer, couper, mourir.
— Voyons, Nib, pas tant de magnes !… On vous dit qu’on n’est pas des assassins… si vous faites du mal à la petite môme…. tant pis pour vous, nous casserons…
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Cassin, cassine
Rigaud, 1881 : Boutique, magasin de dernier ordre. — Terme de mépris pour désigner un établissement quelconque. — Dérivés du vieux mot français case.
Finablement les mena banqueter dans une cassine hors la porte.
(Rabelais, l. IV)
France, 1907 : Maison ou boutique de chétive apparence, logement triste et misérable : de casa, case.
Il était grand comme une grande cour de ferme, une réunion de dix ou douze maisons basses, d’écuries où meuglaient des vaches, d’étables où grognaient des porcs. Toutes les cassines se ressemblaient, celles où entraient les porcs, où entraient les vaches, où entraient les gens. Même hauteur de murs, mêmes portes basses, mêmes toits tombants.
(Gustave Geffroy)
Catir (se)
France, 1907 : Se vêtir ; s’envelopper.
En sa mignonne poitrine de vierge, son cœur dormait comme une rose de Noël sous la neige. Sa seule joie était de savourer au printemps le réveil de la forêt, de se plonger dans la fraicheur des cépées reverdies, de se griser de l’odeur des muguets et de s’épanouir au grand soleil. Durant l’hiver, ou les jours pluvieux, elle se catissait dans vue limousine, tête basse, et se recroquevillait frileusement près des fourneaux à charbon. La lumière la dégourdissait et elle allait joyeusement vers le soleil levant, comme on va à la fête.
(André Theuriet)
Cendrillon
d’Hautel, 1808 : Nom méprisant que l’on donne à une petite fille de basse extraction peu soigneuse de sa personne et qui se traine continuellement dans les ordures et les cendres ; et à une petite servante employée aux plus bas détails du ménage.
Delvau, 1866 : s. f. Jeune fille à laquelle ses parents préfèrent ses sœurs et même des étrangères ; personne à laquelle on ne fait pas attention, — dans l’argot du peuple, qui a voulu consacrer le souvenir d’un des plus jolis contes de Perrault.
France, 1907 : Jeune fille négligée et mal vêtue qui fait tous les gros ouvrages dans une famille, tandis que ses sœurs ne s’occupent que de leurs toilettes. Le conte de Charles Perrault a rendu ce nom populaire.
Chambrillon
d’Hautel, 1808 : Petite servante employée aux plus basses occupations du ménage.
Delvau, 1866 : s. f. Petite servante, — dans le même argot [du peuple].
Chandelle
d’Hautel, 1808 : Trente-six, chandelles et le nez dessus, il n’y verroit pas plus clair. Se dit par exagération d’un homme sans intelligence, sans perspicacité, pour lequel les choses les plus claires et les plus simples deviennent obscures et embrouillées.
Il a passé comme une chandelle. Pour exprimer qu’une personne est morte sans crises, qu’elle a terminé doucement sa carrière ; ou qu’un malade a expiré au moment où l’on s’y attendoit le moins.
Ses cheveux frisent comme des chandelles. Se dit figurément d’une personne dont les cheveux sont plats, roides, et ne bouclent pas naturellement.
C’est un bon enfant qui ne mange pas de chandelle. Locution basse et triviale, pour faire entendre qu’un homme n’a pas l’humeur facile ; qu’il n’est pas aisé à mener ; qu’il ne se laisse pas marcher sur le pied.
Ses yeux brillent comme des chandelles. C’est-à-dire sont vifs, sémillans, pleins de feu.
Donner une chandelle à Dieu et une autre au diable. Ménager les deux partis, profiter de la mésintelligence qui règne entre plusieurs personnes.
À chaque Saint sa chandelle. Signifie qu’il faut faire des présens à chacun de ceux dont on peut avoir besoin dans une affaire.
Le jeu ne vaut pas la chandelle. Pour dire qu’une chose ne vaut pas la dépense, les frais qu’elle occasionne.
Il doit une belle chandelle au bon Dieu. Se dit de celui qui a échappé à un péril imminent, qui est revenu d’une dangereuse maladie.
On lui a fait voir mille chandelles. Se dit de quelqu’un à qui l’on a causé un grand éblouissement en le frappant rudement proche les yeux.
Cacher la chandelle sous le boisseau. Dissimuler ses opinions ; cacher son savoir faire.
Il a toujours deux chandelles qui lui pendent au nez. Se dit d’un enfant morveux ; d’un homme malpropre qui n’ayant pas soin de se moucher a continuellement des roupies au nez.
La chandelle se brûle. Se dit pour avertir quel qu’un qui perd inutilement un temps précieux.
La chandelle s’éteint. Manière figurée de dire qu’un homme approche du terme de sa carrière, qu’il s’en va mourant.
La chandelle qui va devant éclaire mieux que celle qui va derrière. Se dit de ces égoïstes : qui ne font aucun bien pendant leur vie, et se contentent seulement de faire espérer quelque chose après leur mort.
Il est bariolé comme la chandelle des rois. Voyez Barioler.
Ansiaume, 1821 : Mousquet, fusil.
Les griviers s’ont ébobis à grands coups de leurs chandelles.
Delvau, 1864 : Le membre viril, qui fond et coule trop souvent — au feu du vagin de la femme.
Voici maître curé qui vient pour allumer sa chandelle, ou pour mieux dire l’éteindre.
(Les Cent Nouvelles nouvelles)
De femmes qui montrent leurs seins,
Leurs tétins, leurs poitrines froides,
On doit présumer que tels saincts
Ne demandent que chandelles roides.
(G Coquillart)
Delvau, 1866 : s. f. Mucosité qui forme stalactite au-dessous u nez, — dans le même argot [des faubouriens].
Delvau, 1866 : s. f. Soldat en faction. Même argot [des faubouriens]. Être entre quatre chandelles. Être conduit au poste entre quatre fusiliers.
Rigaud, 1881 : Baïonnette. — Se ballader entre quatre chandelles, marcher entre quatre soldats qui vous mènent au poste.
Rigaud, 1881 : Litre de vin, bouteille. Elle est chargée d’allumer l’ivrogne.
Rigaud, 1881 : Mucosité nasale trop indépendante embrouillée avec le mouchoir. Souffler sa chandelle, se moucher avec les doigts, après reniflement.
La Rue, 1894 : Agent de police. Bouteille.
France, 1907 : Bouteille de vin. Faire fondre une chandelle, boire une bouteille de vin.
France, 1907 : Factionnaire. Soldat qui conduit quelqu’un au poste. « Être mené entre deux ou quatre chandelles. »
Le poste était à deux pas. Les soldats accoururent.
Pour la deuxième fois de la journée, voici Jean-Louis et Lapierre placés entre deux rangées de ces chandelles de Maubeuge, dont la mèche sent la poudre à canon.
(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)
Se dit aussi de l’agent de police.
France, 1907 : Le membre viril.
Allez donc, on vous appelle,
Votre ami tient la chandelle
Dont il veut vous éclairer.
(Gavette)
On dit éteindre sa chandelle, image parlante.
France, 1907 : Mucosité que les enfants laissent sortir de leur nez.
Chicherie
Delvau, 1866 : s. f. Lésinerie. Notre vieux français avait chiceté.
France, 1907 : Lésinerie. C’est surtout chez le bourgeois parisien qu’entre tous les Français se rencontre la basse chicherie.
Chien
d’Hautel, 1808 : Il est grand comme un chien assis. Se dit par exagération et en plaisantant, d’un bambin, d’un marmouzet, d’un homme très-petit de taille, qui a la prétention de vouloir paroitre grand.
C’est un chien dont il faut se méfier. Manière incivile de dire qu’un homme est fin, subtil et rusé.
Cela n’est pas si chien. Pour cela n’est pas si mauvais ; se dit de toute chose friande et qui flatte le goût.
Faire le chien couchant. Flatter, carresser bassement quelqu’un, se soumettre à tous ses caprices, à toutes ses volontés.
Qui aime Bertrand, aime son chien. Voyez Aimer.
Chien hargneux a toujours l’oreille arrachée. Signifie qu’un homme querelleur s’attire sans cesse de mauvais traitemens.
Tu n’es pas chien. Expression basse et ignoble qui se dit à un égoïste, à un homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui pour satisfaire les siens propres.
C’est un mauvais chien. Grossièreté qui équivaut à c’est un méchant homme.
C’est un vrai chien de port. Pour c’est un rustre, un grossier personnage, comme le sont ordinairement les gens qui travaillent sur les ports.
Il m’a reçu comme un chien dans un jeu de quilles. Métaphore qui sert à exprimer le mauvais accueil que l’on a reçu de quelqu’un qu’on alloit visiter, consulter ou solliciter. On dit aussi d’un homme indiscret et importun qui vient dans une société sans y avoir été invité, qu’Il vient comme un chien dans un jeu de quilles.
Il mourroit plutôt un bon chien de berger. Se dit méchamment et injurieusement d’une personne dont on désiroit la mort, et qui est revenue de quelque maladie dangereuse.
Un bon os ne tombe jamais d’un bon chien. Signifie qu’un bon mari a rarement une bonne femme, et une bonne femme un bon mari ; et par extension, que la fortune, le bonheur, ne favori sent jamais ceux qui méritent d’être heureux.
Il fait comme les grands chiens, il veut pisser contre les murs. Locution basse et figurée, qui signifie qu’un homme se couvre de ridicule, en prenant des tons au-dessus de sa fortune et de sa condition, et généralement en entreprenant des choses qui surpassent ses moyens et ses forces.
On dit des gens vicieux, et qui ne peuvent se corriger, qu’Ils sont comme les chiens, qu’ils retournent à leurs vomissemens.
Être comme un chien à l’attache. Être retenu par un travail obligatoire et continuel.
Les coups de bâton sont pour les chiens. Réponse que l’on fait ordinairement à ceux qui vous menacent du bâton.
Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il est enragé. Signifie que lorsqu’on veut se débarrasser de quelqu’un, on lui cherche toute sorte de querelle.
On dit d’un écervelé, d’un homme qui court d’une manière extravagante, qu’Il court comme un chien fou.
Un bon chien n’aboie point faux. Signifie qu’un homme habile ne fait jamais de fausses démarches.
Il est fou comme un jeune chien. Comparaison peu honnête, pour dire que quelqu’un est d’une humeur très-folâtre.
Un chien regarde bien un évêque, je peux bien regarder une bête comme toi. Répartie brusque et injurieuse que l’on fait à un homme vain et glorieux qui se fâche de la liberté que l’on prend, de le regarder, de le fixer.
Il ne faut pas se moquer des chiens, qu’on ne soit hors du village. Pour, il ne faut pas choquer quelqu’un dans un lieu où il peut nous nuire.
Jeter un os à la gueule d’un chien, pour le faire taire. Faire un présent à quelqu’un pour l’empêcher de divulguer les secrets d’une affaire.
On dit d’un homme avide qui défend bien ses intérêts dans une affaire, qu’Il n’en jette pas sa part aux chiens.
Chien en vie vaut mieux que lion mort. Pour, il vaut mieux vivre en lâche que mourir en brave. Voy. Lion.
Abandonner quelqu’un comme un pauvre chien. Le laisser dans la misère, ne point le secourir.
Il est comme le chien du jardinier, il ne mange point de choux, et ne veut pas que les autres en mangent. Se dit d’un égoïste, d’un homme envieux des moindres succès.
Mener une vie de chien. Vivre dans la débauche et le libertinage ; dans une dissipation honteuse.
Chien noyé. Terme bas et injurieux que les femmes de la Halle appliquent à un homme, dans un débordement de colère.
Il n’est chasse que de vieux chiens. Signifie que pour les conseils, il faut avoir recours aux vieillards, qui ont reçu les leçons de l’expérience.
Rompre les chiens. Interrompre une conversation dont les suites pourroient être fâcheuses.
Entre chien et loup. Pour dire, à la brune, entre le jour et la nuit.
Tandis que le chien pisse, le loup s’enfuit. C’est-à-dire que l’occasion échappe, si l’on n’est habile à en profiter.
Droit comme la jambe d’un chien. Se dit par dérision d’une jambe, torse et mal faite.
Las comme un chien. Pour dire, très-fatigué. Comparaison dont l’ellipse est un peu forte ; car on ne sait pourquoi le chien dont on parle doit être fatigué, rien n’annonçant qu’il ait pris de mouvement.
Il vit comme un chien. Se dit par mépris d’un homme qui ne remplit aucun des devoirs de sa religion.
Vous pouvez entrer, nos chiens sont liés. Se dit pour encourager des gens timides.
Il est comme le chien de Jean de Nivelle, il s’enfuit quand on l’appelle. Voy. Appeler.
Si vous n’avez pas d’autre sifflet, votre chien est perdu. Se dit à ceux qui se sont fourrés dans une mauvaise affaire, et qui emploient des moyens inefficaces pour s’en retirer.
Ils s’aiment comme chiens et chats. Se dit d’un ménage où l’homme et la femme sont continuellement en querelle.
C’est St.-Roch et son chien. Se dit par raillerie de deux personnes qui vivent dans une grande familiarité ; qui sont inséparables.
C’est un chien au grand collier. Se dit d’une personne qui a de grandes prérogatives dans une maison ; qui y fait la pluie et le beau temps.
Faire un train de chien. Gronder, crier, s’emporter contre quelqu’un.
Un bruit de chien ; une querelle de chien. Un bruit qui dégénère en vacarme ; une querelle qui prend une mauvaise fin.
C’est un bon chien, s’il vouloit mordre. Se dit d’un homme dont les apparences sont favorables, mais trompeuses.
On appelle vulgairement l’eau-de-vie du sacré chien tout pur.
Halbert, 1849 : Secrétaire.
Larchey, 1865 : « Le chef est chien ou bon enfant. Le chien est dur, exigeant, tracassier, méticulier. » — Balzac.
Larchey, 1865 : Avare. — Horace (I. II, sat. 2) emploie le mot canis pour signifier avare.
Chien : Égoïste, homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui.
(d’Hautel, 1808)
N’être pas chien en affaires : Aller grandement, sans chicane.
Larchey, 1865 : Compagnon.
Tu passeras renard ou aspirant, après ça tu deviendras chien ou compagnon.
(Biéville)
Larchey, 1865 : Mot d’amitié. V. Chat.
Delvau, 1866 : s. et adj. Tracassier, méticuleux, avare, exigeant, — dans l’argot du peuple, qui se plaît à calomnier « l’ami de l’homme ». C’est l’expression anglaise : Dog-bolt. Vieux chien. Vieux farceur, — sly dog, disent nos voisins.
Delvau, 1866 : s. m. Caprice de cœur, — dans l’argot des petites dames. Avoir un chien pour un homme. Être folle de lui.
Delvau, 1866 : s. m. Compagnon, — dans l’argot des ouvriers affiliés au Compagnonnage.
Delvau, 1866 : s. m. Entrain, verve, originalité, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes ; bagou, impertinence, désinvolture immorale, — dans l’argot des petites dames.
Rigaud, 1881 : Avare.
Dis donc, petite sœur ; il est rien chien ton m’sieur : y m’ prend un cigare et du feu et y m’ donne que deux ronds.
(A. Tauzin, Croquis parisiens)
Rigaud, 1881 : Compagnon du devoir, en terme de compagnonnage.
Rigaud, 1881 : Homme dur, exigeant ; s’emploie principalement en parlant d’un supérieur, — dans le jargon des employés. — Sévère, — dans le jargon des collégiens.
Notre pion est diablement chien.
(Albanès, Mystères du collège, 1845)
Rigaud, 1881 : Lettre tombée sous la forme. — dans le jargon des typographes.
Boutmy, 1883 : s. m. Lettre tombée d’une forme ou qui se trouve sur le marbre au moment où l’on y dépose un châssis. Le chien fait lever le texte quand on desserre, en sorte qu’il est impossible de taquer sans écraser le caractère.
La Rue, 1894 : Galbe, élégance, mordant, chic. Eau-de-vie.
France, 1907 : Ce mot à nombre de significations. Il signifie avare, et cet argot a des lettres de noblesse, car il remonte à Horace : « Il est un homme qui porte et qui mérite le surnom de chien, dit-il, c’est Avidiénus ; des olives, vieilles de cinq ans, et des cornouilles sauvages composent son repas. Il attend que son vin soit tourné pour le verser eu libations ; l’odeur de l’huile qu’il emploie vous causerait un insurmontable dégoût… »
Chien veut dire aussi tracassier, méticuleux, exigeant. Il s’emploie au féminin :
Pour comble, Mlle la doctoresse était chiche de congés, chienne en diable, n’osait jamais accorder plus de deux jours à la fois, plus chienne que tous les docteurs qui avaient passé par l’administration : un truc de cette chipie pour se faire bien venir en haut lieu sûremment !
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Avoir du chien, c’est avoir de l’originalité, du cachet. Avoir un chien, c’est avoir un caprice pour un homme. Faire du chien, faire un ouvrage payé d’avance ; argot des ouvriers. Faire le chien, suivre Madame avec un panier. Piquer un chien, dormir pendant la journée.
Chier
d’Hautel, 1808 : Il a chié dans ma malle jusqu’au cadenas. Se dit d’une personne dont on a sujet de se plaindre, et à laquelle on garde rancunes.
On dit bassement d’une personne grossière et mal élevée, qui est sujette à lâcher des vents, qu’elle ne fait que chier.
Bientôt, s’il n’y prend garde, on lui chiera sur le nez. Locution grossière et exagérée qui signifie qu’un homme est d’une foiblesse impardonnable ; qu’il laisse trop abuser de sa patience et de son autorité.
On dit bassement d’une personne pour laquelle on a le plus grand mépris, que l’on chie sur elle.
Chier sur la besogne. Dédaigner l’ouvrage dont on est chargé ; le laisser là.
Fustier, 1889 : Mot élégant qu’emploient les enfants qui, jouant aux billes, manquent leur coup. J’ai chié, je n’ai pas attrapé la bille.
Coche
d’Hautel, 1808 : Une coche, une grosse coche, une vieille coche. Expressions basses, grossières et injurieuses que l’on adresse à une femme d’un volumineux embonpoint.
Delvau, 1866 : s. f. Femme adipeuse, massive, rougeaude, — dans l’argot du peuple, qui veut que la Femme pour mériter ce nom, ressemble à une femme et non à une scrofa.
France, 1907 : Grosse femme, molle et grasse, ou qui se livre volontiers au mâle.
Cochon
d’Hautel, 1808 : Il ne savoit pas si c’étoit du lard ou du cochon. Manière basse et triviale de dire qu’un homme a été surpris par quelqu’événement fâcheux ; qu’il en est resté interdit et stupéfait.
Des yeux de cochon. Expression grossière, pour dire de fort petits yeux.
C’est un cochon à l’auge. Se dit par mépris d’un homme malpropre et dégoûtant.
Bête comme un cochon. Épithète fort incivile, pour dire que quelqu’un est d’une grande stupidité.
Nous n’avons pas gardé les cochons ensemble. Espèce de réprimande qu’un supérieur fait à son inférieur, lorsque ce dernier s’est permis de le tutoyer, ou de manquer envers lui aux égards et aux bienséances.
Il faut mourir, petits cochons, il n’y a plus d’orge. Se dit à ceux qui ont perdu leurs protecteurs, leur fortune, et à qui il ne reste plus de ressource.
Un gros cochon. Nom que l’on donne à un homme gras et trapu, et pour lequel on n’a ni estime ni considération.
Vivre comme un cochon. C’est-à-dire, en égoïste ; ne s’occuper qu’à boire, manger et dormir.
De cochon. Brocard bas et populaire, que l’on ajoute au dernier mot de la conversation d’une personne qui parle directement de soi. Par exemple, si quelqu’un vient à dire qu’Il s’est lavé les pieds, une autre répond aussitôt : de cochon.
Rigaud, 1881 : Avare. — « C’est un cochon », dit une femme en parlant d’un homme dont elle a à se plaindre sous le rapport de la générosité.
Rigaud, 1881 : Libre dans ses propos, raffiné en lubricité. — Elle n’est pas jolie, jolie, mais elle est si cochonne.
France, 1907 : Ladre, avaricieux. Se conduire comme un cochon, se conduire en avare, en homme méprisable. Ce n’est pas trop cochon, ce n’est pas trop mauvais. C’est pas cochon du tout, c’est très bien. Mon pauvre cochon, je ne te dis que cela ! Mon pauvre ami, te voilà dans de beaux draps.
France, 1907 : Libertin, passionné.
— C’est un cochon ! disait-elle.
Et comme un des personnages d’une fameuse comédie politique de Sardou, elle ajoutait :
— J’appelle un cochon, cochon ! et si je savais un mot plus cochon que cochon, je me ferais honneur de m’en servir !…
(Le Journal)
Guy de Maupassant a écrit une amusante nouvelle sous le titre : Ce cochon de Morin !
France, 1907 : Se dit d’un mauvais tour.
— C’est cochon, cela ! s’écria Marthe, d’amener une femme pour la faire prendre ! M’sieu le commissaire, il ne m’avait pas dit qu’il était marié, vous savez !
(Oscar Méténier, Gil Blas)
Cochonaille
d’Hautel, 1808 : Basse charcuterie ; débris, réjouissance du porc ; et, par extension, toutes choses viles et dénuées de valeur.
Delvau, 1866 : s. f. Charcuterie, — dans l’argot des ouvriers, — qui ne redoutent pas les trichines. On dit aussi Cochonnerie.
France, 1907 : Charcuterie.
Cocotterie
Delvau, 1864 : Monde galant, — côté des cocottes. Ce mot fait pendant au mot : Bicherie.
V. Sardou engageait amicalement une dame à surveiller les toilettes de la jeune fille de la Famille Benoiton, plus excentrique qu’il ne convient à une honnête bourgeoise.
— Bast ! elle est si jeune et si innocente, ce n’est pas même de la coquetterie.
— Non, répliqua Sardou, mais c’est presque de la cocotterie.
(Figaro, no 1123)
Delvau, 1866 : s. f. Le monde galant, la basse-cour élégante où gloussent les cocottes.
France, 1907 : Monde galant.
Cœur
d’Hautel, 1808 : À deux mains trois cœurs. Locution adverbiale et populaire, pour dire avec ardeur, avec empressement, de tout cœur.
Mettre du baume de son cœur sur quelque chose. Voy. Baume.
Dîner par cœur. Se passer de dîner ; ce que l’on appelle plus populairement encore, se serrer le ventre.
Un sans-cœur. Homme lâche et paresseux, sans orgueil, sans amour-propre ; peu délicat sur le point d’honneur, et à qui aucune remontrance ne fait impression.
Il a bon cœur, il garde tout, et ne rend rien. Se dit par raillerie, d’un envahisseur ; d’un homme qui ne rend pas fidèlement ce qu’on lui a prêté.
Mettre le cœur sur le carreau. Rébus populaire qui signifie vomir, après avoir mangé avec excès.
Mettre le cœur au ventre. Animer, exciter quelqu’un ; lui donner du courage.
Faire contre fortune bon cœur. Montrer de la résignation et de la fierté dans des circonstances difficiles.
Il a le cœur haut et la fortune basse. Voyez Bas.
Cela lui ronge le cœur. C’est-à-dire, le chagrine, l’agite, le tourmente, le consume.
Cela lui tient au cœur. Pour, il met une grande importance à cette affaire.
Cela fait mal au cœur. Pour, cela fait pitié ; cause un grand déplaisir.
Se dit aussi d’un ouvrage mal exécuté, fait grossièrement et sans propreté.
On dit d’un homme qui se laisse insulter sans venger son honneur, qu’Il n’a pas de cœur, s’il souffre cela.
Il dit cela de bouche, mais le cœur n’y touche. Pour, il affecte des sentimens qu’il n’a pas ; il dit le contraire de ce qu’il pense.
Delvau, 1864 : La nature de la femme, — un muscle creux comme l’autre — Le mot est de Boufflers et au XVIIIe siècle, où la sentimentalité était inconnue, et où il était tout simple, alors, que les femmes eussent le cœur — où les poules ont l’œuf.
Dans ce cœur tendre, aussitôt ce satyre
Enfonce un long… sujet de pleurs.
(Béranger)
Dès que cet enfant n’est pas de vous, ma belle nymphe, et qu’avec un cœur neuf, vous m’apportez en mariage des beautés immaculées, pourquoi rougirais-je ?
(A. de Nerciat)
Un jour cet amant divin,
Qui mettait l’amour au vin,
Sur le revers d’une tonne
Perça le cœur d’Érigone.
(Collé)
Colbace
Virmaître, 1894 : Conscrit. C’est une erreur d’écrire colbasse pas plus que colback. Ce mot est employé par les vieux briscards qui n’aiment pas les bleus. Il l’est également par les anciens marlous pour désigner les jeunes souteneurs inexpérimentés (Argot des souteneurs).
Collage
Larchey, 1865 : Liaison galante de longue durée.
Delvau, 1866 : s. m. Union morganatique, — dans l’argot du peuple, qui sait que ces mariages-là durent souvent plus longtemps que les autres.
Rigaud, 1881 : Union illégitime de vieille date.
La Rue, 1894 : Union illégitime.
France, 1907 : Union à laquelle ni le curé ni le maire n’ont donné leur approbation.
L’une après l’autre — en camarade —
C’est rupin, mais l’collage, bon Dieu !
Toujours la mêm’ chauffeus’ de pieu !
M’en parlez pas ! Ça m’rend malade.
(Gill, La Muse à Bibi)
Ce qui tend à confirmer ce que dit le docteur Grégoire, que le collage n’existe, généralement, qu’entre personnes qui s’exècrent, ou dont l’une elles « sait où est le cadavre ».
Il faut distinguer en effet entre le collage, dont l’étude nous a valu quelques pages triviales et basses d’une puante et banale réalité, et l’union libre que Michelet salue avec émotion.
(Edmond Deschaumes)
Bourgeoises, elles suivent le train, dévorent les journaux, se font raconter par leurs frères leurs maris ou leurs fils les collages célèbre, vont aux premières, déshabillent les maillots, vous demandent ce que vous en savez et vous disent ce qu’elles en pensent.
(Montjoyeux, Gil Blas)
On dit qu’il y a à Paris plus de cent mille collages.
— Non, je la trouve mauvaise ! Un collage ? je n’en veux pas. Ah ! si j’avais pu me douter que j’en arriverais là, c’est moi qui l’aurais laissée tranquillement dormir seule, la belle enfant ! Pourquoi pas me marier tout de suite, alors ? À mon âge ? Il ne manquerait plus qu’un moutard, maintenant. Un plongeon, quoi !
(L.-V. Meunier, Chair à plaisir)
Commun
d’Hautel, 1808 : Commun comme du vin à deux sous. Se dit d’une personne qui a les manières basses et triviales ; et d’un objet de très-peu de valeur.
C’est du grand commun. Se dit en parlant de personnes mal élevées ; de paroles, d’actions grossières, ou d’objets qui ont peu de valeur.
Vivre sur le commun. Vivre à la table d’autrui ; écornifler un repas tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre.
Il est du commun des martyrs. Se dit ironiquement d’un homme fort médiocre ; qui se perd dans la foule.
Voy. Anne.
Confesseur
d’Hautel, 1808 : L’épingle du confesseur. On appelle ainsi une épingle avec laquelle les demoiselles ferment, par décence, le haut de leur fichu.
Cette expression n’est pas notée ici comme basse, mais seulement comme familière et figurée.
Contre-Basse
Rigaud, 1881 : Derrière, — dans le jargon des voyous. — Travailler la contre-basse, porter des coups de pied au derrière. Sauter sur la contre-basse, même signification.
Contrebasse
France, 1907 : Pantalon. Sauter sur la contrebasse, donner un coup de pied au derrière.
Coquez !
France, 1907 : Enlevez. C’est l’avis que donne le complice du voleur, lorsque le moment est venu de faire main basse sur l’objet convoité.
Cornichon
d’Hautel, 1808 : Petit concombre propre à confire. On dit ironiquement, bassement et figurément d’un homme niais, inepte, inhabile à faire quelque chose : C’est un cornichon, il a l’air d’un cornichon, il est bête comme un cornichon.
Vidocq, 1837 : s. m. — Veau.
Delvau, 1864 : Le membre viril, avec lequel les femmes aiment à accommoder leur viande.
Larchey, 1865 : Veau (id.). — Mot à mot : fils de cornante. — Cornichon : Niais (d’Hautel, 1808).
Jour de Dieu ! Constantin, fallait-il être cornichonne.
(Gavarni)
Cornichon : Élève de l’École militaire.
Une fois en élémentaires, il se bifurque de nouveau en élève de Saint-Cyr ou cornichon, et en bachot ou bachelier ès-sciences.
(Institutions de Paris, 1858)
Delvau, 1866 : s. et adj. Nigaud, homme simple, qui respecte les femmes, — dans l’argot de Breda-Street ; parfois imbécile, — dans l’argot du peuple, qui juge un peu comme les filles, ses filles.
Delvau, 1866 : s. m. Veau. Argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Aspirant à l’École militaire de Saint-Cyr.
France, 1907 : Niais, nigaud ; argot populaire.
Vous me disiez qu’il y a je ne sais combien de siècles, un vieux c…ornichon, qui faisait de la menuiserie, et qui s’appelait Joseph, avait épousé une petite brune… et que la petite brune avait fait la connaissance d’un pigeon, qui était le Saint-Esprit… et qu’à la suite de cette affaire votre idiot de menuisier était devenu pa ju d’un petit Jésus, sans avoir eu à en prendre la peine… et que la petite brune était restée demoiselle comme avant.
(Léo Taxil, Le Sacrement du Curé)
France, 1907 : Sobriquet donné par les potaches aux candidats à l’École de Saint-Cyr.
Le monôme des candidats à Saint-Cyr, autrefois dit le monôme des cornichons, a eu lien comme d’habitude. Plus de neuf cents jeunes gens y ont pris part. Les cornichons s’étaient réunis place du Panthéon. Ils se sont mis en marche à quatre heures et demie, précédés et flanqués de nombreux gardiens de la paix. En tête, un candidat portait un magnifique drapeau en soie frangé d’or, sur lequel on lisait : « Les candidats de Saint-Cyr — 1893. »
(Gaulois)
Coup
d’Hautel, 1808 : Se battre à coup de savatte. C’est-à dire, à coups de pieds, comme le font les crocheteurs et les porteurs d’eau.
Faire les cent coups. Donner dans de grands écarts, faire des fredaines impardonnables, se porter à toutes sortes d’extravagances, mener une vie crapuleuse et débauchée ; blesser, en un mot, les règles de la pudeur, de la bienséance et de l’honnêteté.
Il a été le plus fort, il a porté les coups. Se dit en plaisantant de quelqu’un qui, n’ayant pas été le plus fort dans une batterie, a supporté tous les coups.
On dit plaisamment d’un homme économe dans les petites choses et dépensier dans les grandes, qu’Il fait d’une allumette deux coups, et d’une bouteille un coup.
Il ne faut qu’un coup pour tuer un loup. Signifie qu’il ne faut qu’un coup de hasard pour abattre l’homme le plus puissant et le plus favorisé de la fortune.
Faire un mauvais coup. Commettre quelque méchante action, quelqu’action criminelle.
Un coup de maître. Affaire conduite avec adresse, habileté.
Faire d’une pierre deux coups. Faire deux affaires en en traitant une.
Faire un mauvais coup. Ne pas réussir ou échouer dans une entreprise.
Un coup de Jarnac. Coup détourné et perfide qui se dirige contre une personne à qui l’on veut du mal.
Caire un coup de sa tête. Pour dire un coup décisif ; ne prendre conseil que de sa propre volonté.
Coup de main. On appelle ainsi un travail de peu de durée, comme lorsqu’on se fait aider par des étrangers dans un moment de presse.
Un coup de désespoir. Action causée par le chagrin, la douleur, la peine.
Avoir un coup de hache. Pour, être timbré ; avoir la tête exaltée.
Les plus grands coups sont portés. Pour dire, le plus fort est fait, le plus grand danger est passé.
Il n’y a qu’un coup de pied jusque-là. Pour dire qu’il n’y a pas loin. On se sert aussi de cette locution ironiquement, et pour se plaindre de l’éloignement d’un lieu où l’on a affaire.
Se donner un coup de peigne. Au propre, se coiffer, se retapper. Au figuré, se battre, se prendre aux cheveux.
C’est un coup d’épée dans l’eau. Pour, c’est un effort infructueux, un travail inutile.
Frapper les grands coups dans une affaire. Mettre tout en œuvre pour la faire réussir.
Discret comme un coup de canon. Homme étourdi et indiscret qui ne peut rien garder de ce qu’on lui confie.
Il fait ses coups à la sourdine. Se dit d’un fourbe, d’un hypocrite, d’un homme dont les actions sont traitres et cachées.
Delvau, 1864 : L’acte vénérien, qui est, en effet, un choc — agréable pour celle qui le reçoit comme pour celui qui le donne.
L’autre jour un amant disait
À sa maîtresse à basse voix,
Que chaque coup qu’il lui faisait
Lui coûtait deux écus ou trois.
(Cl. Marot)
Tu voudrais avoir pour un coup
Dix écus ; Jeanne, c’est beaucoup.
(Et. Tabourot)
Pour l’avoir fait deux coups en moins de demi-heure,
C’est assez travailler pour un homme de cour.
(Cabinet satyrique)
Il faut toujours se faire payer avant le coup.
(Tabarin)
L’homme philosophal que cherche, sans le trouver, la femme, est celui qui ferait réellement les cent coups.
(J. Le Vallois)
Rigaud, 1881 : Manœuvre faite dans le but de tromper. On dit : il m’a fait le coup, il m’a trompé ; c’est le coup du suicide, c’est un faux suicide annoncé pour attendrir la dupe. (L. Larchey)
La Rue, 1894 : Vol. Manœuvre dans le but de tromper. Ne pas en f…iche un coup, ne pas travailler.
Virmaître, 1894 : Procédé secret et particulier (Argot des voleurs).
Coup d’encensoir
Rigaud, 1881 : Coup de poing sur le nez, — dans le jargon des voyous qui ont servi la messe.
France, 1907 : Coup de poing sur le nez. Basses flatteries, louanges outrées.
Coup du moineau
Virmaître, 1894 : Un pégriot a un pierrot apprivoisé ; il avise une boutique et lache son oiseau ; celui-ci se sauve derrière les sacs ; il entre, pleure, se désole :
— Mon pierrot, mon pierrot.
Les garçons, le patron, la patronne, tout le monde est après le pierrot. Le pégriot profite de cette chasse improvisée pour fouiller dans le comptoir et prendre une poignée de monnaie.
Le pierrot est pris, le gamin se sauve en remerciant, le tour est joué (Argot des voleurs). N.
France, 1907 : C’est un nouveau truc inventé par l’esprit fécond des voleurs. Un gamin lâche un moineau apprivoisé dans une boutique, et, tandis que celui-ci voltige à droite et à gauche et que chacun court pour l’attraper, le petit garçon fait main basse sur tout ce qu’il peut trouver, argent où marchandise.
Cour
d’Hautel, 1808 : Eau bénite de cour. Flatterie, caresse fausse et hypocrite.
On dit d’une maison sans ordre, d’un lieu où tout le monde veut commander, que c’est la cour du roi Pétaud.
Une nouvelle de basse cour. Pour dire qu’une nouvelle vient de gens qui ne sont point à portée d’être bien informés.
Cracher
d’Hautel, 1808 : On lui en crachera. Manière basse et triviale qui équivaut à, on lui en donnera ; il n’a qu’à compter là-dessus.
Quand on crache en l’air, cela retombe sur le nez. Signifie que lorsqu’on se porte à quelqu’excès, ou que l’on commet des étourderies, on en est tôt ou tard la victime.
On dit d’une personne que l’on méprise, et contre laquelle on est irrité : qu’on lui cracheroit au nez, si l’on ne se retenoit.
Faire cracher quelqu’un. Le forcer à payer une chose qu’il ne doit pas ; lui soutirer de l’argent.
On dit aussi dans le même sens : Faire cracher quelqu’un au bassin.
Cracher du grec et du latin. Faire à chaque instant, et sans nécessité, des citations dans ces deux langues.
C’est son père tout craché ; c’est son portrait tout craché. Pour dire, c’est absolument la ressemblance de son père ; c’est son portrait véritable.
Cracher des injures. Pour débiter, vomir des propos injurieux et grossiers.
Vidocq, 1837 : v. a. — Parler.
Larchey, 1865 : Décharger. — Le canon crache la mitraille.
Larchey, 1865 : Parler (Vidocq). — Mot à mot : cracher des paroles.
Delvau, 1866 : v. n. Parler, — dans l’argot des ouvriers.
Rigaud, 1881 : Faire des aveux en justice.
La Rue, 1894 : Avouer en justice. Parler.
France, 1907 : Parler. Avouer en justice. Faire cracher, faire causer. Se dit aussi d’un canon qui crache.
Crasse
d’Hautel, 1808 : Ignorance crasse. Ignorance grossière, ineptie inexcusable.
Être né dans la crasse. Être de la plus basse extraction.
Vivre dans la crasse. Vivre d’une manière sordide, obscure, et dans une extrême parcimonie.
Delvau, 1866 : s. f. Pauvreté ; abjection, — dans le même argot [du peuple]. Tomber dans la crasse. Déchoir de rang, de fortune ; de millionnaire devenir gueux, et d’honnête homme coquin.
Delvau, 1866 : s. m. Lésinerie, indélicatesse, — dans l’argot du peuple, pour qui il semble que les sentiments bas soient l’ordure naturelle des âmes non baptisées par l’éducation.
Rigaud, 1881 : Mauvais procédé. — Crasse de collège, pédantisme, bégueulerie pédantesque.
France, 1907 : Pauvreté, misère, abjection. Tomber dans la crasse, sortir de la crasse.
Né malheureux, de la crasse tiré,
Et dans la crasse en un moment rentré,
À tous emplois on me ferme la porte.
Rebut du monde, errant, privé d’espoir,
Je me fais moine, ou gris, où blanc, ou noir,
Rasé, barbu, chaussée, déchaux, n’importe !
(Voltaire, Le Pauvre diable)
Croire cela et boire de l’eau
France, 1907 : Ce terme est appliqué aux gens crédules et, particulièrement, aux malades qui vont chercher la santé aux Stations balnéaires, croyant aux éloges intéressés des médecins prônant la vertu imaginaire de certaines eaux. Collé l’emploie dans une de ses chansons badines, Vaudeville de Razibus :
Ce raisonnement est fort beau,
Mais croyez ça z’et buvez d’l’eau.
On le trouve aussi dans une piquante parodie de l’Énéide de Virgile en patois bourguignon, parue en 1718 : Virgile virai en Borguignon. Didon répond à Énée, qui lui déclare qu’il doit quitter Carthage par l’ordre des dieux pour se rendre en Italie :
— Croyé celai beuvé de l’éau.
Ces gens lui ont dans le cervaaa
Be d’autre dirfaire que les tienne.
Charles Nisard fait remonter ce dicton aux premiers jours de l’Inquisition, où l’on infligeait le supplice de l’eau à ceux dont les croyances ne concordaient pas avec celles de l’abominable tribal. À cet effet, on étendait le malheureux sur un chevalet de bois, la tête plus basse que les pieds, et on lui introduisait dans la bouche un linge mouillé qui couvrait aussi les narines ; puis on lui versait de l’eau qui filtrait lentement à travers le linge, de sorte que, pour respirer, le patient devait, à chaque seconde, avaler de l’eau pour donner passage à l’air. C’était une succession d’étouffements ; quand le malheureux était presque asphyxié, on retirait le linge, l’on recommençait l’interrogatoire, et, suivant les réponses, le supplice. Bref, il fallait croire ou boire de l’eau. « En usant des mêmes termes aujourd’hui, dit Ch. Nisard, on en a gâté le sens, en substituant la conjonction copulative à l’alternative ; on en a rendu en même temps l’origine plus obscure. »
Cuir à rasoir
Virmaître, 1894 : Tétasses d’une vieille femme dont la peau est dure comme du cuir. On pourrait repasser ses rasoirs dessus (Argot du peuple). V. Calebasse.
Rossignol, 1901 : Voir calebasse.
France, 1907 : « Tétasses d’une vieille femme dont la peau est durs comme du cuir. On pourrait repasser ses rasoirs dessus. » (Ch. Virmaître)
Cul
d’Hautel, 1808 : Vos raisons n’ont ni cul ni tête. Pour dire sont pitoyables ; n’ont pas le sens commun.
Un petit bas-du-cul. Se dit par ironie d’un bambin, d’un homme extrêmement petit, qui se carre et fait le fanfaron
Pour vivre long-temps, il faut donner à son cul vent. Dicton facétieux et populaire, qui se dit en plaisantant, et par manière d’excuse, lorsqu’il est échappé quelqu’incongruité.
Avoir le cul nu et les manches de même. Phrase triviale et bouffonne qui signifie être à peine vêtu ; être dans l’indigence la plus honteuse.
Retirer son cul de la presse. Se retirer d’une mauvaise affaire ; d’un embarras où l’on étoit engagé.
Il perdroit son cul s’il ne tenoit. Se dit d’un étourdi ; d’un homme peu soigneux de ses affaires ; d’un joueur malheureux.
On dit d’un peureux, d’un poltron, qu’on lui boucheroit le cul d’un grain de millet ; et bassement d’une personne pour laquelle on n’a aucune considération, aucun respect, qu’On l’a dans le cul.
Être à cul. Être interdit ; confus ; n’avoir plus de ressource ; avoir dissipé tout ce qu’on possédoit.
Elles ne font plus qu’un cul et qu’une chemise. Se dit de deux personnes qui sont devenues intimes et familières ; qui sont continuellement en semble.
Tirer le cul en arrière. Avoir de la peine à se résoudre à quelque chose.
Il est demeuré entre deux selles le cul par terre. Se dit d’une personne qui, faute d’opter entre plusieurs affaires avantageuses qui se présentoient, les a toutes manquées ; de quelqu’un qui se trouve sans emploi.
Brûler le cul. Se retirer sans mot dire, d’une compagnie ; se sauver furtivement d’un endroit où l’on étoit retenu malgré soi.
Montrer le cul dans une affaire. S’en retirer avant de l’avoir achevée ; faire le poltron ; abandonner une affaire que l’on avoit entreprise avec éclat, et avant qu’elle soit achevée.
Elle est laide comme un cul. Manière excessivement grossière de dire qu’une personne est laide à faire peur ; qu’elle est hideuse.
Cul rompu. Nom injurieux que les jeunes soldats entr’eux, donnent aux vieux invalides qui s’immiscent aux plaisirs de la jeunesse.
Péter plus haut que le cul. S’élever au-dessus de sa condition ; entreprendre plus qu’on ne peut exécuter.
Baiser le cul à quelqu’un. Voyez Baiser.
Faire quelque chose à écorche cul. Le faire à contre-sens, en rechignant.
Faire le cul de poule. Pousser la lippe ; être grimaud et boudeur.
Arrêter quelqu’un par le cul. L’arrêter tout court ; déjouer ses projets ; ruiner ses espérances.
Donner sur le cul. Corriger, châtier un enfant, en lui donnant le fouet.
Cul-de-jatte. Au propre, estropié, perclu de ses jambes ; impotent. Au figuré, homme inhabile et sans capacité.
Cul-de-plomb. Homme sédentaire et peu alerte ; on donne aussi ce nom à un homme fort laborieux qui travaille avec une grande assiduité, qui ne remue pas de dessus sa chaise.
Se lever le cul devant. Être maussade, grondeur en se levant.
Être crotté jusqu’au cul. Être plein de boue et de crotte.
Renverser cul par-dessus tête. Bouleverser tout ; mettre tout en désordre.
Ils se tiennent tous par le cul, comme des hannetons. Se dit d’une coterie, d’une assemblée de marchands qui s’entendent ensemble pour ne pas rabattre du prix de leurs marchandises.
Baiser le cul de la vieille. Voyez Baiser.
Charger à cul. Se dit d’un porteur ou d’un cheval que ton charge trop en arrière.
Donner du pied au cul. Chasser quelqu’un ; le renvoyer d’une manière ignominieuse.
Il y va de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. Voyez Abattre.
On lui verra bientôt le cul. Se dit d’un homme déguenillé ; vêtu misérablement ; ou qui est fort négligent pour son habillement.
Tenir quelqu’un au cul et aux chausses. Le tenir étroitement, de manière qu’il ne puisse échapper.
Larchey, 1865 : Homme bête et grossier. — Cul goudronné : Matelot — Cul de plomb : Homme sédentaire, peu alerte (d’Hautel, 1808). — Cul rouge : Soldat porteur du pantalon rouge qui compose l’uniforme de presque toute l’armée. — Autre temps, autres culottes. Au dix-huitième siècle, on disait culblanc, témoin ce passage des Mémoires de Bachaumont : « Le 27 janvier 1774. Il est encore arrivé à Marseille à la Comédie une catastrophe sanglante. Un officier du régiment d’Angoulême était dans une première loge ; il s’était retourné pour parler à quelqu’un. Le parterre, piqué de cette indécence, a crié à bas, cul blanc ! (le blanc est le fond de l’uniforme de l’infanterie), » etc., etc.
Rigaud, 1881 : Homme stupide. Tournure de femme au dix-huitième siècle. Aujourd’hui on dit faux-cul.
En entrant dans la première salle, chaque femme était obligée de quitter son cul, sa bouffante, ses soutiens, son corps, son faux chignon, et de vêtir une lévite blanche avec une ceinture de couleur.
(Lettre d’un garde du roi, pour servir de suite aux Mémoires de Cagliostro, 1786.)
France, 1907 : Imbécile. Garçon stupide et grossier.
Danse (la) à plat, la basse danse, la danse du loup
Delvau, 1864 : L’acte vénérien, pendant lequel les deux acteurs se trémoussent en cadence, coups de cul de ci, coups de queue de là, — ce qui les échauffe bien plus que n’importe quelle varsoviana.
L’époux remonte, et Guillot recommence.
Pour cette fois, le mari vit la danse
Sans se fâcher.
(La Fontaine)
Il lui enseigna la danse du loup, la queue entre les jambes.
(Moyen de parvenir)
Je crois que tu ne te ferais point prier de danser le branle de un dedans et deux dehors.
(Tournebu)
La danse est pour les jeunes filles ce qu’est la classe pour les adolescents, une école protectrice de la sagesse, un préservatif des passions naissantes. Le célèbre Locke recommande expressément d’enseigner aux enfants à danser dès qu’ils sont en état de l’apprendre. La danse porte en soi une qualité éminemment réfrigérante et, sur tout le globe, les tempêtes du cœur attendent, pour éclater, le repos des jambes.
(Lemontey)
À quinze ans, la danse est un plaisir, à vingt-cinq ans un prétexte, à quarante ans une fatigue.
(Ad. Ricard)
Décrotté
France, 1907 : Sorti des basses classes, parvenu. Les décrottés sont d’ordinaire les plus insolents et les plus outrecuidants des bourgeois.
Les Grecs s’efforçaient d’excuser l’esclavage des uns en montrant qu’il était la condition du développement intégral des autres. Ils ne s’étaient pas avisés de prêcher l’esclavage des masses, dans le seul but d’élever au rang d’« éminents filateurs », de « grands banquiers », d’« illustres marchands de cirage perfectionné », quelques parvenus grossiers ou à demi décrottés. La bosse de la charité chrétienne leur manquait.
(Karl Marx)
Dindon
d’Hautel, 1808 : Il est le dindon de la farce. Pour dire il est seul dupe dans cette affaire ; c’est lui qui en supporte tous les frais ; qui sert de risée et de bardot à la compagnie.
On dit aussi par raillerie d’un idiot qui garde le silence par stupidité, qu’Il est comme le dindon, qu’il ne dit rien et n’en pense pas plus.
Bête comme un dindon. Pour, rien de plus sot, de plus inepte.
Un grand dindon. Un grand imbécile homme simple, gauche, niais et borné.
On appelle vulgairement ce volatile un danseur ; un jésuite. Voyez Jésuite.
Larchey, 1865 : Niais, dupe. — V. Gogo.
J’ne veux pas être le dindon de vos attrapes.
(Vadé, 1788)
Mari dindon : Mari trompé.
Il est le dindon de la farce ; il est seul dupe dans cette affaire.
(d’Hautel, 1808)
Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, dupe. Être le dindon de la farce. Être la victime choisie, payer pour les autres.
France, 1907 : Imbécile, dupe, niais. Être ou rester le dindon de la farce, être victime dans une affaire, payer les pots cassés par les autres.
Ça étant, dites-moi, du oui ou du non, si vous voulez rompre la paille avec moi, parce que je ne veux pas être le dindon de vos attrapes.
(Vadé)
D’où vient ce dicton ? C’est là ce qui est généralement ignoré. Eh bien ! voici un renseignement historique que nous croyons inconnu ou peu s’en faut. Dans les premières pièces de théâtre, à peu près régulières, qui vinrent après les mystères, les moralités et les soties, et que l’on appelait des farces, les rôles de dupes et de niais étaient désignés sous le nom de Pères Dindons, par allusion sans doute à cet oiseau de basse-cour, dont on a fait le symbole de la sottise. C’est de là qu’est venue celle expression proverbiale : Être le dindon de la farce.
(Jules Prével, Figaro)
Le féminin est dindonne.
Les femmes pâles des artistes,
Les dindonnes des gras bourgeois,
Les modèles et les modistes,
Les compagnes à tant par mois.
(Jacques Redelsperger, Nos Ingénues au salon)
Drogue
d’Hautel, 1808 : Repasser la drogue. Locution basse et triviale qui signifie charger quelqu’un d’une chose difficultueuse et désagréable, d’une corvée ; lui faire supporter le fardeau d’une affaire.
On dit d’un charlatan, d’un homme qui met un trop grand prix à ses services, qu’il fait bien valoir sa drogue.
Larchey, 1865 : Mauvaise femme. — On dit souvent drogue pour une chose de mauvaise qualité.
Delvau, 1866 : s. f. Chose de mauvaise qualité, étoffe inférieure, camelote, — dans l’argot des bourgeois, qui se rappellent le droguet de leurs pères.
Delvau, 1866 : s. f. Femme acariâtre, et, de plus, laide, — dans l’argot du peuple, qui a de la peine à avaler ces créatures-là. Se dit aussi d’un Homme difficile à vivre.
Delvau, 1866 : s. f. Jeu de cartes, — dans l’argot des troupiers, qui condamnent le perdant à porter sur le nez un petit morceau de bois fendu. Faire une drogue. Jouer cette partie de cartes.
Rigaud, 1881 : Coquine, méchante femme. — Petite drogue, petite-coureuse.
France, 1907 : Article de mauvaise qualité et, par extension, femme également de qualité inférieure. Vieille drogue, sale drogue, variante de vieille gueunon. Petite drogue, petite coureuse ou petite taquine.
France, 1907 : Sorte de jeu de cartes dans les chambrées ou les corps de garde.
Dun (parler en)
France, 1907 : Autre forme de l’argot, ou plutôt procédé de déformation argotique du même genre que drègue. Il consiste, dit Lorédan Larchey, à ajouter dun au mot prononcé en troquant l’n de dun contre la première lettre du rot si cette lettre est une consonne, et en l’ajoutant si c’est une voyelle. Non content de cette opération, on termine en redoublant après du la première syllabe. — « Ainsi, pour dire on ne voit pas, ils disent : nonduon nedue noiduvoit nadupas. Pour maladroit, ils disent naladroitdumal. » (Rabasse) Voilà bien du mal pour se rendre inintelligible.
Dunon (parler en)
France, 1907 : Même procédé de déformation argotique que le précédent, consistant ajouter dunon à chaque mot prononcé, en ayant soin de troquer l’n de dunon contre la première lettre du mot à prononcer. « Pour dire : bonjour, monsieur, ils disent : nonjour dubon nomsieur dumon. » (Rabasse)
Eau
d’Hautel, 1808 : L’eau va toujours à la rivière. Signifie que la fortune favorise presque toujours les gens qui n’en ont pas besoin ; qu’il suffit que l’on soit riche pour que les biens, les dignités, les honneurs viennent en profusion.
Faire de l’eau ; lâcher de l’eau. Pour dire uriner, pisser.
Il n’y a pas de l’eau à boire à être honnête homme. Maxime odieuse, que les fripons, pour le malheur de la société, ne mettent que trop souvent en pratique.
Cette entreprise est tournée en eau de boudin. C’est-à-dire, n’a point réussi ; s’en est allée en fumée.
Donner de l’eau bénite de cour. Flatter, caresser quelqu’un ; lui faire des politesses basses et exagérées.
Mettre de l’eau dans son vin. Devenir plus doux, plus traitable après s’être d’abord très-emporté.
Un médecin d’eau douce. Médecin sans expérience, qui vous inonde de tisannes et de remèdes infructueux.
Les eaux sont basses. Pour dire que l’on est à sec d’argent, ou, que quelque chose, s’épuise, tire à sa fin.
Tout s’en est allé à veau-l’eau. Signifie, toute sa fortune s’est dissipée, dispersée ; a été engloutie, dans de folles dépenses.
Après l’eau, c’est ce qu’il déteste le plus. Pour exprimer le haut degré d’aversion qu’un ivrogne porte à quelque chose.
Nager entre deux eaux. Être dans l’irrésolation et l’incertitude, être de tous les partis.
Il est revenu sur l’eau. Se dit d’un négociant qui étoit ruiné, et que l’on voit reparoître dans le commerce ; d’un homme qui, après avoir été disgracie, reparoit subitement dans des emplois honorables.
Faire venir l’eau au moulin. Pour, faire venir de l’argent à la maison.
Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. Voyez Casser.
Nager en grande eau. Être bien dans ses affaires, après y avoir été fort gêné ; être sur le pinacle ; être en faveur dans les emplois.
Laisser courrir l’eau. Se peu soucier de ce qui se passe, être fort indifférent sur les affaires publiques.
Il est heureux comme le poisson dans l’eau. Signifie qu’un homme a tout ce qui peut le satisfaire.
Il n’y a pas de quoi boire de l’eau. Se dit d’un ouvrage mal payé ; d’un travail pénible et ingrat ; d’un métier qui donne à peine les moyens de subsister à celui qui le professe.
Battre l’eau. Travailler inutilement ; sans fruit.
Gare l’eau ! Cri que l’on fait entendre pour avertir les passans que l’on va jeter quelque chose par les fenêtres.
Il se mettroit dans l’eau jusqu’au cou pour le servir. Se dit d’un homme extrêmement attaché à quelqu’un ; et qui lui est tout-à-fait dévoué.
Il ne trouveroit pas de l’eau à la rivière. Se dit d’un idiot, d’un homme sans capacité, qui ne trouve pas les choses les plus simples ; pour lequel tout devient une affaire.
Pêcher en eau trouble. Profiter des désordres, publics, ou de la discorde d’une famille pour s’enrichir.
Tenir quelqu’un le bec dans l’eau. Lui faire croquer le marmot ; le tenir dans l’incertitude et l’anxiété sur ce qu’on lui fait espérer.
C’est le feu et l’eau. Se dit de deux personnes qui se détestent mutuellement.
Boire de l’eau comme un canard. C’est-à dire en grande quantité.
C’est une goutte d’eau dans la mer. Métaphore qui se dit d’un secours trop foible pour tirer quelqu’un d’un grand embarras.
Il se noyeroit dans un verre d’eau. Pour dire qu’un homme est malheureux dans ses entreprises ; que les choses les plus probables deviennent incertaines pour lui.
Cela lui est aussi facile que de boire un verre d’eau. Signifie que le service qu’on demande à quelqu’un, ne tient absolument qu’à sa bonne volonté, à son obligeance.
Ils, ou elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Se dit de deux personnes qui ont entr’elles une ressemblance parfaite.
Il n’y a pas de l’eau à boire. Se dit d’un ouvrage auquel on ne peut trouver son compte, même en travaillant beaucoup.
On dit d’un avare, d’un parent intraitable, d’un égoïste, qu’il vous verroit tirer la langue d’un pied, qu’il ne vous donneroit pas un verre d’eau.
Chat échaudé craint l’eau froide. Signifie que lorsqu’on a éprouvé quelque grande perte ; quelque grand malheur, on se tient sur ses gardes.
Il faut qu’il fasse voir de son eau. Pour, il faut voir ce qu’il sait faire pour que l’on puisse juger de son mérite.
Un buveur d’eau. Nom que les enfans de Noé donnent par mépris à un homme tempérant et flegmatique, qu’ils supposent, par cela même n’être pas habile aux affaires.
Rompre l’eau à quelqu’un. Le contrarier dans ses desseins, dans ses entreprises.
Porter de l’eau à la mer. Faire des cadeaux à des gens fortunés ; à ceux qui n’ont aucun besoin.
Il ne gagne pas beau qu’il boit. Se dit d’un paresseux, d’un mauvais ouvrier, dont le gain est si médiocre qu’il suffit à peine aux premières dépenses.
Eaux basses
Virmaître, 1894 : Les eaux sont basses quand arrive la fin de la semaine. Quand la rivière est basse les bateaux ne circulent pas, quand les eaux sont basses qu’il n’y a plus d’argent pas mèche de naviguer (Argot du peuple).
France, 1907 : État d’une personne dont le porte-monnaie est aplati.
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